Gouverner la sexualité des couples : des cours pour les couples financés par l’état norvégien
Résumés
Cet article se propose d’analyser la construction de la sexualité des couples norvégiens telle que la présente un cours mis en place et financé par l’État à l’intention des couples appelés à devenir parents pour la première fois. Intitulé « Bien vivre ensemble » (« Godt Samliv »), ce cours, lancé en 2005, est proposé gratuitement par les Centres de santé publique. De l’analyse des documents officiels, des débats politiques et des manuels utilisés pour cet enseignement, il ressort un discours sur la sexualité spécifiquement norvégien où l’accent est mis aussi bien sur l’égalité et la neutralité du genre que sur l’idée d’une démocratisation inclusive. Les jeunes parents sont encouragés à tout faire pour maintenir une relation durable et une vie sexuelle active permettant de favoriser le bien-être des enfants. L’idée de la sexualité qu’implique cette politique conjugale est fondée sur ce que l’on pourrait appeler « le devoir de spontanéité », lequel est présenté comme une tâche à laquelle les deux parents doivent s’atteler afin d’entretenir une relation stable et saine. À notre sens, cependant, telle qu’elle apparaît dans la politique gouvernementale sur la sexualité, cette rhétorique inclusive prônant la diversité a des limites, son discours excluant certaines formes d’intimité et de sexualité.
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Introduction
1Comment l’État providence norvégien construit-il « la sexualité des couples norvégiens » ? Pour tenter de répondre à cette question, cet article étudiera un cours pour les couples financé et organisé par l’État, intitulé « Bien vivre ensemble ». Fondé en 2005 par la direction des Affaires de la famille et de la jeunesse, ce programme était initialement destiné aux couples pour la première fois en attente d’enfants ; gratuit, il était proposé par l’intermédiaire des centres de santé publique municipaux. Le cours se concentre sur le type de démarches à adopter pour favoriser un amour durable et donne aux couples toute une gamme d’outils susceptibles de les aider à mieux résoudre leurs problèmes et à améliorer la communication entre les deux partenaires.
- 1 Désormais « Manuel » se réfère au manuel pour les participants aux cours pour les couples.
2Notre analyse se concentre sur la manière dont la sexualité est représentée dans ce cours. Afin d’examiner les idées particulières sur les relations et la sexualité des couples telles qu’elles sont reflétées dans cette initiative de politique publique, nous analyserons les données à deux niveaux : d’abord la construction de la relation du couple et de la sexualité au niveau politique, telles qu’elles apparaissent dans les projets du gouvernement et dans les débats parlementaires. Dans un deuxième temps, nous étudierons les relations et la sexualité telles qu’elles sont vues dans le travail pratique proposé aux couples, ainsi que les textes écrits pour ce cours1. Nous souhaitons notamment montrer comment les relations d’un couple norvégien typique et le rôle attribué à la sexualité sont présentés dans ces sources écrites et affirmer qu’une nouvelle politique du couple et une nouvelle éthique sexuelle sont apparues aussi bien à travers le débat politique que dans la mise en œuvre du cours « Bien vivre bien ensemble ».
La politique sociale norvégienne et les cours pour les couples financés par l’état
3Depuis 1994, les subventions attribuées aux secteurs publics et privés proposant des cours à destination des couples font partie de la politique familiale en Norvège. Au début des années 2000, le gouvernement de coalition de centre droit dirigé par le parti chrétien-démocrate œuvre pour renforcer une politique visant à mieux protéger la famille. L’idée de créer des cours pour les couples est alors lancée et devient un sujet de débat au Parlement. Malgré des dissensions en matière de politique familiale, un accord est trouvé, et le projet de ces cours destinés aux couples est mis en œuvre lorsque le nouveau gouvernement social-démocrate arrive au pouvoir en 2005. À travers une collaboration entre le gouvernement et des acteurs du secteur privé, les activités ont rapidement évolué, et l’ambition de faire de ces cours un service disponible à l’échelle nationale est menée à bien en quelques années seulement.
- 2 Helga Hernes, Welfare-State and Woman Power. Essays in State Feminism, Oslo, Universitetsforlaget, (...)
- 3 Frode Thuen, Kristin Lærum, « A Public/Private Partnership in Offering Relationship Education to th (...)
4La mise en place de ces cours financés et organisés par l’État peut être considérée comme la prolongation d’une longue tradition de régulation de la famille, de la parentalité et de la sexualité en Norvège. La régulation norvégienne de la vie intime et de la sexualité telle qu’elle se présente dans ces cours gérés par l’État doit être considérée dans le contexte de cet État providence propre aux pays nordiques qui assure un niveau élevé de stabilité sociale. Cela implique notamment un lien plus étroit entre les projets féministes, l’État, les politiques institutionnelles et la recherche que dans le contexte anglo-américain. Ces politiques sont parfois qualifiées de féminisme d’État2. Ainsi, l’engagement de l’État pour stabiliser la cohabitation et la parentalité à travers la protection sociale et la régulation peut être vu comme l’expression d’un esprit social-démocrate et égalitaire norvégien. Plusieurs programmes éducatifs proposés par l’État sont en réalité une intervention de celui-ci dans les relations familiales, comme l’éducation à la maternité, les programmes d’accompagnement parental et l’arbitrage obligatoire en cas de divorce des parents3.
- 4 What Works in Relationship Education, H. Benson, S. Callan (éd.), Doha, Doha International Studies (...)
- 5 Godt samliv. Parkurs for førstegangsforeldre. Barne-, ungdoms-, og familiedirektoratet, 2005.
- 6 Howard J. Markman, Scott M. Stanley, Susan L. Blumberg, Fighting for Your Mariage, New York, Jossey (...)
5Il existe des cours destinés aux couples, mariés ou non, dans au moins 76 pays4, et ces cours sont également financés par des fonds publics dans plusieurs pays, comme au Danemark et aux États-Unis, où certains États les subventionnent. Ce qui est unique dans le cas norvégien, c’est le niveau d’engagement de l’État, aussi bien dans le financement que dans l’organisation des cours, outre que celui-ci définit ce qu’est une saine et bonne relation ou sexualité. Ce cours s’inspire grandement de « Toi et moi et nous deux », un cours développé par l’Institut national norvégien de santé publique. Le manuel Bien vivre ensemble (Godt Samliv5) est, quant à lui, plutôt une adaptation du manuel américain Prevention and Enchancement Program (Programme de prévention et d’amélioration). Ce produit sous licence, développé par l’université de Denver, se fonde sur la recherche américaine dans le domaine de la thérapie familiale et sur ce qui pousse un couple à se séparer ou à rester ensemble6. Plusieurs adaptations furent nécessaires pour appliquer en Norvège ce modèle d’orientation thérapeutique destiné à l’origine aux couples mariés et proposé par des organismes privés et des communautés religieuses. En Norvège, en effet, le cours était proposé par l’État et à tous les couples, indépendamment de leur situation maritale. Ces adaptations concernaient notamment la différence des genres et les objectifs de cette politique familiale. Là où le modèle américain insistait sur le mariage, les Norvégiens mirent en avant la diversité en incluant explicitement dans le groupe cible les couples de même sexe, les beaux-enfants et les parents adoptifs.
