1Même si « l’école de Paris » n’est pas, actuellement, un terme en usage courant au sein de l’archéologie classique en Allemagne, le regroupement de chercheurs qu’il désigne y est bien perçu comme relevant d’un même courant intellectuel. Or comment décrire leur (supposé) projet intellectuel commun ? C’est ici que la perception de la part de l’archéologie classique en Allemagne est susceptible de se distinguer à la fois de l’auto-perception de ce courant de recherche (si tant elle se laisse définir aisément) et de la perception dans d’autres traditions “nationales” de la recherche sur les sociétés anciennes. Le court essai qui suit tentera de définir la particularité de la réception allemande.
2Pour une raison en particulier, un regard comparatif sur « l’école de Paris » dans le contexte académique français, et sur sa réception dans le contexte académique allemand semble prometteur. Lorsque, avec un certain retard, la recherche archéologique en Allemagne commençait à s’intéresser aux publications issues du groupe de chercheurs ultérieurement identifié à « l’école de Paris », la discipline de la « Klassische Archäologie » se trouvait dans une phase de repositionnement méthodologique et intellectuel. Les protagonistes de ce renouveau, promu surtout (mais pas exclusivement) par Tonio Hölscher et Paul Zanker, voulaient rompre avec la manière alors courante de pratiquer leur discipline. Une même auto-revendication du renouvellement d’une discipline perçue comme poussiéreuse, voire même réactionnaire, vaut aussi, pourrait-on dire, pour Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Jean-Louis Durand et d’autres. C’est cette convergence, entre « l’école de Paris » et les chercheurs novateurs de la « Klassische Archäologie » en Allemagne, dans leur effort de renouvellement de leur discipline respective qui rend la comparaison intéressante.
3Comme dans toute volonté de démarcation par rapport à un “état des choses”, deux aspects fortement interdépendants s’avèrent décisifs au même degré : la question de savoir de quoi on veut se démarquer, et la question de savoir vers où l’on veut se diriger. Il me semble que sous ces deux aspects, les divergences entre le renouveau initié dans la « Klassische Archäologie » et le renouveau initié par « l’école de Paris » sont grandes. Ces divergences touchent principalement quatre points : (1) la place de “l’art grec” dans la conception respective de la discipline ; (2) la place conférée (ou non) à l’histoire de la religion ; (3) la place conférée (ou non) à l’histoire politique ; (4) la dimension utopique conférée (ou non) à la Grèce antique. En anticipant la conclusion de cet essai, je voudrais formuler la chose de la manière suivante. Dans la mesure où les publications issues de « l’école de Paris » à partir des années soixante avaient été placées avec enthousiasme par certains contre “l’état de l’art” dans la recherche en Allemagne en tant qu’exemples positifs pour le renouveau de la discipline, ces divergences dans le point de départ et dans le point d’arrivée dans la démarcation respective de cet “état de l’art” ont été la cause de certains malentendus, et au final, d’une certaine déception de la part de la recherche en Allemagne – ou formulée autrement : d’une incapacité d’exploiter pleinement le potentiel intellectuel que « l’école de Paris » avait mis à disposition pour la revitalisation d’une recherche archéologique allemande parfois trop renfermée dans sa propre tradition.
4Il est bien connu que depuis les origines de la discipline universitaire de la « Klassische Archäologie », « l’art grec » y avait pris une place prédominante. Ce focus remonte déjà à Winckelmann, le « héros fondateur » de l’archéologie en Allemagne, mais il se trouve encore formulé de la manière la plus catégorique dans les décennies de l’après-guerre. Ainsi, on lit sur la première page de la courte introduction à l’archéologie d’Andreas Rumpf publiée en 1953 sans aucune relativisation : « Ihre [der Archäologie] höchste Aufgabe ist die Erforschung der bildenden Kunst der alten Griechen und Römer […]. » (traduction : « Sa plus noble tâche [de l’archéologie] est l’étude de l’art des anciens Grecs et Romains […]. », Rumpf 1953, p. 4). À cette époque, cependant, « l’art grec » avait longtemps déjà perdu son statut normatif. En maintenant sa fixation sur l’image grecque sous l’angle particulier de « l’art » la discipline universitaire de la « Klassische Archäologie » avait ainsi perdu une bonne partie de son ancrage dans la culture intellectuelle contemporaine. Il n’est pas surprenant, en conséquence, que les tentatives de renouvellement de la discipline à partir des années soixante-dix se débattaient en particulier avec ce focus anachronique sur « l’art grec » (voir Hölscher 2002, p. 24). Cette remise en question de la conception traditionnelle de l’archéologie classique comme histoire de l’art antique (et de « l’art grec » avant tout) avait surtout deux facettes : (1) un élargissement de l’angle de vue vers d’autres domaines de la culture matérielle et visuelle que la seule sculpture grecque et, dans une moindre mesure, la peinture sur vases alors dominants, aboutissant surtout à une forte revalorisation des matériaux romains au sein de la « Klassische Archäologie ». En effet, c’est dans l’archéologie romaine que les travaux les plus novateurs avaient été faits dans les années soixante-dix et quatre-vingt en Allemagne. (2) À côté de cette revalorisation de matériaux et d’époques longtemps marginalisés, on aspirait aussi à une réévaluation des matériaux qui occupaient alors le sommet de la hiérarchie symbolique : la sculpture grecque et, en second lieu, la peinture sur vases. Pour résumer cette réévaluation, on pourrait mettre en avant deux développements : un passage de l’analyse essentiellement formelle et stylistique vers l’analyse iconographique, et un passage d’une perspective d’histoire de l’art vers une perspective d’histoire ancienne (voir ci-dessous).
