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« Qui peut mériter un tel bonheur ?1 » Les Quatre amours de C.S. Lewis : une réhabilitation de l’amitié pour le XXe siècle

Suzanne Bray
p. 109-126

Résumés

En avril 1958, C.S. Lewis fut invité par Henry Irving Loutit, évêque anglican de Floride centrale, à enregistrer dix discours pour la radio. Il choisit de parler des quatre mots grecs dans le Nouveau Testament généralement traduits par « amour ». Il adapta les discours en livre, Les Quatre amours, en 1960. Lewis décrit le chapitre sur le mot philia (amour/amitié) comme « une réhabilitation », une tentative de rendre à l’amitié au XXe siècle l’estime dont elle jouissait chez les auteurs classiques, comme Aristote et Cicéron, en présentant les amis comme ceux qui voient la même vérité et qui œuvrent ensemble pour présenter leur vision partagée au monde.
Cet article examine la présentation de l’amitié dans les écrits de Lewis, et en particulier dans Les Quatre amours. Il s’intéresse à la façon dont les amitiés de Lewis l’ont à la fois conduit à la foi chrétienne et ont contribué à peaufiner ses écrits, tout en lui permettant de jouer un rôle clé dans la vocation de ses amis. Enfin, on évoquera certains lecteurs de Lewis qui ont critiqué sa vision de l’amitié, la trouvant trop liée à sa propre expérience et à ses préjugés d’homme britannique de son temps.

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Texte intégral

  • 1 C.S. Lewis, Les Quatre Amours (1960), trad. de l’anglais par Denis Ducatel et Jean-Léon Müller, Le (...)

1En 1958, C.S. Lewis était déjà très connu partout dans le monde anglophone et même au-delà. Ses discours radiophoniques pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que ses livres de vulgarisation théologique comme Tactique du diable (The Screwtape Letters, 1942) et Les Fondements du christianisme (Mere Christianity, 1952) avaient attiré un vaste public. Au début des années 1950, ses sept romans de jeunesse, Les Chroniques de Narnia, étaient devenus des best-sellers et continuaient à trouver de nombreux jeunes lecteurs. Dans sa vie privée, tout allait bien pour Lewis également. Célibataire jusqu’à ses 57 ans, en 1956 Lewis avait épousé l’écrivaine américaine Joy Davidman lors d’une cérémonie civile. Onze mois plus tard, ils furent unis devant Dieu dans une chambre d’hôpital car Lewis pensait que Joyce serait bientôt emportée par un cancer. Mais les cellules cancéreuses arrêtèrent de se multiplier et le couple Lewis put vivre trois années de grand bonheur. En même temps, le nouveau rôle professionnel de Lewis, en tant que professeur de littérature médiévale et de la Renaissance à l’Université de Cambridge, était bien plus agréable pour lui que son ancien poste à Oxford.

  • 2 Voir : C.S. Lewis, Collected Letters, volume III: Narnia, Cambridge and Joy, 1950-1963, éd. par Wal (...)
  • 3 Ibidem.
  • 4 Ibid., p. 1707.
  • 5 Ibid., p. 1035-1036.

2Pendant cette période heureuse, en avril 1958, Lewis fut invité par Henry Irving Loutit, évêque anglican de Floride centrale, et l’un des responsables du service média de l’Église épiscopalienne des États-Unis, à enregistrer dix discours pour la radio sur un sujet de son choix2. Lewis répondit : « Le sujet sur lequel je veux m’exprimer, d’une façon ou d’une autre, dans l’avenir proche, concerne les quatre amours – Storge, Philia, Eros et Agape. On touche ici à presque tous les aspects de l’éthique chrétienne. Est-ce que cela correspond à vos attentes3 ? » L’évêque Henry fut ravi et, en août 1958, Caroline Rakestraw, directrice de la fondation Radio-TV de l’Église épiscopalienne, rencontra Lewis à Londres et enregistra les discours qui furent diffusés aux États-Unis en 19594. Ensuite, Lewis les adapta sous la forme d’un livre, qui parut en 1960 et, comme tous ses autres écrits religieux, se vendit très bien. Pendant la rédaction, Lewis, conscient de la difficulté du projet, écrivit au prêtre catholique italien, Don Luigi Pedrollo : « Prie pour moi, pour que Dieu m’aide à trouver des propos utiles au salut, ou au moins pour que je ne fasse pas de mal5. »

  • 6 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 109.
  • 7 Ibidem.

3Lewis décrit le chapitre sur l’amitié (philia) dans Les Quatre amours comme « une réhabilitation6 », une tentative de rendre à l’amitié au XXe siècle l’estime dont elle jouissait chez les auteurs classiques, comme Aristote et Cicéron, en présentant les amis comme ceux qui voient la même vérité et qui œuvrent ensemble pour présenter leur vision partagée au monde. En revanche, Lewis s’éloigne des auteurs classiques en soulignant également les dangers d’une amitié malsaine quand la vision partagée est néfaste. Ce désir de réhabiliter l’amitié venait en partie de la tendance que voyait Lewis chez ses contemporains de percevoir l’amitié comme « une sorte d’ersatz végétarien d’amours plus organiques7 » et de surestimer, même de déifier, l’amour érotique et l’amour familial.

  • 8 David Summers, « The Inner Ring: C.S. Lewis and Ciceronian Friendship », intervention au colloque T (...)

4Même si de nombreuses études existent sur les amis de Lewis, et surtout sur le cercle littéraire des Inklings, peu d’articles ont été publiés sur sa compréhension de l’amitié. Une intervention de David Summers, en anglais, à un colloque du réseau Progressive Connexions à Prague en mai 20208, est parmi les seules études récentes à être disponibles en ligne.

5Cet article examine la présentation de l’amitié dans les écrits de Lewis, et en particulier dans Les Quatre amours. Elle s’intéresse aussi à la façon dont les amitiés de Lewis l’ont à la fois conduit à la foi chrétienne et ont contribué à peaufiner ses propres écrits, tout en lui permettant de jouer un rôle clé dans la vocation de ses amis. Enfin, on évoquera certains lecteurs de Lewis qui ont critiqué sa vision de l’amitié, la trouvant trop liée à sa propre expérience et à ses préjugés d’homme britannique de son temps.

Les sources de la compréhension de l’amitié chez Lewis

  • 9 Suite de poèmes (1850) d’Alfred Lord Tennyson en mémoire de son ami Arthur Henry Hallam, mort d’une (...)
  • 10 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 105.
  • 11 Cité dans Eberhard Bethge, Friendship and Resistance: Essays on Dietrich Bonhoeffer, Grand Rapids, (...)
  • 12 Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire (1939), trad. de l’allemand par Fernand Ryser, Genève, (...)

