1En décembre 1994, la découverte de la grotte Chauvet-Pont d’Arc représenta d’emblée un événement médiatique considérable, dans la région aussi bien qu’aux niveaux national et international, tant cette catégorie de biens culturels, désormais inscrite dans le vaste domaine des biens universels, passionne les populations.
2La datation des peintures, vieilles de plus de 36 000 ans, a bouleversé les conceptions des spécialistes (Quiles et al. 2016). Alors que leur style et leur aboutissement artistique permettaient d’estimer leur âge aux alentours de 20 000 ans, la révélation d’une datation aussi ancienne a eu pour effet d’invalider la capacité prédictive de l’ensemble des connaissances acquises dans le domaine des expressions artistiques des premières cultures d’Homo sapiens – l’expression désigne ici les Hommes modernes, arrivés en Europe il y a 50 000 ans.
3Ne cessent de nous fasciner depuis la richesse du site, la technicité inédite, la puissante tension au sein des compositions graphiques, la mise en scène des fresques peintes sur les parois minérales ou celle d’ossements d’ours des cavernes dont l’âge ancien est confirmé.
4Cet impact scientifique et médiatique s’est traduit par plusieurs décisions. Tout d’abord, priorité a été donnée à la conservation, accompagnée d’un engagement de l’État sur la programmation d’une recherche interdisciplinaire à long terme qui est toujours en cours. Par la suite, deux autres actions ont été décidées par l’État et les collectivités territoriales : la demande de classement au Patrimoine mondial de l’humanité et la réalisation d’une réplique permettant à un large public de découvrir cette cavité exceptionnelle. L’inscription de la grotte Chauvet parmi les sites d’art rupestre archéologiques sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, acquise en 2014, est à la fois le fruit de cette mobilisation et le résultat d’un processus plus large d’appropriation transculturelle qui s’inscrit dans une empathie profonde des sociétés contemporaines envers les témoignages matériels et immatériels du passé de l’humanité le plus universel. Cette dernière tendance observée partout dans le monde, en particulier au sujet du patrimoine archéologique et de l’art rupestre, ne doit pas être ignorée ni sous-estimée dans le bilan rétrospectif de la réalisation de cet équipement culturel inédit que représente la Caverne du Pont d’Arc en Ardèche.
5Dès 1995, quelques mois seulement après sa découverte, il est avéré que ce site archéologique exceptionnel, si bien conservé et si singulier, était beaucoup trop fragile pour être un jour ouvert au public – autrement dit, les contraintes imposées par sa conservation étaient incompatibles avec sa fréquentation régulière et il fallait donc envisager une solution satisfaisante pour le développement touristique local.
6Après l’abandon, en 2005, d’un premier projet de restitution initié en 2001, celui porté par les architectes Fabre et Speller – Atelier 3A a remporté en 2008 le concours lancé par le Syndicat mixte de l’Espace de restitution de la Grotte Chauvet (Smergc, dirigé
7par R. Buffat), maître d’ouvrage regroupant le Département de l’Ardèche et la Région Rhône-Alpes, avec l’appui de l’Europe et de l’État français.
8« L’espace de restitution de la grotte Chauvet » est un projet monumental comprenant cinq bâtiments répartis sur le rebord du plateau calcaire surplombant la petite ville de Vallon-Pont d’Arc. Désormais baptisé la « Caverne du Pont d’Arc », le site est à moins de deux kilomètres à vol d’oiseau de la grotte originale dissimulée dans une falaise des gorges de l’Ardèche. Le bâtiment le plus imposant élève au-dessus de la végétation une imposante façade de béton plissé, du même gris minéral que les escarpements calcaires du voisinage ; derrière, s’abrite la réplique de la grotte, recroquevillée sur elle-même pour se loger au mieux dans cette coquille artificielle (fig. 1).
Fig. 1 - Grande façade du bâtiment qui abrite la « Caverne ». Le voile de béton plissé s’inspire des falaises grises environnantes © Photo Jean-Jacques Delannoy.
