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L’importance de la littérature judéo-hellénistique pour le vocabulaire de la Septante : étude de cas

Giulia Leonardi
p. 55-70

Résumés

Pourquoi la littérature judéo-hellénistique joue-t-elle un rôle clé dans le panorama des études sur la Septante ? Après un bref aperçu de ce que l’on entend par cette définition, l’importance de la littérature judéo-hellénistique par rapport aux théories sur l’origine de la Septante et pour la reconstruction philologique du texte sera mentionnée. Enfin, nous nous concentrerons sur son utilité dans la recherche lexicale. À cet égard, une étude de cas sera présentée : le mot ἄγαλμα, qui apparaît très rarement dans la Septante. Grâce à l’étude de la littérature judéo-hellénistique, il sera possible de comprendre pourquoi ce terme apparaît de manière si sporadique dans la Bible grecque.

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Texte intégral

  • 1 Johan Lust, Erik Eynikel et Kathrin Hauspie, Greek English Lexicon of the Septuagint, Stuttgart, De (...)
  • 2 Takamitsu Muraoka, A Greek English Lexicon of the Septuagint, Leuven, Peeters, 1993.
  • 3 Eberhard Bons (éd.), Historical and Theological Lexicon of the Septuagint, vol. I, Tübingen, Mohr S (...)

1Le Greek English Lexicon of the Septuagint édité par les chercheurs belges Johan Lust, Erik Eynikel et Kathrin Hauspie1, le lexique homonyme produit par Takamitsu Muraoka2 et le Historical and Theological Lexicon of the Septuagint (HTLS), dont le premier volume a été publié par Eberhard Bons, constituent les trois plus récentes contributions à la lexicographie de la Septante3. Ces trois ouvrages présentent une différence fondamentale : les deux premiers lexiques fournissent, pour chaque mot, des informations de base sur les occurrences dans la Septante, tandis que le HTLS est divisé en paragraphes, chacun consacré à l’analyse d’un aspect spécifique de l’usage du terme : la littérature grecque, les papyrus et les inscriptions, la Septante, la littérature judéo-hellénistique, le Nouveau Testament et la littérature chrétienne ancienne. Le paragraphe qui suit immédiatement l’analyse des occurrences dans la Septante est dédié à la littérature judéo-hellénistique.

  • 4 Pour une discussion plus approfondie de cette question, voir : Clara Kraus Reggiani, Storia della L (...)
  • 5 Voir par exemple : Emil Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, Leipzig (...)
  • 6 Voir : Wilhelm Schmid et Otto Stählin, Geschichte der griechischen Literatur, Munich, Beck, 1929.

2Le terme de « littérature judéo-hellénistique » peut être compris de deux manières différentes, selon que l’on attribue au terme « hellénistique » une valeur chronologique ou une valeur linguistique4. En effet, si l’on suit le critère historique, le terme se réfère à l’ensemble de la production littéraire des auteurs juifs de la période hellénistique au début de la période romaine (du IIIe siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.-C.), quelle que soit la langue de production5 ; si, cependant, on préfère le critère linguistique-culturel, le terme littérature judéo-hellénistique se réfère à la production littéraire des auteurs juifs qui ont écrit en grec6. C’est le sens qui est devenu prévalent et c’est le sens dans lequel le terme littérature judéo-hellénistique est entendu dans les études sur la Septante.

3Pourquoi, dès lors, faire le choix d’associer cette littérature à l’analyse de la Septante ? En quoi la littérature judéo-hellénistique peut-elle être pertinente pour l’étude du vocabulaire de la LXX ?

4L’objectif de cet article est de fournir une explication méthodologique sur la manière dont la littérature judéo-hellénistique peut être utile pour mieux comprendre certains choix lexicaux de la Septante. Nous tenterons de clarifier son utilité dans le domaine des études sur la Septante, puis, en référence directe à un article du premier volume HTLS, nous illustrerons l’importance de la littérature judéo-hellénistique pour la Septante par un exemple.

Pourquoi l’étude de la littérature judéo-hellénistique est-elle importante pour la Septante ?

5La littérature judéo-hellénistique a été abordée avec différents objectifs en lien avec la Septante.

L’origine de la LXX

6Certains ouvrages de littérature judéo-hellénistique ont été étudiés en tant que documents permettant de comprendre l’origine de la Septante. En particulier, la Lettre d’Aristée à Philocrate, qui est considérée comme la première preuve de la traduction du Pentateuque, attribue la volonté de traduire la Bible à Démétrius de Phalère, responsable de la bibliothèque royale. Sur son conseil, Ptolémée II Philadelphe aurait demandé au grand prêtre Éléazar de réunir 72 traducteurs qui auraient effectué la traduction :

  • 7 « Κατασταθεὶς ἐπὶ τῆς τοῦ βασιλέως βιβλιοθήκης Δημήτριος ὁ Φαληρεὺς ἐχρηματίσθη πολλὰ διάφορα πρὸς (...)

Démétrius Phalère, qui était chargé de la bibliothèque du roi, se procura beaucoup de choses utiles pour rassembler, si possible, tous les livres de l’écoumène. Par ses achats et ses transcriptions, il a mené à bien le projet du roi, dans la mesure de ses moyens. Lorsqu’on demanda à Démétrius, en notre présence : « Combien de dizaines de milliers de livres avons-nous environ ? », il répondit : « Plus de deux cent mille, ô roi, et je veillerai à ce que, dans peu de temps, le nombre de livres restants atteigne cinq cent mille. On m’a dit que les lois des Juifs méritaient aussi d’être transcrites et de figurer dans votre bibliothèque ». « Et qu’est-ce qui t’empêche de le faire ? », dit le roi. « En effet, tout ce qui est nécessaire pour cela a été mis à ta disposition. » Démétrius répondit : « Il y a besoin de la traduction. »7 (Arist. 9-11)

  • 8 Voir : Clara Kraus Reggiani, Storia della Letteratura giudaico-ellenistica, Milan – Udine, Mimesis (...)

7D’Aristéas dépend le témoignage d’Aristobule, qui affirme, dans des fragments rapportés par Eusèbe, que la traduction complète de la Loi a eu lieu sur l’ordre de Ptolémée II, mais que des traductions partielles existaient déjà dès les VIe ou Ve siècles avant J.-C. et qu’elles auraient influencé les théories de Pythagore et de Platon8. D’Aristeas dépend aussi le témoignage de Philon qui, en plus de rapporter quelques détails descriptifs supplémentaires, insiste particulièrement sur le caractère inspiré de la traduction, affirmant que, bien que travaillant individuellement, les traducteurs auraient tous traduit de la même manière :

  • 9 « Καθίσαντες δ’ ἐν ἀποκρύφῳ καὶ μηδενὸς παρόντος ὅτι μὴ τῶν τῆς φύσεως μερῶν, γῆς ὕδατος ἀέρος οὐρα (...)

