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Fulgence de Ruspe, l’aristocratie romano-africaine et le pouvoir vandale sous les règnes de Gunthamund et de Thrasamund : collaboration ou résistance ?

Fulgentius of Ruspe, the African Elites and the Vandal Kingdom under Gunthamund and Thrasamund: Collaboration or Resistance?
Bruno Pottier

Résumés

Deux modalités de résistance nicéenne face à l’arianisme défendu par les rois vandales à la fin du ve siècle et au début du vie siècle peuvent être discernées à travers la biographie hagiographique de l’évêque Fulgence de Ruspe, la création de monastères pour compenser la persécution du clergé catholique et la pratique de la polémique religieuse. Certains notables nicéens africains ont compensé leurs compromissions avec l’administration vandale arienne par la fuite du monde ou par le financement de monastères et la création de liens avec des moines charismatiques comme Fulgence. Les rois vandales n’ont en effet que rarement inquiété les monastères nicéens en concédant cet espace de liberté à une Église par ailleurs persécutée. Le débat que Thrasamund a organisé entre 517 et 519 à Carthage avec Fulgence, rappelé d’exil pour l’occasion, a marqué la volonté de ce roi de créer un nouveau modèle d’excellence pour les élites africaines et les membres de la cour vandale. Il supposait tant la maîtrise de la culture classique, notamment par la création poétique, que des compétences théologiques. Des lettres de Fulgence montrent le succès de cette politique qui a conduit à l’intégration de la théologie dans l’otium littéraire, notamment lors de banquets. Ceci permet de nuancer l’idée d’un très large ralliement des élites africaines à un secular space religieusement neutre, promu par les rois vandales, qui est souvent inféré à partir de l’étude des seuls poèmes de l’Anthologie latine. Cependant, Fulgence, qui est resté en général loyal envers les rois vandales, apparaît paradoxalement dans ce cadre comme leur allié objectif, puisqu’il a facilité par ses actions l’acceptation de leur régime par les élites nicéennes.

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Texte intégral

  • 1 Laterculus Regum Wandalorum et Alanorum (MGH AA, XIII, p. 458-459). Procope (De bello vandalico, I, (...)
  • 2  Vita Fulgentii, 13-14, selon la numérotation des chapitres relative à l’édition et la traduction d (...)

1Vers 500, l’Église catholique africaine continuait de subir les conséquences de la très sévère persécution lancée par le roi Hunéric en 484, qui avait exilé l’ensemble de son épiscopat. Elle bénéficiait d’une tolérance très relative de la part du roi Gunthamund. Si celui-ci a rappelé Eugène de Carthage en 487, ce n’est qu’en 493 qu’il a autorisé les autres évêques exilés à revenir. La plupart d’entre eux ont été très vite de nouveau envoyés en exil en 495 ou 4961. Certains évêques nicéens ont cependant été tolérés, notamment en Byzacène, au moins jusqu’en 508, ce qui dénote un relatif statu quo, même si Thrasamund a interdit à partir de 496 toute nouvelle ordination épiscopale2. Néanmoins, un clergé catholique formé de prêtres et de diacres a pu subsister et desservir les églises qui restaient concédées aux nicéens en dehors de la Proconsulaire. Aucune persécution ou contrainte sur les simples fidèles catholiques n’est attestée durant cette période, ni aucun débat religieux polémique. Celle-ci a été cependant marquée par le développement d’un clergé arien d’origine africaine, même si le maillage épiscopal de cette Église semble être resté très insuffisant.

  • 3 Merrills et Miles 2010, p. 192-199 ; Conant 2012, p. 185-186 et 193-195. Clover 1992 avait auparava (...)
  • 4 Miles 2005, p. 315-316 ; Lepelley 2002. Cette présentation irénique a été contestée par Modéran 200 (...)

2Selon l’historiographie anglo-saxonne actuelle, représentée notamment par Andrew Merrills, Richard Miles et Jonathan Conant, les élites africaines se seraient en grande partie converties à cette époque à l’arianisme, ce qui démontrerait leur acceptation du régime politique vandale et le primat de leurs ambitions sociales3. Ceci s’expliquerait par leur forte ambivalence théologique explicable par le caractère difficilement compréhensible de ces débats. Cette tendance historiographique se propose de déconstruire les discours militants et héroïques des deux clergés, notamment celui nicéen proposé par Victor de Vita. Richard Miles, transposant à l’époque vandale un modèle explicatif forgé par Claude Lepelley pour l’Afrique du ive siècle, a ainsi défendu l’idée que les élites locales auraient préféré s’investir dans une culture de cour reposant sur la promotion d’un espace séculier neutre et la création poétique plutôt que de s’impliquer dans ces antagonismes religieux qui les auraient peu motivées4.

  • 5 Modéran 1993. Voir aussi Prosographie chrétienne du Bas-Empire, Afrique, Fulgentius, p. 507-513.
  • 6 Isola 1986 a mis en doute l’attribution traditionnelle de cette biographie au diacre Ferrand de Car (...)

3La biographie hagiographique de Fulgence de Ruspe, étudiée notamment par Yves Modéran, ne concorde cependant pas avec ces interprétations, qui dérivent principalement de l’étude du recueil poétique de l’Anthologie latine5. Ces textes de nature différente sont en effet trop souvent étudiés séparément. La biographie de Fulgence et les œuvres de celui-ci constituent cependant les seuls témoignages disponibles évoquant une résistance nicéenne à l’arianisme dans les années 490-530. Cette œuvre a été rédigée avant 536, donc très peu de temps après la mort de Fulgence. L’identification traditionnelle de son auteur au diacre Ferrand de Carthage doit probablement être abandonnée6. Cette biographie épiscopale s’inspire dans son plan général de celle d’Augustin d’Hippone par Possidius de Calama. Elle insiste sur la vocation monastique de Fulgence qui a renoncé à une prestigieuse carrière administrative. Cependant, il aurait été forcé comme Augustin par la population d’une cité de devenir son évêque et il s’est alors investi par la pratique du débat dans la lutte contre les hérésies, en l’occurrence l’arianisme vandale. Le modèle augustinien était sans doute très présent à l’esprit de Fulgence. Sa volonté de refuser toute responsabilité dans l’Église en s’isolant dans des monastères le différencie néanmoins de celui-ci.

4On peut donc se demander si Fulgence a été isolé dans son opposition résolue à l’arianisme et s’interroger sur l’attitude des élites nicéennes envers la royauté vandale à son époque, plus de cinquante ans après la formation de ce royaume en Afrique. Cette question mobilise nécessairement deux concepts historiquement très connotés, ceux de collaboration et de résistance, et donc d’usage délicat. Deux modalités d’une éventuelle « résistance » nicéenne aux progrès de l’arianisme peuvent cependant être mises en valeur à travers le cas de Fulgence, la création de monastères pour compenser la persécution contre les évêques catholiques et la pratique de la polémique religieuse contre les ariens. Elles montrent cependant la position très ambigüe par rapport au pouvoir vandale de Fulgence, qui a pris garde la plupart du temps de rester dans les cadres d’expression acceptés ou même définis par les rois. On peut donc tenter une analyse sociologique de la biographie de Fulgence de Ruspe.

Fulgence, collaborateur de l’administration royale vandale

  • 7 Les décurions de Carthage ont été fréquemment désignés comme des senatores par des lois impériales (...)
  • 8 Vita Fulgentii, 1. La chronologie proposée par Y. Modéran, proche de celle du père Delehaye, est pl (...)

5Gordianus, le grand-père de Fulgence, qui est présenté dans cette biographie comme un senator de Carthage et était donc décurion de cette cité, a été exilé en 442 par Genséric avec de très nombreux honorati, principalement de statut sénatorial clarissime, et notables africains. Gordianus était probablement lui-même clarissime puisque Fulgence est supposé par son biographe bénéficier de cette dignité7. Ses fils ont pu revenir avant 468 comme l’a montré Yves Modéran en Byzacène à Thélepte, une localité éloignée de Carthage, ce qui contribuait à réduire leur influence politique. Ils ont en effet perdu leurs biens immobiliers à Carthage qui ont été dévolus à des prêtres ariens8. Or, Fulgence a subi une forte pression de sa famille, notamment de sa mère, pour qu’il rétablisse le statut de celle-ci tant par une bonne exploitation des terres familiales, source de richesse, que par la participation à l’administration royale.

  • 9 Vita Fulgentii, 1-2. Sur ce munus très coûteux, qui reposait normalement sur les curiales les plus (...)

6Fulgence, encore jeune homme (adulescens), a reçu en effet un poste de premier plan au sein de celle-ci, probablement au début des années 490. Il a été nommé sans l’avoir demandé à la fonction de procurator grâce à l’intervention de sublimiores potestates qui l’avaient remarqué. Or, son biographe l’assimile à trois reprises à un exactor, parfois qualifié de publicus, ce qui suppose qu’il ait eu des responsabilités fiscales. Il a tenu dans un long développement à justifier Fulgence en affirmant qu’il ne se serait pas rendu coupable des abus habituels et de la violentia liés à l’exercice de cette fonction. Ce biographe fait d’ailleurs la promotion de la conversion monastique comme seul moyen d’éviter les compromissions liées à ce type de charge. Selon Modéran, Fulgence aurait probablement reçu la fonction d’exactor fiscal pour une cité, sans doute Thélepte. Les décurions recevant cette charge devaient récupérer les arriérés d’impôts, normalement durant une seule année9. La biographie de Fulgence laisserait donc penser à une survie au moins relative du système fiscal romain et des institutions civiques lors de la période vandale. Cependant, cette hypothèse, présentée avec prudence avec Modéran, semble fragile.

  • 10 L’apôtre Mathieu est cependant présenté dans la littérature patristique comme un receveur de taxes (...)
  • 11 G. Lapeyre et W. Frend avaient déjà proposé cette interprétation : Lapeyre 1929, p. 100 ; Frend 198 (...)
  • 12 Pour la diffusion des titres de statut dans l’administration vandale, voir infra n. 119 et 122. Pou (...)

7Celui-ci s’est principalement basé sur la comparaison réalisée par l’auteur de la biographie de Fulgence entre celui-ci et l’apôtre Matthieu qu’il a qualifié explicitement d’exactor10. Cependant, il a utilisé au contraire à deux reprises le terme procurator pour décrire la fonction occupée par Fulgence. Certains indices laissent penser que celle-ci consistait bien en une procuratèle dédiée à la gestion des domaines royaux11. Fulgence a d’ailleurs été nommé dans cette fonction, assimilée à une potestas, non par la curie municipale de Thélepte mais par des sublimiores potestates. Or, le terme sublimis avait un usage technique. Il était réservé dans l’Empire aux ive et ve siècles à des fonctionnaires de rang illustre, comme les préfets de Rome et de Constantinople, les questeurs du palais, les préfets du prétoire et les comtes des largesses sacrées et de la res privata. Fulgence a donc eu le soutien des représentants les plus élevés de l’administration vandale, notamment de ceux qui occupaient des fonctions héritées de l’Empire et qui étaient surtout d’origine romano-africaine12. L’emploi du terme potestas pour Fulgence suppose que celui-ci ait lui-même obtenu une fonction dans l’administration du royaume. Son biographe affirme qu’il aurait cependant déjà eu des ennemis à Thélepte, ce qui dénote de l’existence de luttes de factions locales.

  • 13 Voir notamment CTh XI, 16, 17 (387) ; XI, 30, 68 (429 au proconsul d’Afrique Celer).
  • 14 Voir notamment CTh XI, 7, 11 (365) ; XI, 19, 4 (398) ; XI, 20, 3 (400 ou 403) ; XI, 20, 4, 1 (423)  (...)
  • 15 Vita Fulgentii, 1 : Hinc initium sumens imperandi, et consulendi, ac gubernandi quamplurimos ; 2 : (...)

8De plus, sa nomination est mise en rapport avec sa réputation de bon gestionnaire des domaines de sa propre famille. Il aurait d’ailleurs été chargé en tant que procurator de récupérer des dettes et de lever des pensiones avec sévérité. Or, ce terme est autant utilisé dans la Code Théodosien pour décrire les loyers des domaines impériaux, notamment dans une loi de 429 relative à la Proconsulaire13, que les prélèvements fiscaux14. De plus, cette fonction de procurator aurait été associée à un pouvoir de commandement et l’aurait obligé à faire de longs voyages pénibles15. Elle ne se limitait donc pas au territoire d’une seule cité.

  • 16 Notitia Dignitatum Occ., XII, 17-25. Cf Delmaire 1989, p. 214-215 et 218-220.
  • 17 Victor de Vita, I, 45-47 (Felix, procurator domus filii regis) ; 48-50 (Saturus, procurator domus H (...)

9Les domaines impériaux étaient gérés depuis le Haut-Empire par des procurateurs à l’échelle d’une province, d’une région à l’intérieur de celle-ci ou d’un domaine particulier. Un procurator de la res privata pour la province de Maurétanie Sitifienne est attesté par la Notice des Dignités au début du ve siècle. D’autre part, des procuratores de la domus divina sont apparus à la fin du ive siècle pour gérer les biens spécifiquement possédés par l’empereur et sa famille. Plusieurs procuratores, parfois élevés à la dignité de comte, chargés de gérer ces biens pour l’ensemble du diocèse d’Afrique sont attestés au début du ve siècle16. Or, Victor de Vita évoque l’existence entre 455 et 477 de procurateurs de la domus de deux fils de Genséric, Hunéric et Théodoric17. Ceci prouve que Genséric a repris cette institution impériale. Il est probable que cette fonction a été provincialisée ou régionalisée après sa mort et l’accession d’Hunéric au pouvoir. Fulgence, encore jeune homme, pourrait être devenu procurateur de la domus royale à l’échelle de la province de Byzacène ou seulement d’une regio à l’intérieure de celle-ci.

  • 18 Proconsuls de Carthage : Victor de Vita, III, 27 (Victorianus) ; Dracontius, Romulea, V, subscripti (...)
  • 19 Possidius, Vita Augustini, 17. Cf. PCBE, Afrique, Pascentius, p. 827-829 ; PLRE, II, Pascentius, p. (...)
  • 20 Vita Fulgentii, 14 : Frater quippe eius germanus amicus procuratoris, per potentiam saecularis acti (...)

