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Musées d'archéologie au début du xxie siècle

Introduction

Musées d’archéologie à l’aube du xxie siècle
Stéphen Rostain et André Delpuech
p. 3-7

Texte intégral

Quand ça change, ça change !

1Alors que Jacqueline Eidelman, conservatrice générale du patrimoine, vient de remettre à Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, le rapport de la mission qui lui avait été confiée en mai 2016, il nous est apparu opportun de proposer ce numéro axé sur les musées d’archéologie à l’aube du nouveau millénaire1.

2Dans le discours prononcé pour l’installation du comité de pilotage de cette mission, la ministre s’interrogeait : « Que seront les musées du XXIe siècle ? Plutôt, comment les voulons-nous au xxie siècle ? ». Elle poursuivait par ce constat : « Les responsabilités qui incombent au monde des musées excèdent depuis longtemps le champ de la mission traditionnelle de conservation et de recherche. Aujourd’hui, le musée est également un passeur de mémoire, un producteur d’émotion esthétique, un médiateur entre les disciplines, un socle pour l’éducation citoyenne, un producteur de lien -collectif à travers ce patrimoine commun2 ».

3Quatre thèmes stratégiques ont été traités par les groupes de travail :

– Le musée éthique et citoyen, creuset du renforcement des liens sociaux, de la dynamique des territoires, de la valorisation de la citoyenneté et de l’ouverture aux autres.

– Le musée protéiforme, in situ, hors les murs, virtuel, multipliant les expositions temporaires et les événements culturels.

– Le musée inclusif et collaboratif qui intègre les attentes diversifiées des publics et leur accorde une place dans la conception de l’offre et de la programmation culturelles.

– Le musée comme écosystème professionnel, l’évolution des métiers et des missions de service public.

Cette réflexion collective a associé les collectivités territoriales et les parlementaires, les catégories professionnelles du secteur et les organisations les représentant, des experts étrangers ainsi que les partenaires du musée dans des champs divers (création et diffusion, enseignement et recherche, monde du travail et champ social, éducation populaire, économie et tourisme). Le débat a consisté en une série d’auditions ou d’entretiens individuels et de tables rondes et il s’est déroulé en huit étapes régionales, une matinée à l’Assemblée nationale et une consultation citoyenne en ligne. Les propositions en découlant ont été testées auprès d’un échantillon représentatif de la population française.

4Dans l’introduction au volume de synthèse, les auteurs du rapport reconnaissent que la métamorphose, tangible (matérielle et organisationnelle) et symbolique, du paysage muséal français concourt à une conception anthropologique de la culture : « ouvert et pluriel, le musée est devenu un “musée-monde” et une “zone de contacts”, qui délivre au plus grand nombre les clés d’interprétation des évolutions des modes de vie et de pensée à travers la mise en exposition d’un patrimoine de toute nature et origine ».

  • 3 Cf. Entretien avec Ingrid Bronchard, fondatrice du MuMo et de l’Art à l’Enfance : https://www.dropb (...)

5Quelques musées d’archéologie sont cités parmi d’autres au titre des expériences de référence données pour illustrer les thèmes stratégiques : par exemple, au titre du « musée protéiforme », la coopération entre le musée Archéa de la communauté de communes Roissy-Porte-de-France (Val-d’Oise) et MuMo, musée mobile d’art contemporain3 ; ou encore, au titre du « musée inclusif et collaboratif », l’exposition J’aimerais tant voir Syracuse du musée départemental Arles antique (Bouches-du-Rhône).