- 1 Voir par exemple l’article de François Lissarrague et Jean-Louis Durand publié en 1980 dans le nou (...)
5Une fixation analogue sur « l’art grec » n’existait pas en France, et en conséquence, il n’y avait pas non plus de besoin de s’émanciper d’une perspective limitée à l’histoire de l’art. Même si certains textes fondateurs pour une anthropologie de l’image furent déjà publiés dans Mythe et pensée (Vernant 1965), les images grecques ne constituaient pas, au départ, un domaine d’intérêt prépondérant au sein de « l’école de Paris ». Les nouvelles recherches anthropologiques sur la Grèce ancienne en France n’avaient donc, dans un premier temps, pas grand-chose à proposer pour les efforts de renouveau dans la « Klassische Archäologie », dont le discours traditionnel tournait essentiellement autour de « l’art grec » et où l’on trouvait, en conséquence, un terrain d’essai pour de nouvelles questions et méthodologies surtout dans le Romain. Ce n’est qu’à partir du moment où l’on commençait, au sein de « l’école de Paris », à travailler sur les images non plus seulement en se fondant sur des sources littéraires, mais à partir d’images matérielles, que ces recherches innovantes étaient susceptibles de trouver un public plus large dans la « Klassische Archäologie ». Même si un intérêt pour ces recherches archéologiques allemandes se rencontre occasionnellement plus tôt1, le véritable coup d’envoi pour une réception intensive de « l’école de Paris » dans la « Klassische Archäologie » fut La cité des images (Cité 1984), parue en traduction allemande en 1985 (Bilderwelt 1985).
6Cet ouvrage collectif qui, dans un certain sens, n’était à l’origine qu’un « produit secondaire » d’un groupe de chercheurs qui n’avait probablement pas anticipé son grand succès, a généralement été perçu dans l’archéologie classique en Allemagne comme un tournant décisif dans la recherche sur les vases grecs et leurs images. Or en quoi consiste exactement le potentiel novateur de ce livre ? Il me semble que c’est ici que la vision extérieure allemande se distingue nettement de la vision interne des auteurs. Dans le contexte de « l’école de Paris », la nouveauté de La cité des images consistait dans la « découverte » des images comme source d’information et sujet d’interrogation de premier ordre pour une recherche sur l’anthropologie de la Grèce ancienne, abordée jusqu’alors essentiellement par le biais des textes. Dans le contexte de l’archéologie classique en Allemagne et des tentatives de se défaire du poids de la tradition d’histoire de l’art grec, le simple fait de travailler avec des images sur vase n’avait rien de particulier ni de novateur. La réception enthousiaste de La cité des images y avait une toute autre raison. On avait perçu La cité des images essentiellement comme un détournement de l’attributionnisme dans la lignée de Beazley, au profit d’une recherche iconographique intéressée, non plus par le style et la valeur artistique de ces produits artisanaux, mais par le contenu des images et leur apport pour une histoire politique et culturelle de l’Athènes archaïque et classique. Bien entendu, cette perception externe n’avait guère de rapport avec la situation de la recherche en France, où l’attributionnisme de Beazley n’avait jamais gagné autant de poids qu’en Allemagne, où Beazley et ses successeurs dominaient alors très largement le champ. Dans une tradition de recherche sur les vases remontant jusqu’à Edmond Pottier, le « concurrent » de Beazley, la priorité donnée au style par rapport à l’iconographie, qu’il a fallu corriger en Allemagne, n’a jamais existé en France (voir Rouet 2001).