C’est pourquoi, établis dans un lieu secret, et n’ayant avec eux que les éléments de la nature, la terre, l’eau, l’air et le ciel, dont ils allaient d’abord expliquer le récit sacré – car le récit de la création du monde est le commencement de la loi – ils prophétisèrent, comme des hommes inspirés, ne disant pas l’un une chose, l’autre une autre, mais employant tous les mêmes noms et les mêmes verbes, comme si un souffleur invisible leur eût suggéré tout ce qu’ils avaient à dire9. (De vita Mosis, II, 37-38)

  • 10 Pour une étude plus approfondie de l’utilité de la littérature judéo-hellénistique pour reconstruir (...)

8Bien que le récit de la Lettre ait longtemps été considéré comme une source fiable, le caractère légendaire de cet écrit est aujourd’hui admis sans contestation. La fiction littéraire a cependant un fondement historique : en effet, le lien avec Ptolémée II Philadelphe, au IIIe siècle avant J.-C., semble plausible, même si l’ouvrage aurait été produit à l’initiative des Juifs de la diaspora à des fins liturgiques et didactiques, et non à l’initiative de la cour égyptienne à des fins littéraires10.

La reconstruction philologique du texte de la Septante

  • 11 Voir e.g. Démétrius, qui connaît au moins la Genèse Septante ; Ezéchiel le tragédien et Aristobule, (...)

9Les critiques se sont longtemps demandé si la littérature judéo-hellénistique pouvait être d’une quelconque utilité philologique pour reconstruire le texte de la Septante. Cependant, bien qu’il y ait des citations et des allusions à la Septante chez certains auteurs11, celles-ci ne contribuent que peu à la détermination de la forme textuelle originale, en raison de leur insuffisance. Par conséquent, si la littérature judéo-hellénistique est peu utile pour déterminer l’origine de la Septante et pour la reconstruction philologique du texte, elle est néanmoins d’une importance fondamentale pour la compréhension de la langue et du vocabulaire de la Septante.

Le grec de la Septante : la κοινὴ διάλεκτος

  • 12 Pour une étude plus approfondie de la koinè, voir Albio C. Cassio, Storia delle lingue letterarie g (...)

10La langue grecque, on le sait, a beaucoup évolué au cours des siècles. Alors qu’aux époques archaïque et classique, coexistaient dans le monde grec différents dialectes jouissant tous d’un prestige égal, une langue commune s’est imposée à partir du IVe siècle : la κοινὴ διάλεκτος [koinè dialektos]. Cette expression désigne une variété de grec à base attique, avec d’importants apports d’autres dialectes (notamment ioniens), utilisée comme variété standard à l’époque hellénistique et impériale. Cette variété de grec a été adoptée comme langue officielle par l’empire macédonien. Elle a été utilisée comme langue de chancellerie et de communication, mais aussi comme langue littéraire12.

  • 13 Le grec de la koinè n’est pas la langue de la production poétique hellénistique, qui se caractérise (...)
  • 14 Pour plus d’informations sur la langue de la Septante, voir : Eberhard Bons et Jan Joosten, Die Spr (...)

11La Septante et la littérature judéo-hellénistique constituent pour nous les lieux de dépôt les plus importants de la κοινὴ διάλεκτος13 ; leur étude est par conséquent essentielle pour comprendre l’évolution de la langue grecque. Le fait que la Septante soit un témoin du grec postclassique et puisse être considérée comme un témoin de la κοινή est cependant un acquis relativement récent : avant les études d’Adolf Deissmann, qui a démontré que les papyrus et les inscriptions de la période hellénistique présentent de nombreux parallèles avec la langue de la Septante – tant au niveau syntaxique que lexical –, le grec de la Septante était isolé sous la dénomination de « grec biblique » et était considéré comme une langue à part, éloignée de la langue parlée et utilisée à l’époque. En effet, grâce à l’apport de la papyrologie, de nombreux traits linguistiques étrangers au grec classique et considérés comme exclusifs à la Septante se sont révélés appartenir à l’usage général de l’époque14.

12Cependant, le grec de la Septante a aussi ses propres particularités, qui ne sont pas visibles dans la κοινή : tantôt il utilise des termes existants mais avec un sens nouveau, tantôt il évite l’emploi de termes très fréquents dans l’usage grec. En outre, il faut tenir compte du fait que les traducteurs ont souvent eu recours à ce que l’on appelle le sterotyping, c’est-à-dire la tendance à traduire un mot hébreu par un équivalent grec, même si le contexte change. Ceci est dû au fait que le grec de la Septante est une langue de traduction et que, comme pour toutes les langues, il n’y a pas de correspondance parfaite entre le grec et l’hébreu.

13Dès lors, face à un usage lexical de la Septante qui diverge du grec classique, comment comprendre s’il s’agit d’une évolution linguistique de la κοινή, dont la Septante serait témoin, ou d’un choix de traduction, qui ne caractérise que la Septante et n’est pas propre au grec de la κοινή ?

14Comme l’a montré Antonella Bellantuono dans sa contribution au présent volume, la papyrologie est utile pour discerner entre ces deux hypothèses : si le même trait linguistique est également attesté dans les papyrus, il est possible d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un « septantisme », mais d’une caractéristique du grec de la κοινή. Cependant, il est essentiel d’aborder les études papyrologiques avec une étude parallèle de la littérature judéo-hellénistique : étant donné qu’il s’agit d’œuvres plus tardives qui utilisent la même langue et proviennent de contextes culturels similaires, il est possible de comprendre si l’évolution linguistique de la Septante se poursuit dans la littérature plus tardive ou s’il s’agit d’un trait particulier de la traduction.

Une étude de cas : le mot ἄγαλμα

15Nous allons examiner à présent un cas à partir duquel il est possible de comprendre l’importance de l’étude de la littérature judéo-hellénistique pour le vocabulaire de la Septante : le cas de ἄγαλμα. Le rédacteur du HTLS a signalé l’aspect significatif de ce cas dans un article antérieur à la publication du premier volume :

  • 15 Nous traduisons. Voir : Eberhard Bons, « The “Historical and Theological Lexicon of the Septuagint” (...)

