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Effet de cascade dans les traductions anciennes de textes bibliques. Quelques observations sur le livre de Ben Sira

Christoph Kugelmeier
p. 115-128

Résumés

Nous examinerons, à travers quelques exemples tirés du livre de Ben Sira, le phénomène d’obscurcissement croissant, voire de distorsion des informations textuelles, qui se manifeste lors de la traduction de l’hébreu, langue source, vers le grec, première langue cible, puis vers le latin. Ce phénomène peut rendre le sens de la version cible parfois confus pour le lecteur. Il résulte principalement de choix sémantiques erronés en fonction du contexte et, parfois, de malentendus syntaxiques, dus aux différences spécifiques entre les caractéristiques sémantiques et syntaxiques des trois langues.

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Texte intégral

  • 1 Voir : Bonifatia Gesche, « Projekt: Sirach-Synopse », Early Christianity, vol. 7, 2016, p. 250-252, (...)

1Dans cet article, je cherche à examiner l’impact des relations entre les versions antiques d’un texte biblique particulier, plus précisément un texte hébreu et deux de ses principales traductions (en grec de la Septante et en latin), en tenant compte dans chaque cas de ses différentes versions connues. L’exemple du livre de Ben Sira me semble particulièrement approprié à cette fin en raison de la complexité des circonstances de sa transmission, comme nous le verrons plus loin1.

2L’étude des quatre langues antiques de la traduction de ce livre, et de leur subdivision en quelques types de textes et sous-groupes dans les variantes manuscrites, offre aux philologues de nombreux délices de critique textuelle, et aux linguistes et traductologues de précieux aperçus sur la nature de la traduction en général.

3Nous sommes fort heureusement dans la situation, relativement rare dans les écrits antiques, de disposer d’informations pour ainsi dire de première main sur les principes de la traduction grecque, grâce au petit-fils de l’auteur du livre, qui s’exprime en prologue au texte de cette manière :

  • 2 « παρακέκλησθε οὖν μετ’ εὐνοίας καὶ προσοχῆς τὴν ἀνάγνωσιν ποιεῖσθαι καὶ συγγνώμην ἔχειν, ἐφ’ οἷς ἂ (...)

Vous êtes maintenant invités à lire avec bienveillance et attention ; et je vous prie de faire preuve d’indulgence dans les cas où, aux yeux de ceux qui s’occupent de l’expression linguistique de leur mieux, il semble que je n’ai pas (correctement) touché les expressions2.

4À ce propos, Bonifatia Gesche, une experte qui s’est beaucoup investie dans le travail sur le livre du Siracide, en particulier dans l’élaboration de la documentation critique du texte, fait remarquer :

  • 3 B. Gesche, « Projekt: Sirach-Synopse », op. cit., p. 249 et suiv. Pour un travail plus récent, voir (...)

C’est ainsi que le traducteur du livre du Siracide décrit, dès la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ, les difficultés de la transposition d’un texte dans une autre langue. Le texte hébreu de ce livre était certes connu jusqu’au haut Moyen-Âge et parfois cité par les rabbins, mais il est peu à peu tombé dans l’oubli, probablement en raison de sa proximité avec la sagesse hellénistique. Par conséquent, pendant des siècles, le livre n’a été transmis que par le biais de traductions. Celui qui lit le texte aujourd’hui est donc confronté à la question de savoir sur quelle version il doit se baser […]. Celui qui décide d’utiliser une seule version linguistique doit être conscient de l’importance qu’il accorde aux caractéristiques de cette version par rapport aux autres. En revanche, les traductions basées sur des textes reconstruits brouillent le regard sur le caractère spécifique de chaque fil de la tradition, qui est déterminant pour une interprétation du texte3.

  • 4 Voir : Hans H. Hinterhuber, « Paradigmenwechsel – Vom Denken in Funktionen zum Denken in Prozessen  (...)

5Les traductions antiques ne peuvent donc prétendre à aucun « prix de beauté » stylistique. Elles sont le produit d’un effet de cascade qu’on pourrait désigner par l’expression de « bouche à oreille ». Ce phénomène est d’une grande importance dans les sciences linguistiques et les sciences de la communication. Lorsqu’une information est transmise d’une personne à l’autre, elle risque d’être déformée ou de ne pas arriver du tout si le destinataire ne connaît pas l’information reçue par l’émetteur précédent. Des pertes d’informations surviennent ici à chaque interface. Des études empiriques ont démontré que dans une entreprise, lorsque des informations sont transmises à travers cinq départements ou services, seuls 20 % des informations initiales sont reçues par le dernier récipiendaire4.

6À l’occasion de l’étude des différentes versions linguistiques du livre du Siracide, nous avons eu à plusieurs reprises la vive impression qu’un tel effet de déperdition se produisait au cours du passage de la langue source vers les langues cibles respectives, parfois avec une intensité qui, en « bout de chaîne », laissait le lecteur perplexe quant au sens que le traducteur pensait avoir reconnu dans la langue source respective.

  • 5 Sur ce sujet, voir maintenant les contributions rassemblées dans Katharina Heyden et Henrike Manuwa (...)

7Les problèmes que pose toute traduction de « textes sacrés », tels que les textes bibliques5, semblent particulièrement démultipliés dans le cas du Siracide, du fait de la particularité de l’histoire de la transmission du texte. Dans notre contribution nous donnerons un aperçu – nécessairement succinct, quoique concis – du phénomène de « bouche à oreille » qui commande les traductions de ce texte. Nous avancerons quelques explications sur les raisons possibles du recours à un certain choix de mots et à une certaine reproduction de constructions syntaxiques, à partir d’un classement des phénomènes observés.