7D’autres publications françaises issues de « l’école de Paris » parues peu de temps après (en particulier Un flot d’images de François Lissarrague, aussi très influent en Allemagne [Lissarrague 1987]), semblaient confirmer l’idée que l’on s’était fait du projet intellectuel de La cité des images, qu’il s’agisse là d’un passage de l’histoire de l’art vers l’histoire culturelle et politique. Ce n’est que par la suite que les divergences devinrent plus palpables. Dans le contexte de la recherche intensive sur les vases grecs menée au Centre Louis Gernet, on était passée, dans le cours des années quatre-vingt-dix, avec les recherches de François Lissarrague en particulier, de l’anthropologie par l’image à l’anthropologie de l’image. La « Klassische Archäologie » n’était pas disposée à suivre ce nouveau tournant vers l’anthropologie des images. Au contraire : on s’attendait à une suite toute différente. Le choix conscient, dans La cité des images, pour une histoire de la « longue durée » analysant ensemble des vases de dates différentes sans grand souci pour la chronologie, avait été reçu dans l’archéologie allemande avec un certain malaise, comme une première approximation. Plus de précision chronologique et une mise en rapport avec l’histoire politique étaient attendus. Des études détaillées sur des thèmes iconographiques ou des héros particuliers dans leurs transformations de décennie en décennie, avec l’essai (et parfois peut-être l’obsession ?) de raccrocher ces transformations aux rudiments de notre connaissance de l’histoire politique, ont depuis été livrées en quantité dans l’archéologie allemande (voir par exemple : Wolf 1993 ; Knittlmayer 1997 ; Schäfer 1997 ; Moraw 1998). Dans le contexte des recherches iconographiques de « l’école de Paris » en France, il n’y a guère eu de véritables essais de sortir du « flou chronologique » comme on le trouve dans La cité des images, ce qui a rendu difficile la réception en Allemagne de livres comme Le chasseur et la cité (Schnapp 1997), en dépit de leur richesse et envergure intellectuelle.
8Le tournant vers l’anthropologie de l’image à Paris – tournant qui n’excluait pas d’y mêler de l’anthropologie par l’image bien entendu – avait repris à son compte les travaux théoriques de J.-P. Vernant sur l’image grecque et les avaient alliés à l’analyse d’images matérielles, ayant abouti à un certain nombre de publications monographiques et collectives (voir par exemple [sans mentionner les nombreux articles isolés, en particulier de F. Lissarrague] : Mètis V [1990] ; Lissarrague 1990 ; Frontisi-Ducroux 1991 et 1995 ; Frontisi-Ducroux et Vernant 1997). Dans le contexte de l’archéologie classique en Allemagne, cependant, les contributions que « l’école de Paris » aurait pu faire à une théorie des images ont généralement été rejetées (voir par exemple, récemment : Dally, Hölscher, Muth et Schneider 2014, p. 21, n. 31, avec un scepticisme général vis-à-vis de la conception de l’image comme présentification de l’invisible). Parfois, il y eut une adhésion à l’idée générale, très rarement au détail de l’argument (voir par exemple Moraw 1997, p. 211, se référant à Vernant comme « argument d’autorité » pour l’interprétation de l’espace dans les images sur vases étudiés, mais avec presque aucun rapport avec ce que l’on peut effectivement lire dans Hestia-Hermès [voir sur cette problématique Dietrich 2011] ; une critique analogue est présentée par N. Himmelmann [2000, p. 302-303, n. 101] contre T. Hölscher au sujet de son recours à Corps obscur, corp éclatant [Vernant 1986], qu’il citerait pour son compte sans vraiment suivre le raisonnement dans son détail). Plus les recherches sur l’image dans la lignée de « l’école de Paris » s’éloignaient, au profit d’une approche anthropologique, de ses débuts sémiotiques encore bien présents dans La cité des images, moins l’archéologie en Allemagne était encline à suivre ces développements, étant restée beaucoup plus longtemps sous le paradigme sémiotique. Cette aliénation de la lignée anthropologique dans le travail avec les images allait de pair avec les difficultés qu’avait la « Klassische Archäologie » à suivre les nouveaux développements dans l’histoire de l’art en Allemagne, enclenchés par des chercheurs comme Hans Belting (voir Belting 1990 et 2001). Dans ses efforts pour se libérer de l’approche traditionnelle trop exclusivement focalisée sur l’histoire de l’art antique, la « Klassische Archäologie » n’avait pas repris à son compte les innovations dans la discipline de l’histoire de l’art elle-même qui, entre-temps, avait évolué vers une histoire de l’image. En même temps, l’enthousiasme initial vis-à-vis des recherches sur l’image issues de « l’école de Paris » y avait fait place à une certaine indifférence. Ni la « Bild-Anthropologie » de Belting, ni l’anthropologie de l’image développée à partir de « l’école de Paris » n’ont réellement « pris » dans l’archéologie classique en Allemagne.
9Alors que « l’art grec » avait, depuis toujours, une place prépondérante dans la « Klassische Archäologie », ce qui incita cette discipline en voie de repositionnement à s’intéresser aux nouvelles approches des images grecques développées dans la lignée de « l’école de Paris », la religion grecque en tant que sujet de recherche y était marginalisée – et cette marginalisation n’a fait que s’accroître dans le contexte du renouvellement de la discipline depuis les années soixante-dix. À la différence, peut-être, des « Religions-wissenschaften » (voir par exemple les travaux de R. Schlesier), la réception des importants travaux sur la religion grecque issus de « l’école de Paris » n’a donc été, dans l’archéologie classique en Allemagne, que minimale. C’est pourquoi cette section de l’essai sera bien plus concise. La cuisine du sacrifice en pays grec (Detienne et Vernant 1979), par exemple, n’a jamais été traduite en allemand, et probablement peu lue. Pourquoi ?
