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Musées d'archéologie au début du xxie siècle

Quand l’archéologie questionne le monde contemporain…

Valérie Koslowski
p. 56-60

Dédicace

« En faisant, en outre, peu à peu connaître tous les Hommes et toutes les cultures qui se sont succédé sur notre planète, paléoanthropologie et préhistoire, au même titre que l’histoire, l’archéologie ou l’ethnologie, semblent bien être aussi en train de bâtir une sorte de nouvel humanisme. »

Yves Coppens, membre du comité d’orientation du musée de l’Homme

Texte intégral

1En octobre 2015, le musée de l’Homme, entièrement rénové après six ans de travaux, ouvre ses portes au public. Lieu emblématique de la colline de Chaillot, cette institution vieille de plus de cinquante ans, héritière du musée d’ethnographie du Trocadéro et du « musée-laboratoire » de Paul Rivet, a dû renouveler son approche muséographique et toute son identité pour proposer aux visiteurs un nouveau récit de l’histoire naturelle et culturelle de l’Homme.

  • 1 La présidente du comité scientifique était Évelyne Heyer, généticienne, professeur au Mnhn. Pour vo (...)

2En effet, en 2004, après le départ des collections extra-européennes qui avaient fait sa renommée au musée du quai Branly, le musée de l’Homme a été contraint de se recentrer sur d’autres éléments (Dupaigne 2006). C’est pourquoi une commission officielle, commanditée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et présidée par Jean-Pierre Mohen, a proposé les grandes lignes d’un programme de rénovation du musée de L’Homme, refondé autour de ses collections de préhistoire et d’anthropologie (physique et culturelle) et d’un nouveau programme scientifique (Mohen 2006). Ce programme a ensuite fait l’objet d’études muséographiques de définition, avec la mise en place d’un commissariat scientifique, d’un comité d’orientation1 et d’une équipe de rénovation constituée de conservateurs et de muséographes, pour aboutir au musée actuel.

  • 2 Paul Rivet, fondateur du Musée de l’Homme en 1937 : « L’humanité est tout indivisible, non seulemen (...)

3La volonté de ce nouveau programme muséographique est de présenter « le regard croisé des nombreuses disciplines scientifiques », disciplines « convoquées […] à l’image de l’être humain : un et multiple – dans l’espace, mais aussi dans le temps », pour reprendre la célèbre phrase de Paul Rivet (1876-1958)2. Le parcours permanent, volontairement transdisciplinaire et diachronique, cherche à dessiner un discours cohérent, sans dogmatisme, souhaitant à la fois donner des repères solides aux visiteurs, susciter des interrogations et provoquer leur enthousiasme.

4La volonté affichée est de mettre le visiteur en position non seulement de spectateur mais également d’acteur : l’histoire qui est racontée est la sienne. Les fils conducteurs des thématiques traitées peuvent se résumer comme suit : l’Humanité, fruit d’une diversité, fabrique elle-même de la diversité.

5À ce titre, les collections présentées vont chercher à retracer l’unité et la diversité de l’humanité en tant qu’espèce, les liens qu'elle entretient avec le monde du vivant, les rapports de l’Homme avec l'univers – ses territoires, visibles et invisibles – et l’Autre – ses semblables, connus ou méconnus. Les axes qui ont été choisis sont ceux de la découverte de l’humanité par elle-même et de l’accroissement de la maîtrise de l’Homme sur la planète – entre progrès, errements et questions d’avenir.

6La déambulation du visiteur au sein des galeries permanentes est construite comme une exploration des différentes facettes de l’humanité – passées, actuelles, et à venir –, abordée dans la perspective de la construction d’une identité globale, fondée sur l’universalité de la condition humaine et la diversité de ses formes d’expression (fig. 1).

7Vaste programme…

Fig. 1 – Entrée du parcours permanent

© Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.

La préhistoire n’est pas un monde perdu !

