Henri-Claude Fantapié, Anja Fantapié, Erkki Salmenhaara et Pan Salmenhaara, Une histoire de la musique finlandaise
Henri-Claude Fantapié, Anja Fantapié, Erkki Salmenhaara et Pan Salmenhaara, Une histoire de la musique finlandaise, Paris, Adéfo, L’Harmattan, 2019
Texte intégral
1Depuis une perspective française, la musique finlandaise se trouve dans une position presque liminale. Le public francophone connaît par exemple certains compositeurs de musique dite savante comme l’incontournable Jean Sibelius. Du côté de la musique électronique peuvent revenir des mélodies d’artistes tels que Darude et Boomfunk MC’s qui ont percé à l’international à la toute fin des années 1990. Ces dernières décennies, la Finlande est devenue ambassadrice des genres rock et (heavy) metal, nous fournissant le surprenant vainqueur de l’Eurovision 2006, Lordi, ou encore Nightwish, l’un des groupes de metal les plus célèbres à l’échelle internationale. Une histoire de la musique finlandaise d’Henri-Claude Fantapié, Anja Fantapié, Erkki Salmenhaara et Pan Salmenhaara nous montre à travers une myriade d’exemples que l’étendue de la culture musicale finlandaise dépasse de très loin ces éparses connaissances. Cet ouvrage atteste ainsi de la richesse et de la vivacité de cet univers artistique et prouve qu’il mérite davantage d’attention.
2Comme l’explique le premier auteur, Henri-Claude Fantapié, chef d’orchestre et compositeur, dans l’avant-propos, ce livre est une version actualisée et quelque peu vulgarisée de ses travaux, de ceux d’Anja Fantapié, journaliste, traductrice et enseignante de finnois en France, et d’Erkki Salmenhaara, compositeur et musicologue. Ces textes sont adaptés avec l’aide du quatrième auteur, lui-même musicien, Pan Salmenhaara. Sont ainsi assemblés des articles et des chapitres publiés entre les années 1980 et la fin des années 1990 et des extraits de communications données durant la même période. Ils sont complétés par des écrits plus proches de la date de parution qui permettent de conférer une cohérence à cet ensemble. Toujours dans l’avant-propos, Henri-Claude Fantapié explique adresser cet ouvrage à un public français qui serait curieux de découvrir la musique finlandaise. Il se défend ainsi de proposer un écrit scientifique d’ordre historique ou musicologique. L’auteur se présente en musicien et décrit cette production comme une représentation ouvertement subjective de l’histoire de la musique finlandaise. Selon cette présentation, l’ouvrage se trouve donc, par sa composition et par les objectifs de son auteur principal, dans une position hybride entre recherche et vulgarisation. Bien que les travaux qui le composent aient été réalisés il y a plusieurs décennies, ce livre reste, dans le cadre de la production littéraire en langue française, l’une des sources les plus récentes et à jour pour ce sujet. En effet, les écrits en français proposant une perspective générale de la musique finlandaise et de son histoire sont rares puisque, pour la période allant de 1900 à nos jours, leur nombre avoisine seulement la dizaine.
3Le livre est structuré en quatre grands ensembles, dont les trois premiers sont dédiés à des thèmes précis et le dernier consiste en un assortiment disparate de réflexions autour du sujet principal. Le premier ensemble est consacré aux musiques traditionnelles ou folkloriques, tel qu’elles sont distinguées dans l’ouvrage, originaires de ou jouées en Finlande. Le second ensemble, de loin le plus vaste, puisqu’il occupe plus de la moitié du livre, a pour objet la musique souvent qualifiée de « savante », qui est écrite et transmise au moyen de partitions. Le troisième ensemble est quant à lui centré sur les musiques populaires, qui sont principalement créées et partagées à travers des enregistrements.
4L’ensemble dédié aux musiques traditionnelles ou folkloriques est consigné à une partie intitulée « Les origines », composée de six chapitres qui constituent une introduction, aussi générale que fournie à ce type de musique en Finlande. Les différents textes, majoritairement issus des travaux d’Anja Fantapié, présentent plusieurs types d’informations sur ce que l’on appelle en Finlande la kansanmusiikki. Ses diverses traditions sont décrites ainsi que ses variations selon les groupes de populations vivant sur le territoire finlandais ou encore pourquoi et comment cette musique a fait l’objet de collectes et de recherches. Des chapitres reviennent également plus en détail sur certaines traditions, respectivement kalévaléenne, sami et celle de l’ouest de la Finlande. Ce premier pan de l’ouvrage en illustre donc l’éclectisme, puisqu’il donne à la fois des repères historiques, des définitions, des repères contextuels ainsi qu’une liste des personnalités ayant marqué les styles décrits.
