Clara Valli, L’islam des temps modernes : retour aux origines. Étude des finalités de la loi d’Ibn Achour, Préface de Nejmeddine Khalfallah, Paris, L’Harmattan, « Dialogues interreligieux », 2024, 207 p., 22 €
Clara Valli, L’islam des temps modernes : retour aux origines. Étude des finalités de la loi d’Ibn Achour, Préface de Nejmeddine Khalfallah, Paris, L’Harmattan, « Dialogues interreligieux », 2024, 207 p., 22 €
Texte intégral
1Quelles sont les finalités du droit musulman ? Dans sa préface à l’ouvrage de C. V., Nejmeddine Khalfallah nous explique que cette question n’est pas nouvelle, au contraire « depuis l’établissement du corpus des règles et statuts juridiques musulmans, les docteurs de loi se sont interrogés sur leur sens profond, leur “sagesse” » (Khalfallah, p. 9) : la šarī’a a-t-elle un sens intelligible, ou relève-t-elle plutôt du décret divin ? Si certaines finalités sont mentionnées dans le texte coranique, qui explique parfois l’intérêt et l’utilité de telle ou telle pratique, certains juristes sont allés beaucoup plus loin, établissant un système de finalités, de valeurs implicites que certains s’évertuent de trouver pour chaque règle. Pour d’autres, ces interprétations sont néanmoins condamnables. Ces finalités sont désignées par le terme de maqāṣid (pluriel de maqṣad) et parmi ceux qui se sont essayés à les définir, on peut mentionner al-Ġazālī (954-1111) et le juriste andalou al-Šāṭibī (m. 1388). Après un intervalle de plusieurs siècles, intervient Ibn ‘Āšur (1879-1973), juriste tunisien dont l’ouvrage sur les maqāṣid fait l’objet de l’étude de C. Valli. Ibn ‘Āšur présente un intérêt particulier dans la mesure où il a vécu sous la Régence – le protectorat français – et a connu deux guerres mondiales. Il a, en d’autres termes été confronté à la colonisation et a pu constater le retard qu’avait pris le monde musulman par rapport à l’Occident. Ibn ‘Āšur va utiliser les cinq principes universaux des maqāṣid pour répondre à la modernité, ceci parce que selon l’hypothèse de C. V. ils permettent d’adapter la Loi et d’intégrer de nouvelles interprétations pour le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté. Ces cinq universaux que la loi islamique vise à préserver (définition de C. V., glossaire, p. 22, s.v. kulliyāt al-ḫamsa) sont la protection de la religion, la protection de la vie, la protection de l’intellect, la protection de la descendance et la protection des biens. Une loi qui, au fil du temps, serait devenue contraire à ces principes/finalités (pensons au statut des femmes) mérite une réinterprétation en vertu de ces universaux.
2L’autre hypothèse centrale de C. V. est qu’Ibn ‘Āšur traite de thèmes modernes tout en utilisant des termes traditionnels : il s’oppose assez discrètement à la colonisation, promeut la modernisation de la société, analyse le capitalisme… Il plaide pour un renouvellement mais ceci dans le cadre de l’islam, ce qui explique le titre, à première vue paradoxal, que l’A. a donné à son ouvrage.
3Dans une brève introduction (p. 27-39) C. V. nous décrit la vie et la carrière d’Ibn ‘Āšur, dédiée à la démocratisation du savoir. Elle nous indique qu’il faut interpréter son œuvre dans le cadre des nouveaux défis et des changements sociaux engendrés par la colonisation. Ibn ‘Āšur peut être situé dans le cadre de la nahḍa, la renaissance arabe et de l’islāḥ (réformisme), mouvements du XIXe s. Pour l’A. du traité des maqāṣid al-šarī’a al-islamiyya, l’islam est universel et peut s’adapter à n’importe quel contexte historique et culturel. Grâce aux maqāṣid, qui permettent d’interpréter la Loi, une vision nouvelle et moderne est tout à fait possible. Ibn ‘Āšur soutient la liberté de pensée, d’agir, de s’exprimer, de croire ou de ne pas croire.
