« Nous voulions que deux histoires se rencontrent à travers un objet familier »
Résumé
Les sœurs Chevalme reviennent sur leur participation à l’exposition Aux origines présentée jusqu’au 23 août 2026 au Palais de la Porte Dorée, et sur leur séjour de recherche à Houston (États-Unis), de janvier à mars 2026, dans le cadre de la résidence de recherche de la Villa Albertine 2026.
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Haut de pageNotes de la rédaction
Entretien avec les sœurs Chevalme, réalisé par Clémentine Tholas, maîtresse de conférences en histoire et civilisation des États-Unis, Université Sorbonne Nouvelle, chercheuse en résidence au Palais de la Porte Dorée - Musée national de l’histoire de l’immigration.
Texte intégral
Clémentine Tholas : Comment vous est venue l’idée de partir à Houston ?
- 1 Le Comanche National Museum and Cultural Center est situé à Lawton en Oklahoma, un site historiquem (...)
- 2 Charro Days est un festival annuel organisé depuis 1937 à Brownsville (États-Unis), à la frontière (...)
Delphine Chevalme : Cela faisait longtemps que le programme de la villa d’Albertine nous intéressait et nous voulions formaliser un projet en lien avec le Sud des États-Unis. Nous avions hésité avec la Nouvelle-Orléans du fait de l’histoire de la France avec la Louisiane, mais c’était trop évident et nous voulions dépasser nos sujets de recherche sur l’histoire coloniale que nous traitons déjà en France. Nous nous sommes penchées sur l’histoire du Texas, en lien avec la question de la frontière mais aussi parce que c’est un lieu qui combine différentes histoires, ayant fait partie du Royaume d’Espagne, appartenu au Mexique (qui était une nation abolitionniste), puis finalement rattaché aux États-Unis après une courte période en tant qu’État indépendant. Cela fait du Texas un territoire américain singulier, au confluent de beaucoup d’histoires qui se croisent, qui s’adossent, qui se mélangent et s’influencent… Depuis la France, nous avons imaginé un projet où nous allions explorer les archives photographiques texanes et, en même temps, rencontrer des communautés dites « minoritaires », des communautés africaines-américaines, mexicaines-américaines, natives-américaines. Nous avons passé soixante-dix jours sur place : environ deux mois à Houston et quinze jours à travers l’immensité du Texas, ainsi qu’un bref passage en Oklahoma pour aller voir le musée national Comanche1. Nous avions établi un itinéraire avec des lieux d’archives à consulter, des lieux à visiter, des institutions, des communautés à rencontrer et certains événements où nous rendre. Nous avons commencé par Brownsville qui est la ville la plus au sud du Texas, à la frontière avec le Mexique, où tous les ans se tiennent les Charro Days2, qui est une célébration des cultures mexicaines et américaines. C’est un lieu intéressant aux États-Unis car la ville est un espace-frontière où des allers-retours et des échanges se font tous les jours entre les deux pays. En parallèle, le monde de la tech s’y est installé, avec Musk et sa « Starbase » qui y fait décoller des fusées dans le but de coloniser Mars et qui projette d’y créer sa propre ville, avec comme seul·es habitant·es les employé·es de l’entreprise. Une résistance locale est visible, de la part d’une population à plus de 90 % latino-américaine et qui, avec l’implantation de ce programme de « colonisation », s’est vu notamment déposséder de sa plage populaire, la Boca Chica.
- 3 L’association des Seminole Negro Indian Scouts à Brackettville regroupe aujourd’hui les descendants (...)
- 4 Pendant les guerres séminoles (1817-1858), les Séminoles ont accueilli des Africains-Américains fuy (...)
Nous avons continué notre périple le long de la frontière car nous nous posions des questions sur cet espace qui nourrit l’imaginaire collectif et dont on ne peut faire abstraction : la frontière, qu’elle soit visible (parfois avec le mur) ou invisible, est omniprésente. Des check points ponctuent les routes et les border patrol marquent le territoire d’une surveillance permanente. Nous sommes ensuite allées à Brackettville, à la rencontre de l’association des Seminole Negro Indian Scouts3. C’est une communauté native qui rappelle les liens et les relations complexes avec les Africains-Américains4. Notre voyage s’est poursuivi à El Paso, puis à Amarillo, Dallas et Austin. Il est difficile de raconter en quelques mots ce périple, mais il était essentiel pour nous de voir au-delà de Houston, qui est une ville très cosmopolite et pas nécessairement représentative du Texas.
