Étudier la Septante et son vocabulaire. Considérations herméneutiques, philologiques et exégétiques
Résumés
Le but de cet article est de montrer l’intérêt des études de la Septante. Dans la première partie, il est nécessaire de présenter brièvement les approches traditionnelles de la Septante avant d’aborder les questionnements plus récents : dans quelle mesure présente-t-elle, en tant que corpus littéraire biblique en langue grecque, un intérêt pour les différentes disciplines philologiques, historiques et théologiques ? Afin de répondre à cette question, la deuxième partie se focalise sur le vocabulaire de la Bible grecque. À la lumière de quelques cas spécifiques, il sera montré qu’une étude des données lexicales permet non seulement de cerner les caractéristiques du vocabulaire de la Septante mais aussi de tirer des conclusions concernant le milieu d’origine dans lequel elle s’inscrit : sa façon de traduire et d’interpréter les textes bibliques rédigés en hébreu et en araméen, son enracinement dans une société hellénistique marquée par l’environnement égyptien, sa capacité de présenter l’héritage religieux du judaïsme palestinien sous un jour nouveau.
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- 1 Pour une vue d’ensemble de la diversité d’approches, voir les deux manuels suivants : Alison G. Sal (...)
- 2 Pour une brève présentation de ces traductions différentes, voir : Eberhard Bons, « Modern Translat (...)
1Ces dernières décennies, les études consacrées à la Septante, la Bible grecque, ont connu un essor remarquable1. En France, il y a environ quarante ans, Marguerite Harl (1919-2020), professeur émérite de Langue et Littérature grecques postclassiques à la Sorbonne, a lancé le projet la « Bible d’Alexandrie », traduction française annotée du texte grec de chaque livre de la Septante. À ce jour (fin 2023), plus de vingt volumes ont été publiés dont chacun est précédé d’une vaste introduction. Celle-ci porte de façon détaillée sur les caractéristiques littéraires et théologiques du livre biblique en question. Entre-temps, ce projet a fait des émules dans plusieurs aires linguistiques, les différentes publications se distinguant par la présentation des données textuelles, par leurs approches et par leur contexte institutionnel, confessionnel ou non-confessionnel : New English Translation of the Septuagint, Septuaginta Deutsch, La Biblia griega Septuaginta, La Bibbia dei Settanta, pour ne mentionner que quelques-uns2. Depuis environ 30 ans, ces différents projets ont donné lieu à de nombreuses études qui se focalisent sur des phénomènes ponctuels (p. ex. les variantes textuelles) ainsi que sur des phénomènes observables dans plusieurs livres de la Septante, dont les choix lexicaux, les terminologies, l’arrière-fond socio-culturel et les innovations théologiques au sens large. Ainsi, il n’est pas téméraire d’affirmer qu’en l’espace de trois ou quatre décennies, un domaine de recherche nouveau s’est développé. Celui-ci réunit des chercheurs d’un éventail de disciplines qui, dans nos universités, sont hébergées dans des facultés différentes : Lettres anciennes, Histoire ancienne, exégèse biblique, patrologie et Histoire des religions. Mais pourquoi étudier la Septante – qui n’est qu’une traduction des textes bibliques transmis en hébreu et en araméen – et non pas un texte encore plus ancien, un texte jugé plus proche des textes dits « originaux » ?
2Le but de cet article est de répondre à cette question, en se focalisant, dans une première partie, sur l’intérêt des études de la Septante en général. Dans ce contexte, il est important de connaître le rôle qu’a joué la Septante dans les approches bibliques traditionnelles avant d’aborder les questionnements plus récents : dans quelle mesure présente-t-elle, en tant que corpus littéraire biblique en langue grecque, un intérêt pour les différentes disciplines philologiques, historiques et théologiques déjà mentionnées ? Dans la deuxième partie de l’article, nous approfondissons ces problématiques. Plutôt que de choisir un texte précis de la Septante pour en faire ressortir le profil littéraire et théologique qui est souvent différent de celui du texte hébreu, nous nous concentrerons sur le vocabulaire de la Bible grecque. En choisissant des cas spécifiques de la terminologie de la Septante, nous cherchons à mettre en relief dans quelle mesure une étude des données lexicales est susceptible d’enrichir nos connaissances, notamment dans les domaines philologiques et théologiques mentionnées avant. En fait, une analyse des mots sous différents angles d’approche nous permet non seulement de cerner les caractéristiques du vocabulaire de la Septante mais aussi de tirer des conclusions concernant le milieu d’origine dans lequel elle s’inscrit : sa façon de traduire et d’interpréter les textes bibliques rédigés en hébreu et en araméen, son enracinement dans une société hellénistique marquée par l’environnement égyptien, sa capacité de présenter l’héritage religieux du judaïsme palestinien sous un jour nouveau.
Pourquoi étudier la Septante ?
Le poids de l’histoire : Jérôme, Réforme et Contre-Réforme
- 3 Ainsi Jérôme, Epistula 106.2 (éd. I. Hilberg [= CSEL 55, 249]) : « Sicut autem in novo testamento, (...)
- 4 Pour ce terme et son interprétation adéquate, voir p. ex. : Alfons Fürst, Hieronymus. Askese und Wi (...)
- 5 Il suffit de citer un cas intéressant, l’interprétation que fait Jérôme d’Amos 1,15 (voir : CCL 76, (...)
3Pendant des siècles, la Septante était peu connue dans le monde occidental, tant dans les milieux des savants que dans ceux des croyants chrétiens. Pour expliquer ce constat, il est nécessaire de rappeler brièvement deux étapes importantes dans l’étude de l’Ancien Testament. Un tournant très important s’opère avec Jérôme, traducteur et commentateur de la Bible, mort à Bethléem en 420 ap. J.-C. Confronté aux problèmes de la critique textuelle, le Stridonien attribue aux traducteurs alexandrins eux-mêmes une très grande partie des variantes que présente la Septante par rapport au texte hébreu3. Cela a pour conséquence que le texte hébreu devient pour Jérôme le texte décisif quand il s’agit de trancher entre les textes de l’Ancien Testament transmis en grec, latin et hébreu. Néanmoins, cette prise de position générale en faveur de la hebraica veritas4 n’empêche pas Jérôme de différencier très nettement entre l’usage des textes hébreu et grec de l’Ancien Testament. Concrètement, sa position consiste à opter, d’une part, pour le texte grec qui selon lui serait à utiliser dans la liturgie, notamment en raison de son ancienneté (vetustas) ; d’autre part, le texte hébreu serait la source textuelle pour les études bibliques proprement dites. Quoi qu’il en soit, un regard suffit pour constater que dans ses commentaires bibliques, Jérôme ne donne pas systématiquement la priorité au texte hébreu mais qu’il commente très souvent les deux sources bibliques côte à côte, parfois en interprétant l’une à la lumière de l’autre5.
- 6 Voir : Giannozzo Manetti, Apologeticus (éd. Alfonso De Petris) (Temi e Testi 29), Rome, Edizioni di (...)
- 7 Voir pour cette thématique : R. Gerald Hobbs, « Pluriformity of Early Reformation Scriptural Interp (...)
- 8 Cf. DS 1506 : « […] haec ipsa vetus et vulgata editio, quae longo tot saeculorum usu in ipsa Eccles (...)
4Dans le sillage de choix faits par Jérôme, environ un millénaire après sa mort, les érudits humanistes comme Giannozzo Manetti (1396-1459) et Érasme de Rotterdam (1466-1536) se sont prononcés eux aussi pour la primauté des sources, c’est-à-dire de la Bible hébraïque, sur les traductions anciennes quand ces dernières divergent des manuscrits hébreux6. Suivant ces options, les Églises issues de la Réforme ont prôné également l’importance de la hebraica veritas pour l’enseignement et la prédication (« teaching and preaching »)7, tandis que l’Église catholique romaine allait exactement dans la direction opposée. En fait, au Concile de Trente, en 1546, la Vulgate a été déclarée texte biblique normatif pour la lecture des Écritures, les sermons, la recherche et l’enseignement8.
- 9 Pour l’histoire des études de la Septante en Europe occidentale, voir p. ex. : Scott Mandelbrote, « (...)
