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(Dis)continuités de la crise et de ses usages : 2022, une année charnière pour « la crise des réfugiés » ?

(Dis)continuities of the crisis and its usages: 2022, a pivotal year for the “refugee crisis”?
(Dis)continuidades de «la crisis» y sus usos: 2022, ¿un año crucial para la crisis de los refugiados?
Cécile Balty et Valériane Mistiaen
p. 139-161

Résumés

L’invasion de l’Ukraine en mars 2022 déclenche un important mouvement de population vers les pays d’Europe – « la crise des réfugiés la plus rapide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale ». Pour y faire face, l’Union européenne active la directive 2001/55/CE accordant une protection temporaire à tous les Ukrainiens. Dans le discours de presse, la comparaison avec les événements de 2015 (la crise migratoire, la crise de l’accueil, etc.) est omniprésente, du « changement de paradigme » au « double standard ». Cette contribution s’intéresse à la manière dont le même syntagme nominal (SN), la crise, construit différemment ces deux événements migratoires et à la mesure dans laquelle le cadrage des événements liés à l’Ukraine en 2022 constitue véritablement une rupture en matière de politique migratoire. Menée sur un corpus de presse belge, l’analyse s’articule autour de deux volets : l’analyse du sens et de la référence du SN la crise et son fonctionnement dans ce nouveau contexte migratoire, et l’analyse des autres dénominations qui circulent dans le discours de presse pour référer aux événements liés à l’Ukraine. Les résultats de l’analyse mettent en évidence l’usage polyréférentiel, parfois flou, du SN la crise d’une part, et sa substitution par d’autres SN (la guerre, le conflit, la lutte) d’autre part. Dans le corpus, le SN la crise ne fait pas uniquement référence au phénomène migratoire et s’attarde surtout sur les conséquences de l’événement lui-même. L’usage des SN la guerre, le conflit, la lutte témoigne par ailleurs d’une volonté de cadrer les événements comme tels, réactivant la mémoire discursive des guerres antérieures et légitimant ainsi l’accueil des réfugiés ukrainiens au sein de l’Union européenne.

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Notes de la rédaction

Dans leur précédente contribution (« De la crise de l’accueil à la crise provoquée. Évolution des dénominations en contexte migratoire belge » paru dans le numéro 129 Migration et crise : une co-occurrence encombrante), Cécile Balty et Valériane Mistiaen ont analysé les dénominations construites sur base du syntagme nominal la crise et utilisées par différents acteurs (politiques, humanitaires, institutionnels, associatifs) pour désigner le phénomène migratoire en Belgique de 2011 à 2020. L’analyse a mis en évidence l’usage concurrent de dénominations différentes, référant tantôt à l’incapacité du gouvernement à faire face à la saturation du réseau d’accueil, tantôt, au contraire, à la bonne gestion de celui-ci dans le contexte d’une crise migratoire plus large, donnant à voir le rôle de chaque acteur dans la production et la circulation des dénominations du phénomène migratoire et leurs enjeux argumentatifs. La présente contribution s’inscrit dans la continuité de cette recherche et s’intéresse à la manière dont ce même syntagme nominal – la crise – se construit lors des événements qui ont suivi l’invasion de l’Ukraine en mars 2022 et comment il participe à cadrer (ou non) ces événements selon des paradigmes bien différents.

Extrait du texte

Cairn

Texte intégral en libre accès disponible sur le portail Cairn. Le texte intégral en libre accès sera disponible à cette adresse en janvier 2027.
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Plan

De la construction du sens social de l’événement à celle du problème public
Corpus et méthodologie
La crise ukrainienne : une crise polyréférentielle ?
De la crise de l’accueil (2015) à la guerre en Europe (2022)

Aperçu du texte

En mars 2022, l’invasion russe en Ukraine déclenche « la crise des réfugiés la plus rapide en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale » selon les Nations Unies. Les réponses politiques européennes apportées à cette « crise » sont historiques, de l’activation immédiate, unanime et inédite de la directive européenne de 2001 accordant une protection temporaire à tous les Ukrainiens aux nombreuses réactions de solidarité de la société civile (Balty et al., 2024). Cette unanimité politique au sein de l’Union européenne, généralement divisée sur les questions d’immigration, marquerait un « changement de paradigme » en rupture avec la logique de fermeture des quarante dernières années (Costa Santos et al., 2022).

Depuis les années 1970 et la fin des accords bilatéraux de l’immigration de travail, les politiques d’asile et d’immigration ont pris un tournant restrictif en Belgique et partout en Europe (Akoka, 2020 ; Martiniello et Rea, 2012) alors même que le nombre de conflits armés augment...

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Pour citer cet article

Référence papier

Cécile Balty et Valériane Mistiaen, « (Dis)continuités de la crise et de ses usages : 2022, une année charnière pour « la crise des réfugiés » ? »Mots. Les langages du politique, 134 | 2024, 139-161.

Référence électronique

Cécile Balty et Valériane Mistiaen, « (Dis)continuités de la crise et de ses usages : 2022, une année charnière pour « la crise des réfugiés » ? »Mots. Les langages du politique [En ligne], 134 | 2024, mis en ligne le 01 janvier 2027, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/mots/33144 ; DOI : https://doi.org/10.4000/mots.33144

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Auteurs

Cécile Balty

Université libre de Bruxelles (ULB), ReSIC

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Valériane Mistiaen

Vrije Universiteit Brussel (VUB), ECHO/DESIRE

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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