Delphine Chevalme (à gauche) et Élodie Chevalme (à droite), dans leur atelier du 6b (Saint Denis).
© Clémentine Tholas.
C. T. : Quel genre d’archives recherchiez-vous ?
D. C. : Il se trouve que les archives américaines sont assez différentes des archives françaises et européennes. On y reviendra par la suite. Dans le cadre de l’histoire coloniale, la majorité des images étaient produites par les colons qui traduisent un regard unilatéral sur d’autres populations et sur l’ailleurs non occidental. Ces images, aussi problématiques soient-elles, deviennent pour nous un support pour raconter les « hors-champs » de l’histoire et du récit national.
Élodie Chevalme : En France, nos recherches dans les archives nous ont conduites à la Bibliothèque nationale de France, au Musée du Quai Branly, mais nous sommes aussi tombées sur des fonds privés, comme celui de Charles Chevillot conservé aux archives départementales de la Haute-Garonne. Ce fonds regroupe les archives d’un administrateur colonial qui a vécu au Sénégal, en Guinée et Mauritanie entre 1917 et 1926 et qui est un mélange hétéroclite de photographies où le monde colonial est vu depuis le foyer familial. Les banales photos de famille cohabitent complètement avec la violence du système colonial, ce qui est assez dérangeant et étrange.
Au début de notre travail sur les archives photographiques, nous cherchions des images à charge, dans lesquelles il y avait une visibilité de la présence et de la violence des forces coloniales sans forcément les trouver. De manière générale, la violence des images coloniales est en creux. Elle réside justement dans ce que les images ne disent pas, ne montrent pas. Dans le cas des États-Unis, nous avons découvert qu’il existe beaucoup d’images produites par les communautés minorisées. Au moment de l’émancipation, pour les communautés africaines-américaines, le développement de la photographie leur a permis de se mettre en scène et de se raconter. Cela a créé d’autres archives, avec un regard plus égalitaire et moins dominant. La question reste leur rattachement à un récit national…
C. T. : Votre projet était ancré dans une approche locale propre au Texas ?
- 5 Le convict leasing désigne un système mis en place à la fin du XIXe siècle consistant à louer des p (...)
- 6 Dans le Sud des États-Unis, des lois ségrégationnistes locales, dites lois Jim Crow (en référence a (...)
- 7 La Federal-Aid Highway Act of 1956 est une loi adoptée sous la présidence d’Eisenhower qui lance la (...)
- 8 Le Freedman’s Cemetery est un ancien cimetière d’Africains-Américains situé à Dallas, utilisé après (...)
É. C. : Le temps long de la résidence nous a permis de nous ancrer dans le territoire, même si un travail préparatoire avait été fait bien avant notre départ. Nous avons vraiment mieux compris l’histoire spécifique du Texas une fois sur le terrain. Il y a des thèmes de recherche que nous n’avions pas envisagés mais que nous avons découverts sur place, comme le convict leasing sur les prisonniers5, même si cela n’est pas propre au Texas, et qui a contribué au développement de villes comme Houston, El Paso ou Dallas. Nous nous sommes aussi intéressées aux processus d’effacement ou de disparition qui ont touché et touchent toujours certains quartiers et certaines communautés. À Houston, nous pouvons citer le quartier de Freedmen’s Town, quartier historique de la ville construit par les affranchi·es, juste après l’émancipation en 1865. C’étaient les prémices d’une ville avec des entreprises dynamiques portées par les communautés libres africaines-américaines. Mais, du fait des lois ségrégationnistes qui ont suivi – les lois Jim Crow6, promulguées dès 1877, jusqu’en 1964 – et de la fuite des blancs à l’extérieur des villes (white flight), soutenue par la création du Highway Act7, les populations noires ont progressivement été dépossédées de ce qu’elles avaient bâti. La construction de freeways (autoroutes), qui permettait aux populations blanches des banlieues de rejoindre le centre-ville sans vivre avec les populations noires, a participé à la séparation et à la désintégration des communautés. Un autre exemple de ce type d’histoire qui se répète et que nous avons croisée à Dallas est un cimetière qui avait été complètement détruit et effacé dans les années 1950 du fait de la construction d’une autoroute. En faisant des travaux de réfection quelques années plus tard, de nombreuses tombes ont été découvertes sous l’asphalte. La ville a créé un mémorial pour sanctuariser le lieu8, mais le cimetière n’existe plus. Seules deux stèles intactes ont pu être sauvegardées. Nous avons aussi rencontré l’association Descendants of Olivewood Cemetery à Houston, qui se bat pour que le plus ancien cimetière africain-américain de la ville, créé en 1875, ne sombre dans l’oubli, effaçant avec lui le fait que la ville de Houston a été fondée par les affranchi·es. Nous avons effectué avec eux quelques chantiers de ramassage de feuilles, ainsi que du nettoyage. Ils font cela tous les samedis avec des bénévoles qui veulent contribuer à entretenir le site mémoriel.