6À l’époque où Lewis travaillait sur les quatre amours, aucun auteur anglophone ne semblait s’intéresser à l’amitié et le dernier grand texte philosophique à ce sujet, L’Amitié de Ralph Waldo Emerson, datait de 1841. Lewis, en pensant à l’amitié dans les œuvres littéraires en anglais, remarque également qu’aucun « poème depuis In Memoriam9, ni aucun roman l’ayant célébrée ne [lui] vient à l’esprit10 ». Peut-être le seul contemporain de Lewis à aborder le sujet, probablement à son insu, fut le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer, qui place « une bonne amitié parmi les éléments stables11 » dans un monde de relations éphémères, et affirme que Jésus Christ a choisi nos amis chrétiens « avant tous les siècles pour nous accueillir pendant le temps de notre vie et nous unir pour l’éternité12 ».

  • 13 C.S. Lewis, recension de Denis de Rougemont, Passion and Society (1940), et Claude Chavasse, The Br (...)
  • 14 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 16.
  • 15 Lettre à Arthur Greeves, le 29 décembre 1935, in They Stand Together, Londres, Collins, 1979, p. 47 (...)
  • 16 C.S. Lewis, « Le Petit cercle » (1944), Démoncratiquement vôtre, trad. de l’anglais par Étienne Hus (...)
  • 17 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 106.
  • 18 William L. Isley Jr., « C.S. Lewis on Friendship », in Inklings Forever: Published Colloquium Proce (...)
  • 19 Ibidem.
  • 20 C.S. Lewis, Surpris par la joie (1955), trad. de l’anglais par Marie Tadié, Paris, Éditions du Seui (...)
  • 21 Michael Pakaluk, Other Selves: Philosophers on Friendship, Indianapolis, Hackett, 1991, p. 108.
  • 22 Voir Harry Lee Poe (éd.), C.S. Lewis Remembered: Collected Reflections of Students, Friends and Col (...)
  • 23 David Summers, « The Inner Ring », op. cit., p. 3.
  • 24 Voir : lettre à Dom Bede Griffiths, le 26 mars 1943, in C.S. Lewis, Collected Letters volume II, Bo (...)

7Pour Lewis, cette tendance à négliger l’amitié était fort regrettable, et surtout à un moment où, selon lui, l’amour érotique et l’amour familial semblaient être surestimés par ses contemporains. Fortement influencé par l’ouvrage de Denis de Rougemont, L’Amour et l’occident (1939), qu’il jugea « indispensable13 », Lewis n’hésitait pas à affirmer que l’amour « commence à se faire démon au moment où il commence à se faire dieu14 », et il voyait dans l’amitié une forme d’amour moins susceptible de tomber dans ce piège. Également, pendant ses années de célibat, il avait souvent exprimé l’avis que l’amitié est « le plus grand des biens terrestres15 » et la source « sans doute de la moitié de tout le bonheur ici-bas16 ». Dans ses écrits, il s’associe explicitement à « la philia, rangée par Aristote au nombre des vertus » et à « l’amicitia, à laquelle Cicéron a consacré un livre17 ». William Isley remarque que l’amitié prisée par Lewis ressemble au premier genre d’amitié décrit par Aristote, « fondé sur un amour partagé du bien18 » et que la notion chez Lewis « d’un intérêt partagé ou d’une vision commune ressemble à la cause efficiente [de l’amitié] chez Aristote19 ». De la même manière, la façon dont Lewis décrit son premier grand ami, Arthur Greeves, comme son « alter ego, celui qui vous révèle d’abord que vous n’êtes pas seul au monde20 », fait penser au constat chez Cicéron qu’un « véritable ami est, pour ainsi dire, un deuxième soi-même21 ». Francis Warner, un ancien étudiant de Lewis22, se rappelle que l’enseignant citait fréquemment le De Amicitia de Cicéron dans ses cours. Plus récemment, David Summers affirme que Lewis est « profondément cicéronien23 ». Cependant, il est essentiel de noter que l’interprétation lewisienne de Cicéron est profondément chrétienne et doit probablement quelque chose à De spiritali amicitia (Traité de l’Amitié spirituelle) de saint Ælred de Rievaulx (1110-67), que Lewis découvre en 1943 grâce à son ami le moine bénédictin Bede Griffiths24. Cicéron place la vertu au centre de l’amitié, tandis que Lewis, comme Ælred, y met le Christ, la source de toutes les vertus.

8Une dernière influence qu’il faut mentionner est celle de Charles Williams, ami proche de Lewis entre 1936 et sa mort en 1945. Lewis lui écrit en mars 1936, cherchant à le rencontrer, après avoir lu et apprécié le roman mystique The Place of the Lion (1931) [Le Repaire du lion]. Dans ce roman, Williams présente deux amis proches, Anthony et Quentin. En méditant sur leur amitié, Anthony conclut :

  • 25 Charles Williams, The Place of the Lion (1931), Londres, Faber & Faber, 1965, p. 187.

Beaucoup de choses sont possibles pour un homme seul, mais d’autres choses sont seulement envisageables pour un homme en compagnie d’un ou plusieurs amis. Il a surtout besoin d’autres pour trouver un équilibre. Aucune intelligence n’est si bonne qu’elle n’a pas besoin d’autres intelligences pour la stimuler, la défier et la sauver de l’orgueil, des préjugés et de la folie25.

  • 26 C.S. Lewis, Collected Letters volume II, op. cit., p. 183.

9Lewis avait l’impression en lisant ce roman « de rencontrer sa langue maternelle dans un pays étranger26 ». Même si d’autres aspects du livre le touchaient également, il est certain que la représentation de l’amitié dans The Place of the Lion aidait Lewis dans sa compréhension du rôle idéal des amis dans la vie d’un homme.

L’amitié dans Les Quatre amours

  • 27 James Barr, « Words for Love in Biblical Greek », dans L. D. Hurst et N. T. Wright (éd.), The Glory (...)

10Inspiré par les auteurs classiques et plus récents cités ci-dessus et par sa propre expérience, Lewis composa un chapitre d’une trentaine de pages sur la philia, ou l’amitié. Même si certains théologiens plus contemporains, comme James Barr, pensent que les différences entre les quatre mots utilisés pour signifier l’amour dans le Nouveau Testament, surtout quand ils sont utilisés dans un seul et même passage, « ne correspondent pas à une véritable distinction théologique […] ne signalent pas des genres d’amour distincts27 », Lewis, comme la majorité des théologiens à son époque, traitait chaque mot à part et leur attribuait un sens particulier à chacun.

  • 28 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 116.
  • 29 Ibid., p. 118.
  • 30 Ibidem.
  • 31 Ibid., p. 118.
  • 32 Ibid., p. 125.