10L’idée que la religion grecque n’avait pas de grand pouvoir explicatif pour les manifestations culturelles que l’archéologie classique s’apprêtait à analyser, se trouve déjà très tôt dans le développement de la « Klassische Archäologie » comme discipline universitaire. Même si certaines figures fondatrices de la discipline comme Friedrich Creutzer attribuaient à la religion une place décisive, une telle approche (désavouée comme romantique) fut largement éclipsée par la tradition classiciste de la discipline qui se référait à des personnalités comme Winckelmann, Lessing ou Goethe, pour qui, dans la sillage de l’« Aufklärung », la Grèce antique constituait le paradigme lumineux d’une culture épargnée par les ténèbres de la religion, d’une culture de l’homme libre, de la philosophie non-réprimée par l’irrationalisme de la religion. Il ne s’agit ici, bien entendu, que de clichés qui, de nos jours, ont depuis longtemps perdu tout leur sens. Néanmoins, une certaine « ferveur rationaliste » opposée à tout essai de faire entrer la religion – pour ne pas dire : la superstition – dans le dispositif interprétatif, est perceptible tout au long de l’histoire de la discipline. Quelques exemples doivent suffire pour illustrer ce point : (1) dans l’interprétation de l’iconographie mythologique grecque, qui tient une place importante dans la « Klassische Archäologie », on privilégie – au moins depuis les travaux fondateurs de Carl Robert – une lecture en rapport avec la littérature, au détriment d’une lecture en rapport avec la religion ; (2) dans les études des sarcophages romains et de leurs décors en relief, autre domaine fort dans la « Klassische Archäologie », les essais de Franz Cumont (1942) d’y déceler une symbolique funéraire ont été largement rejetés en Allemagne, les spécialistes des sarcophages ayant suivi l’important compte rendu critique de Nock presque à l’unanimité (voir Nock 1946 ; le même scepticisme vis-à-vis de toute lecture en rapport avec l’au-delà et la religion vaut encore pour Zanker et Ewald 2004 ; voir, en revanche, les approches plus variées réunies dans Elsner et Huskinson 2011) ; (3) la même chose vaut pour l’étude des mosaïques romaines, domaine peu développé en Allemagne, mais où les recherches françaises plus dirigées vers le symbolisme et les lectures allégoriques n’ont néanmoins pas été acceptées (voir Muth 1998).
11Depuis le repositionnement méthodologique et thématique de la « Klassische Archäologie » depuis les années soixante-dix, le scepticisme vis-à-vis de toute interprétation qui se réfère à la religion grecque n’a fait que s’accroître. Une observation marginale illustre bien ce point : alors que les volumes du LIMC, dans les bibliothèques d’archéologie classique en Allemagne, sont déjà en train de se décomposer par l’usage intensif qu’en font les chercheurs et les étudiants, les volumes du ThesCRA sont en parfait état : on en fait (presque) aucun usage. Le radicalisme avec lequel toute possible composante religieuse dans les manifestations culturelles analysées a été niée par une bonne partie de la communauté des chercheurs de la « Klassische Archäologie » dans les dernières décennies, se voit particulièrement bien dans l’archéologie funéraire et les controverses qui opposèrent N. Himmelmann (un des « dissidents » les plus fervents au sein de la discipline) à J. Bergemann au sujet des stèles funéraires attiques (voir Bergemann 1997 et la réplique dans Himmelmann 1999, p. 97-128) et à D. Graepler au sujet des objets déposés dans les tombes (voir Graepler 1997 et la réplique dans Himmelmann 2000, p. 280-292). Dans les deux cas, la lecture socio-historique focalisée sur la représentation des élites ne concéda pas la moindre place aux aspects religieux, un radicalisme critiqué par Himmelmann. Une situation comparable vaut pour l’étude des sanctuaires et des offrandes votives. Là encore, il y a, dans l’archéologie classique en Allemagne, une forte tendance à privilégier l’aspect représentatif et le contexte historico-politique par rapport à l’aspect religieux du phénomène (voir, par exemple, Franssen 2011). Bien entendu, le radicalisme souvent excessif avec lequel l’aspect religieux de manifestations culturelles en Grèce ancienne est nié dans la « Klassische Archäologie » ne signifie pas que les arguments étayant cette vision ne seraient jamais valables. Cependant, cette marginalisation de la religion au sein de l’archéologie classique en Allemagne, justifiée ou non, n’a pas donné lieu à une réception intensive de « l’école de Paris » dans ce domaine.