8Les temps « préhistoriques » sont-ils révolus ? Cette question peut sembler inattendue, et pourtant…

9La volonté affichée est de valoriser les collections originales de fossiles humains et d’archéologie préhistorique du Muséum national d’histoire naturelle (Mnhn), tout en définissant des messages clefs où pourront s’insérer les découvertes à venir et l’actualité de la recherche. Pour ce faire, l’archéologie ne va pas faire l’objet d’une scénographie particulière mais s’insérer dans les dispositifs de l’ensemble du parcours permanent : poursuivant cette définition des contours de l’identité humaine en plongeant dans l’épaisseur du temps, le fait d’utiliser le même vocabulaire muséographique et les mêmes espaces, voire les mêmes vitrines, que l’ethnologie, la génétique ou l’éco-anthropologie, revient à se demander où -commence la lignée humaine et depuis quand l’Homme que nous sommes est proprement « humain ». L’objectif principal est de rendre sensible aux visiteurs la continuité qui existe entre eux et les Hommes des temps immémoriaux, à partir des traces fragmentaires du passé.

10En rendant compréhensible l’enracinement biologique et culturel, dans une diversité de milieux et climats où les « humanités plurielles » ont toujours vécu et auxquels elles ont su s’adapter en utilisant et transformant les ressources de l’environnement, on pourra ainsi affirmer que nous partageons une même histoire universelle,, un patrimoine et un espace communs – message d’une grande importance à l’heure où les revendications identitaires, et notamment celles liées à -l’occupation des territoires, essaiment sur la planète. L’archéologie est donc convoquée dans un but pédagogique, celui de permettre une réflexion sur le monde contemporain aux visiteurs-citoyens se posant des questions sur le monde actuel.

11Une fois les principes énoncés, encore faut-il les mettre en œuvre…

Du schéma conceptuel à la réalité

12Pendant quatre ans, de nombreuses réunions avec le comité scientifique puis avec chacun des conseillers scientifiques ont permis de faire un état des lieux de la recherche et des dernières découvertes afin d’établir un programme muséographique cohérent. Il s’agissait également de réunir différents spécialistes (anthropologue, ethnologue, généticien, préhistorien) autour d’une même thématique, par exemple « l’anthropisation des paysages », « 1 001 façons d’être humain » ou encore « le phénomène néolithique », pour mettre au jour les liens, les innovations et les grands invariants (pour reprendre un lexique lévi-straussien) des sociétés humaines. De nombreux spécialistes ont collaboré avec l’équipe de rénovation, cherchant à établir une pensée globalisante dépassant leurs seuls terrains d’étude et de recherche – exercice de style plus familier aux ethnologues qu’aux archéologues, plus à l’aise avec les données précises et mesurables d’un site particulier.

13Ce fut l’occasion de sérieux débats et de discussions passionnantes car, pour se faire comprendre du plus grand nombre, il faut dépasser la « peur de ses pairs » et essayer de tracer de grandes lignes directrices, sans tenir compte des précautions oratoires, des citations et références habituelles ainsi que des détails particuliers. Les notes en bas de page étant exclues du processus de mise en exposition, il fallut également procéder à des choix. À intervalles réguliers, les conclusions de ces groupes de travail, rédigées sous forme de programme muséographique détaillé, étaient présentées au Comité d’orientation qui validait ou discutait les options choisies.

14En résulta un grand schéma conceptuel qui devint le guide de l’équipe pour réaliser le parcours permanent (fig. 1). Cependant, si ce schéma généralisant était le fruit d’un consensus scientifique, il était parfois fort éloigné de la réalité des collections et de ce qui pouvait être ou non exposé au public.