9En cheminant vers l’entrée, le visiteur s’enfonce peu à peu dans le sol. Il descend sous la surface de la garrigue environnante et, par une anfractuosité architecturée, il distingue dans le lointain bleuté les contreforts du plateau ardéchois. Il est dans le sud de la France, à deux pas de la vallée du Rhône, au pied du Massif Central et dans un instant, il entrera dans un monde du Pléistocène.
10Ce chantier hors norme a abouti dans un délai très court (30 mois de travaux environ). Il a mobilisé plus de 550 professionnels qui ont collaboré pour mener à terme une réalisation unique par son ampleur. Par le soin accordé aux détails dans les paysages souterrains, les ambiances, les témoins des activités humaines et animales et les gestes des artistes de la Préhistoire, l’ensemble s’avère très original.
11Nous allons exposer les idées et principes saillants de cette singulière réplique de la grotte Chauvet.
- 1 Mise en place en 1998 à la suite d’un appel d’offres scientifique international, cette équipe de re (...)
12La grotte Chauvet a joué un rôle exemplaire dans la conception de la recherche sur l’art pariétal. En 1998, c’était la première fois qu’on réunissait sur appel d’offres une équipe pluridisciplinaire1 pour étudier une grotte ornée. Aujourd’hui, ce modèle est devenu la règle : l’approche des œuvres pariétales ne peut se faire sans prendre en compte les dimensions morphologiques et paysagères des volumes souterrains, les vestiges paléontologiques, l’ensemble des traces, les aménagements, les empreintes laissés par les animaux et hommes.
13Les résultats et les relevés acquis durant les campagnes de recherche de l’équipe scientifique ont été d’importants vecteurs dans le transfert des connaissances, dans un premier temps auprès des décideurs, des architectes et des scénographes, puis en direction des ateliers et des entreprises qui ont réalisé la réplique. Plus que sa dimension (3 000 m2), c’est l’esprit dans lequel elle a été réalisée qu’il importe de souligner ici : la volonté de partager les différentes dimensions symboliques du site, qu’elles soient esthétiques, paysagères et bien entendu culturelles, à travers ses œuvres pariétales, grâce à une réplique authentique et la plus complète possible.
14S’est ainsi imposée l’idée que toutes les composantes du site, riche et fragile, devaient être considérées comme un « tout indissociable », avec la complexité qui en découle. Cette approche globale qui a présidé aux travaux de l’équipe scientifique a été déterminante pour imposer le principe selon lequel la réplique devait être un juste miroir de la connaissance de la grotte. Le maître d’ouvrage ayant décidé de présenter en priorité la plus large palette possible du patrimoine orné de la grotte, les chercheurs ont exprimé le souhait que l’art pariétal soit remis dans le contexte de la « géographie souterraine ». Cette volonté de cohérence a été partagée par tous les acteurs et, en premier lieu, par le conseil scientifique international qui a accompagné le projet de la conception à la réalisation.
15Devant l’impossibilité de reproduire la totalité de la grotte, compte tenu de son développement en longueur (plus de 500 m), de sa surface globale au sol (8 400 m2), de l’ampleur de ses volumes (44 000 m3) et de la complexité de ses paysages souterrains, des choix techniques et culturels se sont imposés. Ils ont tout d’abord porté sur l’art pariétal et son environnement immédiat : 22 panneaux ornés rassemblant plus de 300 figurations ont été retenus pour représenter la richesse et la diversité des 450 œuvres pariétales, les techniques utilisées ainsi que la montée en puissance des représentations au fur et à mesure de la progression dans la cavité. Ce premier choix n’a pas été facile car chaque panneau orné, chaque dessin occupe une place bien déterminée et significative dans -l’espace de la grotte. Il était, de ce fait, essentiel que les dessins soient reproduits dans leur espace géographique. L’évolution de la configuration de la réplique au fur et à mesure des projets et des réajustements techniques et financiers a conduit à l’abandon de certains espaces et des figures emblématiques qui s’y trouvaient, comme le Diverticule des Ours et la Galerie du Cactus avec leurs peintures rouges d’ours des cavernes.