- 10 Pour une étude détaillée de ce problème, voir : Dominique Barthélemy, Critique textuelle de l’Ancie (...)
- 11 Voir par exemple un manuel qui pendant longtemps était utilisé comme introduction standard à la cri (...)
5Ces deux décisions ont eu un impact décisif sur la pratique exégétique pendant environ cinq siècles. En effet, bien qu’imprimée et éditée depuis environ quatre siècles9, la Septante n’a joué qu’un rôle accessoire dans la recherche biblique occidentale. Certes, l’exégèse occidentale a toujours considéré la Septante comme l’une des sources textuelles les plus importantes de l’Ancien Testament. Cependant, on a privilégié soit le Texte massorétique, soit la Vulgate, en fonction du milieu confessionnel, et la Septante s’est donc vu attribuer une place marginale dans les études bibliques. Globalement parlant, mis à part les livres et les compléments deutérocanoniques non disponibles dans la Bible hébraïque (notamment les livres des Maccabées, la Sagesse de Salomon, le livre du Siracide, Judith et Tobit ainsi que les ajouts aux livres d’Esther et de Daniel), dans le domaine de l’exégèse de l’Ancien Testament traditionnelle le rôle de la Septante s’est essentiellement limité à la critique textuelle : lorsque le Texte massorétique paraissait difficile, énigmatique, erroné, voire intraduisible, on attendait de la Septante qu’elle fournisse des « pièces de rechange » censées améliorer le texte biblique. À titre d’exemple, citons le dernier verset du Psaume 23[22] où, d’après la Septante, le psalmiste espère « demeurer » (τὸ κατοικεῖν με, à quoi correspondrait en hébreu *šibtî) dans la maison de Dieu, alors que le Texte massorétique mentionne son « retour » (šabtî) à cet endroit, leçon jugée moins compréhensible. Cet écart entre les deux textes a amené, au moins dans le passé, à corriger le texte hébreu à l’aide du texte de la Septante, en proposant de lire une forme verbale comme šibtî10. Reste à constater qu’un tel procédé de correction d’un texte biblique à l’aide d’un autre a soulevé des objections, même dans le passé, car il risque de gommer les différences entre deux étapes et/ou traditions de l’histoire du texte biblique11.
- 12 Pour une brève introduction à cette problématique, voir p. ex. : Natalio Fernández Marcos, The Sept (...)
6En ce qui concerne l’exégèse du Nouveau Testament, le scénario était légèrement différent. Ne citons qu’une problématique qui a fait couler beaucoup d’encore ces dernières décennies. En fait, une connaissance plus approfondie de la Septante s’est avérée indispensable lorsqu’il s’agit d’expliquer en détail les citations ou les concepts que les auteurs du Nouveau Testament auraient tirés de la Bible grecque, par exemple à des fins christologiques ou ecclésiologiques. Dans ce contexte, plusieurs questions surgissent : dans quelle mesure le texte grec d’une citation diverge-t-il du texte hébreu ? Quelle interprétation implicite aurait conduit l’auteur néotestamentaire à se servir de cette citation ? Enfin, comment s’inscrit celle-ci dans le contexte nouveau12 ?
7Inutile de dire que cette dernière approche de la Septante ne se focalise que sur des détails, c’est-à-dire qu’elle ne fait qu’approfondir un ou plusieurs versets ou un certain motif, mais sans prendre en considération leurs contextes respectifs. Voilà le symptôme d’une tendance plus générale dans les recherches bibliques. En fait, pendant longtemps les exégètes n’avaient pas l’habitude de considérer la Septante comme un texte biblique autonome qui, bien que traduit à partir d’une source hébraïque ou araméenne, possède indéniablement ses propres caractéristiques littéraires et théologiques et qui, précisément pour cette raison, mérite une étude détaillée à part entière.
Le changement de perspective dans les études bibliques de ces dernières décennies
- 13 Voir : I. Himbaza, Manuel de la Bible hébraïque, op. cit., p. 22 : « Les témoins les plus anciens q (...)
8Ces dernières décennies, la situation a progressivement évolué. En dernière analyse, c’est la découverte des fragments bibliques de la Mer Morte à la fin des années 1940 qui a donné une impulsion considérable à une vision nouvelle de l’histoire du texte biblique. En fait, l’étude méticuleuse de ces textes hébreux et araméens ainsi que leur comparaison avec le Texte massorétique et la Septante ont fait apparaître sous un jour nouveau deux problématiques : la question des variantes textuelles ainsi que celle des formes textuelles divergentes. En effet, les fragments bibliques de la Mer Morte ne sont pas uniformes. Son étude détaillée invite au contraire à conclure que jusqu’à la destruction du second Temple en l’année 70 de notre ère, le texte hébreu et araméen de l’Ancien Testament n’était pas encore complètement uniformisé mais transmis sous formes textuelles parfois très différentes. Ainsi, il est probable que diverses éditions étaient en circulation, notamment des éditions longues et courtes (p. ex. dans le cas du livre de Jérémie et dans celui du Siracide) ou des manuscrits de livres qui divergent concernant l’articulation et le nombre précis de textes qu’ils comportent (p. ex. le livre des Psaumes dont les manuscrits contiennent des Psaumes supplémentaires). De ce fait, pour une longue période, les versions dites pré- et protomassorétiques ne sont qu’une tradition biblique parmi d’autres et non pas les seules. En d’autres termes, on observe que pendant longtemps la Bible hébraïque est un texte in fieri, un texte « en évolution », et non pas un texte définitif13. Il va sans dire que la prise en considération d’une telle diversité des traditions textuelles a eu pour conséquence d’accorder, entre autres, une plus grande attention à la Septante, notamment à sa place dans l’histoire du texte biblique. En fait, la question surgit de savoir dans quelle mesure elle recèle, en tant que première traduction d’une Vorlage hébreu et araméenne, les traces des étapes qui remontent à une étape antérieure aux traditions textuelles pré- et protomassorétiques.
- 14 Pour les différentes traductions du Psautier exécutées par Jérôme, voir p. ex. : Scott Goins, « Jer (...)
- 15 Pour une étude détaillée de la problématique, voir : Eberhard Bons, « Psalm 33,7 : nd oder n’d, “De (...)
9Citons un exemple afin d’illustrer ce problème. En ce qui concerne le Ps 33[32],7, la leçon transmise par le Texte massorétique, kones kannēd mê hayyām, « qui [= Dieu] rassemble les eaux de la mer comme dans une digue », fait allusion à Ex 15,8, où est raconté le passage de la Mer Rouge, les eaux se dressant « comme une digue » (kemô nēd). Notons que les deux textes emploient le même substantif hébreu, nēd, qu’on traduit par « digue » ou « mur ». Or la Septante lit, au v. 7 du Ps, συνάγων ὡς ἀσκὸν ὕδατα θαλάσσης, « qui [= Dieu] rassemble les eaux de la mer comme [dans] une outre ». Il est fort probable que cette variante textuelle rappelle la création de l’univers (cf. le texte grec de Gn 1,9), et non pas l’Exode. L’équivalent hébreu de ὡς ἀσκός serait kanno’d, forme hébraïque attestée en Ps 119,83, qui ne diverge que légèrement de kannēd quant au texte consonantique, car la lettre aleph dans le substantif no’d sert de mater lectionis. Sa présence n’est donc pas obligatoire. Comment alors interpréter cet écart entre le Texte massorétique et la Septante du stique ? Étant donné que Jérôme, traduisant le Psautier en latin vers la fin du IVe siècle14, rend le texte hébreu par congregans quasi in utre aquas maris, « qui rassemble les eaux de la mer comme dans une outre », deux conclusions sont possibles15 : 1o) Jérôme ne connaît pas de tradition juive qui l’amènerait à traduire le mot en question par « digue » ; 2o) la leçon massorétique, à savoir kannēd, est due à une interprétation visant à faire une allusion à l’Exode, contrairement au contexte immédiat du v. 8 qui traite de la création.
- 16 Pour davantage de détails, cf. : E. Bons, « Psalm 33,7 : nd oder n’d, “Deich” oder “Schlauch” ? », (...)