6Mais, l’enquête ne portant pas sur la place faite aux musées d’archéologie, il nous a semblé utile de creuser le sujet. Les vocables traditionnellement usités marquent aujourd’hui leurs limites et l’on peut légitimement s’interroger sur des dénominations souvent ancrées sur une discipline – le « musée d’archéo-logie » en est le parfait exemple – ou, au bout du compte, sur un jugement de valeur – « musée des Beaux-Arts » signifierait-il que les autres ne conservent et n’exposent que des arts moins beaux ? –, aux côtés de noms de lieux – musée du Louvre, musée du quai Branly – ou d’intitulés au vaste spectre – musée de l’Homme, par exemple ? Les définitions et leurs frontières sont infiniment discutables avec, pour notre propos, une liste non exhaustive de musées dénommés, c’est selon : d’archéologie, d’anthropologie, de civilisations, des cultures, de société, d’histoire, de préhistoire, d’ethnologie, d’ethnographie, d’histoire naturelle, etc.

7Pour les musées où il est question du passé, lointain et plus récent, de l’humanité, les frontières entre « ethnographie, archéologie et préhistoire », comme le soulignait Paul Rivet, le créateur du musée de l’Homme, en avril 1936, restent bien artificielles : « Comme toutes les sciences qui traitent des races humaines, l’ethnographie est de date récente. La préhistoire, de son côté, ne s’est constituée comme science qu’il y a trois quarts de siècle. Les études archéologiques, par contre, sont beaucoup plus anciennes, du fait de l’attrait que les civilisations classiques ont toujours exercé sur les esprits. Or, il est clair qu’il s’agit là de trois aspects d’une seule et même science – et que la ligne de démarcation qui les sépare est absolument artificielle. Tout ce que je dis de l’ethnographie s’applique donc strictement à l’archéologie et à la préhistoire » (Rivet, 1936 : feuillet 7°08-10) (fig. 1).

Fig. 1 - Hercule domptant un bison, bronze, 1937. Statue d’Albert Pommier (1880-1943) trônant sur la terrasse intermédiaire de l’esplanade du Trocadéro, devant le musée de l’Homme côté jardins © Photo Stephen Rostain.

8Au sein même de ce que nous désignons communément comme « musées d’archéologie », que de différences ! Krzysztof Pomian, dans un article de 1988, séparait ceux-ci en deux grandes catégories, qui restent encore largement d’actualité : « Les musées archéologiques […] se distribuent en deux pôles. L’un est occupé par les musées qui exposent principalement des œuvres d’art et des objets exécutés dans des matières précieuses. Au pôle opposé se trouvent les musées dont les vitrines et les réserves sont remplies, dans leur très grande majorité, par des objets de toute nature : outils en pierre, en os, en corne, en métal ou en bois ; tessons de céramique ; récipients, produits de la vannerie, ustensile et divers éléments du mobilier, engins de chasse et de pêche, instruments agricoles, armes, poids, figurines, ornements, parures, tissus et autres pièces le plus souvent modestes et anonymes » (Pomian 1988 : 57). Et, en application de cette distinction, il proposait deux dénominations : « le musée archéologico-artistique, d’un côté, et le musée archéologico-technologique, de l’autre ». À l’instar de Paul Rivet un demi-siècle plus tôt, il soulignait combien le second « – et c’est un de ses caractères distinctifs – rejette ainsi la coupure entre la nature et la culture. Il montre que celle-ci est étroitement liée à celle-là, car elle se crée au cours d’une interaction incessante entre les hommes et leur environnement. À cet égard, il est plus proche d’un musée anthropologique ou ethnographique que d’un musée des beaux-arts, d’un côté, et, de l’autre, d’un musée d’histoire naturelle » (Idem : 58).

9Les exemples des musées présentés dans ce numéro se positionnent, ou non, dans ces questionnements, leur rattachement à telle ou telle catégorie étant souvent ouvert.