16La question de l’inscription de la réplique dans le temps s’est aussi rapidement posée : allait-on représenter la grotte telle qu’elle a été découverte en 1994 ou telle que l’ont connue les hommes de la Préhistoire ? Il a été décidé de la restituer dans sa physionomie actuelle.
17L’ensemble de ces choix a été validé par le comité scientifique présidé par Jean Clottes et rassemblant une quinzaine d’experts internationaux. Ce comité a activement participé au suivi régulier de la réalisation des panneaux ornés, de leur enveloppe souterraine et des vestiges paléontologiques, ainsi qu’au contenu muséographique de la Galerie de l’Aurignacien et des dix stations de visite qui jalonnent le parcours.
18Dans la panoplie des techniques utilisées à la fois pour la recherche et la réplique, la modélisation 3D présentait l’avantage de traiter, quantifier et visualiser les espaces et volumes de la grotte dans les configurations de la réplique.
19À partir de 2006, l’acquisition d’un modèle 3D à haute résolution des zones ornées a été décidée. Le relevé 3D dans la grotte par scanner à laser a été accompagné par une couverture photographique permettant de « draper » (matching) des images de haute résolution sur ce modèle 3D. L’objectif était de disposer de données visuelles en trois dimensions qui illustrent précisément la nature et la matière des dessins ainsi que des états et textures de parois.
20Le modèle 3D de la grotte a été déterminant pour concevoir les différentes architectures de la réplique, métamorphosée en une version compacte et ramassée sur elle-même de la grotte Chauvet. La Caverne du Pont d’Arc repose sur un puzzle des espaces majeurs de la grotte, contracté sur 3 000 m2 : près de 90 écailles prélevées du modèle 3D de la grotte originelle ont été mises côte à côte pour créer le squelette de la réplique. Néanmoins, pour concevoir un espace souterrain cohérent et représentatif de la cavité originale, de nombreux ajustements topographiques, morphologiques, paysagers des secteurs ont dû être réalisés (fig. 2).
Fig. 2 - A : localisation de la grotte Chauvet et de sa réplique « la Caverne du Pont d’Arc ». B : Plan au sol de la grotte Chauvet et repérage des « écailles » à reproduire dans la réplique : elles regroupent les panneaux ornés et les éléments paysagers remarquables de la cavité. C : plan au sol de la réplique et parcours de la visite © Plan S. Jaillet - Équipe Chauvet / Mcc ; plan réplique : Perazio Engineering.
21Un des principes forts de la réplique a été de reproduire à l’échelle 1 dix espaces ornés retenus, depuis la simple peinture isolée jusqu’aux compositions monumentales des salles du fond (1 m2 à 66 m2). La contrepartie était la contraction de l’espace entre les zones ornées successives même si, dans le discours, prévalait une volonté de « respiration » entre les œuvres telle qu’elle existe dans la grotte originelle. Cette contraction et la juxtaposition d’écailles provenant de différents espaces de la grotte ont eu pour conséquence d’engendrer des incohérences géologiques et morphologiques. C’est pourquoi une attention particulière a été consacrée à recréer une cohésion géologique, dans un premier temps d’écaille en écaille puis sur l’ensemble du modèle 3D de la réplique. L’étape suivante a été de préciser la « logique paysagère » de la future restitution afin qu’elle soit le plus possible en résonance avec la géographie de la grotte Chauvet et ses dimensions sociale et culturelle.