11Dans le chapitre sur la philia, Lewis déclare, très simplement, que « l’amitié naît entre plusieurs camarades lorsqu’ils découvrent une inclinaison, ou un intérêt commun, pour une chose que les autres ne partagent pas28 ». Dans ce contexte, Lewis suit Emerson en expliquant que la question « Est-ce que tu m’aimes ? » veut dire en réalité « “Vois-tu la même vérité ?” ou, du moins, “T’intéresses-tu à la même vérité29 ?” » Lewis précise que cela ne veut pas dire que les amis ont toujours des idées identiques : « L’homme qui reconnaît, comme nous, que certaines questions négligées par les autres ont une grande importance peut devenir notre ami. Il ne doit pas forcément apporter la même réponse30. » Pour Lewis, cette vision commune ou intérêt partagé passe avant tout autre facteur dans le choix des amis. De son point de vue, en intégrant un nouvel ami dans un groupe, « personne ne se soucie de sa famille, de sa profession, de ses origines sociales, de ses revenus, de sa race ou de son passé31 ». Pour lui, toutes ces informations n’ont aucun rapport avec « la véritable question, “Vois-tu la même vérité ?”32 ». Dans ses interactions avec ses propres amis, Lewis les voyait souvent en groupe, plutôt qu’à deux. Il précise :

  • 33 « Charles » ici est Charles Williams et « Ronald » est J.R.R. Tolkien.
  • 34 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 111.

Dans chacun de mes amis existe une part que seul un autre parmi eux peut amener à s’exprimer pleinement. Seul, je n’ai pas l’envergure suffisante pour susciter l’activité d’un être humain dans sa totalité ; j’ai besoin d’autres lumières que la mienne pour faire briller toutes ses facettes. Maintenant que Charles est mort, je ne verrai plus Ronald33 réagir à ses plaisanteries dont il avait le secret34.

  • 35 Ibid., p. 112.
  • 36 Ibid., p. 127.

12Ce désir de voir ses amis interagir menait Lewis à croire, peut-être de façon un peu trop optimiste, que « la véritable amitié est le moins jaloux des amours35 ». Il croyait également, et ceci était certainement vrai pour lui-même, que dans un groupe d’amis sincères, « dans le secret de son cœur, chaque membre du cercle se sent un peu illégitime face aux autres […]. Quelle chance inouïe d’être en une telle compagnie36 ». Cette humilité vient en partie du fait que, pour les amis chrétiens au moins, le groupe ne s’est pas créé par hasard :

  • 37 Ibid., p. 153.

Un maître de cérémonie est secrètement à l’œuvre. Le Christ dit à ses disciples, « Vous ne m’avez pas choisi. C’est moi qui vous ai choisis », et il peut s’adresser à chaque groupe d’amis chrétiens en ces termes : « Vous ne vous êtes pas choisis les uns les autres. Je vous ai choisis les uns pour les autres » […] C’est l’instrument par lequel Dieu révèle à chacun la beauté des autres37.

  • 38 Jacqueline Assaël, « Le Sens de l’amitié : Participer au dessein de Dieu », Réforme, 29 février 202 (...)

13Cependant, pour Lewis, l’amitié est plus qu’une affinité personnelle, même quand celle-ci permettent aux amis de se rapprocher de Dieu. À l’instar de Jacqueline Assaël, il perçoit l’amitié comme un genre de « solidarité agissante38 », qui pousse les amis à œuvrer pour le bien commun. De tels groupes d’amis ont parfois, selon Lewis, une valeur pratique pour la communauté et même, de temps à autre, pour l’humanité tout entière :

  • 39 L’Académie des sciences britannique.
  • 40 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 123-124.

Toute religion civilisée n’a-t-elle pas débuté au sein d’un petit cercle d’amis ? Les mathématiques ont vraiment commencé lorsque quelques amis grecs se rassemblèrent pour parler de nombres, de lignes et d’angles. À l’origine, la Royal Society39 était formée d’un groupe de gentlemen se réunissant à leurs moments perdus pour débattre de sujets pour lesquels ils étaient les seuls à se passionner. […] On peut, sans exagération, aller jusqu’à dire que le communisme, le Mouvement d’Oxford, le méthodisme, le mouvement contre l’esclavage, la Réforme ou la Renaissance ont tous commencé de cette manière40.

  • 41 David Summers, « The Inner Ring », op. cit., p. 5.
  • 42 Ibid., p. 140.
  • 43 Cité dans : James Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table and Other Reminiscences, New York, (...)

14En revanche, contrairement aux auteurs classiques pour lesquels « des amitiés véritables, durables et fiables ne peuvent exister qu’entre des personnes réellement vertueuses41 », Lewis n’avait pas une vision entièrement positive de l’amitié et, dans Les Quatre amours, il affirme : « L’amitié (les anciens l’ont bien vu) peut être une école de vertu, mais aussi (cela, ils l’ont négligé), une école de vice42. » Cette compréhension de l’amitié, comme une relation potentiellement bonne ou mauvaise explique certainement son échange de vues en 1942 avec Daphne Harwood (l’épouse de son ami Cecil), qui essayait de le persuader de la valeur morale et spirituelle des relations amoureuses. Lewis explique son idée sur le sujet : « Être amoureux se trouve, dans ma hiérarchie personnelle de valeurs, au-dessus de la luxure, de l’égocentricité ou de la frigidité, mais bien en-dessous de la charité ou de la fidélité – plus ou moins au même niveau que l’amitié43. »

15Les raisons des réserves exprimées par Lewis viennent du fait qu’une amitié a tendance à renforcer les idées marginales qu’avaient les amis avant de se rencontrer, et à les encourager à se révolter contre les idées reçues, bonnes ou mauvaises :

  • 44 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 139.

Elle peut être la révolte de véritables penseurs contre des absurdités largement acceptées, celle d’originaux contre le bon sens général, celles de véritables artistes contre la laideur la plus commune ou de charlatans contre le goût le plus civilisé. Elle peut être celle d’hommes de bien contre la cruauté de la société ou celle d’hommes cruels contre sa bonté44.

16Dans le cas où l’intérêt ou la vision qui unit les amis serait néfaste, l’existence du groupe encouragerait chacun de ses membres à persévérer sur le mauvais chemin.

  • 45 Ibid., p. 138.

Seul au milieu de compagnons pour qui j’ai peu d’affinité, je soutiens certaines vues et certains critères avec timidité, à moitié honteux de les reconnaître comme miens, à moitié incertain quant à leur valeur réelle. Mais de retour parmi mes amis, en une demi-heure – que dis-je, en dix minutes – les mêmes vues et les mêmes critères deviennent de nouveau indiscutables45.

  • 46 Ibid., p. 136.
  • 47 Mutual Admiration Society
  • 48 Cité dans : Mo Moulton, The Mutual Admiration Society, Londres, Corsair, 2019, p. 1.
  • 49 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 149.

17Et même quand la vision partagée est entièrement saine et utile, les amis seraient quand même tentés de négliger d’autres personnes ou d’autres responsabilités pour passer du temps entre eux et d’accorder un traitement préférentiel aux membres du groupe. Lewis remarque qu’on se méfie de tels cercles d’amis et qu’ils « sont affublés de qualificatifs plus ou moins péjoratifs. Il s’agit au mieux de “cercles fermés”, au pire de “coteries”, de “gangs”, de “petits cénacles” ou de “clubs d’autocongratulation”46 ». Lewis était probablement au courant que le cercle d’amies de son amie et collaboratrice Dorothy L. Sayers, pendant ses années d’études à Oxford, s’appelait ironiquement « le club d’autocongratulation47 », le nom étant choisi car « c’est ainsi que les gens vont nous appeler en tout cas48 ». Lewis était également conscient que des amitiés qui avaient commencé par une vision partagée et la recherche de la vérité pouvaient devenir, avec le temps, « une petite aristocratie autoproclamée […] se chauffant à la lumière trompeuse de l’autosatisfaction collective49 », ne s’occupant plus de leur vision commune, mais cherchant à soutenir politiquement la carrière des uns des autres.