C. T. : Vous êtes vraiment allées au contact des populations.
- 9 Aux États-Unis, les crews de cyclistes désignent des collectifs informels de passionnés qui se réun (...)
D. C. : Nous ne voulions pas seulement consulter des archives. Nous avions toujours imaginé le projet à la fois comme une recherche dans les archives mais surtout un travail de terrain, pour découvrir des espaces militants, entre autres. Nous avons décidé de circuler à pied et à vélo dans Houston, même si nous avions une voiture pour nos déplacements plus lointains. À Houston et dans beaucoup de villes américaines, personne ne marche, ni ne se déplace à vélo. C’est vraiment un marqueur social. Nous avons donc trouvé des vélos de seconde main. Faire du vélo ici relève plutôt d’un activisme. Il y a énormément de crews de cyclistes9 qui font des rides, le soir notamment. C’était impressionnant de rouler en pleine nuit avec des centaines de cyclistes, qui littéralement se réapproprient les rues et l’espace public. Les rides nocturnes sont un temps de rébellion, avec une pratique du vélo « sauvage », où le but est de se faire voir et entendre. Les gens viennent se montrer dans ces rassemblements. Ils et elles ont tous et toutes de très beaux vélos customisés et « pimpés », avec beaucoup de lumières. Certain·es font des figures, roulent à contresens. La musique, hip-hop ou latina, est partout. Circuler à vélo dans un monde qui est fait pour la voiture, sans routes prévues pour accueillir les cyclistes qui se retrouvent parfois à circuler dans des endroits improbables, voire dangereux, au bord de gros axes, c’est un défi. Mais en masse, c’est une protest, une manif. Et dans ces crews aussi, il y avait une vraie diversité de communautés, avec beaucoup de femmes, des Latinos, des Africains-Américains et finalement une minorité de blancs. Ces mouvements sont donc un lieu d’expression des communautés minorisées. Quand on y pense, l’espace public est, ici, le réceptacle des expressions silenciées, probablement car elles ne trouvent pas toujours leur place dans les espaces officiels.
C. T. : Avez-vous établi des contacts professionnels en plus des liens personnels que vous avez tissés ?
- 10 La Blackwell School est une ancienne école ségréguée (1909-1965) destinée aux enfants mexicains et (...)
- 11 « L’exposition WHAT ARE YOU FIGHTING FOR?, présentée par la galerie Maintenant à Marfa, Texas, invi (...)
É. C. : Ce n’était pas l’objet premier de la résidence. Mais, par exemple, nous avons entamé une collaboration avec la galerie franco-américaine Maintenant Marfa, à qui nous avons montré l’édition d’une quarantaine de planches que nous avions apportées dans nos bagages. Nous avions postulé au préalable pour un appel à projet d’exposition dans cette galerie et comme nous étions de passage à Marfa pour visiter la Blackwell School, une école ségréguée pour les Mexicains10, nous en avons profité pour leur montrer notre travail et leur confier l’édition qui a intégré l’exposition What Are you Fighting For?11. Notre travail a d’ailleurs été vendu à un collectionneur américain le soir du vernissage.
