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AccueilNuméros19Les enfants d’Hildéric

Les enfants d’Hildéric

L’héritage chrétien de l’utérus romain
The Children of Hilderic: The Christian Legacy of the Roman Womb
Amélie Belleli

Résumés

La fécondité féminine revêtant un aspect dynastique, les sources portent un intérêt accru aux naissances. L’utérus perpétue le sang romain et celui qui naît d'une mère ceinte de pourpre peut prétendre à l’Augustat. L’existence d’alliances romano-barbares souligne ce pouvoir d’intégration à l’Empire dont dispose les femmes. Ce rôle de « trait d’union » n’échappant pas au souverain vandale Genséric, il conclut pour son fils Hunéric un mariage avec la princesse théodosienne Eudocia en 455. Évidente affirmation de son ambition, cette union lui offre un lien privilégié avec l’Empire et le pouvoir impérial. Gemini diadematis heres, leur fils Hildéric incarne la continuité du sang théodosien. La figure féminine doit être considérée comme un élément central du mariage romano-barbare, puisqu’elle apporte le sang romain transmis à une éventuelle descendance, en dépit d’une paternité barbare. L’accueil réservé par Justinien et Théodora aux enfants d’Hildéric à leur arrivée à Constantinople entérine leur illustre parenté romaine, jugée supérieure à la lignée Vandale.

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Texte intégral

  • 1 Sur la question des Vandales, voir Roberto 2020.

1Marqué par les profondes crises qui agitent l’Empire d’Occident, le règne de Valentinien III marque la fin de ce qu’on pourrait qualifier d’indépendance de l’État romain. De la conquête vandale en Afrique, à la perte de la Bretagne en 446, d’une partie de la péninsule ibérique et de la Gaule au profit des populations barbares, l’autorité impériale en Occident est forcée de composer avec ces nouvelles forces émergentes1.

  • 2 Comme le remarquait Modéran 2014, p. 41 : « Un classement fondé sur une statistique des occurrences (...)
  • 3 Chronica Gallica a. 452, MGH AA, t. 9, p. 658 : Vandali in Africam transfretantes ingentem lacerata (...)
  • 4 La mention la plus explicite de l’arianisme vandale se trouve chez Hydace Chronique, 89 à propos de (...)
  • 5 Comme le note Lançon (2017, p. 146), la présence des Vandales devant Hippone en 430, dont l’évêque (...)
  • 6 Victor de Vita, Historia Persecutionis Africanae provinciae, 1, 18.
  • 7 Procope, De bello vandalico, 2, 9, 13.

2Les sources évoquant les Vandales jusqu’au début du ve siècle sont assez modestes2. D’abord trop éloignés des frontières romaines, trop fractionnés, ils semblent réduits au rang d’acteurs de second plan de l’histoire des rapports entre l’Empire et le monde germanique. Le changement d’attitude des textes coïncide avec leur migration progressive vers la Méditerranée. En 429, l’arrivée de Genséric en Afrique, un an après avoir succédé à Guntharic, provoque une onde de choc dans tout l’Occident, qui ne peut que constater cet « immense désastre »3. Sous la plume acérée de Victor de Vita ou bien de Procope, l’héritage des Vandales en Afrique est associé aux images de destructions et de répressions. Si c’est par la négociation que la plupart des peuples s’établissent sur le sol romain, la prise militaire de l’Afrique chrétienne par des Ariens4 choque profondément les habitants de l’Empire5. Alors que même les églises ne furent pas épargnées par la brutalité vandale6, comment expliquer que, près d’un siècle plus tard, les enfants du souverain Hildéric furent accueillis chaleureusement par le couple impérial formé par Justinien et Théodora7 ?

L’importance de la continuité du sang romain

  • 8 Sur ce sujet, voir notamment L’Huillier-Martinetti 1999. Particulièrement la première partie « Perm (...)
  • 9 Tertullien, Adversus Marcionem, 4, 23.
  • 10 Dasen 2015, p. 9.

3But avoué du mariage, les enfants occupent une place centrale dans la vie romaine8. De ce point de vue, les Pères de l’Église rejoignent, pour des raisons scripturaires, la tradition matrimoniale antique. À titre d’exemple, Tertullien considère la procréation comme la justification même du mariage, sur lequel il porte néanmoins un jugement sévère9. Les auteurs accordent une importance accrue aux naissances, souvent retenues comme un élément majeur dans leur devoir de transmission. Un regard sur la langue latine confirme ce constat : le terme matrimonium vient de mater, le terme maternitas n’existant pas10.

  • 11 Claudien (Laus Stiliconis, 2, v. 339-347) ne manquait pas d’évoquer l’importance d’une descendance (...)
  • 12 C’est le cas du second mariage de l’empereur Valentinien Ier avec Justine : voir Belleli 2016.
  • 13 La position de la femme à Rome était plus ambiguë que celle que les Grecs lui avaient assignée. La (...)
  • 14 Rouche (1996, p. 235-236) utilise par exemple l’expression « ventres de la souveraineté ».
  • 15 Voir notamment Molinier Arbo 2016, p. 54.
  • 16 Pline, Histoire naturelle, 7, 12 évoque le rôle central du sperme dans la conception. Ce dernier fa (...)

4Au niveau impérial, une descendance est avant tout perçue comme l'assurance de la continuité d’une dynastie11. On dispose parfois de plus de renseignements sur la descendance produite par une union que sur le mariage lui-même12. Souvent privées de rôle sur la scène politique, les mères jouissent d'une position centrale dans la transmission de cette filiation en enfantant des citoyens13. Responsables de la continuité dynastique, les femmes de la famille impériale offrent à qui les épouse un chemin vers le sommet de l’État romain14. Dans une société au pouvoir traditionnellement masculin, les premières matrones de l’Empire assurent la transmission de la pourpre15. De leur progéniture dépend la stabilité de l’État. Malgré tout, la naissance d’un enfant n’est pas considérée comme un fait féminin. Il s’agit au contraire d’un accomplissement paternel16. La langue latine attribue la naissance au père, comme le note par exemple, le comes Marcellinus dans sa chronique :

Theodosius imperator Eudoxiam filiam genuit.

  • 17 Marcellinus comes, Chronique a. 422. Un tel constat pouvait également être fait pour la naissance d (...)