12L’importance primordiale du point de départ et du but recherché dans la phase de renouvellement de la discipline, dans laquelle la « Klassische Archäologie » se trouvait lorsque les recherches de « l’école de Paris » commencèrent à être perçues dans les milieux académiques à l’étranger, apparaît dans le domaine de la religion comme elle était apparue dans le domaine de l’image, mais d’une manière contraire. La place centrale que « l’art grec » détenait dans la « Klassische Archäologie » a d’abord provoqué une réception importante, voire enthousiaste, des publications issues de cette mouvance relatives aux images dans les années quatre-vingt, puis par la suite une certaine déception par rapport aux attentes implicites vis-à-vis du but à rechercher dans le renouvellement des méthodes et des sujets de recherche. En revanche, la marginalisation de la religion dans la « Klassische Archäologie » qui ne faisait que s’accroître avec le renouvellement de la discipline a provoqué plutôt une indifférence par rapport à des publications aussi importantes que La cuisine du sacrifice en pays grec (Detienne et Vernant 1979) ou Sacrifice et labour en Grèce ancienne (Durand 1986). Or là où il n’y a pas d’attentes, il n’y a pas non plus de malentendus, ni de déceptions.
13Pour ce qui est l’histoire politique, la situation est à l’opposé de celle de la religion. Comme nous l’avons vu, l’interprétation historique de la culture matérielle et visuelle antique avait été perçue dans l’archéologie classique en Allemagne des années soixante-dix et quatre-vingt comme le chemin à prendre pour revitaliser une discipline qui, de manière anachronique, avait retenu le présumé caractère classique, intemporel des cultures étudiées : au lieu d’étudier la culture classique, on voulait désormais se pencher sur une culture du passé, ayant pris forme dans un contexte historique particulier. Dans l’histoire de la discipline en Allemagne, cet essai de replacer les phénomènes dans leur contexte historique revenait à renouer avec la grande phase historiciste et positiviste de la recherche archéologique de la seconde moitié du xixe siècle et à se démarquer par rapport à sa phase suivante qui, dans un courant anti-positiviste dans la lignée de « l’école de Vienne » (avec Emanuel Löwy, Alois Riegl, Guido von Kaschnitz-Weinberg et d’autres) et de Heinrich Wölfflin, privilégiait l’histoire de l’art antique et l’étude « abstraite » de la forme. Dans le contexte français, cependant, l’archéologie grecque n’avait aucun besoin de se démarquer d’un tel courant anti-positiviste visant le présumé caractère paradigmatique de l’antiquité classique, vu qu’elle n’avait pas non plus coupé les ponts avec l’histoire ancienne auparavant. Au contraire, alors que la « Klassische Archäologie » s’était de son plein gré remis au service de l’histoire ancienne dans les années soixante-dix et quatre-vingt, l’archéologie grecque en France se voyait plutôt dans l’obligation d’élargir son angle de vue pour se libérer de son statut de « discipline auxiliaire » livreuse de données archéologiques pour une histoire ancienne qui n’avait, alors, pas encore entendue parler de « l’école des Annales » (voir Lissarrague et Schnapp 2000, p. 370-381). De nouveau, on observe donc une trajectoire différente entre les tentatives de renouvellement de la discipline en Allemagne et en France : ici, on s’apprêtait à renouer avec l’histoire ancienne pour ré-historiciser les phénomènes étudiés, là, on s’apprêtait à se libérer d’une alliance trop étroite avec une conception réductrice de l’histoire.
14Dans son essai d’une relecture historique plutôt qu’intemporelle des phénomènes étudiés, la « Klassische Archäologie » des années soixante-dix et quatre-vingt visait avant tout l’histoire politique, structurée par quelques évènements, phases et retournements jugés particulièrement décisifs : la genèse de la cité, la colonisation et l’essor de la culture aristocratique à l’époque archaïque, l’avènement de la démocratie à Athènes (identifiée surtout aux réformes de Clisthène), les guerres médiques, l’hégémonie athénienne qui s’ensuivit, la guerre du Péloponnèse brisant cette hégémonie, la perte progressive de pouvoir des cités et la montée en puissance du royaume de Macédoine au ive siècle, aboutissant à la fin de l’indépendance des cités grecques avec la bataille de Chéronée en 338, puis les conquêtes d’Alexandre et le début de l’époque hellénistique, dominée dorénavant par les grands royaumes et leur système monarchique, etc. Ce « squelette » d’histoire politique semblait alors mettre à disposition une grille de lecture pour l’interprétation de la culture matérielle et visuelle qui « devait » selon une hypothèse de travail implicite, refléter ce cours des évènements. Cette approche privilégiait le changement par rapport à la persistance, la micro-chronologie par rapport à la durée longue. Dans le contexte de l’archéologie grecque en France, le projet anthropologique de « l’école de Paris » servait parfaitement les tentatives de se libérer du lien trop exclusif avec l’histoire ancienne et d’une conception trop réductrice de l’histoire, notamment en endossant les nouvelles tendances des études historiques enclenchées par « l’école des Annales », en alliance, bien entendu, avec les influences de disciplines alors en grand essor en France comme l’anthropologie/l’ethnologie ou la sociologie, approches non-spécifiquement historiques. À la différence de la ré-historicisation de la « Klassische Archäologie » en Allemagne, le croisement de ces approches privilégiait clairement la persistance par rapport au changement, la longue durée par rapport à la micro-chronologie et la lente évolution de « l’histoire des mentalités » par rapport au galop saccadé d’évènements ponctuels de l’histoire politique.
