La Septante et les traductions latines de la Bible : observations sur la terminologie du sacrifice
Résumés
Cet article tente de questionner le rapport entre la Septante et les différentes traductions latines (Vetus Latina et Vulgate) à partir de la terminologie du sacrifice. Dans un premier temps sont mis en lumière les rapports étroits entre traductions en grec et en latin de l’Ancien Testament ; or, dans un second temps, nous essayons de montrer qu’avec ce champ lexical du sacrifice, Jérôme fait plutôt le choix d’un retour au texte hébraïque source. Finalement, la Vulgate serait même le lieu de déploiement d’une langue latine chrétienne : avec une étude de cas autour des noms latins hostia et uictima, nous observerons que la traduction latine de Jérôme est parfois, déjà, une interprétation.
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1Ce dernier article se trouve quelque peu en marge du volume thématique de la revue, centré sur la Septante. En effet, le titre « La Septante et les traductions latines de la Bible : observations sur la terminologie du sacrifice » nous invite non seulement à nous concentrer sur la Septante, en tant que première traduction grecque de la Bible, mais aussi sur les traductions bibliques de l’Ancien Testament qui se sont développées par la suite, aux premiers siècles de notre ère, en langue latine. En termes de sources, pour cette étude, nous fixerons notre attention sur la Septante et sur les traductions latines de la Bible : d’une part, la Vetus Latina, et d’autre part, la Vulgate de Jérôme.
- 1 Pour approfondir l’étude sur la Vetus Latina, voir : Jean Gribomont, « Les plus anciennes traductio (...)
2Nous appelons Vetus Latina l’ensemble de ces premières traductions latines de la Bible, qui voient le jour autour du IIe siècle de notre ère. Une multitude de traducteurs, qu’ils soient ou non anonymes, ont produit une multitude de traductions en latin. Deux points importants sont à retenir : tout d’abord, ces différents traducteurs n’ont pas traduit des livres entiers de la Bible, mais simplement des extraits, et ce à des fins pastorales ; ensuite, ils traduisent l’Ancien Testament, non pas à partir des textes disponibles en hébreu ou en araméen, mais à partir de sa traduction grecque, la Septante1.
- 2 En bref, les sources bibliques dont nous ferons usage pour cette étude sont les suivantes. En hébre (...)
3Pour ce qui est de la Vulgate de Jérôme, aux IVe et Ve siècles, ce traducteur latin fait plutôt le choix d’un retour à l’hébreu, ce qu’il appelle lui-même le retour à l’hebraica ueritas. Aussi, pour mener notre recherche, devons-nous inclure le Texte Massorétique en tant que texte source hébreu de l’Ancien Testament. En outre, nous ne pouvons pas exclure non plus d’autres versions des textes bibliques, dans la mesure où nous ne savons pas quels textes les traducteurs grecs et latins avaient sous les yeux. Ceci nous convie à prendre en considération les nouvelles recherches effectuées sur les rouleaux de la mer Morte, et à ne pas oublier que les Hexaples d’Origène, en langue grecque, étaient connus de Jérôme. Pour les exemples que nous allons étudier ci-dessous, ces deux sources ne nous ont pas apporté de nouvel éclairage, mais il a été important de vérifier si elles proposaient d’autres variantes2.
4Reste à justifier le choix de notre sujet. Pourquoi avoir fait le choix d’étudier le sacrifice ? Cette terminologie représente un champ lexical et sémantique vaste, qui nous permet d’étudier, sur quelques échantillons précis mais divers de l’Ancien Testament, les rapports entre la Septante et les traductions latines. Nous nous appuierons surtout sur des extraits tirés des livres du Lévitique et des Psaumes, dans lesquels se trouve la plus grande concentration de termes relevant du sacrifice, et à moindre mesure des livres de Daniel et d’Ezéchiel. Les mots hébraïques pour désigner le sacrifice ne sont pas très nombreux, mais nous remarquons une certaine diversité parmi les mots relevant de ce champ lexical dans la langue grecque, ainsi qu’un nombre encore plus élevé de termes dans la langue latine. Il nous faut garder à l’esprit que les mondes grec et romain connaissaient des pratiques sacrificielles différentes lorsqu’ils ont pris connaissance de l’Ancien Testament : de fait, le vocabulaire religieux relatif au sacrifice, en grec comme en latin, renvoyait déjà à des conceptions précises lorsqu’il va être mobilisé par les différents traducteurs chrétiens, ce qui va l’enrichir.
5Le but de cette présentation est de questionner le rapport entre la Septante et les différentes traductions latines, à partir de la terminologie du sacrifice. Nous tenterons de présenter ici quelques observations, principalement à partir de la Vulgate, et de montrer jusqu’à quel point la Septante a pu influencer les traductions latines de la Bible. Nous suivrons pour cela un plan en trois étapes. Tout d’abord, nous étudierons les rapports étroits qu’entretiennent les traductions en grec et en latin de la Bible : nous verrons comment la Vetus Latina traduit exclusivement le grec de la Septante, et comment Jérôme, ponctuellement, s’appuie lui aussi sur la Septante, ce qui est rendu visible dans sa Vulgate. Puis, nous focalisant sur la terminologie du sacrifice, nous constaterons que Jérôme opère, comme il l’avait annoncé, un retour à l’hébreu : nous prendrons appui sur quelques exemples qui montrent que la Septante s’éloigne du texte source, tandis que la traduction latine de Jérôme tente de rester la plus fidèle possible à l’hébreu. Enfin, nous nous concentrerons sur la Vulgate en tant que lieu de déploiement d’une langue latine chrétienne, et procéderons à une étude de cas autour des noms latins uictima et hostia. Nous pourrons observer que la traduction de Jérôme constitue peut-être déjà, parfois, une interprétation.
La Septante et les traductions latines de l’Ancien Testament
6Dans un premier temps, nous analyserons les rapports entre la Septante et les traductions latines de l’Ancien Testament, en effectuant un aperçu préalable sur la Vetus Latina.