L’empereur Théodose engendra sa fille Eudoxie17.

L’utérus vecteur de romanité

  • 18 Si les ouvrages sur la maternité dans l’Antiquité ne manquent pas, les études sur le rôle précis du (...)
  • 19 Parmi une bibliographie abondante sur la question des sources médicales et de la construction des g (...)
  • 20 Gourevitch 1984, p. 21.
  • 21 On retrouve des mentions de cette mentalité depuis la période grecque avec Aristote, De Generatione (...)

5La question même de l’enfantement est un sujet d’étude complexe18. La compréhension du rôle féminin dans le processus de mise au monde traduit la difficulté de définir le rôle de la mère19. Légalement, le mariage donne au mari la puissance sur son épouse et donc l’autorité sur les enfants à naître. Danielle Gourevitch voyait dans la femme romaine une « espèce d’objet procréateur qu’on se passe d’une manus à une autre »20, sauf à considérer que le mariage sine manu s’est progressivement généralisé à partir du ier siècle. La figure féminine, plus précisément son appareil utérin, n’est pas présentée comme l’élément principal d’une naissance, mais fait plutôt figure de réceptacle obligatoire de la semence mâle21.

  • 22 Chez Platon, Timée, 91c, l’utérus est un ζῷον, un organe anthropomorphe, un animal ; au ive siècle, (...)

6Pour comprendre l’importance de la filiation, il faut séparer la notion de mise au monde et l’enfantement du citoyen. La femme accouche, mais de l’homme naît l’enfant. Bien que définis terminologiquement par les médecins grecs entre le ve siècle av. J.-.C et le iie siècle ap. J.-C., les organes reproducteurs féminins forment une pâte à fantasme. La compréhension même de l’appareil utérin par la pensée antique souligne la complexité liée au rôle de la femme dans l’enfantement. Organe vivant, capable de se mouvoir à l’intérieur du corps, la matrice féminine intrigue et fascine depuis de nombreux siècles22. Tour à tour ventouse, pieuvre ou bien encore Gorgone, l’utérus romain possède une puissance qui ne doit pas être sous-estimée.

  • 23 Les Grecs avaient déjà énoncé la question biologique de l’enfantement et de la répartition des rôle (...)
  • 24 Porphyre, A Gauros, sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme, 5, 1-2, 2012. À ce sujet, voir nota (...)
  • 25 Orose, Histoire contre les païens, 7, 38, 1 ; Hieronymus, Epistolae 123, 16, 2.
  • 26 Comme le remarque Weaver (1986, p. 146), les enfants issus d’unions non reconnues par la loi romain (...)
  • 27 Premier mariage avec Maria : Zozime, Histoire Nouvelle, 5, 12, 1 ; second mariage avec Thermantia : (...)
  • 28 La question de l’autorisation des mariages entre Romains et étrangers ne sera pas abordée en détail (...)

7Comme évoqué précédemment, si l’enfant naît du père dans la langue latine, la mère transmet la romanité23. Qui possède une mère romaine est romain. Ce constat pourrait s’expliquer par un échange mystérieux qui s’opérerait dans l’espace utérin facilitant cette transmission. Si le fœtus transforme le corps maternel, on observerait une réciprocité des échanges. L’embryon se formant au contact de la mère en devenir, les envies et actions de cette dernière influent sur le développement de son enfant24. Dès lors, si la femme enceinte est ceinte de pourpre, un tel paradigme participe au développement du fœtus, qui peut devenir un candidat légitime à l’Augustat. Les ambitions d’un couple non-impérial peuvent trouver un aboutissement impérial dans leur progéniture. En donnant sa nièce Serena en mariage à un officier supposé d’origine barbare par ses détracteurs, Théodose Ier appuyait publiquement son entrée dans le cercle impérial25. Les enfants issus de cette union ne sont pas présentés dans les sources comme barbares, malgré les présomptions ethniques paternelles. Ils possèdent le sang romain et impérial de leur mère. Malgré une naissance attribuée à Stilicon, Serena a transmis sa citoyenneté26. Leurs filles, Maria et Thermantia, épousèrent successivement l’empereur Honorius dont elles partageaient le rang pourpre27. Face à de tels éléments, on comprend ainsi plus aisément l’intérêt d’une épouse romaine aux yeux d’un souverain barbare28.

L’alliance romano-barbare d’Hunéric et Eudocia

  • 29 Merobaude, Panegyricus, 2, 29 : … sociansque intexere problem, Eudocia n’étant pas née au moment du (...)

8Compte tenu des relations entre Carthage et le pouvoir impérial, on peut situer les fiançailles d’Eudocia et Hunéric entre 442 et 445. C’est en tout cas ce que permet de supposer l’allusion faite par Mérobaude dans son panégyrique prononcé à l’occasion du troisième consulat d’Aetius en 44629. Les fiançailles d’Hunéric et Eudocia marquent autant une forme de soumission vandale à l’autorité impériale qu’une reconnaissance de statut par cette dernière. Plus qu’un simple désir de mariage, cette alliance diplomatique répond aux ambitions des deux partis. Genséric songe certainement à la création d’une dynastie romano-vandale dont l’autorité permettrait l’union de la lignée royale des Vandales à la famille impériale théodosienne.

  • 30 Jordanès, Getica, 7, 36, 184 : Huius ergo mentem ad vastationem orbis paratam comperiens Gyzericus, (...)
  • 31 Ce schéma rappelle fortement l’attitude de Seigeric avec Galla Placidia. Alors que le roi Wisigoth (...)