6Nous commencerons par étudier les débats politiques sur le bien-fondé d’un cours financé par l’État et analyserons les arguments avancés afin de convaincre de l’intérêt de faire de ces cours pour les couples un sujet de politique publique. Ce faisant, nous verrons quelles idées sur les relations familiales et la sexualité s’expriment à travers les documents officiels et les débats parlementaires portant sur ce cours. Nous mettrons l’accent sur les principaux arguments concernant l’intérêt de l’enfant et l’importance d’une relation solide et durable. Nous analyserons ensuite deux des principales idées développées dans le manuel du cours, notamment le sexe comme travail et élément d’égalité entre les sexes ainsi que la sexualité neutre, sans distinction de genre. Pour finir, nous verrons comment les objectifs politiques et les idéaux reflétés dans le manuel du cours conduisent, d’une part, à une normalisation et, d’autre part, à la mise à l’écart de certaines pratiques liées à la sexualité et à l’intimité.
Gouverner la sexualité des couples
- 7 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1976-1984.
7Pour bien comprendre les relations de couple et la sexualité telles qu’elles sont construites par l’État providence norvégien, il nous faut examiner la biopolitique et les techniques de soi. Le terme biopolitique dans ce contexte se réfère aux formes de gouvernance sociale et de gouvernance en soi qui sont présentes dans la production de connaissance et de vérité sur soi-même7. Ainsi, l’individu devient l’acteur central dans l’acquisition et la pratique de normes et d’idéaux sociétaux. Dans le cas étudié, les relations intimes et la sexualité sont gouvernées par les conseils pédagogiques ayant fait l’objet d’un large consensus politique dans le débat parlementaire et autorisés par le gouvernement. Les cours pour les couples offrent des perspectives et des outils pour gouverner les relations et la sexualité des individus. Ainsi peut-on les interpréter comme un élément de l’influence croissante de la culture thérapeutique sur les relations intimes.
- 8 Deborah Cameron, On Language and Sexual Politics, New York, Routledge, 2006, p. 139.
- 9 Eva Illouz, Why Love Hurts ?, Cambridge, Polity Press, 1997, p. 201 ; Damien W. Riggs, « Locating C (...)
8Qu’elles soient gérées par le secteur privé ou le secteur public, ce genre d’activités représente une professionnalisation de l’intime, proposant au couple un capital émotionnel en l’aidant à résoudre les problèmes, entre autres, par le biais de techniques de communication. En général, cependant, les cours pour les couples ne sont pas directement thérapeutiques, mais se rapprochent de la tradition d’autoassistance et d’autodéveloppement qui s’est développée à l’échelle internationale depuis les années 1960, et se fonde sur la croyance dans le développement personnel8. Après avoir commencé comme un mouvement contre-culturel, cette tradition a vite fait partie de la culture dominante avant d’être institutionnalisée à travers le marché, l’État et l’expertise. La philosophie thérapeutique des cours d’autoassistance devient de plus en plus pertinente, utilisant l’expertise psychologique pour aider les individus à mieux vivre et à être en meilleure santé, rendant ainsi chaque individu responsable de son propre destin émotionnel9.
- 10 Ulrich Beck, Elisabeth Beck-Gernsheim, The Normal Chaos of Love, Cambridge, Polity Press, 1995 ; An (...)
- 11 Nikolas Rose, Governing the Soul. The Shaping of the Private Self, Londres, Free Association Books, (...)
9On peut aussi voir le développement des cours pour les couples comme des processus d’individualisation qui ont changé les besoins dans le domaine de l’intimité, de la sexualité et du rôle de chacun dans un couple10. Aujourd’hui, les relations de couple doivent continuellement être chargées de sens et réfléchies. Elles doivent être construites et structurées, chaque individu étant responsable de la qualité de sa relation. On pourrait alors considérer les cours pour les couples comme une façon de s’entraîner à gouverner ses relations, sa sexualité et aussi à se gouverner soi-même conformément aux normes dominantes. De ce point de vue, l’objectif de l’individu est plus que le simple accomplissement des normes sociales. Les couples espèrent aussi y trouver le bonheur et améliorer leur vie11.
- 12 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1997, p. 191.
10Notre compréhension de la sexualité se fonde sur les idées de Michel Foucault, pour qui des phénomènes tels que la sexualité ou le désir doivent être vus comme le résultat d’un pouvoir productif et non comme une qualité naturelle. À ce titre, la sexualité est une formation spécifique, un produit de l’histoire qui reflète une organisation sociétale et une production hiérarchique du sexuel et d’un système de sentiments de désir sexuel12. Le terme « sexualité » se réfère ici aux discours sur la sexualité. Par contre, en utilisant le terme « sexe », nous nous référons aux pratiques sexuelles, à « faire l’amour » ou aux activités sexuelles.
11Les cours pour les couples reflètent un changement de perspective sur la sexualité. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on considère en effet qu’une vie sexuelle saine et hétérosexuelle bénéficie à la société, et les couples mariés se voient recommander par les professionnels en matière d’éducation sexuelle des pratiques ou des conseils sur la fréquence de leurs rapports. L’hétérosexualité légitime était réservée au mariage, la disponibilité sexuelle étant alors une obligation au sein du mariage. À partir des années 1970, le lien entre mariage, reproduction et sexualité se relâche, à cause des nouvelles méthodes contraceptives, comme la pilule, mais aussi de l’influence de divers mouvements sociaux. Des organisations féministes demandaient l’autonomie sexuelle et l’émancipation en soulignant que la sexualité devait être une expérience individuelle définie par chacun et chacune. Cet impératif impliquait aussi le droit de refuser des propositions sexuelles, y compris dans le cadre du mariage et des relations de couples établis. Dans la politique familiale norvégienne contemporaine aussi bien que dans la politique en général et dans les cours pour les couples mis en place par le gouvernement, la sexualité est largement conçue comme un projet destiné à être contrôlé par l’individu, à condition toutefois qu’elle reste dans le cadre des besoins du couple et du bien-être de l’enfant.
Les débats sur les bonnes relations et la bonne sexualité
- 13 Rapport parlementaire (Stortingsmelding) nº 29, 2002-2003.
12S’agissant de la sexualité, de la famille et du couple, quelles normes incarnaient les arguments politiques soutenant que les cours pour les couples devaient être un service public en Norvège ? Nous commencerons par examiner le débat à l’Assemblée nationale sur le financement public de ces cours. Au début des années 2000, les différents partis politiques se sont mis d’accord pour que l’État propose un cours gratuit aux parents d’un premier enfant. Cette nouvelle mesure fut inspirée par un rapport parlementaire sur la politique familiale en 2002-200313, La famille – les obligations liées à la vie de couple et à la parentalité. Bien que les arguments évoqués dans le débat portent aussi sur des considérations économiques et sanitaires, cette question de savoir s’il fallait oui ou non établir des cours destinés aux couples fut surtout présentée comme un problème relevant de la politique familiale. Afin de comprendre les controverses provoquées par le débat et de resituer les arguments dans leur contexte, il est nécessaire ici de résumer les principales particularités du débat sur la politique familiale en Norvège.
