Éditorial
Texte intégral
1Publié depuis 2003 sous l’égide de l’Institut Choiseul, Nordiques prend un nouveau départ après deux années d’interruption. à partir de ce numéro 24, c’est en effet en Basse-Normandie que se poursuivra la parution de la revue. Ce choix n’est pas le fruit du hasard car, au-delà de la rituelle commémoration d’un passé commun, cette région a, spécialement depuis la guerre, multiplié les initiatives pour tisser tout un réseau de relations avec les pays du Nord.
2Ainsi, dans le domaine de l’enseignement et de la recherche, offrant un cursus complet (licence, master, doctorat) et proposant des cours de danois, finnois, islandais, norvégien et suédois, le département d’études nordiques de l’université de Caen Basse-Normandie compte parmi les plus importants et les plus connus de France, voire d’Europe. De surcroît, c’est aussi dans cet établissement qu’a été implanté l’Office franco-norvégien (OFNEC). Outre la mise en œuvre d’un vaste programme d’échanges et de coopération, cet organisme unique en France s’est montré particulièrement actif dans le domaine culturel. Entre autres, avec la participation des enseignants scandinavistes, il a fondé en 1992 le festival d’art et de littérature nordiques Les Boréales de Normandie (devenu Les Boréales et confié au Centre régional des lettres de Basse-Normandie depuis 1999) qui organise chaque année une centaine de manifestations culturelles dans toute la région : des rencontres littéraires, des spectacles, des expositions, des colloques scientifiques....Et si la pluridisciplinarité est la règle, la littérature occupe une place privilégiée, ce qui a amené les Presses universitaires de Caen à créer une collection nordique riche de plusieurs dizaines de titres. Dans le même esprit, il convient encore de citer la création d’une section norvégienne au lycée Alain-Chartier de Bayeux et, à une plus grande échelle, la signature d’une convention de jumelage entre la région norvégienne du Hordaland et la Basse-Normandie.
3Parmi les initiatives promises à un riche avenir, il convient de s’arrêter tout spécialement à celle qu’a prise la bibliothèque de Caen à l’initiative de sa directrice Noëlla du Plessis. Appelée à devenir une Bibliothèque multimédia à vocation régionale et à s’installer dans une nouvelle structure d’une grande qualité architecturale, cet établissement, déjà connu pour son engagement en faveur de la culture du Septentrion, a choisi de devenir « Pôle de littérature et culture nordiques en langue française ». Comme elle a, par ailleurs, entamé une fructueuse collaboration avec l’association Norden présidée par Éric Eydoux, le grand zélateur de cette cause, la bibliothèque était toute désignée pour permettre à Nordiques de poursuivre ses activités.
4Si elle profite ainsi d’un environnement favorable pour s’installer en région, notre revue n’en modifie pas pour autant sa ligne éditoriale. S’adossant à deux comités réunissant les meilleurs spécialistes français et étrangers, notre rédaction dont les membres sont eux-mêmes issus de trois universités différentes, continuera, au-delà de toute délimitation territoriale, à favoriser une meilleure connaissance de ce monde boréal à la fois si proche et si différent du nôtre.
5Les exigences concernant la qualité des articles resteront, cela va de soi, inchangées. Si le fonctionnement général demeurera le même, ce nouveau départ amène cependant quelques nouveautés : après avoir été une revue quadrimestrielle, Nordiques paraîtra deux fois par an, au printemps et à l’automne. Nous maintiendrons la décision de publier parfois des articles en anglais, dans le but de renforcer le caractère international de la revue et également de permettre à davantage de chercheurs nordiques de faire connaître leurs recherches en France sans que nous soyons obligés de passer par la traduction. Cela facilitera en outre la diffusion de nos articles à l’étranger. Ainsi, ce numéro 24 contient un article en anglais.
6Nordiques est depuis sa fondation une revue transdisciplinaire, les dossiers ont traité de divers sujets nordiques : la politique, l’économie, la sociologie, la littérature… Dans ce numéro, nous avons fait le choix d’élargir encore vers la linguistique pour en savoir davantage sur la politique linguistique des pays nordiques. Afin de réaliser ce projet nous avons, comme c’est désormais une pratique consacrée au sein de la revue, fait appel à deux collaborateurs spécialistes de ce domaine, à savoir Karl Erland Gadelii (professeur d’études nordiques à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV)) et Jonas Löfström (chercheur à LIDILE à l’université Rennes II) qui ont coordonné le dossier « Les langues nordiques à l’ère de la mondialisation ». Ce thème, que les coordinateurs présenteront plus en détail dans un article introductif, reflète un débat actuel et important dans les pays nordiques. Les auteurs emploient en général le terme de Norden, celui qu’utilisent les Nordiques pour parler de leur aire géographique et culturelle et que les spécialistes commencent à utiliser aussi en français. En France on dit habituellement les pays nordiques ou la Scandinavie, les deux termes étant parfois de façon erronée employés comme synonymes. La Scandinavie fait référence au Danemark, à la Norvège et à la Suède, les pays Nordiques regroupent ces trois pays plus la Finlande et l’Islande, ainsi que les Îles Åland (territoire suédophone appartenant à la Finlande mais jouissant d’une certaine autonomie), les Îles Féroé et le Groenland. Pour ce qui est des langues de ce grand territoire que constituent géographiquement ces pays, on dit langues nordiques pour parler de celles parlées dans le Norden à l’exception du groenlandais, du finnois et du same. L’expression française « langues scandinaves » ne renvoie qu’au danois, au norvégien et au suédois. Malgré le grand nombre de langues présentes dans cette aire géographique étendue, on parle souvent de l’intercompréhension nordique. Ces peuples liés par leur histoire, leur politique et leur culture forment une unité, aussi du point de vue des langues. Les questions linguistiques font ainsi partie du travail du Conseil des ministres nordique (Nordiska Ministerrådet). L’objectif étant que les quelques 25 millions d’habitants des pays nordiques puissent se comprendre en passant par l’une des langues scandinaves, ceci pour faciliter la coopération entre les pays.
7Ces langues qui font partie du Norden sont cependant des langues rares, comme on a l’habitude de le dire puisqu’elles sont parlées par un nombre d’habitants peu élevé et sont apprises par peu d’étrangers. Sont-elles menacées aujourd’hui à l’ère de la mondialisation ? L’emploi de l’anglais dans des domaines aussi importants que l’enseignement et la recherche ne cesse d’augmenter. Quelles sont les politiques publiques visant à sauvegarder les langues nordiques ? Qu’en est-il de l’intercompréhension entre les habitants de ces pays ? Le dossier tente d’offrir à ses lecteurs des réponses à ces questions.
8Dans la partie « varia », Éric Eydoux nous livre une analyse de l’affaire Breivik et de la façon dont le peuple norvégien et ses élus ont géré ce traumatisme national. L’auteur nous montre l’évolution des valeurs démocratiques réaffirmées pleinement pendant ce procès très médiatisé. Nous terminerons par quelques notes de lectures, dont nous remercions les auteurs, qui donneront certainement envie aux lecteurs de découvrir trois livres passionnants.
Pour citer cet article
Référence papier
Nathalie Blanc-Noël, Annelie Jarl Ireman et Vincent Simoulin, « Éditorial », Nordiques, 24 | 2012, 5-7.
Référence électronique
Nathalie Blanc-Noël, Annelie Jarl Ireman et Vincent Simoulin, « Éditorial », Nordiques [En ligne], 24 | 2012, mis en ligne le 14 février 2025, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/nordiques/10995 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15qr9
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