15Le Mnhn ayant la particularité d’avoir une direction des collections mutualisée entre les différents sites qui composent cet établissement public, les responsables du musée de l’Homme, à l’inverse d’autres institutions muséales, ont peu de prise sur cet aspect de la réalisation d’un parcours permanent et là encore, de nouveaux choix et consensus durent être trouvés. Les chargés de collections, pour certains appartenant aux différents conseils scientifiques du musée, pour d’autres occupant d’autres fonctions, ont été la seconde composante de l’équation dont a dû tenir compte l’équipe de rénovation pour établir la liste des objets et des collections pouvant être exposés.

16Il fallait passer des concepts scientifiques à la présentation de collections, en mettant en place un vocabulaire muséographique qui permettait non seulement la conservation et la préservation d’objets et de restes archéologiques mais décloisonnait également les disciplines et les ensembles historiques chers aux chargés de collection. La présentation sortait des habitudes établies, en ne tenant pas compte de l’habituel cloisonnement des collections appartenant soit aux ensembles d’anthropologie des hommes fossiles, soit au département Préhistoire ou encore à celui « d’Hommes, nature et société ». L’idée était d’éviter qu’une vitrine soit associée à tel département, telle collection ou pire, tel chercheur !

Des restes humains aux fossiles originaux, au service d’un discours actuel

17La question de montrer les fossiles originaux d’Homo neanderthalensis et d’Homo sapiens se posa rapidement et suscita un débat au sein des différentes équipes, révélateur de la valeur différentielle accordée à l’objet original.

18C’est ainsi qu’au sein de la seconde partie du parcours permanent intitulée D’où venons-nous ?, le schéma conceptuel général indiquait qu’il fallait parler des différentes espèces d’hominidés qui se sont succédé depuis sept millions d’années et les donner à voir, pour illustrer le « buissonnement » de la lignée humaine mais également poser la question : « pourquoi sommes-nous désormais la seule espèce humaine sur Terre ? ». L’idée était de faire prendre conscience au public que cette situation était totalement inédite dans notre Histoire et à ce titre, elle méritait d’être mise en exergue. Très vite, il fallut se rendre à l’évidence : pour réaliser ce dispositif qui allait se trouver sur un socle courbe immense et sans réelle protection, seule la présentation de moulages de crâne ou d’élément du squelette pouvait répondre aux besoins muséographiques.

19Pourtant, ce constat allait à l’encontre du principe édicté par l’équipe de rénovation, qui souhaitait sortir l’archéologie et la préhistoire de leurs travers les plus fameux, à savoir l’exposition de moulages au même titre et à côté de celle d’originaux !

20Ce principe, souvent contesté par les conseillers scientifiques au motif que « le public ne voit de toute façon pas la différence ! », a été un des principaux points d’achoppement dans la conception du parcours permanent. Là encore, un consensus a dû être trouvé : le buissonnement évolutif serait bien présenté par des moulages qui répondaient mieux aux conditions d’exposition mais les fossiles originaux présents dans les collections méritaient également de trouver une place dans le parcours permanent, au titre de collection exceptionnelle (fig. 2).

Fig. 2 – D’où venons-nous ?, une évolution buissonnante © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.

21En effet, les Hommes fossiles originaux, rarement sortis de leurs réserves pour des expositions temporaires, sont des objets quasi-inédits pour le grand public. Le critère de « fossile original » a donc été déterminant : pièces uniques, irremplaçables, à vocation scientifique, que seuls quelques initiés avaient pu jusqu’alors approcher, ils sont devenus le symbole d’une lutte entre les tenants d’une muséographie mettant en avant le critère de « véritable et authentique objet », et ceux qui préféraient exposer le moulage et préserver l’original à des fins d’études strictement scientifiques.