9Parallèlement, l’Empire voit en la fille de Valentinien III une arme capable de canaliser et d’absorber la puissance vandale. Un mariage entre une princesse romaine et un prince barbare aurait pour but de produire les effets d’une acculturation. L’implication d’une telle union est forte en symbole : Eudocia est doublement héritière de la pourpre impériale de Théodose Ier. Si elle descend par sa mère de Théodose II, elle est également la petite-fille de l’impératrice Galla Placidia par voie paternelle. Née dans la pourpre, Eudocia incarne l’avenir de la maison théodosienne. La tâche qui lui incombe est la hauteur du prestige de son rang, comme le laisse supposer la Novelle XII de Valentinien III datée du 19 octobre 443. Consacrée aux problèmes des Romains expulsés d’Afrique par les Vandales, le texte montre un empereur incapable de faire régner son autorité sur la province africaine. Si cet accord doit contenter les deux partis, un obstacle de taille pourrait empêcher sa concrétisation. En 440, Genséric avait marié Hunéric à une princesse wisigothe, fille de Théodoric Ier. Conscient de l’urgence, le roi vandale dissout brutalement le mariage et l’accord politique qui l’accompagne. L’union n’ayant plus de raison d’être, l’épouse d’Hunéric est arrêtée, horriblement mutilée avant d’être répudiée30. La violence du geste de Genséric appuie son désir de rapprochement avec le pouvoir impérial. Si une alliance avec les Goths fut un temps profitable, elle ne peut surpasser le bénéfice d’une union avec le sang romain. Souverain aussi brutal qu’habile politiquement, Genséric a pu compter sur la faiblesse militaire de Théodoric, dont l’absence de réaction souligne l’intelligence du coup porté. L’humiliation subie par la fille de Théodoric participe du jeu diplomatique. Si le meurtre eut été plus simple, la renvoyer chez elle après mutilation expose publiquement le renversement d’alliance31.

  • 32 Procope, De bello vandalico, 3, 4, 13.

10Afin de sceller ce rapprochement avec l’Empire, Hunéric est envoyé comme otage à Ravenne avant d’être fiancé à Eudocia32. Le texte de Procope sur le traité de 442 renvoie, plutôt qu’à un accord de fédération, à un traité d’alliance en bonne et due forme, qui faisait du royaume un « ami et allié du peuple romain ». Nul autre souverain barbare ne peut se vanter d’avoir établi de tels liens avec la famille impériale. Légalement autorisée par Valentinien III, l’union fait entrer Genséric et sa famille dans la maison théodosienne. Ainsi chargée d’absorber et de canaliser la puissance vandale, Eudocia est clairement un pion au service de la diplomatie. Ce souhait transparaît dans le panégyrique de Mérobaude dont les choix de langage sont révélateurs des désirs des deux partis :

  • 33 Merobaudes, Panegyricus, 2, 24-29.

Insessor Libyes quamuis fatalibus armis
ausus Elissaei solium rescindere regni
milibus Arctois Tyrias conpleuerat arces.
Nunc hostem exutus pactis proprioribus arsit
Romanam uincire fidem Latiosque parentes
adnumerare sibi sociamque intexere prolem
33

  • 34 Loyen 1972, p. 158.
  • 35 Cette notion de pragmatisme est également visible dans le cadre d’une autre union romano-barbare, e (...)

11Les termes employés par le poète sont révélateurs de la portée politique d’une telle union. Le terme de parentes doit être compris comme « parent rajouté ». L’allusion à l’alliance à venir permet de sanctifier l’accord entre le pouvoir vandale et le trône impérial. De la même façon, la formulation sociamque intexere prolem, « tisser une descendance alliée », pourrait renvoyer aux fiançailles par le prisme de la descendance issue de cette union34. Mérobaude ne fait ici pas mention des enfants de Genséric et Valentinien III mais plutôt des futures générations à naître. Le mariage d’Hunéric avec Eudocia est présenté comme la promotion ultime pour la royauté vandale. Le pragmatisme de Genséric le pousserait à ne pas désirer devenir un nouveau César, mais plutôt à proposer une alternative romano-barbare, dont ses descendants seraient les garants35.

Le mariage romano barbare comme outil diplomatique36

  • 36 La question de l’union entre Romains et barbares dans la législation du ive siècle est l’objet d’un (...)
  • 37 Olympiodore, Fragments, 24 ; Hydace, Chronique, 57 ; Philostorge, Histoire Ecclésiastique, 12, 4 ; (...)
  • 38 Selon Jordanès, Getica, 31, 160, la raison serait militaire : Honorius n’avait simplement pas les m (...)
  • 39 Jordanès, Getica, 31, 160 : quam tamen ob generis nobilitatem formeque pulchritudine et integritate (...)
  • 40 Orose, Histoire contre les païens, 7, 40, 2.

12Les alliances diplomatiques permettent de garantir un équilibre fragile. Une épouse impériale offre l’assurance d’une descendance romaine. Le mariage de Galla Placidia avec Athaulf en 411 à Forli puis en 414 à Narbonne devait garantir la paix avec les Goths37. Malgré l’absence de consentement d’Honorius, les auteurs ne condamnent pas l’union38. La double légitimité des enfants à naître – gothique et romaine – permettait une alliance favorable à chaque parti39. Le sang maternel est reconnu comme un vecteur de transmission puissant. Pour Orose, le rôle de Galla Placidia fut essentiel pour le devenir de l’État romain40. Aux yeux des Romains, la femme canalise le sang barbare de son époux. Elle peut, par le biais de sa descendance, assurer la transmission durable de la légitimité impériale tout en absorbant la barbarité paternelle. Comme le note Jordanès, Athaulf fut intégré à la maison impériale par le truchement de son épouse :

  • 41 Jordanès, Getica, 31, 160 : « Abandonnant en bons termes l’empereur Honorius, dépossédé certes de s (...)

Honorioque Augusto quamuis opibus exausto tamen iam quasi cognatum grato animo derelinquens, Gallias tendit41

  • 42 Chronica Paschale a. 415.

13Le mariage romano-barbare est perçu comme une alternative qui répondrait aux évolutions d’une société en pleine mutation. Le pragmatisme d’Athaulf l’a conduit à vouloir intégrer la Romania dont ses héritiers seront les représentants. Le but de ces unions est de créer un lien de sang que les Romains reconnaissent comme partie prenante de l’Empire. Si Honorius s’était refusé à donner son consentement, la réaction de la cour d’Orient à l’annonce du décès d’Athaulf suggère que le mariage était accepté par Constantinople42. Fort de ce constat, on comprend d’autant mieux les motivations de Genséric à concrétiser l’union de son fils avec Eudocia. L’accord conclu avec la maison impériale offre aux Vandales une entrée privilégiée dans la famille impériale.

La concrétisation de l’union romano-vandale

  • 43 Hydace, Chronique, 167.
  • 44 Jordanès, Romana, 334 ; Marcellinus comes, Chronique a. 455 ; Procope, De bello vandalico, 1, 4, 36 (...)
  • 45 Oppedisano 2014, p. 65-70.
  • 46 Prosper, Chronicon, 1375 ; Roberto 2020, p. 111-116.
  • 47 Genséric aurait écarté les tentatives de l’empereur Marcien pour obtenir la libération des femmes i (...)