10On pourrait encore aller plus loin en citant d’autres passages bibliques qui emploient les deux termes en question et en comparant les différentes versions, y compris le Targum, la Peshitta et les versions latines. Toutefois, les données textuelles sont suffisantes pour conclure que, d’une part, nous avons affaire, dans le cas du Ps 33[32],7, à une certaine pluralité de formes textuelles qui ne peuvent pas être réduites à un dénominateur commun. D’autre part, les variantes textuelles témoignent des débats entre les savants d’autrefois qui tournent autour de l’interprétation du verset à privilégier : faut-il transmettre une leçon qui évoque l’Exode ou, au contraire, une leçon qui évoque la création de l’univers ? Reste à constater que les traducteurs à qui nous devons le texte grec du Ps 33[32] ont apparemment opté pour ce dernier choix, en utilisant dans le contexte immédiat, notamment aux v. 6 et 9, un vocabulaire qui se réfère à la création, à savoir les verbes στερεόω et κτίζω16.
La Septante comme la source scripturaire de la littérature juive hellénistique, du Nouveau Testament et de la littérature chrétienne
- 17 Pour une synthèse de la recherche, voir : José Manuel Cañas Reíllo, « The Latin Bible and the Septu (...)
- 18 Pour cet exemple voir : Eberhard Bons, « Factor, creator, conditor – Observations on the Impact of (...)
11Comme les réflexions du paragraphe précédent l’ont montré, la Septante connaît des variantes textuelles qui laissent transparaître une interprétation du texte biblique qui, quant à elle, s’éloigne considérablement de celle qui est sous-jacente au Texte massorétique. C’est pour cette raison que la Septante est susceptible d’apporter un éclairage important sur les évolutions théologiques qui ont marqué grosso modo les deux derniers siècles avant notre ère. Si une connaissance plus détaillée de la Septante s’avère nécessaire non seulement pour cette raison, il convient également d’en mentionner encore une autre. En fait, force est de constater que le futur Texte massorétique de la Bible hébraïque n’est pas le seul texte source de beaucoup d’auteurs anciens qui ont utilisé les textes scripturaires, tant pour leurs paraphrases et commentaires que pour les innombrables citations et allusions. À commencer par les écrits juifs de l’époque dite « intertestamentaire » et par les auteurs comme Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe jusqu’au Nouveau Testament, les Pères grecs et la littérature chrétienne ancienne en général, le seul texte biblique de référence est plutôt la Septante, d’où l’importance capitale de celle-ci pour les études du judaïsme ancien, le christianisme primitif et la théologie chrétienne dans son ensemble. Rappelons encore que la Septante comprend des textes qui n’ont pas d’équivalent dans la Bible hébraïque, comme les livres de Judith et de Tobit, les livres des Maccabées, la Sagesse de Salomon et le livre du Siracide. À cela s’ajoutent des passages des livres de Daniel et d’Esther qui ne figurent que dans la Septante. Enfin, la Septante introduit aussi un nombre impressionnant de variantes, de traductions remarquables, d’innovations aux niveaux littéraire et théologique et de termes dotés d’un sens nouveau pour ne mentionner que les phénomènes les plus frappants. N’oublions pas que l’influence de la Septante se manifeste, ne serait-ce que de manière indirecte, dans les traductions latines de la Bible, d’abord dans la Vieille Latine17 et plus tard dans la Vulgate, p. ex. quand Jérôme rend par conditor, littéralement « fondateur », le terme spécifique qu’utilise la Septante pour parler de Dieu en tant que créateur, κτίσας (voir Qo 12,1)18.
L’importance de la Septante pour les études philologiques, littéraires et historiques
- 19 Pour cette thématique, voir l’article récent suivant : Antonella Bellantuono et Laura Bigoni, « Why (...)
12Enfin, il convient de rappeler que la Septante revêt une importance particulière, non seulement pour la recherche biblique proprement dite mais aussi pour les Sciences humaines au sens large, notamment pour les langues anciennes (grec19, latin, hébreu, araméen), la traductologie et l’histoire des religions. En effet, grâce à son ampleur, la Septante est une source précieuse pour la littérature de la Κοινή, se prêtant à de multiples investigations philologiques. Sans prétendre à l’exhaustivité, notons les domaines de recherche suivants :
- Un domaine qui concerne les mots tout court : la morphologie des mots, le lexique en général, les terminologies techniques, les termes grecs attestés prioritairement ou uniquement dans les documents de provenance égyptienne, p. ex. dans les papyrus, enfin les calques de l’hébreu, de l’araméen et de l’égyptien.
- Un domaine qui concerne la grammaire au sens large20 : la syntaxe (p. ex. l’usage des pronoms, des prépositions et des conjonctions), l’ordre des mots, la fonction des modes, la diathèse,
- Un domaine qui concerne la technique de traduction et la traductologie : la façon dont les traducteurs rendent leur source hébraïque ou araméenne, c’est-à-dire de deux langues sémitiques caractérisées par une syntaxe ainsi que par un vocabulaire difficiles à rendre littéralement dans une langue indo-européenne,
- Un domaine qui concerne la répercussion de la Septante sur d’autres langues : l’influence de la terminologie de la Septante sur le latin et les langues européennes, notamment à travers la création de termes, d’expressions et de noms propres entrés plus tard dans ces langues.
13Concernant l’histoire des religions, la Septante revêt une importance particulière dans la mesure où elle est un document important du contact entre, d’une part, la religion du judaïsme de l’époque postexilique et, de l’autre, les religions égyptiennes et hellénistiques contemporaines. Les recherches dans ce domaine sont encore dans un stade embryonnaire mais méritent toutefois des études détaillées, car elles pourraient préciser dans quelle mesure la Septante se situe au carrefour entre plusieurs milieux religieux. Signalons les deux domaines suivants :
- Le langage théologique, notamment l’usage ou la suppression des anthropomorphismes et des anthropopathismes21, les titres divins d’origine sémitique et traduits en grec et ceux qui sont empruntés au milieu grec, enfin les qualités attribuées à Dieu et leur arrière-fond biblique ou hellénistique22,
- Les traces que les cultes égyptiens auraient laissées dans les textes de la Septante, p. ex. la mention d’Apis en JrLXX 26,1523.
L’intérêt des études du vocabulaire de la Septante
- 24 Voir p. ex. : Gustav Adolf Deissmann, Bible Studies. Contributions chiefly from Papyri and Inscript (...)
- 25 Pour la méthodologie et les outils de travail, voir p. ex. : Anna Passoni Dell’Acqua, « Le vocabula (...)
- 26 Voir la monographie de James K. Aitken, No Stone Unturned. Greek Inscriptions and Septuagint Vocabu (...)
- 27 « The material that is closest in time to the Septuagint is the most valuable, and there is by good (...)
14Depuis longtemps, les chercheurs ont remarqué les caractéristiques du vocabulaire de la Septante. Après la découverte et la publication de milliers de papyrus de provenance égyptienne au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, il était possible de situer les choix lexicaux spécifiques de la Septante dans un contexte plus large, à savoir celui du grec vernaculaire utilisé dans l’Égypte de l’époque hellénistique et romaine. À ce propos, les publications de Gustav Adolf Deissmann (1866-1937) marquent un tournant dans l’histoire de la recherche dans la mesure où ce chercheur a réussi à faire apparaître les nombreuses similitudes et ressemblances entre le vocabulaire des papyrus et celui de la Septante24. Entre-temps, beaucoup d’études portant sur les papyrus déchiffrés et publiés au fil du XXe siècle viennent compléter les observations de Deissmann25. À la documentation papyrologique s’ajoutent les données épigraphiques dont l’importance pour éclairer le vocabulaire de la Septante ne fait aucun doute26. Ainsi, on dispose aujourd’hui d’une pléthore de textes – papyrus et inscriptions – de l’époque hellénistique et romaine qui présentent, quant au vocabulaire, des similitudes avec la Septante. Inutile de dire que ces comparaisons sont d’autant plus pertinentes si les documents en question datent plus ou moins de la même époque27 ou si l’on peut observer encore d’autres caractéristiques communes relatives au type de texte (contrat, décret, etc.).