Musées et archéologie

10Dans un autre registre, à l’heure de la spécialisation à outrance qui fait de l’archéologue un archéobotaniste, un géoarchéologue ou un dendrochronologue, il semble opportun de s’interroger sur les relations qu’entretiennent les nouveaux archéologues et les musées. Car, tout bien réfléchi, le travail des premiers ne s’achève-t-il pas dans les seconds ? La finalité même de la recherche est de présenter ses résultats dans un musée, de divulguer les connaissances acquises, de les révéler au public. En fait, le musée fait partie intégrante de la dynamique scientifique engagée par l’archéologie. Pourtant, on s’aperçoit que le fossé s’est parfois creusé entre ceux qui collectent les données et ceux qui les exposent. À force de séparation rigide des genres, la science est progressivement devenue d’un manichéisme excessif, dont elle risque de se repentir un jour. Qu’en est-il des regards et des avis croisés d’un chercheur et d’un conservateur ? Leurs travaux diffèrent-ils tant que cela ? La réalisation de ce numéro spécial des Nouvelles de l’archéologie, pour lequel ont écrit conservateurs et directeurs de musées, est une réponse en elle-même à ces questions.

11La rénovation ou la création de musées phares, la redéfinition du statut des conservateurs, le durcissement de l’application des lois sur le patrimoine sont autant d’événements qui ont contribué à un renouveau fondamental du monde muséal en France depuis le début du nouveau millénaire. L’objectif de ce dossier était de présenter les récentes innovations dans la muséographie de l’archéologie, sites ou vestiges, les dernières réalisations dans ce domaine, mais également les nouveaux questionnements qui peuvent se poser notamment en termes de déontologie, d’acquisitions, de politique, comme du rôle joué par les conservateurs et les équipes muséographiques dans le domaine de la recherche scientifique.

12L’intention était de mettre l’accent sur les concepts originaux, les nouveaux modes d’exposition, les espaces de restitution (fac-similés, reconstitutions), le périmètre des collections, la gestion des réserves avec, par exemple l’explosion du mobilier issu de l’archéologie préventive, le regard actuel sur les pièces, les discours les accompagnant, les paradigmes naissant, le rapport aux sociétés contemporaines concernées (questions de propriétés, revendications locales, rapports aux communautés), les limites du champ de l’archéologie (notamment par rapport à ce qui touche au contemporain mais aussi aux frontières entre disciplines : archéologie, anthropologie, sciences naturelles), etc. L’idée était de mettre en débat toutes les questions qui peuvent se poser aujourd’hui dans le monde des musées.

13C’est en Nouvelle-Calédonie, sur la Côte d’Azur, dans la vallée du Rhône, la Gascogne et le Bassin Parisien que nous entraîne ce tour des musées liés à l’archéologie. Le choix est sans aucun doute partial et bien incomplet. Tous les établissements sollicités n’ont pu répondre à l’appel et quelques grandes institutions muséales récentes sont absentes de ce panorama : ainsi du musée des Confluences de Lyon, inauguré en décembre 2014, ou encore du musée du Louvre Abu Dhabi, qui ouvrira ses portes fin 2017. De même, il aurait été intéressant d’évoquer le Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la Traite et de l’Esclavage, inauguré le 10 mai 2015 par François Hollande, président de la République, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, où le récent développement de l’archéologie de l’esclavage devrait trouver sa place (Delpuech & Jacob (dir.), 2008).

Des îles d’Océanie aux rives de la Seine

  • 4 Pour information, les deux éditeurs de ce numéro ont longtemps travaillé dans les départements fran (...)

14Une fois n’est pas coutume, ce dossier débute par le cas le plus éloigné de la métropole. L’habitude de ce genre de synthèses collectives est en effet de reléguer systématiquement les territoires ultra-marins à la fin des ouvrages, en vertu d’un tropisme euro-centriste qui en agace plus d’un – aussi nous semble-t-il de bon aloi d’inverser cette tendance ici4. Ce choix est d’autant plus opportun que l’article sur l’Océanie est un cri salutaire à propos du concept même de musée. Si le simple fait de mettre des objets anciens dans une vitrine peut sembler anodin aux Occidentaux, il est beaucoup moins logique et acceptable pour les sociétés insulaires du Pacifique. Alors oui, on doit s’interroger sur la légitimité profonde de ces « zoos d’artefacts ». Après cette prise de conscience, le lecteur est invité à suivre un chemin parcourant la métropole du sud au nord : il commence à Marseille, se poursuit à Arles puis à la caverne du Pont d’Arc en Ardèche, fait un détour jusqu’à Auch en Gascogne avant de remonter à Saint-Germain-en-Laye et de s’achever enfin à Paris, là où devraient dialoguer les cultures (fig. 2).