14L’assassinat de Valentinien III en 455 bouleverse l’agenda matrimonial. Libéré de ses obligations diplomatiques, Genséric marche sur Rome. Le sac de la ville choque profondément les habitants de l’Empire. Alors que le traumatisme de 410 est encore présent dans les mémoires, l’armée vandale, bien équipée et entraînée, prend d’assaut la capitale impériale. Même le nouvel empereur, l’usurpateur Pétrone Maxime, cède à la terreur et tente de fuir en abandonnant son trône. Après à peine deux mois de règne, il périt sous les coups d’une foule enragée. Hydace semble avoir été le premier à évoquer explicitement l’idée d’une intervention de l’impératrice Eudoxia dans la venue des Vandales en 45543. Ses successeurs reprennent cette idée pour en faire une vérité universelle : la veuve de Valentinien III aurait appelé Genséric pour venger le meurtre de son époux44. Si l’hypothèse selon laquelle l’impératrice aurait invité Genséric n’est généralement pas retenue, il faut remarquer l’absence de réaction militaire efficace pour défendre Pétrone Maxime ou pour empêcher l’enlèvement d’Eudoxia et des princesses impériales Placidia et Eudocia45. Malgré tout, un accord négocié avec le Pape limite les massacres et les destructions, tout en permettant aux Vandales de ramener un immense butin46. Considérant les fiançailles d’Hunéric avec la fille de Valentinien III toujours valables, Genséric s’empresse de finaliser l’union à son retour de Rome47.

  • 48 Georges Kedrenos, Synopsis Historion, I. 606 : Καὶ τὴν μὲν Εὐδοξίαν Ὁνορίχῳ τῷ πρωτοκῳ υἱῷ αὐτοῦ συ (...)
  • 49 Olympiodore, Fragments, 26.
  • 50 Priscus, Fragments, 30.
  • 51 Theophanes, Chronographia, 5964.
  • 52 Jordanès, Getica, 33, 169 ; Procope, De bello vandalico, 1, 7, 29 ; Courtois 1955, p. 238-244.
  • 53 Victor de Vita, Historia persecutionis Africanae provinciae, 2, 12-14.

15Les mentions du mariage d’Hunéric et Eudocia sont nombreuses, soulignant la popularité littéraire des alliances romano-barbares. Fait notable, le nom « Hunéric » est souvent orthographié « Honorichos » dans les textes grecs. Ce constat n’est pas sans rappeler, par une heureuse euphonie, le nom d’« Honorius », Honorios pour les auteurs de langue grecque48. Si la simple erreur orthographique ne peut être exclue, on peut tout de même se demander si par son mariage avec une Romaine de rang impérial, Hunéric n’est pas devenu aux yeux des auteurs, un peu moins barbare et un peu plus romain. Le traitement de sa descendance par les sources romaines semble aller en ce sens. Leur fils, Hildéric, bénéficie d’une tradition littéraire plutôt favorable chez les auteurs romains. Seul enfant issu d’un mariage romano-barbare à avoir atteint l’âge adulte, Hildéric porte en lui la romanité de sa mère49. Né à une date inconnue entre 457 et 472, il incarne une sorte d’acculturation par le sang, la transmission maternelle étant capable de supplanter les origines barbares du père. Ce mariage, légitimé par le traité de 442, peut difficilement être condamné par les sources. Un traité conclu en 461 entre les Vandales et Constantinople suggère que l’union fut même validée par l’empereur d’Orient. On imagine difficilement le pouvoir romain faire affaire avec le royaume vandale si le mariage d’Hunéric et Eudocia n’avait pas été valide50. Malgré tout, Eudocia finit par s’enfuir de Carthage vers 471 ou 472 pour rejoindre Jérusalem où elle décède peu après51. Fervente nicéenne, elle n’était guère assortie à l’arianisme agressif d’Hunéric. Ce dernier succède à son père en 477 grâce à la politique successorale agnatique mise en place par Genséric52. Dès le début de son règne, ce dernier fait exécuter la femme de son successeur désigné Theuderic, lui-même mis à mort peu après53. La cruauté du nouveau souverain, telle que présentée par les auteurs romains, permet de noircir efficacement son portrait. Persécuteur énergique des chrétiens, Hunéric offre un contre-modèle efficace face à un Hildéric semi-romain.

Gemini diadematis heres : Hildéric ou l’héritage du sang romain

  • 54 Isidore de Séville, De historia Vandalo, 82.
  • 55 Victor Tunnunensis, Chronica, a.523, 2.
  • 56 Procope, De bello vandalico, 1, 9, 5.

16Héritier de la dynastie valentinienne, Hildéric bénéficie d’une tradition littéraire favorable dans la littérature romaine. Ses origines paternelles semblent passées au second plan, au profit de la prééminence maternelle : lorsqu’il mentionne l’accession au trône d’Hilderic, Isidore de Séville passe sous silence le nom de sa mère Eudocia, indiquant qu’il est le fils de la fille de l’empereur Valentinien III54. La parenté supplante l’identité individuelle. Plus que la personne d’Eudocia, c’est le sang romain qu’elle a pu transmettre qui est retenu. Rompant avec l’héritage paternel dès son accession au trône en 523, Hildéric mène une politique favorable envers les chrétiens nicéens, malgré le serment prêté à Thrasamund de ne pas restituer leurs églises aux catholiques. Rappelant les évêques exilés, il leur permet même de reprendre leurs fonctions55. Souverain romanophile, le fils d’Eudocia embrasserait pleinement l’idée d’une royauté romano-vandale. Soignant ses connexions avec l’Empire, Hildéric aurait même séjourné à Constantinople comme hôte personnel de l’empereur Justinien. Également conscient de son double héritage, le petit-fils de Genséric reprend aussi les codes de son grand-père pour signifier publiquement ses choix politiques. La veuve de son prédécesseur, Amalafrida, est jetée en prison avant d’être tuée afin de signifier aux Ostrogoths le renversement diplomatique voulu par Hildéric56. Il est à noter que le texte de Procope rappelle fortement les accusations relayées par Jordanès au sujet de la première épouse d’Hunéric. Dans les deux cas, les Goths bafoués n’apportent aucune réponse forte en raison de leur faiblesse militaire.