Lewis et ses amis

  • 50 Colin Duriez, C.S. Lewis: A Biography of Friendship, Abingdon, Lion, 2013, p. 7.
  • 51 Michael Apichella, « Friendship as Philosopher: C.S. Lewis – Atheist, Deist, Christian Apologist », (...)
  • 52 C.S. Lewis, Surpris par la joie, op. cit., p. 188.
  • 53 Ibidem. Phrase trouvée habituellement au début des sujets d’examen universitaires.
  • 54 Ibid., p. 187.
  • 55 Dédicace à l’ouvrage universitaire The Allegory of Love (1936).
  • 56 C.S. Lewis, Surpris par la joie, op. cit., p. 187-188.
  • 57 Owen Barfield, Owen Barfield on C.S. Lewis, Barfield Press UK, 2011, quatrième de couverture.
  • 58 C. Duriez, C.S. Lewis, op. cit., p. 30.

18Comme l’affirme Colin Duriez, « les amitiés qu’a cultivées Lewis tout au long de sa vie s’avéraient primordiales. Elles exerçaient une forte influence sur ses pensées, sur ses croyances et sur ses écrits50 ». Il avait de nombreux amis, majoritairement des hommes, mais aussi un bon nombre de femmes, des personnes d’âges, de nationalités et d’origines sociales variés. À son arrivée à l’Université d’Oxford en 1916, il n’était pas du tout croyant et, comme le constate Michael Apichella, « ce ne furent ni des prêtres ni des pasteurs qui aidèrent Lewis à se convertir à la foi chrétienne, mais ses amis51 ». Son premier grand ami dans sa ville natale, Arthur Greeves, était croyant, mais il ne semble pas avoir beaucoup influencé Lewis sur des questions religieuses. Cependant, à Oxford, Lewis rencontra pour la première fois un grand nombre d’hommes qui étaient « d’après les exigences de la bienséance païenne […] bien52 », des hommes qui « croyaient – et ils agissaient en conséquence – que la sincérité, le civisme, la chasteté et la sobriété sont obligatoires et que “tous les candidats doivent s’efforcer de les pratiquer”53 ». Parmi eux figuraient Owen Barfield et Alan Griffiths. Barfield, que Lewis nommera par la suite à la fois son « second ami […], celui qui n’est jamais d’accord avec vous54 » et « le meilleur et le plus sage de mes enseignants non officiels55 », entama presque tout de suite un débat avec Lewis qui dura environ quatre ans. Plus tard, Lewis avoue : « En fait (bien que sur le moment vous ne vous en aperceviez jamais), vous modifiez vos mutuelles façons de penser56. » Owen Barfield précise que leurs débats se déroulaient dans le contexte d’une véritable recherche philosophique : « Dans nos disputes, nous étions tous les deux en train de chercher la vérité, bien plus que la victoire57. » En réalité, pour Colin Duriez, « Lewis enseigna [à Barfield] comment penser et Barfield enseigna à Lewis ce qu’il fallait penser58 ». Lewis admet que Barfield lui a montré les failles dans son « snobisme chronologique », la croyance inconsciente que les idées d’une autre époque qui ne sont plus à la mode sont, pour cette raison, nécessairement fausses.

  • 59 C.S. Lewis, Surpris par la joie, op. cit., p. 202.
  • 60 Id., They Stand Together, op. cit., p. 425.
  • 61 Ibidem.

19Cependant, si Barfield ouvrit la voie, ce furent deux amis pleinement engagés dans la foi chrétienne, J.R.R. Tolkien, catholique romain, et Hugo Dyson, anglican, qui aidèrent Lewis à « franchir le dernier obstacle59 » sur le chemin de la foi. Le 1er octobre 1931, Lewis écrit à Arthur Greeves qu’il « est passé d’une foi en Dieu à une foi certaine en Christ60 », en ajoutant que sa « longue conversation nocturne avec Tolkien et Dyson61 » l’avait aidé à se décider. À partir de ce moment-là, Lewis est resté ferme dans sa foi. Quant à ses amis, ils étaient presque tous croyants.

Les Inklings62

  • 62 Le nom du groupe est un jeu de mots combinant une allusion à l’encre (ink) et l’idée de notions ou (...)
  • 63 Collected Letters, volume II, op. cit., p. 183-184.
  • 64 Cité dans Diana Pavlac Glyer, The Company They Keep, Kent OH, Kent State University Press, 2007, p. (...)
  • 65 Les rencontres matinales au pub continuèrent bien plus longtemps.
  • 66 W.H. Lewis, « Memoir of C.S. Lewis », Letters of C.S. Lewis, Londres, Geoffrey Bles, 1966, p. 13.
  • 67 Ibidem.
  • 68 They Stand Together, op. cit., p. 501.
  • 69 Dans Jocelyn Gibb (éd.), Light on Lewis, Londres, Geoffrey Bles, 1965, p. 63.
  • 70 W.H. Lewis, « Memoir of C.S. Lewis », op. cit., p. 13.
  • 71 « Bloody awful », in W.H. Lewis, « Memoir of C.S. Lewis », op. cit., p. 18-19.
  • 72 Collected Letters, volume II, op. cit., p. 683.
  • 73 Diana Pavlac Glyer, « C.S. Lewis in Disguise: Images of Jack in the Fiction of His Friends », dans (...)