- 14 Guro Hansen Helskog, « The Norwegian State. A Relationship Educator », in What Works in Relationshi (...)
- 15 SSB 2010.
13Traditionnellement ces débats sont marqués par des controverses et des valeurs conflictuelles sur les liens entre le public et le privé, la liberté individuelle concernant le choix de vie, et le bien commun lié à l’éducation des enfants. Ces mêmes controverses survinrent également dans le débat sur les cours pour les couples, soulevant la question de l’implication de l’État dans la vie familiale. Durant les débats parlementaires, le principe même de ces cours fut accepté par tous les partis politiques à l’exception du Fremskrittsparti, un parti de la droite radicale. Afin de comprendre comment un tel consensus a pu être établi, il est nécessaire de prendre en considération un autre schisme politique. La politique familiale en Norvège tend en général à considérer le changement des modèles familiaux comme un fait social qu’il faut accepter et traiter14. Un pourcentage important de Norvégiens ont vécu en couple au moins une fois dans leur vie. Parmi les 23-57 ans, environ 57 % ont fait cette expérience15. Comme dans beaucoup de pays occidentaux, le taux de divorce est relativement élevé. Toutefois, parallèlement à l’acceptation générale de ces faits, on se souciait des retombées négatives que pouvaient avoir ces relations familiales instables sur les enfants et sur la santé mentale de la population. Les deux arguments furent avancés lors des débats concernant les cours pour les couples, et ces divisions entraînèrent un compromis fragile sur l’implication du gouvernement dans ce genre de politique traitant des relations des couples.
L’intérêt de l’enfant
14Le débat parlementaire sur les cours pour les couples commença dans les années 1990 et, avec le temps, se focalisa sur différents points. Dès le début, une des principales controverses porta sur l’équilibre entre l’intervention de l’État dans la vie de famille et la responsabilité personnelle de chacun. C’est surtout la droite qui souleva cette question lors des discussions sur le financement public de ces cours, en insistant sur le caractère privé des relations familiales et, conséquemment sur la nécessité de limiter l’intervention de l’État. Un compromis fut toutefois trouvé et le financement public de ces cours mis en place.
- 16 Kari Ludvigsen, Hilde Danielsen, « Samlivskurs som offentlig politikk – de – og refamiliariserning (...)
15Au début des années 2000, le débat se déplaça. La question d’établir des cours pour couples organisés par l’État attira l’attention sur d’autres aspects des relations gouvernées par l’État. La discussion se concentrait avant tout sur le soutien gouvernemental aux relations familiales particulières ou diverses16. Les points de vue contradictoires étaient très affirmés, mais on réussit peu à peu à faire accepter aux députés l’idée que ces cours étaient une question de politique publique visant à privilégier l’intérêt de l’enfant. Un autre argument permit de convaincre encore davantage de nombreux députés : il s’agissait d’assurer une politique qui protégerait les différents types de relation et d’organisation au sein de la famille.
- 17 Rapport sur la famille, p. 14.
- 18 Ibid., p. 12.
- 19 Rapport parlementaire nº 29, 2002-2003.
16Le Rapport sur la famille (Familiemeldingen) de 2002-2003 apporta des arguments en faveur d’un cours pour les couples organisés par l’État que l’on insérerait dans une politique familiale nouvelle et renforcée. Dans ce document, les relations au sein du couple sont présentées comme un élément de la politique familiale, mais aussi comme un problème de santé publique17. Le message principal étant qu’« une relation saine peut en grande partie être apprise »18. En outre, les relations et les séparations sont présentées comme des problèmes qu’il est possible et souhaitable de réguler à travers des orientations définies, l’argument principal portant ici sur l’éducation des enfants : « Des relations saines et durables devraient faire l’objet d’un investissement public conséquent, car elles sont fondamentales pour le développement de l’enfant. »19 L’idée d’assurer des relations saines et durables dans l’intérêt de l’enfant constitua un argument fort en faveur de l’implication de l’État, et le Parlement soutint largement aussi bien le financement de ces cours que la proposition d’en confier la gestion à des organisations bénévoles.
- 20 Kari Ludvigsen, Hilde Danielsen, op. cit.
17Mais quel fut exactement le lien établi entre ces deux arguments pour justifier les cours pour les couples ? L’inquiétude suscitée par les conséquences négatives d’un divorce ou d’une séparation sur un enfant n’était pas nouvelle en 2003, puisque le même type d’arguments avait déjà été évoqué lors du débat sur le financement public des cours pour les couples à la fin des années 1990. Ce genre d’appel fut renforcé par le Rapport sur la famille et le débat parlementaire qui s’ensuivit. Les besoins de l’enfant furent la principale motivation mise en avant pour justifier une politique publique visant à renforcer les relations de couple20. Selon cette pensée, tout le tissu social menaçait de s’écrouler si l’institution de la famille se disloquait, c’est pourquoi l’État devait intervenir.
- 21 Ibid.
18Malgré la diversité des valeurs liées au couple, à ses relations et à la séparation, un large consensus politique fut obtenu par ce biais. Agir dans l’intérêt de l’enfant en lui assurant une éducation saine et stable devenait une valeur collective indiscutable à partir de laquelle d’autres arguments pourraient être développés21. La citation suivante, extraite du rapport gouvernemental, est tout à fait révélatrice.
- 22 Rapport sur la famille, 2002-2003, p. 8.
En même temps, nous ne pouvons pas dire que toutes les formes de relations offrent aux enfants la même sécurité. Lorsque les deux parents sont présents et vivent dans une relation stable et responsable, l’enfant grandit dans un environnement plus sécurisant. Ce sentiment de sécurité comprend également la sexualité des parents et la relation amoureuse entre eux. Dans une famille, une sexualité sûre avec des dimensions psychologiques, sociales et biologiques, basée sur une relation entre adultes mûre et durable, a des effets positifs sur les enfants22.
- 23 Judith Stacey, « Gay and Lesbian Families. Queer Like Us », in All Our Families. New Policies for a (...)
19Le modèle le plus important de vie familiale dans l’Europe d’aujourd’hui est fondé sur le lien entre la responsabilité parentale et la relation du couple, cette relation reposant elle-même sur une attirance sexuelle mutuelle et des relations affectives23. La citation ci-dessus exprime clairement ce modèle. Autrement dit, l’intimité et la sexualité sont les éléments qui permettent au couple moderne de tenir. Une bonne relation de travail entre les parents n’est pas considérée comme un moyen suffisant pour préserver l’unité d’un couple. La sexualité est désignée comme le moyen principal pour assurer la stabilité familiale et une enfance heureuse.
La diversité, c’est bien, mais les relations sûres et durables sont plus importantes encore
- 24 Rapport sur la famille, 2002-2003, p. 8.
- 25 Ibid., p. 8.