15Cependant, cette apparente disparité n’a pas toujours été perçue comme telle dans les milieux novateurs de la « Klassische Archäologie », tout aussi enthousiastes de « l’histoire des mentalités ». Le texte concis et dense Die unheimliche Klassik der Griechen de Tonio Hölscher, paru en 1989 est un bon exemple de la double tentative de faire de « l’histoire des mentalités », tout en étant attentif à l’histoire politique. Là, ce sont les évènements dans l’histoire politique jugés décisifs comme l’avènement de la démocratie, les guerres médiques ou la guerre du Péloponnèse qui figurent comme « moteur » de « l’histoire des mentalités ». Malgré leur apparente congruence, le clivage qui sépare le projet anthropologique de « l’école de Paris » d’un côté, et le projet d’une ré-historicisation de l’objet d’étude dans la « Klassische Archäologie » à partir des années soixante-dix de l’autre, reste néanmoins irréductible. Cela se voit particulièrement bien dans les recherches autour du sujet de la guerre en Grèce archaïque et classique et de la figure du guerrier dans l’iconographie. La conviction quasi inébranlable dans la « Klassische Archäologie », que l’expérience des guerres médiques devait avoir eu des répercutions dramatiques sur l’attitude des Grecs vis-à-vis de la violence guerrière et ses images (voir encore récemment, par exemple : Recke 2002, p. 235 ; voir, cependant, la position critique et novatrice dans Muth 2008, p. 239-267) a empêché une réception plus intensive des recherches visant une anthropologie de la guerre et de la figure du guerrier et moins orientées vers l’histoire évènementielle, comme l’ouvrage collectif des Problèmes de la guerre en Grèce ancienne (Vernant 1968) ou L’autre guerrier (Lissarrague 1990), tous deux jamais traduits en langue allemande.
16En reprenant le titre du petit livre Utopische Vergangenheit de Himmelmann (1976), on pourrait dire sans prendre trop de risques qu’une des composantes centrales de l’antiquité grecque dans sa réception depuis le classicisme en fut le caractère utopique. Après avoir traité de la place de « l’art grec » de la religion et de l’histoire politique dans les courants de renouveau de « l’école de Paris » en France et dans la « Klassische Archäologie » à la même époque en Allemagne, je voudrais traiter, dans un dernier temps, de la place respective que détient « l’utopie des Grecs » dans ces repositionnements méthodologiques et thématiques. Même si ce dernier aspect est clairement d’un autre ordre que les aspects discutés jusqu’ici, il me semble que là encore, il y a un clivage net entre la trajectoire que prenaient ces essais de réforme en France et en Allemagne – un clivage qui faisait obstacle à une réception facile et complète des nouvelles tendances dans les recherches de « l’école de Paris » de la part de la « Klassische Archäologie ».
17Ce caractère utopique de la Grèce classique, si important dans l’histoire de la discipline de la « Klassische Archäologie » depuis Winckelmann, s’est aujourd’hui presque totalement perdu dans le contexte universitaire allemand. L’éloge hyperbolique des présumés « chefs d’œuvre » (qu’il s’agisse du Laocoon ou d’un tesson de vase peint) avait jadis été une composante presqu’incontournable dans la littérature académique allemande sur « l’art grec » même dans les types de publication les plus « arides » comme les catalogues typologiques. De nos jours, cependant, un tel langage a désormais été banni des publications allemandes, au profit d’une sobriété ostensible. C’est en particulier par les protagonistes du renouveau de la discipline à partir des années soixante-dix que « l’utopie des Grecs » a été ouvertement combattue (Hölscher 1989 est de nouveau un bon exemple ; mais l’élan intellectuel tourné contre l’utopie de la Grèce classique se trouve encore dans des publications plus récentes : Fischer et Moraw 2005). Le succès de cette « entreprise d’objectivation » a été grand : un enthousiasme pour l’objet d’étude qui transparaît trop ouvertement dans une publication académique est aujourd’hui généralement perçu comme mauvais signe, signalant un possible manque de rigueur et d’objectivité.