15Aussi méritoires que soient les rapprochements entre, d’une part, la Septante et, de l’autre, les papyrus et les inscriptions, de telles investigations visant à mieux éclairer le vocabulaire de la Septante gagnent en profondeur lorsqu’elles sont enrichies par une approche plus transversale. Celle-ci devrait inclure non seulement la documentation papyrologique et épigraphique mais aussi la littérature grecque et hellénistique, les écrits et les auteurs de l’époque dite « intertestamentaire », le Nouveau Testament et la littérature chrétienne ancienne. Dans les paragraphes suivants, nous citons plusieurs scénarios, en les illustrant à chaque fois à l’aide d’un ou plusieurs exemples.
Les termes grecs qui subissent un infléchissement de la signification dans la Septante
- 28 Un examen préliminaire, mais néanmoins précieux, du matériel se trouve chez Gilles Dorival, « “Dire (...)
- 29 Voir : ibid., p. 532-534.
16Depuis longtemps, les chercheurs ont observé que, pour rendre des termes spécifiques de la langue hébraïque, les traducteurs se sont servis d’un vocabulaire grec existant, tout en en infléchissant la signification. Ceci concerne en premier lieu plusieurs types de vocabulaire, par exemple celui de l’organisation politique et militaire ainsi que celui de la religion. En fait, il s’agissait d’exprimer en grec « les choses juives28 », en employant des termes grecs dont la signification ne se recoupe pas forcément avec le terme hébreu correspondant. À titre d’exemple, les traducteurs utilisent les termes δῆμος, « peuple, dème », et φυλή, « tribu », qui se réfèrent à l’organisation politique des villes grecques, pour désigner les différentes unités familiales et tribales dont serait composé le peuple d’Israël. Toutefois, celui-ci n’est pas sédentaire mais encore nomade (p. ex. Nb 1,20-21)29.
- 30 Pour d’autres exemples, voir : Stefanie Peintner, Gott im Bild – Eidôlon. Studien zur Herkunft und (...)
17Il serait intéressant de citer encore d’autres exemples qui révèlent un certain glissement de sens lorsqu’on compare leur usage dans la Septante et dans la littérature grecque non-biblique. Toutefois, les scénarios sont parfois encore plus complexes, ce que nous aimerions montrer à l’aide d’un exemple moins connu30. Nous nous contenterons d’esquisser les problèmes, sans entrer dans tous les détails.
- 31 Pour ce paragraphe, voir : Michel Casevitz, Le vocabulaire de la colonisation en grec ancien. Étude (...)
- 32 Pour cet avis, voir : James C. Hanges, « The Greek Foundation Legend: Its Form and Relation to Hist (...)
18En grec non-biblique, le substantif ἀποικία désigne une colonie31, non pas au sens du XIXe et du XXe siècle mais au sens ancien : une partie de la population d’une ville décide d’émigrer, en s’installant à un endroit plus ou moins lointain qui s’avère propice à une telle entreprise. En fait, un tel endroit a été choisi avec beaucoup de soin, plusieurs critères jouant un rôle décisif, comme la fertilité du sol, la présence de ressources naturelles, l’absence de maladies et de bêtes sauvages ainsi que l’approvisionnement en eau (voir p. ex. Hérodote, Histoires, V.23). Certes, même si certaines circonstances malheureuses dans la ville d’origine ont pu amener quelques-uns à partir bon gré mal gré, à cause de la famine ou de la surpopulation par exemple, la fondation d’une ἀποικία repose en tout état de cause sur une initiative volontaire. Or tel n’est pas le cas pour l’usage du terme ἀποικία dans la Septante où le terme désigne une déportation ou bien l’ensemble des déportés, avant tout l’exil babylonien ainsi que l’ensemble des Israélites exilés (p. ex. Jr 35,4 [28,4TM] ; Bar 3,7-8). La question se pose alors de savoir quelle idée les traducteurs auraient eu de l’exil babylonien. Est-ce pour eux un départ plus ou moins volontaire et paisible de leurs ancêtres, sans aucune trace de coercition et de violence de la part des vainqueurs babyloniens ? En d’autres termes, a-t-on affaire à une autre historiographie implicite qui ne met pas en exergue la dimension tragique de l’exil (voir pour cette idée le Ps 137) ? Mais il y a plus : quand Philon d’Alexandrie emploie le terme ἀποικία, ce n’est jamais pour désigner l’exil babylonien mais l’Exode des Israélites hors du pays d’Égypte, sous le guide de Moise (p. ex. Vit. Mos. I.71, 163). Ainsi, l’Exode ne serait pas du tout l’histoire d’une libération hors de l’esclavage en Égypte (Ex 3,7-8) mais l’histoire de la fondation d’une colonie. Bien évidemment, on pourrait qualifier d’interpretatio graeca une telle vision de l’Exode32. Toutefois, d’un point de vue égyptien qui est celui de Philon, l’Exode n’aurait-il pas quelque chose en commun avec les histoires de la fondation des colonies, dont le motif de la multiplication du peuple d’Israël en Égypte (voir Ex 1,7 ; 5,5) ? Qu’une telle situation puisse conduire à la fondation d’une colonie est un problème dont Philon est conscient (Vit. Mos. II.232). Enfin, étant donné qu’à l’époque de Philon la population juive en Égypte, notamment dans la ville d’Alexandrie, fut nombreuse, peut-être plus nombreuse que celle de la Terre promise, la perspective change considérablement : l’Exode ne serait que la fondation d’une colonie dont les descendants peuplent encore le pays ruisselant de lait et de miel. Un autre auteur d’origine alexandrine, Origène, qui vit environ deux siècles après Philon, connaîtra encore cet usage spécifique du substantif ἀποικία (Cels. VIII.46).
Les néologismes de la Septante
19Il est difficile de définir le terme « néologisme » : s’agit-il des mots qui sont attestés pour la première fois dans la Septante, p. ex. διασπορά, sans que l’on puisse exclure qu’ils soient en usage à l’époque hellénistique ou déjà plus tôt ? Et qu’en est-il des mots qui ne changent que par quelques éléments mineurs, par exemple un préfixe alors que le mot sans préfixe est déjà attesté ? Sans approfondir ici de tels problèmes de définition, citons ici un verbe qui n’apparaît pas avant les écrits de la Septante.
- 33 Pour la façon dont Origène et d’autres auteurs chrétiens des premiers siècles se situent par rappor (...)
20Le Psautier est notoire pour ses nombreux parallélismes. Afin d’exprimer une idée, les auteurs ont souvent formulé deux stiques qui semblent dire exactement la même chose. Ainsi, pour inviter Dieu à réagir aux prières du Psalmiste, celui-ci l’implore d’« écouter ». Dans le Psautier hébreu, deux verbes sont mis en parallèle : šāmā‘ et hæ’æzîn (p. ex. Ps 17,1). Alors que le premier est le verbe standard pour dire « entendre, écouter », le second, dérivé du substantif ’ōzæn, « oreille », est traduit par « prêter l’oreille ». Pour traduire le premier, la Septante emploie un verbe standard, par exemple εἰσακούω, tandis que le second est rendu par ἐνωτίζομαι. Tout comme le verbe hébreu, le verbe grec est dérivé du substantif grec qui désigne l’oreille, τὸ οὖς, génitif ὠτός. Or du point de vue de la formation des mots en grec ancien, ce verbe n’a rien d’étrange en tant que composé à partir du préverbe ἐν et d’un substantif qui désigne une partie du corps. Un autre exemple est ἐναγκαλίζομαι, « prendre dans ses bras », de ἐν + ἀγκάλη, « bras » ; voir par exemple Pr 6,10 ; Mc 9,36. Cependant, contrairement à ce dernier verbe, ἐνωτίζομαι n’est attesté nulle part ailleurs, excepté dans la Septante, une citation en Ac 2,14 et quelques occurrences dans les Testaments des Douze patriarches où le verbe apparaît, tout comme dans les Psaumes, en parallèle avec ἀκούω (Testament de Ruben I.5 ; Testament d’Issakar I.1 ; Testament de Joseph I.2). Enfin, le verbe est absent des œuvres de Philon d’Alexandrie et de Flavius Josèphe. Comment alors expliquer ces phénomènes ? S’agit-il d’un hébraïsme lexical de la Septante qui, devenu à son tour un « septantisme », n’a pas trouvé grâce devant les auteurs juifs et chrétiens plus récents, à quelques exceptions près ? Il est difficile de donner une réponse. Néanmoins, il est intéressant de constater ce qu’en pense un auteur très sensible au vocabulaire et au style grec, Origène. Dans son ouvrage De oratione, XXVII.7, il s’exprime en ces termes : τίς γάρ ποτε Ἑλλήνων ἐχρήσατο τῇ “ἐνωτίζου” […] ἀντὶ τοῦ “εἰς τὰ ὦτα δέξαι”, « en fait, qui, parmi les Grecs, a jamais utilisé le mot ἐνωτίζου […] au lieu de “accepter par les oreilles33” ? »
Les termes de la Septante qui s’expliquent mieux à la lumière des papyrus
21Comme nous l’avons déjà remarqué, les papyrus rédigés en langue grecque, avant tout les papyrus documentaires, représentent une source inestimable pour les recherches du vocabulaire de la Septante. Ne citons que trois exemples qui présentent un certain intérêt :
- Dans le Psautier hébreu, le Dieu d’Israël est souvent décrit au moyen des termes du champ sémantique du rocher, de la forteresse ou du refuge. Dans la Septante, ce vocabulaire cède la place à un autre, dont le terme ἀντιλήμπτωρ, « protecteur ». Absent du grec classique et hellénistique, ce substantif est attesté dans les papyrus, notamment dans les pétitions adressées à un haut fonctionnaire politique ou militaire, qualifié précisément de ἀντιλήμπτωρ34. Inutile de dire qu’en tant qu’épithète divine, ce terme, qui est encore absent du Nouveau Testament, ne disparaît pas dans les documents plus récents mais sera utilisé dans une série d’inscriptions qui sont évidemment d’origine chrétienne35.