  • 57 Victor de Vita, Historia persecutionis Africanae provinciae, 1, 13.
  • 58 Procope, De bello vandalico, 2, 4, 33-35.

17Soucieuse de légitimer son pouvoir, la royauté vandale avait adopté des codes romains. Comme le remarque Victor de Vita, le roi réside dans une domus à laquelle sont affectées des provinces entières57. L’atmosphère à la cour semble s’apparenter d’assez près à celle du palatium impérial58. Le poète Luxorius insiste sur l’éducation d’Hildéric dans la culture romaine :

  • 59 Anthologia Latina, 203 : « Pour la salle d’audience de notre seigneur le roi, à Anclas le roi Hildi (...)

In Anclas ; in salutatorium domini regis
Hildirici regis fulget mirabile factum
arte, opere, ingenio, diuitiis, pretio.
Hinc radios sol ipse capit, quos hue dare possit :
altera marmoribus creditur esse dies.
Hic sine nube solum, nix iuncta et sparsa putatur ;
dum steterint, credas mergere posse pedes
59.

  • 60 Anthologia Latina, 215 : In Anclas. Vandalirice potens, gemini diadematis heres, / ornasti proprium (...)
  • 61 L’idée de faire réaliser un tel décor est elle-même très romaine comme le remarquent Chalon et al. (...)

18Les réalisations royales sont dignes de l’héritier de la maison théodosienne. Le poème 215 de l’Anthologie Latine nous apprend que celui qui serait gemini diadematis heres, aurait orné les murs de la résidence royale de mosaïques et de peintures célébrant ses ancêtres impériaux60. Par le biais d’une véritable affirmation politique, Hildéric exprime publiquement sa filiation romaine dans le lieu de l’exercice de son pouvoir. En honorant la mémoire de sa famille, le souverain renforce sa propre légitimité61. Ce soin apporté à l’expression d’une appartenance dynastique souligne le désir de connexion avec la maison théodosienne. Hildéric donne corps à la descendance alliée souhaitée par Mérobaude lors des fiançailles d’Eudocia et Hunéric.

Les enfants d’Hilderic : le sang romain comme vecteur de légitimité

  • 62 Procope, De bello vandalico, 1, 9, 5.

19La déposition d’Hildéric par Gélimer en 530 marque un tournant décisif dans les rapports du royaume vandale avec l’Empire. Procope insiste à plusieurs reprises sur les relations qu’entretenait Justinien avec le fils d’Eudocia. Cette amitié permet à l’empereur de se positionner comme défenseur énergique de la lignée du roi déposé dans la guerre contre les Vandales62.

  • 63 Victor Tunnunensis, Chronica, a.531.
  • 64 Procope, De bello vandalico, 1, 17, 11-12.
  • 65 Procope, De bello vandalico, 2, 9, 13.
  • 66 Belleli 2019, p. 52-54.

20Emprisonnés avec leur père sur ordre de Gélimer63, les enfants d’Hildéric échappent au massacre de 533, en dépit de l’ordre du nouveau roi, qui paraît pourtant les avoir également concernés64. L’assassinat du fils d’Eudocia met fin aux espoirs de la royauté romano-vandale. Ses héritiers quittent l’Afrique pour rallier Constantinople. Si Procope ne mentionne ni leur nom, leur sexe ou bien leur nombre, il insiste sur la noblesse de leur rang. Car ce ne sont pas des Vandales qui débarquent dans la capitale impériale mais la « famille de l’empereur Valentinien III ». Accueillis par le couple impérial, ils se voient offrir d’importantes richesses (χρήματα ἱκανά) pour pouvoir tenir leur rang65. L’attitude hautement politique de Justinien souligne le prestige des enfants d’Hildéric. L’empereur reconnaît en eux le sang théodosien, transmis par un utérus romain. La présence de Théodora aux côtés de son époux vient amplifier l’importance féminine dans la scène qui se déroule dans la capitale. Le couple impérial exprime son désir d’un pouvoir familial à la tête de l’État romain. L’arrivée des descendants d’Eudocia devant Justinien lui permet de se placer comme héritier légitime – et légitimé – de la dynastie théodosienne. À ses côtés, Théodora rappelle que l’expression de l’autorité impériale est bicéphale, la figure féminine assumant un rôle aux côtés de son époux en cela qu’elle peut transmettre la romanité et la pourpre66.

21Le triomphe militaire de Bélisaire offre la scène idéale pour exposer publiquement la politique du couple impérial. Alors que Gélimer est contraint de retirer ses atours royaux et de se prosterner devant l’Auguste, Justinien et Théodora réaffirment publiquement l’ascendance romaine des enfants d’Hildéric. La déchéance du souverain vandale se fait miroir de la reconnaissance du sang théodosien qui coule dans les veines de ces derniers. Si leurs noms ne nous sont pas parvenus, leur origine maternelle les placent au plus haut rang de l’Empire. Le geste de Justinien et Théodora proclame publiquement le crime commis par le roi vandale : en assassinant Hildéric, Gélimer a fait couler le sang romain impérial. La victoire remportée par Justinien est double : le succès de Bélisaire sur les Vandales lui offre à la fois la reprise de l’Afrique et la possibilité de revendiquer une légitimité impériale indiscutable. La présence des descendants d’Eudocia dans sa capitale le place comme dépositaire indiscutable de la pourpre et comme protecteur du sang théodosien.

22La noblesse du sang de leur grand-mère fait des enfants d’Hildéric des romano-nicéens aux yeux de Justinien et Théodora. Supplantant l’héritage vandale, la puissance transmise par l’utérus romain d’Eudocia en fait les héritiers directs de Valentinien III. Ils reçoivent un revenu officiel et la distinction due à leur rang. En l’occurrence, cela dessine une primauté du lignage impérial sur toute autre considération. Transmis par voie matrilinéaire, le sang de Théodose coule dans les veines des rescapés vandales.