C. T. : Comment allez-vous traduire cette expérience américaine dans vos futures créations ?
D. C. : La diversité des récits et des expériences vécues sur place prendra la forme d’un projet au long cours déroulant de multiples histoires. Je pense qu’on retrouvera le principe de superpositions que nous utilisons beaucoup quand nous travaillons avec des archives. Nous envisageons des premières pièces travaillées en recto verso s’apparentant davantage à des banderoles qu’à des dessins pour s’affranchir du mur. Cela permet de concrétiser des histoires qui semblent parfois exister dos à dos. Nous réfléchissons aussi à quelque chose autour du papier et de sa translucidité pour montrer des réalités qui co-existent. Le dessin restera au cœur des propositions, mais sera déployé avec des procédés variés. Pendant la résidence, nous avons énormément dessiné et produit plusieurs carnets de croquis qui ont beaucoup circulé auprès des personnes que nous rencontrions. C’est un bon moyen d’échanger et de partager ce que nous étions venues faire au Texas. Les personnes à qui nous les avons montrées étaient touchées de voir quelle était notre perception de leur territoire, de leur société et des réalités américaines. Concrètement, nous prenions des notes photographiques avec nos téléphones et faisions des dessins plus tard, dans le logement que nous occupions. Il est difficile de s’installer dans l’espace public pour y dessiner et certains événements très denses ne permettent pas de prendre le temps de dessiner, notamment lors de manifestations ou de parades.
C. T. : Pouvez-vous me parler des pièces qui sont présentées dans l’exposition Aux origines, au Musée national de l’histoire de l’immigration à partir de juin 2026 ?
- 12 https://lessoeurschevalme.ultra-book.com/mama_whita-p302677.
É. C et D. C. : Nous avons été contactées par Farah Clémentine Dramani-Issifou, la commissaire de l’exposition avec qui nous avions déjà travaillé, et elle a manifesté son intérêt pour des objets appartenant à la série « Mama Whita12 ». Pour ce travail, nous sommes parties de photos d’archives de l’histoire coloniale française. À partir de ces images, nous avons dessiné des scènes qui n’ont pas forcément été documentées – notamment je pense à celles sur la guerre au Cameroun un peu avant l’indépendance – et avons créé une série d’indiennes que nous avons imprimées sur de la toile de coton d’ameublement.
Les objets qui forment l’installation (deux fauteuils voltaire, des assiettes, des théières, un pilon et un mortier) sont tous des pièces uniques. Quand nous avons commencé ce travail, nous n’avions pas nécessairement de perspective d’exposition, mais finalement ces pièces ont été beaucoup montrées. Pour les réaliser, nous avons appris certaines techniques en autodidacte. Par exemple, pour les fauteuils dénichés sur Leboncoin, nous les avons poncés et retapissés nous-mêmes. Les tissus des fauteuils ont été créés à partir de nos dessins, imprimés numériquement sur de la toile en Angleterre. Pour les assiettes, elles ont été trouvées dans des vide-greniers ou sur des sites de revente. Pour chacune d’entre elles, un dessin a été réalisé, numérisé puis imprimé sur une feuille transparente spécifique à la céramique. La feuille a été ensuite positionnée sur l’assiette qui a été recuite en troisième feu. L’idée était de jouer avec ce qui était déjà existant, de superposer un récit colonial français mal assumé et caché au cœur d’assiettes traditionnelles et familières. Pour cela, nous avons cherché spécifiquement des scènes de chasse et maritimes qu’on retrouve beaucoup imprimées sur des assiettes à motifs, car cela faisait écho au monde colonial. Nous voulions que deux histoires se rencontrent à travers un objet familier. Le but de ce projet est de relier le récit colonial au récit national, qui est en fait le même, mais qui est souvent traité à part, occulté ou transformé, puisqu’il relève d’une autre géographie. Créer des objets qui fusionnent le récit national, le récit européen et le récit colonial a du sens car l’histoire coloniale n’est pas que française, elle est aussi européenne. Avec cette série, il y a eu pas mal de défis qui nous ont obligées à sortir de notre zone de confort (le dessin). Nous aimons le fait d’avoir une série d’objets car ça permet de produire des œuvres qui ne sont pas accrochées au mur, mais forment une installation, à la façon d’un salon. L’exposition Aux origines montrera aussi une pièce qui illustre le massacre du 17 octobre 1961 à la suite des manifestations pour l’indépendance de l’Algérie à Paris. C’est une estampe en triptyque qui reprend les codes de la fresque historique, avec des dessins réalisés à partir de fragments d’archives photographiques et filmographiques.