7Rappelons-le : les manuscrits regroupés sous le nom de Vetus Latina traduisent le texte biblique à partir de la version des Septante. Les traducteurs latins des premiers siècles ne maîtrisaient plus la langue hébraïque, aucun retour au texte source n’était envisageable : il fallait procéder depuis le grec. Qui plus est, dans les milieux qui avaient besoin d’une traduction latine de la Bible, les traductions grecques faisaient autorité : d’une part, il n’y a donc pas grande nécessité de traduire à partir du texte hébraïque ; d’autre part, il n’est pas certain que ces milieux de langue latine aient eu un contact réel avec des communautés juives utilisant les textes bibliques en hébreu.
8Le rapport entre Vetus Latina et Septante est ainsi tout à fait évident : on part d’une traduction grecque pour créer un texte en latin. Le choix d’une traduction littérale est privilégié : la Septante a tendance à traduire, au moins dans une grande partie des livres, le texte hébraïque le plus littéralement possible ; à leur tour, les premiers traducteurs latins font le choix d’un grand littéralisme, traduisant au plus près du texte grec.
Dn 3,38
9Pour illustrer ce fait, nous pouvons citer le verset Dn 3,38 qui fait partie d’un passage exclusivement rédigé en grec (Dn 3,26-45), que l’on nomme aussi « la prière d’Azarias » :
- 3 Concernant le livre de Daniel, deux traditions textuelles existent pour la Septante : une traductio (...)
- 4 Opera D. Ioannis Chrysostomi, Bâle, Froben, 1558, vol. III, p. 886.
- 5 Ad Quirinum, Turnhout, Brepols, « Corpus Christianorum Series Latina », 1972, III, 20.
- 6 Toutes les traductions en note de bas de page sont des traductions personnelles.
| LXX (= Théodotion)3 | Vulgate | Vetus Latina – Chrysostome4 | Vetus Latina – Cyprien5 |
| καὶ οὐκ ἔστιν ἐν τῷ καιρῷ τούτῳ ἄρχων καὶ προφήτης οὐδὲ ἡγούμενος οὐδὲ ὁλοκαύτωσις οὐδὲ θυσία οὐδὲ προσφορὰ οὐδὲ θυμίαμα οὐδὲ τόπος τοῦ καρπῶσαι ἐνώπιόν σου καὶ εὑρεῖν ἔλεος6 | et non est in tempore hoc princeps et propheta et dux neque holocaustum neque sacrificium neque oblatio neque incensum neque locus primitiarum coram te ut possimus invenire misericordiam | Non est nobis in tempore hoc prínceps et propheta,neque oblatio, neque thymiama, neque locus ut offeratur primitiae | et non est hoc tempore princeps neque propheta neque potestas neque dux neque holocausta neque hostianeque oblatio neque thus neque locus sacrificare coram te hodie |
| Et il n’y a plus, à ce moment-là, ni chef, ni prophète, ni dirigeant, ni holocauste, ni sacrifice, ni offrande, ni encens, ni de lieu pour porter les prémices en ta présence et pour trouver de la compassion. | Et il n’y a plus, à ce moment-là, ni prince, ni prophète, ni chef, ni holocauste, ni sacrifice, ni offrande, ni encens, ni de lieu de prémices en ta présence. | Et il n’y a plus pour nous, à ce moment-là, ni prince, ni prophète, ni offrande, ni encens, ni lieu pour offrir des prémices. | Et il n’y a plus, à ce moment-là, ni prince, ni prophète, ni pouvoir, ni chef, ni holocaustes, ni victime, ni offrande, ni encens, ni lieu où sacrifier devant toi aujourd’hui. |
- 7 Pour étudier le vocabulaire grec de la langue classique, nous avons ici recours à trois dictionnair (...)
- 8 Pour étudier le vocabulaire grec de la Septante, nous avons recours plus particulièrement à deux di (...)
10Nous nous concentrons ici sur l’encens, utilisé dans le cadre d’un sacrifice. Nous voyons, dans cet exemple, que la Septante emploie le nom θυμίαμα : attesté dans la littérature grecque classique, ce mot signifie « parfum », ou « encens7 ». Les dictionnaires de la Septante de Muraoka et de Lust-Eynikel-Hauspie confirment également ce sens unique d’« encens8 ».
11Parmi les différentes traductions proposées dans la Vetus Latina, nous en retenons deux, particulièrement intéressantes ici pour montrer ce phénomène de littéralisme qui existe entre le grec et le latin :
- D’une part, dans un extrait de Chrysostome, nous constatons que θυμίαμα est rendu par le nom latin thymiama : nous avons ici affaire à une parfaite translittération, de l’alphabet grec vers l’alphabet latin. Ce terme latin signifie également « parfum à brûler », ou « encens9 », et il est surtout employé en contexte médical, par Celsus notamment dans son De arte medica10.
- D’autre part, dans un extrait de Cyprien, nous relevons un autre nom latin : thus, qui signifie aussi « encens ». Ce nom est tout à fait classique, attesté chez Cicéron, ou chez des poètes comme Horace et Virgile entre autres11. Tout comme thymiama, lui aussi est un calque de la Septante, dans la mesure où l’on retrouve cette même racine thu-.
- 12 Voir notamment les 7 attestations de thymiama au chap. 30 de l’Exode, ou encore l’emploi de ce nom (...)
- 13 Les premières traductions latines de la Bible fonctionnent d’abord « par latinisation de mots grecs (...)
12Jérôme, dans sa Vulgate, préfère le latin incensum, principalement employé par les auteurs chrétiens latins. Néanmoins, il n’a pas tout à fait exclu de sa traduction, pour autant, les noms proposés par la Vetus Latina, car le terme thymiama, par exemple, apparaît aussi à de nombreuses reprises dans sa traduction des livres du Pentateuque12. Mais ici, nous retiendrons surtout le grand littéralisme dont fait preuve la Vetus Latina dans son entreprise de traduction de la Septante13.