Le substantif ἄγαλμα, « statue, image » est probablement le mot grec habituel pour désigner la statue d’un dieu. Le mot n’est attesté que deux fois dans les LXX d’Isaïe (Is 19,3 ; 21,9), mais il est absent de nombreux textes des LXX qui polémiquent contre les images des dieux (par exemple en Is 44,9-20 ; Ps 134,14-18LXX ; Épître de Jérémie). Pour ces statues, les LXX préfèrent utiliser le mot εἴδωλον, qui revient environ 90 fois (par ex. Ex 20,4)15.

16En effet, le nom n’est attesté que trois fois dans la Septante, ce qui est exceptionnel si l’on considère l’énorme fréquence du mot en grec : dans le corpus du Thesaurus Linguae Graecae, le terme est attesté plus de 5 660 fois ; dans les inscriptions, on dénombre plus de 1 000 occurrences.

17La question qui se pose face à l’usage si répandu du terme dans la littérature grecque et, à l’inverse, face à la rareté des occurrences dans la Septante, est la suivante : cette rareté est-elle due à un choix des traducteurs, ou s’agit-il d’une caractéristique lexicale répandue aussi dans la communauté juive de la diaspora ? On pourrait supposer que, s’agissant d’un terme largement utilisé dans la littérature païenne, il a été perçu comme inapproprié par la culture juive, car il était fortement imprégné de connotations profanes.

  • 16 Marguerite Harl et Michel Casevitz, « ἄγαλμα », dans Eberhard Bons (éd.), Historical and Theologica (...)

18Retraçant l’article HTLS16, après un rapide excursus sur l’évolution du terme en grec classique, nous tenterons de répondre à cette question par l’analyse des occurrences de ἄγαλμα dans la littérature judéo-hellénistique et dans la Septante.

ἄγαλμα dans la littérature grecque, les papyrus et les inscriptions

  • 17 Marguerite Harl et Michel Casevitz, « ἄγαλμα », dans Eberhard Bons (éd.), Historical and Theologica (...)

19Le terme ἄγαλμα, tant dans la littérature grecque classique que dans les inscriptions, couvre un large champ de significations. Il dérive de la racine ἀγα-, commune au verbe ἀγάλλω/ἀγάλλομαι « exalter, orner, être fier de », et désigne ce qui sert à orner, décorer, embellir et par conséquent procurer du plaisir17. Le terme est utilisé aussi bien en poésie qu’en prose et se réfère :

  1. À la statue (par exemple les inscriptions IG XII,6 558D ; CEG 1.335.2 ; Olympia 449.1) – y compris à la statue cultuelle qui est offerte au dieu pour l’embellir. On trouve cette usage dans le passage de Oed. tyr. 1378-1380, où l’expression a le sens : « les statues sacrées de la divinité ».
  2. À un bijou, un objet destiné à embellir et à orner. Par exemple, dans Iliade 4.144-145, il désigne un morceau d’ivoire moulé dans le clou d’un mors mis de côté « pour l’ornement du roi ». Il s’agit donc d’un bijou, d’un objet dont le but est d’orner le cheval royal.
  3. Au sens figuré, il indique quelque chose d’important et dont on peut être fier. Par exemple, chez Eschyle (Hag. 208.1) il est utilisé pour un enfant, décrit comme « l’ornement de la maison ».
  4. Le mot est aussi attesté dans la poésie hellénistique : ἄγαλμα est utilisé avec le sens de « statue cultuelle », soit par Callimaque (Hymne 4.307 ; 5.39 ; Epigr. 33 Pfeiffer), soit par Théocrite (Epigr. 8.4 ; Epigr. 21.8).

ἄγαλμα dans la littérature judéo-hellénistique : Flavius Josèphe et Philon d’Alexandrie

20Flavius Josèphe utilise ἄγαλμα à huit reprises, et Philon à 29 reprises. Les deux auteurs utilisent le nom avec le même sens que dans la Septante, c’est-à-dire pour désigner des statues cultuelles. Par exemple, dans Ant. XV,329, Flavius Josèphe, en parlant d’Hérode, explique que la servilité envers les Romains fut si grande que celui-ci fut amené à trahir ses propres coutumes en construisant des villes et des temples dans le style des Romains. Cela n’était pas possible en Judée, où il est interdit de rendre hommage aux images ou aux représentations d’animaux, à la manière des Grecs :

  • 18 « ὑπὸ δὲ τῆς εἰς τοῦτο φιλοτιμίας καὶ τῆς θεραπείας, ἣν ἐθεράπευεν Καίσαρα καὶ Ῥωμαίων τοὺς πλεῖστο (...)

Mais ce tempérament magnifique, cette soumission et cette libéralité à l’égard de César et des hommes les plus puissants de Rome l’obligèrent à transgresser les coutumes de sa nation, à transgresser beaucoup de leurs lois, et à construire des villes d’une manière extravagante et à ériger des temples, non pas en Judée d’ailleurs, car cela n’aurait pas été supporté, puisqu’il nous est interdit d’honorer des images ou des représentations d’animaux, à la manière des Grecs18. (Ant. XV,329)

  • 19 Pour d’autres exemples liés à Josèphe Flavius, voir : Ant. XV,338-339, dans lequel est décrite la c (...)

21De même, dans Ant. XVIII,79, Josèphe raconte la destruction du temple d’Isis, après qu’un jeune homme eut séduit la chaste matrone dévouée à son mari dont il était tombé amoureux : le jeune homme lui fit croire que le dieu Anubis était tombé amoureux d’elle et, après l’avoir attirée dans le temple, il profita d’elle en se faisant passer pour le dieu. Tibère, apprenant le scandale, détruisit le temple et les statues qui s’y trouvaient19 :

  • 20 « καὶ ὁ Τιβέριος μαθήσεως ἀκριβοῦς αὐτῷ γενομένης ἐξετάσει τῶν ἱερέων ἐκείνους τε ἀνεσταύρωσεν καὶ (...)

Tibère fit alors une enquête approfondie auprès des prêtres et ordonna qu’ils soient crucifiés, ainsi qu’Ide, qui était à l’origine de leur perdition et qui avait manigancé toute cette affaire, si préjudiciable à la femme. Il démolit également le temple d’Isis et ordonna que sa statue soit jetée dans le Tibre20. (Ant. XVIII,79)

  • 21 Un autre exemple de ἄγαλμα avec cette signification se trouve dans Legat. 148.

22Philon utilise ἄγαλμα avec le même sens dans Leg. Ad Gaium 148, où il décrit l’échec de la construction d’un temple en Égypte – et des images, statues et inscriptions qu’il aurait contenues21 :

  • 22 « τοῦτον οὖν τὸν τοσοῦτον εὐεργέτην ἐν τρισὶ καὶ τεσσαράκοντα ἐνιαυτοῖς, οὓς ἐπεκράτησεν Αἰγύπτου, (...)