10Or, aucun gouverneur provincial n’est curieusement attesté en Afrique du Nord à l’époque vandale. Victor de Vita a pourtant évoqué le maintien du cadre provincial romain à cette époque et semble même avoir mentionné la création de nouvelles provinces18. Les proconsuls de Carthage, seuls fonctionnaires territoriaux attestés durant cette période, n’avaient sans doute aucune autorité sur la province de Proconsulaire, qui a été dévolue à l’installation des guerriers vandales. Il est donc possible dans ce cadre que les rois vandales aient attribué des fonctions étatiques, comme la levée des impôts, aux procurateurs de leur domus dans un cadre provincial ou régional. Ils peuvent avoir privilégié pour l’administration territoriale de leur royaume ces procuratores aux prérogatives élargies, placés par définition dans leur dépendance personnelle, à l’ancien maillage romain des gouverneurs provinciaux. Possidius de Calama a mentionné le débat qui a opposé dans les années 428-429 Augustin d’Hippone à un fonctionnaire arien de Valentinien III nommé Pascentius, qu’il a présenté comme un comte de la domus regiae19. Possidius a dénoncé sa rigueur implacable en tant qu’exactor au service du fisc impérial, notamment au détriment de l’Église catholique. Cette formulation suppose qu’il n’aurait pas seulement prélevé les loyers de domaines impériaux mais aussi certains impôts dans la zone placée sous sa juridiction. Le biographe de Fulgence, comme Possidius dont il s’est clairement inspiré, a en fait utilisé le terme exactor dans un sens large et non technique pour désigner tout collecteur d’impôts ou de redevances. Il s’agissait probablement pour le cas de Pascentius d’une mesure d’urgence. L’Afrique du Nord venait d’être replacée sous la tutelle de la cour de Ravenne après la révolte du comte Boniface entre 426 et 428. Les rois vandales peuvent donc s’être inspirés de cette évolution récente des pratiques administratives romaines en Afrique. De plus, le biographe de Fulgence a évoqué l’échec de la candidature vers 508 pour la chaire épiscopale catholique de la cité de Ruspe d’un diacre nommé Felix. Son frère aurait obtenu d’un procurator influent dont il était l’ami de bloquer toute ordination d’évêque à Ruspe pour le venger. Ce procurateur était probablement chargé d’appliquer l’interdiction énoncée par le roi Thrasamund de toute ordination d’évêque catholique dans son royaume. En effet, ce biographe a présenté celui-ci comme détenteur de la potentia secularis dans cette cité20. Cette terminologie évoque la potestas attribuée par ce biographe à Fulgence par la procuratèle qu’il a reçue. Ceci suppose une délégation au moins partielle de l’autorité royale et d’un pouvoir de coercition. Ce personnage a sans doute reçu une procuratèle sur les domaines royaux à l’échelle de la Byzacène ou d’une partie de celle-ci, à l’instar de Fulgence. Il semble donc assuré que Fulgence a bien collaboré avec l’administration vandale en tant que procurateur des domaines royaux. L’attribution à celui-ci d’un pouvoir de coercition, qui l’a directement rendu complice des abus des autorités vandales, pourrait contribuer à expliquer le malaise de celui-ci et l’abandon rapide de ce poste.

  • 21 Ceci ne peut s’expliquer que par la perte de la faveur royale ou un procès pour un fait grave (Vita (...)
  • 22 Vita Fulgentii, 5. Pour conserver la fortune familiale, Fulgence a dû transmettre ses biens à sa mè (...)
  • 23 Saturus, procurateur de la domus d’Hunéric, a ainsi perdu entre 455 et 477 sa fonction et tous ses (...)

11Cette fonction est d’ailleurs présentée dans cette biographie comme une obligation pour Fulgence. Il devait probablement par ce biais montrer sa loyauté envers le régime et justifier de la possibilité offerte dans le passé à sa famille de revenir en Afrique. Cette fonction était pourtant dangereuse, puisqu’elle pouvait entraîner comme l’affirme son biographe des sanctions financières, comme la perte de son patrimoine. Celui-ci affirme d’ailleurs que le mauvais procurateur mentionné à Ruspe vers 508 aurait été très vite puni par Dieu et réduit à la pauvreté21. On peut donc interpréter le choix de Fulgence d’entrer dans un monastère comme un refus de participer à l’administration vandale. Ceci explique l’opposition résolue de sa mère et de son frère, dont l’orgueil est vivement dénoncé. Ils craignaient en fait probablement des représailles de la cour qui auraient pu les empêcher de retrouver leur rang social mis à mal par l’exil22. Fulgence a ainsi refusé de s’associer au pouvoir vandale, pour ne pas exercer de contrainte sur ses pairs, notamment ceux qui avaient pris en location des domaines royaux. Il a aussi pu craindre tant d’être fortement incité à se convertir à l’arianisme que le caractère instable de la faveur royale23.

Les monastères en tant que pôle de résistance nicéens et leurs liens avec l’aristocratie africaine

  • 24 Vita Fulgentii, 3. Cet évêque doit probablement être identifié avec le Faustus Praesidiensis mentio (...)
  • 25 Victor de Vita, III, 45 ; 53-54.
  • 26 Vita Fulgentii, 9. Il est probablement à identifier avec l’évêque homonyme mentionné dans la Notiti (...)

12Fulgence a choisi de faire retraite, probablement au début des années 490, dans un monastère fondé par un évêque exilé par Hunéric en 484, Faustus de Praesidium Diolele, qui était parvenu à rester à proximité de son ancien évêché. Selon le biographe de Fulgence, Hunéric aurait en effet curieusement préféré exiler les évêques catholiques non loin de leur cité pour faciliter leur conversion à l’arianisme. Cette explication peu crédible montre qu’Hunéric s’est surtout attaché à enlever toute visibilité à l’Église nicéenne, en tolérant cependant la présence des évêques expulsés sur le territoire de leurs cités24. Par ce choix, Fulgence voulait probablement célébrer la mémoire des membres du clergé de Proconsulaire exilés en 483 auprès des Maures, notamment à Turris Tamalleni non loin de Praesidium Diolele25. Une dizaine d’années plus tard, en 499-500, lors d’un voyage en Italie, Fulgence a d’ailleurs choisi de rendre visite à un autre évêque de Byzacène exilé en 484, Rufinianus, qui vivait en ermite sur un îlot sicilien26.

  • 27 Vita Fulgentii, 13.
  • 28 Ibid., 3.

13Le monastère fondé par Faustus constituait clairement un pôle de résistance à l’arianisme. Il pouvait offrir une formation théologique aux moines qu’il abritait et un service liturgique aux communautés rurales environnantes, puisque certains d’entre eux étaient aussi prêtres. Fulgence a cependant lui-même longtemps refusé d’être ordonné prêtre avant que Faustus, une dizaine d’années plus tard, ne le lui impose27. Or, Fulgence aurait été accompagné dans cette retraite par certains de ses anciens amis, probablement eux-mêmes aristocrates. Son choix de fuir le monde n’était donc pas isolé28. Néanmoins, il n’existe aucun autre indice sur l’origine sociale des moines africains. Fulgence pourrait avoir été le seul clarissime à faire un tel choix, à l’instar de l’espagnol Paulin de Nole à la fin du ive siècle.

  • 29 Vita Fulgentii, 5. Cf. Modéran 1993, p. 146-148.
  • 30 Victor de Vita, III, 4.
  • 31 Vita Fulgentii, 6 ; Victor de Vita, II, 28.
  • 32 Victor de Vita, I, 30-33.

14Cependant, Fulgence a dû fuir son monastère suite à une nouvelle persécution contre Faustus, qui a dû se cacher dans d’autres lieux. Selon Yves Modéran, elle aurait été conduite par le roi Gunthamund dans les années 495-496. La tolérance dont les évêques exilés ont bénéficié depuis 484 était donc très relative. Fulgence se serait replié dans un monastère voisin qu’il aurait codirigé en tant qu’abbé avec son fondateur, Felix, un ami de jeunesse29. Néanmoins, une invasion maure, probablement en 497, aurait très vite forcé Fulgence, Felix et leurs moines à fuir la région et à se réfugier à Sicca en Proconsulaire. Fulgence a très vite transformé cette contrainte en opportunité en faisant œuvre missionnaire dans cette province dévolue au peuplement vandale. Il a en effet ramené certains Africains convertis à l’arianisme à la foi catholique. Genséric avait en effet interdit tout culte nicéen dans la province de Proconsulaire. Hunéric a d’ailleurs considéré en 484 que l’organisation de messes nicéennes dans cette province constituait une provocation, qui justifiait selon lui l’interdiction de l’Église catholique dans toute l’Afrique30. De nombreux clercs catholiques de Proconsulaire avaient d’ailleurs été rassemblés à Sicca en 483 avant d’être exilés chez les Maures. Cette ville était donc un symbole de la persécution d’Hunéric31. Les moines, souvent itinérants, étaient beaucoup plus difficiles à contrôler que le clergé. Ils ont ainsi pu en 497 se confondre avec la masse des réfugiés fuyant les invasions maures. Ils ont aussi pu compenser l’interdiction locale du clergé catholique et accueillir parmi eux des nicéens désirant fuir la région. Victor de Vita a ainsi mentionné la fuite sous le règne d’Hunéric de deux esclaves nicéens d’un millenarius vandale, voulant échapper à la conversion, dans un monastère près de Thabraca en Proconsulaire32.

  • 33 Vita Fulgentii, 6-7 ; Victor de Vita, III, 42 ; 54. Le droit impérial imposait la peine de fustigat (...)
  • 34 Notamment Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, VI, 4 ; Athanase, Contre les Ariens, 33.
  • 35 Victor de Vita, I, 41-42.

15Selon son biographe, Fulgence a été alors fouetté sur l’ordre d’un prêtre arien influent attaché au domaine Gabardilla du territoire de Sicca, qui l’avait pris pour un membre du clergé nicéen d’origine humble. Il aurait en effet ensuite fait tonsurer Fulgence pour indiquer visuellement qu’il n’était qu’un simple moine. Fulgence aurait ainsi pu assouvir sa vocation de confesseur. Le clergé vandale arien a fait battre de verges le clergé dissident nicéen en 48433. Des prêtres ariens avaient déjà appliqué des flagellations comparables à des nicéens en Italie et en Illyrie sous le règne de Constance II au ive siècle34. Un prêtre arien d’origine vandale, Anduit, a procédé à une répression féroce, en mobilisant des soldats, après la réouverture vers 457 d’églises nicéennes dans quatre localités de proconsulaire pour célébrer Pâques35.

  • 36 Vita Fulgentii, 7. Fulgence, en choisissant de s’installer à Sicca, a probablement espéré bénéficie (...)
  • 37 Merrills et Miles 2010, p. 195.

16Cependant, le châtiment de Fulgence aurait scandalisé à Carthage. L’évêque arien de Sicca aurait même proposé de soutenir Fulgence s’il déposait une plainte contre le prêtre qui l’avait fait fouetter. Or, le biographe de Fulgence affirme qu’il était ami de ses parents de longue date et qu’il avait noué des liens avec lui alors qu’il était encore laïc36. Fulgence aurait refusé pour ne pas se compromettre avec un évêque arien. Celui-ci était donc probablement lié aux sublimiores potestates qui l’avaient nommé à la fonction de procurateur royal dans sa jeunesse. Ceci laisse supposer que le père de Fulgence, Claudius, ait mené une carrière au sein de l’administration vandale. Cet épisode ne montre pas seulement la force des liens de solidarité au sein des élites romano-africaines, qui auraient transcendé les différences de confession comme l’a mis en avant l’historiographie anglo-saxonne, mais aussi que Gunthamund entendait, par souci d’apaisement, respecter les privilèges de statut des élites nicéennes37.

  • 38 Voir ses critiques vers 398 contre les moines de l’île de Capraria qui vivaient isolés (Epistulae, (...)
  • 39 Vita Fulgentii, 8. Certains membres du clergé nicéen se sont exilés à Constantinople lors de la per (...)

17Revenus en Byzacène, Fulgence et Felix ont fondé un monastère à Medidi, de manière significative à la frontière avec la Proconsulaire, pour compenser l’échec de Sicca et offrir un réconfort aux nicéens de cette dernière province. Cependant, Fulgence aurait voulu fuir en Égypte pour rejoindre les célèbres monastères de cette région, en abandonnant ainsi la difficile confrontation avec l’arianisme. Il aurait donc privilégié son salut personnel. La recherche d’une ascèse individuelle avait pourtant été fortement dévalorisée comme égoïste par Augustin, qui considérait qu’un moine devait se mettre au service de la communauté chrétienne38. Au début du voyage de Fulgence, l’évêque de Syracuse aurait convaincu celui-ci d’abandonner ce projet en raison du caractère hérétique de la foi imposée par les empereurs orientaux depuis l’Henotikon de Zénon en 482. Nul secours ne pouvait donc être attendu de l’Orient39. Fulgence serait alors passé à Rome, curieusement sans chercher à rencontrer le pape. Il aurait cependant été témoin de la célèbre visite du roi Théodoric dans cette ville en 500.

  • 40 Vita Fulgentii, 10-11. En effet, les habitants de cette cité seraient venus en masse dans ce monast (...)
  • 41 Fulgence a aussi privilégié l’étude des textes sacrés sur le travail manuel dans les deux monastère (...)
  • 42 Vita Fulgentii, 11-13. Sur la prospérité de la Byzacène, voir notamment Bonnifay 2003.

18Dès son retour en Afrique, plusieurs honesti et nobiles viri de Byzacène se seraient placés en compétition pour lui financer un nouveau monastère. L’expression honesti viri faisait directement allusion aux notables municipaux. Cette compétition aurait été logiquement remportée par un certain Silvestre, qualifié de primarius de cette province. Le biographe de Fulgence suppose donc par cette mention que les élites de Byzacène étaient majoritairement ou même entièrement nicéennes. Silvestre peut avoir résidé à Ruspe, puisque ce monastère a été fondé à proximité de cette cité, qui comptait selon cette biographie de nombreux clarissimes. Ce monastère était entouré par les propriétés de nombreux honesti viri qui subvenaient aux besoins des moines dans cette zone très fertile40. Fulgence avait donc clairement le projet de fonder des monastères destinés à l’étude théologique et donc à la lutte contre l’arianisme41. Il a bénéficié de la richesse des élites locales de Byzacène qui était une des provinces les plus riches d’Afrique, notamment en raison de ses exportations d’huile et de céramiques vers l’Orient. Cependant, Fulgence aurait encore une fois très vite abandonné ses responsabilités pour entrer comme simple moine dans un monastère près de Junca. L’évêque Faustus l’aurait alors contraint à reprendre sa fonction d’abbé et l’aurait ordonné prêtre42.