Ps 50(51),21 et Ps 140(141),2
- 14 Pour plus d’informations sur les différentes traductions du Psautier par Jérôme, voir l’article de (...)
13Dans un deuxième temps, nous interrogerons plus spécifiquement le rapport entre Septante et Vulgate. Nous prendrons ici deux exemples des Psaumes, où la traduction de Jérôme semble être effectuée à partir du grec, et non à partir de l’hébreu. Les Psaumes sont, en effet, une riche source en matière de traduction latine, car Jérôme en a effectué deux : une sur le texte de la Septante, puis une seconde sur le texte source hébraïque14.
Premier exemple : Ps 50(51),21
| TM | LXX | Iuxta LXX (traduction de Jérôme d’après la Septante) |
Iuxta Hebraeos (traduction de Jérôme d’après le texte hébraïque) |
| אָ֤ז תַּחְפֹּ֣ץ זִבְחֵי־צֶ֭דֶק עוֹלָ֣ה וְכָלִ֑יל אָ֤ז יַעֲל֖וּ עַל־מִזְבַּחֲךָ֣ פָרִֽים׃ | τότε εὐδοκήσεις θυσίαν δικαιοσύνης ἀναφορὰν καὶ ὁλοκαυτώματα, τότε ἀνοίσουσιν ἐπὶ τὸ θυσιαστήριόν σου μόσχους | tunc acceptabis sacrificium iustitiae oblationes et holocausta, tunc inponent super altare tuum vitulos | tunc suscipies sacrificium iustitiae, oblationes etholocausta |
| Alors tu te réjouiras de justes sacrifices, holocauste et offrande entièrement consumée, alors des taureaux seront offerts sur ton autel. | Alors tu seras satisfait d’un juste sacrifice, offrande et holocaustes, alors ils apporteront sur ton autel des veaux. | Alors tu recevras un juste sacrifice, offrandes et holocaustes, alors ils placeront sur ton autel des veaux. | Alors tu accueilleras un juste sacrifice, offrandes et holocaustes. |
- 15 Comme עוֹלָה (ʽolāh), le terme hébraïque כָּלִיל (kalil) permet aussi de désigner l’holocauste. Voi (...)
- 16 Pour étudier le vocabulaire hébraïque, nous consultons le dictionnaire de David Clines, The Diction (...)
14Nous partons du terme hébraïque כָּלִיל (kalil), qui signifie « offrande entièrement consumée, holocauste15 » (Clines : « whole offering16 »). La Septante le traduit par le nom ὁλοκαύτωμα, au sens de « wholly burnt offering », ou « holocaust, whole burnt offering » d’après les lexiques anglais de la Septante. Enfin, les deux versions latines de Jérôme nous intéressent plus particulièrement : Jérôme traduit en effet de la même façon le texte hébraïque et sa traduction grecque avec le nom holocaustum, qui est un emprunt du grec en latin. Nous notons ici que le nom hébraïque est au singulier, tandis que le nom grec ὁλοκαυτώματα, ainsi que le nom latin holocausta, sont tous deux au pluriel. Il semblerait donc que Jérôme traduise, à deux reprises, à partir de la version de la Septante, même si sa deuxième version est censée traduire le texte hébraïque.
Deuxième exemple : Ps 140(141),2
| TM | LXX | Iuxta LXX (traduction de Jérôme d’après la Septante) |
Iuxta Hebraeos (traduction de Jérôme d’après le texte hébraïque) |
| תִּכּ֤וֹן תְּפִלָּתִ֣י קְטֹ֣רֶת לְפָנֶ֑יךָ מַֽשְׂאַ֥ת כַּ֝פַּ֗י מִנְחַת־עָֽרֶב | κατευθυνθήτω ἡ προσευχή μου ὡς θυμίαμα ἐνώπιόν σου ἔπαρσις τῶν χειρῶν μου θυσία ἑσπερινή | dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo elevatio manuum mearum sacrificium vespertinum | dirigatur oratio mea sicut incensum in conspectu tuo elevatio manuum mearum sacrificium vespertinum |
| Que ma prière soit placée comme un encens devant toi, l’élévation de mes mains comme l’offrande du soir. | Que ma prière soit dirigée comme un encens devant toi, l’élévation de mes mains comme le sacrifice du soir. | Que ma prière soit dirigée comme un encens sous ton regard, l’élévation de mes mains comme le sacrifice du soir. | Que ma prière soit dirigée comme un encens sous ton regard, l’élévation de mes mains comme le sacrifice du soir. |
15À la toute fin de ce verset, le texte hébraïque présente deux noms : מִנְחָה (minḥāh), qui signifie « don, présent, offrande » (Clines : « offering ») et עֶרֶב (erev), qui signifie « le soir » (Clines : « evening »). Le premier nom se trouve à l’état construit, c’est-à-dire que le deuxième nom devient alors son complément de nom : littéralement, on parle ici de « l’offrande du soir ». En grec et en latin, en revanche, la formule est différente. Dans ces deux langues, nous observons en effet deux groupes nominaux, composés d’un nom et d’un adjectif au même cas : la Septante fait le choix du nom θυσία, « l’offrande » ou « le sacrifice », et de l’adjectif ἑσπερινός, « du soir » ; de même, Jérôme emploie sacrificium, « le sacrifice », suivi de l’adjectif vespertinus, « du soir » dans ses deux traductions du verset.
16Par conséquent, quand Jérôme traduit depuis le texte hébraïque, cela signifie qu’il ne traduit pas de manière tout à fait fidèle l’état construit présent en hébreu. Pourtant, en Jr 6,4, dans un même cas de figure, il emploie la forme nominale au génitif : pour traduire l’hébreu צִלְלֵי עָרֶב (tsilelê ̔ ārev), « les ombres du soir » – nous retrouvons bien ce même nom עֶרֶב (erev) –, Jérôme utilise la tournure umbrae vesperi, le deuxième nom, vesper, se trouvant bien au génitif (cf. Jr 6,4). Il n’est donc pas question ici de former un groupe nominal, composé d’un nom et d’un adjectif.