Or, cet homme qui fut pour eux un si grand bienfaiteur pendant les quarante-trois années où il régna sur l’Égypte, ils le passèrent sous silence et dans la négligence, n’érigeant rien dans leurs synagogues pour lui rendre hommage, ni image, ni statue, ni inscription22. (Leg. Ad Gaium 148-149) 

23Cependant, Philon utilise également ἄγαλμα avec des significations plus larges, reprenant la variété de significations que le terme a en grec classique. Par exemple, dans Spec. Leg. IV 75-76, il affirme que de nombreuses vertus sont « tissées » dans les lois comme des ornements afin de garantir la justice :

  • 23 « τοιαῦτα τοῖς νόμοις ἀγάλματα συνύφανται καὶ πεποίκιλται πρὸς εὐπορίαν ἀπόρων, οὓς ἐπὶ μόνης κρίσε (...)

De nombreux ornements de ce genre sont tissés et insérés parmi les lois, afin d’enrichir les pauvres envers lesquels il convient toujours d’avoir de la compassion, sauf au moment de rendre un jugement, car la compassion est due aux malheurs23. (Spec. Leg. IV 75-76)

ἄγαλμα dans la littérature judéo-hellénistique : la Lettre d’Aristée

24Dans la Lettre d’Aristée, ἄγαλμα apparaît dans la partie que l’on intitule « l’apologie de la Loi », et qui stipule qu’en ce qui concerne les règles alimentaires, le prêtre Éléazar rejette les traditions de ceux qui croient en une multiplicité de dieux et les adorent avec des statues de pierre et de bois :

  • 24 « Ποιησάμενος οὖν τὴν καταρχὴν ταύτην, καὶ δείξας ὅτι πάντες οἱ λοιποὶ παρ’ ἡμᾶς ἄνθρωποι πολλοὺς θ (...)

Partant de là, il a montré que tous les hommes, sauf nous, croient à l’existence de plusieurs dieux, bien qu’ils soient eux-mêmes beaucoup plus puissants que les êtres qu’ils adorent vainement. En effet, lorsqu’ils ont fait des statues de pierre et de bois, ils disent que ce sont les images de ceux qui ont inventé quelque chose d’utile à la vie et ils les adorent, bien qu’ils aient la preuve évidente qu’elles ne possèdent aucun sentiment24. (Arist. 135)

25Au vu de cette analyse et des nombreuses attestations du terme dans la littérature judéo-hellénistique, on peut donc affirmer que ἄγαλμα a joui d’un usage assez répandu, conforme à celui du grec classique : si, en effet, le sens prépondérant est celui de « statue cultuelle », des emplois figurés persistent également. Ainsi, il semble possible d’affirmer que le terme n’a pas subi d’évolution dans la communauté juive de la diaspora, mais que son sens est resté pratiquement inchangé.

ἄγαλμα dans la Septante

26À la lumière de ce qui précède, il est clair que la rareté des occurrences du terme est un choix exclusif de la Septante. Comment expliquer cette rareté ?

  • 25 Dans cet article, les citations des textes sont reprises des ouvrages suivants : pour le texte mass (...)

27Il convient, à ce stade, d’approfondir les contextes dans lesquels le terme est attesté dans la Septante25.

281o) Dans le livre du prophète Isaïe, il est attesté en Is 19,3 où les Égyptiens, paniqués par l’apparition de Dieu, se tournent vers « les idoles et les magiciens, les nécromanciens et les devins ». En hébreu, les quatre termes sont :

  • הָֽאֱלִילִים déjà attesté en Is 19,1 et qui y est traduit par τὰ χειροποίητα,
  • הָ֣אִטִּ֔ים qui est un hapax legomenon et semble désigner des magiciens ou des fantômes,
  • הָאֹב֖וֹת qui désigne des devins,
  • הַיִּדְּעֹנִֽים des nécromanciens.
  • 26 χειροποίητος est attesté dans la Septante une quinzaine de fois et est toujours une traduction de א (...)

29Si les deux derniers mots sont traduits littéralement dans la Septante et avec les correspondants grecs normaux, pour les deux premiers mots la traduction est inhabituelle : אֱלִיל, normalement traduit par χειροποίητος26, est rendu par θεούς, tandis que l’hapax l’est par τὰ ἀγάλματα.

30Face à ces traductions, on peut supposer que le traducteur a rendu אֱלִיל avec θεούς par variatio à partir du v. 1 où le direct correspondant grec χειροποίητος a été utilisé (ou il est possible de supposer une erreur de lecture : au lieu de אֱלילִים le traducteur a lu אֱלֹהִים et a donc traduit par θεούς) et, face à l’hapax dont il ne connaissait probablement pas le sens précis, il a doublé le sens de אֱלִיל en introduisant un synonyme, habituel en grec mais inhabituel dans le lexique de la Septante.

31Quoi qu’il en soit, le recours à la variatio est très probable : le livre d’Isaïe est en effet un livre dont la technique de traduction est assez libre et qui présente une grande variété lexicale. Un exemple de variatio est le v. 37,19 :

  • Dans le Texte massorétique, il y a une répétition de dieux (וְנָתֹ֥ן אֶת־אֱלֹהֵיהֶ֖ם בָּאֵ֑שׁ כִּי֩ לֹ֨א אֱלֹהִ֜ים הֵ֗מָּה כִּ֣י אִם־מַעֲשֵׂ֧ה יְדֵֽי־אָדָ֛ם עֵ֥ץ וָאֶ֖בֶן וַֽיְאַבְּדֽוּם ׃, « ils ont jeté au feu leurs dieux, car ils n’étaient pas des dieux, mais l’œuvre des mains des hommes »), alors que le traducteur choisit d’utiliser deux équivalents grecs différents pour éviter la répétition (καὶ ἐνέβαλον τὰ εἴδωλα27 αὐτῶν εἰς τὸ πῦρ, οὐ γὰρ θεοὶ ἦσαν ἀλλὰ ἔργα χειρῶν ἀνθρώπων, « ils ont jeté au feu leurs idoles, parce qu’elles n’étaient pas des dieux, mais des œuvres des mains des hommes »).
  • Plus précisément, même le terme אֱלִיל – qui a pour équivalent grec direct χειροποίητος – est traduit dans Isaïe de différentes manières : en Is 2,18, Is 16,12, Is 19,1, Is 21,9, Is 31,7 et Is 46,6 avec τὰ χειροποίητα, tandis qu’en Is 2,8 et Is 2,20 avec τὰ βδελύγματα.
  • 28 Le livre d’Isaïe se caractérise par une technique de traduction libre qui, en ce qui concerne la co (...)

