Préface
Texte intégral
1Ce numéro spécial des Nouvelles de l’archéologie illustre la reconnaissance que la conservation-restauration a obtenu comme ressource fondamentale de chaque étape de la chaîne opératoire de l’archéologie, de l’aide à la conception d’un cahier des charges au prélèvement sur le terrain, jusqu’à la conservation à long terme.
2Déjà dans les années 1970, alors que se structuraient les principes de l’archéologie préventive « à la française », les fouilles urbaines de Saint-Denis ont mis en avant le principe de la conservation dès la fouille des vestiges mobiliers – suivant en cela les archéologues britanniques –, pour prévenir une dégradation irrémédiable et la perte de l’intérêt scientifique du bien. Quelques années plus tard, le chantier de la Cour Napoléon du Louvre, à Paris, accueillait plusieurs conservateurs-restaurateurs, ce qui a permis la mise en œuvre d’un prélèvement et d’une sauvegarde raisonnée des mobiliers.
3Le conservateur-restaurateur est donc un acteur-clé, celui des prélèvements sensibles, de la stabilisation des mobiliers et de leur mise en état pour en faciliter l’étude. Quelle belle ambition que de révéler la pleine matérialité d’un objet quand il n’est en apparence qu’énigme, fragment, masse corrodée, matériau fragile ou dégradé. Chaque objet est unique : il nécessite dès lors un questionnement scientifique propre à son étude et à sa préservation, en vue d’autres études dans le futur.
4Le conservateur-restaurateur apparaît ainsi comme un expert engagé dans un dialogue permanent avec ses collègues archéologues, sur les conditions à la fois de prélèvement, d’étude sans altération et de conservation à court, moyen et long terme – aussi bien dans la perspective de son étude que, parfois, d’une restauration ultérieure, s’il est par exemple destiné à être présenté au sein d’une exposition.
5Plus de 35 années se sont écoulées depuis l’expérience, si positive, des fouilles de la Cour Napoléon. Pour autant, force est de constater que la présence d’un conservateur-restaurateur spécialisé au sein d’une de fouille n’est toujours pas la règle mais plutôt, hélas, une exception. L’économie des opérations archéologiques est probablement la principale explication à cette difficulté d’intégration de conservateurs-restaurateurs au sein des équipes, mais cela ne rend pas moins regrettable le fait que le recours à des prestations de service ne soit pas encore de l’ordre du réflexe.
6Malheureusement, c’est lors des chantiers des collections, dans les dépôts ou les réserves archéologiques, que la conclusion tombe comme une sanction, avec des vestiges si dégradés ou si mal restaurés, et de manière irréversible, par des non-spécialistes, qu’ils ne peuvent plus être étudiés – ce qui réduit d’autant les perspectives de la recherche. Sans fatalisme ni défaitisme, nous devons nous appuyer sur l’existence, aussi fragile soit-elle, d’une prise de conscience. D’ailleurs, les pages qui suivent le prouvent ; il appartiendra à chaque lectrice, à chaque lecteur de faire de ce numéro spécial un outil d’information et d’explication de l’importance de l’interdisciplinarité comme du dialogue entre archéologues et conservateurs-restaurateurs, tout au long la chaîne opératoire de l’archéologie. Puisque ces compétences apparaissent naturellement complémentaires, les articles qui composent ce dossier dessinent au fond une stratégie d’avenir, celle d’une collaboration plus nourrie, plus intégrée, plus systématique, au service d’une meilleure étude des vestiges et d’une restitution scientifique plus ambitieuse.
Pour citer cet article
Référence papier
Arnaud Schaumasse, « Préface », Les nouvelles de l'archéologie, 162 | 2020, 7.
Référence électronique
Arnaud Schaumasse, « Préface », Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 162 | 2020, mis en ligne le 22 mars 2021, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/nda/11305 ; DOI : https://doi.org/10.4000/nda.11305
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