Chevauchement de plusieurs significations lexicalement sélectionnables

8Les cas où plusieurs significations lexicalement sélectionnables se chevauchent sont assez fréquents. On peut citer par exemple Sir 4,5 :

Hébreu : ולא תתן לו מקום לקללך (« et tu ne lui donneras pas l’espace pour te maudire »)
Septante : καὶ μὴ δῷς τόπον αὐτῷ καταράσασθαί σε (« et ne lui donne pas l’espace / l’occasion de te maudire »)
Vulgate : et non relinquas Ø quaerentibus tibi retro maledicere (« et ne donne pas aux solliciteurs [l’occasion] de te maudire par derrière »)

  • 6 Voir : Hadumod Bußmann (éd.), Lexikon der Sprachwissenschaft, 4e éd., Stuttgart, Kröner, 2008, p. 4 (...)
  • 7 D’autres parallèles avec cet usage métaphorique (38,12 καὶ ἰατρῷ δὸς τόπον et da locum medico, 13,2 (...)

9Le traducteur grec n’est pas ici confronté à la nécessité de faire un choix sémantique dans la représentation de מקום. Le mot hébreu désigne sans ambiguïté un « lieu » au sens spatial. Le traducteur latin se trouve cependant à la croisée des chemins lexicaux, car le grec τόπος développe au cours de son histoire (comme de nombreux mots qui, à l’origine, étaient concreta6) une signification secondaire métaphorique qui apparaît parfois dans nos textes et qui, de plus, pourrait convenir à ce passage de Ben Sira7. Τόπος dans le sens de « occasion, opportunité », semble être un usage spécifiquement hellénistique. Ainsi, Polybe (200-120 av. J.-C.), dans ses Histoires, énonce :

[…] οἱ μὲν γὰρ τόπον ἔσχατον ἀπολογίας γε πρὸς τοὺς ἐπιγινομένους περὶ σφῶν ἀπέλειπον

[…] car ceux-là [les Carthaginois] ont tout de même laissé à la postérité une petite occasion de les défendre. (Hist. 38,1,5)

10Dans le Nouveau Testament, on peut comparer ce passage à Rm 12,19 :

μὴ ἑαυτοὺς ἐκδικοῦντες, ἀγαπητοί, ἀλλὰ δότε τόπον τῇ ὀργῇ· γέγραπται γάρ· ἐμοὶ ἐκδίκησις, ἐγὼ ἀνταποδώσω, λέγει κύριος

non vosmet ipsos defendentes, carissimi, sed date locum irae ; scriptum est enim « mihi vindictam, ego retribuam » dicit Dominus

Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère ; car il est écrit : « À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. »

11et à Hb 12,17 :

μετανοίας γὰρ τόπον οὐχ εὗρεν καίπερ μετὰ δακρύων ἐκζητήσας αὐτήν

non enim invenit paenitentiae locum, quamquam cum lacrimis inquisisset eam

Vous savez que, plus tard, voulant obtenir la bénédiction, il fut rejeté, quoiqu’il la sollicitât avec larmes ; car son repentir ne put avoir aucun effet.

  • 8 Déjà depuis Sophocle (495-406 av. J.-C.), El. 1292 χρόνου γὰρ ἄν σοι καιρὸν ἐξείργοι λόγος (« trop (...)
  • 9 Voir : Isocrate (436-338 av. J.-C.), Panath. 34 « ἔστι δ᾽ ἀνδρὸς νοῦν ἔχοντος μὴ τὴν εὐπορίαν ἀγαπᾶ (...)
  • 10 Voir : Polybe (200-120 av. J.-C.), Hist. 2,52,3 « παρεδόθη τοῖς Ἀχαιοῖς ἀφορμὴ καὶ πρόφασις εὔλογος (...)
  • 11 Voir : Démosthène (384-322 av. J.-C.), Exord. 2,2 « τοῦτο τοίνυν φυλάττεσθε μὴ πάσχειν, ὦ ἄνδρες Ἀθ (...)
  • 12 Cf. Ac 24,25 « καιρὸν δὲ μεταλαβὼν μετακαλέσομαί σε » (« quand j’en trouverai l’occasion, je te rap (...)

12Il faut souligner que le traducteur grec disposait de substantifs plus univoques pour insister sur le sens d’« occasion, opportunité » : en premier lieu καιρός [kairos]8, mais aussi son dérivé εὐκαιρία [eukairia]9, ἀφορμή [aphormé]10 ou même λαβή [labé] (qui apparaît en combinaison avec διδόναι [didónai « donner »]11). Tous ces termes apparaissent également dans le sens d’« occasion, opportunité » dans le Nouveau Testament12.

13On le voit bien : dans ces différents cas, le traducteur pioche dans son lexique, comme nous le ferions nous-mêmes si nous devions traduire un texte écrit dans une langue étrangère dans notre langue maternelle. Cette opération de sélection peut toutefois échouer si la compréhension d’un énoncé n’est pas suffisante pour saisir le sens que lui donne le contexte de la langue originale. En d’autres termes, ou pour dire les choses plus simplement : il arrive que l’on regarde au mauvais endroit de l’entrée du dictionnaire. Cette difficulté résulte de deux phénomènes linguistiques : celui de la similarité et celui du champ lexical.