32Cela prouve que le stereotyping n’est pas fréquent dans le livre d’Isaïe, mais qu’il y a parfois une variatio lexicale28 : cela pourrait expliquer l’utilisation dans ce verset d’un terme qui n’est pas habituel dans la Septante.

Is 19,3

וְנָבְקָ֤ה רֽוּחַ־מִצְרַ֙יִם֙ בְּקִרְבּ֔וֹ וַעֲצָת֖וֹ אֲבַלֵּ֑עַ וְדָרְשׁ֤וּ אֶל־הָֽאֱלִילִים֙ וְאֶל־הָ֣אִטִּ֔ים וְאֶל־הָאֹב֖וֹת וְאֶל־הַיִּדְּעֹנִֽים L’esprit des Égyptiens sera renversé et je détruirai leur conseil et ils consulteront les idoles et les sorciers, les nécromanciens et les devins. καὶ ταραχθήσεται τὸ πνεῦμα τῶν Αἰγυπτίων ἐν αὐτοῖς, καὶ τὴν βουλὴν αὐτῶν διασκεδάσω, καὶ ἐπερωτήσουσιν τοὺς θεοὺς αὐτῶν καὶ τὰ ἀγάλματα αὐτῶν καὶ τοὺς ἐκ τῆς γῆς φωνοῦντας καὶ τοὺς ἐγγαστριμύθους L’esprit des Égyptiens sera ébranlé au dedans d’eux, et je détruirai leurs conseils ; ils interrogeront leurs dieux et leurs images, ceux qui parlent de la terre et ceux qui ont en eux un esprit de divination.

332o) Dans Is 21,8-9, la chute de Babylone et la destruction des statues de ses dieux sont annoncées. Dans ce contexte, l’expression en hébreu est וְכָל-פְּסִילֵ֥י אֱלֹהֶ֖יהָ (« et toutes les statues de ses dieux »), tandis que le grec traduit πάντα τὰ ἀγάλματα αὐτῆς καὶ τὰ χειροποίητα αὐτῆς par « toutes ses images et ses idoles ».

  • 29 Dans le livre d’Isaïe, les erreurs de lecture sont assez fréquentes. À cet égard, voir : Abi T. Ngu (...)
  • 30 Voir par exemple : Lv 26,1, Dt 4,16, Dt 4,23, Dt 4,25, Dt 12,3 et Dt 27,15 ; Jg 2,2, Jg 3,19, Jg 3, (...)

34Il est ici probable de supposer une erreur de lecture : au lieu de אלהים « dieux », le traducteur pouvait avoir lu אֱלִילִים « idoles », dont τὰ χειροποίητα « fait à la main » est la traduction habituelle29. Le rendu de פֶּסֶל « statue » par τὰ ἀγάλματα « statues » est en revanche une traduction inhabituelle, puisque l’équivalent grec direct est τὰ γλυπτά « image sculptée, idoles30 ». Ce choix de traduction pourrait s’expliquer au nom de la variatio lexicale ; en effet, ce n’est pas la seule variante de traduction de פֶּסֶל dans le livre d’Isaïe : alors qu’en Is 10,10 et 30,22, le terme est traduit par l’équivalent grec le plus fréquent, en Is 30,22 il est rendu par τὰ εἴδωλα « idoles ».

Is 21,8-9

וְהִנֵּה־זֶ֥ה בָא֙ רֶ֣כֶב אִ֔ישׁ צֶ֖מֶד פָּֽרָשִׁ֑ים וַיַּ֣עַן וַיֹּ֗אמֶר נָפְלָ֤ה נָֽפְלָה֙ בָּבֶ֔ל וְכָל־פְּסִילֵ֥י אֱלֹהֶ֖יהָ שִׁבַּ֥ר לָאָֽרֶץ Le guetteur s’écrie : Au poste d’observation, Seigneur, je me tiens toute la journée, et dans mon observatoire, je me tiens toute la nuit. Voici une armée de cavaliers, des couples de cavaliers. Ils s’exclament et disent : Babylone est tombée, Babylone est tombée ! Toutes les statues de ses dieux sont à terre, brisées. καὶ κάλεσον Ουριαν εἰς τὴν σκοπιὰν κυρίου. καὶ εἶπεν Ἔστην διὰ παντὸς ἡμέρας καὶ ἐπὶ τῆς παρεμβολῆς ἔστην ὅλην τὴν νύκτα, καὶ ἰδοὺ αὐτὸς ἔρχεται ἀναβάτης συνωρίδος. καὶ ἀποκριθεὶς εἶπεν Πέπτωκεν Βαβυλών, καὶ πάντα τὰ ἀγάλματα αὐτῆς καὶ τὰ χειροποίητα αὐτῆς συνετρίβησαν εἰς τὴν γῆν. et appelé Urias à la tour de garde du Signeur et a dit : Je restai tout le jour, et je passai la nuit dans le camp. Et voici, il arriva à cheval d’une paire de chevaux ; il prit la parole et dit : Babylone est tombée, elle est tombée, et toutes ses images et ses idoles ont été écrasées à terre.
  • 31 Pour des observations sur la langue de 2 M, voir : Frank Shaw, « 2 Maccabees », dans James K. Aitke (...)

353o) Le contexte de 2 M 2,2 est la déportation de Babylone. On y trouve les avertissements du prophète Jérémie de ne pas oublier la Loi et de ne pas se laisser égarer par les simulacres d’or et d’argent sont rappelés. Il est intéressant de noter que dans le livre du prophète Jérémie, les statues cultuelles ne sont jamais désignées par le terme ἀγάλματα, mais par γλυπτά « image sculptée, idoles », et dans l’Épître de Jérémie par θεοί « dieux » : si l’auteur de 2 M a choisi de rendre le terme « idoles » par ἀγάλματα, c’est qu’il s’agissait du terme grec d’usage courant pour désigner les idoles et comme un synonyme des équivalents bibliques θεοί et γλυπτά. Il n’est pas surprenant qu’un terme peu courant apparaisse dans la Septante : le vocabulaire de 2 M est plus riche et plus varié et est plus proche au grec littéraire31.