- Dans le contexte de la mort et de la sépulture du patriarche Jacob, la Septante utilise, dans le même verset (Gn 50,2), le verbe rare ἐνταφιάζω ainsi que le nomen agentis ἐνταφιαστής. Les deux mots, qui sont assez fréquents dans les papyrus36, se réfèrent à la coutume égyptienne consistant à embaumer ou à momifier le défunt avant de l’enterrer. L’embaumement de Jacob étant situé dans un contexte égyptien, Deissmann explique le choix du terme ἐνταφιαστής par le souci des traducteurs du livre de la Genèse d’introduire un substantif jugé adéquat qui corresponde mieux aux pratiques funéraires égyptiennes37. Le texte hébreu, pourtant, lit un substantif plus générique, rōpæh, « guérisseur, médecin ». Une fois choisi le substantif ἐνταφιαστής, l’emploi du verbe ἐνταφιάζω s’impose dans le même verset : Joseph, prenant la responsabilité des pratiques funéraires, n’ordonne rien d’autre aux embaumeurs que d’embaumer son père. C’est ainsi que l’embaumement de Jacob précède son enterrement qui aura lieu au pays de Canaan (Gn 50,13).
- Le texte d’Ex 2,3 relate un détail de la petite enfance de Moïse : trois mois après sa naissance, celui-ci a été caché par sa mère dans une caisse en papyrus déposée sur les rives du Nil. Pour désigner l’objet destiné à protéger Moïse contre les dangers naturels, y compris les moustiques et les oiseaux, la Septante choisit le mot θῖβις (ou θίβις) qui n’apparaît que deux fois dans ce récit (encore au v. 5), mais nulle part ailleurs dans la Septante. Il s’agit évidemment d’un calque d’un mot d’origine égyptienne qui, pourtant, n’est pas du tout étranger aux papyrus de l’époque hellénistique38. Comme une étude plus détaillée des données papyrologiques l’a montré, une θῖβις sert à contenir plusieurs catégories d’objets, dont des pièces de monnaie, des documents et des vêtements. Cela invite à conclure que la θῖβις était équipée d’une sorte de couvercle – contrairement aux nombreuses représentations iconographiques de la scène qui montrent le bébé étendu dans un panier complètement ouvert et plutôt plat, par exemple celle de Nicolas Poussin de 1654 qui est conservée dans le Ashmolean Museum d’Oxford. Encore une fois, en raison de la rareté du terme la question surgit de savoir si un mot comme θῖβις était en usage en dehors d’un contexte égyptien. Or rien ne permet de trancher. Toutefois, force est de constater qu’un auteur plus récent, Flavius Josèphe, privilégie une autre terminologie : πλέγμα βίβλινον ἐμφερὲς τῇ κατασκευῇ κοιτίδι, « une tresse de papyrus, semblable à la forme d’une corbeille » (Ant. II.220).
Les mots courants dans le grec non biblique mais rarement ou nulle part attestés dans la Septante
22Celui qui lit les livres de la Septante, en particulier les livres traduits à partir de l’hébreu ou de l’araméen, s’étonne, sinon de l’absence du moins de l’usage extrêmement rare de plusieurs mots clé de la langue grecque. Comment expliquer ce fait ? N’y a-t-il pas de terme hébreu ou araméen dont la signification correspond essentiellement à un des termes grecs dont on constate l’absence ? Les traducteurs ont-ils évité plusieurs termes grecs et, dans cette hypothèse, pourquoi ? Il est impossible de donner une réponse générale à cette question. Toutefois, il est important de signaler ces cas frappants. Dans le cadre du présent article, ne citons que quelques exemples :
- Concernant la terminologie des vertus, il est intéressant de constater que le substantif ἀρετή, « vertu », n’a que quelques attestations éparses dans les livres traduits de la Septante, en particulier dans le Deutéro-Isaïe où il est utilisé non pas en référence aux vertus humaines mais aux actes merveilleux de Dieu (voir Is 42,8.12 ; 43,21 ; 63,7). Quant aux vertus cardinales de la philosophie grecque, le mot ἀνδρεία, « courage », n’est attesté que cinq fois dans les Psaumes, les Proverbes et le Livre de l’Ecclésiaste, et le mot σωφροσύνη, « maîtrise de soi, tempérance » n’est pas du tout attesté dans les livres traduits à partir d’une source hébraïque ou araméenne. Pourtant, il ne fait aucun doute que les textes de la Septante présentent plus d’une fois des personnages de l’histoire de l’Ancien Testament comme courageux, par exemple David en 1 R [1 Sam] 17) où il l’emporte sur Goliath. Alors que le terme ἀνδρεία est absent de ce récit, notamment des v. 33-39, Flavius Josèphe, en revanche, l’utilise par rapport à David, ainsi en Ant. VI.167 : τῆς ἀνδρείας ἀκούσας τοῦ νεανίσκου, « [Saül] ayant entendu parler de la vaillance du jeune homme. » Enfin, au lieu de σωφροσύνη, la Septante a une préférence pour ἔννοια, « discernement » (p. ex. Pr 5,2).
- En ce qui concerne le vocabulaire du monde politique et social, le substantif πολίτης, « citoyen », est relativement rare (p. ex. Gn 23,11 ; Jr 36,23 [TM 29,23]). À la place de ce terme on trouve des mots moins spécifiques tels que λαός, « peuple » (p. ex. 2 Chr 33,25 ; Is 60,21) ou ἄνδρες, « hommes » (p. ex. Jg 9,6). La situation n’est pas très différente quant au vocabulaire de l’administration. Ainsi, le terme technique διοικέω, « administrer, gouverner », n’apparaît qu’une seule fois dans un livre traduit, à savoir en DanLXX 3,1, les traducteurs optant pour des mots comme ἄρχω, « commander, régir » (Gn 24,2), ou διακρίνω, « décider » (Za 3,7). Enfin, un mot fréquent qui désigne la révolte, voire la guerre civile, στάσις, est attesté une seule fois avec cette acception en Pr 17,14.