17Nous venons donc d’analyser deux exemples tirés des Psaumes, qui ont pu illustrer le fait que Jérôme, dans son entreprise de traduction de l’Ancien Testament, a pu être influencé, au moins ponctuellement, par cette première traduction grecque qu’est la Septante.
Jérôme : un retour à l’hebraica ueritas
18Néanmoins, en ce qui concerne la Vulgate, il nous faut aussi noter qu’en matière de vocabulaire du sacrifice, Jérôme cherche à traduire, autant que faire se peut, depuis le texte source hébraïque. Pour illustrer ce deuxième point de notre recherche, nous prendrons tout d’abord pour exemple Ez 43,18. Ce verset est le parfait contre-exemple du Ps 50(51),21 étudié précédemment, où Jérôme semblait traduire son texte au pluriel d’après la Septante.
| TM | LXX | Vulgate (Jérôme) |
| וַיֹּ֣אמֶר אֵלַ֗י בֶּן־אָדָם֙ כֹּ֤ה אָמַר֙ אֲדֹנָ֣י יְהוִ֔ה אֵ֚לֶּה חֻקּ֣וֹת הַמִּזְבֵּ֔חַ בְּי֖וֹם הֵעָֽשׂוֹת֑וֹ לְהַעֲל֤וֹת עָלָיו֙ עוֹלָ֔ה וְלִזְרֹ֥ק עָלָ֖יו דָּֽם | καὶ εἶπεν πρός μεˑ υἱὲ ἀνθρώπου, τάδε λέγει κύριος ὁ θεὸς Ισραηλˑ ταῦτα τὰ προστάγματα τοῦ θυσιαστηρίου ἐν ἡμέρᾳ ποιήσεως αὐτοῦ τοῦ ἀναφέρειν ἐπʹ αὐτοῦ ὁλοκαυτώματα καὶ προσχέειν πρὸς αὐτὸ αἷμα | et dixit ad me : fili hominis, haec dicit Dominus Deus. hii sunt ritus altaris in quacumque die fuerit fabricatum ut offeratur super illud holocaustum et effundatur sanguis |
| Et il me dit : Fils d’homme, ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici les prescriptions pour l’autel, pour le jour où il sera bâti, pour offrir en sacrifice sur lui un holocauste et pour répandre sur lui du sang. | Et il me dit : Fils d’homme, voici ce que dit le Seigneur, le Dieu d’Israël : Voici les prescriptions pour l’autel le jour de sa création, à savoir d’apporter sur lui des holocaustes et de verser sur lui du sang. | Et il me dit : Fils d’homme, voici ce que dit le Seigneur Dieu : Voici les cérémonies de l’autel, dès l’instant où il aura été bâti, afin que l’on offre sur lui un holocauste et que l’on répande le sang. |
- 17 Dans le Psaume 50(51),21, nous avions le terme hébraïque כָּלִיל (kalil).
- 18 Voir notamment : Ez 44,29 : מִנְחָה (minḥāh) au singulier ; θυσίας au pluriel ; uictimam au singuli (...)
19Dans ce verset, en effet, il est également question de nom au singulier ou au pluriel. Nous retrouvons, en grec et en latin, les termes ὁλοκαύτωμα et holocaustum, pour désigner l’holocauste, mais nous n’avons pas le même terme hébraïque source : il s’agit là, en hébreu, du nom עוֹלָה (ʽolāh)17, qui est le terme par excellence pour parler du sacrifice de l’holocauste dans la Bible hébraïque. Nous remarquons que le nom hébraïque est au singulier, comme le nom latin holocaustum dans la Vulgate ; en revanche, la Septante propose une nouvelle fois une traduction au pluriel. De ce fait, ici, force est de constater que Jérôme a traduit selon la source hébraïque. Il nous est possible de trouver ce même phénomène à de nombreuses reprises dans le livre d’Ezéchiel, à savoir le fait que l’hébreu donne un terme propre au sacrifice au singulier : d’un côté, la Septante le rendra systématiquement au pluriel ; de l’autre, Jérôme conservera la forme au singulier18. Le traducteur du texte grec a sans doute pensé à la pluralité des offrandes, tandis que Jérôme préfère la forme au singulier, à l’instar du texte hébraïque.
- 19 Pour une explication de l’équivalence שְׁלָמִים (shelāmīm) – σωτηρίου, voir par exemple : Paul Harl (...)
- 20 Occurrences notamment en Lv 4,26 et 4,31.
- 21 Occurrences notamment en Lv 3,1 ; 3,3 ; 3,6 ; 3,9 et 4,10.
20Nous pouvons relever une autre expression, propre à la terminologie du sacrifice, qui rencontre ce même type de problématique. Pour désigner le « sacrifice pour la paix », la langue hébraïque emploie la tournure זֶבַח שְׁלָמִים (zèbaḥ shelāmīm) : le premier nom, זֶבַח (zèbaḥ), signifie « victime, sacrifice », et se trouve au singulier ; le second nom, en revanche, שְׁלָמִים (shelāmīm), apparaît au pluriel et exprime cette idée « de paix », « de reconnaissance » transmise avec ce sacrifice. La Septante a créé une équivalence stable pour traduire cette expression : la langue grecque emploie alors la formule θυσία σωτηρίου, pour laquelle nous constatons que le second terme, σωτηρίου, perd sa forme plurielle et s’emploie uniquement au singulier19. Dans le Lévitique notamment, Jérôme retrouve ce pluriel et emploie des expressions telles que uictima pacificorum20 ou encore hostia pacificorum21 : le substantif pacificorum, « offert pour la paix », étant bien au pluriel, comme le שְׁלָמִים (shelāmīm) hébraïque.