2 M 2,1-2 

Εὑρίσκεται δὲ ἐν ταῖς ἀπογραφαῖς Ιερεμιας ὁ προφήτης ὅτι ἐκέλευσεν τοῦ πυρὸς λαβεῖν τοὺς μεταγενομένους, ὡς σεσήμανται, καὶ ὡς ἐνετείλατο τοῖς μεταγενομένοις ὁ προφήτης δοὺς αὐτοῖς τὸν νόμον, ἵνα μὴ ἐπιλάθωνται τῶν προσταγμάτων τοῦ κυρίου, καὶ ἵνα μὴ ἀποπλανηθῶσιν ταῖς διανοίαις βλέποντες ἀγάλματα χρυσᾶ καὶ ἀργυρᾶ καὶ τὸν περὶ αὐτὰ κόσμον· On trouve dans les archives que le prophète Jérémie a ordonné aux déportés de prendre le feu, comme nous l’avons dit plus haut, et que le même prophète, donnant la loi aux déportés, leur a ordonné de ne pas oublier les préceptes du Seigneur et de ne pas se laisser égarer dans leurs pensées, en voyant les simulacres d’or et d’argent et le faste dont ils étaient entourés.

Conclusion

36Le but de cet article était de réfléchir sur l’importance que l’étude de la littérature judéo-hellénistique peut avoir pour la compréhension du lexique de la Septante. On a examiné le cas de ἄγαλμα, un terme très fréquent en grec (tant en prose qu’en poésie et dans les inscriptions), mais presque totalement absent dans la Septante.

37L’analyse de la littérature judéo-hellénistique a permis de comprendre qu’il s’agissait d’un mot répandu dans le grec des Juifs de la diaspora, puisqu’il est fréquemment attesté tant chez Philon que chez Flavius Josèphe, et avec des nuances semblables à celles de la littérature grecque classique. La rareté des occurrences dans la Septante peut donc être attribuée à un choix des traducteurs, dû aux techniques de traduction : dans la Septante, qui a souvent recours au stereotyping, les termes γλυπτά, χειροποίητα, βδελύγματα et surtout εἴδωλα sont souvent utilisés pour rendre le concept d’« idole » comme équivalents directs de אֱלִיל et פֶּסֶל. Le nom ἄγαλμα, pourtant synonyme, n’est attesté que dans les ouvrages dont la technique de traduction est plus libre.

38L’étude de la littérature judéo-hellénistique permet donc d’affirmer qu’en ce cas la rareté des occurrences du mot dans la Septante n’est pas due à des raisons culturelles propres à la communauté juive de la diaspora, mais aux techniques de traduction de la Septante.

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Notes

1 Johan Lust, Erik Eynikel et Kathrin Hauspie, Greek English Lexicon of the Septuagint, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2003.

2 Takamitsu Muraoka, A Greek English Lexicon of the Septuagint, Leuven, Peeters, 1993.

3 Eberhard Bons (éd.), Historical and Theological Lexicon of the Septuagint, vol. I, Tübingen, Mohr Siebeck, 2020.

4 Pour une discussion plus approfondie de cette question, voir : Clara Kraus Reggiani, Storia della Letteratura giudaico-ellenistica, Milan – Udine, Mimesis Edizioni, 2008, p. 19-21.

5 Voir par exemple : Emil Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, Leipzig, J. C. Hinrichs, 1901, qui traite de l’ensemble de la production judaïque de l’époque hellénistique, tant en hébreu et en araméen qu’en grec.

6 Voir : Wilhelm Schmid et Otto Stählin, Geschichte der griechischen Literatur, Munich, Beck, 1929.

7 « Κατασταθεὶς ἐπὶ τῆς τοῦ βασιλέως βιβλιοθήκης Δημήτριος ὁ Φαληρεὺς ἐχρηματίσθη πολλὰ διάφορα πρὸς τὸ συναγαγεῖν, εἰ δυνατόν, ἅπαντα τὰ κατὰ τὴν οἰκουμένην βιβλία· καὶ ποιούμενος ἀγορασμοὺς καὶ μεταγραφὰς ἐπὶ τέλος ἤγαγεν, ὅσον ἐφ’ ἑαυτῷ, τὴν τοῦ βασιλέως πρόθεσιν. Παρόντων οὖν ἡμῶν ἐρωτηθείς· Πόσαι τινὲς μυριάδες τυγχάνουσι βιβλίων; Εἶπεν· Ὑπὲρ τὰς εἴκοσι, βασιλεῦ· σπουδάσω δ’ ἐν ὀλίγῳ χρόνῳ πρὸς τὸ πληρωθῆναι πεντήκοντα μυριάδας τὰ λοιπά. Προσήγγελται δέ μοι καὶ τῶν Ἰουδαίων νόμιμα μεταγραφῆς ἄξια καὶ τῆς παρὰ σοὶ βιβλιοθήκης εἶναι. Τί τὸ κωλῦον οὖν, εἶπεν, ἐστί σε τοῦτο ποιῆσαι; Πάντα γὰρ ὑποτέτακταί σοι τὰ πρὸς τὴν χρείαν. Ὁ δὲ Δημήτριος εἶπεν·Ἑρμηνείας προσδεῖται. » Édition de référence : André Pelletier, Lettre d’Aristée à Philocrate, Paris, Éditions du Cerf, « Sources chrétiennes », 1962. Les traductions françaises des textes d’Aristeas sont réalisées à partir de The Letter Of Aristeas. Translated by R.H. Charles, Oxford, The Clarendon Press, 1913.

8 Voir : Clara Kraus Reggiani, Storia della Letteratura giudaico-ellenistica, Milan – Udine, Mimesis Edizioni, 2008, p. 111-114.

9 « Καθίσαντες δ’ ἐν ἀποκρύφῳ καὶ μηδενὸς παρόντος ὅτι μὴ τῶν τῆς φύσεως μερῶν, γῆς ὕδατος ἀέρος οὐρανοῦ, περὶ ὧν πρῶτον τῆς γενέσεως ἔμελλον ἱεροφαντήσειν—κοσμοποιία γὰρ ἡ τῶν νόμων ἐστὶν ἀρχή—, καθάπερ ἐνθουσιῶντες προεφήτευον οὐκ ἄλλα ἄλλοι, τὰ δ’ αὐτὰ πάντες ὀνόματα καὶ ῥήματα, ὥσπερ ὑποβολέως ἑκάστοις ἀοράτως ἐνηχοῦντος. » Édition de référence Leopold Cohn, Philonis Alexandrini opera quae supersunt, vol. 4, Berlin, Reimer, 1902 (réimprimé Berlin, De Gruyter, 1962), p. 119-268. Les traductions françaises des textes de Philon sont réalisées à partir de The Works of Philo. Translated by C. D. Yonge, Peabody, Hendrickson, 1993.