C. T. : Comment cet ensemble est-il lié avec votre ADN artistique ?
É. C. et D. C. : La base de notre pratique est le dessin. Nous pouvons vraiment dessiner sur plein de supports différents et avec de multiples techniques. Par exemple, nous avons réalisé en 2023 une série de photophores que nous avons gravés à la main par grattage, avant la dernière cuisson de la porcelaine. Et quand nous travaillons sur des pièces textiles, nous revenons aussi au dessin avec les techniques de l’appliqué et de la broderie. Notre attache au dessin peut se décliner sur du papier, des plaques, toutes sortes d’objets. Notre installation pour Aux origines illustre l’esprit global de cette pratique à quatre mains car le dessin y trouve sa place sur différents supports et formats.
Pour notre dernière série « Hors-champ », nous associons plusieurs archives que nous redessinons et composons sur une grande feuille de papier. Une autre couche de dessins est ajoutée qui se superpose à la première composition. Ces derniers dessins sont imprimés en sérigraphie couleur cuivre, sur lesquels nous saupoudrons de la paillette dorée. La sérigraphie pailletée donne une texture différente aux dessins, contrastant avec les dessins d’archives en noir. Elle crée aussi un trouble car elle renvoie tout autant à un registre précieux (la dorure) que populaire, avec la culture du scrapbooking et des loisirs créatifs. Notre galerie nous avait d’ailleurs proposé de travailler avec de la poudre d’or, mais on a finalement refusé. L’aspect métallique fait aussi le lien avec l’extractivisme, passé et présent, montrant le continuum des systèmes : colonial, industriel et capitaliste. Utiliser ce matériau est aussi un moyen d’aborder un aspect plus social du travail artistique : beaucoup artistes n’ont pas d’énormes ressources pour faire des productions d’art. Dans notre cas, nous réfléchissons souvent à l’économie de moyens abordables que nous pouvons mettre en œuvre, du choix des matériaux et des objets que nous réemployons parfois. Par exemple, au début de notre carrière, nous utilisions des feuilles de papier machine que notre père rapportait de son travail en grande quantité et des feutres pour enfant. En réalité, nous avons toujours eu tendance à travailler avec des moyens pauvres et à être autonomes dans notre production pour ne pas dépendre de financement. C’est un gage de liberté.
Notes
1 Le Comanche National Museum and Cultural Center est situé à Lawton en Oklahoma, un site historiquement lié à la nation comanche. Créé en 2007 et géré par la nation comanche, il est dédié à la préservation et à la transmission de l’histoire, de la culture et des arts du peuple comanche.
2 Charro Days est un festival annuel organisé depuis 1937 à Brownsville (États-Unis), à la frontière avec Matamoros (Mexique), pour célébrer l’héritage culturel mexicain et les liens historiques entre les deux villes. Il se caractérise par des défilés en costumes traditionnels (notamment ceux des charros, cavaliers mexicains), des danses, de la musique et des événements populaires, mettant en scène une identité culturelle transfrontalière et festive.
3 L’association des Seminole Negro Indian Scouts à Brackettville regroupe aujourd’hui les descendants de cette unité militaire afro-amérindienne ayant servi l’armée américaine entre 1870 et 1914, connue pour ses compétences de pisteurs et son rôle dans les guerres indiennes du Texas. L’association œuvre à la préservation de cette mémoire (cimetière, musée, événements comme le Seminole Days), tout en valorisant une identité culturelle singulière issue de l’histoire des esclaves fugitifs alliés aux Séminoles.