  • 13 Voir : Sébastien Harispe et al. (éd.), Semantic Similarity from Natural Language and Ontology Analy (...)

14En linguistique textuelle13, la « similarité » fait référence à une relation entre lexèmes par laquelle une ressemblance est exprimée au sens le plus large, par exemple :

  • A est semblable à B
  • A est opposé à B
  • A est plus complexe que B
  • A remplace B
  • 14 Jost Trier, Der deutsche Wortschatz im Sinnbezirk des Verstandes, Heidelberg, Winter, 1973 (origine (...)

15Un « champ lexical » se définit comme un ensemble de mots regroupés sémantiquement (par sens) et se référant à un sujet spécifique. Le terme (dans sa forme allemande « Wortfeld ») a été établi en linguistique par le médiéviste allemand Jost Trier en 193114. Trier l’a utilisé pour désigner un groupe de mots : 1o) liés par leur sens, 2o) dont les significations se limitent les unes aux autres et 3o) qui sont censés couvrir un certain domaine conceptuel sans lacunes.

Remplacement d’une expression contenant certaines nuances par un « terme standard »

16Il peut également arriver qu’un vocable plus éloigné, exprimant certaines nuances, ne soit manifestement pas familier au traducteur et que, dans ce cas, il lui substitue un « terme standard » particulièrement usité (« A est plus complexe que B ») du champ lexical concerné dans sa propre langue (« A remplace B »). Un tel phénomène est repérable dans Sir 45,5 :

  • 15 Pour ערפל, voir : Dt 4,11 « ווַתִּקְרְב֥וּן וַתַּֽעַמְד֖וּן תַּ֣חַת הָהָ֑ר וְהָהָר בֹּעֵ֤ר בָּאֵשׁ֙ (...)
  • 16 Pour γνόφος / δνόφος, voir [Aristote], de mundo (vers 320-150 avant J.-C.) 391 b 12 « βρονταὶ καὶ ἀ (...)

Hébreu : וישמיעהו את קולו ויגישהו לערפ (« et le [Moïse] fit s’approcher de l’obscurité du nuage15 »)
Septante : καὶ εἰσήγαγεν αὐτὸν εἰς τὸν γνόφον « et le conduisit dans l’obscurité [du nuage]16 »
Vulgate : et induxit illum innubem (« et le conduisit dans le nuage »)

Exploitation délibérée de l’étendue d’un champ lexical pour exprimer une interprétation particulière

17Inversement, il arrive que le traducteur se serve délibérément de l’étendue d’un champ lexical pour exprimer une interprétation particulière du texte source, comme dans Sir 8,16 :

Hébreu : עם בעל אף אל תעיז (« ne défie pas un homme irascible »)
Septante : μετὰ θυμώδους μὴ ποιήσῃςμάχην « ne te bats pas avec un homme irascible »
Vulgate : cum iracundo non faciasrixam « ne te querelle pas avec un homme irascible »

  • 17 Un exemple est Is 33,19 « אֶת־עַ֥ם נוֹעָ֖ז לֹ֣א תִרְאֶ֑ה » (« tu ne verras plus le peuple audacieux(...)
  • 18 Μάχη pourrait presque être qualifié d’hyperonyme du champ lexical de la « dispute » (sur le terme, (...)
  • 19 Pour le sens dépréciatif particulier du latin rixa (« querelle, rixe »), cf. Horace (65-8 av. J.-C. (...)

18Nous voyons ici que lors de son « voyage » à travers les versions de traduction, la pensée subit même une double réinterprétation grâce à la sémantique choisie à chaque fois par les traducteurs. Le lexème hébreu יעז renvoie à l’idée « d’être fort » ou « d’être audacieux », ce qui est compatible avec la valeur négative d’un orgueil agressif17. La restitution grecque l’exprime, certes, mais se limite en général à μάχην ποιῆσαι [máchen poiêsai « se battre »]18. En contraste, le traducteur latin opère un choix dans le champ lexical de la « lutte » en fonction d’une caractéristique spécifique, pourtant peu adaptée à la situation du texte source : il utilise rixa, réduisant le sens de l’action à une simple « dispute » (par exemple entre ivrognes)19.

19Une telle sélection est encore plus évidente dans l’exemple suivant, Sir 43,17 b :

  • 20 Dans ce cas, le texte hébreu est assez lacunaire et incertain. Pour le terme hébreu זַלְעָפָה (en f (...)

Hébreu : זלעפות פון סופה וסערה (« les vents tourbillonnants du nord, les tempêtes et les intempéries »)20
Septante : καὶ καταιγὶς βορέου καὶ συστροφὴ πνεύματος « et la tempête du Nord et le tourbillon »
Vulgate : tempestas aquilonis et congregatio spiritus « la tempête du nord et le rassemblementdu vent »

20Ici, la difficulté vient du fait que συστροφή (en relation avec συστρέφω : « tordre / rassembler ensemble ») couvre un espace sémantique relativement large. L’association de συστροφή avec πνεύματος donne « tourbillon » ; mais le terme peut être associé à d’autres mots pour donner lieu à d’autres significations, comme dans Phrynichos l’Atticiste (2de moitié du IIe siècle après J.-C.), Ecl. 374 :

οἱ δ᾿ ἀρχαῖοι τὴν βίαιον τοῦ ἀνέμου εἴλησιν καὶ συστροφὴν στρόβιλον καλοῦσι καὶ στροβιλῆσαι τὸ συστρέψαι

Les anciens appelaient le mouvement violent du vent « tornade » [εἴλησις] et le mouvement tordu « tourbillon » [στρόβιλος], et avec στροβιλῆσαι ils désignaient la torsion.