20Les cours pour les couples ont fini par être soutenus grâce à des arguments qui mettaient en avant l’intérêt de l’enfant. Un débat, plus âpre, concerna les différentes formes de relation qui devaient être promues à travers les initiatives publiques. Le Rapport sur la famille désignait clairement les relations durables et stables comme une valeur clé de la politique familiale menée par le gouvernement. Le mariage y était présenté comme la meilleure forme de relation, notamment parce qu’il garantit une certaine stabilité24. La diversité n’était toutefois pas exclue de ces considérations, puisqu’il y était aussi dit qu’une bonne éducation ne dépendait pas forcément de la nature de la famille ou de la forme de relation qu’avaient choisie les parents : « Quand la liberté de s’épanouir se heurte à la sécurité de l’enfant, l’intérêt de l’enfant doit être prioritaire. Nous devons par conséquent oser dire quel est le meilleur choix, et éviter toute séparation, indépendamment de la nature de la relation. »25
- 26 Ibid., p. 6.
21L’ambition majeure de cette politique publique était de favoriser les relations durables. Ainsi le rapport gouvernemental mettait-il en avant une double stratégie : en renforçant l’idée, d’abord, que le mariage était « la forme de relation la plus souhaitable », et par conséquent le meilleur choix26, puis en voulant empêcher le déchirement des familles, indépendamment de la forme de relation entretenue par les parents. La stabilité des relations était essentielle si l’on souhaitait que les enfants grandissent dans un environnement sain. Si l’on se référait aux statistiques, où il apparaissait que les séparations étaient plus fréquentes chez les couples non mariés, le concubinage et la tendance de plus en forte à la monogamie sérielle devenaient des défis sociétaux importants, encore une fois au regard de l’enfant.
- 27 Kari Ludvigsen, Hilde Danielsen, op. cit.
- 28 Ibid.
- 29 Ibid., p. 9.
22Le climat général de la politique familiale en Norvège rendait un tel argument difficile à légitimer. Comme je l’ai déjà mentionné, le concubinage et le divorce sont des phénomènes largement acceptés au sein de la population, les remettre en cause était par conséquent difficile si l’on souhaitait parvenir à un vaste consensus politique27. Si l’on voulait que l’idée de ces cours pour les couples soit soutenue par le Parlement, ceux-ci devaient être ouverts à tous les couples, indépendamment de leur situation maritale. Lors des débats, beaucoup de députés défendirent le divorce comme un choix légitime pour les familles28. Pour obtenir un soutien politique dans ces affaires, il fallait se référer à des valeurs partagées. C’est pourquoi le poids des arguments destinés à promouvoir la nouvelle politique changèrent, ce n’était plus tant la nécessité d’éviter les séparations qui était désormais mise en avant, mais le besoin de renforcer ce qui est sain dans tous les types de relation, et ce, en apprenant aux couples à communiquer et en leur donnant les moyens de résoudre les conflits. De tels arguments pouvaient aussi s’appuyer sur le Rapport sur la famille où la sûreté et la durée étaient présentées comme des valeurs communes à des relations de toutes sortes. Cela est exprimé dans la citation suivante : « La lutte que mènent les homosexuels et les lesbiennes pour obtenir le droit de vivre en couple peut aussi être considérée comme l’expression du désir de s’engager dans une vie de famille stable. »29
- 30 Ibid.
23La nouvelle mesure d’entraînement à la vie de couple obtint un soutien renforcé dès lors que les critères pour l’accès à ce service changèrent. L’accessibilité était désormais fondée sur la naissance d’un enfant plutôt que sur la qualité ou la forme de relation entretenue par les parents. Ainsi, cette politique pouvait respecter ce qui était présenté comme les valeurs communes de la diversité et la liberté de choisir. Cependant, si on étudie le débat de plus près, il est évident que tous les députés n’étaient pas d’accord sur la meilleure façon de garantir la diversité et les valeurs liées à celle-ci. Les partis de droite prônaient une implication personnelle plus forte dans l’organisation de ces cours, afin de laisser à chacun la liberté individuelle de choisir la forme de vie commune qui lui convenait et le loisir d’organiser sa vie familiale telle qu’il l’entendait. Pour les partis de gauche, l’engagement de l’État était la meilleure manière d’assurer un support suffisant à une variété de situations familiales30. Ainsi les cours pour les couples proposés par l’État furent établis comme un service inclusif, ayant pour objectif de toucher tous les nouveaux parents indépendamment de leur sexe, de leur sexualité et de la forme de leur relation.
- 31 Depuis 2007.
24En regardant l’étendue de la politique mise en œuvre, il semblerait que cette approche inclusive ait été poursuivie et même renforcée avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement de centre gauche en 2005. Comme le ministère des Enfants, de l’Égalité et de l’Inclusion sociale du gouvernement le déclare dans ses directives concernant l’aide financière à apporter à ces cours : « Une contribution financière est attribuée à ces cours ». Elle doit permettre de toucher un large spectre d’usagers. Les dispositions liées aux cours pour les couples se sont avérées bénéfiques pour une série de nouveaux groupes cibles et pour le développement de nouvelles méthodes et de nouvelles initiatives, entre autres pour les couples de même sexe, pour les couples issus de minorités ethniques et pour les ex-partenaires ayant eu des enfants ensemble31. Notre examen des documents relatifs à cette politique et aux débats parlementaires montre que les cours pour les couples témoignaient d’une idée plus large de ce que pouvait être une famille norvégienne saine.
25Néanmoins, l’accord délicat qui a permis de lancer ces cours pour les couples contient une variété de valeurs et de conceptions de la vie de famille, des relations et de l’éducation des enfants. La promotion de relations durables et sexuellement actives comme cadre pour la reproduction et la parentalité apparaît comme un argument central dans les documents ayant trait à cette politique et les débats parlementaires. En proposant des outils du langage et des techniques qui visent à rassembler les couples, ces cours peuvent être vus comme une réponse de l’État aux problèmes politiques que cause la dissolution de la famille en tant qu’institution. Comment de telles ambiguïtés de politiques familiales se reflètent-elles dans les mesures et les services proposés aux couples norvégiens ? Et quels sont les aspects et les valeurs liés aux relations et à la sexualité des couples mis en avant dans la concrétisation des conseils donnés aux couples ?
Sexe et intimité : un travail au quotidien
L’objectif est de maintenir votre relation amoureuse au-delà de la parentalité
- 32 Hilde Danielsen, Wenche Mühleisen, « Statens parkurs Godt Samliv. Idealer og normer for samliv og k (...)
- 33 Ibid.
- 34 Manuel, p. 26.
- 35 Judith Stacey, 1998, op. cit.
26Cette citation du manuel de cours pourrait servir d’épigraphe à Bien vivre ensemble. Le livre donne aux parents de bons conseils pour entretenir « la joie et la passion » et garder une relation sexuelle saine. Le manuel contient une description détaillée de la communication et donne des conseils pour résoudre les problèmes, ainsi que la version raisonnable d’un amour plus proche de l’amitié que de la passion32. Ce qui pourrait caractériser ce cours, c’est son désir de concilier l’amour au quotidien et le désir sexuel. Qu’est-ce que le cours présente comme la « sexualité responsable » idéale pour les parents norvégiens aujourd’hui ? Dans le cours, amour est synonyme de travail partagé et la sexualité est incluse dans cette rhétorique. Ce qui peut être vu comme un amour et une sexualité où la faisabilité et la possibilité de choisir sont mises en avant au détriment de l’incontrôlable, des forces naturelles, des sentiments et des particularités33. Le manuel affirme que le sexe est bénéfique pour l’intimité des partenaires : « Une bonne raison de reprendre (les relations sexuelles après une naissance) est qu’une vie sexuelle satisfaisante agit comme un lubrifiant pour le corps – et la relation. »34 La mutuelle attirance sexuelle constitue l’évidence définitionnelle de l’amour dans la culture occidentale35. C’est pourquoi l’absence de désir sexuel est une raison culturellement acceptable pour une séparation dans la Norvège aujourd’hui. Cela implique qu’un « vrai couple » est un couple actif sexuellement, or cette activité sexuelle exige un travail important. Faire ce travail représente un bon investissement dans la relation :
- 36 Manuel, p. 26.