Fig. 2 - Localisation des musées présentés dans ce dossier.

15Le dossier commence donc hors du territoire métropolitain, par un tour d’horizon de la place accordée à l’archéologie dans les musées d’Océanie. Depuis la Nouvelle-Calédonie, Christophe Sand dresse un portrait sans concession, mais tristement exact, de musées qui n’ont pas intégré le riche passé culturel pré-colonial de cette immense région. Bien plus, les rares tentatives d’exposer son patrimoine archéologique provoquent incompréhension et désarroi dans les sociétés dites traditionnelles. Face à de telles résistances, une nécessaire réinvention de la muséographie insulaire d’Océanie est à mettre en œuvre. En attendant, les projets de musées archéologiques sont en panne.

16Laurent Védrine retrace la vie du musée d’Histoire de Marseille qu’il dirige. Créé il y a cinquante ans, à l’époque des premières grandes fouilles urbaines de la Bourse, ce musée vient de faire peau neuve. Le récent et très net rapprochement entre le monde muséal et les archéologues s’exprime notamment dans l’exposition de mobiliers issus de fouilles terrestres et sous-marines, les vestiges grecs côtoyant des pièces étrusques et des restes gaulois, mais aussi des objets de tout le pourtour méditerranéen. Le musée d’Histoire offre ainsi une vitrine prestigieuse aux découvertes archéologiques faites dans la cité phocéenne.

17À Marseille toujours, le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) a vu le jour en 2013, quand la ville a été Capitale européenne de la culture. Ce musée -s’attache à mettre en exergue la spécificité du bassin méditerranéen par rapport aux autres foyers de civilisation dans le monde. Zeev Gourarier, son directeur scientifique, explique la manière dont l’archéologie a été mobilisée, au même titre que d’autres disciplines, pour rendre sensible la longue histoire de la citoyenneté, depuis son apparition dans la Grèce antique jusqu’à ses déclinaisons contemporaines. L’auteur engage par là une réflexion sur le défi que représente la traduction d’un pur concept par le biais de la culture matérielle.

18En se basant sur son expérience de responsable de la conservation au musée départemental Arles antique, Nicolas De Larquier s’interroge sur le mariage de l’archéologie et de la muséographie, deux disciplines qui n’avancent pas au même pas. Si la complémentarité entre recherche archéologique et patrimonialisation semble une évidence en théorie, son application effective rencontre des écueils certains. Le musée départemental Arles antique est en effet une entité mixte qui rassemble archéologie, conservation et restauration. Des efforts sont à faire pour contenter des corps de métier qui œuvrent selon des temporalités différentes, et résoudre les problèmes concernant, par exemple, le statut ou l’inventaire des vestiges.

19C’est à cette fonction d’enregistrement et de numérisation du mobilier au musée départemental Arles antique que s’intéresse Soizic Toussaint. Elle questionne notamment les conséquences, bénéfiques ou néfastes, de la dématérialisation des collections au profit de la digitalisation et de la 3D. Il faut dire que ces collections sont d’une grande diversité – des objets à des pièces fragiles d’architecture navale, du fonds de photographies argentiques à une donation de dessins de restitutions archéologiques. Le chantier de numérisation n’a donc pas été une mince affaire mais ici encore, l’intime collaboration entre archéologie et muséographie débouche sur des résultats novateurs.