  • 43 Victor de Vita, III, 27 ; PCBE, Afrique, Victorianus, 13, p. 1193. Aucun gouverneur de Byzacène n’e (...)
  • 44 Une inscription d’Ammaedera du début du vie siècle (AE 1972, 691 ; I. Haïdra, 424) mentionne en eff (...)
  • 45 Vita Fulgentii, 15-16.
  • 46 Sur l’évolution du monachisme en Afrique du Nord, voir Dossey 2011.
  • 47 Notamment l’adjonction d’un sanctuaire dédié au culte de martyrs à l’église d’Henchir El-Gousset en (...)

19Silvestre est présenté comme le premier notable (primarius) de Byzacène. Il était forcément sénateur clarissime, peut-être de statut illustre. Ce statut ne peut s’expliquer que par la participation à la cour d’un roi vandale, peut-être en tant que proconsul de Carthage. Cette fonction, qui rappelle la préfecture urbaine de Rome, semble une des plus hautes qu’un aristocrate romano-africain puisse atteindre sous les Vandales. Victorianus d’Hadrumète en Byzacène, qui aurait été selon Victor de Vita l’homme le plus riche de l’Afrique en 484, avait d’ailleurs exercé cette fonction. Celui-ci l’a présenté comme un martyr de la cause nicéenne et comme modèle pour l’aristocratie romano-africaine43. Il existe cependant une autre possibilité. Silvestre pourrait avoir été sacerdotalis de l’Afrique. Ce terme désignait à l’époque romaine le grand prêtre élu pour une année du concile réunissant à Carthage les délégués de toutes les cités du diocèse d’Afrique. Ce concile a en effet subsisté à l’époque vandale44. Fulgence a ensuite reçu le soutien d’un autre notable, Postumianus, l’un des citoyens les plus nobles de Ruspe, pour la construction d’un monastère dans cette cité après en être devenu évêque vers 50845. Ce monastère urbain, principalement destiné au clergé de cette cité, respectait le modèle monastique augustinien au contraire de celui rural fondé avec l’aide de Silvestre, probablement pour échapper au contrôle des autorités vandales sur les cités46. Ces fondations ont contribué au développement du maillage religieux des campagnes de Byzacène qui a été plus tardif qu’en Proconsulaire ou Numidie. Des inscriptions récemment découvertes évoquent la construction ou la rénovation dans cette province d’églises probablement nicéennes au début du vie siècle. L’inventaire dressé par François Baratte, Fathi Bejaoui et Noël Duval des églises de Byzacène pourrait permettre, malgré les incertitudes de datation des vestiges archéologiques, de tenter d’apprécier l’importance de ce processus de création de nouvelles églises47.

  • 48 Luxorius s’est moqué d’un magistrat qui avait été négligent dans l’organisation de certains spectac (...)
  • 49 Vita Fulgentii, 9. Cette biographie valorise donc implicitement Théodoric en tant que protecteur de (...)
  • 50 Vita Fulgentii, 25 ; Fulgence, Epistulae, 2-4 et 6. Fulgence a pu bénéficier du soutien éventuel de (...)
  • 51 Procope, De bello vandalico, I, 8, 11-13 ; Anonyme de Valois, 12, 65-68. Le biographe de Fulgence n (...)

20Silvestre et Postumianus ont pu par ces fondations pieuses compenser de manière discrète les compromissions liées à la participation à une administration en partie arienne mais aussi les dépenses engagées pour des spectacles profanes, notamment à Carthage, peut-être en tant que sacerdotales provinciaux48. Un tel soutien discret, qui pouvait leur permettre de soigner leur mauvaise conscience, incite à nuancer la célébration par ces élites de Byzacène d’un secular space lié à la culture littéraire classique qui a d’ailleurs été favorisée ostensiblement par les rois vandales. Fulgence n’a pas tenté de les convertir au monachisme mais seulement d’obtenir leur soutien financier. Il n’a d’ailleurs disposé de celui-ci qu’après son voyage en Italie en 500, au cours duquel il a noué de nombreux contacts avec des sénateurs de haut rang. Son biographe évoque en effet en rapport avec sa visite à Rome en 500 un éloge appuyé du modèle républicain romain et de l’excellence du Sénat, réuni pour accueillir le roi Théodoric. Rome aurait en effet constitué une image terrestre de la Jérusalem céleste49. Cet éloge, curieux dans un texte hagiographique, survalorise les grandes familles chrétiennes du Sénat romain. Les lettres envoyées par Fulgence dans les années 520 à divers membres des puissantes familles des Decii et surtout des Anicii s’expliquent probablement par les contacts établis dès ce voyage50. Ceci laisse penser que les élites nicéennes africaines n’ont accordé de l’importance à Fulgence qu’à partir du moment où il a noué des liens avec des sénateurs romains, ce qui suppose un alignement sur celles-ci comme au ive siècle. Ces liens avaient été particulièrement redoutés par Genséric, qui avait donc décidé en 442 de mesures extrêmes d’exil contre les honorati africains. Le mariage de Thrasamund et de la sœur de Théodoric en 500, lié à la visite de celui-ci à Rome, a cependant légitimé le rétablissement de ces liens distendus51.

  • 52 Victor de Tunnuna (Chronique, a. 497, MGH AA IX, p. 193) propose le nombre de 120 évêques expulsés, (...)

21L’élection de nombreux évêques nicéens vers 508 en Byzacène, et peut-être dans d’autres provinces africaines, puisque selon les sources 60 ou 120 évêques auraient été concernés, peut être interprétée comme une révolte envers une politique tendant à faire disparaître de manière inéluctable l’Église nicéenne. Thrasamund avait en effet interdit toute nouvelle ordination d’évêque, au risque d’avoir des cités sans aucun prélat en raison du maillage insuffisant de l’Église arienne52. Aucun élément de la biographie de Fulgence n’indique la présence d’un évêque arien à Ruspe. Ces élections d’évêques montrent donc les limites d’une Église catholique s’appuyant principalement depuis 484 sur les monastères et les prêtres urbains.

  • 53 Vita Fulgentii, 13-14 ; Possidius, Vita Augustini, 4. Fulgence aurait même été contraint par la vio (...)
  • 54 L’exil de Fulgence en Sardaigne n’a cependant pas été immédiat puisqu’il semble s’être caché un mom (...)

22Elles semblent avoir été un succès car elles ont mobilisé les populations nicéennes et même causé des luttes de factions et des compétitions entre cités. Selon le biographe de Fulgence, les élites nicéennes de Ruspe auraient d’ailleurs trouvé honteux de ne pas avoir d’évêque. Il s’agissait donc d’un élément de prestige civique. Ce biographe a valorisé les élites nicéennes de Ruspe en les assimilant collectivement à des clarissimes. Ces notables bien intégrés ont donc soutenu un acte d’opposition clair envers Thrasamund. Fulgence, qui se cachait dans un de ses monastères pour éviter de devenir évêque, aurait été physiquement contraint par les élites et une partie de la population de Ruspe d’accepter la chaire de cette cité. Ce passage s’inspire fortement de la propre élection forcée d’Augustin à Hippone en 391 comme prêtre. Ces élites auraient donc privilégié un pair, Fulgence étant lui-même de statut clarissime. Silvestre, primarius de Byzacène, avec lequel Fulgence avait fondé un monastère a pu jouer un rôle déterminant dans cette élection53. Cependant, selon son biographe, les évêques de Byzacène avaient aussi paradoxalement organisé ces élections pour fournir de nouveaux confesseurs ou martyrs à l’admiration des fidèles et rappeler que l’Église nicéenne était toujours persécutée. L’élection de Fulgence s’explique donc aussi parce qu’il avait toujours fui ses responsabilités pastorales, cultivé l’humilité monastique et cherché à être reconnu en tant que confessor54.

  • 55 Vita Fulgentii, 13-14.

23Il a d’ailleurs été préféré à un diacre de Ruspe lui-même aristocrate dont le frère était proche d’un procurator et donc était plus susceptible de se soumettre aux décisions royales et de ne pas être expulsé. Ce procurator aurait d’ailleurs bloqué ensuite toute élection à Ruspe, conformément aux désirs du diacre et aux ordres de Thrasamund. Il se serait ainsi attiré l’inimitié des puissants notables de cette cité. Ce diacre disposait pourtant lui aussi d’un large soutien dans la population de Ruspe. Le biographe de Fulgence affirme que celui-ci aurait échappé miraculeusement à une embuscade organisée par le diacre juste avant son ordination, qui aurait nécessairement conduit à un affrontement violent avec ses propres partisans et les notables qui le soutenaient55. Ceci laisse supposer l’existence de tensions sociales à l’intérieur de cette cité. On peut cependant noter que le procurator cité n’est pas intervenu lui-même pour bloquer l’élection de Fulgence, qui avait probablement assuré la même fonction administrative que lui auparavant et appartenait au même milieu social.

  • 56 La biographie de Fulgence (§ 18) mentionne des conflits d’autorité entre des prêtres restés en Afri (...)
  • 57 Un passage de Victor de Vita (II, 2) constitue la seule attestation d’un monachisme arien dans le r (...)

24Les monastères ont donc joué un rôle crucial dans la survie de la foi nicéenne. Cependant, les rois vandales n’ont curieusement jamais tenté de les interdire. Gunthamund et Thrasamund semblent s’être limités à rendre invisible l’Église nicéenne et à la désorganiser en exilant ses évêques56. Ils peuvent avoir concédé aux nicéens les monastères comme espaces nécessaires de liberté, supposés implicitement sans danger. L’institution monastique était d’ailleurs peu développée dans l’Église arienne d’Afrique, probablement parce que l’entrée dans le clergé était privilégiée en son sein en raison d’un maillage territorial insuffisant57.

  • 58 Texte et traduction dans Lancel 2002, p. 67-71 et 213-220. Cette passion suppose qu’ils auraient ét (...)
  • 59 Victor de Vita, III, 41. Victor de Vita propose aussi une chronologie différente de celle de cette (...)
  • 60 Vindemialis aurait avec Eugène bénéficié de miracles à Carthage peu avant 484, ce qui l’aurait rend (...)
  • 61 Passio, 5 : Universaque namque monasteria virorum vel puellarum sanctarum gentilibus, id est Mauris (...)

25Pourtant, les moines nicéens semblent s’être attribués après la reconquête byzantine l’essentiel du combat contre l’arianisme. Il est ainsi significatif que la seule passion connue d’époque vandale concerne sept moines de Gafsa exécutés en 483 ou 484, qui ont été assimilés aux sept frères Macchabées. Leurs corps auraient été conservés au monastère de Bigua à Carthage58. Victor de Vita a rapporté cet évènement sans lui accorder d’importance particulière, en laissant entendre qu’ils n’étaient que de simples confesseurs ayant été soumis comme le clergé de Carthage à une fustigation disciplinaire59. La passion ne permet pas de comprendre pourquoi le roi Hunéric se serait spécialement intéressé à eux et les aurait transférés à Carthage. L’arrestation de ces sept moines, dont trois étaient aussi diacres, semble en fait s’expliquer par l’action provocatrice de leur évêque Vindemialis, qui était très lié à Eugène de Carthage60. Cette passion mentionne d’ailleurs un ordre de déportation d’Hunéric de l’ensemble des moines auprès des Maures, implicitement de Proconsulaire après celle des prêtres nicéens de cette province. Victor de Tunnuna, lui-même moine, évoque de même vers 550 la déportation de 5000 clercs, moines et laïcs par Hunéric. Cependant, Victor de Vita ne parle que de l’exil du clergé et de manière vague d’autres membres de l’Église. Il ne mentionne aucune fermeture de monastères. Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas été interdits par l’édit d’Hunéric de 48461. Les passions des moines de Gafsa et Victor de Tunnuna ont donc probablement attribué à tort à Hunéric une persécution des moines, pour désigner ceux-ci comme principaux héros de la lutte contre l’arianisme.

  • 62 Fastidiosus a rédigé un traité contre les donatistes et les nicéens en s’inspirant d’une lettre de (...)
  • 63 PCBE, Afrique, Bonifatius, 26, p. 159 ; Petrus, 8, p. 873. Pétrus semble d’ailleurs avoir finalemen (...)
  • 64 Vita Fulgentii, 27.
  • 65 Un an avant sa mort en 533, Fulgence s’est ainsi installé sur un îlot nommé Cercina dans l’archipel (...)

26Les persécutions vandales ont donc donné naissance à un nouveau modèle d’Église nicéenne reposant principalement sur les monastères comme centres de culture. La trahison dans les années 510 ou 520 d’un moine et prêtre passé à l’arianisme, Fastidiosus, sans doute issu d’un monastère de Fulgence, était donc particulièrement grave62. Ce nouveau modèle a évidemment posé problème lorsque le roi Hildéric a mis fin à la persécution des nicéens en 523. Certains abbés ont notamment voulu se soustraire à la domination de leur évêque. L’abbé Pétrus a ainsi demandé à être rattaché directement à l’évêque de Carthage et à ne pas être soumis au primat de Byzacène, région dans laquelle son monastère était situé, en citant plusieurs exemples africains de cette pratique63. Fulgence, de retour en 523 dans son évêché, a ainsi dû régler des différends entre certains membres de son clergé et des moines de ses monastères. Il a d’ailleurs pris position en faveur de ces derniers. Il se considérait d’ailleurs lui-même plus comme un simple moine, se soumettant à l’autorité de son ami abbé Felix, que comme un évêque ayant autorité sur les monastères présents dans son diocèse64. L’auteur de la biographie de Fulgence, lui-même moine, a pris nettement position dans ce débat en faisant la promotion d’un évêque privilégiant la vie ascétique solitaire et le refus des responsabilités65. La crise arienne a donc affaibli l’institution épiscopale en Afrique du Nord.