21Le même terme συστροφή peut être compris dans le sens de la version latine comme « collection, rassemblement », comme dans Polybe, Hist. IV 34,6 :

οἱ δ᾽ ἔφοροι […] δεδιότες τὴν τῶν νέων συστροφήν

Les éphores […] intimidés par la foule des jeunes gens.

22Dans un passage de Théophraste (372-288 av. J.-C.), élève et successeur d’Aristote, les deux aires sémantiques apparaissent combinées. Dans De ventis 34, il est écrit :

γίνονται δὲ καὶ αἱ καταιγίδες ἐν τοῖς τοιούτοις· συστροφαὶ γὰρ ἐνταῦθα καὶ ἁθροισμὸς πνεύματος

Les ouragans se forment également dans de tels [lieux / conditions, à savoir dans les « lieux abrités de la Borée et du vent en général », voir le début de la section 34] ; car il y a ici une torsion et une agrégation du vent.

23En rendant πνεῦμα par spiritus, de manière sans doute consciente, le traducteur latin fait le choix d’un mot qui laisse transparaître une interprétation qui semble être de nature christologique, alors que d’autres termes rendant le mot « vent » auraient été plus immédiatement évidents.

24Dans le même ordre d’idée, cela vaut également la peine de regarder l’une des variantes de la version Gr 2 de la Septante. Au lieu de συστροφή, on y lit συντροφης. Si nous voulons en distiller le sens, nous avons deux possibilités d’accentuation. D’une part συντρόφης, « sœur nourricière », qui apparaît exclusivement attesté dans CIG 3857 i (une inscription phrygienne du IIe siècle après J.-C.). D’autre part, chez le lexicographe Hésychios (IVe siècle après J.-C.), nous trouvons à deux endroits l’accentuation finale συντροφή « être nourri ensemble », qui est à mon avis nettement plus remarquable pour le contexte du passage du Siracide. Dans son Lexique, l’auteur explique ainsi le mot θάμνος « buisson, arbuste » (Hésychios, Lex. θ 88,2) :

ἢ καθ᾿ ἕνα τόπον τῆς ὕλης συντροφὴ καὶ ἡ συνεχὴς φυτεία

ou une alimentation commune du bois en un seul endroit et une croissance contiguë

25et le mot βοτρυδιόν « petite grappe » (des βότρυς « raisins ») en Lex. β 858,1, qu’il explique à son tour comme suit :

ἑτέρα τῆς ἑτέρας ἐχομένη, ὡς οἱ βότρυες τὰς ῥᾶγας ἔχουσιν πυκνάς. καὶ κατὰ συστροφήν

l’une contiguë à l’autre, comme les raisins ont des baies denses [contiguës] ; aussi « par une alimentation commune »

26Cette « alimentation commune », agglomérée dans les grappes de raisin, évoque bien l’idée verbalisée par congregatio dans la traduction latine. Cela montre pour συντροφή une nette proximité avec la version latine avec congregatio et a sans doute au moins contribué à influencer la conception du texte des traducteurs latins.

Combinaisons de malentendus sémantiques et syntaxiques

27Parfois, plusieurs phénomènes se combinent : celui du chevauchement du champ lexical et celui d’une conception syntaxique différente dans la langue cible. Un imbroglio particulier se produit lorsque des mots qui peuplent un espace sémantique similaire et proche dans les différentes langues se distinguent néanmoins par des relations syntaxiques différentes, comme par exemple dans Sir 23,16 :

  • 21 Ici, le texte hébreu n’est pas conservé, mais il peut être déduit de Sir 12,14.
  • 22 Ou transitif (voir Pr 29,8 « ἄνδρες λοιμοὶ ἐξέκαυσαν πόλιν », « les moqueurs soufflent le feu dans (...)

Hébreu : לא יעבר עד תבער בו אש « il ne s’éloignera pas jusqu’à ce qu’un feu brûle en lui / jusqu’à ce qu’un feu le brûle21 »
Septante : οὐ μὴ παύσηται, ἕως ἂν ἐκκαύσῃ πῦρ « il ne s’arrêtera pas jusqu’à ce que le feu s’éteigne / jusqu’à ce qu’il ait allumé un feu22 »
Vulgate : non desinet, donec incendat ignem « il ne s’arrêtera pas jusqu’à ce qu’il ait allumé un feu »

28Pour l’hébreu בער, il y a deux interprétations possibles selon les valences syntaxiques possibles pour ce verbe.

29Dans Ps 83,14, on peut lire :

כאש תבער־יער

comme le feu qui brûle la forêt

30dans Is 30,33 :

נשמת יהוה כנחל גפרית בערה בהס

le souffle de l’Éternel l’enflamme, comme un torrent de soufre

31et dans Ex 3,3, à la forme intransitive :

וַיֹּ֣אמֶר מֹשֶׁ֔ה אָסֻֽרָה־נָּ֣א וְאֶרְאֶ֔ה אֶת־הַמַּרְאֶ֥ה הַגָּדֹ֖ל הַזֶּ֑ה מַדּ֖וּעַ לֹא־יִבְעַ֥ר הַסְּנֶֽה

Moïse dit : Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point

  • 23 Pour V, voir : Joseph Ziegler, Septuaginta : Vetus Testamentum Graecum, Vol. XII, 2: Sapientia Iesu (...)
  • 24 Pour le contexte de cette partie, voir : F. Ueberschaer, « Die Welt des Ben Sira », op. cit., p. 22 (...)