- 22 En Lv 7,20 par exemple, pour traduire זֶבַח שְׁלָמִים (zèbaḥ shelāmīm) – θυσία σωτηρίου, les différ (...)
- 23 Sur les compétences hébraïques de Jérôme, voir : Eitan Burstein, « La compétence de Jérôme en hébre (...)
21Avec ces exemples, nous observons que Jérôme tente d’opérer un retour à l’hebraica veritas pour ce qui est de la terminologie du sacrifice : il cherche à rendre l’idée du שְׁלָמִים (shelāmīm), « paix ». Il ne se contente donc pas de suivre le même principe de traduction que la Vetus Latina, à savoir de traduire exclusivement le texte grec22. Bien entendu, il convient de rester vigilant avec un tel argument : d’une part, les connaissances de Jérôme en matière de langue hébraïque restent jugées imparfaites23 ; d’autre part, il nous faut garder à l’esprit le fait que les différentes versions grecques, dont celles des Hexaples, sont vraisemblablement sous les yeux de Jérôme quand il entreprend sa traduction latine.
- 24 Liste non exhaustive, mais voir par exemple Lv 1,9 ; 2,9 ; 2,11 ; 3,5 ; 4,10 ; 8,16 ; 9,10.
- 25 Voir : Lv 1,9 ; 1,13 ; 1,15 ; 1,17…
- 26 Voir : Lv 2,11.
- 27 Voir : Lv 2.16 ; 3,5 ; 3,11 ; 3,16…
22Un dernier exemple est peut-être davantage significatif pour illustrer ce retour à la source hébraïque. Dans le livre du Lévitique, où les sacrifices sont amplement décrits, certains verbes prennent, eux aussi, une place importante dans cette terminologie. Nous nous concentrons maintenant sur le verbe hébraïque הִקְטִיר (hiqṭir)24, qui signifie « faire fumer, brûler ». Dans le texte grec de la Septante, trois verbes sont privilégiés pour traduire l’hébreu : ἐπιτίθημι25, προσφέρω26 et ἀναφέρω27. Ces trois termes composés, soit sur le verbe τίθημι, soit à partir de φέρω, sont des verbes généraux dans la langue grecque classique, et ne font pas partie du lexique cultuel, encore moins du champ lexical du sacrifice. À l’inverse, Jérôme propose, de façon assez constante, de traduire הִקְטִיר (hiqṭir) par le verbe latin adoleo, au sens de « faire brûler, faire évaporer ». Cette traduction est plus proche du sens du terme source hébraïque : elle gagne donc en précision, par rapport à celles proposées par la Septante. Dans cette perspective, Jérôme semble bien avoir suivi le texte en hébreu, dans la mesure où il a, lui aussi, adapté son vocabulaire à la terminologie du sacrifice.
23Ainsi, les exemples sont nombreux, dans le cadre du champ lexical et sémantique du sacrifice, pour montrer que Jérôme tente un retour à l’hebraica ueritas.
Jérôme : de la traduction à l’interprétation ?
24Pour clore cette présentation, nous nous attacherons finalement à une étude de cas à partir de la Vulgate, autour de deux noms latins employés dans le cadre d’un sacrifice : uictima et hostia. À partir de cet exemple, nous essayerons de voir comment Jérôme tente de proposer une traduction, qui s’avère peut-être déjà être une interprétation, à travers le choix de son lexique.
25Entre la Bible hébraïque et la traduction grecque de la Septante, il y a généralement des équivalences dites « stables », comme le nom קָרְבָּן (qorbān) par exemple, « une offrande » au sens large du terme, que la Septante traduit par δῶρον, « un don, un présent ». Ces équivalences stables n’existent plus dans la traduction latine de Jérôme, puisque ce traducteur fait plutôt preuve de uariatio : il tente alors de varier les termes et d’élargir le lexique. Pour traduire ces termes קָרְבָּן (qorbān) / δῶρον, Jérôme privilégie généralement le nom latin oblatio, « offrande ». Or, dans les premiers chapitres du Lévitique, il semble déjà donner à son lecteur des informations sur les modalités des sacrifices qui s’apprêtent à être décrits, en faisant le choix de termes sacrificiels plus précis tels que uictima et hostia. La question de la terminologie du sacrifice a ponctuellement interpellé Jérôme dans ses nombreuses lettres ou dans ses commentaires bibliques : il cherche notamment à donner une définition des termes relatifs au sacrifice, ou bien à distinguer un terme par rapport à un autre.
- 28 Hieronymus, Commentariorum in Esaiam. Libri XII-XVIII, Turnhout, Brepols, « Corpus Christianorum Se (...)
- 29 Chez les auteurs de l’Antiquité, en effet, les frontières sémantiques entre ces deux noms, hostia e (...)
26Nous prenons appui ici sur une citation, tirée de son Commentaire sur Isaïe : « differentiam hostiarum et holocaustorum in levitico plenius discimus. holocausta sunt, quae super altare integra concremantur. uictimae et hostiae, quarum pars offertur altari, pars sacerdotibus traditur28 ». Notre intérêt se porte sur les noms holocaustum, hostia et uictima : comme nous l’avons déjà vu et étudié, ce premier nom désigne l’holocauste, tandis que hostia et uictima sont des synonymes, et désignent tous deux « une victime animale », « un animal destiné au sacrifice ». Ces deux derniers noms nous intéressent plus particulièrement, dans la mesure où dans l’Antiquité, ces deux termes synonymes ont été au centre d’un débat sémantique29 : en effet, pourquoi avoir deux mots différents pour une seule et même définition, celle d’un « animal destiné au sacrifice » ?
27Dans cette définition de Jérôme, les noms latins uictima et hostia semblent aussi indissociables. Néanmoins, une tentative de hiérarchisation, de la part de Jérôme lui-même, s’opère peut-être ici. Si nous analysons plus finement la première phrase de cette citation, nous remarquons que Jérôme oppose d’abord et seulement hostia à holocaustum : autrement dit, uictima n’apparaît pas dans ce début de définition. Pourrions-nous alors en conclure qu’il y a une hiérarchie, qu’une uictima serait une sous-catégorie d’une hostia ?