- 37 Manuel, p. 26.
Il est naturel que le désir soit alors mis à rude épreuve […] Au bout d’un moment, vous devez travailler ensemble pour retrouver une activité sexuelle36. Faites l’amour dans de nouveaux endroits. Éteignez la télé. Couchez-vous tôt. Prenez une douche avant de vous coucher nus dans un lit aux draps récemment changés dans une chambre chauffée et à lumière tamisée37.
- 38 Laura Kipnis, Against Love. A polemic, USA, Random House USA, 2004 ; Wenche Mühleisen, « Realism of (...)
- 39 Voir Hilde Danielsen, Wenche Mühleisen, op. cit., 2009.
- 40 Eva Illouz, op. cit., 1997 ; Wenche Mühleisen, op. cit., 2007.
27Ici, le sexe est présenté comme une valeur en elle-même, mais aussi comme un outil pour atteindre d’autres objectifs dans la relation. Être incité à travailler sa propre sexualité et à apprendre des techniques de communication peut sembler très peu romantique. La relation, qui, dans le discours occidental romantique, se fonde sur des sentiments authentiques, spontanés, amoureux et empreints d’érotisme, est ici présentée comme quelque chose d’exigeant ou supposant un investissement particulier. « Travail » devient une métaphore universellement acceptée pour « amour, sexualité et relation de couple »38. Dans le manuel, le modèle de la communication se fonde davantage sur des règles et des manières de résoudre les conflits empruntés au monde du travail et à la vie associative que sur la communication dans la vie privée39. Une telle fusion des sphères privées et publiques est devenue courante à notre époque. La vie publique est caractérisée par le privé, l’intime et le sexuel, tandis que les relations personnelles et les désirs sexuels sont relégués à ce qui ressemble aux outils et à la communication sur un lieu de travail40.
- 41 Manuel, p. 26.
- 42 Manuel, p. 24.
28Les conseils sexuels dans le manuel indiquent qu’une communication préparée et des activités sexuelles encadrées peuvent susciter le désir. Suivant cette logique, le manuel défie les couples de se défier eux-mêmes. À titre d’exemple, il est souligné que les accessoires sexuels stimulent certains tandis que d’autres les considèrent comme superflus, ce sur quoi le manuel conclut : « Cela vaut-il la peine d’essayer ? Et si vous trouvez un magazine érotique dans le tiroir de votre partenaire : pourriez-vous y jeter un coup d’œil, vous aussi ? »41 Au lieu de voir le désir comme une condition préalable essentielle en matière de sexe, la production d’activités sexuelles est considérée comme une porte d’entrée au désir désiré. Même si l’on trouve un peu partout de nombreux conseils sur les différentes façons de prendre en main sa vie sexuelle et de travailler afin de l’améliorer (comme le dit le manuel Bien vivre ensemble), les notions occidentales de la sexualité et du désir concernent également de fortes envies difficiles à satisfaire, un besoin d’authenticité et d’émotions profondes : « Pour beaucoup, le sexe est une porte qui favorise le rapprochement de l’amour et la sollicitude – nos émotions les plus intimes et les plus fragiles. »42 Autrement dit, le raisonnement que sous-tendent ces données sexuelles décrites dans le manuel du cours n’atteint son objectif que si le sexe suscite aussi la proximité, l’intimité et une profondeur psychologique. Il y a une forme de dualité dans cette description : d’un côté, un couple cherche l’authenticité, la profondeur et l’émotion, et de l’autre, pour communiquer, il suit des directives venant de l’extérieur et qui obéissent à certaines règles. Ainsi le manuel enveloppe la sexualité d’un couple dans une éthique d’obligation ou peut-être plutôt une obligation de spontanéité. Dès lors, le sexe est à la fois spontanéité et authenticité, mais aussi travail.
Une sexualité égalitaire et neutre
- 43 Manuel, p. 51.
Nous savons qu’une répartition équitable des tâches dans le couple est importante pour la qualité de la relation43.
- 44 Ulrika Dahl, « Scener ur et äktenskap : Jämstäldhet och heteronormativitet », in Queersverige, D. K (...)
- 45 Voir Ann Therese Lotherington, « Over grensen. Konstruksjoner av likestilling og norskhet i russisk (...)
- 46 Ulrika Dahl, op. cit., p. 49.
- 47 Manuel, p. 26.
29« Égalité et démocratisation » est devenu la marque du couple hétérosexuel nordique44. Par conséquent, l’égalité représente une norme explicite et implicite pour la normalité d’une relation dans Bien vivre ensemble. On pourrait dire que le manuel soutient les représentations stéréotypées de l’égalité entre les sexes comme une partie intégrante de la culture norvégienne45. L’idéal d’égalité repose sur une vision romantique de l’amour entre des femmes émancipées et des hommes confiants qui transcendent les structures du pouvoir liées au genre et qui fondent leur relation sur le respect et l’égalité46. Le manuel du cours a comme condition préalable que les couples sont déjà sur un pied d’égalité, mais non sans leur donner en même temps les moyens de devenir encore plus égaux. Questionner l’égalité comme une valeur en soi n’est pas une option. Avec l’égalité comme condition sine qua non et caractéristique de la norvégianité des relations de longue durée, comment peut-on développer cette « égalité de la sexualité » ? La sexualité est présentée de manière essentiellement neutre sexuellement. Elle entre dans le contexte d’un échange de services généreux et égalitaire : « Pour les parents épuisés par des enfants en bas âge, l’attention et la générosité sont des moyens sous-estimés qui peuvent ouvrir la porte au désir sexuel et qui sont évidemment importants en eux-mêmes. “Repose-toi un peu pendant que je range la pièce”. »47
- 48 Don Kulick, « 400 000 perversa svenskar », in Queersverige, op. cit., p. 95.
- 49 Howard J. Markman et. al., op. cit., 1994.