20La découverte de peintures rupestres de plus de 36 000 ans dans la grotte Chauvet-Pont d’Arc, il y a une vingtaine d’années, fut un événement majeur. Les contraintes imposées par la conservation de ce site d’une importance exceptionnelle étant incompatibles avec son ouverture au public, la réalisation d’une réplique monumentale a été engagée en 2008. Inaugurée en 2015, la Caverne du Pont d’Arc vient d’accueillir son millionième visiteur. Jean-Michel Geneste, Jean-Jacques Delannoy et Gilles Tosello dévoilent les dessous de cette création intimement couplée à l’étude scientifique du site. Elle repose sur un puzzle de dix espaces importants de la grotte (8 400 m2 au sol), contracté dans un espace de 3 000 m2, conçu à partir d’un modèle 3D à haute résolution des zones ornées. Pour éviter les incohérences, une attention particulière a été consacrée à la restitution de la cohésion géologique d’ensemble, à la recomposition des paysages souterrains et à la représentation fidèle de la morphologie des parois et des plafonds de l’original. Le modelage minutieux de la surface des coques a permis de rendre compte de la nature du substrat rocheux et les dessins préhistoriques ont été reproduits avec des couleurs et des matériaux analogues à ceux employés par les artistes de la préhistoire.

21Qui irait imaginer que le musée des Jacobins d’Auch conserve la collection de pièces archéologiques précolombiennes et d’art sacré latino-américain la plus importante de France, après celle du musée du quai Branly – Jacques Chirac ? Son directeur, Fabien Ferre-Joly, raconte la genèse de cette particularité gasconne qui remonte à la fin du xixe siècle. Depuis, -plusieurs personnalités ont enrichi les fonds américains du musée, notamment durant la dernière décennie qui a vu augmenter les donations de façon notable. Reste qu’il manque encore dans le pays une véritable politique de gestion des collections américaines et, plus généralement, extra--européennes. De ce point de vue, l’idée de faire du musée d’Auch un Pôle national d’Art précolombien afin de réunir, autour de son propre fonds historique, d’autres collections conservées dans des musées territoriaux qui peinent à les mettre en valeur, est à saluer. Un exemple à développer ?

22Tout étudiant en archéologie dans la région parisienne est un jour allé visiter les salles du musée d’Archéologie nationale au château de Saint-Germain-en-Laye. L’aménagement du musée des Antiquités nationales, inauguré en 1867, s’est poursuivi jusqu’en 1907. Après une ambitieuse restructuration conduite par André Hermant entre 1960 et 1969, il a souffert d’un certain immobilisme jusqu’à la rénovation toute récente des salles consacrées à la Gaule celtique, ouvertes en 2012. Catherine Louboutin détaille l’histoire de cette incontournable institution muséographique, hélas trop souvent traitée avec dédain. Il ressort de son article que le musée doit impérativement être repensé en détail et profondément remanié, pour s’adapter à la demande du public et aux exigences des professionnels.

23À Paris, Valérie Kozlowski se penche sur le nouveau musée de l’Homme, inauguré en octobre 2015 (Rostain, 2002 : 60-62). Nécessité faisant loi, le départ des collections extra--européennes au musée du quai Branly a obligé à un changement de cap dans la recherche et la muséographie. Désormais refondée autour des collections de préhistoire et d’anthropologie, celle-ci propose aux visiteurs un nouveau récit de l’histoire naturelle et culturelle de l’Homme. En ce sens, cette réorientation rend plus visible et évident le rattachement de l’institution au Muséum national d’Histoire naturelle.

24Après s’être interrogé sur les pratiques d’acquisition des antiquités américaines (Delpuech, 2016 : 43-50), André Delpuech explore les frontières entre disciplines archéologiques et anthropologiques au sein des musées, ainsi que les partages de collections entre institutions. Pour ce faire, il retrace la généalogie de la constitution et du dépôt des vestiges dit « exotiques », inséparable de notre histoire nationale. Si elle a abouti à d’incontestables progrès, la dernière « valse des musées » a redécoupé le monde de l’anthropologie, de l’archéologie et de l’histoire d’une manière aussi insatisfaisante qu’auparavant, avec ses incohérences, ses séparations irritantes, ses frontières disciplinaires fluctuantes. Ce processus mouvementé, souvent illogique, parfois ubuesque, traduit l’embarras du monde occidental à considérer avec justesse les peuples de l’Ailleurs, présent ou passé (fig. 3).