4L’étude de Valli est composée de trois parties qui se complètent et suivent le traité d’Ibn ‘Āšur : quelle est la place de l’individu au sein de la loi islamique ? (I, p. 39-91) ; converger vers le bien commun : une appréhension finaliste de la société (II, p. 93-146) ; enjeux et objectifs d’une conception islamique de la famille (III, p. 147-190). Face à l’introduction du français en cette période coloniale, Ibn ‘Āšur choisit d’écrire en arabe, devenu « un symbole d’identité permettant la sauvegarde de la tradition tunisienne […] un outil pour les revendications nationalistes » (p. 41). Il se sert du discours religieux traditionnel pour introduire de nouveaux principes qui, même s’ils sont ancrés dans les principes islamiques, « revendiquent une conception moderne de l’homme et de la société » (idem). Pour se faire comprendre par le plus grand nombre, il introduit un registre séculier dans son discours jurisprudentiel. Il n’aborde pas le thème de la purification de l’âme, mais se propose de fournir la description d’un idéal moral à atteindre : dans chaque partie un nombre important de pages se rapportent à l’homme, ses valeurs et ses prescriptions. Il est important de signaler qu’il utilise le terme individu (fard), et non musulman dans son œuvre, témoin de sa modernité, car il n’appréhende plus l’homme par le biais de sa croyance. Il n’en reste pas moins profondément malékite, tandis que ses maqāṣid al-šarī’a s’inscrivent dans le domaine des ‘uṣūl al-fiqh (science des fondements du droit musulman).
- 1 Néanmoins, et particulièrement dans le cadre du mariage, à la veille des Conventions de Genève (194 (...)
5Quelle est donc la modernité d’Ibn ‘Āšur sous les apparences du discours traditionnel ? Contrairement à l’humanisme occidental, les valeurs humanistes en islam ne sont pas détachées du divin : Ibn ‘Āšur choisit d’humaniser la Révélation et opte pour une transmission humaine de l’application des préceptes incarnée par le personnage de Muḥammad, tout en se basant sur le Coran – chaque assertion est étayée par des versets du Coran – et la Tradition (les ḥadīṯ). La šarī’a est une voie (c’est d’ailleurs son étymologie), ce qui implique que l’interprétation des enseignements prophétiques peut évoluer dans le temps. Ibn ‘Āšur estime d’ailleurs que « le maintien de certains principes, bien qu’ils soient conformes autrefois aux mœurs et aux habitudes des peuples arabes, peut engendrer dans un contexte contemporain divers vices, dont celui de l’extrémisme » (p. 57). Une application littérale de la Loi sans contextualisation n’est donc pas du tout recommandable, ni d’ailleurs un affranchissement de cette même Loi pour s’adapter aux principes européens. Ibn ‘Āšur estime qu’il faut interpréter la Loi sous le prisme de sa clémence et non de sa rudesse. Au nom de l’égalité entre êtres humains, il soutient l’application des châtiments corporels, étant donné que la douleur est la même pour tous1, tandis qu’une amende frappe différemment le riche et le pauvre, le but suprême étant le bien-être de l’individu et par conséquent de la société. Comme nous l’avons déjà signalé, le discours reste classique, mais la prise en compte de l’individu (fard) en tant qu’être humain et non en tant que croyant (musulman) relève de la modernité. Selon C. V., la pensée d’Ibn ‘Āšur « invite à la reforme et à l’adaptation des normes islamiques à l’époque et au contexte donné, sans ne jamais renier son identité culturelle » (p. 65). Ce dernier élément fait probablement allusion à l’intrusion de valeurs étrangères en Tunisie.
6Le chap. 2 de la première partie illustre cette « propension de la loi islamique à l’adaptabilité » (p. 67) : tout comme elle a changé la société de la ğāhiliyya (la période de l’ignorance, avant la Révélation), la Loi peut répondre aux défis du XXe s. car Dieu « a voulu que la loi islamique soit universelle et pérenne, Il a donc fait en sorte que son cours et sa diffusion sont aisés » (Ibn ‘Āšur, cité par Valli, p. 69). L’islam peut donc rassembler des peuples aux coutumes diverses, à condition néanmoins d’assouplir les pratiques religieuses ; pour cela on peut consulter les savants rompus à l’iğtihād (réflexion) qui peuvent proposer des ajustements. Vivre la šarī’a comme une contrainte relève de la mauvaise compréhension de sa lettre, en négligeant son esprit de facilité et de souplesse : « il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion » (sourate 22, 78). En outre, ne pas tenir compte du contexte moderne, se restreindre à la lettre d’un verset « condamnerait l’islam à une éternelle incompatibilité avec tout milieu étranger à celui du Prophète » (p. 82). Selon C. V., l’idée-force de l’A. est la suivante : « […] les relations sociales nécessitent des explications conformes au changement des circonstances et des époques. Par conséquent, lier les gens à des règles fixes et uniformes entraîne inévitablement de grandes difficultés et des désagréments pour de nombreux groupes de la communauté. » (Ibn ‘Āšur, 1946, p. 239, cité par Valli) Avoir recours à l’iğtihād permet de moderniser la Loi, d’actualiser le message coranique et d’œuvrer pour le bien de l’individu et de la Communauté, face à un monde où l’illicite domine (l’Occident).