30À quelques exceptions près, les différences en matière de désir sexuel sont présentées sans faire référence au genre. Les ambitions pour un changement sexuel dans un cadre de politique publique prônant l’égalité se focalisent souvent sur « la sexualité problématique des hommes »48, mais dans ce cours, les femmes comme les hommes sont invités à jeter un regard autocritique sur la nature de leur désir. Cette neutralité peut être vue comme une façon d’éviter de renforcer les stéréotypes liés au genre et au sexe qui pourraient réduire l’espace de négociation des individus. On peut également y voir une façon de « conclure le chapitre » de l’égalité, puisqu’il va de soi que les femmes et les hommes sont déjà égaux et souhaitent l’être. Tandis que l’enjeu central de la sexualité aujourd’hui part de l’hypothèse que les deux sexes sont intrinsèquement différents, nous voyons ici les contours d’une éthique sexuelle norvégienne récente fondée sur l’égalité, sur la neutralité en matière de genre et sur la démocratisation. Cette éthique est en partie opposée à ce qu’on peut lire aux États-Unis sur le sujet, dans par exemple « Lutter pour votre mariage »49, qui dans une large mesure prend comme point de départ les différences de sexualité entre les genres. Dans l’éthique sexuelle norvégienne, les idéaux d’égalité entre les sexes constituent une condition sine qua non. Cette éthique considère l’égalité des sexes comme une réalité et un idéal. Inversement, elle critique une norme hétérosexuelle où la différence de sexe se compose d’une domination masculine et d’une subordination féminine. Cette nouvelle éthique en matière de couple peut avoir la fonction d’un idéal qu’on cherche à réaliser, mais en même temps elle peut rendre plus difficile une confrontation des différences et des luttes de pouvoir. Les problèmes portant sur l’inégalité et les différences de pouvoir entre les sexes ne sont pas abordés dans le manuel.
31Nous avons vu que ce qu’on peut appeler une « sexualité saine et bénéfique » est présenté comme un outil important pour renforcer les liens au sein du couple dans les relations de longue durée « pour le bien de l’enfant ». La façon dont le socioanthropologue Don Kulick décrit « une vie sexuelle de qualité » en Suède correspond tout à fait à ce discours sur la sexualité :
- 50 Don Kulick, op. cit., p. 76.
C’est qu’il faut approuver socialement qu’il s’agit de relations sexuelles mutuellement satisfaisantes entre deux (et seulement deux) adultes ou jeunes adultes qui, d’un point de vue social, sont parfaitement égaux ou presque. Il ne doit être en aucun cas question d’argent ou d’autres formes de domination ouverte, même sous la forme d’un jeu de rôle, et tout doit se dérouler dans le cadre d’une relation déjà établie50.
32Cette vision responsable et égalitaire de la sexualité, qui est aussi celle reflétée dans le manuel du cours, est ce que l’on pourrait appeler la « version standard du sexe », à savoir une pratique inoffensive et bénéfique. Nous constatons, par conséquent, que le manuel exclut toutes les variations importantes de la pratique sexuelle. Il ignore les aspects d’une sexualité qui n’est pas forcément stabilisante, mais qui, au contraire, peut créer des conflits. Une abstinence volontaire ou l’absence de désir dans une relation sont présentées comme une menace et un problème à résoudre. Le sexe qui n’est pas lié à l’authenticité, à la profondeur psychologique ou au maintien de la relation est absent du manuel du cours.
- 51 Leo Bersani, « Is the Rectum a Grave ? », in Aids. Cultural Analysis, Cultural Activism, C. Douglas (...)
- 52 Wenche Mühleisen, op. cit., 2007.
33Nous pouvons supposer que, d’un point de vue existentiel, la sexualité est vécue comme un outil de communication et d’intégration sociale. Mais elle peut aussi être vécue – sciemment ou non – comme une force capable potentiellement d’exclure et, parfois, de détruire51. La sexualité dans le manuel du cours étant fondée sur la proximité, la réciprocité et la transparence, cela pourrait mener à une individualisation des expériences conflictuelles. Le fait de se concentrer uniquement sur une sexualité inoffensive et harmonieuse peut mener à terme à la disparition des différences, de la distance et du pouvoir comme facteurs compliquant les relations même s’ils sont aussi des éléments favorisant le désir sexuel. En outre, la sexualité responsable telle qu’elle est présentée dans ce cours contraste fortement avec les représentations culturelles de la sexualité que l’on trouve au cinéma, dans la littérature et les arts plastiques, où elle apparaît souvent comme quelque chose de dramatique, conflictuel et potentiellement violent52. Des conflits liés au sexe, à la classe sociale et à l’ethnicité apportent de l’eau au moulin des dernières notions modernes et culturelles de la sexualité, contrairement à la sexualité égalitaire et consensuelle de Bien vivre ensemble.
Normalisation et mise à l’écart
34Nous avons vu que Bien vivre ensemble avait l’ambition d’assurer des relations sûres et durables où le sexe joue un véritable rôle, et ceci dans l’intérêt de l’enfant, mais aussi que la sexualité et l’intimité y étaient présentées comme quelque chose qui demandait des efforts et de l’implication. L’ouverture, l’égalité et la neutralité quant au genre sont présentées comme des valeurs norvégiennes fondamentales et indiquent une certaine éthique sexuelle publique norvégienne. Quels sont les aspects des relations qui n’ont pas leur place dans la recette que l’État propose aux couples ? Certaines valeurs sont-elles mises à l’écart par Bien vivre ensemble ? Les débats politiques sur les cours pour les couples reflètent un désir d’inclure les diverses structures familiales tout en promouvant l’idéal d’une famille nucléaire hétérosexuelle. On retrouve cette même dualité dans le manuel du cours qui véhicule la volonté d’inclure plus que le simple couple hétérosexuel norvégien :
- 53 Manuel, p. 3.
Ceux qui sont parents pour la première fois ne constituent pas un groupe homogène. Nous avons les jeunes couples hétérosexuels qui ont leur premier enfant ensemble, les couples de même sexe, les parents adoptifs, les couples où les partenaires ont des enfants de relations précédentes, les couples d’ethnies différentes, les couples où les deux parents ont grandi dans des régions de Norvège différentes ou dans des pays différents, les parents ne vivant pas ensemble pour la première fois, les couples handicapés, les couples d’un certain âge ayant vécu de nombreuses années ensemble avant d’avoir leur premier enfant, pour ne citer que quelques exemples53.
- 54 Manuel de l’enseignant, p. 19.
35En principe, le couple tel qu’il apparaît dans Bien vivre ensemble est tolérant quant à la différence sexuelle, le mode de vie, l’adoption, les différences ethniques et culturelles, et le handicap. Cependant, le manuel ne s’attarde pas davantage sur ces différences. Même si les couples de même sexe sont mentionnés aux pages 14 et 15 du manuel du cours, le manuel de l’enseignant souligne qu’« il paraîtrait évidemment artificiel de consacrer du temps à des sujets tels que l’homosexualité ou l’adoption si cela ne concerne aucun des couples présents »54. De cette manière, l’homosexualité ou l’adoption ne sont plus considérées que comme des sujets à part qui ne sauraient être d’actualité que pour « ceux que cela concerne » et « les autres ». Elles sont présentées comme des différences essentielles et sans pertinence pour « la majorité ». D’un autre côté, la sexualité et l’identité de la majorité sont concrétisées et, en tant que telles, elles représentent l’expression de l’hypothèse normale à partir de laquelle d’autres différences sont expliquées. La normalité est présentée comme uniforme, l’hétérosexualité devenant une prémisse, et la majorité de la population norvégienne comme la norme de la parentalité biologique. Dans ce contexte, nous pouvons affirmer que le manuel du cours, bien qu’il prétende le contraire, tend à mettre à l’écart les groupes mentionnés ci-dessus. Les modes de vie hétérosexuel et homosexuel semblent s’exclure mutuellement et doivent par conséquent faire l’objet de présentations séparées. Cette conception de l’hétérosexualité et de l’homosexualité comme différences essentielles, des catégories « soit l’un soit l’autre », est – et a été – décisive pour la politique sexuelle norvégienne. À une occasion, cependant, le manuel fait référence aux couples lesbiens qui deviennent alors un exemple dont la majorité peut tirer un enseignement. La vie émotionnelle et sexuelle des couples lesbiens y est évoquée aussi bien comme un défi supplémentaire que comme un avantage :
- 55 Manuel, p. 14.