22L’attention portée aux éléments physiques de la grotte est en étroite interaction avec les travaux de l’équipe scientifique qui soulignent que la géologie des parois a été pleinement exploitée par les Paléolithiques, aussi bien dans les techniques utilisées que dans la composition des œuvres. Il était fondamental de restituer cette intime connaissance de la grotte grâce à une représentation fidèle de sa géométrie d’ensemble ainsi que des morphologies des parois et plafonds qui la caractérisent (pendants de voûte, coupoles…). Une même attention a été portée aux sols qui ont archivé des informations essentielles : foyers, aménagements anthropiques (blocs déplacés, prélèvements d’argile…), empreintes, ossements, etc. Transmettre la genèse du site, son histoire et son évolution depuis sa fermeture naturelle par effondrements successifs, il y a 21 500 ans, passait par une retranscription fidèle des événements qui ont marqué ses paysages internes dans l’enveloppe définie par les architectes et scénographes. L’enjeu était, en effet, de pouvoir développer un niveau de raisonnement scientifique équivalent dans la réplique et dans la grotte.
23Le rapprochement, dans l’enveloppe 3D, des différentes « écailles » extraites de la grotte présentait le risque d’engendrer des incohérences géologiques. C’est pourquoi le travail de recomposition des paysages souterrains a été mené à l’échelle globale de la réplique. Là encore, la nouvelle « cohérence géologique » a été resculptée dans le modèle 3D.
24Pour chacune des écailles ornées retenues, un relevé colorimétrique a permis de définir la gamme des couleurs à représenter dans la réplique. Il a également permis de tester le transfert des informations collectées par l’équipe scientifique et mises à disposition des ateliers et entreprises. Il est rapidement apparu que ce qui paraissait logique pour les uns ne l’était aucunement pour les autres, que les nuances évidentes de texture ou d’état de paroi pour un géomorphologue ne l’étaient pas pour d’autres métiers. À ce stade, il devenait essentiel de disposer d’un dictionnaire illustré des faciès à représenter. Ce « carnet de faciès géologiques » a été conçu comme un fascicule de référence, compréhensible par l’ensemble des métiers impliqués (Delannoy et al., 2013). Chaque faciès de roche, chaque type de sédiments, chaque forme sont décrits sur une même charte d’information, associés à des photos replacées dans la réplique afin qu’elles puissent servir de documentation pour les modeleurs et les sculpteurs. La forme prise par ce « dictionnaire » repose sur un aller et retour fructueux entre la maîtrise d’œuvre, les scientifiques, les ateliers et entreprises impliqués, associant aussi un des archéologues de l’équipe de recherche. Les gestes respectifs des sculpteurs, des modeleurs et des peintres devaient reposer sur une compréhension préalable des formes ou des détails à représenter sur les parois et les sols.
25Dès le début du projet, il a été décidé que les dessins devaient avant tout traduire l’esprit des originaux afin de restituer une ambiance plutôt qu’une illusoire exactitude millimétrique. Afin de traduire la puissance des œuvres et l’émotion qu’elles suscitent, la réalisation des panneaux ornés a été confiée à des artistes et professionnels de répliques de dessins préhistoriques.
26À partir des fichiers 3D des panneaux, un fraisage numérique a fourni une première approche des reliefs des parois, sous la forme de blocs sculptés dans de la mousse de haute densité. Ces blocs ont été ensuite moulés pour produire des coques en résine à la géométrie fidèle aux reliefs de la grotte. Le travail minutieux de modelage de la surface de ces coques a permis de rendre compte de la nature du substrat rocheux, de ses variations de texture ainsi que des effets du passage des ours (poli des parois, griffades) et du temps (lessivage, concrétionnement). Ce travail préliminaire à la reproduction des dessins a été réalisé à la main, à l’aide de projections 3D d’images de la grotte qui permettaient de reproduire au plus près les détails des parois originales. Enfin, grâce au relevé colorimétrique, la diversité colorimétrique des parois a été restituée à l’aide de pigments naturels oxydés.