10 Pour une étude plus approfondie de l’utilité de la littérature judéo-hellénistique pour reconstruire l’origine de la Septante, voir : Gilles Dorival, Marguerite Harl et Olivier Munnich, La Bible grecque des Septante. Du judaïsme hellénistique au christianisme ancien, Paris, Éditions du Cerf, 1988, p. 40-47 ; Natalio Fernandez Marcos, La Bibbia dei LXX. Introduzione alle versioni greche della Bibbia, Brescia, Paideia Editrice, 2000, p. 49-63.

11 Voir e.g. Démétrius, qui connaît au moins la Genèse Septante ; Ezéchiel le tragédien et Aristobule, chez qui le lexique et la phraséologie de la Septante sont discernables. Pour d’autres exemples et références bibliographiques voir : Natalio Fernandez Marcos, La Bibbia dei LXX. Introduzione alle versioni greche della Bibbia, Brescia, Paideia Editrice, 2000, p. 254-260.

12 Pour une étude plus approfondie de la koinè, voir Albio C. Cassio, Storia delle lingue letterarie greche, Milan, Mondadori Education, 2012, p. 357-392 ; Antoine Meillet, Lineamenti di storia della lingua greca, Turin, Giulio Einaudi Editore, 2003, p. 305-386.

13 Le grec de la koinè n’est pas la langue de la production poétique hellénistique, qui se caractérise par la récupération héroïque d’anciens dialectes et langues littéraires, mais c’est la langue de la production historiographique (e.g. Polybe, Strabon, Diodore Sicile et en partie Plutarque), de la médecine (e.g. Galien), de la philosophie (e.g. Épicure, Chrysippe et Bion de Boristhène) et des mathématiques (e.g. Héron d’Alexandrie). Pour plus de détails, voir : Albio C. Cassio, Storia delle lingue letterarie greche, Milan, Mondadori Education, 2012, p. 370-375.

14 Pour plus d’informations sur la langue de la Septante, voir : Eberhard Bons et Jan Joosten, Die Sprache der Septuaginta, Trèves, Gütersloh, Gütersloher, 2016, en particulier les sections II (The Greek of the Septuagint as Hellenistic Greek, p. 71-126) et III (The Greek of the Septuagint as translation Greek, p. 129-228) ; G. Dorival, M. Harl et O. Munnich, La Bible grecque des Septante, op. cit., p. 223-266 ; Natalio Fernandez Marcos, La Bibbia dei LXX, op. cit., p. 19-45.

15 Nous traduisons. Voir : Eberhard Bons, « The “Historical and Theological Lexicon of the Septuagint” (HTLS) », dans Eberhard Bons, Régine Hunziker-Rodewald et Jan Joosten, Biblical Lexicology: Hebrew and Greek. Semantics – Exegesis – Translation (BZAW 443), Berlin – New York, De Gruyter, 2015, p. 362.

16 Marguerite Harl et Michel Casevitz, « ἄγαλμα », dans Eberhard Bons (éd.), Historical and Theological Lexicon of the Septuagint, vol. I, op. cit., p. 14-19. En particulier, il est fait référence à cet article pour les occurrences des inscriptions (IG XII,6 558D, CEG 1.335.2, Olympia 449.1), de la littérature grecque classique (Oed. tyr. 1378-1380, Iliade 4.144-145, Hag. 208.1, Hymne 4.307, Hymne 5.39, Epigr. 33 Pfeiffer, Epigr. 8.4) et de la littérature judéo-hellénistique (Ant. XV,329, Spec. Leg. IV 75-76).

17 Marguerite Harl et Michel Casevitz, « ἄγαλμα », dans Eberhard Bons (éd.), Historical and Theological Lexicon of the Septuagint vol. I, op. cit., p. 14.

18 « ὑπὸ δὲ τῆς εἰς τοῦτο φιλοτιμίας καὶ τῆς θεραπείας, ἣν ἐθεράπευεν Καίσαρα καὶ Ῥωμαίων τοὺς πλεῖστον δυναμένους, ἐκβαίνειν τῶν ἐθῶν ἠναγκάζετο καὶ πολλὰ τῶν νομίμων παραχαράττειν, πόλεις τε κτίζων ὑπὸ φιλοτιμίας καὶ ναοὺς ἐγείρων, οὐκ ἐν τῇ τῶν Ἰουδαίων, οὐδὲ γὰρ ἂν ἠνέσχοντο τῶν τοιούτων ἀπηγορευμένων ἡμῖν ὡς ἀγάλματα καὶ τύπους μεμορφωμένους τιμᾶν πρὸς τὸν Ἑλληνικὸν τρόπον. » Pour Josèphe Flavius, l’édition de référence est Benedikt Niese, Flavii Iosephi opera, vol. 1-4, Berlin, Weidmann, 1887. Les traductions françaises des textes de Flavius Josèphe sont réalisées à partir de The Works of Flavius Josephus. Translated by. William Whiston, A. M. Auburn and Buffalo, John E. Beardsley, 1895.

19 Pour d’autres exemples liés à Josèphe Flavius, voir : Ant. XV,338-339, dans lequel est décrite la construction de Césarée en Phénicie par Hérode et l’expression ἄγαλμά τε τὸ μὲν Ῥώμης, τὸ δὲ Καίσαρος est employée pour désigner les statues de Rome et de l’empereur contenues dans le temple ; Ap. 1,199, où l’on donne la description du temple de Jérusalem selon Hécatée d’Abdère et où l’on précise qu’il n’y a pas de statue cultuelle (ἄγαλμα) à l’intérieur ; Bell. 7,136, où l’on trouve le cortège triomphal de Titus à son retour d’Égypte et les statues portées à la parade.

20 « καὶ ὁ Τιβέριος μαθήσεως ἀκριβοῦς αὐτῷ γενομένης ἐξετάσει τῶν ἱερέων ἐκείνους τε ἀνεσταύρωσεν καὶ τὴν Ἴδην ὀλέθρου γενομένην αἰτίαν καὶ τὰ πάντα ἐφ’ ὕβρει συνθεῖσαν τῆς γυναικός, τόν τε ναὸν καθεῖλεν καὶ τὸ ἄγαλμα τῆς Ἴσιδος εἰς τὸν Θύβριν ποταμὸν ἐκέλευσεν ἐμβαλεῖν. »

21 Un autre exemple de ἄγαλμα avec cette signification se trouve dans Legat. 148.

22 « τοῦτον οὖν τὸν τοσοῦτον εὐεργέτην ἐν τρισὶ καὶ τεσσαράκοντα ἐνιαυτοῖς, οὓς ἐπεκράτησεν Αἰγύπτου, παρεκαλύψαντο, μηδὲν ἐν προσευχαῖς ὑπὲρ αὐτοῦ, μὴ ἄγαλμα, μὴ ξόανον, μὴ γραφὴν ἱδρυσάμενοι. » L’édition de référence est Leopold Cohn et Siegfried Reiter, Philonis Alexandrini opera quae supersunt, vol. 6, Berlin, Reimer, 1915, p. 155-223.