- Dans la Septante, il existe plusieurs verbes qui servent à exprimer les rapports des humains envers le Dieu d’Israël ou d’autres divinités, dont les plus fréquents sont probablement les deux verbes φοβέομαι, « craindre » (p. ex. Dt 4,9 ; Jr 5,22), et λατρεύω, « servir, rendre un culte » (p. ex. Ex 3,12 ; Dt 5,9). Le verbe θεραπεύω au sens de « servir un dieu », en revanche, est rare (voir 1 Esd 1,4 ; Si 35,16 ; Jdt 11,17). La situation est encore différente pour le verbe σέβομαι, « vénérer, honorer », dont l’usage est restreint à quelques cas spécifiques, dont le culte d’autres dieux (ainsi en Js 24,33), l’idolâtrie (Sa 15,5) et la situation de dialogue avec des non-Israélites (Jon 1,9)39. Un autre constat va dans le même sens. Alors que le substantif ἀσέβεια est très fréquent quand il s’agit de montrer du doigt des crimes ou des actes d’impiété (p. ex. Dt 9,4 ; Am 1,3), le substantif εὐσέβεια, au sens positif, « piété », est très rare dans les livres qui sont traduits à partir de l’hébreu ou de l’araméen. Comment expliquer alors cette absence quasi-totale ? Regardons de près les deux occurrences du mot en Is 11,2 ; 33,6, donc dans un livre connu pour sa traduction assez libre. Dans le texte hébreu, on trouve à chaque fois l’expression yire'at YHWH, « la crainte de YHWH ». Plutôt que de rendre cette expression littéralement par ὁ φόβος κυρίου (p. ex. Ps 18,10 ; 33,12LXX), le traducteur opte pour εὐσέβεια, peut-être dans le but d’éviter un certain hébraïsme. Voilà une explication qui prend en considération le style du livre traduit40.
Observations conclusives
23Il serait facile de citer de nombreux autres exemples du vocabulaire de la Septante, notamment des termes qui font partie du vocabulaire historique, juridique et religieux au sens large. Voilà pourquoi il semble nécessaire de compléter les recherches sur la Septante par des études détaillées sur son vocabulaire spécifique. En particulier, différents scénarios se présentent :
- Un mot grec très courant ne s’est pas retrouvé dans la Septante ou est rare, même dans les textes de la Septante rédigés en grec depuis le début comme la Sagesse de Salomon. Les auteurs juifs ou chrétiens ultérieurs continuent cependant à utiliser ce mot (p. ex. ἀρετή).
- La Septante introduit des significations « nouvelles », alors que les « anciennes » ne disparaissent pas complétement, par exemple κτίζω au sens de « créer » alors que le verbe signifie, en grec non-biblique, « fonder » (une ville, un bâtiment, etc.). Ces significations anciennes réapparaissent néanmoins dans les textes juifs et chrétiens ultérieurs. Il est donc intéressant de savoir si des auteurs postérieurs comme Philon d’Alexandrie ou Flavius Josèphe remplacent le vocabulaire typique de la Septante ou s’ils paraphrasent les expressions respectives.
- La Septante introduit une terminologie nouvelle qui n’a pas d’impact sur la littérature juive et chrétienne subséquente (p. ex. ἐνωτίζομαι, « écouter »). Dans ces cas, il est nécessaire de vérifier si les auteurs juifs et chrétiens ultérieurs commentent les mots en question ou s’ils donnent des explications supplémentaires. Dans d’autre cas (p. ex. διασπορά, « dispersion »), surgit la question de savoir comment les mots en question sont employés dans les littératures juives et chrétiennes plus récentes.
- La Septante emploie des mots attestés dans les papyrus. Il s’agit là des termes qui, reflétant un milieu égyptien (p. ex. θῖβις), sont remplacés par d’autres termes dans la littérature judéo-hellénistique et chrétienne. D’autres, en revanche, se retrouvent dans des contextes bibliques très différents par rapport aux papyrus, par exemple le titre divin ἀντιλήμπτωρ. D’autres termes subissent également un infléchissement de sens. Ainsi, l’adjectif ἄτοπος, « extraordinaire, insolite », mais aussi « extravagant », est utilisé, normalement au neutre, au sens de « action mauvaise », « délit ».
24En conclusion, afin de mieux connaître la Septante et son influence sur la littérature juive et chrétienne, voire sur le langage théologique en général, il est nécessaire de compléter les recherches sur la Septante par des études détaillées sur son vocabulaire spécifique : son enracinement dans le monde grec classique et hellénistique, y compris les données papyrologiques et épigraphiques, son exploitation par les savants juifs bilingues qui traduisent en grec les textes bibliques, enfin son impact sur la littérature juive en langue grecque, le Nouveau Testament et les écrits du christianisme primitif.
Annexe
Le projet du lexique HTLS a pour objectif d’étudier en profondeur environ 600 mots ou groupe de mots significatifs de la Septante. Une grande partie de ces mots n’a jamais fait l’objet d’études détaillées, y compris dans les études classiques. Voilà pourquoi le lexique HTLS poursuit le but de combler une lacune importante dans les études sur la Bible et l’Antiquité en général.
Le volume 1 du HTLS comporte environ 170 mots et est consacré aux lettres commençant par alpha à gamma. Il a été publié en langue anglaise en 2020 dans les éditions Mohr Siebeck, Tübingen, Allemagne. Le volume II (lettre delta à iota) est en préparation et devrait paraître en 2025. Deux autres volumes (lettres kappa à omicron et pi à omega) compléteront l’ouvrage. Les articles du HTLS sont en principe structurés en trois parties. Pour chaque mot ou groupe de mots, le lexique présente, dans la mesure du possible, les éléments suivants :
- L’arrière-fond d’un mot donné en grec classique et hellénistique, y compris les papyrus et les inscriptions : étymologie, sens, usage, connotations et développements sémantiques ;
- La distribution et la signification d’un mot dans les livres de la Septante : la façon dont le mot grec correspond aux équivalents hébreux et araméens et son usage dans les contextes respectifs des livres bibliques ;
- Les développements ultérieurs dans les auteurs juifs hellénistiques, la littérature judéo-hellénistique (textes dits « intertestamentaires », Philon d’Alexandrie, Flavius Josèphe), le Nouveau Testament et la littérature chrétienne primitive, notamment les Pères apostoliques, Justin, Clément d’Alexandrie, sauf dans certains cas où un mot n’est pas attesté dans la littérature existante du deuxième siècle ou lorsqu’il s’avère nécessaire de citer des auteurs plus tardifs comme Origène afin d’esquisser l’usage du mot par les auteurs chrétiens plus récents.
Le choix même des lemmes à traiter dans le lexique HTLS fait l’objet d’une méthodologie rigoureuse. Les termes qui sont choisis possèdent une ou plusieurs de ces caractéristiques : 1o) Les mots qui possèdent un sens différent dans la Septante par rapport au grec classique due à l’original sémitique (p. ex. εἰρήνη, « paix », en tant que traduction de šālôm), 2o) Les mots qui font partie du vocabulaire religieux et cultuel attestés dans la littérature juive et chrétienne (p. ex. ἁγιάζω, « consacrer, purifier », ἐγκαίνια, « dédicace » [du Temple]), 3o) Les mots qui s’expliquent mieux à l’arrière-fond de la documentation papyrologique égyptienne (p. ex. ἀντιλήμπτωρ, « protecteur », ἐνταφιαστής, « embaumeur », 4o) Les mots qui désignent un événement spécifique de l’histoire du peuple juif, qu’il soit historique au sens stricte ou plutôt légendaire (p. ex. ἀποικία au sens de « exil babylonien », ἔξοδος au sens de « Exode »), 5o) Les mots qui font partie du vocabulaire anthropologique et éthique sans avoir un équivalent en hébreu (p. ex. δίαιτα au sens de « genre de vie » et de « résidence », θνητός, « mortel »), 6o) Les mots attestés pour la première fois dans la Septante (p. ex. ἀλλογενής, « d’une autre race, étranger »), 7o) Les mots qui sont très fréquents dans le grec extrabiblique mais rares dans la Septante (p. ex. ἀρετή).