27Les dessins préhistoriques ont été reproduits avec des couleurs et des matériaux analogues à ceux employés par les artistes de la préhistoire. Dans cet esprit, le charbon de bois produit avec du pin sylvestre s’est imposé pour retrouver à la fois la fragilité et la vigueur des courbes qui composent les figures animales dessinées au fusain et à l’estompe. La réplique a valorisé les données acquises tout au long des recherches menées dans la grotte originale. Toutefois, le travail n’a pas été identique partout, en fonction de l’état de connaissance scientifique des différents panneaux à reproduire. C’est d’abord sur les ensembles ornés les mieux connus que les modes opératoires ont été testés à partir des hypothèses scientifiques formulées au fil des années. Ainsi, pour le « Secteur des Chevaux » on connaissait par avance le nombre de figures à restituer, la chronologie de leur réalisation, l’emplacement des rares tracés rouges, etc., en raison des travaux menés au sein de l’équipe scientifique (Tosello et al., 2012 ; Fritz et Tosello, 2015). Tous ces acquis ont conduit à anticiper les difficultés de réalisation des dessins en atelier, la restitution de ces panneaux permettant de passer de la théorie à la pratique. Un premier problème à résoudre a été que, à la différence du calcaire de la grotte, humide, tendre et nappé d’argile, les parois de résine étaient sèches et présentaient une dureté qui rendait délicate l’estompe du pigment avec les doigts ou les mains. Il a fallu résoudre la question de la malléabilité du support en travaillant sur des surfaces de résine encore fraîches, pour que les artifices techniques imaginés par les Aurignaciens puissent être restitués.
28Dans plusieurs secteurs de la grotte, l’étude des dessins n’était pas aussi avancée. C’était le cas de la Salle du Fond où aucune étude d’ensemble du Panneau des Lions n’avait été entreprise en raison de la distance d’observation (5 à 6 m depuis la passerelle). L’observation des photographies de ce panneau permettait de reconnaître l’essentiel des sujets et de bien voir certains détails mais n’était en aucun cas suffisante. En effet, derrière l’apparente évidence des compositions, se dissimule une grande complexité due aux superpositions, aux ajouts et réutilisations partielles de figures antérieures, sans parler de repentirs, appuis de doigts, grattages ou essuyages qui témoignent d’une énergie encore perceptible aujourd’hui. Face à ces difficultés, la méthode mise en place dans les ateliers s’apparente à celle adoptée pour le relevé des dessins en grotte. Avant le premier coup de pinceau ou de fusain, il a fallu procéder au dépouillement minutieux de la documentation photographique. La réalisation des fac-similés a été menée dans l’ordre chronologique d’exécution des compositions originales, en tentant de suivre les séquences gestuelles de l’artiste préhistorique ou de s’en approcher au plus près. Ainsi, sur le côté gauche du Panneau des Lions, ont tout d’abord été restituées les peintures rouges très érodées mais qui se distinguent encore, avant d’être recouvertes par les griffades d’ours puis par les figures noires qui les masquent aujourd’hui en grande partie.
29Si la recherche a logiquement nourri le fac-similé, l’observation systématique de la documentation photographique collectée dans la grotte originale pour les besoins de la réplique a permis de découvrir de nouvelles figures, notamment dans les secteurs en cours de relevé et d’analyse, par exemple dans la Salle du Fond (fig. 3).
Fig. 3 - Le grand Panneau des Lions dans la Salle du Fond de la « Caverne » © Photo Jean-Jacques Delannoy.
30En complément de la visite de la réplique, un espace muséographique de 650 m2 propose une initiation à l’environnement naturel et archéologique de la grotte Chauvet à l’époque où elle a été fréquentée par les artistes préhistoriques, entre 40 000 et 20 000 ans environ.
31La Galerie de l’Aurignacien est une évocation suggestive des paysages qu’ont pu parcourir des groupes humains vivant dans la région il y a plus de 35 000 ans. Le grand diorama en mode « immersif » conçu à l’attention des jeunes publics est ainsi peuplé des espèces les plus impressionnantes de la grande faune pléistocène. Reconstitués grandeur nature, le mammouth et le rhinocéros laineux, l’ours et le lion des cavernes ou le bison des steppes sont mis en scène dans un vaste paysage de la période glaciaire où figurent également des personnages.