- 2 N’oublions pas néanmoins qu’il considère l’islam comme une religion à vocation universelle.
- 3 L’institution de l’aumône légale prouve amplement l’implication de la sphère religieuse dans la sph (...)
7La partie II de l’ouvrage (Converger vers le bien-commun : une appréhension finaliste de la société) analyse la conception d’Ibn ‘Āšur pour ce qui concerne la société. Tout comme il a introduit le terme fard (individu) au lieu de muslim, il réutilise le terme coranique ‘umma, non pas dans le sens de communauté des croyants, mais dans le sens de groupe humain présentant une unité, qu’elle soit linguistique, culturelle ou religieuse, sens universel plus en phase avec son époque. Il utilise donc une nouvelle fois le vocabulaire classique pour introduire des idées novatrices et encourager le dialogue entre les cultures. L’un des objectifs de la Loi islamique est d’assurer le bien commun (maṣlaḥa) au sein de la société, dans le respect de la dignité humaine et en respectant les cinq principes universels cités plus haut, principes qui permettent l’absorption de la modernité (p. 103). Ibn ‘Āšur semble néanmoins ne s’adresser qu’aux musulmans, « alors qu’il favorise habituellement un discours universel »2 (p. 100) : il soutient qu’il faut préserver les territoires de l’islam et la transmission de ses valeurs – un appel discret à la décolonisation. Ibn ‘Āšur défend aussi le concept de liberté (ḥuriyya), qui ne figure pas dans le Coran, ce qui implique que la société à construire ne sera pas totalitaire. Le concept d’égalité lui pose un problème dans la mesure où un non musulman ne pourra gérer les intérêts des musulmans (en vertu de son statut de ḏimmī). En fait, il plaide pour ce que C. V. appelle un « islamic welfare state » (p. 111), différent du système séculier européen. Dans ce cadre, il attache une importance particulière à la perception de la richesse dans les sources scripturaires : en vertu des cinq principes universels, il constate que la richesse peut être valorisée à condition qu’elle réponde aux principes moraux de la Loi3. Cette dernière humanise les rapports entre les négociants de contrats afin d’éviter toute exploitation humaine et a fortiori, l’esclavage – l’un des objectifs de la šarī’a étant la protection des droits des travailleurs. La richesse permet donc d’atteindre le bien-être général, car elle permet aux êtres humains de réaliser leurs désirs et d’avoir une vie confortable. Pour Valli, Ibn ‘Āšur souhaite démentir ainsi « les accusations d’ascétisme envers l’islam, et à prouver que les objectifs de sa loi sont en concordance avec la modernité » (p. 122). Il refuse néanmoins la recherche capitaliste de la maximisation du profit au nom des finalités de la Loi : équité, justice (donc respect de la propriété), accomplissement de soi par l’effort, droits des travailleurs ; idées tout à fait modernes. En filigrane, on peut également y lire une critique du droit inégalitaire instauré par le protectorat. C. V. conclut son chapitre en réaffirmant qu’Ibn ‘Āšur donne un sens différent, universel au terme ‘umma, encourageant le dialogue entre les cultures. Ceci corrobore les hypothèses de base du livre : la transformation de la société n’est possible qu’à travers l’exploitation de concepts religieux et de termes classiques ; les kulliyāt al-ḫamsa (cinq universaux) « sont un support de justification et d’introduction de cette modernité dans la Tunisie d’après-guerre, encore empreinte de valeurs traditionnelles » (p. 143).
- 4 Valli estime que la montée de la prostitution dans la Tunisie d’après-guerre explique pour une part (...)