Il est tout à fait possible qu’un terme ne soit pas attesté dans tous les corpus littéraires que le lexique HTLS prend en considération et qu’il soit doté de sens différents, et cela en fonction du contexte, du genre littéraire, de l’auteur, du milieu d’origine et de l’époque de la rédaction. Par conséquent, la méthodologie de l’HTLS ne doit pas être biaisée par l’idée d’une évolution quelque peu linéaire de la langue. Au contraire, l’approche est descriptive dans la mesure où les similitudes et les différences dans l’utilisation d’un mot donné doivent être prises en considération. Cela ne signifie pas que l’histoire d’un mot ou d’un groupe de mots donné soit présentée à chaque fois de manière strictement chronologique. Il se peut que des mots ne soient pas attestés en grec classique ou hellénistique, mais uniquement chez des auteurs plus récents comme Plutarque et Dion Cassius. C’est pourquoi ces auteurs sont pris en considération bien que la plupart des textes de la Septante soient d’origine plus ancienne. Dans d’autres cas, seuls les papyrus de l’époque romaine sont susceptibles d’éclairer l’usage d’un mot dans la Septante.
En ce qui concerne les différentes sections de chaque article, quelques explications sont encore utiles :
- Dans la section « Greek Literature », l’accent est mis sur les textes classiques et hellénistiques à condition qu’un mot soit attesté. Si oui, le but est de donner une orientation sur les sens les plus importants d’un mot ou d’un groupe de mots, sans prétendre à l’exhaustivité. Il en va de même pour la section portant sur les papyrus et les inscriptions. Si nécessaire, une sélection est faite et des exemples représentatifs sont présentés.
- Dans la section centrale, consacrée à la Septante, l’accent est mis sur des questions telles que la distribution d’un mot ou d’un groupe de mots dans les différents livres ou genres littéraires de la Septante, ses équivalents hébreux (à savoir dans le Texte massorétique et dans les manuscrits hébreux de Ben Sira), son usage spécifique et, si nécessaire, son évolution sémantique.
- Quant aux occurrences d’un mot dans les écrits de Philon d’Alexandrie et de Flavius Josèphe, il est intéressant de constater que, dans certains cas, ces deux auteurs ne suivent pas les traces des traducteurs de la Septante. Si un mot est très fréquent chez ces auteurs, seuls quelques exemples représentatifs seront présentés.
- Enfin, concernant les sections consacrées au Nouveau Testament et à littérature chrétienne ancienne, le but est de présenter les données de façon synthétique du point de vue suivant : dans quelle mesure les occurrences d’un mot dans ces littératures sont-elles influencées par l’usage qu’en fait la Septante ? Peut-on observer des glissements sémantiques ? Enfin, y a-t-il des mots de la Septante qui cèdent la place à d’autres termes grecs chez les auteurs chrétiens ?
Notes
1 Pour une vue d’ensemble de la diversité d’approches, voir les deux manuels suivants : Alison G. Salvesen et Timothy Michael Law (éd.), The Oxford Handbook of the Septuagint, Oxford, Oxford University Press, 2021 ; William A. Ross et W. Edward Glenny (éd.), The T&T Clark Handbook of Septuagint Research, Londres, T&T Clark, 2021 ; voir aussi : William A. Ross, « The Past Decade in Septuagint Research (2012-2021) », Currents in Biblical Research, vol. 21, no 1, 2021, p. 33-77.
2 Pour une brève présentation de ces traductions différentes, voir : Eberhard Bons, « Modern Translations of the Septuagint », dans A.G. Salvesen et T.M. Law (éd.), The Oxford Handbook of the Septuagint, op. cit., p. 691-705.
3 Ainsi Jérôme, Epistula 106.2 (éd. I. Hilberg [= CSEL 55, 249]) : « Sicut autem in novo testamento, si quando recurrimus ad fontem Graeci sermonis […], ita in veteri testamento, si quando inter Graecos Latinosque di-versitas est, ad Hebraicam confugimus veritatem, ut, quicquid de fonte proficiscitur, hoc quaeramus in rivulis. »
4 Pour ce terme et son interprétation adéquate, voir p. ex. : Alfons Fürst, Hieronymus. Askese und Wissenschaft in der Spätantike, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 2016, p. 108-111.
5 Il suffit de citer un cas intéressant, l’interprétation que fait Jérôme d’Amos 1,15 (voir : CCL 76, p. 228). Ici, la Septante inclut, dans le nombre des leaders politiques voués à partir en exil, les prêtres des Ammonites qui, pourtant, ne sont pas mentionnés dans le texte hébreu. Jérôme, qui signale cet écart, élabore une interprétation du verset consistant à identifier les leaders politiques avec les prêtres ammonites qui, pour leur part, seraient ceux de la divinité Melkom (idolum Ammonitarum). Or cette divinité ne figure que dans le texte hébreu mais pas dans la Septante. Enfin, Melkom est qualifié de « leur roi » (rex eorum), terme qui n’est pas sans rappeler malkām, « leur roi », dans le texte hébreu.
6 Voir : Giannozzo Manetti, Apologeticus (éd. Alfonso De Petris) (Temi e Testi 29), Rome, Edizioni di storia e letteratura, 1981, V, 66 : « Totum enim Vetus, ut dicitur, Testamentum a Septuaginta interpretibus in grecum eloquium conversum, partim additamentis, partim omissionibus, partim denique alienis interpretationibus ita referctum repertitur, ut horum omnium cumulus, si simul congeretur ita ut uno aspectu aspici viderique posset, profecto talium discrepantiarum numerus pene incredibis et quasi infinitus putaretur. » Pour Érasme de Rotterdam, voir : Desiderius Erasmus von Rotterdam, In Novum Testamentum praefationes/Vorreden zum Neuen Testament.Ratio/Theologische Methodenlehre, idem, Ausgewählte Schriften. Lateinisch und Deutsch, vol. 3, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1967, p. 98.
7 Voir pour cette thématique : R. Gerald Hobbs, « Pluriformity of Early Reformation Scriptural Interpretation », dans M. Sæbø (éd.), Hebrew Bible/Old Testament. The History of Its Interpretation. Volume II: From the Renaissance to the Enlightenment, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2008, p. 452–511.
8 Cf. DS 1506 : « […] haec ipsa vetus et vulgata editio, quae longo tot saeculorum usu in ipsa Ecclesia probata est, in publicis lectionibus, disputationibus praedicationibus et expositionibus pro authentica habeatur […]. »
9 Pour l’histoire des études de la Septante en Europe occidentale, voir p. ex. : Scott Mandelbrote, « The history of Septuagint Studies. Early Modern Western Europe », dans A.G. Salvesen et T.M. Law (éd.), The Oxford Handbook of the Septuagint, op. cit., p. 33-51, ainsi que : Felix Albrecht, « The History of Septuagint Studies. Editions of the Septuagint », op. cit., p. 53-70.
10 Pour une étude détaillée de ce problème, voir : Dominique Barthélemy, Critique textuelle de l’Ancien Testament, Tome 4. Psaumes, Fribourg, Academic Press – Gottingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2005, p. 14-17.
11 Voir par exemple un manuel qui pendant longtemps était utilisé comme introduction standard à la critique textuelle de l’Ancien Testament : Ernst Würthwein, Der Text des Alten Testaments. Eine Einführung in die Biblia Hebraica, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 5e édit. 1988, p. 82 : « Wohl bleibt sie [= la Septante] auch uns ein außerordentlich wichtiger und unentbehrlicher Textzeuge, der die Heilung mancher verderbter Stellen möglich macht. » Tout de même, l’auteur met en garde contre une reconstruction hâtive de la source hébraïque supposée de la Bible grecque (ibid., p. 82s) : « Aber nur nach sorgfältiger Vertiefung in ihren Geist, ihre jeweilige Übersetzungstechnik und ihre Geschichte kann man sie zu textkritischen Operationen heranziehen. Vor vorschnellem Retrovertieren in das Hebräische in der Meinung, damit ohne weiteres die hebräische Vorlage zu gewinnen, muß gewarnt werden. » Voir aussi un ouvrage très récent : Innocent Himbaza, Manuel de la Bible hébraïque. Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS). Biblia Hebraica Quinta (BHQ), Genève, Labor et Fides, 2023, p. 52-53 : « Lorsque deux textes ont évolué parallèlement et qu’ils ont été conservés en double tradition, chacun ayant désormais un “coloris littéraire propre”, la critique textuelle choisit de les respecter tels quels, sans les mélanger. Dans ce cas, un texte ne peut pas être utilisé pour en améliorer un autre, à moins que ce soit pour corriger une corruption textuelle avérée. »
12 Pour une brève introduction à cette problématique, voir p. ex. : Natalio Fernández Marcos, The Septuagint in Context. Introduction to the Greek Versions of the Bible, Leyde, Brill, 2000, p. 323-332.