20Un grand nombre d’études a déjà paru au sujet des Inklings, ce groupe d’amis chrétiens que Lewis décrit comme « un club informel » où les amis avaient en commun « une prédilection pour l’écriture et la foi chrétienne63 ». La moitié des membres était catholique, l’autre moitié anglicane. Pour R.E. Harvard, le médecin généraliste de Lewis, invité très tôt à se joindre au cercle, il s’agit « d’un petit groupe qui se rencontre le jeudi soir pour lire leurs travaux et en parler64 ». En réalité, le groupe s’est réuni pendant plus de dix-sept ans65 et, la plupart du temps, il y avait deux rencontres hebdomadaires : le jeudi soir chez Lewis à Magdalen College et le mardi matin au pub The Eagle and Child en centre-ville d’Oxford. Selon Warnie Lewis, le grand frère de l’écrivain, « il n’y avait aucun règlement, aucun responsable, aucun ordre du jour et aucune élection pour sélectionner les membres66 », mais tous les membres « savaient bien quel type d’homme on voulait ou ne voulait pas67 ». Les rencontres matinales au pub étaient consacrées à la conversation qui était souvent, selon Lewis, « si rapide et si animée que les autres convives pensaient que nous racontions des histoires grivoises quand, en réalité, nous parlions théologie68 ». En revanche, les soirées étaient des séances informelles de travail. Comme le précise Neville Coghill : « Si quelqu’un avait écrit quelque chose qu’il se sentait prêt à partager avec les autres, il le lisait à haute voix69. » Ensuite, les autres amis prodiguaient des conseils pour l’améliorer. Ces hommes étaient des amis proches, mais n’hésitaient pas à donner leur avis sans ménagement. Warnie Lewis insiste : « Nous n’avions rien d’un club d’autocongratulation : les louanges attribuées aux bons travaux étaient sans bornes, mais on critiquait les mauvais textes – ou même les textes médiocres – avec une franchise parfois brutale70. » Il donne l’exemple de son frère qui « entretenait une dévotion presque fanatique envers Charles Williams, mais lorsque Williams a écrit un mauvais livre, Lewis l’a qualifié de “totalement nul”71. » Le dynamisme et la bonne humeur des soirées ne cachaient pas le but sérieux du travail. Pour ces auteurs chrétiens, leurs écrits contribuaient à répandre la vérité évangélique dans le monde, soit explicitement comme dans Miracles (1947) de Lewis ou The Forgiveness of Sins (1945) [La Rémission des péchés] de Williams, soit dans ce que Lewis appelle « des petits livres sur d’autres sujets mais qui contiennent des éléments chrétiens de façon latente72. » Pour cette raison, la clarté, la précision et la lisibilité des textes étaient de la première importance et Lewis avait l’habitude pendant les rencontres du jeudi de « détourner les participants de conversations sans but afin qu’ils consacrent leur temps à la lecture et à la discussion des travaux en cours73 ».

  • 74 D.P. Glyer, The Company They Keep, op. cit., p. 110.
  • 75 J.R.R. Tolkien, The Letters of J.R. R. Tolkien, Londres, George Allen and Unwin, 1981, p. 362.
  • 76 Cité dans : Humphrey Carpenter, The Inklings (1978), Boston, Houghton, Mifflin Company, 1979, p. 66
  • 77 Ibid., p. 194.

21Les Inklings avaient une façon interactive de fonctionner par laquelle ils s’encourageaient mutuellement et s’offraient des conseils qui permettaient de corriger ou de peaufiner leurs travaux. Comme le précise Diana Pavlac Glyer, parfois « une phrase maladroite pouvait être corrigée, ou une question philologique posée à partir d’un passage biblique, ou une source supplémentaire proposée présentant un point de vue contrasté74 ». Tolkien admet sans hésitation sa dette envers Lewis et le remercie « non pas pour son “influence” comme on le comprend habituellement, mais pour ses encouragements. Il fut pendant très longtemps mon seul lecteur. C’est lui qui me donnait l’idée que mes gribouillis pouvaient devenir plus qu’un loisir personnel75 ». Qui plus est, Lewis recommanda Le Hobbit à Stanley Unwin de la maison d’édition George Allen & Unwin, en précisant que le roman « a été lu à haute voix à notre petit cercle littéraire et reçu avec un grand enthousiasme76 ». En retour, Tolkien raconte qu’il était, avec d’autres, la « sage-femme à la naissance d’All Hallows Eve77 », le dernier roman de Charles Williams, lu par l’auteur semaine après semaine aux rencontres des Inklings. Williams, quant à lui, lut et annota le manuscrit de la première partie du Seigneur des Anneaux. Warnie Lewis, présent au début en tant qu’auditeur et hôte plutôt que participant, en suivant l’exemple des autres et encouragé par eux, devint lui-même auteur à l’âge de 58 ans et publia une série très réussie de monographies historiques sur la France du XVIIe siècle. Parfois aussi la participation des Inklings aux œuvres de leurs amis était encore plus active. Harvard rédigea une postface au Problème de la souffrance de Lewis. Lewis édita The Figure of Arthur, un ouvrage posthume de Williams. Plusieurs membres aidèrent leurs amis à trouver une maison d’édition prête à publier un travail en cours. Il est également clair que les ouvrages publiés des Inklings que l’auteur n’a pas lus au groupe, comme The Pilgrim’s Regress de Lewis et Le Silmarillion de Tolkien, sont généralement moins bien écrits que les textes corrigés par les amis – Lewis l’avoue lui-même dans sa préface à la troisième édition de l’ouvrage.

22Il est aussi intéressant de remarquer que des groupes d’amis qui cherchent la vérité ensemble et s’aident mutuellement dans une mission commune sont souvent présents dans la fiction des Inklings. On peut citer la communauté du manoir Ste Anne dans Cette hideuse puissance de Lewis, ou la Communauté de l’anneau dans le chef-d’œuvre de Tolkien, le jeune trio d’amis dans Opération nocturne de Barfield, ou même la compagnie de Logres, dirigée par le barde Taliesin, dans les poèmes arthuriens de Williams.

  • 78 Cité dans : J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 59.
  • 79 J. Gibb (éd.), Light on Lewis, op. cit., p. xiii.
  • 80 J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 114.

23Les Inklings aidaient Lewis également dans sa vie spirituelle et dans sa mission d’apologétique chrétienne. Lewis était co-fondateur du club socratique, une association qui invitait des intellectuels croyants et athées à débattre sur des questions philosophiques et idéologiques devant un public principalement composé d’étudiants. Parmi les Inklings, Charles Williams, Owen Barfield, Gervase Mathew et R. E. Harvard acceptèrent de participer aux débats et de se laisser attaquer par des adversaires athées. Un jour où Lewis se sentait dévasté après avoir perdu un débat contre la philosophe catholique Elizabeth Anscombe au club socratique, Hugo Dyson se permit de lui dire publiquement que « maintenant qu’il avait tout perdu, il n’avait qu’à venir au pied de la croix78 » et se reconsacrer au Christ. En dépit de la célébrité grandissante de l’universitaire, ceux qui connaissaient Lewis s’accordent à dire que, dans toutes ses interactions avec ses amis, il faisait preuve d’une grande humilité. Pour Barfield, jamais le moindre mot ni geste « ne donnait à croire qu’il estimait sa propre opinion plus digne de respect que celle de ses amis, même si, contrairement aux leurs, ses avis avaient attiré l’attention de milliers, même de centaines de milliers d’auditeurs79 ». Luke Rigby, un ami plus jeune, affirme : « Je sais pourquoi il avait tant d’amis. Sa gentillesse, son empathie, sa joie de vivre, sa vivacité, son humour, sa profondeur, son imprévisibilité se combinaient pour faire de lui un compagnon exaltant80. »

Les critiques

24Les Quatre amours s’est bien vendu depuis sa parution et continue d’éveiller la curiosité de plusieurs auteurs connus. Par exemple, il est très probable que le pape Benoît XVI s’en soit inspiré pour son encyclique Deus Caritas Est81. Cependant, tout le monde ne l’apprécie pas, même parmi ceux qui, en général, sont favorables à l’œuvre de Lewis. Humphrey Carpenter dit même, mais sans en apporter la preuve, que certains Inklings trouvaient la section du livre sur l’amitié « malencontreuse82 ».