18Cet habitus nouveau du chercheur qui, au lieu de reprendre à son compte le prestige traditionnel attaché à la Grèce classique, quelque révolu qu’il soit, conteste cette tradition classiciste, n’est, bien entendu, pas un phénomène uniquement allemand. Personne, sauf exception, ne mise plus aujourd’hui sur le présumé caractère normatif de l’antiquité grecque pour rendre digne d’intérêt sa discipline dans le contexte de la culture contemporaine. Concernant la place que prenait, dans le discours académique, l’antiquité grecque dont on niait désormais le statut normatif, il y a néanmoins des différences notables entre « l’école de Paris » et les chercheurs qui ont renouvelé la « Klassische Archäologie » dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Ni en Allemagne, ni en France, le recours à l’antiquité classique dans le discours académique ne remplissait plus une fonction stabilisatrice (voire même réactionnaire) vis-à-vis de la culture contemporaine, les protagonistes du renouveau de la discipline s’étant eux même rangés plutôt du côté des contestataires dans le contexte des mouvements sociaux post-68. Mais ici, le parallélisme cesse. Dans le discours des rénovateurs de la « Klassische Archäologie », l’antiquité classique était plutôt associée à « l’hégémonie » (c’est à dire à « ce-qu’il-faut-critiquer »). Cela se voit particulièrement bien dans un des plus importants sujets de recherche de cette époque : la représentation des élites, notamment des élites républicaines et impériales romaines. Ce sujet commun des deux figures les plus influentes de la nouvelle tendance de la « Klassische Archäologie », Tonio Hölscher et Paul Zanker, a abouti à des publications très importantes comme Augustus und die Macht der Bilder (Zanker 1987), ou Römische Bildsprache als semantisches System (Hölscher 1987). Un autre exemple de cette tendance à associer l’antiquité classique à ‘l’hégémonie’ est la nouvelle vision de l’Athènes de Périclès – paradigme même du passé utopique ! – comme période d’impérialisme athénien, transformant les grands monuments de l’Acropole en témoins d’une exploitation injuste des « alliés » d’Athènes. Ce discours critique tenu sur l’antiquité classique s’associait ainsi à la critique de l’idéologie contemporaine et – plus encore – à la critique du passé nazi dans l’après-guerre allemand. Au lieu d’ouvrir un nouveau chapitre dans la longue histoire des visions utopistes de l’antiquité classique, les rénovateurs de la « Klassische Archäologie » étaient passés au désenchantement. Ce retournement se fit aussi en réaction à des recherches allemandes antérieures, influencées par le courant intellectuel du « Dritter Humanismus » des années vingt, trente et quarante. Elles avaient pour une dernière fois très fortement revitalisé l’utopie grecque après le désenchantement partiel du positivisme du xixe siècle, mais surtout s’étaient caractérisées par leurs rapports plus qu’ambivalents avec le nazisme.
- 2 D’une manière peut être comparable aux « utopies prémodernes » dans la filmographie de Pier Paolo (...)
19Au sein de « l’école de Paris », en revanche, l’abandon d’une vision normative de l’antiquité classique n’allait pas du tout de pair avec un désenchantement. Tout au contraire ! Même si les protagonistes de ce courant intellectuel, souvent décriés comme communistes, prenaient de manière encore bien plus marquée une position critique par rapport à la culture contemporaine, l’antiquité grecque ne prenait pas tellement dans leur discours la place de « l’adversaire » comme en Allemagne, mais bien plus la place d’un « allié » et ceci non plus par son présumé statut normatif pour le présent, mais au contraire par son altérité par rapport à la culture contemporaine. Un focus sur l’altérité de la Grèce antique se trouve, bien entendu, aussi dans la recherche archéologique allemande, mais il est indéniable qu’il est beaucoup plus marqué dans les recherches de « l’école de Paris ». Sans jugement de valeur et certainement sans vouloir tirer de leçons du passé grec, rechercher l’altérité « des Grecs » s’apparente, dans les textes de Vernant en particulier, un peu à une prise de position critique par rapport à la culture contemporaine (capitaliste, monothéiste, ou autre)2.
20Tout en refusant à l’antiquité classique dans les deux cas son présumé statut normatif pour le présent, l’attitude critique des novateurs de la « Klassische Archäologie » des années soixante-dix et quatre-vingt allait donc de pair avec un désenchantement de l’utopie du passé grec, alors que l’attitude critique de « l’école de Paris » ne s’affirmait pas aux détriments de cette utopie, mais la redéfinissait comme altérité fondamentale d’une société prémoderne. Cette différence concernant le caractère utopique ou non de la Grèce antique avait pour conséquence, il me semble, une différence notable au niveau rhétorique : la nouvelle sobriété du langage que l’on trouve dans les publications allemandes à partir des années soixante-dix, soucieuses de ne pas laisser transparaître trop d’enthousiasme pour l’objet d’étude (voir, par exemple, Zanker 1974 – important et novateur, mais très difficile à lire), ne se retrouve pas dans les écrits de « l’école de Paris ». Cela nourrissait un préjugé allemand vis-à-vis de ces recherches : faute d’un souci d’objectivité et d’exactitude factuelle assez développé, elles devaient manquer de rigueur scientifique – un préjugé qui continue à faire obstacle à la réception de ces recherches en Allemagne. Mais peut-être ne s’agit-il pas seulement d’une différence de style, mais aussi d’une différence de fond – et peut-être, ce préjugé n’est pas totalement sans fondement ? Peut-être, le caractère utopique de la Grèce antique, qui, sous la forme nouvelle de l’altérité, s’était conservé dans le projet anthropologique de « l’école de Paris », repoussait-il effectivement des questions d’exactitude factuelle au second rang ?