Conclusion

23Les mécanismes de l’hérédité romaine ont permis à la lignée de Genséric d’entrer durablement dans la famille théodosienne grâce au sang impérial d’Eudocia. Actrice du jeu diplomatique, la fille de Valentinien III fut chargée de canaliser le danger vandale. Son mariage avec Hunéric et la naissance de leur fils soulignent l’importance politique des mariages romano-barbares. Le traitement d’Hildéric par les sources met en avant une romanité capable de supplanter les origines vandales issues de la lignée paternelle. Les différentes occurrences de telles unions rappellent le désir des royautés barbares de tisser des liens avec la famille impériale. En épousant une princesse romaine, un prince barbare peut faire entrer sa descendance dans la famille de l’empereur. Loin de rejeter tout symbole romain, il cherche au contraire à faire valoir un droit de regard de ses enfants sur l’Augustat. La romanité de l’épouse l’emporte. Les textes se révèlent plus cléments sur ces barbares mariés à une princesse romaine, attestant que le sang romain prévalait sur le sang barbare. Les règnes de souverains comme Athaulf ou Hildéric, furent bien meilleurs au dire des sources romaines. Non seulement une princesse impériale apporte la romanité à son mari, mais également aux enfants issus de leur mariage. La figure féminine apparaît comme un élément central de l’union romano-barbare, puisqu’elle apporte le sang romain transmis à une éventuelle descendance, en dépit d’une paternité barbare. Toutefois, si l’utérus demeure romain, les sources imputent les naissances au père, qui est celui qui engendre. Il y aurait donc inversion, selon le paramètre invariable d’une supériorité romaine, quel que soit le sexe de son vecteur. Si ces mariages demeurent exceptionnels, ils ne doivent pourtant pas être retenus comme de simples anecdotes. Leur caractère hors norme en fait certes des éléments retenus comme éminents par les auteurs, mais ils illustrent avant tout la réalité d’un rôle féminin prééminent dans la transmission de la pourpre.

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Notes

1 Sur la question des Vandales, voir Roberto 2020.

2 Comme le remarquait Modéran 2014, p. 41 : « Un classement fondé sur une statistique des occurrences d’ethnonymes barbares dans les textes grecs et latins d’Auguste à Théodose aurait placé les Vandales dans les dernières places, loin derrière les Alamans, Francs, Wisigoths […]. »

3 Chronica Gallica a. 452, MGH AA, t. 9, p. 658 : Vandali in Africam transfretantes ingentem lacerata omni provincial Romanis cladem dedere, « Les Vandales passent en Afrique en traversant la mer et, après avoir dévasté la province, infligent un immense désastre aux Romains. » ; Victor de Vita, Historia Persecutionis Africanae provinciae, 1, 1 : Sexagensimus nunc, ut clarum est, agitur annus ex eo quo populus ille crudelis ac saeuus Wandalicae gentis Africae miserabilis attigit fines, transuadans facili transitu per angustias maris, quod inter Hispaniam Africamque aequor hoc magnum et spatiosum bissenis milibus angusto se limite coartauit, « C’est maintenant, comme on sait, la soixantième année depuis que le peuple cruel et féroce de la nation Vandale a atteint le territoire de la malheureuse Afrique, franchissant en un passage aisé le détroit maritime, car entre l’Espagne et l’Afrique cette grande et vaste mer s’est rétrécie en un étroit espace de douze milles. » (Sauf mention contraire, toutes les traductions sont de l’autrice).

4 La mention la plus explicite de l’arianisme vandale se trouve chez Hydace Chronique, 89 à propos de l’avènement de Genséric.

5 Comme le note Lançon (2017, p. 146), la présence des Vandales devant Hippone en 430, dont l’évêque Augustin était mourant, fut très vite érigée en symbole représentatif des évènements. Ce décès fut mis en parallèle avec la culture latine nicéenne persécutée par les barbares ariens.

6 Victor de Vita, Historia Persecutionis Africanae provinciae, 1, 18.

7 Procope, De bello vandalico, 2, 9, 13.

8 Sur ce sujet, voir notamment L’Huillier-Martinetti 1999. Particulièrement la première partie « Permanences et mutations. Les différents problèmes posés par le mariage : à quel âge ? comment ? avec qui ? »

9 Tertullien, Adversus Marcionem, 4, 23.

10 Dasen 2015, p. 9.

11 Claudien (Laus Stiliconis, 2, v. 339-347) ne manquait pas d’évoquer l’importance d’une descendance à l’occasion des noces de 398 d’Honorius avec la fille de Serena et Stilicon, Maria.

12 C’est le cas du second mariage de l’empereur Valentinien Ier avec Justine : voir Belleli 2016.

13 La position de la femme à Rome était plus ambiguë que celle que les Grecs lui avaient assignée. La norme juridique lui interdisait explicitement l’accès aux charges publiques (Ulpien, Digeste, 50, 17, 2). Mais parallèlement, elle disposait d’une certaine liberté d’action rendue notamment possible par sa capacité à donner des héritiers à l’Empire.

14 Rouche (1996, p. 235-236) utilise par exemple l’expression « ventres de la souveraineté ».

15 Voir notamment Molinier Arbo 2016, p. 54.

16 Pline, Histoire naturelle, 7, 12 évoque le rôle central du sperme dans la conception. Ce dernier façonnerait le flux de sang émis par la femme pour façonner le fœtus.

17 Marcellinus comes, Chronique a. 422. Un tel constat pouvait également être fait pour la naissance d’Honorius en 384, ou bien pour la naissance de Flaccilla, fille d’Arcadius en 396. Sur la question du rôle du père dans l’enfantement, voir Moreau 2002, p. 115-138.

18 Si les ouvrages sur la maternité dans l’Antiquité ne manquent pas, les études sur le rôle précis du féminin dans la mise au monde sont plus rares. Sur la question de la maternité, on citera notamment : Dixon 1992 ; Hackwoth Petersen et Salzman-Mitchell 2012.

19 Parmi une bibliographie abondante sur la question des sources médicales et de la construction des genres, on peut notamment se référer à Rousselle 1980, qui note cependant la difficulté d’étudier la question féminine avec une documentation exclusivement masculine ; Dean-Jones 1991, p. 111-137 ; King 1998 ; Bonnard 2013.

20 Gourevitch 1984, p. 21.

21 On retrouve des mentions de cette mentalité depuis la période grecque avec Aristote, De Generatione Animalium, 2, 3, 737a, qui considérait la femme comme un mâle mutilé, presque une erreur de la nature, qui doit être endurée pour la perpétuation de l’humanité. 