  • 83 Cité dans : C.S. Lewis, Collected Letters, volume III, op. cit., p. 1151.
  • 84 J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 80.
  • 85 C.S. Lewis, Collected Letters volume II, op. cit., p. 577.
  • 86 Voir : J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 176.
  • 87 Alister McGrath, C.S. Lewis: A Life, Londres, Hodder and Stoughton, 2013, p. 178.
  • 88 Pour voir une étude approfondie de la pensée de Lewis quant au genre, voir : Anne-Frédérique Mochel (...)

25Les critiques affirment très souvent que les propos de Lewis sur l’amitié souffrent du fait qu’il ne comprenait pas les femmes et ne les appréciait pas non plus. Kathleen Nott, par exemple, dans son compte-rendu du livre dans l’hebdomadaire The Observer déclare que la section sur l’amitié est « fortement conditionnée par les protestations masculines de Lewis. […] Ses amis, réunis, disent-ils, par des idéaux nobles, ne sont en réalité que des cerfs aux abois83 ». Même un ami de Lewis, Peter Bayley, affirme que l’auteur « avait bien dépassé la cinquantaine avant d’avoir des femmes dans sa vie84 », et n’est donc pas fiable à ce sujet. Il est certain que Lewis porte une certaine responsabilité pour ces avis négatifs. Il grandit, comme tous les autres hommes britanniques de sa classe sociale et de sa génération, dans un monde où les hommes avaient l’habitude de se rencontrer, sans femmes, à l’école, à l’université, au service militaire, dans les clubs sportifs et dans les salles privées des pubs. Lewis se sentait à l’aise dans ce monde masculin et écrit, par exemple, à Dom Bede Griffiths en 1943, en exprimant sa crainte que les véritables amitiés deviennent de plus en plus rares « à cause de la présence des femmes partout85, » faisant surtout référence aux hommes qui sortaient toujours accompagnés de leur épouse. En revanche, comme le précise son frère Warnie, « sa correspondance démontre qu’il avait une grande affection pour de nombreuses femmes très douées, » parmi lesquelles on peut compter la romancière Dorothy L. Sayers, la poétesse Ruth Pitter et la religieuse Sœur Penelope Lawson. Il fonda le club socratique avec l’aumônière Stella Aldwinckle, qui l’appelait par son prénom86, et il parlait avec enthousiasme du travail éditorial de sa collègue Janet Spens pour une nouvelle édition de la Reine des fées d’Edmund Spenser, et lui a écrit pour lui exprimer sa reconnaissance. Spens lui fit également découvrir le livre d’Anders Nygren, Éros et Agapè, qui donne corps à certaines de ses théories dans Les Quatre amours. Comme le constate Alister McGrath, ses comportements démontrent que « lorsqu’il était question de travail universitaire, Lewis admirait l’érudition et ne tenait pas compte du genre du chercheur87 ». En plus, nous savons que Joy Davidman, l’épouse de Lewis, l’encouragea à écrire Les Quatre amours et relut le manuscrit avant que son époux ne l’envoie aux éditeurs. L’ouvrage exprime l’idée très polémique que les relations amicales entre hommes sont différentes de celles entre les amies femmes, mais il est probable que Joy était du même avis que Lewis88.

  • 89 Gregory Bassham, « Who Could Have Deserved It? C.S. Lewis on Friendship », dans Suzanne Bray et Wil (...)

26En revanche, Gregory Bassham, parmi d’autres, a certainement raison d’affirmer que « Lewis semble exagérer à quel point l’amitié est libre de toute rivalité ou jalousie89 ». Il y a peu de doute que Tolkien était jaloux de Charles Williams et il est probable que Lewis, au centre du cercle d’amis, ne se rendait pas compte que d’autres cherchaient à attirer son attention.

  • 90 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 125.
  • 91 G. Bassham, « Who Could Have Deserved It? », op. cit., p. 118.
  • 92 J. Gibb (éd.), Light on Lewis, op. cit., p. 70.
  • 93 J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 70.
  • 94 A. McGrath, C.S. Lewis: A Life, op. cit., p. 73.
  • 95 On attend encore une étude complète sur Lewis et l’homosexualité, mais pour ceux qui veulent approf (...)
  • 96 J. Como (éd.), Light on Lewis, op. cit., p. 208.
  • 97 Ibid., p. 199.
  • 98 Ibid., p. 100.
  • 99 La situation d’Owen Barfield est particulière. Un ami de Lewis pendant 44 ans, il était croyant, ma (...)

27Le passage le plus polémique des Quatre amours est presque certainement celui où Lewis remarque que « l’amitié est une affaire d’esprits sans entraves, sans voiles. L’éros réclame des corps dénudés et l’amitié des personnalités mises à nu90. » Pour Gregory Bassham, cet avis n’est qu’un « reflet de la manière dont Lewis lui-même percevait ses relations avec ses amis » et vient du fait que, même pour un homme de sa génération, Lewis « hésitait beaucoup à partager des secrets ou à parler de ses affaires personnelles avec ses amis91 ». Quelques amis de Lewis, en marge des Inklings, avait la même vision de l’auteur. Pour John Lawlor, Lewis entretenait des relations « délibérément impersonnelles avec tous, sauf avec ses amis les plus proches92 », et John Wain écrit que les amis de Lewis « étaient libres de découvrir certains domaines de sa vie, » mais qu’au-delà « se trouvait son être intérieur, fortement protégé, que personne ne voyait jamais93 ». Alister McGrath suppose que la première grande amitié, très complexe, de Lewis, avec Arthur Greeves, un homosexuel très fortement attaché à lui, « avait impacté la pensée de Lewis sur le but et les limites de l’amitié94 » et l’avait forcé à maintenir une certaine distance95. Cependant, d’autres amis, et surtout ceux qui l’ont connu vers la fin de sa vie, racontent une autre histoire. Il est clair que Warnie savait presque tout sur la vie de son frère. En plus, George Sayer, un ancien étudiant qui devint un ami proche affirme qu’il « n’a jamais connu un homme aussi ouvert quant à sa vie privée. Il parlait de ses tentations personnelles, ses difficultés spirituelles et ses inquiétudes pour d’autres personnes96 », y compris au sujet de l’alcoolisme de Warnie. De la même manière, Clifford Morris, le chauffeur du taxi que Lewis louait régulièrement, parle de longues conversations très personnelles avec l’auteur, y compris tout de suite après la mort de Joy97. Richard Ladborough, anglican engagé et professeur de français à l’Université de Cambridge, parle d’un petit mot qu’il a reçu de Lewis pendant la dernière maladie de Joy : « Je subis une grande détresse mentale. S’il te plaît, prie pour nous98. » Il est donc clair qu’avec quelques personnes, Lewis était bien plus qu’une personnalité mise à nu. Il est également à remarquer que beaucoup de ceux qui se plaignaient le plus de la réticence personnelle de Lewis ne partageaient pas, ou du moins pas pleinement, sa foi99.