La polémique entre Fulgence et le roi Thrasamund et son impact sur les élites africaines

  • 66 Selon la PCBE, le retour de Fulgence en Sardaigne après un séjour de deux ans en Afrique daterait d (...)
  • 67 Vita Fulgentii, 21 ; Dicta regis Thrasamundi et contra ea responsiones (PL 65, col. 205-224 ; CCSL  (...)
  • 68 Vita Fulgentii, 21.
  • 69 Victor de Vita, III, 6.
  • 70 Vita Fulgentii, 20-21. Ceci explique que son biographe l’ait comparé avec insistance à l’évêque Aur (...)
  • 71 PCBE, Afrique, Eugenius, 2, p. 362.

27Fulgence s’est surtout imposé parmi les catholiques africains dans un autre mode de résistance nicéenne, la polémique religieuse. Entre 516 et 51766, Thrasamund a rappelé Fulgence de son exil de Sardaigne pour lui proposer de répondre à une série de dix questions théologiques, auxquelles des clercs nicéens de Carthage consultés n’auraient pas apporté de solutions satisfaisantes. Selon son biographe, Fulgence aurait produit une courte réponse, puis après une seconde série de questions, un long traité en trois livres, l’Ad Thrasamundum67. Il aurait ensuite répondu aux objections sur ces traités d’un évêque arien nommé Plinta, peut-être le patriarche arien de Carthage, et adressé sur sa demande un traité sur le saint Esprit au prêtre Abrigil68. Thrasamund aurait voulu garder plus longtemps Fulgence à Carthage, mais des clercs ariens envieux et inquiets de ses succès l’auraient convaincu de le renvoyer en Sardaigne après deux années passées en Afrique. Cette biographie offre donc une image plus positive du roi que des clercs ariens supposés haineux. Celui-ci a pris un risque important en annulant temporairement son ordre d’exil alors qu’il aurait pu se limiter à une correspondance à distance. Ce débat, même s’il était indirect, par l’envoi croisé de traités, pouvait aussi causer des troubles à Carthage. Hunéric avait en effet justifié sa loi très dure contre les nicéens de 484 par les désordres qu’ils auraient provoqués dans cette cité lors d’un grand débat contradictoire organisé entre les évêques des deux camps69. La population de Carthage constituait en effet implicitement l’arbitre du débat entre Thrasamund et Fulgence, qui a rendu public ses réponses. Thrasamund a même accepté de reconnaître Fulgence comme une sorte d’évêque nicéen intérimaire de Carthage pendant deux ans, sans que le débat entre eux ne l’impose. En effet, celui-ci a pu assurer des tâches pastorales, alors qu’il avait marqué une certaine réticence à les accomplir à Ruspe, et même rallier des convertis à l’arianisme, dont des prêtres70. Le dernier évêque catholique de Carthage, Eugène, avait en effet été exilé environ vingt ans plus tôt vers 49671.

  • 72 Ceci explique que Thrasamund ait fait communiquer oralement à Fulgence sa seconde série de question (...)
  • 73 Victor de Vita, III, 5.
  • 74 Vita Fulgentii, 20-21.
  • 75 Fulgence a au contraire dénoncé comme étant hérétiques dans ses traités adressés au roi des doctrin (...)

28En engageant seul le dialogue avec Fulgence, Thrasamund s’est implicitement présenté comme étant à la tête de l’Église arienne, tout en laissant l’évêque Plinta lui répondre. Celui-ci était peut-être le patriarche arien de Carthage. Thrasamund a donc pris un risque important72. Il aurait en effet pu organiser une conférence d’évêques comme en 484 ou se placer en simple observateur d’un débat, par exemple entre Fulgence et Plinta. D’ailleurs, ce débat remettait en cause la loi d’Hunéric de 484 supprimant définitivement l’Église nicéenne, qui était basée sur l’autorité des conciles de Rimini et de Séleucie de 359 supposés avoir réuni plus de mille évêques73. Thrasamund s’est lui-même présenté comme théologien au lieu de se conformer au modèle du souverain chrétien se limitant à suivre les décisions des conciles. Le biographe de Fulgence accuse durement le roi, qui n’aurait pas osé persécuter ouvertement les nicéens, d’avoir voulu piéger celui-ci. Les questions qu’il avait posées semblent en effet avoir troublé les catholiques, imposant à Fulgence de très longues réponses argumentées. Thrasamund a ainsi demandé à Fulgence de clarifier des points complexes de la foi nicéenne sans lui-même justifier sa foi, comme si sa supériorité était évidente. Cependant, comme le remarque le biographe de Fulgence, le roi s’est aussi placé dans la position du simple fidèle ou du catéchumène en voie de conversion soumis au magistère d’un évêque, même s’il ne s’est pas déclaré satisfait des réponses données74. Ceci explique que Fulgence ait pris soin dans ce débat de ne pas accuser ouvertement le roi ou les ariens d’hérésie pour démontrer son attitude non-conflictuelle75.

  • 76 Il était évêque de Cartenna en Maurétanie Césarienne. Il peut cependant avoir écrit ce traité avant (...)
  • 77 On peut notamment évoquer le débat entre Augustin et l’arien Pascentius dans sa réécriture par un n (...)
  • 78  L’évêque Habetdeum a ainsi présenté devant le roi Hunéric en 484 un libelle très critique envers l (...)
  • 79 Ce roi vandale aurait ordonné à Cerialis, de passage à Carthage, de débattre avec l’évêque arien Ma (...)

29Les polémistes nicéens ont souvent considéré que les rois vandales étaient à la tête de l’Église arienne, ce qui explique que des traités théologiques leur aient été directement adressés, notamment par Vincentius Victor pour Genséric76. Le débat reposant sur un système de questions et de réponses, supposé transcrire par écrit une controverse orale (disputatio), a d’ailleurs constitué une forme privilégiée de polémique nicéenne sous les Vandales77. Un débat fictif entre l’évêque nicéen Cerialis et un évêque arien sur l’ordre d’un roi vandale non nommé, supposé impartial, a ainsi été conservé. Ce texte dénote l’espérance des élites africaines en un arbitrage royal qui leur serait finalement favorable. Les rois auraient alors mis au pas le clergé arien supposé viscéralement hostile. Les catholiques africains étaient probablement nostalgiques du soutien qui leur avait été accordé par l’État romain contre les donatistes de Constantin à Honorius. Cette espérance semble en fait très naïve. Cependant, les polémistes catholiques pouvaient ainsi exprimer leur loyauté envers le royaume. Or, les traités polémiques contre l’arianisme semblent en général ne pas avoir été rédigés durant des périodes de persécutions, parce qu’ils ne pouvaient alors être perçus que comme des provocations78. Comme l’a montré Sabine Fialon, les traités polémiques de Cerialis et de Vigile de Thapse ont été très probablement rédigés dans le contexte de la préparation de la conférence entre évêques nicéens et ariens de 484, voulue par Hunéric79. Ces traités polémiques datent plutôt de périodes pendant lesquelles des rois ont mis en scène leur volonté d’ouverture et de débat, même si celle-ci n’était pas véritablement fondée, et semblent constituer une réponse à celle-ci. Ceux de Fulgence ne font donc pas exception.

  • 80 Vita Fulgentii, 25 ; Fulgence, Epistulae, 2-6.

30Or, aucun traité de Fulgence n’est attesté avant sa controverse avec Thrasamund. Fulgence a rédigé après son retour en Sardaigne en quelques années, entre 519 et 523, de nombreuses œuvres à destination d’Africains, mais aussi une correspondance pastorale avec des familles sénatoriales romaines et des prises de position sur les débats théologiques concernant la Gaule, l’Italie et l’Orient byzantin80. C’est aussi le seul polémiste nicéen connu entre 490 et 533. C’est donc Thrasamund qui a fait de Fulgence le référent théologique des nicéens africains, voire une sorte de nouvel Augustin d’Hippone, en le choisissant comme compétiteur. Le choix d’un clarissime indique d’ailleurs la volonté de s’adresser aux élites africaines. Fulgence a pu être recommandé auprès de Thrasamund par l’évêque arien de Sicca qui l’avait protégé une vingtaine d’années plus tôt et par certains des membres de la cour qui avaient contribué à sa nomination en tant que procurator royal. Ils pourraient avoir convaincu le roi qu’il ne contesterait pas son autorité.

  • 81 Ad Thrasamundum regem, I, 1-2 (PL 65, col. 225-226).
  • 82 Dracontius, Satisfactio, 299-302.
  • 83 AL 376. Texte et traduction dans Chalon et al. 1985, p. 220-221. Ce poème peut avoir répondu au pan (...)
  • 84 Dracontius a prononcé à Carthage un panégyrique de Thrasamund probablement au début de son règne. C (...)
  • 85 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 8-11.

31Cette polémique a été marquée en effet par la valorisation réciproque du roi et de l’évêque. Thrasamund a félicité Fulgence pour ses compétences rhétoriques, sa sagesse et la pureté de sa vie chrétienne. Fulgence ne s’est pas limité à mettre en avant sa loyauté, en avançant que les chrétiens avaient obligation de respecter le pouvoir temporel, mais s’est livré à un éloge direct du roi, notamment de sa moderatio dans son gouvernement supposé utile aux Africains81. Il a loué dans son traité Ad Thrasamundum la sagesse et l’intelligence d’un roi présenté comme clementissimus, piissimus et studiosus, malgré les tâches de gouvernement qui l’accablaient. Il aurait été plus soucieux du salut de son âme que de ses victoires militaires. Son intérêt pour la théologie l’aurait distingué des autres rois barbares. Fulgence a repris une ancienne thématique de propagande royale vandale, que Thrasamund a privilégiée. Il s’est donc fait panégyriste à l’instar des poètes profanes, ce qui montre que ces compétences littéraires pouvaient se recouper. Dracontius avait ainsi fait l’éloge de Genséric en tant que doctus dans sa Satisfactio82. Le poète Florentinus a célébré dans un panégyrique Thrasamund pour son intelligence et sa protection des arts libéraux83. Il pourrait avoir inspiré Fulgence, tout comme un panégyrique rédigé par Dracontius aujourd’hui perdu, ou avoir été inspiré par lui84. Procope, très critique envers Thrasamund, a pourtant lui aussi loué son intelligence et son usage de la raison85. Fulgence s’est ainsi mis dans ce cadre au service de la propagande royale.

  • 86 Voir Isola 1994-1995.
  • 87 Victor de Vita, III, 61-63.
  • 88 Genséric a ainsi fait le choix de donner une éducation latine soignée à ses petits-enfants (Victor (...)
  • 89 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 9.
  • 90 Dracontius, Romulea, I, 14. Le terme barbarus ne semble pas dans ce passage, tout comme pour Fulgen (...)
  • 91 Dracontius a crédité Felicianus d’avoir été le premier rhéteur à avoir rouvert une école sous les V (...)

32Fulgence a cependant affirmé dans cette œuvre d’une manière qui pourrait sembler provocatrice que l’arianisme était lié au caractère barbare de Vandales par nature ignorants86. Thrasamund, qui aurait été un des rares rois barbares cultivés, se devait donc de changer les coutumes de son peuple (iura barbaricae gentis) pour les amener à la vérité. Comme dans le cas de la culture classique, les Vandales devaient ainsi se placer sous le magistère théologique des Romains. Fulgence attaquait donc implicitement tout en niant leur existence les Africains convertis à l’arianisme, qui étaient supposés s’être ralliés à l’ignorance des barbares. La frontière entre orthodoxie et hérésie aurait donc été culturelle. Fulgence peut avoir repris les thématiques de Victor de Vita, qui avait une vingtaine d’années plus tôt condamné l’arianisme en tant qu’hérésie des barbares87. Cependant, Fulgence s’est en fait attaqué au modèle de rapports entre les deux aristocraties africaines promus par les rois depuis Genséric dans l’objectif de les fondre progressivement. Il supposait que les nobles vandales devaient s’initier à la culture classique et donc reconnaître la supériorité des Romains en ce domaine88. En compensation, ceux-ci devaient accepter la supériorité de la rationalité théologique de l’exégèse arienne des textes saints, qui constituait aussi une compétence littéraire dont l’utilité était de toute façon supérieure. Thrasamund aurait d’ailleurs affirmé, sans doute au début de son règne, qu’il ne pouvait comprendre, et donc promouvoir à de hautes fonctions, ceux qui refusaient de se convertir89. Dracontius a valorisé dans une œuvre à large diffusion son maître Felicianus pour avoir sous Genséric civilisé des barbari vandales incultes tel un nouvel Orphée. Ce roi avait probablement incité les notables vandales à se mélanger aux Romains au sein de cette école90. Cette présentation n’était pas dévalorisante pour les Vandales et correspondait au modèle d’intégration culturelle défini par Genséric. L’évocation par Fulgence dans un traité adressé au roi de l’inculture congénitale des barbares ne constituait donc elle aussi qu’une provocation limitée. Cependant, cette remarque était plus accusatrice dans la bouche de Fulgence qui s’exprimait après plus de 70 années de domination vandale en supposant donc des progrès culturels limités91. Il a néanmoins excusé les Vandales en remarquant que seuls les Romains bénéficiaient de l’otium nécessaire à une réflexion approfondie. Fulgence a ainsi valorisé l’engagement du roi et de son peuple pour le bien commun, par exemple par la défense de l’Afrique face aux Maures, qui aurait permis aux Romains de se consacrer sereinement aux plaisirs de l’étude. Il contribuait ainsi à définir une répartition des rôles et une complémentarité entre les Vandales, utiles pour leur fonction militaire, et les Romains qui seuls possédaient la culture et la vraie foi.

  • 92 Avit, Epistulae, 8 ; 46. L’épouse du roi burgonde, Caretena, était d’ailleurs catholique. Salvien d (...)
  • 93 Avit, Epistulae, 1-6 ; 21-23 ; 30 et 36-39. Sur ces débats, voir Heil 2014, p. 287-296 ; Whelan 201 (...)
  • 94 Avit, Epistulae, 53-54. Cf. PLRE, II, Heraclianus, 5, p. 542.
  • 95 Avit, Epistulae, 23.
  • 96 Avit, Dialogi cum Gundobado rege vel librorum contra Arrianos reliquiae (MGH AA, VI-2, p. 1-15).
  • 97 Concernant le fait que le Fils ait été engendré par le Père (Victor de Vita, II, 66 ; Dicta regis T (...)