21Il est notable, du moins, qu’avec le renouveau de la « Klassische Archäologie » qui allait dans le sens d’une ré-historicisation de l’objet d’étude poussé du trône de l’intemporalité, on a non seulement assisté à un réajustement théorique des questions à poser et des méthodes à suivre, mais aussi (dans les même milieux académiques !) à une importante recrudescence d’un type de recherches particulièrement emblématique de la « Klassische Archäologie » : les grandes entreprises de publication systématique de matériel archéologique, avec un souci très poussé de typologie et de chronologie. Le meilleur exemple pour de telles recherches « positivistes » qui accompagnaient étroitement les efforts de repositionnement théorique de la discipline en Allemagne sont probablement les publications systématiques des portraits romains, mettant en évidence les liens typologiques souvent étroits entre d’innombrables portraits d’empereur éparpillés dans les musées du monde, et créant une base beaucoup plus solide à la chronologie dans l’archéologie romaine. Cette entreprise avait été promue par les mêmes chercheurs qui, au niveau de l’interprétation, avaient enfin libéré l’étude des portraits romains de l’approche « psychologisante » pour se réapproprier ce matériel archéologique comme source de premier ordre pour l’étude de la représentation du pouvoir impérial et l’idéologie mise en image (voir les catalogues des portraits romains dans les musées de Rome, entrepris depuis les années quatre-vingt par K. Fittschen et P. Zanker). Pour de telles recherches importantes, mais « arides » à outrance, il n’y a pas d’équivalent dans le contexte intellectuel de « l’école de Paris ». Ceci ne devrait pas, en principe, faire obstacle à la réception de « l’école de Paris » par l’archéologie classique en Allemagne. Mais il s’agit tout de même, me semble-t-il, du symptôme d’une divergence fondamentale entre deux projets de réforme de la discipline qui avaient eu lieu globalement à la même époque en France et en Allemagne.
22Même si l’on a bien reconnu, dans l’archéologie classique en Allemagne, l’importance des contributions issues de « l’école de Paris » (voir le récent colloque à Munich Jean-Pierre Vernant und die Anthropologie der Antike, 26 et 27 juin 2015), la réception de ces recherches par la « Klassische Archäologie » s’est heurtée à certains problèmes. L’enthousiasme avec lequel ces nouvelles tendances dans la recherche en France avaient été reçues dans les années quatre-vingt par certains représentants d’une génération d’archéologues allemands (avant tout Tonio Hölscher) qui, eux-aussi, avaient un projet de renouveau de leur discipline globalement à la même époque, n’a pas pu recouvrir certaines divergences fondamentales entre le projet anthropologique de « l’école de Paris » et le projet de ré-historicisation de la discipline de la « Klassische Archäologie ». Comme j’ai essayé de le montrer, un facteur important dans ces divergences était la trajectoire différente que prenaient ces deux projets de renouveau. Cette trajectoire se définit à la fois par son point de départ – la tradition respective de la discipline, dans laquelle on se rangeait, tout en voulant s’en démarquer – et par son but – la direction, vers où l’on voulait progresser respectivement. Les divergences concernant les deux facteurs fortement interdépendants du point de départ et de la direction à prendre avaient été mises en évidence dans quatre domaines : (1) la place de « l’art grec » occupant dans la « Klassische Archäologie » une position beaucoup plus dominante que dans l’archéologie grecque en France ; (2) la place de la religion grecque, marginalisée dans l’archéologie classique en Allemagne, mais au cœur du projet anthropologique de « l’école de Paris » ; (3) la place de l’histoire politique, essentielle pour le projet de ré-historicisation de la « Klassische Archäologie », mais conceptualisée différemment par « l’école de Paris », pour laquelle l’histoire évènementielle et la micro-chronologie ne jouaient pas le rôle décisif qu’elles jouaient en Allemagne ; et finalement (4) le caractère utopique (ou non) de passé grec, la « Klassische Archäologie » s’étant clairement défait de cette idée pourtant bien enracinée dans sa propre tradition, alors qu’une certaine forme d’utopie continuait à être présent dans « l’école de Paris », dont les recherches mettaient l’accent sur l’altérité de cette société prémoderne, libérée de son statut normatif pour le présent, et fonctionnant comme instrument discursif dans une attitude critique par rapport à la culture contemporaine.