8La famille, quant à elle, se trouve entre l’individu et la société, il était donc nécessaire d’étudier d’abord la pensée d’Ibn ‘Āšur sur le particulier (fard) et sur l’ensemble (‘umma) avant de s’attaquer aux « enjeux et objectifs d’une conception islamique de la famille » (p. 147). Le droit musulman accorde d’ailleurs une attention particulière à la famille étant donné qu’elle « implique à elle seule la préservation de l’ensemble de al-kulliyāt al-ḫamsa » (p. 150). Ibn ‘Āšur utilise à la fois zawāğ et nikāḥ – termes coraniques – pour désigner le mariage, le premier plutôt au sens spirituel, le deuxième impliquant un contrat établi. Pour Ibn ‘Āšur l’islam ne se distingue pas des autres sociétés pour ce qui concerne la consolidation de la famille, préoccupation de l’être humain civilisé, mais aussi institution d’inspiration divine. L’islam est d’ailleurs plus libéral que les autres religions, dans la mesure où il encourage les relations intimes entre homme et femme, évidemment exclusivement dans le cadre de la Loi. Ibn ‘Āšur privilégie la relation affective par rapport au désir sexuel : selon la vision des maqāṣid, le mariage est « construit sur la base de l’amour et de l’honneur, du respect et du soutien » (p. 154) ; c’est non seulement un devoir religieux, mais également le pilier sur lequel la famille repose et qui permet de préserver la religion, la vie, la descendance, l’intellect et la propriété, les fameuses al-kulliyāt al-ḫamsa. S’il n’exclut pas la polygamie, Ibn ‘Āšur insiste sur l’émancipation des femmes par rapport à la ğāhiliyya, sur le consentement mutuel, la nécessité d’un contrat, sur le caractère détestable du mariage temporaire4 et sur le droit des femmes (de disposer de leur dot, de divorcer sans avoir à se justifier), ce qui lui permet de réfuter les accusations de misogynie dont l’islam fait l’objet. Ainsi, une fois de plus, il introduit la modernité en exploitant des termes classiques. Finalement, il insiste sur un autre objectif, lié à la famille et incorporé dans la šarī’a : la pureté du lignage, qui ne peut être inscrit que dans le cadre du mariage (selon le hadith : le mariage est ma sunna), et qui va dans l’intérêt de la communauté (hadith : mariez-vous, je serais certes fier que vous soyez la communauté la plus nombreuse). Dans sa conclusion de la troisième partie, Valli insiste sur le fait que dans la conception des maqāṣid, l’individu, la communauté et la famille – microcosme de la société – interagissent dans le cadre de la Loi.
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9Dans sa conclusion finale, Valli insiste sur l’actualité des Maqāṣid d’Ibn ‘Āšur, qui « offre un point de vue inédit sur [les] questions ayant trait aux relations entre islam et modernité » (p. 191) ; elle rappelle les digressions implicites vers la Tunisie du XXe s. Les ‘usūl al-fiqh, permettent-ils réellement d’asseoir de nouvelles valeurs ? Pour C. V., c’est bien le cas, dans la mesure où la préservation des cinq universaux (kulliyāt al-ḫamsa) « permet de justifier et de défendre l’intégration de nouvelles idées » (p. 192). Son étude, stipule-t-elle « vise à fournir une analyse nouvelle sur les relations de similitude entre les valeurs portées par la loi islamique et celles défendues par nos sociétés nouvelles » (p. 193). Le contexte colonial est d’ailleurs indissociable des propos d’Ibn ‘Āšur. Valli nuance néanmoins l’une de ses hypothèses de départ : la forme traditionnelle du livre d’Ibn ‘Āšur qui permettrait une réception plus large de ses idées : même si le vocabulaire est novateur, séculier parfois, cela reste un traité de fiqh difficilement accessible au large public. Il n’en reste pas moins que ce livre contient, à travers l’exploitation des attributs du fiqh, un projet de modernisation. Ce sont bien les notions de maqāṣid al-šarī’a et les kulliyāt al-ḫamsa qui permettent d’intégrer de nouveaux principes. Les kulliyāt al-ḫamsa en particulier « semblent avoir été pensés de façon à faire perdurer la šarī’a au fil des époques, indépendamment du milieu dans lequel elle évolue » (p. 197). Les maqāṣid, quant à elles, permettent une revivication de la Loi. Le traité d’Ibn Āšur est une « alternative aux lectures aussi bien littéralistes que modernistes » (p. 199) et offre une vision nouvelle de la « si redoutée “charia5” » (idem). Ibn ‘Āšur considère d’ailleurs que « ses dispositions et ses injonctions sont constituées de principes universels, et ses significations comprennent des sagesses et des avantages » (cité par Valli, p. 199).