32Cela conduit à des variantes très différentes dans les diverses versions grecques. Un ἐκκαίω intransitif n’est attesté nulle part ; par conséquent, le sens de la forme active enregistrée dans le texte principal de la Septante est que la personne impudique « allume un feu », c’est-à-dire que les dommages causés à son caractère risquent de s’étendre à d’autres personnes. Le latin adhère à cette version du texte grec et n’en fait pas varier le sens. En contraste, dans deux traditions textuelles de type G2 (672 – Rom, Bibl.Vat., Vat.Gr.432 ; XIVe siècle – et surtout V, « Codex Venetus » de la Biblioteca Marciana, un manuscrit oncial du VIIIe siècle23), on trouve le médiopassif ἐκκαύσηται et le passif ἐκκαυθῇ, ce qui donne un sens tout à fait différent, voire opposé : « Il y aura un temps où les passions de l’homme licencieux pourront bien s’éteindre. » Ce sens pourrait également être justifié, comme on l’a dit, à partir de l’hébreu24.

33Ce procédé est poussé presque jusqu’au grotesque (et constitue ainsi l’un des exemples les plus instructifs) dans le passage suivant du Siracide (Sir 43,22) :

Hébreu : מרפא מרפא כל מערף ענן טל פורע לדשן שר֯בל « la guérison pour tout/tous est la bruine du nuage de rosée qui פורע לדשן שר֯בtombe pour rafraîchir l’homme desséché »
Septante : ἴασιν πάντων κατασπεύδει ὁμίχλη, δρόσος ἀπαντῶσα ἀπὸ καύσωνος ἱλαρώσει « la brume accélère la guérison de tous, l’humidité qui se dégage de la chaleur rend joyeux »
Vulgate : medicina omnium in festinationem nebulae ros obvians ab ardore venienti humilem efficiet eum « le remède de tous en hâte [consiste en] l’humidité de la brume. Si elle rencontre celui qui vient de la chaleur, elle l’abaissera [la chaleur] »

  • 25 Voir T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 651.

34Le traducteur latin travaille manifestement à partir de la variante ιασις παντων κατα σπουδην (mss-V b S(c) A 75). En grec, cette conception de la pensée, totalement différente du texte principal, montre déjà l’incertitude sur la syntaxe et (lié à ce problème) la sémantique25.

  • 26 Cf. Eduard Schwyzer, Griechische Grammatik, Zweiter Band: Syntax und syntaktische Stilistik (complé (...)
  • 27 Voir : C. Koehn, « Polybios und die Inschriften », op. cit., p. 161.

35Parmi les malentendus d’origine syntaxique, on trouve les problèmes posés par la compréhension de la construction de l’infinitif substantivé, une particularité du « style de chancellerie hellénistique26 ». L’emploi de l’infinitif substantivé, beaucoup plus fréquent que dans le grec ancien, y compris l’attique, saute aux yeux dès l’époque de Polybe27 et a pour conséquence d’apporter une certaine lourdeur à la rédaction. Dans Sir 45,23, on peut lire :

Hébreu : וגם פינחס ב̇ן אלעזר [...] בקנאו לאלוה͏ֵי כל « et aussi Pinhas, le fils d’Éléazar […] par *son* zèle pour le Dieu de tout »
Septante : καὶ Φινεες υἱὸς Ελεαζαρ τρίτος εἰς δόξαν ἐν τῷ ζηλῶσαι αὐτὸν ἐν φόβῳ κυρίου « et Pinhas, fils d’Éléazar, [est] le troisième en gloire parce qu’*il* était zélé dans la crainte du Seigneur / parce qu’il *l*’a imité dans la crainte du Seigneur »
Vulgate : et Finees filius Eleazari tertius in gloria est in imitando *ipsum* in timore domini « et Pinhas, fils d’Éléazar, est le troisième en gloire parce qu’il *l*’a imité dans la crainte du Seigneur »

  • 28 Voir : T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 692 ; aussi : Heinz-Josef Fabry, « Sühnevorstel (...)

36Αὐτόν, sujet accusatif de l’infinitif substantif, peut bien sûr aussi être compris tout autrement ici, à savoir comme objet direct de ζηλῶσαι – ce que le traducteur latin n’hésite pas à adopter comme solution, qui lui semble plus familier que la construction grecque28. Mais c’est précisément dans le Nouveau Testament que l’emploi intransitif de ce verbe apparaît comme un terme théologique technique : au sens positif comme « être zélé » (et, de surcroît, pour la loi de Dieu), « être dévot », comme dans Ap 3,19 :

ζήλευε [ou, comme variante de même sens, ζήλωσον] οὖν καὶ μετανόησον

aie donc du zèle, et repens-toi.

37Parfois dans ces cas-là, le sens s’inverse complètement, comme dans Sir 46,5 :

  • 29 Sur le verbe, voir : T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 700.

Hébreu : כי קרא אל אל עליון כאכפה ל[...] « car il invoqua Dieu le Très-Haut quand [il] était harcelé29 […] »
Septante : ἐπεκαλέσατο τὸν ὕψιστον δυνάστην ἐν τῷ θλῖψαι *αὐτὸν* ἐχθροὺς κυκλόθεν « il invoqua le souverain suprême tandis qu’*il harcelait* les ennemis alentour / tandis que les ennemis *le harcelaient* alentour »
Vulgate : invocavit altissimum potentem obpugnando inimicos undique « il invoqua le souverain suprême tandis qu’il attaquait les ennemis partout »

  • 30 Js 10.