33Le thème de l’inculture congénitale des barbares avait d’ailleurs déjà été utilisé dans les années 505-506 par l’évêque nicéen Avit de Vienne dans ses débats avec le roi arien burgonde Gondebaud et son fils Sigismond qui s’est finalement converti92. Ces débats présentent de fortes similarités avec celui entre Fulgence et Thrasamund qui a d’ailleurs pu s’en inspirer directement. En effet, Gondebaud a initié ces débats en présentant une série de questions à Avit. Celui-ci a loué le roi pour la liberté de parole qu’il lui avait accordée, jusqu’à critiquer des prêtres ariens, et pour ces discussions sans vainqueurs ni vaincus93. Un laïc nicéen de haut rang, l’illustris Heraclius, a aussi été incité à s’impliquer dans ces débats en réfutant un document jugé hérétique94. Ces débats ont été largement diffusés car sténographiés95, ce qui dénote une volonté de les rendre publics. Avit a ainsi pu publier un livre de dialogue avec Gondebaud96. Ces débats mettaient en scène l’ouverture du roi, son intelligence et sa maîtrise de la théologie dans une volonté d’apaisement politique. Fulgence a de même loué Thrasamund pour ne pas avoir hésité à citer un passage du livre de foi catholique de 484, démontrant ainsi qu’il existait des points communs entre les deux Églises97.

  • 98 Vita Fulgentii, 20 ; Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 9.
  • 99 Vita Fulgentii, 20-21.
  • 100 Notamment contre un esclave du roi (AL 209), un eunuque de la cour (298), peut-être à l’époque d’Hi (...)
  • 101 Certains d’entre eux ont été exécutés ou soumis à des châtiments physiques dégradants (Prosper, Chr (...)

34Tant le biographe de Fulgence que Procope de Césarée ont accusé Thrasamund d’avoir par ce débat tenté d’agir de manière pernicieuse contre les nicéens en Afrique du Nord, parce qu’il ne voulait pas imposer de persécution directe98. Ce roi, qui semble avoir été sûr de la supériorité de l’arianisme, a en fait proposé un nouveau modèle de comportement aux élites, notamment administratives. La culture théologique, mobilisant les aptitudes rhétoriques, devait être introduite comme nouvelle compétence requise, à l’instar de la poésie. La théologie était donc introduite au sein de l’otium littéraire. Thrasamund, qualifié dans la biographie de Fulgence d’ami des lettres, pouvait ainsi se poser en arbitre suprême de ces différentes compétences au sein de son royaume, notamment en reconnaissant l’excellence rhétorique de Fulgence99. La culture poétique était elle-même basée sur la controverse et la compétition. Elle permettait de dénigrer des ennemis politiques, comme le montrent les poèmes satiriques et moralistes de Luxorius, arbitre des élégances à la cour d’Hildéric100. Être nicéen et participer à la cour royale n’étaient donc plus deux choses contradictoires, même si Thrasamund a tenté de convertir certains nicéens par l’espérance de hautes fonctions. Genséric depuis 437 et Hunéric avaient par contre à plusieurs reprises chassé les nicéens de leurs administrations101. Il fallait cependant être capable d’argumenter sa foi pour se montrer digne d’une haute position et, comme l’a fait Fulgence, ne pas attaquer directement les ariens comme hérétiques.

  • 102 Vita Fulgentii, 20.
  • 103 Fulgence, Epistulae, 8 (CCSL, 91, p. 257-273) et 9 (CCSL, 91, p. 277-280). On peut aussi évoquer le (...)
  • 104 Fulgence, Epistulae, 10 : Scarila ad Fulgentius ; Liber ad Scarilam de incarnatione filii Dei et vi (...)
  • 105 Cependant, Fulgence percevait le danger de manichéisme dans les assertions de Scarila. Son intérêt (...)

35Quatre lettres de Fulgence, qui constituent de véritables traités, sont significatives de cette évolution. Elles étaient destinées à des laïcs nicéens africains qui lui avaient demandé des arguments théologiques contre des contradicteurs ariens qu’ils étaient amenés à fréquenter, probablement à la cour. Elles datent de son séjour à Carthage ou sont de peu postérieures. Le biographe de Fulgence présente en effet la communauté nicéenne de Carthage comme étant soumise au doute, peut-être pour exagérer le rôle bénéfique de son héros102. Fulgence a notamment répondu à un jeune lettré, Donatus, qui espérait probablement faire une carrière administrative et à un certain Victor qui était troublé par un traité récent de Fastidiosus, un ancien moine catholique devenu diacre arien103. Dans une autre lettre, un certain Scarila, probablement d’origine vandale, évoque un banquet réunissant plusieurs nicéens qui ont discuté de certains points complexes relatifs à l’incarnation qu’ils comprenaient mal104. Or, ceux-ci semblent directement liés aux questions transmises par Thrasamund à Fulgence. De hauts fonctionnaires ariens ont pu imiter le roi en soumettant les mêmes questions à des collègues ou parents nicéens. Cependant, à la fin de sa lettre, Scarila a posé une question curieuse qui avait été discutée dans le même banquet. Elle était relative à l’origine des scorpions et à leur possible création par le diable. Fulgence s’est alors senti obligé de donner une longue réponse en prononçant un éloge déroutant de l’anatomie de ces animaux105. Cette question relevait de la traditionnelle curiositas propre à l’otium littéraire, très présente par exemple dans les Saturnales de Macrobe. Fulgence s’est donc présenté comme une référence pour cet otium littéraire, qu’il soit théologique ou profane.

  • 106 Augustin a ainsi organisé vers 397-398 un débat à Thubursicum Numidarum avec l’évêque donatiste loc (...)
  • 107 Dracontius, Romulea, V, subscriptio.
  • 108 Voir supra n. 62.
  • 109 Quodvultdeus (Liber promissionum et praedictorum Dei, IV, 5, 7) et Victor de Vita (III, 62) ont dén (...)

36Cette nouvelle politique de Thrasamund, qui était aussi une opération de communication, semble donc avoir été un succès. Les élites africaines, qui s’étaient déjà passionnées pour la question du donatisme au ive siècle, semblent donc avoir marqué un fort intérêt pour les débats théologiques106. Il s’agissait au moins pour elles d’un jeu intellectuel, à l’instar des nombreuses controverses juridiques publiques à Carthage mentionnées par Dracontius107. La conversion dans les années 510 ou 520 du moine et prêtre catholique Fastidiosus devenu diacre arien, probablement un proche de Fulgence, montre l’attraction que pouvait exercer cette foi. La persuasion s’est ainsi substituée à une persécution devenue inutile. Il n’est donc pas étonnant que Fulgence ait éprouvé le besoin de donner rapidement une réponse au traité de Fastidiosus contre les catholiques et les donatistes108. Cependant, rien n’indique, contrairement à ce que suppose l’historiographie anglo-saxonne, que les conversions des élites à l’arianisme aient été massives109.

  • 110 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 15-29. Cf. Merrills et Miles 2010, p. 129.
  • 111 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 14.
  • 112 Thrasamund pressentait sans doute que son règne allait bientôt se terminer. Il aurait fait jurer Hi (...)

37Le débat avec Fulgence semble en fait dénoter une opération de séduction des élites nicéennes qui peut sans doute être expliquée par la fragilité politique du royaume. On pourrait en effet le rapprocher des défaites, difficiles à dater, de Thrasamund face au maure Cabaon, qui démontraient qu’il était incapable d’assurer la sécurité de ses sujets et donc leur prospérité. Ce thème jouait pourtant un rôle central dans l’éloge de ce roi par Florentinus. Procope a d’ailleurs curieusement affirmé que Cabaon désirait venger les dommages faits aux églises catholiques en se faisant ainsi le champion militaire des nicéens110. En faisant l’éloge d’un roi privilégiant le progrès de la foi dans son royaume aux victoires militaires, Fulgence peut d’ailleurs avoir fortement nuancé ces défaites pour présenter son règne de manière positive. Gondebaud avait d’ailleurs lancé des débats théologiques comparables avec les nicéens après une difficile guerre civile contre son frère en 500 qui avaient fortement divisé les élites burgondes et romaines. Il s’agissait pour lui de reconstituer sa légitimité. Des raisons géopolitiques, notamment un rapprochement avec l’empereur Anastase, qui aurait considéré Thrasamund comme un ami proche, ont aussi pu jouer un rôle111. L’avènement sur le trône byzantin du chalcédonien Justin en 518, qui a mis fin au schisme avec les Églises catholiques d’Occident et le pape, a aussi pu être déterminant. Enfin, Thrasamund était probablement conscient que son cousin et successeur désigné Hildéric rendrait légal le culte nicéen et rappellerait les évêques d’exil112. Il s’agissait donc pour lui d’anticiper une évolution inéluctable.

Culture profane et identités religieuses à travers l’Anthologie latine

  • 113 Selon Fulgence (Psaume abécédaire, 29), les nicéens de Carthage ne pouvaient entrer dans des église (...)
  • 114 Un poème (AL 131) s’est moqué d’un mauvais poète qui serait un Arzuge, par référence à des populati (...)
  • 115 Cette remarque pourrait indiquer que Victor, évêque de Vita en Byzacène, aurait personnellement bén (...)

38Il est donc difficile de supposer pour les élites africaines une forme d’ambivalence ou de flou théologique laissant penser que l’appartenance religieuse avait perdu de son importance au début du vie siècle113. De même, l’idée que ces élites auraient privilégié un secular space reposant sur la culture classique pour s’affranchir de conflits religieux qui les auraient en fait peu intéressés peut-être nuancée. Elle repose en effet uniquement sur l’étude du recueil de l’Anthologie latine. Le cas de la Byzacène est révélateur. Certains poèmes de ce recueil se moquent des prétentions de mauvais poètes de cette province, ce qui montre que l’émergence culturelle et sociale des élites de celle-ci a pu être mal appréciée dans le contexte compétitif de la cour vandale. Or, ces élites sont présentées par le biographe de Fulgence comme étant très mobilisées pour le financement de monastères nicéens. Il pouvait en fait s’agir des mêmes personnes114. Victorianus d’Hadrumète, proconsul de Carthage en 484 et supposé par Victor de Vita avoir été le plus riche personnage d’Afrique, était ainsi un ardent nicéen qui a peut-être financé des monastères115.

  • 116 À l’exception d’un éloge d’Hunéric par le poète Caton (AL 387), la majorité des poèmes de l’Antholo (...)
  • 117 Poèmes avec allusions chrétiennes : AL 91-93 ; 342 ; 345 ; 378-379 (par le grammairien Calbulus). I (...)

39Les rois vandales à partir de Thrasamund semblent clairement avoir voulu favoriser l’émergence d’un champ littéraire religieusement neutre pour mettre en scène une symbiose culturelle non conflictuelle entre Romains et Vandales116. Il permettait de dissimuler les persécutions latentes contre les nicéens. Ceci explique le nombre très faible de poèmes de l’Anthologie latine comportant des allusions religieuses et l’ambiguïté de celles-ci, même plus tard sous le tolérant Hildéric117. Ces poèmes étaient plutôt supposés célébrer des valeurs consensuelles comme les spectacles de Carthage et le mode de vie aristocratique partagé par les Vandales et les Romains. Or, de nombreux poètes des ve et vie siècles issus d’autres régions du monde post-romain ont alterné poésie classique et chrétienne. On peut donc considérer que seule une forme d’autocensure a conduit la plupart des poètes africains à se limiter à des poèmes profanes.

  • 118 AL 213 : Sacram meritis altaribus aedem. Felix a consacré cinq poèmes à cette construction (AL 210- (...)
  • 119 AL 254. La PLRE (II, Felix 19, p. 462) suppose que ces poèmes auraient eu le même auteur. Victorini (...)
  • 120 Victorianus, le dédicataire illustris de ce poème, était forcément arien. Une épitaphe relative à u (...)

40Il est d’ailleurs significatif que l’Anthologie latine ne comprenne aucun poème ouvertement nicéen mais seulement deux textes discrètement ariens, peut-être du même auteur. Un poète clarissime nommé Felix a ainsi loué Thrasamund pour avoir construit dans son palais d’Aelianae, en plus de thermes, une église consacrée par des autels légitimes et donc forcément arienne. Ce poème, conçu comme une dédicace épigraphique devant être placée sur ces thermes, avait aussi l’intérêt de montrer publiquement que ce roi était soutenu par les élites laïques africaines et se préoccupait du populus auquel il avait offert ces bâtiments118. De plus, un avocat homonyme de statut clarissime, Flavius Felix, a demandé une recommandation auprès du roi pour une fonction cléricale forcément dans l’Église arienne, comparée significativement à un honor profane, à un haut fonctionnaire nommé Victorinianus de rang illustre. Celui-ci était évidemment lui-même arien. Il pourrait être identifié à l’aristocrate qui a permis le retour en grâce de Dracontius à la cour de Thrasamund119. La possibilité de passer d’une fonction administrative à une charge d’évêque, perçue comme un honor au sein de la cour des rois vandales, illustre la nature confessionnelle de celle-ci. Ce poème au ton très profane, qui comprend de nombreuses allusions aux divinités païennes mais aucune référence théologique, montre que l’accession au clergé était supposée nécessiter des compétences littéraires classiques, à l’instar des carrières administratives. Elle était d’ailleurs supposée dépendre uniquement de la volonté royale, par la médiation d’un haut fonctionnaire. Si Flavius Felix a eu gain de cause, il est devenu un membre du clergé de statut clarissime comme l’était Fulgence. Cependant, le fait que seuls ces deux poèmes faisant discrètement allusion à l’arianisme, peut-être du même auteur, aient été conservés laisse penser que les conversions au sein de la cour royale n’ont pas été très fréquentes ou que les fonctionnaires ariens se sont moins sentis obligés de participer à la création poétique, même si l’Anthologie latine a pu être expurgée. La conversion devait néanmoins être obligatoire pour les fonctionnaires de premier rang de la cour royale120.

  • 121 AL 376.
  • 122 L’inlustris mentionné dans une inscription d’Ammaedera pourrait laisser penser que ce titre était a (...)
  • 123 Le titre du poème évoque la postulatio honoris de Felix, de style très profane (AL 254).
  • 124 Luxorius, de rang spectabilis, était proche de deux grammairiens, Faustus (AL 282) et Coronatus de (...)

