Roy Jacobsen, Les Bûcherons
Roy Jacobsen, Les Bûcherons (Hoggerne, 2005), traduit du norvégien par Alain Gnaedig, Paris : Gallimard, 2011, Collection Du monde entier, 208 p.
Texte intégral
1TÊTES DE BOIS
2La période de la Deuxième Guerre dans les pays du Nord de l’Europe est plutôt méconnue en France. Quant aux événements qui ont alors eu lieu en Finlande… ! Guerre d’Hiver, guerre de Continuation, occupation soviétique, ralliement à l’Allemagne nazie, antinazisme… L’histoire finlandaise est faite d’épisodes très douloureux.
3Sur le cours des événements proprement dits, le roman du Norvégien Roy Jacobsen, Les Bûcherons, n’apprendra pas grand-chose. Il traite l’Histoire par, comme on dit, le petit bout de la lorgnette. À ce titre, il n’est pas sans rappeler celui de Henrik Tikkanen, Le Héros oublié (Gaïa, 2002, traduction de Philippe Bouquet), qui met en scène un soldat finlandais poursuivant la guerre, sa guerre, trente ans après la fin des hostilités. Mais dans l’ouvrage de Roy Jacobsen, ce n’est pas l’humour qui prime, plutôt l’empathie : l’empathie pour toutes ces petites gens en plein désarroi, car ne comprenant guère ce qui se passe, et qui ne cessent de louvoyer entre deux feux avant d’être violemment emportés par le fameux tourbillon de l’Histoire. Le personnage central, Timmo Vatanen, est considéré comme l’idiot du village. Lorsque les autorités finlandaises demandent aux habitants de Suomussalmi de quitter leur ville, afin de l’incendier et d’éviter ainsi qu’elle tombe aux mains des troupes soviétiques, il refuse de partir, sous le prétexte qu’il a toujours vécu là et qu’il entend y mourir. Quand les soldats ennemis arrivent, il est réquisitionné comme bûcheron et devient responsable, un peu malgré lui, d’une équipe d’éclopés chargée d’approvisionner les militaires en bois de chauffage. « […] J’ai seulement fait ce que l’on attendait de moi, j’ai été celui que je suis, le seul qui reste quand tout le monde s’en va, celui qui reçoit des ordres d’un vieux type à la barbe d’un brun marécageux […]. »
4N’en révélons pas plus, mais soulignons tout de même que Les Bûcherons n’est pas plus un récit de guerre qu’un texte prolétarien, et que, l’un et l’autre à la fois, il est aussi et avant tout un beau petit roman empreint d’humanité.
Pour citer cet article
Référence papier
Thierry Maricourt, « Roy Jacobsen, Les Bûcherons », Nordiques, 25 | 2013, 144.
Référence électronique
Thierry Maricourt, « Roy Jacobsen, Les Bûcherons », Nordiques [En ligne], 25 | 2013, mis en ligne le 13 décembre 2024, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/nordiques/10909 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13b7z
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