22 Chez Platon, Timée, 91c, l’utérus est un ζῷον, un organe anthropomorphe, un animal ; au ive siècle, les travaux du médecin grec Oribase, Collection médicales, 24, 33 évoquent également ce fantasme masculin de la caverne féminine et d’un utérus qui se terre dans le corps féminin pour que la verge ne parvienne pas jusqu’à lui. Sur la question de l’animalité de l’organe reproducteur féminin, Dasen 2021, p. 53-85, surtout p. 72-77, demeure un ouvrage de référence. Plus récemment, Bonnell Freidin 2021.

23 Les Grecs avaient déjà énoncé la question biologique de l’enfantement et de la répartition des rôles : Eschyle, Les Euménides, v. 602-607, montre le procès d’Oreste devant l’Aréopage. Oreste a tué sa mère Clytemnestre pour venger le meurtre de son père Agamemnon, tué à son retour de Troie. Apollon affirme que ce n’est pas la mère qui enfante. Elle ne serait que la nourrice du germe semé par le père. À ce sujet, voir notamment Duminil 1984.

24 Porphyre, A Gauros, sur la manière dont l’embryon reçoit l’âme, 5, 1-2, 2012. À ce sujet, voir notamment Dasen 2021, p. 165-167.

25 Orose, Histoire contre les païens, 7, 38, 1 ; Hieronymus, Epistolae 123, 16, 2.

26 Comme le remarque Weaver (1986, p. 146), les enfants issus d’unions non reconnues par la loi romaine comme des mariages appropriés prenaient généralement leur statut de leur mère.

27 Premier mariage avec Maria : Zozime, Histoire Nouvelle, 5, 12, 1 ; second mariage avec Thermantia : Zozime, Histoire Nouvelle, 5, 28, 163.

28 La question de l’autorisation des mariages entre Romains et étrangers ne sera pas abordée en détail dans le présent article. Parmi l’abondante bibliographie sur le sujet de ces unions mixtes, voir notamment Soraci 1974, Demougeot 1981, L’Huillier-Martinetti 1999, p. 77-146 …

29 Merobaude, Panegyricus, 2, 29 : … sociansque intexere problem, Eudocia n’étant pas née au moment du second consulat d’Aetius en 437.

30 Jordanès, Getica, 7, 36, 184 : Huius ergo mentem ad vastationem orbis paratam comperiens Gyzericus, rex Vandalorum, quem paulo ante memoravimus, multis muneribus ad Vesegotharum bella precipitat, metuens, ne Theodoridus Vesegotharum rex filiae suae ulcisceretur iniuriam, quae Hunerico Gyzerici filio iuncta prius quidem tanto coniugio laetaretur, sed postea, ut erat ille et in sua pignora truculentus, ob suspicionem tantummodo veneni ab ea parati, naribus abscisam truncatamque auribus, spolians decore naturali, patri suo ad Gallias remiserat, ut turpe funus miseranda semper offerret et crudelitas, qua etiam moverentur externi, vindictam patris efficacius impetraret, « ... Il (Genséric) craignait que Théodoride, le roi des Wisigoths, ne vengeât l’offense faite à sa fille. Celle-ci avait été unie au fils de Geiséric, Hunéric, et assurément, elle s’était réjouie dans un premier temps d’un si beau mariage. Mais par la suite, vu que cet homme se comportait comme une brute, y compris envers ses propres descendants, elle-même, sur le seul soupçon qu’elle aurait préparé du poison, avait eu le nez coupé, les oreilles tranchées et, dépouillée de sa beauté naturelle, avait été renvoyée chez son père dans les Gaules... »

31 Ce schéma rappelle fortement l’attitude de Seigeric avec Galla Placidia. Alors que le roi Wisigoth annonçait vouloir la paix avec Rome, il traitait la veuve d’Athaulf comme une prisonnière, obligée de marcher devant son cheval : Olympiodore, Fragments, 26 ; Orose, Histoire contre les païens, 43, 9. De plus, comme le remarque Becker (2008, p. 515), en accusant sa belle-fille de complot, Genséric s’assure contre une éventuelle grossesse au moment de la renvoyer chez son père, car l’enfant qui serait alors né n’aurait plus eu aucune légitimité pour s’inscrire dans l’ordre de succession à la royauté vandale, après le crime que sa mère aurait tenté de commettre.

32 Procope, De bello vandalico, 3, 4, 13.

33 Merobaudes, Panegyricus, 2, 24-29.

34 Loyen 1972, p. 158.

35 Cette notion de pragmatisme est également visible dans le cadre d’une autre union romano-barbare, entre Athaulf et Galla Placidia. Voir notamment Marchetta 1987, p. 118.

36 La question de l’union entre Romains et barbares dans la législation du ive siècle est l’objet d’une constitution unique promulguée par Valentinien Ier en 370 ou 373. Cette loi est conservée dans le seul Code Théodosien III, 14, 1. À ce sujet, voir l’article de Marcone 2012. Valentinien défend aux provinciaux d’épouser des barbares : aucun provincialis ne peut prendre pour épouse une femme barbare, et aucun gentilis ne peut s’unir à une provincialis. Ambroise de Milan (Epistulae, 62, 7) réprouve fermement toute union avec des personnes non romaines.

37 Olympiodore, Fragments, 24 ; Hydace, Chronique, 57 ; Philostorge, Histoire Ecclésiastique, 12, 4 ; Chronica Gallica, a. 452 ; Marcellinus comes, Chronique, 410.

38 Selon Jordanès, Getica, 31, 160, la raison serait militaire : Honorius n’avait simplement pas les moyens de répondre efficacement.