28Pour illustrer cette hypothèse, voici un exemple tiré du texte biblique, en Lv 1,2 :
| TM | LXX | Vulgate (Jérôme) |
| דַּבֵּר אֶל־בְּנֵ֤י יִשְׂרָאֵל֙ וְאָמַרְתָּ֣ אֲלֵהֶ֔ם אָדָ֗ם כִּֽי־יַקְרִ֥יב מִכֶּ֛ם קָרְבָּ֖ן לַֽיהוָ֑ה מִן־הַבְּהֵמָ֗ה מִן־הַבָּקָר֙ וּמִן־הַצֹּ֔אן תַּקְרִ֖יבוּ אֶת־קָרְבַּנְכֶֽם | Λάλησον τοῖς υἱοῖς Ισραηλ καὶ ἐρεῖς πρὸς αὐτούςˑ ῎Ανθρωπος ἐξ ὑμῶν ἐὰν προσαγάγῃ δῶρα τῷ κυρίῳ, ἀπὸ τῶν κτηνῶν, ἀπὸ τῶν βοῶν καὶ ἀπὸ τῶν προβάτων, προσοίσετε τὰ δῶρα ὑμῶν. | loquere filiis Israhel et dices ad eos: homo qui obtulerit ex vobis hostiam Domino de pecoribus id est de bubus et ovibus offerens uictimas |
| Parle aux fils d’Israël et tu leur diras : Quand l’un d’entre vous apporte une offrande au Seigneur, vous devez apporter votre offrande issue du bétail, du gros ou du petit bétail | Parle aux fils d’Israël et tu leur diras : Si l’un d’entre vous apporte des offrandes au Seigneur, vous apporterez votre offrande issue du bétail, des bœufs ou des mou | Parle aux fils d’Israël et tu leur diras : Celui parmi vous qui offrirait une offrande au Seigneur, offrant des offrandes issues du bétail, c’est-à-dire des bœufs ou des moutons |
29Dans ce premier chapitre du Lévitique, trois sacrifices de l’holocauste, rite par excellence nécessitant le plus souvent d’offrir un animal sur l’autel, sont sur le point d’être dévoilés. Les v. 1 et 2 sont utiles à poser le contexte en annonçant ces sacrifices d’animaux ; cependant, nous constatons que Jérôme, dans ce deuxième verset, fait cohabiter les notions hostia et uictima, pour traduire tous deux les termes קָרְבָּן (qorbān) en hébreu et δῶρον en grec. Comment expliquer ce phénomène ? Employer le mot latin hostia avant celui de uictima, alors que tous deux traduisent les mêmes termes hébraïque et grec קָרְבָּן (qorbān) et δῶρον, serait une manière de hiérarchiser l’offrande animale sacrificielle. Dans cette perspective, hostia couvrirait le sens plus large de « victime animale » offerte en sacrifice, sens qui engloberait l’ampleur sémantique de uictima, qui désignerait alors plutôt un seul animal, ou groupe d’animaux en particulier. En d’autres termes, une uictima serait une subdivision, une sous-catégorie d’hostia.
30Cette idée se trouve être également soutenue par Francesca Prescendi, dans un article du Thesaurus Cultus et Rituum Antiquorum, à l’entrée « Offrandes sacrificielles » :
- 30 Francesca Prescendi, Anne-Viola Siebert et Valérie Huet, « Offrandes sacrificielles », in Thesaurus (...)
Les animaux sacrificiels sont indiqués par les noms de hostia et uictima. Hostia est une appellation générale qui désigne tous les animaux sacrificiels (y compris les hommes : Cic. Font. 31, Liv. 22, 57, 6), tandis que uictima est un terme plus spécialisé qui met en relief le grand prestige des animaux offerts. Le terme uictima désigne surtout les bovins. Toutes les uictimae sont donc des hostiae (cf. Tib. 3, 7 qui définit comme hostia un taurus), tandis que le contraire n’est pas vrai : une hostia, par exemple de l’espèce ovine, n’est pas une uictima. Cependant les auteurs n’utilisent pas toujours ces deux termes dans leur sens propre30.
- 31 Sur cette question de la uariatio chez Jérôme, et plus largement sur la pratique de la traduction d (...)
31Par conséquent, il semblerait que dans cet exemple, Jérôme s’avère non seulement traducteur, mais déjà interprète du texte biblique : par le choix de ces mots, hostia puis uictima, Jérôme essaye de donner un texte facilement compréhensible à un lecteur contemporain latin qui ne maîtriserait pas la question du sacrifice animal à l’époque de la rédaction du livre du Lévitique. De cette façon, il se veut plus précis et tente d’apporter une nouvelle intelligibilité des Écritures. Bien entendu, il est ici, aussi, impossible de ne pas penser à un choix stylistique, de la part de Jérôme, pouvant expliquer la présence de ces deux noms hostia et uictima. Dans un seul et même verset, employer à tour de rôle ces deux noms permet en effet d’éviter un phénomène de répétition. Jérôme envisagerait donc une traduction plus littéraire que littéral : dans cette perspective, la uariatio lui permet de ne pas répéter deux fois le même mot, comme le font pourtant le texte hébraïque source et sa traduction grecque, la Septante. Cependant, dans cette hypothèse, Jérôme aurait fait d’une pierre deux coups : il aurait, d’une part, évité la répétition et, de l’autre, choisi une terminologie adéquate qui tiendrait mieux compte de la nature des sacrifices31.
Conclusion
- 32 Pour plus d’informations sur le vocabulaire grec du sacrifice, voir : Jean Casabona, Recherches sur (...)