5La musique « savante » constitue le cœur de ce livre. Plusieurs parties sont consacrées à sa description, à nouveau par des perspectives chronologiques, contextuelles, mais aussi musicologiques. Les différents auteurs dépeignent d’abord les influences étrangères ayant contribué à l’émergence d’une musique savante locale, ainsi que les premiers membres de la sphère finlandaise. La seconde partie est entièrement dédiée à Jean Sibelius, à sa vie artistique, à ses difficultés et à son rapport parfois complexe avec le public, permettant donc de le découvrir au-delà de son image contemporaine de compositeur national. Les parties suivantes montrent avec de très nombreux exemples que, malgré le poids de l’héritage « sibélien », la musique savante finlandaise s’est toujours renouvelée et diversifiée. Cette démonstration emprunte un ordre chronologique, découpé en trois périodes : » Les premières années de l’indépendance », « 1945-2000 » et la période des années 2000 jusqu’à nos jours. La musique savante est pour finir résumée dans une partie intitulée « La vie musicale – En bref » qui propose à la fois une synthèse et un regard plus critique sur les informations présentées dans les chapitres précédents.
6Après l’abondance d’informations dispensées à l’égard de la musique savante, l’ensemble dédié aux musiques populaires est, comme les musiques traditionnelles et folkloriques, limité à une seule partie et apparaît donc comme restreint. Plusieurs styles de musiques populaires sont présentés, de la musique de salon au heavy metal, en passant par le jazz ou encore le tango. Heureusement, la variété musicale ainsi dépeinte permet tout de même de rendre compte une fois encore de la vitalité de la production musicale finlandaise depuis le début du xxe siècle.
7Dans l’ensemble, ce livre détient une position tout à fait inédite dans la littérature française. Il permet d’accéder à une représentation générale de la musique finlandaise, laquelle est, de surcroît, informée par les regards de personnes formées à la théorie musicale à un niveau universitaire et ayant plus ou moins directement contribué à la vie musicale de Finlande. Cela constitue à la fois une force et une faiblesse de ce travail. En effet, la richesse des informations données est indéniable et précieuse, mais elle ne saurait correspondre à un lectorat qui n’aurait pas bénéficié d’une formation solide à la théorie musicale. L’essentiel des idées est compréhensible, mais la description extrêmement théorique des œuvres ne permet pas toujours d’appréhender entièrement les détails et nuances que les auteurs dispensent pourtant avec générosité. Pour autant, la volonté pédagogique est présente dans tout l’ouvrage et l’on peut saluer la pertinence des explications données concernant le contexte historique, linguistique ou encore culturel ayant influencé les sujets présentés. En outre, quelques maladresses langagières sont à regretter. Par exemple, les Samis ou Sames, ainsi que leurs productions culturelles, sont qualifiés à plusieurs reprises de « Lapons » (p. 55) alors que les auteurs admettent que « le terme de “Lapon” est considéré comme péjoratif » (p. 53). Il est également dommageable, dans un livre qui se veut pourtant rigoureux, pédagogique et, nous pouvons le supposer, accessible au plus grand nombre, de trouver à divers endroits des jugements de valeur émis par l’auteur principal envers un lectorat qui n’abonderait pas dans son sens (p. 105-117). Quelques approximations sont encore identifiables sur les sujets moins maîtrisés, par exemple lorsque la musique électronique est classée comme un style de rock (p. 257).
8Ce travail à la forme et au style hybrides nécessite donc d’être considéré au regard de ces spécificités. À la fois très éclairant pour un public curieux de découvrir la musique de Finlande, il reste tout de même à aborder avec précaution en tant que source d’information pour de la recherche et, bien qu’il s’avère utile et important pour la sphère francophone, ses informations restent à éprouver. Son niveau de détail et de précision concernant la théorie de la musique peut ravir les spécialistes du sujet, mais perdra potentiellement un public moins averti. Malgré ces limites, la quantité d’informations disponibles dans un tel format et, de plus, en langue française forcent l’admiration et font de ce livre un incontournable pour qui voudrait connaître la culture musicale finlandaise.
Pour citer cet article
Référence électronique
Lise Philippe, « Henri-Claude Fantapié, Anja Fantapié, Erkki Salmenhaara et Pan Salmenhaara, Une histoire de la musique finlandaise », Nordiques [En ligne], 46 | 2024, mis en ligne le 01 novembre 2024, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/nordiques/10662 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12lly
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