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Recensions

Valentina Ciciliot et Liviana Gazzetta, La fabbrica delle suore. Istituti religiosi femminili al lavoro tra ‘800 e ‘900, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, « Temi e Testi » 244, 2024, 224 p., 25 €

Andrea Mandonico
p. 206-207
Référence(s) :

Valentina Ciciliot et Liviana Gazzetta, La fabbrica delle suore. Istituti religiosi femminili al lavoro tra ‘800 e ‘900, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, « Temi e Testi » 244, 2024, 224 p., 25 €

Texte intégral

1Ce livre ouvre une large fenêtre sur un aspect méconnu mais qui a été le germe d’une nouvelle vision de la vie religieuse féminine qui s’épanouit au Concile Vatican II et dans l’après-Concile. En effet, face à la révolution industrielle, « de nombreuses congrégations féminines dans leur histoire se sont impliquées, de manière plus ou moins directe, avec le travail et les travailleurs » (p. VII). Le livre rapporte le témoignage des Ursulines, des Servantes de la Charité, des Apostolines de Novara, des Sœurs Ouvrières de la Sainte Maison de Nazareth, des Sœurs Ouvrières de Botticino et des Petites Sœurs de Charles de Foucauld.

2Au départ, il s’agissait de la gestion d’internats pour les filles qui devaient quitter leur famille pour des raisons professionnelles ; des internats qui étaient « une garantie de “moralité” et de “religiosité” pour les femmes qui travaillent ». La crise économique des années 1930 a fermé ces internats, mais elle n’a pas mis fin à la présence de religieuses sur le lieu de travail, car pour certains instituts, précisément à cause de la crise économique et de la législation italienne sur les femmes, il s’agissait de faire face à « leur propre stabilité économique ». À cet égard, il est intéressant d’étudier le premier chapitre où le Dr Ciciliot situe le thème du travail des femmes dans le contexte législatif italien et dans la doctrine sociale catholique. La naissance et le développement de ces Instituts n’ont pas été très faciles. V. C. écrit : « L’histoire du travail des femmes en Italie à l’époque contemporaine nous montre, en effet, combien la reconnaissance du travail des femmes en dehors de la famille a été un processus long et complexe tant au niveau sociopolitique que culturel et juridique, non sans résistances et obstacles influencés, directement ou indirectement, par la pensée catholique » (p. 2).

3Pour de nombreux instituts féminins, en plus de l’autosuffisance, entrer dans le monde du travail signifiait partager la vie des pauvres où l’usine était une « nouvelle terre de mission », comme pour l’Apostoline de Novara. Mais les sœurs entrèrent aussi dans l’usine sans « but direct d’apostolat » comme les Tertiaires Franciscaines de la Divine Providence, les Pieuses Ouvrières de Saint-Joseph, les Sœurs Ouvrières de la Sainte Maison de Nazareth et les Petites Sœurs de Jésus. « Vivant et travaillant parmi les gens », elles sont devenues les témoins d’une humanité nouvelle face aux « dures conditions de vie des couches les plus défavorisées et les plus à risque de la société. » (p. 86) Elles entrent sur le lieu de travail, avec ou sans habit religieux, animées par le désir, comme l’écrivait la petite sœur Magdeleine, d’être « du levain dans la pâte ». Plus encore « selon la fondatrice [ps. Magdeleine], les petites sœurs y allaient [à l’usine] pour témoigner de la pauvreté et du travail, pour se rendre semblables dans la vie extérieure à leurs frères ouvriers. « raisonnant humblement et silencieusement au milieu d’eux sur toutes les richesses intérieures de leur vie religieuse contemplative » (p. 141).

4Le livre se termine par une précieuse annexe documentaire et photographique, ainsi que l’index des noms.

5En conclusion, c’est à notre avis un livre à découvrir car il étudie un aspect de la vie religieuse malheureusement encore méconnu dans l’histoire de la vie religieuse féminine. C’est un livre qui synthétise et, en même temps, analyse les différents Instituts, leur charisme, leur vocation, leur naissance et parfois leur mort, sans oublier les fondatrices et les fondateurs des XIXe et XXe s., siècles si féconds dans l’histoire de l’Église.

6Ce qui est surprenant, c’est que les instituts religieux féminins n’ont pas seulement ouvert les portes à un nouveau modèle de vie religieuse, mais ils l’ont fait face à une opposition socialiste ouverte, opposée à la présence de religieuses dans les usines et ayant dû « faire face à l’opposition ou à l’hostilité plus ou moins ouverte même du clergé et des autorités ecclésiastiques » qui, jusqu’à une époque très récente, « s’opposaient à l’emploi des femmes en dehors du foyer » (p. xiv).

7À juste titre, la recherche se limite à l’Italie du Centre-Nord – à l’exception des Petites Sœurs de Jésus – comme lieu de naissance et du développement de ces Instituts. Nous espérons qu’une recherche similaire sera également étendue à d’autres pays européens, car toute l’Europe a été impliquée dans la révolution industrielle et l’avancée du capitalisme et – pourquoi pas ? – aussi vers l’Amérique. Il suffit de penser à sainte Françoise Cabrini qui a navigué plusieurs fois sur l’océan pour rester près de milliers d’émigrants à la recherche de travail et de conditions de vie plus humaines.

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Pour citer cet article

Référence papier

Andrea Mandonico, « Valentina Ciciliot et Liviana Gazzetta, La fabbrica delle suore. Istituti religiosi femminili al lavoro tra ‘800 e ‘900, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, « Temi e Testi » 244, 2024, 224 p., 25 € »Mélanges de science religieuse, tome 82, n° 1 | 2025, 206-207.

Référence électronique

Andrea Mandonico, « Valentina Ciciliot et Liviana Gazzetta, La fabbrica delle suore. Istituti religiosi femminili al lavoro tra ‘800 e ‘900, Rome, Edizioni di Storia e Letteratura, « Temi e Testi » 244, 2024, 224 p., 25 € »Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 82, n° 1 | 2025, mis en ligne le 31 mars 2026, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/580 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kav

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