38Ici, il est évident que le traducteur latin, dans sa difficulté à s’accommoder de la construction grecque ambiguë, opte pour la mauvaise solution. L’idée qu’un seul homme (il s’agit de « Josué, fils de Nun, successeur de Moïse parmi les prophètes », voir 46,1) « harcèle ses ennemis tout autour » semble absurde, même si l’on s’arrange pour comprendre Josué comme faisant partie de l’ensemble de ses forces armées. Après tout, ce n’était pas à moins de cinq rois auxquels Josué était confronté30 ; il est donc difficile de comprendre comment une seule armée, celle de Josué, aurait pu « harceler tout autour » les cinq autres. Le récit donne plutôt l’impression (comme c’est souvent le cas dans l’Antiquité guerrière) que la description de la puissance des adversaires met en valeur l’exploit de Josué et l’aide qu’il reçoit de Dieu. De plus, le texte hébreu, lacunaire comme il nous est parvenu, laisse entendre que la forme verbale אכפה ne se réfère pas à Josué en tant que sujet.

39En dernier recours, le traducteur latin peut cependant justifier son choix de traduction par le fait que, du point de vue strictement syntaxique, ἐχθρούς pourrait tout à fait entrer en ligne de compte pour l’objet direct de θλῖψαι. Ainsi, la version dans la langue cible devient le produit d’une interprétation du « texte sacré » biblique. Est-ce un hasard si plus tard le traducteur syrien évitera de prendre une telle décision en ne parlant même pas des « ennemis » ?

Conclusion

40En résumé, on peut constater ce qui suit : l’effet de cascade, que l’on peut observer entre les versions d’un même texte dans les langues antiques, a manifestement des causes différentes et se répercute donc de manière différente.

41On constate d’une part de simples malentendus qui résultent des espaces sémantiques différents dans les langues concernées et qui doivent être considérés comme des erreurs de compréhension du texte, comme on en rencontre à toutes les époques de l’histoire de la traduction dans des textes difficiles à comprendre sur le plan factuel et linguistique. L’exemple discuté au point 2 a permis de montrer comment la complexité de la représentation factuelle présente dans la langue source a pu être réduite. Face à une telle difficulté, ce sont parfois les possibilités sémantiques qui sont sciemment utilisées pour procéder à une réinterprétation plus ou moins subtile du texte original (comme pour fournir une interprétation christologique à un passage donné). Dans les exemples donnés au point 4, on peut constater comment l’évolution interne de la langue source respective (par exemple le « style de chancellerie » typique de la phase hellénistique du grec, marqué par l’utilisation proéminente d’expressions substantives, avec son grand nombre d’infinitifs substantivés) a posé des défis à la compréhension des traducteurs.

42Les exemples cités dans notre contribution ne peuvent servir que de premières observations de ces phénomènes ; une analyse vraiment pertinente devrait systématiquement prendre en compte un corpus de textes beaucoup plus vaste de la Septante.

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Notes

1 Voir : Bonifatia Gesche, « Projekt: Sirach-Synopse », Early Christianity, vol. 7, 2016, p. 250-252, et Markus Witte (éd.), Jesus Sirach. Jüdisches Gesetz und kosmische Weisheit, Tübingen, Mohr Siebeck, 2023, p. 4-10.

2 « παρακέκλησθε οὖν μετ’ εὐνοίας καὶ προσοχῆς τὴν ἀνάγνωσιν ποιεῖσθαι καὶ συγγνώμην ἔχειν, ἐφ’ οἷς ἂν δοκῶμεν τῶν κατὰ τὴν ἑρμηνείαν πεφιλοπονημένων τισὶν τῶν λέξεων ἀδυναμεῖν· οὐ γὰρ ἰσοδυναμεῖ αὐτὰ ἐν ἑαυτοῖς Ἑβραϊστὶ λεγόμενα καὶ ὅταν μεταχθῇ εἰς ἑτέραν γλῶσσαν. » (Sir Prol. 15-22).

3 B. Gesche, « Projekt: Sirach-Synopse », op. cit., p. 249 et suiv. Pour un travail plus récent, voir : Anna Passoni Dell’Acqua, « Translating as a Means of Interpreting: The Septuagint and Translation in Ptolemaic Egypt », dans Wolfgang Kraus et Martin Karrer (éd.), Die Septuaginta – Texte, Theologien, Einflüsse, Tübingen, Mohr Siebeck, 2010, p. 329-333 ; Peter Prestel, « Die Diversität des Griechischen in der Septuaginta », dans Eberhard Bons et Jan Joosten (éd.), Die Sprache der Septuaginta / The Language of the Septuagint, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus, 2016, p. 40-42 et 46 et suiv. ; Christian Eberhart, « Opferterminologie im Sirachbuch », dans Martin Meiser et al., Die Septuaginta – Geschichte, Wirkung, Relevanz, Tübingen, Mohr Siebeck, 2018, p. 343 et suiv. ; Ekaterina Matusova, « The Origins of Translation Theory: The LXX among Jewish Greek Writers », dans ibid., p. 565-572 ; Christoph Kugelmeier, « Ἰσοδυναμία und “Authentizität”. Reflexe der Auseinandersetzung um die “Worttreue” in den antiken Versionen des Buches Sirach », dans ibid., p. 631 et suiv. ; C. Kugelmeier, « Beobachtungen zur gedanklichen und sprachlichen Struktur des Prologs zum Buch Sirach », dans Siegfried Kreuzer et al. (éd.), Bibel und Patristik. Studien zur Exegese und Rezeption von Septuaginta und Neuem Testament. Festschrift für Martin Meiser, Paderborn, Brill Schöningh, 2022, p. 99-117 ; M. Witte, Jesus Sirach, op. cit., p. 19-21.