22Finalement, nous avons pris la décision de présenter au grand public les fossiles originaux des Hommes de Cro-Magnon et de Néanderthal, au titre de « grands ancêtres » communs. C’est ainsi que deux fossiles originaux d’Homo sapiens (Cro-magnon 1 et 2) ainsi que trois d’Homo neanderthalensis (La Ferrassie 1, La Chapelle-aux-Saints et l’enfant du Pech-de-l’Azé) sont exposés dans une vitrine-alcôve particulière qui se trouve à la fin du premier étage, concluant le premier plateau des collections ; elle a perdu son nom initial, « La chambre des Ancêtres », qui était un clin d’œil aux ethnologues du musée, et s’intitule désormais « La mort et l’au-delà ». En effet, ces fossiles retrouvés dans un contexte funéraire sont le précieux témoignage des premières sépultures, datées d’il y a plus de 75 000 ans, mises au jour en Europe. Le titre de cet ensemble muséographique a suscité quelques débats, les paléo--anthropologues étant peu à l’aise avec le concept « d’au-delà »… pourtant familier aux ethnologues (Godelier 2014). Là encore, la confrontation interdisciplinaire s’est révélée riche d’enseignements (fig. 3).

Fig. 3 - D’où venons-nous ?, « La mort et l’au-delà ». Fossiles originaux d’Homo sapiens du Paléolithique supérieur – (Cro-Magnon 1 et 2, Les Éyzies-de-Tayac Dordogne) – et d’Homo neandertalensis du Paléolithique moyen (La Ferrassie 1, Savignac-de-Miremont, Dordogne) ; La Chapelle-aux-Saints, Corrèze ; Le Pech de l’Azé, Carsac, Dordogne) © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.

23La volonté de l’équipe de rénovation était aussi de ponctuer la fin du premier plateau de présentation des collections par un jeu de rappel, en écho à l’une des vitrines de la première partie du parcours permanent Qui sommes-nous ? et s’intitulant « Vivre, mourir et en avoir conscience ».

  • 3 Cette culture andine s’est développée entre 900 et 1450 au nord du Pérou, sur le territoire compris (...)

24Dans cette vitrine-alcôve pensée pour préserver les collections, d’autres restes humains originaux sont présentés au public : deux momies, l’une Chachapoya3 et l’autre égyptienne. Elles côtoient l’urne funéraire remplie des cendres de Marcel Cohen (1884-1974), linguiste au Muséum ; les objets de plusieurs rituels de divinations africains ; un autel des morts provenant du Mexique et spécialement collecté pour l’ouverture du musée ; des crânes surmodelés d'Océanie ; les objets d’un cabinet de voyance européen… Toutes ces collections signifiantes, mêlées comme dans un cabinet de curiosités, interrogent le visiteur : une des caractéristiques de l’Homme, n’est-ce pas de connaître la mort et d’interroger l’avenir ? (fig. 4).

Fig. 4 – Qui sommes-nous ?, « Vivre, mourir et en avoir conscience » © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.

25La question du mode de présentation de ces restes humains s’est rapidement posée au cours de la réflexion sur le parcours permanent. Comme dans de nombreuses institutions, une commission de déontologie, composée de membres du Mnhn et de personnalités extérieures, a été constituée pour statuer sur les conditions d’exposition à mettre en œuvre et les règles de décence à respecter. Ainsi, le choix a été fait de ne pas exposer de restes d’enfants, à l’exception de la momie d’enfant égyptienne de l’époque ptolémaïque évoquée plus haut, qui est entièrement bandelettée et dont la véritable dépouille est indiscernable sous le masque et la résille qui l’entoure.

26D’un bout à l’autre de ce premier plateau des collections, les restes humains, fossiles originaux et archéologiques, ne sont pas replacés dans leur véritable contexte historique et à côté de leur mobilier – ces informations sont toutefois disponibles dans les cartels détaillés au plus près des objets ; leur présence se justifie par rapport aux questionnements actuels autour de la définition de l’Homme, en montrant la grande variabilité des réponses apportées, dans le temps et dans l’espace, par les différentes sociétés humaines à l’angoissante épreuve du temps qui passe et de la mort inéluctable.

Le Néolithique, première mondialisation ?