41La création poétique n’est d’ailleurs pas fortuite et a pu être conçue par les rois vandales comme une démonstration de loyauté quasiment obligatoire pour une carrière administrative. Elle supposait en effet de célébrer les convergences culturelles entre Romains et Vandales en passant sous silence la persécution latente des nicéens. Cette attitude a été spécialement favorisée par Thrasamund, en conformité avec sa présentation par Florentinus dans son panégyrique comme un roi intelligent et protecteur des arts121. Le recueil de l’Anthologie latine mentionne pour certains poètes d’époque vandale le statut sénatorial de clarissime, qui pouvait être hérité ou obtenu par l’exercice de certaines fonctions municipales. Cependant, certains d’entre eux portent les titres rares de spectabiles, réservés aux vicaires à la fin de la période romaine ou même d’illustres, réservés aux membres du consistoire, aux préfets urbains et aux préfets du prétoire. Ces titres ne peuvent avoir été attribués par les rois vandales qu’en raison de l’accomplissement de hautes fonctions administratives à leur service. Ces rois ont d’ailleurs distribué généreusement ces titres flatteurs, qui plaçaient des notables africains au même rang que les plus importants sénateurs romains, tels les membres de la famille des Anicii122. Le poème du clarissime Felix déjà mentionné montre bien que les demandes de promotions à la cour, même au sein du clergé arien, étaient facilitées par des performances poétiques123. Les poètes de l’Anthologie latine n’étaient donc pas seulement de simples dilettantes ou professionnels de la culture, comme les grammairiens ou les rhéteurs, mais aussi des fonctionnaires124. Certains grammairiens peuvent d’ailleurs aussi avoir exercé des fonctions de cour en même temps que leur enseignement. La pratique poétique et la promotion d’un secular space basé sur la culture classique semble ainsi avoir constitué un autre aspect du service dû aux rois. Les aspirations sociales des notables africains nécessitaient cependant de passer sous silence toute identité nicéenne. La promotion d’un secular space dans la création poétique n’avait donc rien de spontané.

  • 125 Dracontius, Romulea, VII, 118-136 ; De laudibus Dei, III, 602-606. Selon Merrills 2004, son panégyr (...)

42Cependant, en cas d’échec à la cour, un notable africain pouvait se recentrer autour de cette identité qui autrement serait restée latente et discrète, comme le montre le cas de Dracontius. Celui-ci a en effet été envoyé en prison par Gunthamund à cause d’un panégyrique qu’il a dédié à un personnage dont l’identité a été beaucoup discutée, en se plaignant d’avoir été dénoncé au roi et abandonné par ses parents et amis125. Ceci dénote les luttes de factions existantes au sein de la cour des rois vandales. Dracontius a alors rédigé un poème d’éloge à Gunthamund pour obtenir sa libération, la Satisfactio, en se proposant de faire le panégyrique de ses victoires militaires. La reconnaissance de ses propres fautes envers Dieu laissait entendre qu’il allait se convertir à l’arianisme. Devant l’échec de cette tentative, il a écrit un long poème chrétien très hostile à cette foi, le De Laudibus Dei, laissant implicitement supposer qu’il était un confessor ou un martyr nicéen. Ceci ne l’a pas empêché après sa libération par Thrasamund de reprendre le rôle traditionnel de poète de cour. Il a en effet consacré un panégyrique à ce roi qui a persécuté par ailleurs les évêques nicéens en 508. Le parcours de Dracontius est cependant le seul à être bien documenté, ce qui rend toute extrapolation difficile.

Conclusion

43La biographie de Fulgence, dont nous avons tenté une analyse sociologique, questionne donc les modes possibles de résistance ou même de survie d’une Église réprimée par le pouvoir politique durant l’Antiquité tardive, même si dans les faits la période 484-523 a été marquée par une sorte de statu quo défavorable pour les nicéens. Les monastères, largement tolérés par les rois vandales, ont constitué les principaux pôles de résistance en tant que refuges pour le clergé exilé et en tant que centres de formation théologique. Ils ont constitué une structure plus résiliente que le maillage épiscopal nicéen lors des persécutions, notamment parce que les moines pouvaient devenir itinérants. L’élection massive d’évêques nicéens en 508, surtout en Byzacène, qui constituait une provocation envers Thrasamund, dénote cependant les limites d’une Église reposant principalement sur les monastères. Elle avait aussi l’intérêt de prouver que l’époque des persécutions n’était pas terminée, puisque Thrasamund n’a pas manqué d’exiler les évêques élus. En outre, les traités polémiques nicéens permettaient de rappeler aux laïcs les frontières entre l’orthodoxie et l’hérésie qui risquaient de s’estomper. Ils permettaient d’impliquer dans ce conflit religieux les élites laïques qui semblent avoir été prêtes à s’intéresser à la théologie en tant qu’exercice intellectuel valorisant.

  • 126 AL 254.
  • 127 Les flamines perpétuels correspondaient approximativement aux principales des cités. Deux flamines, (...)

44La collaboration des élites nicéennes avec le royaume vandale par la participation à son administration s’explique principalement par l’attrait des privilèges de statut, comme le clarissimat, dont les rois étaient les seuls garants. Il était d’ailleurs difficile pour celles-ci de refuser de collaborer avec ces rois, sous peine de perdre leur statut social. L’entrée dans l’Église arienne pouvait d’autre part constituer pour elles un autre type de carrière valorisante, comme le montre la postulatio honoris de l’avocat clarissime Flavius Felix126. La biographie de Fulgence montre que certaines fonctions administratives étaient imposées à des membres de la strate supérieure de ces élites, probablement pour éprouver leur loyauté. Le repli sur des fonctions municipales moins valorisantes et l’entrée dans une Église nicéenne persécutée ou dans les monastères, solution extrême adoptée par Fulgence, constituaient les seules alternatives possibles. Obtenir une fonction de sacerdotalis ou de flamine du culte royal, supposant l’expression d’une forme de loyauté envers le pouvoir vandale, était d’ailleurs comme au ive siècle obligatoire pour appartenir à l’élite dirigeante des cités127. Fulgence, lui-même clarissime, a permis aux aristocrates nicéens de Byzacène de même statut social de compenser leur mauvaise conscience en leur offrant de financer des monastères en tant que pôles de résistance à l’arianisme. Ils pouvaient aussi s’imposer sur leurs pairs dans un cadre compétitif par leur fortune et leur prestige comme les meilleurs soutiens locaux de la foi nicéenne. On peut donc évoquer la pratique d’une sorte de double jeu envers le pouvoir vandale par ces élites nicéennes.

  • 128 Un manuscrit d’Hilaire de Poitiers possédé par Fulgence ou certains de ses proches en Sardaigne mon (...)

45Le prestige de Fulgence s’explique parce qu’il a mené pour eux, par procuration, le combat contre l’arianisme. La strate supérieure des élites de Byzacène provenait en grande partie, comme Fulgence lui-même, de familles d’honorati expulsées en 442, notamment de Proconsulaire, puis autorisées plus tard à revenir en Afrique par Genséric. Leur objectif principal était donc de récupérer leur ancien statut et leur fortune, notamment foncière. Celles-ci devaient cependant garder un fond d’hostilité envers les Vandales. Ceci a contribué à donner un profil spécifique aux élites de Byzacène. Fulgence, en refusant de poursuivre une carrière administrative malgré la pression de sa famille, peut avoir voulu rompre avec les probables compromissions passées de son père Claudius. Cependant, il semble avoir toujours bénéficié du soutien discret des amis très haut placés de sa famille à la cour royale, qui comprenaient forcément des ariens comme l’évêque de Sicca qui l’a protégé vers 496. Ceci pourrait contribuer à expliquer qu’il soit le seul polémiste nicéen attesté durant cette période. Il a en fait incarné le versant théologique et nicéen d’une culture de cour largement réservée aux élites clarissimes africaines, en leur fournissant des arguments pour débattre avec des collègues ariens. Il est d’ailleurs toujours resté loyal envers les rois vandales, malgré son exil, et s’est limité à demander une simple tolérance envers les nicéens, qui a été finalement accordée par Hildéric en 523128. Il a même contribué à rendre le régime vandale plus acceptable pour les élites nicéennes par son débat avec Thrasamund en défendant la légitimité de son règne, en louant son gouvernement et son intelligence et en ne condamnant pas ouvertement l’arianisme en tant qu’hérésie. Ceci montre qu’il était pleinement intégré à ce régime politique.

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Notes

1 Laterculus Regum Wandalorum et Alanorum (MGH AA, XIII, p. 458-459). Procope (De bello vandalico, I, 8, 7) a dénoncé la persécution sévère des catholiques par Gunthamund. Eugène a dû s’exiler en Gaule près d’Albi où il est mort. Cf. Modéran 1993, p. 146-148.

2  Vita Fulgentii, 13-14, selon la numérotation des chapitres relative à l’édition et la traduction de Lapeyre 1929.

3 Merrills et Miles 2010, p. 192-199 ; Conant 2012, p. 185-186 et 193-195. Clover 1992 avait auparavant défendu l’idée d’une forte symbiose entre élites africaines et vandales. Cette interprétation a été notamment critiquée par Vössing (2014, p. 98 et 107-108).

4 Miles 2005, p. 315-316 ; Lepelley 2002. Cette présentation irénique a été contestée par Modéran 2003, qui évoque l’existence d’une véritable guerre de religions en Afrique, probablement par allusion aux affrontements entre catholiques et protestants dans la France du xvie siècle.

5 Modéran 1993. Voir aussi Prosographie chrétienne du Bas-Empire, Afrique, Fulgentius, p. 507-513.

6 Isola 1986 a mis en doute l’attribution traditionnelle de cette biographie au diacre Ferrand de Carthage. Son auteur se présente en effet comme un ancien membre d’un monastère fondé par Fulgence en Sardaigne qui l’aurait suivi en Afrique. Il a accordé d’ailleurs un intérêt particulier à la cité de Ruspe et ses élites. Il s’est donc sans doute installé dans celle-ci. Voir PCBE, Afrique, Ferrandus, p. 446-450. Pour le texte : Vita Fulgentii, Isola A. éd., Turnhout, 2016.

7 Les décurions de Carthage ont été fréquemment désignés comme des senatores par des lois impériales (notamment CTh XII, 1, 27 de 339). Ils doivent être différenciés des honorati de rang clarissime, porteurs d’une dignité relative au sénat de Rome. Concernant l’extension des expulsions ordonnées par Genséric en 442, voir Modéran 2014, p. 170-172.

8 Vita Fulgentii, 1. La chronologie proposée par Y. Modéran, proche de celle du père Delehaye, est plus convaincante que celle de G. Lapeyre ou celle de C. Courtois. Elle sera retenue dans la suite de cet article. Elle se fonde principalement sur une allusion à une persécution vandale (Vita Fulgentii, 5), que Modéran a identifié à celle de Gunthamund en 495-496 alors que Courtois évoquait celle d’Hunéric en 484. Modéran a aussi repris en l’argumentant la datation de la mort de Fulgence en 533 proposée par le Père Delehaye, alors que Lapeyre proposait la date de 532. Pour la discussion, voir Modéran 1993, p. 136-149, spécialement p. 142.

9 Vita Fulgentii, 1-2. Sur ce munus très coûteux, qui reposait normalement sur les curiales les plus riches, voir notamment CTh XII, 6, 20 de 386. Voir aussi Modéran 1993, p. 176-181 et 146 (pour la chronologie de l’obtention de cette fonction).

10 L’apôtre Mathieu est cependant présenté dans la littérature patristique comme un receveur de taxes douanières.

11 G. Lapeyre et W. Frend avaient déjà proposé cette interprétation : Lapeyre 1929, p. 100 ; Frend 1980, p. 627, n. 102.

12 Pour la diffusion des titres de statut dans l’administration vandale, voir infra n. 119 et 122. Pour l’emploi du terme sublimis dans l’Empire romain au ve siècle, voir Mathisen 2001.

13 Voir notamment CTh XI, 16, 17 (387) ; XI, 30, 68 (429 au proconsul d’Afrique Celer).

14 Voir notamment CTh XI, 7, 11 (365) ; XI, 19, 4 (398) ; XI, 20, 3 (400 ou 403) ; XI, 20, 4, 1 (423) ; XI, 28, 4 (408).

15 Vita Fulgentii, 1 : Hinc initium sumens imperandi, et consulendi, ac gubernandi quamplurimos ; 2 : Non fatigantur publicis excursibus.

16 Notitia Dignitatum Occ., XII, 17-25. Cf Delmaire 1989, p. 214-215 et 218-220.

17 Victor de Vita, I, 45-47 (Felix, procurator domus filii regis) ; 48-50 (Saturus, procurator domus Hunerici).

18 Proconsuls de Carthage : Victor de Vita, III, 27 (Victorianus) ; Dracontius, Romulea, V, subscriptio (Pacideius). Victor de Vita (I, 13) mentionne la Proconsulaire, la Numidie, Byzacène, la Gétulie (sud de la Numidie) et l’Abaritina (probablement la région des Aurès). La Gétulie et l’Abaritina pourraient donc être de nouvelles provinces créées par Genséric.

19 Possidius, Vita Augustini, 17. Cf. PCBE, Afrique, Pascentius, p. 827-829 ; PLRE, II, Pascentius, p. 834-835.

20 Vita Fulgentii, 14 : Frater quippe eius germanus amicus procuratoris, per potentiam saecularis actionis ministrabat vires ambitionis.

21 Ceci ne peut s’expliquer que par la perte de la faveur royale ou un procès pour un fait grave (Vita Fulgentii, 14). Fulgence aurait craint en tant que procurator de perdre son patrimoine à cause de calumniatores (Vita Fulgentii, 2).

22 Vita Fulgentii, 5. Pour conserver la fortune familiale, Fulgence a dû transmettre ses biens à sa mère pour qu’elle les concède à son frère s’il se montrait digne de les administrer. Il s’agissait peut-être du frère aîné de Fulgence, puisqu’il portait le nom Claudius comme son père.

23 Saturus, procurateur de la domus d’Hunéric, a ainsi perdu entre 455 et 477 sa fonction et tous ses biens par son refus de se convertir à l’arianisme (Victor de Vita, I, 48-50).