4 Voir : Hans H. Hinterhuber, « Paradigmenwechsel – Vom Denken in Funktionen zum Denken in Prozessen », dans Holger Luczak et Walter Eversheim (éd.), Marktorientierte Flexibilisierung der Produktion, Cologne, Verlag TÜV Rheinland, 1993, p. 107.

5 Sur ce sujet, voir maintenant les contributions rassemblées dans Katharina Heyden et Henrike Manuwald (éd.), Übertragungen heiliger Texte in Judentum, Christentum und Islam, Tübingen, Mohr Siebeck, 2019.

6 Voir : Hadumod Bußmann (éd.), Lexikon der Sprachwissenschaft, 4e éd., Stuttgart, Kröner, 2008, p. 434 et suiv.

7 D’autres parallèles avec cet usage métaphorique (38,12 καὶ ἰατρῷ δὸς τόπον et da locum medico, 13,22 – à propos du ταπεινός – καὶ οὐκ ἐδόθη αὐτῷ τόπος et non est datus ei locus) sont examinés par Frank Ueberschaer, « Die Welt des Ben Sira. Orte und Räume im Denken Ben Siras », dans S. Kreuzer et al. (éd.), Bibel und Patristik, op. cit., p. 227 et suiv. ; aussi dans ces deux cas, מקום est traduit.

8 Déjà depuis Sophocle (495-406 av. J.-C.), El. 1292 χρόνου γὰρ ἄν σοι καιρὸν ἐξείργοι λόγος (« trop parler nous ferait manquer l’occasion »).

9 Voir : Isocrate (436-338 av. J.-C.), Panath. 34 « ἔστι δ᾽ ἀνδρὸς νοῦν ἔχοντος μὴ τὴν εὐπορίαν ἀγαπᾶν, ἢν ἔχῃ τις περὶ τῶν αὐτῶν πλείω τῶν ἄλλων εἰπεῖν, ἀλλὰ τὴν εὐκαιρίαν διαφυλάττειν ὑπὲρ ὦν ἂν ἀεὶ τυγχάνῃ διαλεγόμενος » (« C’est la marque d’un homme de bon sens de ne pas se satisfaire de la facilité qu’on peut avoir à parler sur un même thème plus abondamment que les autres, mais d’observer au contraire l’occasion favorable pour chaque sujet qu’il aborde. »).

10 Voir : Polybe (200-120 av. J.-C.), Hist. 2,52,3 « παρεδόθη τοῖς Ἀχαιοῖς ἀφορμὴ καὶ πρόφασις εὔλογος » (« [Les Corinthiens] fournirent aux Achéens une occasion et un prétexte solide. »).

11 Voir : Démosthène (384-322 av. J.-C.), Exord. 2,2 « τοῦτο τοίνυν φυλάττεσθε μὴ πάσχειν, ὦ ἄνδρες Ἀθηναῖοι, ὅπως μή ποτε τοῖς ἐπιβουλεύουσιν λαβὴν δώσετε » (« Prenez garde à un inconvénient, Athéniens, qui est de donner une occasion, un jour, à ceux qui vous en veulent. »).

12 Cf. Ac 24,25 « καιρὸν δὲ μεταλαβὼν μετακαλέσομαί σε » (« quand j’en trouverai l’occasion, je te rappellerai ») ; καιρός se trouve également dans un sens identique dans la Septante (comme reproduction de מוֹעֵד), cf. Ps 74(75),3 « ὅταν λάβω καιρόν » (« au temps que j’aurai fixé ») ; Mt 26,16 « καὶ ἀπὸ τότε ἐζήτει εὐκαιρίαν ἵνα αὐτὸν παραδῷc » (« depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour livrer Jésus ») ; Rm 7,8 « ἀφορμὴν δὲ λαβοῦσα ἡ ἁμαρτία διὰ τῆς ἐντολῆς κατειργάσατο ἐν ἐμοὶ πᾶσαν ἐπιθυμίαν » (« et le péché, saisissant l’occasion, produisit en moi par le commandement toutes sortes de convoitises »).

13 Voir : Sébastien Harispe et al. (éd.), Semantic Similarity from Natural Language and Ontology Analysis, San Rafael California, Morgan et Claypool, 2015.

14 Jost Trier, Der deutsche Wortschatz im Sinnbezirk des Verstandes, Heidelberg, Winter, 1973 (originellement thèse d’habilitation, Université de Marburg 1928).

15 Pour ערפל, voir : Dt 4,11 « ווַתִּקְרְב֥וּן וַתַּֽעַמְד֖וּן תַּ֣חַת הָהָ֑ר וְהָהָר בֹּעֵ֤ר בָּאֵשׁ֙ עַד־לֵ֣ב הַשָּׁמַ֔יִם חֹ֖שֶׁךְ עָנָ֥ן וַעֲרָפֶֽל » (« La montagne était embrasée, et les flammes s’élevaient jusqu’au milieu du ciel. Il y avait des ténèbres, des nuées, de l’obscurité. »).