27Le Néolithique débute sur le deuxième plateau du parcours permanent. Cette période est une « nouveauté » dans le discours du musée de l’Homme, car peu de collections s’y rattachent (les collections du musée sont avant tout « préhistoriques »), et elle n’était pas aussi individualisée dans l’ancienne muséographie.

28Là encore, le pari était de faire prendre conscience aux visiteurs que le monde, les paysages, les animaux et les plantes ont commencé à changer très tôt, vers – 10 000 ans, par la pression de la sélection des espèces opérée par l’Homme. Ce phénomène d’anthropisation a connu progressivement une expansion mondiale pour des raisons qui restent encore incertaines. Cette première idée guide la présentation et les dispositifs muséographiques des « 7 foyers du Néolithique ». L’ensemble circulaire ainsi dénommé est constitué de pans de feutres découpés sur lesquels apparaissent les espèces domestiquées et la culture matérielle de sept parties du monde, en 4 000 av. J.-C. Un commentaire sonore guide le visiteur dans la perception de ce dispositif qui peut dérouter : seules les silhouettes des animaux et des plantes, découpées dans le feutre, se juxtaposent dans un jeu de pleins et de vides. L’idée était de ne pas mettre en avant la culture matérielle pour ne pas renforcer l’hypothèse, désormais battue en brèche, selon laquelle Néolithique = céramique et sédentarisation. L’absence d’objets (due à des contraintes techniques du bâtiment qui ne permettaient pas de mettre des vitrines climatisées dans cet espace), vécue au départ comme un « pis-aller », renforce finalement ce parti pris. Là encore, on se trouve dans un espace paradoxal puisqu’il est entièrement dédié à l’archéologie mais exclusivement constitué de matériaux et de dispositifs contemporains, ce qui crée un décalage et permet de faire passer ce message d’une « première mondialisation » (fig. 5).

Fig. 5 - Les 7 foyers du Néolithique : Chine, Proche-Orient, Japon, Europe, Asie central, Amériques © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.

29De nouveau, un jeu de miroir relie ce dispositif circulaire consacré au monde il y a – 4 000 ans et le « cyclo » situé dans la partie 3 du parcours permanent, qui traite de l’utilisation contemporaine des ressources naturelles par l’Homme et de la globalisation mondiale actuelle.

  • 4 Un tribulum est un panneau en bois rectangulaire utilisé pour le dépiquage des céréales, c’est-à-di (...)

30De même, les collections datant du Néolithique et de la protohistoire ne formant qu’une portion congrue des immenses collections de préhistoire du Muséum, une réflexion s’est engagée pour savoir comment scénographier les grandes idées du schéma conceptuel et les concrétiser dans des vitrines. C’est à ce moment que l’archéologie et l’ethnologie se sont rencontrées, les collections d’étude provenant du département « Hommes, nature et sociétés » servant à élaborer des vitrines qui mêlaient les deux approches : les objets provenant des fouilles anciennes étayent et expliquent les collectes récentes, et inversement. C’est ainsi que, pour illustrer la domestication des espèces végétales et la naissance de l’agriculture, des houes cévenoles côtoient un tribulum4 chypriote, et des faucilles néolithiques reconstituées, des lames en silex taillé. Le même éclectisme prévaut dans la vitrine consacrée aux usages de la domestication dans les sociétés, où la collection de ruches provenant de différentes parties du monde (Europe et Afrique en majorité) interroge le visiteur sur le statut de l’abeille : est-ce un animal domestique ou non ? De même, la collecte d’objets ukrainiens (pain de mariage, œufs de Pâques, gerbe de blé tressé appelée « didouk ») permet de mettre en avant les usages et la valeur symbolique des plantes domestiquées dans les sociétés, y compris occidentales et contemporaines.

Quand l’archéologie questionne le monde contemporain

31Dans le nouveau parcours permanent du musée de l’Homme, les objets et les collections archéologiques côtoient les collectes ethnologiques récentes et les collections anthropologiques biologiques anciennes. Loin de constituer un musée de la préhistoire au milieu du parcours général, elles servent le propos défini dès l’entrée du musée : qu’est-ce qu’un Homme ?