13 Voir : I. Himbaza, Manuel de la Bible hébraïque, op. cit., p. 22 : « Les témoins les plus anciens que nous ayons et qui puissent remonter à peu près à cette époque [= le IVe siècle avant notre ère] sont déjà marqués par l’évolution textuelle et ils sont diversifiés. »
14 Pour les différentes traductions du Psautier exécutées par Jérôme, voir p. ex. : Scott Goins, « Jeromes’s Psalters », dans William P. Brown (éd.), The Oxford Handbook of the Psalms, Oxford, Oxford University Press, 2014, p. 185-198.
15 Pour une étude détaillée de la problématique, voir : Eberhard Bons, « Psalm 33,7 : nd oder n’d, “Deich” oder “Schlauch” ? », dans Id., Textkritik und Textgeschichte. Studien zur Septuaginta und zum hebräischen Alten Testament, Tübingen, Mohr Siebeck, 2014, p. 107-114.
16 Pour davantage de détails, cf. : E. Bons, « Psalm 33,7 : nd oder n’d, “Deich” oder “Schlauch” ? », op. cit., p. 112.
17 Pour une synthèse de la recherche, voir : José Manuel Cañas Reíllo, « The Latin Bible and the Septuagint », dans Hugh A.G. Houghton (éd.), The Oxford Handbook of the Latin Bible, Oxford, Oxford University Press, 2023, p. 19-36.
18 Pour cet exemple voir : Eberhard Bons, « Factor, creator, conditor – Observations on the Impact of the Septuagint on the Vocabulary of Creation in the Latin Bible », à paraître dans Sacra Scripta.
19 Pour cette thématique, voir l’article récent suivant : Antonella Bellantuono et Laura Bigoni, « Why a Historical and Theological Lexicon of the Septuagint? », Trends in Classics, vol. 15, no 1, 2023, p. 199-218.
20 Voir à ce propos les articles parus dans le cahier thématique The Septuagint within the History of Greek (éd. James K. Aitken† et Marieke Dhont) du Journal for the Study of Judaism, vol. 54, no 4-5, 2023, ainsi que plusieurs articles dans les actes d’une conférence organisé à Bratislava (avril 2022) : Helena Panczová (éd.), The Septuagint: Multilateral focus on the text, Turnhout, Brepols, 2024.
21 Pour une première orientation, voir : Eberhard Bons, « Parlare di Dio in greco: traduzione, inculturazione, revisioni teologiche nella versione dei LXX », Ricerche storico-bibliche, vol. 22, 2010, p. 113-124.
22 Pour cette thématique, voir la monographie d’Antonella Bellantuono, The Biblical God in Greek Shape. Divine attributes in Jewish Hellenistic Literature, Turnhout, Brepols, à paraître.
23 Voir aussi : Folker Siegert, Zwischen Hebräischer Bibel und Altem Testament. Eine Einführung in die Septuaginta, Münster, Lit Verlag, 2001, p. 188.
24 Voir p. ex. : Gustav Adolf Deissmann, Bible Studies. Contributions chiefly from Papyri and Inscriptions to the History of the Language, the Literature, and the Religion of Hellenistic Judaism and Primitive Christianity, Édimbourg, T&T Clark, 1901.
25 Pour la méthodologie et les outils de travail, voir p. ex. : Anna Passoni Dell’Acqua, « Le vocabulaire de la Septante à la lumière des papyrus », dans Eberhard Bons, Patrick Pouchelle et Daniela Scialabba (éd.), The Vocabulary of the Septuagint and Its Hellenistic Background, Tübingen, Mohr Siebeck, 2019, p. 1-13.
26 Voir la monographie de James K. Aitken, No Stone Unturned. Greek Inscriptions and Septuagint Vocabulary, Winona Lake, Eisenbrauns, 2014.
27 « The material that is closest in time to the Septuagint is the most valuable, and there is by good fortune a large body of Ptolemaic papyri » ; ainsi John A.L. Lee, « The Vocabulary of the Septuagint and Documentary Evidence », dans Eberhard Bons et Jan Joosten (éd.), Die Sprache der Septuaginta – The Language of the Septuagint, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus, 2016, p. 98-108.
28 Un examen préliminaire, mais néanmoins précieux, du matériel se trouve chez Gilles Dorival, « “Dire en grec les choses juives”. Quelques choix lexicaux du Pentateuque de la Septante », Revue des Études Grecques, vol. 109, no 2, 1996, p. 527-547.
29 Voir : ibid., p. 532-534.
30 Pour d’autres exemples, voir : Stefanie Peintner, Gott im Bild – Eidôlon. Studien zur Herkunft und Verwendung des Begriffes für das Götterbild in der Septuaginta, Turnhout, Brepols, 2023 ; Eberhard Bons, Anna Mambelli et Daniela Scialabba (éd.), Exodos – Storia di un vocabolo, Bologne, Il Mulino, 2019.
31 Pour ce paragraphe, voir : Michel Casevitz, Le vocabulaire de la colonisation en grec ancien. Étude lexicologique : les familles de κτίζω et de οἰκέω – οἰκίζω, Paris, Klincksieck, 1985, p. 120-130.
32 Pour cet avis, voir : James C. Hanges, « The Greek Foundation Legend: Its Form and Relation to History », dans Society of Biblical Literature Seminar Papers 131, Atlanta, Scholars Press, 1995, p. 494-520, spécialement p. 505.
33 Pour la façon dont Origène et d’autres auteurs chrétiens des premiers siècles se situent par rapport à la langue de la Septante, y compris les noms « barbares », voir : Alexis Léonas, L’aube des traducteurs. De l’hébreu au grec : traducteurs et lecteurs de la Bible des Septante (IIIe s. av. J.-C. – IVe s. apr. J.-C.), Paris, Éditions du Cerf, 2007, p. 126-149,
34 Pour davantage de détails, voir : Anna Passoni Dell’Acqua, « La metafora biblica di Dio come roccia e la sua soppressione nelle antiche versioni », Ephemerides Liturgicae, vol. 91, 1977, p. 417-453.
35 Voir les inscriptions citées par Antonio Enrico Felle, Biblia Epigraphica. La Sacra Scrittura nella documentazione epigrafica dell’orbis christianvs antiqvvs (III-VIII secolo), Bari, Edipuglia, 2006.
36 Pour un résumé des données papyrologiques, voir : Alba de Frutos García, Los profesionales de las necrópolis en el Egipto ptolemaico, thèse doctorale, Universidad Complutense de Madrid, 2018, p. 46-47.
37 G.A. Deissmann, Bible Studies, op. cit., p. 120-121.
38 Pour ce mot, son attestation dans les papyrus et les diverses fonctions d’une θῖβις, voir : James K. Aitken, « Moses’s θίβις », dans Siegfried Kreuzer, Martin Meiser et Marcus Sigismund (éd.), Die Septuaginta – Orte und Intentionen, Tübingen, Mohr Siebeck, 2016, p. 179-181.
39 Pour σέβομαι, voir : Daniela Scialabba, « Considerations on the Use of σέβομαι in the Septuagint and in Jewish-Hellenistic Literature », dans Gideon R. Kotzé, Michaël N. van der Meer et Martin Rösel (éd.), XVII Congress of the International Organization for Septuagint and Cognate Studies: Aberdeen 2019, Atlanta, Society of Biblical Literature, 2022, p. 377–392.
40 Pour cette explication, voir : Giulia Leonardi, « Why is the Word εὐσέβεια so Rare in the Septuagint? », dans Eberhard Bons et alii (éd.), Die Septuaginta – Themen, Manuskripte, Wirkungen, Tübingen, Mohr Siebeck, 2020, p. 245-258.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Eberhard Bons, « Étudier la Septante et son vocabulaire. Considérations herméneutiques, philologiques et exégétiques », Mélanges de science religieuse, tome 81, n° 2 | 2024, 15-36.
Référence électronique
Eberhard Bons, « Étudier la Septante et son vocabulaire. Considérations herméneutiques, philologiques et exégétiques », Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 81, n° 2 | 2024, mis en ligne le 30 novembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/609 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kb5
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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