16 Pour γνόφος / δνόφος, voir [Aristote], de mundo (vers 320-150 avant J.-C.) 391 b 12 « βρονταὶ καὶ ἀστραπαὶ καὶ πτώσεις κεραυνῶν μυρίων τε γνόφων συμπληγάδες » (« des tonnerres et des éclairs, des coups de tonnerre et des milliers de nuages sombres »).

17 Un exemple est Is 33,19 « אֶת־עַ֥ם נוֹעָ֖ז לֹ֣א תִרְאֶ֑ה » (« tu ne verras plus le peuple audacieux »). Voir : Takamitsu Muraoka, Wisdom of Ben Sira, Leuven et al., Peeters, 2023, p. 158.

18 Μάχη pourrait presque être qualifié d’hyperonyme du champ lexical de la « dispute » (sur le terme, voir : H. Bußmann, Lexikon der Sprachwissenschaft, op. cit., p. 271) ; le mot manque ainsi de caractéristiques spécifiques qui pourraient offrir une description plus précise (en linguistique : « intension » ; voir : ibid., p. 299) et donc une interprétation de la situation donnée dans le texte.

19 Pour le sens dépréciatif particulier du latin rixa (« querelle, rixe »), cf. Horace (65-8 av. J.-C.), Carm. III 21,3 (d’un bon vieux vin) : « seu rixam et insanos amores [geris] » (« si tu apportes des querelles et des amours folles »).

20 Dans ce cas, le texte hébreu est assez lacunaire et incertain. Pour le terme hébreu זַלְעָפָה (en fait simplement « brûlant », seulement en combinaison avec ר֥וּחַ un « vent brûlant », comparé par Wilhelm Gesenius au simoun, dans Hebräisches und aramäisches Handwörterbuch über das Alte Testament, 18e éd., Berlin, Springer, 2013). Cf. Ps 11,6 « ימטר על־רשעים פחים אש וגפרית מנת כוסם » (« Il fait pleuvoir sur leיַמְטֵ֥ר עַל־רְשָׁעִ֗ים פַּ֫חִ֥ים אֵ֣שׁ וְ֭גָפְרִית וְר֥וּחַ זִלְעָפ֗וֹת מְנָ֣ת כּוֹסָֽם soufre ; un vent brûlant, c’est le calice qu’ils ont en partage »).

21 Ici, le texte hébreu n’est pas conservé, mais il peut être déduit de Sir 12,14.

22 Ou transitif (voir Pr 29,8 « ἄνδρες λοιμοὶ ἐξέκαυσαν πόλιν », « les moqueurs soufflent le feu dans la ville »), avec T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 360, « till the fire consumes [him] – jusqu’à ce que le feu [le] consume » ; mais, en effet, pour cela il faudrait ajouter l’objet pronominal.

23 Pour V, voir : Joseph Ziegler, Septuaginta : Vetus Testamentum Graecum, Vol. XII, 2: Sapientia Iesu Filii Sirach, édité par J. Ziegler, 3e éd., Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2016, p. 56 : « ein wichtiger Zeuge von GrII – un témoin important de Gr II ».

24 Pour le contexte de cette partie, voir : F. Ueberschaer, « Die Welt des Ben Sira », op. cit., p. 223.

25 Voir T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 651.

26 Cf. Eduard Schwyzer, Griechische Grammatik, Zweiter Band: Syntax und syntaktische Stilistik (complété et édité par Albert Debrunner), 6e éd., Munich, Beck, 2013, p. 369 et 383 et suiv. ; Friedrich Blass et Albert Debrunner , Grammatik des neutestamentlichen Griechisch (révisé par Friedrich Rehkopf), 19e éd., Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2020, § 388 ; Otto Hoffmann, Geschichte der griechischen Sprache (3e éd. rédigée par Albert Debrunner), Part. II, Berlin, De Gruyter, 1953, p. 128 ; critique à l’égard de cette désignation : Clemens Koehn, « Polybios und die Inschriften: Zum Sprachgebrauch des Historikers », dans Volker Grieb et Clemens Koehn (éd.), Polybios und seine Historien, Stuttgart, Steiner, 2013, p. 162-169.

27 Voir : C. Koehn, « Polybios und die Inschriften », op. cit., p. 161.

28 Voir : T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 692 ; aussi : Heinz-Josef Fabry, « Sühnevorstellungen bei Jesus Sirach », dans S. Kreuzer et al. (éd.), Bibel und Patristik, op. cit., p. 602 et suiv ; Burkard M. Zapff, « Schriftgelehrte Rezeptionen im hebräischen, griechischen und syrischen Sirach », dans ibid., p. 624-626.

29 Sur le verbe, voir : T. Muraoka, Wisdom of Ben Sira, op. cit., p. 700.

30 Js 10.

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Pour citer cet article

Référence papier

Christoph Kugelmeier, « Effet de cascade dans les traductions anciennes de textes bibliques. Quelques observations sur le livre de Ben Sira », Mélanges de science religieuse, tome 81, n° 2 | 2024, 115-128.

Référence électronique

Christoph Kugelmeier, « Effet de cascade dans les traductions anciennes de textes bibliques. Quelques observations sur le livre de Ben Sira », Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 81, n° 2 | 2024, mis en ligne le 30 novembre 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/620 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kbb

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Auteur

Christoph Kugelmeier

Universität des Saarlandes, D – 66123 Sarrebruck, Allemagne

c.kugelmeier@mx.uni-saarland.de

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