4 Pendant les guerres séminoles (1817-1858), les Séminoles ont accueilli des Africains-Américains fuyant l’esclavage, notamment en Floride, où ces derniers trouvaient refuge et protection au sein de leurs communautés. Ces alliances ont donné naissance aux Black Seminoles, groupes autonomes mais liés aux Séminoles par des relations militaires, économiques et parfois familiales, jouant un rôle actif dans la résistance aux forces américaines lors des guerres séminoles.
5 Le convict leasing désigne un système mis en place à la fin du XIXe siècle consistant à louer des prisonniers à des entreprises privées (plantations, mines, chemins de fer) via des contrats. Les détenus, majoritairement africains-américains, y étaient soumis à des conditions de travail extrêmement dures. Ce dispositif est largement considéré comme une prolongation de l’exploitation forcée après l’abolition de l’esclavage.
6 Dans le Sud des États-Unis, des lois ségrégationnistes locales, dites lois Jim Crow (en référence au nom d’un personnage dans les Minstrels shows, des spectacles racistes rabaissant les Africains-Américains à des caricatures), sont mises en place lors de la période de la Reconstruction, après l’abolition de l’esclavage en 1865. Elles anticipent la généralisation de la ségrégation à l’ensemble du pays avec l’arrêt de la Cour Suprême Plessy V. Ferguson qui établit en 1896 que noirs et blancs sont désormais partout « séparés mais égaux ».
7 La Federal-Aid Highway Act of 1956 est une loi adoptée sous la présidence d’Eisenhower qui lance la construction du réseau autoroutier inter-États aux États-Unis. Elle prévoit le financement fédéral de plus de 65 000 km d’autoroutes, notamment pour des raisons de défense nationale, de mobilité et de développement économique. Ce programme a profondément transformé le territoire américain, mais a aussi contribué à la ségrégation urbaine en traversant et fragilisant de nombreux quartiers populaires, en particulier africains-américains.
8 Le Freedman’s Cemetery est un ancien cimetière d’Africains-Américains situé à Dallas, utilisé après la guerre de Sécession par une communauté issue de l’esclavage. Dans les années 1950, la construction de l’autoroute a recouvert et en grande partie effacé ce cimetière ; des fouilles menées dans les années 1990 lors de nouveaux travaux ont mis au jour des centaines de sépultures. Le site a depuis été réaménagé en mémorial (Freedman’s Cemetery Memorial).
9 Aux États-Unis, les crews de cyclistes désignent des collectifs informels de passionnés qui se réunissent pour des sorties de groupe (rides), souvent dans un esprit communautaire et festif, mêlant sport, culture urbaine et sociabilité.
10 La Blackwell School est une ancienne école ségréguée (1909-1965) destinée aux enfants mexicains et mexicains-américains, exclus des établissements pour élèves blancs. L’établissement pratiquait des formes spécifiques de discrimination suprémaciste en punissant les élèves qui parlaient espagnol et en les soumettant à des politiques d’américanisation visant à effacer leur langue et leur culture.
11 « L’exposition WHAT ARE YOU FIGHTING FOR?, présentée par la galerie Maintenant à Marfa, Texas, invite des artistes à prendre position, en répondant de manière visuelle, matérielle, conceptuelle ou textuelle à travers des formes de résistance, de care, d’urgence, de refus, de discipline ou d’emprisonnement ». https://www.maintenantmarfa.com/exhibitions/wayff.
12 https://lessoeurschevalme.ultra-book.com/mama_whita-p302677.
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|---|---|
| Légende | Delphine Chevalme (à gauche) et Élodie Chevalme (à droite), dans leur atelier du 6b (Saint Denis). |
| Crédits | © Clémentine Tholas. |
| URL | http://journals.openedition.org/mondesmigrations/docannexe/image/7383/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 221k |
Pour citer cet article
Référence papier
Delphine Chevalme, Élodie Chevalme et Clémentine Tholas, « « Nous voulions que deux histoires se rencontrent à travers un objet familier » », Mondes & Migrations, 1354 | 2026, 144-153.
Référence électronique
Delphine Chevalme, Élodie Chevalme et Clémentine Tholas, « « Nous voulions que deux histoires se rencontrent à travers un objet familier » », Mondes & Migrations [En ligne], 1354 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/mondesmigrations/7383 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16jlq
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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