Conclusion

28Dans Les Quatre amours, Lewis plaint le sort des malheureuses personnes qui veulent absolument avoir des amis, mais qui n’arrivent pas à en trouver. Il explique pourquoi :

  • 100 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 119.

La condition sine qua non pour avoir des amis est de désirer aussi autre chose. Sans quoi, la réponse honnête à la question « Vois-tu la même vérité ? » serait « Je ne vois rien et peu importe la vérité. Je veux seulement un ami. » Dans ces conditions, aucune amitié ne peut naître100.

  • 101 Nathaniel Peters, « God is Friendship », Church Life Journal, 6 février 2020, https://churchlifejou (...)
  • 102 Manitza Kotze et Carike Noeth, « Friendship as a Theological model: Bonhoeffer, Moltmann and the Tr (...)

29Il est donc clair que dans sa tentative de réhabiliter l’amitié pour le XXe siècle, Lewis établit un lien entre les relations amicales et la recherche de la vérité et, pour les chrétiens, l’amour pour celui qui est la Vérité. Comme saint Augustin, il croyait que « l’amitié véritable n’est pas uniquement focalisée sur le bien, mais sur celui qui incarne le bien101 », et comme Dietrich Bonhoeffer et, plus tard, Jürgen Moltmann, il trouvait dans ses amitiés un « environnement théologique dans lequel on peut apprendre à créer des liens avec autrui non seulement dans la vie privée, mais également dans le domaine public afin de chercher ensemble le bien commun102 ». À partir du moment où il commençait lui-même à chercher la vérité, il joignait volontiers ses efforts aux leurs pour travailler à aider chacun à réaliser tout son potentiel, surtout dans le domaine de l’écriture.

  • 103 C.S. Lewis, Collected Letters volume II, op. cit., p. 501.

30Son chapitre sur l’amitié dans Les Quatre amours, rédigé vers la fin de sa vie à une période où il était heureux, présente à la fois sa compréhension de la place de l’amitié dans le projet de Dieu pour l’humanité, mais également ses propres expériences de l’amitié et surtout du cercle d’amis appelé les Inklings pour lequel Lewis débordait de reconnaissance. Les difficultés remarquées par certains critiques viennent du fait que l’expérience personnelle de Lewis était moins commune qu’il ne le pensait. Quand Lewis pensait à ses amis, il avouait que sa « dette envers eux était inestimable103 ». En pensant au Hobbit et au Seigneur des anneaux, à Tactique du diable et au Problème de la Souffrance, ainsi qu’aux douzaines d’autres ouvrages corrigés, édités et peaufinés par les Inklings pendant des années, ses lecteurs sont souvent du même avis.

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Notes

1 C.S. Lewis, Les Quatre Amours (1960), trad. de l’anglais par Denis Ducatel et Jean-Léon Müller, Le Mont-Pélérin, Éditions Raphaël, 2005, p. 127.

2 Voir : C.S. Lewis, Collected Letters, volume III: Narnia, Cambridge and Joy, 1950-1963, éd. par Walter Hooper, Londres, HarperCollins, 2006, p. 941.

3 Ibidem.

4 Ibid., p. 1707.

5 Ibid., p. 1035-1036.

6 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 109.

7 Ibidem.

8 David Summers, « The Inner Ring: C.S. Lewis and Ciceronian Friendship », intervention au colloque The Art of Being Human: Friendship, Humour, Music, and Death, mai 2020, consultable en ligne : https://www.progressiveconnexions.net/wp-content/uploads/2020/03/David-Summers-_wpaper.pdf

9 Suite de poèmes (1850) d’Alfred Lord Tennyson en mémoire de son ami Arthur Henry Hallam, mort d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 22 ans en 1833.

10 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 105.

11 Cité dans Eberhard Bethge, Friendship and Resistance: Essays on Dietrich Bonhoeffer, Grand Rapids, Eerdmans, 1995, p. 91. Sauf indication contraire, toutes les traductions sont les nôtres.

12 Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire (1939), trad. de l’allemand par Fernand Ryser, Genève, Labor et Fides, 1983, p. 15.

13 C.S. Lewis, recension de Denis de Rougemont, Passion and Society (1940), et Claude Chavasse, The Bride of Christ (1940), Theology, vol. 40, juin 1940, p. 459.

14 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 16.

15 Lettre à Arthur Greeves, le 29 décembre 1935, in They Stand Together, Londres, Collins, 1979, p. 477.

16 C.S. Lewis, « Le Petit cercle » (1944), Démoncratiquement vôtre, trad. de l’anglais par Étienne Huser, Bâle, EBV, 1985, p. 38.

17 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 106.

18 William L. Isley Jr., « C.S. Lewis on Friendship », in Inklings Forever: Published Colloquium Proceedings 1997-2016, vol. 6, art. 9, p. 5.

19 Ibidem.

20 C.S. Lewis, Surpris par la joie (1955), trad. de l’anglais par Marie Tadié, Paris, Éditions du Seuil, 1964, p. 187.

21 Michael Pakaluk, Other Selves: Philosophers on Friendship, Indianapolis, Hackett, 1991, p. 108.

22 Voir Harry Lee Poe (éd.), C.S. Lewis Remembered: Collected Reflections of Students, Friends and Colleagues, Grand Rapids, Zondervan, 2006, p. 234.

23 David Summers, « The Inner Ring », op. cit., p. 3.

24 Voir : lettre à Dom Bede Griffiths, le 26 mars 1943, in C.S. Lewis, Collected Letters volume II, Books, Broadcasts and War 1931-1949, Londres, HarperCollins, 2004, p. 577.

25 Charles Williams, The Place of the Lion (1931), Londres, Faber & Faber, 1965, p. 187.

26 C.S. Lewis, Collected Letters volume II, op. cit., p. 183.

27 James Barr, « Words for Love in Biblical Greek », dans L. D. Hurst et N. T. Wright (éd.), The Glory of Christ in the New Testament. Studies in Christology. In Memory of George Bradford Caird, Oxford, Clarendon Press, 1987, p. 15.

28 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 116.

29 Ibid., p. 118.

30 Ibidem.

31 Ibid., p. 118.

32 Ibid., p. 125.

33 « Charles » ici est Charles Williams et « Ronald » est J.R.R. Tolkien.

34 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 111.

35 Ibid., p. 112.

36 Ibid., p. 127.

37 Ibid., p. 153.

38 Jacqueline Assaël, « Le Sens de l’amitié : Participer au dessein de Dieu », Réforme, 29 février 2024, p. 10.

39 L’Académie des sciences britannique.

40 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 123-124.

41 David Summers, « The Inner Ring », op. cit., p. 5.

42 Ibid., p. 140.

43 Cité dans : James Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table and Other Reminiscences, New York, Macmillan, 1979, p. 28.