23 « τοιαῦτα τοῖς νόμοις ἀγάλματα συνύφανται καὶ πεποίκιλται πρὸς εὐπορίαν ἀπόρων, οὓς ἐπὶ μόνης κρίσεως ἐλεῖν οὐ θεμιτόν. » L’édition de référence est Leopold Cohn, Philonis Alexandrini opera quae supersunt, vol. 5, Berlin, Reimer, 1906, p. 1-265.

24 « Ποιησάμενος οὖν τὴν καταρχὴν ταύτην, καὶ δείξας ὅτι πάντες οἱ λοιποὶ παρ’ ἡμᾶς ἄνθρωποι πολλοὺς θεοὺς εἶναι νομίζουσιν, αὐτοὶ δυναμικώτεροι πολλῷ καθεστῶτες ὧν σέβονται ματαίως— ἀγάλματα γὰρ ποιήσαντες ἐκ λίθων καὶ ξύλων, εἰκόνας φασὶν εἶναι τῶν ἐξευρόντων τι πρὸς τὸ ζῆν αὐτοῖς χρήσιμον, οἷς προσκυνοῦσι, παρὰ πόδας ἔχοντες τὴν ἀναισθησίαν. »

25 Dans cet article, les citations des textes sont reprises des ouvrages suivants : pour le texte massorétique Karl Elliger et Willhelm Rudolph, Biblia Hebraica Stuttgartensia, Stuttgart, Deutsche Bibelstiftung, 1977 ; pour la Septante Joseph Ziegler, Isaias. Septuaginta. Vetus Testamentum Graecum Auctoritate Academiae Scientiarum Gottingensis editum, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1939 ; Robert Hanhart, Maccabaeorum liber II. Septuaginta. Vetus Testamentum Graecum Auctoritate Academiae Scientiarum Gottingensis editum, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1959.

26 χειροποίητος est attesté dans la Septante une quinzaine de fois et est toujours une traduction de אֱלִיל (voir Lv 26,1 et 26,30 ; Jdt 8,18 ; Sa 14,8 ; Is 2,18 ; Is 10,11 ; Is 16,12 ; Is 19,1, ; Is 21,9 ; Is 31,7 ; Is 46,6 ; Dn 5,4 ; Dn 5,23 ; Dn 6,27). Le terme hébreu est rarement traduit par d’autres équivalents grecs, e.g. en Is 2,8 et 2,20 avec βδέλυγμα, en Ps 95(96),1 avec δαιμόνιον, en Mt 19,3 avec θεός, en Jb 13,4 avec κακός, en Jr 14,14 avec οἰώνισμα, en Nb 25,2, 1 R 17,43, 3 R 11,2, 3 R 11,8, 3 R 11,35, Is 37,19, DnLXX 13,13, DnLXX 13,18 avec εἲδωλον.

27 Εἴδωλον est un terme souvent utilisé dans la Septante pour désigner le concept d’idole. Il a de nombreux équivalents hébraïques, par exemple תְּרָפִ֖ים (Gn 31,19 ; 31,34 et 31,35), עֲצַבֶּֽיהָ (1 R 31,9, 1 Chr 10,9, Ps 113,12, Is 10,11 et Is 48,5), פֶּסֶל (Ex 20,4, 2 Chr 33,22, 2 Chr 34,7, 2 Chr 30,22), אֱלִילִים (Nb 25,2, 1 R 17,43, 3 R 11,2, 3 R 11,8, 3 R 11,35, Is 37,19, DnLXX 13,13, DnLXX 13,18).

28 Le livre d’Isaïe se caractérise par une technique de traduction libre qui, en ce qui concerne la cohérence lexicale, inclut des différenciations et des variantes lexicales (voir par exemple : Henry st. John Thackeray, A Grammar of the Old Testament in Greek according to the Septuagint, vol. I, Cambridge, Cambridge University Press, 1909, p. 13) ; Abi T. Ngunga et Joachim Schaper, « Isaiah », dans James K. Aitken (éd.), Companion to the Septuagint, Londres, T&T Clark, 2015, p. 460-462.

29 Dans le livre d’Isaïe, les erreurs de lecture sont assez fréquentes. À cet égard, voir : Abi T. Ngunga et Joachim Schaper, « Isaiah », dans James K. Aitken (éd.), Companion to the Septuagint, op. cit., p. 461 ; Richard R. Ottley, The Book of Isaiah according to the LXX, Cambridge, Cambridge University Press, 1904, p. 50.

30 Voir par exemple : Lv 26,1, Dt 4,16, Dt 4,23, Dt 4,25, Dt 12,3 et Dt 27,15 ; Jg 2,2, Jg 3,19, Jg 3,26, Jg 17,3, Jg 17,4, Je 18,14, Jg 18,17, Jg 18,18, Jg 18,20, Jg 18,30, Jg 18,31 ; 4 R 17,41, 4 R 21,7 ; 2 Ch 33,7, 2 Ch 33,19, 2 Ch 34,4 ; Ps 77,58, Ps 96,7 ; Os 11,2 ; Mi 1,7, Mi 5,13 ; Na 1,14 ; Ha 2,18 ; Is 10,10, Is 42,8, Is 42,17, Is 44,17, Is 46,1, Is 48,5 ; Jr 8,19, Jr 10,14, Jr 27,38, Jr 28,17, Jr 28,51. Il est traduit différemment seulement en Ex 20,4, 2 Chr 33,22, 2 Chr 34,7, Is 30,22 avec εἲδωλον, en 2 Chr 34,3 avec περιβώμιον, en Is 45,20 avec γλύμμα, en Is 40,19 et 40,20 avec εἰκών.

31 Pour des observations sur la langue de 2 M, voir : Frank Shaw, « 2 Maccabees », dans James K. Aitken (éd.), Companion to the Septuagint, op. cit., p. 277-280.

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Pour citer cet article

Référence papier

Giulia Leonardi, « L’importance de la littérature judéo-hellénistique pour le vocabulaire de la Septante : étude de cas », Mélanges de science religieuse, tome 81, n° 2 | 2024, 55-70.

Référence électronique

Giulia Leonardi, « L’importance de la littérature judéo-hellénistique pour le vocabulaire de la Septante : étude de cas », Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 81, n° 2 | 2024, mis en ligne le 30 novembre 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/612 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kb7

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Auteur

Giulia Leonardi

Université de Strasbourg, FR – 67000 Strasbourg, France

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