Il est bien connu que le désir tend à disparaître au sein de nombreux couples lesbiens et que ceux-ci ont du mal à garder une vie sexuelle active au fil du temps. Comme pour d’autres couples, cela peut représenter un défi quand on a des bébés à la maison. D’un autre côté, on comprend que, dans une large mesure, les lesbiennes adoptent d’autres formes de proximité physique et émotionnelle que la proximité proprement sexuelle, ce qui peut être un avantage lorsqu’un bébé mange votre temps et votre énergie55.
36Cette citation joue sur deux stéréotypes. Le premier est l’idée selon laquelle les femmes ont un désir moins prononcé que les hommes. Le second est fondé sur l’idée qu’un homme (un pénis) est nécessaire pour rendre une femme sexuellement active. Le manuel a beau présenter une norme positive pour une sexualité égale selon les sexes, paradoxalement il présente cette égalité des sexes comme un problème pour la sexualité lesbienne. Même si l’idéal, c’est l’égalité des sexes et la neutralité, la différence de sexe se manifeste implicitement comme la différence qui suscite le désir.
37Rendre les couples lesbiens visibles est une façon de les inclure dans le cours. Pour autant, cela n’implique pas l’inclusion des différences liées aux formes de familles, de parentalité et de sexualité. Le cours assume plutôt que la différence pourrait être assimilée au modèle du couple parental norvégien normal et sexuellement neutre (hétéro). Pour cette raison, le couple de même sexe ou le couple issu d’une minorité ethnique peut être « promu », pour ainsi dire, dans la normalité de couple norvégienne, pour peu que leur pratique de la famille, la parentalité et la sexualité respecte le schéma prévu. Ce processus de normalisation peut être caractérisé par le concept de l’hétéronormativité. La parentalité qui n’entre pas dans le cadre du couple hétérosexuel où l’égalité des sexes est respectée n’est pas traitée dans Bien vivre ensemble, à l’exception de l’extrait mentionné précédemment sur les couples lesbiens. Par conséquent, on propose à présent des cours séparés aux couples de même sexe et aux couples issus de minorités ethniques. Si ce traitement particulier peut être vu comme une reconnaissance pertinente de la différence, il implique aussi une mise à l’écart qui n’interroge pas l’hétéronormativité.
- 56 Anne Øfsti, Some Call it Love. Discourses about Love, Intimacy and Sexuality as Played out in Coupl (...)
- 57 Manuel, p. 3-4.
38Cette tendance à la normalisation et à la mise à l’écart n’est pas de toute évidence propre à Bien vivre ensemble. Ces mécanismes font en effet partie de l’hétéronormalisation dont la culture et les institutions sociales sont imprégnées. Bien que le cours incite les couples à communiquer de façon réfléchie, les discours sur l’intimité et la sexualité sont moins mis en question par rapport aux normes sociétales et culturelles et aux idéaux qui concernent les couples norvégiens. Ce manque de réflexion culturelle et sociétale est une tendance répandue dans les cours pour les couples en Norvège ainsi que dans les thérapies de couple56. Le texte du manuel est exclusivement ciblé sur les défis individuels et destinés aux partenaires dans un couple. Ce qui peut paraître paradoxal quand l’incitation à la réflexion est l’un des principaux objectifs de ce cours : « Par conséquent, le cours n’est pas vraiment élaboré pour donner des conseils. Bien vivre ensemble se veut plutôt comme une invitation à réfléchir. »57 Les normes dominantes concernant le couple, l’intimité, la parentalité et la sexualité ne sont que très peu discutées dans les cours, lesquels risquent ainsi de reproduire les normes dominantes.
Une vision démocratique de la sexualité
39Quels sont les idéaux et les normes sur la sexualité qui sont apparus dans cette analyse des cours pour les couples Bien vivre ensemble ? L’intention politique était de faire de ce cours un service accessible à tous, indépendamment de la nature des couples et de leur statut social. La tentative d’inclure les couples de même sexe, les couples issus de minorités ethniques et les familles adoptives, et de considérer les couples vivant en concubinage et les couples mariés comme égaux, peut être interprété comme l’expression d’une vision norvégienne de l’égalité démocratique et de l’inclusion de divers modèles familiaux. Les partis politiques s’accordent tous sur le fait qu’il est dans l’intérêt de l’enfant de combattre les séparations et qu’il faut empêcher la propagation de la monogamie sérielle. C’est pourquoi les documents, les débats politiques et le cours Bien vivre ensemble mettent en avant le fait que « la sexualité responsable » profite aux couples, aux enfants et à la société. La normalité contemporaine s’inscrit dans le cadre des relations hétérosexuelles de longue durée ou de monogamie sérielle qui sont le modèle dominant en Occident. La parentalité est présentée comme une tâche importante pour un couple, et travailler pour maintenir l’attirance sexuelle mutuelle est mis en avant comme une manière de préserver cette parentalité. Le rôle de l’engagement public dans la vie privée à travers le cours pour les couples est de rendre les parents responsables de leur propre bien-être émotionnel et sexuel, et ce dans l’intérêt de l’enfant. La sexualité est considérée comme l’élément clé des relations durables et de la parentalité.
- 58 Nikolas Rose, op. cit., p. 261.
- 59 Ibid., p. 261.
40Le cours souligne aussi qu’il revient à chacun de travailler sur sa relation et qu’il est nécessaire de mener une vie sexuelle active. Avec de tels outils, il est possible pour les participants individuels de former leurs relations et leurs personnalités en harmonie avec des idées et des processus. Ainsi, cette politique publique peut être considérée comme une « technique de soi » qui gouverne les couples norvégiens et les conduit à une éthique sexuelle spécifique à travers la promotion d’un « doux pouvoir pédagogique »58. Ceci implique des outils que chaque individu peut utiliser afin de développer une personnalité en harmonie avec des idées morales et des processus politiques lui permettant d’internaliser ces idées59. Le manuel du cours se fonde sur l’idée qu’une relation responsable va de pair avec l’obligation de garder une sexualité harmonieuse et spontanée.