44 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 139.

45 Ibid., p. 138.

46 Ibid., p. 136.

47 Mutual Admiration Society

48 Cité dans : Mo Moulton, The Mutual Admiration Society, Londres, Corsair, 2019, p. 1.

49 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 149.

50 Colin Duriez, C.S. Lewis: A Biography of Friendship, Abingdon, Lion, 2013, p. 7.

51 Michael Apichella, « Friendship as Philosopher: C.S. Lewis – Atheist, Deist, Christian Apologist », dans Suzanne Bray et William Gray (éd.), Persona and Paradox: Issues of Identity for C.S. Lewis, his Friends and Associates, Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, 2012, p. 106.

52 C.S. Lewis, Surpris par la joie, op. cit., p. 188.

53 Ibidem. Phrase trouvée habituellement au début des sujets d’examen universitaires.

54 Ibid., p. 187.

55 Dédicace à l’ouvrage universitaire The Allegory of Love (1936).

56 C.S. Lewis, Surpris par la joie, op. cit., p. 187-188.

57 Owen Barfield, Owen Barfield on C.S. Lewis, Barfield Press UK, 2011, quatrième de couverture.

58 C. Duriez, C.S. Lewis, op. cit., p. 30.

59 C.S. Lewis, Surpris par la joie, op. cit., p. 202.

60 Id., They Stand Together, op. cit., p. 425.

61 Ibidem.

62 Le nom du groupe est un jeu de mots combinant une allusion à l’encre (ink) et l’idée de notions ou intuitions.

63 Collected Letters, volume II, op. cit., p. 183-184.

64 Cité dans Diana Pavlac Glyer, The Company They Keep, Kent OH, Kent State University Press, 2007, p. 12.

65 Les rencontres matinales au pub continuèrent bien plus longtemps.

66 W.H. Lewis, « Memoir of C.S. Lewis », Letters of C.S. Lewis, Londres, Geoffrey Bles, 1966, p. 13.

67 Ibidem.

68 They Stand Together, op. cit., p. 501.

69 Dans Jocelyn Gibb (éd.), Light on Lewis, Londres, Geoffrey Bles, 1965, p. 63.

70 W.H. Lewis, « Memoir of C.S. Lewis », op. cit., p. 13.

71 « Bloody awful », in W.H. Lewis, « Memoir of C.S. Lewis », op. cit., p. 18-19.

72 Collected Letters, volume II, op. cit., p. 683.

73 Diana Pavlac Glyer, « C.S. Lewis in Disguise: Images of Jack in the Fiction of His Friends », dans Mark Hall, Salwa Khoddam et Jason Fisher (éd.), C.S. Lewis and the Inklings: Discovering Hidden Truth, Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, 2012, p. 37.

74 D.P. Glyer, The Company They Keep, op. cit., p. 110.

75 J.R.R. Tolkien, The Letters of J.R. R. Tolkien, Londres, George Allen and Unwin, 1981, p. 362.

76 Cité dans : Humphrey Carpenter, The Inklings (1978), Boston, Houghton, Mifflin Company, 1979, p. 66.

77 Ibid., p. 194.

78 Cité dans : J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 59.

79 J. Gibb (éd.), Light on Lewis, op. cit., p. xiii.

80 J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 114.

81 Voir l’avis d’Andrea Mondo : https://www.catholic.org/featured/headline.php?ID=3064, consulté le 19 juin 2024.

82 H. Carpenter, The Inklings, op. cit., p. 167.

83 Cité dans : C.S. Lewis, Collected Letters, volume III, op. cit., p. 1151.

84 J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 80.

85 C.S. Lewis, Collected Letters volume II, op. cit., p. 577.

86 Voir : J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 176.

87 Alister McGrath, C.S. Lewis: A Life, Londres, Hodder and Stoughton, 2013, p. 178.

88 Pour voir une étude approfondie de la pensée de Lewis quant au genre, voir : Anne-Frédérique Mochel-Caballero, L’Évangile selon C.S. Lewis. Le dépassement du masculin-féminin dans la quête de Dieu, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2011.

89 Gregory Bassham, « Who Could Have Deserved It? C.S. Lewis on Friendship », dans Suzanne Bray et William Gray (éd.), Persona and Paradox: Issues of Identity for C.S. Lewis, his Friends and Associates, Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, 2012, p. 115.

90 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 125.

91 G. Bassham, « Who Could Have Deserved It? », op. cit., p. 118.

92 J. Gibb (éd.), Light on Lewis, op. cit., p. 70.

93 J. Como (éd.), C.S. Lewis at the Breakfast Table, op. cit., p. 70.

94 A. McGrath, C.S. Lewis: A Life, op. cit., p. 73.

95 On attend encore une étude complète sur Lewis et l’homosexualité, mais pour ceux qui veulent approfondir le sujet, il y a de nombreux courts articles parmi lesquels : Ron Belgau, « C.S. Lewis on Homosexuality & Disgust », août 2013, https://spiritualfriendship.org /2013/08/23/c-s-lewis-on-homosexuality-and-disgust/ ; Esther O’Reilly, « What Did C.S. Lewis Really Think About Homosexuality? », Patheos, juillet 2021, https://www.patheos.com/blogs/youngfogey/2021/07/what-did-c-s-lewis-really-think-about-homosexuality/, consultés le 6 janvier 2025.

96 J. Como (éd.), Light on Lewis, op. cit., p. 208.

97 Ibid., p. 199.

98 Ibid., p. 100.

99 La situation d’Owen Barfield est particulière. Un ami de Lewis pendant 44 ans, il était croyant, mais son adhérence à l’anthroposophie de Rudolf Steiner était perçue par Lewis comme un obstacle à une vision vraiment commune.

100 C.S. Lewis, Les Quatre amours, op. cit., p. 119.

101 Nathaniel Peters, « God is Friendship », Church Life Journal, 6 février 2020, https://churchlifejournal.nd.edu/articles/god-is-friendship-itself/, consulté le 20 juin 2024.

102 Manitza Kotze et Carike Noeth, « Friendship as a Theological model: Bonhoeffer, Moltmann and the Trinity », In die Skriflig, vol. 53, no 1, 2019, https://doi.org/10.4102/ids.v53i1.2333.

103 C.S. Lewis, Collected Letters volume II, op. cit., p. 501.

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Pour citer cet article

Référence papier

Suzanne Bray, « « Qui peut mériter un tel bonheur ? » Les Quatre amours de C.S. Lewis : une réhabilitation de l’amitié pour le XXe siècle »Mélanges de science religieuse, tome 82, n° 1 | 2025, 109-126.

Référence électronique

Suzanne Bray, « « Qui peut mériter un tel bonheur ? » Les Quatre amours de C.S. Lewis : une réhabilitation de l’amitié pour le XXe siècle »Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 82, n° 1 | 2025, mis en ligne le 31 mars 2026, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/536 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kab

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Auteur

Suzanne Bray

FLSH, Université Catholique de Lille, FR – 59 000 Lille, France

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