Voix de femme, voix de l’absolu : l’introspection dans la poésie de Karin Boye
Thèse en études nordiques soutenue à l’Université de Strasbourg le 29 novembre 2024 devant un jury composé d’Aurélie Choné (examinatrice), Corinne François-Denève (rapporteuse), Thomas Mohnike (directeur), Frédéric Rognon (président du jury), Mathilde Vallespir (examinatrice) et Harri Veivo (rapporteur).
Ce travail de thèse porte sur l’introspection dans la poésie de Karin Boye, figure centrale du modernisme littéraire suédois de la première moitié du XXe siècle. Plus précisément, il examine la manière dont son écriture poétique construit une exploration de la vie intérieure en articulant héritage protestant, reconfiguration personnelle du sacré et subjectivité psychologique dans un contexte européen traversé par les bouleversements politiques, sociaux et spirituels des deux guerres mondiales. La poésie de Karin Boye élabore une esthétique de l’intériorité où le sujet se constitue dans une tension entre conscience et inconscient, entre aspiration à la transcendance et ancrage dans l’expérience sensible, faisant dès lors du sacré une expérience intime et poétique. Dans le prolongement des écritures modernistes qui interrogent les limites du sujet et de sa représentation, cette thèse montre comment Boye transforme l’écriture de soi en un espace de crise, de dévoilement et de reconfiguration de l’identité. Cette proximité conduit à interroger les rapports entre poésie, spiritualité et psyché ainsi que les formes spécifiques par lesquelles ces dimensions s’entrelacent dans une œuvre à la fois inscrite dans la tradition scandinave et traversée par des circulations intellectuelles européennes. Ainsi, il en découle une réflexion sur les modalités par lesquelles le modernisme poétique repense l’expérience intérieure et la relation au sacré chez Karin Boye.
Le premier mouvement de se travail se focalise sur la dimension spirituelle de la poésie de Karin Boye en illustrant la façon dont elle participe à une redéfinition de la religiosité centrée sur l’expérience individuelle. Ainsi, l’écriture poétique devient un lieu d’accès à une transcendance vécue intérieurement et à une présence de l’invisible. Le second mouvement de notre analyse met en lumière les liens entre cette poétique de l’intime et les outils de la psychanalyse freudienne et jungienne afin de mettre en évidence les dynamiques inconscientes, les conflits psychiques et les processus de transformation du sujet qui structurent les textes. Nous examinons les formes spécifiques de cette écriture introspective dans le cadre du modernisme à travers la confession, la fragmentation du discours et la mise en tension du « je » : il s’agit d’illustrer la façon dont la poésie devient un espace d’expérimentation identitaire. Enfin, nous montrons dans une dernière partie comment cette dynamique se prolonge dans les représentations du corps, du monde naturel et des imaginaires symboliques à travers des figures du vivant, du désir et de l’hybridité qui traduisent les mouvements de la vie psychique dans leur relation au monde.