32Bien plus qu’un simple synonyme de la grotte Chauvet, la Caverne du Pont d’Arc est sa « petite sœur », née d’un chantier hors norme pour ce type d’équipement culturel et touristique. Aujourd’hui, les visiteurs oublient vite qu’ils sont dans une restitution ; au contraire, ils ont l’impression de visiter une grotte à part entière et certains déclarent même avoir -ressenti une « émotion », notamment dans la Salle du Fond de la réplique. Cette réussite technologique et culturelle a rencontré l’adhésion du public si l’on en juge par la fréquentation qui, dès la première saison en 2015-2016, a reçu plus de 600 000 visiteurs et vient d’accueillir le millionième en février 2017.
33Au-delà de sa dimension touristique, la Caverne du Pont d’Arc constitue un indéniable support de transfert des connaissances comprenant la réplique, la Galerie de l’Aurignacien et une série d’animations sur site. Cet équipement permet aujourd’hui de raconter au public des histoires sur l’archéologie, la paléontologie ou la géologie, analogues à celles inscrites dans la grotte Chauvet, notamment parce que les morphologies des deux cavités, bien que topographiquement différentes, présentent les mêmes expressions et successions dans l’espace. Dans la réplique, ce parti pris initial permet de proposer un déroulement de visite selon des scénarios identiques à ceux qu’on peut construire dans la grotte au fur et à mesure de la progression vers le fond. Même si les espaces ne sont pas rigoureusement semblables, l’esprit de la grotte Chauvet est passé dans sa réplique.
34La Caverne du Pont d’Arc a permis de porter de nouveaux regards sur le site original. Ce retour de connaissances témoigne de la manière dont la recherche archéologique et les travaux de la réplique se sont mutuellement nourris. La qualité du dialogue entre les scientifiques, les scénographes, les artistes, les ateliers et les entreprises, tout au long du chantier (du projet initial aux ajustements finaux), a été un des gages de sa réussite.
35Cette nouvelle génération de fac-similés de grottes ornées, qui réplique de vastes cavités dans leur totalité, permet l’immersion du public dans un univers proche de celui des modèles originaux, sinon semblable à lui, et l’émergence de multiples sensations intellectuelles et d’émotions difficilement accessibles auparavant. Ce fac-similé d’une nouvelle espèce assume la monumentalité et l’authenticité du site original plus que les précédents qui étaient partiels (Altamira, Espagne), nettement empreints d’une scénographie de type muséal (Ekain, Espagne) ou encore virtuels et immatériels (le Roc aux Sorciers, Vienne). Ici, la réplique est associée à d’autres espaces muséaux et didactiques qui sont disjoints. Lascaux 4, inaugurée en décembre 2016 à Montignac (Dordogne), exploite les mêmes techniques et des principes identiques.
36La médiation scientifique et culturelle autour de l’art rupestre passe désormais par une nouvelle langue et de nouveaux moyens conceptuels, atteignant une authenticité inégalée et de surcroît, immersive et multisensorielle. Le fac-similé assume son autonomie et sa spécificité : on y déambule et on y vit une expérience personnelle.
37La Caverne du Pont d’Arc commence à exister comme objet touristique mais aussi culturel. Il n’en demeure cependant pas moins que, comme tous les membres de sa famille, la réplique de la grotte Chauvet possède un potentiel culturel et une énergie qui restent exclusivement exploités dans le cadre d’un tourisme de masse alors qu’à l’évidence, ses capacités la désignent comme un laboratoire expérimental, un lieu de recherche et d’enseignement, un véritable espace culturel -interactif, toutes dimensions qui tomberaient sous le sens dans l’original mais sont encore en devenir pour sa réplique.