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Recensions

The Gnostic Chapters. A Critical Edition and Translation of Evagrius Ponticus’ Kephalaia Gnostika in Arabic

Jonathan Stutz
Référence(s) :

The Gnostic Chapters. A Critical Edition and Translation of Evagrius Ponticus’ Kephalaia Gnostika in Arabic, Stephen J. Davis (éd. et trad.), Leiden, Brill, 2023.

Texte intégral

1Cette édition comble une lacune importante dans la reconstruction de la tradition des Kephalaia Gnostika (« chapitres gnostiques », dorénavant KG) du moine et théologien Évagre le Pontique (346-399), un traité qui conclut son influente trilogie ascétique (Praktikos – Gnostikos – Kephalaia). Puisque, dans le contexte des débats théologiques du vie siècle, sa pensée a été associée à la théologie d’Origène, seule une partie de ses écrits a été transmise en grec, ce qui rend d’autant plus précieuse la transmission des KG en arménien et en syriaque, témoignant par là même de leur popularité parmi les communautés chrétiennes orientales. Grâce à la découverte récente de deux manuscrits au monastère égyptien de Dayr al-Suryān, une traduction arabe a également été révélée et a maintenant été éditée et traduite pour la première fois. La traduction en question s’est avérée être originaire de la version syriaque abrégée ou « réformée » des KG (S1), qui omet en fait certains passages controversés de la théologie evagrienne. Il reste donc incertain que la version syriaque non abrégée ou « non réformée » (S2) ait également été transmise en arabe.

2L’introduction de cette édition a été minutieusement élaborée et s’appuie sur la longue tradition de recherche sur les KG. Dans cette édition, les sections consacrées aux deux manuscrits (p. 7-19) sont particulièrement intéressantes. En effet, en examinant la nature matérielle des deux témoins – en l’occurrence, les colophons et les déclarations waqf qui y sont conservés –, l’éditeur parvient à reconstituer les circonstances de la transmission de la traduction arabe. Bien que la datation ne puisse être déterminée avec précision (aux environs des xive et xve siècles), l’éditeur peut établir la relation entre les deux textes sur la base de la collation. Le manuscrit probablement plus ancien de Dayr al-Suryān, MS 184, représenterait une révision (A2) de la version (A1) attestée par le manuscrit de Dayr al-Suryān, MS 177 et à la base de l’édition. La décision de l’éditeur de se baser sur le manuscrit plus récent pour la constitution du texte ne l’empêche pas de privilégier les variantes textuelles de Dayr al-Suryān, MS 184 qui sont plus proches du texte syriaque. En même temps les corrections et gloses trouvées en marge des manuscrits (surtout dans MS 177) ont aussi été intégrées dans l’appareil critique. Étant donné donc la priorité évidente accordée aux variantes textuelles rendant mieux le texte syriaque, il serait pertinent de se demander si les traductions plus libres (lorsqu’elles ne peuvent être considérées comme des erreurs manifestes) n’ont pas aussi une valeur propre, en cela qu’elles tiennent compte de la syntaxe arabe ou de la sensibilité littéraire du public cible.

3Le fait que des « innovations » et des « ajouts » fassent eux-mêmes partie intégrante de la transmission d’un texte est illustré par le point suivant. Une contribution précieuse à la présente édition consiste en l’ajout d’un supplément de soixante-six chapitres, édités et traduits ici à la suite des six livres originaux. Il s’agit de sections provenant d’autres œuvres d’Évagre, qui sont devenues, au fil des siècles, partie intégrante de la tradition des KG. Le fait qu’une partie seulement des chapitres additionnels ait une correspondance dans la tradition syriaque souligne encore une fois la valeur de la traduction arabe en vue de la transmission de l’œuvre d’Évagre dans le christianisme oriental.

4En plus de l’importance de cette édition pour l’étude de la réception des textes patristiques, elle intéressera également tous ceux qui étudient les techniques de traduction. Quelques remarques sur la traduction arabe des termes techniques ascétiques ont déjà été effectuées par l’éditeur (p. 22-25). Nous pouvons espérer qu’à l’avenir d’autres textes christiano-arabes sur la théologie ascétique pourront être édités et traduits, afin de révéler d’autres éventuelles interactions avec la littérature ascétique, chrétienne ou musulmane.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jonathan Stutz, « The Gnostic Chapters. A Critical Edition and Translation of Evagrius Ponticus’ Kephalaia Gnostika in Arabic », MIDÉO [En ligne], 40 | 2025, mis en ligne le 11 juin 2025, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/mideo/10629

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