32En définitive, nous retiendrons que la Septante, puis la Vulgate de Jérôme, n’abordent pas de la même façon les questions de traduction. En revanche, chaque traducteur a, quoi qu’il en soit, à cœur de faire le choix du « bon terme ». Sur cette terminologie du sacrifice, qui a beaucoup évolué au fil des époques et des cultures, le vocabulaire latin cherche ainsi à être précis tout en proposant au lecteur un texte intelligible. Enfin, cette analyse montre clairement que la Septante a grandement contribué à la constitution des premières traductions latines, mais surtout, dans une plus ou moins grande mesure, à l’élaboration de la Vulgate de Jérôme32.
Notes
1 Pour approfondir l’étude sur la Vetus Latina, voir : Jean Gribomont, « Les plus anciennes traductions latines », dans Jacques Fontaine et Charles Pietri (dir.), Le monde latin antique et la Bible, vol. 2, Paris, Beauchesne, 1985, p. 43-66 ; Pierre Maurice Bogaert, « La Bible latine des origines au Moyen-Âge. Aperçu historique, état des questions (Première partie) », Revue théologique de Louvain, 19e année, fasc. 2, 1988. p. 137-159 ; Hugh A. G. Houghton, « The earliest Latin translations of the Bible », in Id., The Oxford Handbook of the Latin Bible, Oxford, Oxford University Press, 2023, p. 1-18.
2 En bref, les sources bibliques dont nous ferons usage pour cette étude sont les suivantes. En hébreu : Karl Elliger et Willhelm Rudolph, Biblia Hebraica Stuttgartensia, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1973, ainsi que les livres, déjà édités, de la nouvelle édition Biblia Hebraica Quinta. En grec : Alfred Rahlfs, Septuaginta, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1979. En latin : Roger Gryson et Robert Weber, Biblia Sacra Vulgata. Editio Quinta, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2007 ; Vetus Latina Database, de Brepols [en ligne].
3 Concernant le livre de Daniel, deux traditions textuelles existent pour la Septante : une traduction attribuée (à tort ou à raison) à Théodotion, et le « Old Greek », disponible dans le Codex Chisianus et le Papyrus 967. En Dn, 3,38, les deux traditions proposent un verset identique.
4 Opera D. Ioannis Chrysostomi, Bâle, Froben, 1558, vol. III, p. 886.
5 Ad Quirinum, Turnhout, Brepols, « Corpus Christianorum Series Latina », 1972, III, 20.
6 Toutes les traductions en note de bas de page sont des traductions personnelles.
7 Pour étudier le vocabulaire grec de la langue classique, nous avons ici recours à trois dictionnaires : Anatole Bailly, Dictionnaire grec-français, Nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Hachette, 2020, dite « Bailly 2020 » ; Henry Liddell, Robert Scott et Henry Stuart Jones, A Greek – English Lexicon, Oxford, Oxford University Press, 1843 (édition de 2011 en ligne, via le TLG) ; F. R. Adrados, Diccionario Griego-Español (DGE), en ligne.
8 Pour étudier le vocabulaire grec de la Septante, nous avons recours plus particulièrement à deux dictionnaires : Takamitsu Muraoka, A Greek-English Lexicon of the Septuagint, Leuven, Peeters Publishers, 2009 ; Johan Lust, Erik Eynikel et Katrin Hauspie, A Greek-English Lexicon of the Septuagint, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, Third corrected edition, 2015.
9 Pour étudier le vocabulaire latin, nous consultons le dictionnaire de référence en langue française de Félix Gaffiot, Le Grand Gaffiot, Dictionnaire latin-français, Paris, Hachette, 2000, ainsi que le lexique en ligne Thesaurus Linguae Latinae (TLL).
10 Voir : Celsus, De arte medica, V, 18 où sont attestées plusieurs occurrences du terme.
11 D’après l’entrée « tus ou thus, uris, n » du dictionnaire Gaffiot. Pour Cicéron, voir par exemple le De officiis, III, 20, 80 ; pour Horace, Odes, I, 19, 13 ; pour Virgile, Énéide, I, 415.
12 Voir notamment les 7 attestations de thymiama au chap. 30 de l’Exode, ou encore l’emploi de ce nom à deux reprises dans le livre du Lévitique, particulièrement consacré aux sacrifices : Lv 4,7 et 16,12.
13 Les premières traductions latines de la Bible fonctionnent d’abord « par latinisation de mots grecs, puis par suffixation. Quant à leur syntaxe, elle est fortement influencée par celle du grec », dans Aline Canellis (dir.), Jérôme, Préfaces aux livres de la Bible, Paris, Éditions du Cerf, « Sources Chrétiennes », 2017, p. 75.
14 Pour plus d’informations sur les différentes traductions du Psautier par Jérôme, voir l’article de Scott Goins, « Jeromes’s Psalters », dans William P. Brown (éd.), The Oxford Handbook of the Psalms, Oxford, Oxford University Press, 2014, p. 185-198.
15 Comme עוֹלָה (ʽolāh), le terme hébraïque כָּלִיל (kalil) permet aussi de désigner l’holocauste. Voir : Suzanne Daniel, Recherches sur le vocabulaire du culte dans la Septante, Paris, Klincksieck, 1966, p. 259 : « La Bible connaît en effet un autre terme, d’ailleurs peu usité, kalil, qui, tout en relevant parfois de la langue profane, peut dans un contexte cultuel s’appliquer, lui aussi, à une offrande entièrement brûlée en l’honneur de la divinité. »
16 Pour étudier le vocabulaire hébraïque, nous consultons le dictionnaire de David Clines, The Dictionary of Classical Hebrew, 8 vol., Sheffield, Sheffield Phoenix Press, 1993-2011.