24 Vita Fulgentii, 3. Cet évêque doit probablement être identifié avec le Faustus Praesidiensis mentionné dans la Notitia de 484. Y. Modéran a identifié ce site avec Praesidium Diolele, à vingt kilomètres de Capsa non loin de Thélepte. Cf. PCBE, Afrique, Faustus, 6, p. 398 ; Modéran 1993, p. 146, n. 50.

25 Victor de Vita, III, 45 ; 53-54.

26 Vita Fulgentii, 9. Il est probablement à identifier avec l’évêque homonyme mentionné dans la Notitia de 484 pour la cité de Victoria en Byzacène de localisation inconnue. Cf. PCBE, Afrique, Rufinianus, 6, p. 1005.

27 Vita Fulgentii, 13.

28 Ibid., 3.

29 Vita Fulgentii, 5. Cf. Modéran 1993, p. 146-148.

30 Victor de Vita, III, 4.

31 Vita Fulgentii, 6 ; Victor de Vita, II, 28.

32 Victor de Vita, I, 30-33.

33 Vita Fulgentii, 6-7 ; Victor de Vita, III, 42 ; 54. Le droit impérial imposait la peine de fustigation pour les responsables d’émeutes, auxquels Fulgence a pu être assimilé (Digeste, 48, 19, 28, 3).

34 Notamment Sulpice Sévère, Vie de saint Martin, VI, 4 ; Athanase, Contre les Ariens, 33.

35 Victor de Vita, I, 41-42.

36 Vita Fulgentii, 7. Fulgence, en choisissant de s’installer à Sicca, a probablement espéré bénéficier de sa tolérance.

37 Merrills et Miles 2010, p. 195.

38 Voir ses critiques vers 398 contre les moines de l’île de Capraria qui vivaient isolés (Epistulae, 48, 2).

39 Vita Fulgentii, 8. Certains membres du clergé nicéen se sont exilés à Constantinople lors de la persécution d’Hunéric de 484, comme le sous-diacre Reparatus de Césarée qui aurait été tenu en grande estime par l’empereur Zénon (Victor de Vita, III, 30). Cependant, cet auteur déplore (III, 68) qu’aucun secours n’ait été apporté par Constantinople à l’Église d’Afrique lors de la persécution d’Hunéric.

40 Vita Fulgentii, 10-11. En effet, les habitants de cette cité seraient venus en masse dans ce monastère, peu éloigné de la ville, faire pression sur lui pour qu’il devienne leur évêque (Vita Fulgentii, 14). Pour la datation de cet épisode, voir Modéran 1993, p. 150-151.

41 Fulgence a aussi privilégié l’étude des textes sacrés sur le travail manuel dans les deux monastères qu’il a fondés lors de son exil en Sardaigne, en partie sur ses fonds propres (Vita Fulgentii, 19 ; 24).

42 Vita Fulgentii, 11-13. Sur la prospérité de la Byzacène, voir notamment Bonnifay 2003.

43 Victor de Vita, III, 27 ; PCBE, Afrique, Victorianus, 13, p. 1193. Aucun gouverneur de Byzacène n’est attesté à l’époque vandale. Concernant la question des marqueurs de statut concédés par les rois vandales, voir infra n. 122.

44 Une inscription d’Ammaedera du début du vie siècle (AE 1972, 691 ; I. Haïdra, 424) mentionne en effet un sacerdotalis chrétien de la province d’Afrique issu d’une famille de notables de cette cité comportant aussi un clarissime et un flamine perpétuel mort en 526 se disant chrétien (CIL VIII, 450 = I. Haïdra, 401 ; 413). La mention d’un concile de la province d’Afrique est curieuse, puisque celle-ci a été dévolue au peuplement vandale. Cette expression pourrait en fait désigner le concile du diocèse d’Afrique, qui aurait réuni des délégués de toute l’Afrique vandale. Cette circonscription est en effet devenue obsolète à l’arrivée des Vandales. Les conciles provinciaux et diocésains se superposaient à l’époque romaine. Voir Duval et Prévot 1975, p. 287-289.

45 Vita Fulgentii, 15-16.

46 Sur l’évolution du monachisme en Afrique du Nord, voir Dossey 2011.

47 Notamment l’adjonction d’un sanctuaire dédié au culte de martyrs à l’église d’Henchir El-Gousset en 521 et d’un baptistère à celle d’El Erg près de Thélepte sous Thrasamund. Cf. Bejaoui 2003 ; Baratte et al. 2014, notamment p. 331-335 et 341.

48 Luxorius s’est moqué d’un magistrat qui avait été négligent dans l’organisation de certains spectacles qui pourraient être liés aux Floralia païennes (Anthologie latine, 96 Riese : De magistro ludi neglegenti). Le financement de ces spectacles à Carthage pourrait avoir été imposé, comme au ive siècle, aux sacerdotales provinciaux ou diocésains impliqués dans le culte royal (voir supra n. 44).

49 Vita Fulgentii, 9. Cette biographie valorise donc implicitement Théodoric en tant que protecteur de ce modèle « républicain » par rapport aux rois vandales persécuteurs et tyranniques.

50 Vita Fulgentii, 25 ; Fulgence, Epistulae, 2-4 et 6. Fulgence a pu bénéficier du soutien éventuel de membres de sa famille installés en Italie après l’exil de son grand-père Gordianus en 442. Voir Stevens 1982.

51 Procope, De bello vandalico, I, 8, 11-13 ; Anonyme de Valois, 12, 65-68. Le biographe de Fulgence n’indique pas clairement les buts de ce voyage en Italie et l’explique par des rencontres fortuites. Fulgence peut en fait avoir été missionné par des notables nicéens africains pour prendre contact avec certains sénateurs romains influents en profitant de cette détente politique. Son projet de voyage en Égypte n’aurait été qu’un prétexte.

52 Victor de Tunnuna (Chronique, a. 497, MGH AA IX, p. 193) propose le nombre de 120 évêques expulsés, en évoquant aussi la fermeture de l’ensemble des églises nicéennes. Cette décision n’est pas mentionnée par une autre source. Le chiffre de 60 évêques donné par la Vita Fulgentii (§ 18) pourrait donc faire allusion à la seule Byzacène.

53 Vita Fulgentii, 13-14 ; Possidius, Vita Augustini, 4. Fulgence aurait même été contraint par la violentia d’une multitudo. Fulgence en réalité s’est caché pour éviter d’être élu dans une cité de second rang, comme celle des Nuntii citée dans cette biographie, en privilégiant les élites de Ruspe. Concernant Silvestre, voir supra n. 43.

54 L’exil de Fulgence en Sardaigne n’a cependant pas été immédiat puisqu’il semble s’être caché un moment pour éviter d’être arrêté.

55 Vita Fulgentii, 13-14.

56 La biographie de Fulgence (§ 18) mentionne des conflits d’autorité entre des prêtres restés en Afrique et les évêques de leurs diocèses exilés en Sardaigne par Thrasamund depuis 508.

57 Un passage de Victor de Vita (II, 2) constitue la seule attestation d’un monachisme arien dans le royaume vandale. Hunéric aurait en effet découvert au début de son règne qu’un moine arien était en fait un manichéen.

58 Texte et traduction dans Lancel 2002, p. 67-71 et 213-220. Cette passion suppose qu’ils auraient été tués en 483 durant la 7e année de règne d’Hunéric, au moment de la déportation du clergé de Proconsulaire auprès des Maures (§ 2). Elle place cependant par la suite cet évènement après l’édit d’Hunéric de 484 (§ 5).

59 Victor de Vita, III, 41. Victor de Vita propose aussi une chronologie différente de celle de cette passion. Celle-ci suppose que le diacre Muritta aurait récupéré les reliques des sept moines à Carthage (§ 14-15). Or, Victor de Vita affirme que leur supplice a succédé à l’expulsion de ce diacre de cette ville par Hunéric. Il est en fait possible que cette mention ait été interpolée tardivement, avec ajout du nom des martyrs, ce qui expliquerait cette incohérence.

60 Vindemialis aurait avec Eugène bénéficié de miracles à Carthage peu avant 484, ce qui l’aurait rendu très populaire. Ceci explique l’hostilité d’Hunéric qui l’a fait exécuter (Grégoire de Tours, Histoire des Francs, II, 3). Il est cependant cité de manière très allusive dans cette passion (§ 7). Cf. PCBE, Afrique, Vindemialis, 2, p. 1215.

61 Passio, 5 : Universaque namque monasteria virorum vel puellarum sanctarum gentilibus, id est Mauris, cum habitatoribus donare praecepit. Victor de Vita, II, 26 ; Victor de Tunnuna, Chronique, a. 484 (MGH AA, XI, p. 189) : Hugnericus Wandalorum rex persecutioni per totam Africam nimis insistens Tubunis, Macri, et Nippis aliisque heremi partibus catholicos iam nonsolum sacerdotes et cuncti ordini clericos, sed et monachos atque laicos quattuor circiter milia exiliis durioribus relegat. Victor de Vita évoque cependant l’exil de jeunes gens élevés dans des monastères dans un autre passage (III, 68). L’édit d’Hunéric s’est limité à confisquer les biens des églises catholiques sans évoquer ceux des monastères (Victor de Vita, III, 8 ; 14).

62 Fastidiosus a rédigé un traité contre les donatistes et les nicéens en s’inspirant d’une lettre de Fulgence dont il avait eu connaissance (Sermo, 4-5 ; CCL 91, p. 282). Il pourrait avoir été proche de celui-ci. Cf. Whelan 2018, p. 65, n. 67 ; PCBE, Afrique, Fastidiosus, 2, p. 382.

63 PCBE, Afrique, Bonifatius, 26, p. 159 ; Petrus, 8, p. 873. Pétrus semble d’ailleurs avoir finalement eu gain de cause.

64 Vita Fulgentii, 27.

65 Un an avant sa mort en 533, Fulgence s’est ainsi installé sur un îlot nommé Cercina dans l’archipel de Kerkennah (Vita Fulgentii, 28), conformément au modèle occidental de l’érémitisme insulaire. Le séjour dans ces îles était jugé équivalent à celui dans le désert égyptien. Pour la datation de la mort de Fulgence, voir Modéran 1993, p. 146.

66 Selon la PCBE, le retour de Fulgence en Sardaigne après un séjour de deux ans en Afrique daterait de 518 ou 519. Cf. PCBE, Afrique, Fulgentius, 2, p. 510.

67 Vita Fulgentii, 21 ; Dicta regis Thrasamundi et contra ea responsiones (PL 65, col. 205-224 ; CCSL 91, p. 67-94) ; Ad Trasamundum libri III (CCSL 91, p. 97-185). Sur ce débat, voir notamment Whelan 2018, p. 160-163.

68 Vita Fulgentii, 21.

69 Victor de Vita, III, 6.

70 Vita Fulgentii, 20-21. Ceci explique que son biographe l’ait comparé avec insistance à l’évêque Aurelius de Carthage de l’époque d’Augustin, en tant que chef naturel des 60 évêques exilés en Sardaigne et donc de l’Église nicéenne d’Afrique du Nord (§ 18). Il a d’ailleurs envoyé ensuite une lettre pastorale aux Carthaginois entre son retour en Sardaigne et la mort de Thrasamund en 523 comme s’il était évêque de cette cité (§ 25).

71 PCBE, Afrique, Eugenius, 2, p. 362.

72 Ceci explique que Thrasamund ait fait communiquer oralement à Fulgence sa seconde série de questions, pour que celui-ci ne puisse réfuter ses propos verbatim (Vita Fulgentii, 21). Le poème contemporain de Flavius Felix (AL Riese 254) demandant à un roi un honor clérical montre bien que les souverains vandales étaient supposés diriger l’Église arienne.

73 Victor de Vita, III, 5.

74 Vita Fulgentii, 20-21.

75 Fulgence a au contraire dénoncé comme étant hérétiques dans ses traités adressés au roi des doctrines orientales considérant que le Christ avait souffert. Il voulait ainsi plaire à Thrasamund qui ne pouvait que redouter un appel des nicéens africains à Constantinople. Cf. Whelan 2018, p. 162-163.

76 Il était évêque de Cartenna en Maurétanie Césarienne. Il peut cependant avoir écrit ce traité avant 455, lorsque cette province appartenait encore à l’Empire, tout comme un autre polémiste nicéen contemporain, Voconius de Castellanus. Ces écrits ne les auraient donc pas mis en danger d’être poursuivis. Cf. Gennadius, De Viris Illustribus, 77 et 79 ; PCBE, Afrique, Victor 63, p. 1175 ; Voconius, p. 1227.

77 On peut notamment évoquer le débat entre Augustin et l’arien Pascentius dans sa réécriture par un nicéen africain à l’époque vandale et les Solutiones obiectionum arrianorum rédigées dans les années 470-480 par Vigile de Thapse, originaire comme Fulgence de Byzacène. Un sermon anonyme africain a aussi pris pour prétexte un dialogue avec un arien (Pseudo Augustin, Sermo, 245, 2 ; PL 39, col. 2196). Sur cette forme de polémique, voir Whelan 2018, p. 71-77.

78  L’évêque Habetdeum a ainsi présenté devant le roi Hunéric en 484 un libelle très critique envers la foi arienne et la persécution imposée aux catholiques, qui constituerait une exception (Victor de Vita, III, 53-54). Cette attitude provocatrice ne lui a cependant pas valu d’être exécuté. Ceci montre qu’une certaine liberté d’expression était concédée même par un roi persécuteur comme Hunéric.

79 Ce roi vandale aurait ordonné à Cerialis, de passage à Carthage, de débattre avec l’évêque arien Maximinus. Celui-ci gardant le silence à la fin de la discussion, l’arbitre nommé par le roi aurait ordonné à Cerialis de rentrer dans sa cité en sanctionnant ainsi sa victoire. Vigile de Thapse pourrait avoir joué un rôle important dans la rédaction du livre de foi catholique présenté à Hunéric en 484 (Victor de Vita, II, 56-101). Cf. Fialon 2015. Sur ce texte, voir aussi Whelan 2018, p. 71-77.