10Comme notre résumé substantiel l’indique, l’analyse que fait Valli de l’ouvrage d’Ibn ‘Āšur est extrêmement riche et nuancée. Elle nous dévoile la pensée d’un « réformateur par le retour aux origines », très différent de ce que l’on entend habituellement par ce retour (le salafisme), au contraire, pour Ibn ‘Āšur une lecture renouvelée du Coran et de la Tradition, assortie à un recours à l’iğtihād permet une ouverture à la modernité tout en préservant l’identité musulmane. Très régulièrement, Valli nous indique l’opposition d’Ibn ‘Āšur à la colonisation qui apparaît en filigrane de son traité, sans qu’il souhaite pour autant rejeter les avantages de la modernité et d’une éducation contemporaine.
- 6 En tout cas, si on suit la lecture qu’en fait Ibn ‘Āšur. La justification des châtiments corporels (...)
11On peut se poser la question de savoir s’il vaut mieux lire d’abord une œuvre et ensuite les analyses la concernant, ou vice-versa. Dans le cas des Maqāṣid d’Ibn ‘Āšur, nous pensons que la lecture de l’analyse très fine de Valli est indispensable pour saisir la modernité et l’implicite dans l’œuvre. Pour aider le lecteur non arabisant, l’A. a choisi de mettre un lexique des termes essentiels au début de son étude, tandis qu’elle traduit les termes occasionnels au fil de son texte. Si elle explique également les termes usuels (sunna, hadith), il n’en reste pas moins que ce livre ne s’adresse pas vraiment au « grand public », mais plutôt à celles et ceux qui s’intéressent au droit (musulman) et à la réforme. Valli contribue également à lever quelques préjugés concernant ce qu’elle appelle « la si redoutée “charia” » (p. 199), plus adaptable qu’on ne le croirait6.
12La bibliographie à la fin de l’ouvrage est riche mais ne référence malheureusement pas tous les ouvrages mentionnés en note de bas de page. Signalons également que les Maqāṣid d’Ibn ‘Āšur sont disponibles en français (Les buts de la loi islamique, trad. De H. Boutaleb, Al-Bouraq, 2017). Bref, nous ne pouvons que recommander la lecture de ce livre au public intéressé.
Notes
1 Néanmoins, et particulièrement dans le cadre du mariage, à la veille des Conventions de Genève (1949) qui prohibent toute atteinte à l’intégrité corporelle des personnes et à leur dignité, Ibn ‘Āšur accorde plus de place aux sanctions légales qui présentent des caractéristiques modernes qu’aux pratiques d’une époque révolue (voir C. Valli, p. 184-185).
2 N’oublions pas néanmoins qu’il considère l’islam comme une religion à vocation universelle.
3 L’institution de l’aumône légale prouve amplement l’implication de la sphère religieuse dans la sphère économique.
4 Valli estime que la montée de la prostitution dans la Tunisie d’après-guerre explique pour une partie l’insistance d’Ibn ‘Āšur sur le mariage légal, consenti, et non temporaire.
5 Il n’est pas indifférent que l’autrice utilise ici la graphie à la française, qui couvre bien des préjugés.
6 En tout cas, si on suit la lecture qu’en fait Ibn ‘Āšur. La justification des châtiments corporels par ce dernier passe néanmoins difficilement pour un « occidental ».
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Référence papier
Jan Goes, « Clara Valli, L’islam des temps modernes : retour aux origines. Étude des finalités de la loi d’Ibn Achour, Préface de Nejmeddine Khalfallah, Paris, L’Harmattan, « Dialogues interreligieux », 2024, 207 p., 22 € », Mélanges de science religieuse, tome 82, n° 1 | 2025, 213-218.
Référence électronique
Jan Goes, « Clara Valli, L’islam des temps modernes : retour aux origines. Étude des finalités de la loi d’Ibn Achour, Préface de Nejmeddine Khalfallah, Paris, L’Harmattan, « Dialogues interreligieux », 2024, 207 p., 22 € », Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 82, n° 1 | 2025, mis en ligne le 31 mars 2026, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/595 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kb1
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