17 Dans le Psaume 50(51),21, nous avions le terme hébraïque כָּלִיל (kalil).
18 Voir notamment : Ez 44,29 : מִנְחָה (minḥāh) au singulier ; θυσίας au pluriel ; uictimam au singulier ; Ez 45,15 : מִנְחָה (minḥāh) ; θυσίας ; sacrificium et עוֹלָה (ʽolāh) ; ὁλοκαυτώματα ; holocaustum ; Ez 45,23 ; 46,2 ; 46,4 : עוֹלָה (ʽolāh) ; ὁλοκαυτώματα ; holocaustum ; Ez. 45,25 : עוֹלָה (ʽolāh) ; ὁλοκαυτώματα ; holocausto.
19 Pour une explication de l’équivalence שְׁלָמִים (shelāmīm) – σωτηρίου, voir par exemple : Paul Harlé et Didier Pralon, La Bible d’Alexandrie. Le Lévitique, vol. 3, Paris, Éditions du Cerf, 1988, p. 37. Voir aussi : Martin Vahrenhorst, « Exkurs: Opferterminologie », dans Martin Karrer, Wolfgang Kraus et alii (éd.), Septuaginta Deutsch. Erläuterungen und Kommentare, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2011, vol. 1, p. 339 : « Was שלמים genau bezeichnet, ist unklar. Die LevLXX sieht hier offenbar eine Beziehung zu שלום. »
20 Occurrences notamment en Lv 4,26 et 4,31.
21 Occurrences notamment en Lv 3,1 ; 3,3 ; 3,6 ; 3,9 et 4,10.
22 En Lv 7,20 par exemple, pour traduire זֶבַח שְׁלָמִים (zèbaḥ shelāmīm) – θυσία σωτηρίου, les différents fragments latins composant la Vetus Latina, dont nous disposons, proposent la tournure sacrificium salutaris, « sacrifice qui concerne le salut », sémantiquement proche du choix du mot grec. Bien que cette expression latine soit absente de la totalité du Pentateuque latin, il faut toutefois nuancer le rejet du terme salutaris par Jérôme : une variante hostiis salutaribus apparaît tout de même dans sa traduction latine, en Lv 10,14.
23 Sur les compétences hébraïques de Jérôme, voir : Eitan Burstein, « La compétence de Jérôme en hébreu. Explication de certaines erreurs », Revue d’études augustiniennes, no 21, 1975, p. 3-12 ; Gustave Bardy, « S. Jérôme et ses maîtres hébreux », Revue bénédictine, no 46, 1934, p. 145-164.
24 Liste non exhaustive, mais voir par exemple Lv 1,9 ; 2,9 ; 2,11 ; 3,5 ; 4,10 ; 8,16 ; 9,10.
25 Voir : Lv 1,9 ; 1,13 ; 1,15 ; 1,17…
26 Voir : Lv 2,11.
27 Voir : Lv 2.16 ; 3,5 ; 3,11 ; 3,16…
28 Hieronymus, Commentariorum in Esaiam. Libri XII-XVIII, Turnhout, Brepols, « Corpus Christianorum Series Latina » 73A (CPL 584), 1963, p. 1600 : « Dans le Lévitique, nous nous instruisons tout à fait sur la diversité des hostiae et des holocaustes. Les holocaustes sont des offrandes qui sont brûlées intégralement sur l’autel. Les uictimae et les hostiae des offrandes dont une part est remise sur l’autel, une part confiée aux prêtres. »
29 Chez les auteurs de l’Antiquité, en effet, les frontières sémantiques entre ces deux noms, hostia et uictima, semblent assez floues. Ils ont donc tenté de les distinguer, par différentes explications étymologiques notamment. La plus célèbre d’entre elles est probablement celle d’Ovide : en contexte guerrier, le poète rapproche la uictima de la main victorieuse du soldat, et hostia des ennemis vaincus (Fastes, 1, 335-336 : uictima quae dextra cecidit victrice vocatur ; hostibus a domitis hostia nomen habet : « On appelle uictima celle qui est tombée par une main victorieuse [victrice] ; hostia tient son nom des ennemis [hostibus] qui ont été vaincus. »)
30 Francesca Prescendi, Anne-Viola Siebert et Valérie Huet, « Offrandes sacrificielles », in Thesaurus Cultus et Rituum Antiquorum (ThesCRA), I, Los Angeles, 2004, p. 199-200.
31 Sur cette question de la uariatio chez Jérôme, et plus largement sur la pratique de la traduction d’un texte biblique, se reporter à deux lettres de Jérôme : sa lettre 57, Ad Pammachium, De optimo genere interpretandi, et sa lettre 106, Ad Sunniam et Fretelam, De Psalterio ; voir aussi : Edoardo Bona, La libertà del traduttore. L’epistola De optimo genere interpretandi di Girolamo, Acireale – Rome, Bonnano, 2008 ; Michael Graves, Jerome, Epistle 106 (On the Psalms), Atlanta, SBL Press, 2022.
32 Pour plus d’informations sur le vocabulaire grec du sacrifice, voir : Jean Casabona, Recherches sur le vocabulaire des sacrifices en grec, des origines à la fin de l’époque classique, Paris, Éditions Ophrys, 1966 ; Gilles Dorival, « Le sacrifice dans la traduction grecque de la Septante », Annali di storia dell’esegesi, no 18, 2001, p. 61-79. Pour des éléments de contexte sur la Bible latine et des précisions sur la langue latine employée par Jérôme, voir : Jacques Fontaine et Charles Pietri (dir.), Le monde latin antique et la Bible, op. cit. ; Gerardus Q. A. Meershoek, Le latin biblique d’après s. Jérôme. Aspects linguistiques de la rencontre entre la Bible et le monde classique, Nimègue, Dekker & Van de Vegt, 1966.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Élise Albanese, « La Septante et les traductions latines de la Bible : observations sur la terminologie du sacrifice », Mélanges de science religieuse, tome 81, n° 2 | 2024, 129-144.
Référence électronique
Élise Albanese, « La Septante et les traductions latines de la Bible : observations sur la terminologie du sacrifice », Mélanges de science religieuse [En ligne], tome 81, n° 2 | 2024, mis en ligne le 30 novembre 2025, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/msr/622 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16kf6
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