39 Jordanès, Getica, 31, 160 : quam tamen ob generis nobilitatem formeque pulchritudine et integritate castitatis adtendens in Foro Iuli Aemiliae ciuitate suo matrimonio legitime copulauit, ut gentes hac societate conperta quasi adunatam Gothis rem publicam efficacius terrerentur ; « Néanmoins, celle-ci, par sa noble naissance, sa beauté physique et sa chaste pureté, attira son regard, et à Forum Iulii, ville d’Émilie, il se lia légalement à elle par le mariage. De la sorte, les nations, lorsqu’elles apprenaient cette alliance, à l’idée que l’Empire avait été uni aux Goths, étaient plus sûrement terrifiées. »

40 Orose, Histoire contre les païens, 7, 40, 2.

41 Jordanès, Getica, 31, 160 : « Abandonnant en bons termes l’empereur Honorius, dépossédé certes de ses richesses mais devenu désormais comme un parent, il se dirige vers les Gaules... »

42 Chronica Paschale a. 415.

43 Hydace, Chronique, 167.

44 Jordanès, Romana, 334 ; Marcellinus comes, Chronique a. 455 ; Procope, De bello vandalico, 1, 4, 36-39. Cette volonté d’expliquer les malheurs de l’Empire d’Occident par la trahison peut également être observée avec le sac de Rome par les Wisigoths de 410. Procope (De bello vandalico, 1, 2, 27) relaye une rumeur selon laquelle Anicia Faltonia Proba aurait ordonné à ses servants d’ouvrir les portes de la ville.

45 Oppedisano 2014, p. 65-70.

46 Prosper, Chronicon, 1375 ; Roberto 2020, p. 111-116.

47 Genséric aurait écarté les tentatives de l’empereur Marcien pour obtenir la libération des femmes impériales afin de pouvoir célébrer le mariage : Priscus, Fragments 24.

48 Georges Kedrenos, Synopsis Historion, I. 606 : Καὶ τὴν μὲν Εὐδοξίαν Ὁνορίχῳ τῷ πρωτοκῳ υἱῷ αὐτοῦ συνέζευξε, « [Gizerichos] donna Eudoxia en mariage à son fils aîné Honorichos. » ; Chroniqua Paschale, 455 : Ἰνδ. ηʹ. εʹ. ὑπ. Οὐαλεντινιανοῦ Αὐγούστου τὸ ηʹ καὶ Ἀνθήμου. Τούτῳ τῷ ἔτει ἐσφάφη Οὐαλεντινιανὸς Αὔγουστος ἐν Ῥώμῃ μέσον δύο δαφνῶν, καὶ ἐπήρθη βασιλεὺς Μάξιμος, καὶ ἐσφάγη καὶ αὐτὸς τῷ αὐτῷ ἔτει. καὶ εἰσῆλθεν Ζανζίριχος βασιλεὺς τῶν Ἄφρων εἰς Ῥώμην, καὶ παρέλαβεν Εὐδοξίαν τὴν γυναῖκα Οὐαλεντινιανοῦ καὶ τὰς δύο αὐτῆς θυγατέρας, Πλακιδίαν καὶ Ὁνωπρίαν, ἃς μετʹ ὀλίγον ἀὁράζει ἐκ τῆς αἰχμαλωσίας Λέων ὁ βασιλεύς. τὴν δὲ Ὁνωρίαν νύμφην ἐκράτησεν Ζινζίριχος εἰς Ὁνώριχον υἱὸν αὐτοῦ, « Indiction 8, année 5, consulat de Valentinien Auguste (8) et Anthemios. Cette année-là, Valentinien Auguste fut tué à Rome entre deux lauriers, et Maxime devint empereur, avant d’être également tué la même année. Zanzirichos (Giséric), roi des Africains entra dans Rome et captura Eudoxia, la femme de Valentinien, et ses deux filles, Placidia et Honoria ; peu après Léon devint empereur et paya leur captivité. Mais Zinzirichos retint Honoria pour la marier à Honorichos, son fils. »

49 Olympiodore, Fragments, 26.

50 Priscus, Fragments, 30.

51 Theophanes, Chronographia, 5964.

52 Jordanès, Getica, 33, 169 ; Procope, De bello vandalico, 1, 7, 29 ; Courtois 1955, p. 238-244.

53 Victor de Vita, Historia persecutionis Africanae provinciae, 2, 12-14.

54 Isidore de Séville, De historia Vandalo, 82.

55 Victor Tunnunensis, Chronica, a.523, 2.

56 Procope, De bello vandalico, 1, 9, 5.

57 Victor de Vita, Historia persecutionis Africanae provinciae, 1, 13.

58 Procope, De bello vandalico, 2, 4, 33-35.

59 Anthologia Latina, 203 : « Pour la salle d’audience de notre seigneur le roi, à Anclas le roi Hildiric a fait cette merveille, resplendissant chef-d’œuvre de travail, génial et somptueux bijou, où le soleil lui-même vient prendre les rayons qu’il pourrait y lancer : on croirait que les marbres doublent la lumière du jour. Ici est un sol sans nuage, on dirait un tapis de glace fragmenté ; on est bien là, debout, et l’on craint d’enfoncer. »

60 Anthologia Latina, 215 : In Anclas. Vandalirice potens, gemini diadematis heres, / ornasti proprium per facta ingentia nomen. / Belligeras acies domuit Theodosius ultor, / captiuas facili reddens certamine gentes. / Aduersos placidis subiecit Honorius armis, / cuius prosperitas melior fortissima fecit. / Ampla Valentiniani uirtus cognita mundo / hostibus addictis ostenditur arce nepotis ; « Sur Anclas. Puissant roi vandale, héritier d’une double couronne, tu as orné ton propre nom par d’immenses exploits. Théodose, en vengeur, a dompté des lignes guerrières, rendant des peuples captifs en un combat facile. Honorius a soumis ses adversaires avec des armes porteuses de paix, et son heureuse prospérité a accompli les actions les plus courageuses. La grande vaillance de Valentinien est connue du monde entier, et on la montre, avec les ennemis réduits en esclavage, dans le palais de son petit-fils. »

61 L’idée de faire réaliser un tel décor est elle-même très romaine comme le remarquent Chalon et al. 1985, p. 245 ; la tradition d’une image de victoire peinte sur un mur du palais existait déjà chez Constantin selon Eusèbe, De vita Constantini, 3, 3.

62 Procope, De bello vandalico, 1, 9, 5.

63 Victor Tunnunensis, Chronica, a.531.

64 Procope, De bello vandalico, 1, 17, 11-12.

65 Procope, De bello vandalico, 2, 9, 13.

66 Belleli 2019, p. 52-54.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Amélie Belleli, « Les enfants d’Hildéric », Cahiers « Mondes anciens » [En ligne], 19 | 2025, mis en ligne le 10 février 2025, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/mondesanciens/5284 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13b4s

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Auteur

Amélie Belleli

Inrap ; Université de Limoges, CRIHAM UR 15507

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