32La volonté affirmée est de permettre à ces vestiges et traces fragmentaires du passé de s’insérer dans les questionnements actuels autour du devenir de l’humanité. De ce fait, aucune affirmation n’est avancée, les textes des cartels et des sous-parties restent toujours au conditionnel, montrant ainsi aux visiteurs que même lorsqu’il s’agit d’archéologie, les certitudes ne sont pas de mise dans la constitution d’un discours scientifique.

33Les objets interrogent le visiteur qui peut ainsi appréhender la multiplicité de façons de vivre en société et des « façons de faire » de notre espèce depuis les origines. Ils servent de point de comparaison avec ce que chacun d’entre nous vit au quotidien, illustrant comment l’archéologie peut – et devrait davantage – servir à mieux comprendre le contemporain…

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Bibliographie

Dupaigne, Bernard. 2006. Le Scandale des arts premiers. La véritable histoire du musée du Quai Branly. Paris, Mille et Une nuits.

Mohen, Jean-Pierre. 2006. Le nouveau musée de l’Homme. Paris, Odile Jacob.

Godelier, Maurice. 2014. La mort et ses au-delà. Paris, CNRS éditions.

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Notes

1 La présidente du comité scientifique était Évelyne Heyer, généticienne, professeur au Mnhn. Pour voir les listes des comités d’orientation et scientifique : http://www.museedelhomme.fr/fr/musee/projet/acteurs/comites.

2 Paul Rivet, fondateur du Musée de l’Homme en 1937 : « L’humanité est tout indivisible, non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps. »

3 Cette culture andine s’est développée entre 900 et 1450 au nord du Pérou, sur le territoire compris entre les rivières Huallaga et Marañon, deux affluents de l’Amazone.

4 Un tribulum est un panneau en bois rectangulaire utilisé pour le dépiquage des céréales, c’est-à-dire pour séparer la graine de l’épi et récolter les grains.

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Table des illustrations

Légende Fig. 1 – Entrée du parcours permanent
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3760/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 184k
Légende Fig. 2 – D’où venons-nous ?, une évolution buissonnante © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3760/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 144k
Légende Fig. 3 - D’où venons-nous ?, « La mort et l’au-delà ». Fossiles originaux d’Homo sapiens du Paléolithique supérieur – (Cro-Magnon 1 et 2, Les Éyzies-de-Tayac Dordogne) – et d’Homo neandertalensis du Paléolithique moyen (La Ferrassie 1, Savignac-de-Miremont, Dordogne) ; La Chapelle-aux-Saints, Corrèze ; Le Pech de l’Azé, Carsac, Dordogne) © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3760/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 120k
Légende Fig. 4 – Qui sommes-nous ?, « Vivre, mourir et en avoir conscience » © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3760/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 124k
Légende Fig. 5 - Les 7 foyers du Néolithique : Chine, Proche-Orient, Japon, Europe, Asie central, Amériques © Mnhn. Photo Jean-Christophe Domenech.
URL http://journals.openedition.org/nda/docannexe/image/3760/img-5.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Valérie Koslowski, « Quand l’archéologie questionne le monde contemporain… »Les nouvelles de l'archéologie, 147 | 2017, 56-60.

Référence électronique

Valérie Koslowski, « Quand l’archéologie questionne le monde contemporain… »Les nouvelles de l'archéologie [En ligne], 147 | 2017, mis en ligne le 18 décembre 2017, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/nda/3760 ; DOI : https://doi.org/10.4000/nda.3760

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Auteur

Valérie Koslowski

Conservateur du patrimoine, chef de projet pour la conception de l’exposition du parcours permanent – Musée de l’Homme – 17, place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris

valerie.kozlowski@mnhn.fr

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Droits d’auteur

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