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Actualités de la recherche

L’Invention du voyage d’Islande au XIXe siècle : genèse, contexte et enjeux d’une forme littéraire

Marie Mossé
Référence(s) :

Thèse de Langue, Littératures et Civilisations – spécialité Littératures comparées soutenue à l’Université de Lorraine le 04 mars 2022 devant un jury composé de Rachel Bouvet, professeure, Université du Québec à Montréal, examinatrice ; Daniel Chartier, professeur, Université du Québec à Montréal, directeur de thèse ; Isabelle Daunais, professeure, Université McGill, rapporteuse ; Alain Guyot, professeur, Université de Lorraine, directeur de thèse ; Pierre Halen, professeur, Université de Lorraine, président du jury ; Anne-Gaëlle Weber, professeure, Université d’Artois, rapporteuse.

La thèse a consisté à se demander si et comment un vaste ensemble de récits de voyage consacrés à l’Islande entre le dernier quart du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle constituait une forme littéraire identifiable, portée par un contexte de (re)découverte des ressources – matérielles, culturelles et littéraires – de l’Islande par les nations de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord, amorcé au siècle précédent : le voyage d’Islande. Il a d’abord s’agit de compiler ces récits de voyage, tâche bibliothéconomique préalable au travail de thèse proprement dit, puis, dans une perspective de théorie littéraire, de proposer une archéologie du voyage d’Islande et, enfin, d’interroger les conditions d’émergence de sa littérarité. Dans cette perspective, on a tout particulièrement étudié la résurgence de modèles d’écriture et de thèmes récurrents, empruntés à la littérature de voyage antérieure, mais aussi à la littérature islandaise médiévale et moderne que les voyageurs occidentaux des XVIIIe et XIXe siècles contribuaient justement à faire connaître dans leurs pays d’appartenance respectifs.

Plus précisément, le travail de thèse a situé l’émergence du voyage d’Islande au carrefour de deux paramètres : d’une part, l’intertextualité de la littérature viatique dans son ensemble, dont le voyage d’Islande réinvestit le vaste panel de représentations de l’altérité ; d’autre part, l’histoire séculaire des représentations -essentiellement exogènes – du Nord et de celles et ceux qui l’habitent, indépassable héritage des voyageurs en Islande. Le constat d’une dimension contradictoire de l’imaginaire occidental de l’Islande et des tensions dynamiques qui l’animent nous a ensuite invitée à en interroger l’influence, voire la reconduction sur le plan de la poétique du voyage d’Islande.

Cette phénoménologie du voyage d’Islande a livré le résultat suivant : cette forme littéraire prend son essor et gagne son institutionnalisation dans le contexte de la mutation de la littérature viatique, du modèle discursif du récit de voyage savant à visée encyclopédique vers celui du voyage romantique, « genre mêlé » (Philippe Antoine) pluriel et plastique. Mais le voyage d’Islande est également caractérisé par deux paradoxes. Le premier paradoxe se situe sur le plan synchronique : il s’agit de la collusion de patrons textuels a priori exclusifs les uns des autres, car respectivement définis par des réseaux de représentations antithétiques dans la géographie symbolique occidentale. Le second paradoxe, situé quant à lui sur le plan diachronique, réside dans l’existence discrète, mais certaine d’une logique nostalgique et anachronique présidant au choix par les voyageurs du XIXe siècle de paradigmes formels et épistémologiques révolus dans l’histoire de la littérature viatique. Là est le premier élément conditionnant selon nous la littérarité de notre corpus d’étude.

Dans un dernier temps, il s’est agi d’interroger la persistance – ou la mutation – de l’ancrage référentiel du voyage d’Islande en dépit de son processus de littérarisation par l’intertextualité et le mélange de genres, et de la progressive décorrélation entre patron(s) textuel(s) anachronique(s) et réalité à mettre en discours. Le cas statistiquement le plus représentatif d’intertextualité dans le voyage d’Islande – l’insertion du corpus littéraire islandais médiéval et postmédiéval, dont les statuts générique et épistémologique sont eux-mêmes incertains – nous a invitée à poser frontalement la question de la situation du voyage d’Islande dans le champ littéraire, entre genres fictionnels et genres référentiels. La thèse de doctorat s’achève sur une supposition : l’existence d’une référentialité conditionnelle de ce corpus viatique, dont le statut épistémologique serait infléchi par la spécificité d’un rapport nordique à la vérité et à la fiction. Là est le second élément qui conditionnerait la littérarité du voyage d’Islande.

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