80 Vita Fulgentii, 25 ; Fulgence, Epistulae, 2-6.

81 Ad Thrasamundum regem, I, 1-2 (PL 65, col. 225-226).

82 Dracontius, Satisfactio, 299-302.

83 AL 376. Texte et traduction dans Chalon et al. 1985, p. 220-221. Ce poème peut avoir répondu au panégyrique d’Anastase par Priscien. Ce panégyrique a été prononcé à Constantinople vers 513-514. Priscien était d’ailleurs un africain émigré, originaire de Césarée de Maurétanie. Anastase aurait en effet considéré Thrasamund comme un ami selon Procope (De Bello Vandalico, I, 8, 14).

84 Dracontius a prononcé à Carthage un panégyrique de Thrasamund probablement au début de son règne. Celui-ci, signalé au xvie siècle, a été malheureusement perdu. Cf. Chalon et al. 1985, p. 249.

85 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 8-11.

86 Voir Isola 1994-1995.

87 Victor de Vita, III, 61-63.

88 Genséric a ainsi fait le choix de donner une éducation latine soignée à ses petits-enfants (Victor de Vita, II, 13). Ceci ne pouvait que constituer un signal clair pour l’aristocratie vandale. Voir aussi Dracontius, Satisfactio, 301.

89 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 9.

90 Dracontius, Romulea, I, 14. Le terme barbarus ne semble pas dans ce passage, tout comme pour Fulgence dans l’Ad Thrasamundum, avoir un sens neutre désignant de simples étrangers, comme l’a supposé É. Wolff, puisqu’il est lié à une absence dommageable de culture. L’assimilation des Vandales aux Phéniciens ayant colonisé l’Afrique, établie par Luxorius (AL 289), dénote une vision beaucoup plus favorable. Cf. Wolff 2021.

91 Dracontius a crédité Felicianus d’avoir été le premier rhéteur à avoir rouvert une école sous les Vandales, probablement dans les années 450 ou 460.

92 Avit, Epistulae, 8 ; 46. L’épouse du roi burgonde, Caretena, était d’ailleurs catholique. Salvien de Marseille (De Gubernatione Dei, V, 8-14) avait au milieu du ve siècle utilisé le même argument en sens contraire. L’ignorance des barbares, y compris Vandales, aurait excusé leur appartenance à l’hérésie arienne. Pour la datation de ces débats, voir PCBE, Gaule, Avit, 2, p. 248.

93 Avit, Epistulae, 1-6 ; 21-23 ; 30 et 36-39. Sur ces débats, voir Heil 2014, p. 287-296 ; Whelan 2018, p. 237.

94 Avit, Epistulae, 53-54. Cf. PLRE, II, Heraclianus, 5, p. 542.

95 Avit, Epistulae, 23.

96 Avit, Dialogi cum Gundobado rege vel librorum contra Arrianos reliquiae (MGH AA, VI-2, p. 1-15).

97 Concernant le fait que le Fils ait été engendré par le Père (Victor de Vita, II, 66 ; Dicta regis Thrasamundi et contra ea responsium, 1-4, PL 65, col. 205).

98 Vita Fulgentii, 20 ; Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 9.

99 Vita Fulgentii, 20-21.

100 Notamment contre un esclave du roi (AL 209), un eunuque de la cour (298), peut-être à l’époque d’Hildéric, et un ministre de Gelimer probablement d’origine africaine, Boniface (341-342).

101 Certains d’entre eux ont été exécutés ou soumis à des châtiments physiques dégradants (Prosper, Chron = Epit. Chron. a. 437 ; Victor de Vita, I, 19-21 et 43-50 ; Victor de Vita, II, 9 et 23). Cependant, ces purges n’étaient que périodiques et n’ont pas forcément constitué un puissant facteur de conversion. La dénonciation par Fulgence dans son psaume abécédaire (§ 249) de l’exclusion des nicéens de la militia sous Thrasamund semble être une déformation polémique ou une allusion aux seuls militaires et non aux fonctionnaires.

102 Vita Fulgentii, 20.

103 Fulgence, Epistulae, 8 (CCSL, 91, p. 257-273) et 9 (CCSL, 91, p. 277-280). On peut aussi évoquer le traité de Fulgence sur la Trinité adressé sur sa demande à un certain Felix. Sur Fastidiosus, voir supra n. 62.

104 Fulgence, Epistulae, 10 : Scarila ad Fulgentius ; Liber ad Scarilam de incarnatione filii Dei et vilium animalium auctore (CCSL 91, p. 311-312). La PCBE date ces lettres de 523-533 mais leur rédaction lors du passage de Fulgence en Afrique du Nord en 517-519 ou peu après son retour en Sardaigne est plus probable. Selon N. Wagner, Scarila serait un nom germanique masculin. Cf. PCBE, Afrique, Scarila, p. 1044 ; Wagner 1982.

105 Cependant, Fulgence percevait le danger de manichéisme dans les assertions de Scarila. Son intérêt était donc aussi théologique.

106 Augustin a ainsi organisé vers 397-398 un débat à Thubursicum Numidarum avec l’évêque donatiste local sur la demande de quatre notables schismatiques (Epistulae, 43 et 44).

107 Dracontius, Romulea, V, subscriptio.

108 Voir supra n. 62.

109 Quodvultdeus (Liber promissionum et praedictorum Dei, IV, 5, 7) et Victor de Vita (III, 62) ont dénoncé les conversions nombreuses de notables sous Genséric et Hunéric. Procope (De Bello Vandalico, I, 8, 9) évoque le succès de la politique de Thrasamund reposant sur l’octroi de charges et de privilèges aux convertis. Aucune conclusion claire ne peut cependant être donnée à partir de témoignages qui restent fragmentaires. Cf. Merrills et Miles 2010, p. 192-196 ; Conant 2012, p. 185-186 et 195.

110 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 15-29. Cf. Merrills et Miles 2010, p. 129.

111 Procope, De Bello Vandalico, I, 8, 14.

112 Thrasamund pressentait sans doute que son règne allait bientôt se terminer. Il aurait fait jurer Hildéric sur son lit de mort en 523 de ne pas légaliser le culte nicéen, en étant probablement conscient de la faible valeur de ce serment (Victor de Tunnuna, Chronique, a. 523, dans MGH AA IX, p. 196). Fulgence, peut-être au courant d’une maladie de Thrasamund, avait lui-même prophétisé lors de son départ d’Afrique vers 519 la légalisation prochaine du culte nicéen (Vita Fulgentii, 21).

113 Selon Fulgence (Psaume abécédaire, 29), les nicéens de Carthage ne pouvaient entrer dans des églises ariennes, ce qui devait leur rappeler la persistance de ce conflit religieux.

114 Un poème (AL 131) s’est moqué d’un mauvais poète qui serait un Arzuge, par référence à des populations tribales du sud de la Byzacène et de la Tripolitaine. Ce poète rustique aurait donc été bien éloigné de la sophistication des poètes de la capitale. Il a été curieusement assimilé à un devin ou à un poète inspiré par les dieux, ce qui pourrait évoquer une poésie de nature religieuse (De Arzugitano vate). Ce poème pourrait comprendre (v. 2) une allusion dissimulée et moqueuse contre Silvestre, primarius de Byzacène mentionné dans la biographie de Fulgence (voir supra n. 43). Il pourrait avoir été en relation avec ce jeune poète. Un avocat de Vita en Byzacène est aussi moqué dans un troisième poème (149).

115 Cette remarque pourrait indiquer que Victor, évêque de Vita en Byzacène, aurait personnellement bénéficié de sa générosité (III, 27).

116 À l’exception d’un éloge d’Hunéric par le poète Caton (AL 387), la majorité des poèmes de l’Anthologie latine semblent dater du règne de Thrasamund ou être postérieurs. Voir Chalon et al. 1985, p. 213.

117 Poèmes avec allusions chrétiennes : AL 91-93 ; 342 ; 345 ; 378-379 (par le grammairien Calbulus). Il s’agit de pièces courtes, principalement de variations sur des sujets bibliques, comme Salomon ou la Croix, ou des éloges funéraires, notamment de Luxorius pour la fille d’un neveu d’Hildéric, qui était probablement arienne (345). Un de ses poèmes (342) semble faire allusion à un thème plus délicat, la punition divine d’un mauvais fonctionnaire de Gelimer sans doute arien. Miles 2005, p. 314-318, a reconnu que le faible nombre de poèmes chrétiens dans ce recueil peut s’expliquer par une forme d’autocensure et donc par la contrainte royale.

118 AL 213 : Sacram meritis altaribus aedem. Felix a consacré cinq poèmes à cette construction (AL 210-214). Texte et traduction dans Chalon et al. 1985, p. 216-219. Cette allusion à l’arianisme est cependant assez prudente et ambigüe, comme l’ont remarqué Wolff 2021, p. 47 et Miles 2005, p. 310.

119 AL 254. La PLRE (II, Felix 19, p. 462) suppose que ces poèmes auraient eu le même auteur. Victorinianus était primiscrinarius de la cour vandale, une fonction qui pourrait correspondre au magister scrinii ou au maître des offices de l’Empire romain tardif (Chalon et al. 1985, p. 248-249). Il pourrait avoir été apparenté au proconsul de Carthage de 484 du même nom et originaire d’Hadrumète que Victor de Vita (III, 27) a pourtant présenté comme un ardent nicéen. Dracontius a été libéré de prison au début du règne de Thrasamund par l’intervention d’amis puissants, notamment Victor et ses deux fils Victorianus et Rufinianus (Dracontius, Romulea, VI, 37-40, 82 et 101-103). Victorianus pourrait peut-être correspondre à l’homonyme primiscrinarius.

120 Victorianus, le dédicataire illustris de ce poème, était forcément arien. Une épitaphe relative à un inlustris d’époque vandale ou du début de la période byzantine (I. Haïdra, 26) a été retrouvée dans une église d’Ammaedera qui semble avoir été occupée par les ariens, comme le montre l’ajout tardif de l’expression vandalorum à l’épitaphe de l’évêque Victorinus (58) dans cette même église. Un rhéteur arien nommé Mocianus est aussi attesté à la fin de l’époque vandale (Facundus d’Hermiane, C. Mocianum, 64). Voir Duval et Prévot 1975, p. 53-54, 87-88, 446 et 508.

121 AL 376.

122 L’inlustris mentionné dans une inscription d’Ammaedera pourrait laisser penser que ce titre était assez largement diffusé à l’époque vandale s’il date bien de cette période (I. Haïdra, 26). Le recueil de l’Anthologie latine mentionne deux autres illustres, Octavianus et Victorianus (20 ; 254) et un poète spectabilis, Luxorius (18 ; 287). D’autres poètes étaient simplement de statut clarissime comme Avianus (26) et le grammairien Coronatus (223). Le statut d’Octavianus, âgé d’à peine 16 ans, pourrait s’expliquer par celui de son père, présenté comme étant le vir magnificus Crescentinus (AL 20). Cette expression était en effet réservée au ve siècle aux illustres (voir Mathisen 2001, p. 203). Le rang d’illustre pour Octavianus pourrait cependant être l’effet d’une licence poétique, ce titre n’étant pas héritable. Victorinianus l’a sans doute par contre reçu par sa fonction de primiscrinarius de la cour vandale. Elle pourrait en effet correspondre au maître des offices de l’Empire romain tardif, lui-même de statut illustre (voir supra n. 119-120). Les rois vandales ont sans doute imité l’échelle des dignités au sein de la cour impériale. Il est donc probable que les proconsuls de Carthage aient reçu le rang d’illustre pour les égaler aux préfets de la ville de Rome, alors que les proconsuls d’Afrique étaient seulement de rang spectabilis à la fin de la période romaine (Notitia Dignitatum, Occ., XVIII). La biographie de Fulgence laisse penser que les membres de l’élite dirigeante de la cour vandale étaient de rang illustre (voir supra n. 12). L’illustris d’époque vandale attesté par une inscription d’Ammaedera (I. Haïdra, 26) avait sans doute reçu cette dignité de manière honorifique puisqu’aucune fonction administrative exercée n’est précisée. Une autre épitaphe de la même cité d’époque vandale évoque un clarissime (I. Haïdra, 401), ce qui montre que ce titre était assez répandu. Les notables africains spectabiles ou illustres étaient très rares au ive siècle.

123 Le titre du poème évoque la postulatio honoris de Felix, de style très profane (AL 254).

124 Luxorius, de rang spectabilis, était proche de deux grammairiens, Faustus (AL 282) et Coronatus de statut clarissime (223). Il était peut-être aussi lié au grammairien Calbulus (378-379). Des grammairiens publics de Constantinople ayant vingt ans de service ont reçu la dignité de spectabiles en tant que vicaires honoraires (CTh VI, 21, 1 de 425).

125 Dracontius, Romulea, VII, 118-136 ; De laudibus Dei, III, 602-606. Selon Merrills 2004, son panégyrique a pu être dédié à Hunéric, qui était détesté par son successeur Gunthamund.

126 AL 254.

127 Les flamines perpétuels correspondaient approximativement aux principales des cités. Deux flamines, dont un clarissime, et un sacerdotalis appartenant à la même famille sont attestés par des épitaphes d’Ammaedera datant des années 510-526 (I. Haïdra, 401, 413 et 424). Un des flamines (413) a tenu à préciser qu’il était chrétien, ce qui pourrait constituer une façon oblique d’indiquer qu’il était nicéen. Le mot vandalorum a été ajouté à l’épitaphe d’un évêque nommé Victorinus de cette cité (58), ce qui laisse penser qu’il avait été arien. Cet ajout permettait de dénoncer l’Église arienne comme étant une Église d’État, inféodée aux rois vandales. Voir Duval et Prévot 1975, p. 87-88.

128 Un manuscrit d’Hilaire de Poitiers possédé par Fulgence ou certains de ses proches en Sardaigne montre son utilisation de la datation par les années de règne vandales. Cf. Conant 2012, p. 195.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Bruno Pottier, « Fulgence de Ruspe, l’aristocratie romano-africaine et le pouvoir vandale sous les règnes de Gunthamund et de Thrasamund : collaboration ou résistance ? », Cahiers « Mondes anciens » [En ligne], 19 | 2025, mis en ligne le 12 février 2025, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/mondesanciens/5382 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13b4u

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Auteur

Bruno Pottier

Aix-Marseille Université, Centre Camille Jullian UMR 7299

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Droits d’auteur

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