41Le cours Bien vivre ensemble stabilise-t-il ou remet-il en question les conventions sur la sexualité des couples ? L’égalité des sexes est à la fois une norme et une hypothèse implicite dans les cours. C’est la neutralité plutôt que la différence de sexe qui est soulignée, tandis que les rapports de pouvoir et les conflits entre les sexes sont à peine évoqués. Ainsi la normalité norvégienne fonctionne comme un modèle dominant dans lequel les différences variées liées aux orientations sexuelles et aux minorités ethniques peuvent être assimilées. Le cours se sert des normes de la sexualité comme d’un ciment pour stabiliser les relations d’un couple. En même temps, l’amitié, la communication et la réflexion sont des valeurs clés dans un couple. Elles permettent éventuellement de dédramatiser le rôle primordial que l’on y attribue à la sexualité. En idéalisant cette combinaison de l’amitié et de la sexualité dans une relation stable et durable, on encourage le couple à travailler sur sa relation. Nous avons fait valoir que le cours promouvait une éthique sexuelle fondée sur l’idée que l’amour et les relations sont des processus sur lesquels il est possible de travailler. Toutefois le cadre de ces relations est celui d’une sexualité démocratique avec pour idéal l’égalité des sexes et la neutralité quant à ceux-ci. En même temps, la focalisation sur le consensus et l’harmonie aussi bien que sur la neutralité peut rendre les participants aveugles aux inégalités et aux différences de pouvoir. Cela, ajouté au manque de réflexion quant au rôle des normes et des idéaux, peut amener le cours à promouvoir des idéaux et des normes qu’il avait lui-même l’intention de combattre.
Notes
1 Désormais « Manuel » se réfère au manuel pour les participants aux cours pour les couples.
2 Helga Hernes, Welfare-State and Woman Power. Essays in State Feminism, Oslo, Universitetsforlaget, 1987.
3 Frode Thuen, Kristin Lærum, « A Public/Private Partnership in Offering Relationship Education to the Norwegian Population », Family Process, nº 44, 2005, p. 175-185.
4 What Works in Relationship Education, H. Benson, S. Callan (éd.), Doha, Doha International Studies for Families and Development, 2009.
5 Godt samliv. Parkurs for førstegangsforeldre. Barne-, ungdoms-, og familiedirektoratet, 2005.
6 Howard J. Markman, Scott M. Stanley, Susan L. Blumberg, Fighting for Your Mariage, New York, Jossey-Bass, 1994 ; Frode Thuen, Kristin Lærum, op. cit.
7 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1976-1984.
8 Deborah Cameron, On Language and Sexual Politics, New York, Routledge, 2006, p. 139.
9 Eva Illouz, Why Love Hurts ?, Cambridge, Polity Press, 1997, p. 201 ; Damien W. Riggs, « Locating Control : Psychology and the Cultural Production of “Healthy Subject Positions” », Culture, Health & Sexuality, nº 72, 2009, p. 87-100.
10 Ulrich Beck, Elisabeth Beck-Gernsheim, The Normal Chaos of Love, Cambridge, Polity Press, 1995 ; Anthony Giddens, The Transformation of Intimacy. Sexuality, Love and Eroticism in Modern Societies, Cambridge, Policy Press, 1992.
11 Nikolas Rose, Governing the Soul. The Shaping of the Private Self, Londres, Free Association Books, 1998, p. 156.
12 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1997, p. 191.
13 Rapport parlementaire (Stortingsmelding) nº 29, 2002-2003.
14 Guro Hansen Helskog, « The Norwegian State. A Relationship Educator », in What Works in Relationship Education, op. cit.
15 SSB 2010.
16 Kari Ludvigsen, Hilde Danielsen, « Samlivskurs som offentlig politikk – de – og refamiliariserning til barnets beste », Tidsskrift for kjønnsforskning, nº 17, 2009.
17 Rapport sur la famille, p. 14.
18 Ibid., p. 12.
19 Rapport parlementaire nº 29, 2002-2003.
20 Kari Ludvigsen, Hilde Danielsen, op. cit.
21 Ibid.
22 Rapport sur la famille, 2002-2003, p. 8.
23 Judith Stacey, « Gay and Lesbian Families. Queer Like Us », in All Our Families. New Policies for a New Century, M. A. Mason, A. S. Skolnick et D. S. Sugarman (éd.), Oxford, Oxford University Press, 1998.
24 Rapport sur la famille, 2002-2003, p. 8.
25 Ibid., p. 8.
26 Ibid., p. 6.
27 Kari Ludvigsen, Hilde Danielsen, op. cit.
28 Ibid.
29 Ibid., p. 9.
30 Ibid.
31 Depuis 2007.
32 Hilde Danielsen, Wenche Mühleisen, « Statens parkurs Godt Samliv. Idealer og normer for samliv og kommunikasjon », Tidsskrift for samfunnsforskning, nº 50, 2009, p. 3-26.
33 Ibid.
34 Manuel, p. 26.
35 Judith Stacey, 1998, op. cit.
36 Manuel, p. 26.
37 Manuel, p. 26.
38 Laura Kipnis, Against Love. A polemic, USA, Random House USA, 2004 ; Wenche Mühleisen, « Realism of Convention and Realism of Queering. Sexual Violence in Two European Art Films », Nora. Nordic Journal of Women’s Studies, nº 15, 2007, p. 172-189.
39 Voir Hilde Danielsen, Wenche Mühleisen, op. cit., 2009.
40 Eva Illouz, op. cit., 1997 ; Wenche Mühleisen, op. cit., 2007.
41 Manuel, p. 26.
42 Manuel, p. 24.
43 Manuel, p. 51.
44 Ulrika Dahl, « Scener ur et äktenskap : Jämstäldhet och heteronormativitet », in Queersverige, D. Kulick (éd.), Stockholm, Natur och Kultur, 2005, p. 49 ; Eva Magnusson, Han, hon och hemmet. Genuspsykologiska perspektiv på vardagslivet i nordiska barnfamiljer, Stockholm, Natur och Kultur, 2006.
45 Voir Ann Therese Lotherington, « Over grensen. Konstruksjoner av likestilling og norskhet i russisk-norske familier », Tidsskrift for kjønnsforskning, nº 32, 2008, p. 13.
46 Ulrika Dahl, op. cit., p. 49.
47 Manuel, p. 26.
48 Don Kulick, « 400 000 perversa svenskar », in Queersverige, op. cit., p. 95.
49 Howard J. Markman et. al., op. cit., 1994.
50 Don Kulick, op. cit., p. 76.
51 Leo Bersani, « Is the Rectum a Grave ? », in Aids. Cultural Analysis, Cultural Activism, C. Douglas (éd.), Massachusetts, MIT Press, 1998.
52 Wenche Mühleisen, op. cit., 2007.
53 Manuel, p. 3.
54 Manuel de l’enseignant, p. 19.
55 Manuel, p. 14.
56 Anne Øfsti, Some Call it Love. Discourses about Love, Intimacy and Sexuality as Played out in Couple Therapy in Norway. Doctorate in Systemic Psychotherapy, Tavistok Institute/University of East London, 2008.
57 Manuel, p. 3-4.
58 Nikolas Rose, op. cit., p. 261.
59 Ibid., p. 261.
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Référence papier
Hilde Danielsen, Kari Ludvigsen et Wenche Mühleisen, « Gouverner la sexualité des couples : des cours pour les couples financés par l’état norvégien », Nordiques, 28 | 2014, 69-87.
Référence électronique
Hilde Danielsen, Kari Ludvigsen et Wenche Mühleisen, « Gouverner la sexualité des couples : des cours pour les couples financés par l’état norvégien », Nordiques [En ligne], 28 | 2014, mis en ligne le 20 janvier 2023, consulté le 10 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/nordiques/5839 ; DOI : https://doi.org/10.4000/nordiques.5839
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