Fig. 3 - Le musée du quai Branly vu de la rue de l’Université © Photo Stephen Rostain.

25Résonant comme un écho au premier article de ce dossier, cette contribution finale met en exergue la complexité de la gestion des collections muséographiques, des Autres comme de Soi. Elle aide à mieux comprendre la réticence des sociétés dites traditionnelles à voir « fossilisés » derrière une vitrine des objets servant toujours à leurs rituels ou leurs activités quotidiennes, au prétexte qu’ils relèvent du patrimoine archéologique ou ethnographique. Ces peuples autochtones considèrent qu’en faisant cela, on ne comprend rien au passé, rien au présent, rien à l’avenir…

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Bibliographie

Delpuech, André. 2016. « Un marché de l’art précolombien en plein questionnement », Les Nouvelles de l’archéologie, n° 144.

Delpuech, André & Jacob, Jean-Paul (dir.). 2014. Archéologie de l’esclavage colonial. Paris, La Découverte et Inrap.

Pomian, Krzysztof. 1988. « Musée archéologique : art, nature, histoire », Le Débat, mars-avril, n° 49.

Rivet, Paul. 1936. Encyclopédie française. Tome VII. L’espèce humaine. Paris, Comité de l’Encyclopédie française, Larousse.

Rostain, Stéphen. 2015. « La renaissance de l’Homme : chronique de la réouverture d’un musée parisien emblématique », Les Nouvelles de l’archéologie, n° 142.

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Notes

1 http://www.culturecommunication.gouv.fr/Aides-demarches/Musees-du-21e/Rapport-de-la-mission-Musees-du-XXIe-siecle

2 http://www.culturecommunication.gouv.fr/Presse/Discours/Installation-de-la-mission-Musees-du-XXIeme-siecle, consulté le 28 février 2017.

3 Cf. Entretien avec Ingrid Bronchard, fondatrice du MuMo et de l’Art à l’Enfance : https://www.dropbox.com/s/e0sw4w4ufyo6pdj/mumo_interview_ingridbrochard.pdf?dl=0

4 Pour information, les deux éditeurs de ce numéro ont longtemps travaillé dans les départements français des Amériques, en Guyane française et en Guadeloupe.

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Table des illustrations

Légende Fig. 1 - Hercule domptant un bison, bronze, 1937. Statue d’Albert Pommier (1880-1943) trônant sur la terrasse intermédiaire de l’esplanade du Trocadéro, devant le musée de l’Homme côté jardins © Photo Stephen Rostain.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3739/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 260k
Légende Fig. 2 - Localisation des musées présentés dans ce dossier.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3739/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 128k
Légende Fig. 3 - Le musée du quai Branly vu de la rue de l’Université © Photo Stephen Rostain.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3739/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 151k
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Pour citer cet article

Référence papier

Stéphen Rostain et André Delpuech, « Introduction »Les nouvelles de l'archéologie, 147 | 2017, 3-7.

Référence électronique

Stéphen Rostain et André Delpuech, « Introduction »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 147 | 2017, mis en ligne le 18 décembre 2017, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/nda/3739 ; DOI : https://doi.org/10.4000/nda.3739

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Auteurs

Stéphen Rostain

Directeur de recherches au Cnrs / Umr 8096 ArchAm, « Archéologie des Amériques » – Maison Archéologie & Ethnologie, René-Ginouvès – 21, allée de l’Université 92023 Nanterre cedex -

stephen.rostain@cnrs.fr

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André Delpuech

Conservateur général du patrimoine, directeur du musée de l’Homme

– Mnhm 17, place du Trocadéro 75116 Paris –

andre.delpuech@mnhn.fr

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Droits d’auteur

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