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Dossier : Grandes figures politiques nordiques

L’ascension politique de Gro Harlem Brundtland. Hasards, chance et malentendus ou manœuvres stratégiques ?

Anne Krogstad
p. 27-44

Résumés

L’ascension au pouvoir de la Première ministre Gro Harlem Brundtland a fait l’objet de nombreuses études. Le point de départ de cet article est une citation célèbre qualifiant son entrée dans la politique norvégienne de coïncidence, de hasard et de malentendu. Cette citation se réfère à trois événements majeurs de sa carrière politique : son entrée en politique, la façon dont elle a géré l’embrasement d’un puits de pétrole en mer du Nord alors qu’elle était ministre de l’Environnement et la façon dont elle devint – à la surprise de beaucoup – Première ministre en 1981. Il y eut certainement des éléments de chance dans la carrière politique de Brundtland. Mais ce type de description ne rend pas justice à son engagement, à sa capacité de travail et à sa capacité de se positionner de telle façon qu’il devint impossible de l’ignorer lorsqu’éclatèrent des crises. Cet article explorera des voies alternatives pour décrire l’ascension au pouvoir de Brundtland. Il montrera pourquoi la citation est à la fois parfaitement juste – et tout à fait fausse.

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Texte intégral

  • 1 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, Makt og mannefall. Historien om Gro Harlem Brundtland, Oslo, (...)

« Entrée par hasard en politique, Gro Harlem Brundtland doit à un accident d’avoir accédé à la célébrité et à un malentendu d’être devenue Premier ministre. »1

  • 2 Torild Skard, Maktens kvinner, Oslo, Universitetsforlaget, 2012, p. 18.

1À la fin de l’année 2010, les 192 États du monde comptaient au total 16 femmes présidentes ou Premiers ministres, soit un pourcentage de 8 %2. Ce chiffre est le plus élevé jamais atteint. Pourtant, il reste bas. Dans cet article, nous nous proposons d’étudier l’itinéraire d’une femme qui a su précocement battre en brèche la domination masculine dans la politique norvégienne et, par la parole comme par l’action, entraîner d’autres femmes à sa suite. Nommée à la tête du gouvernement norvégien en 1981, Gro Harlem Brundtland a été la première femme à exercer ces fonctions dans ce pays. Et lorsqu’elle constitua son deuxième gouvernement (1986-1989), 44 % des postes ministériels étaient occupés par des femmes, un record qui fit sensation dans le monde entier. Elle occupa encore cette fonction pendant une troisième période (1990-1996) avant d’exercer d’importantes responsabilités au sein des Nations unies, puis de prendre la tête de l’Organisation mondiale de la santé (1998-2003).

2Résumant l’entrée de Mme Brundtland en politique, la citation ci-dessus est extraite de la quatrième de couverture d’une de ses meilleures biographies, due à deux journalistes très respectés, Steinar Hansson et Ingolf Håkon Teigene. Selon eux, c’est une conjonction de hasards, de chance et de malentendus qui caractérise sa marche vers le pouvoir. Dans cet article, j’entends démontrer que si cette citation traduit parfaitement la réalité, elle la dénature tout autant. Il est fait ici allusion à trois événements déterminants dans la carrière politique de Gro Harlem Brundtland : tout d’abord comment elle, qui avait à peine effleuré le monde politique, se vit proposer de devenir ministre de l’Environnement dans le gouvernement travailliste formé en 1974 par Trygve Bratteli, puis, comment, en 1977, elle fut appelée ès qualités à traiter un gravissime accident en mer du Nord et enfin comment, à la surprise de beaucoup, elle devint Premier ministre en 1981. De toute évidence, dans cet itinéraire qui l’a vue accéder à de lourdes responsabilités, les hasards et la chance ont joué un rôle. Mais l’argument peut très bien s’inverser. Car en présentant ainsi sa carrière, on passe sous silence son engagement, sa capacité de travail, son aptitude à occuper systématiquement une position centrale sur le terrain politique, et même une position si centrale qu’en cas de crise elle en était venue à se rendre indispensable. Cet article se propose ainsi de donner une image plus nuancée de la première femme à avoir pris la tête d’un gouvernement en Norvège. Qu’est-ce qui, en considération de son sexe et des voies d’accès au leadership politique, a permis à cette femme de jouer un rôle de pionnière et comment son itinéraire a-t-il été perçu ?

  • 3 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit.
  • 4 Anders Bjartnes, Hanne Skartveit, Brussel tur-retur, Oslo, Tiden Norsk Forlag, 1995 ; Per-Arne Bjer (...)
  • 5 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, Oslo, Gyldendal Norsk Forlag, 1997 ; Gro Harlem Brundtland, Dramat (...)
  • 6 Arne Olav Brundtland, Gift med Gro, Oslo, Chr. Schibsteds Forlag, 1996 ; Arne Olav Brundtland, Fort (...)

3Dans cette étude sur la carrière politique de Gro Harlem Brundtland, nous référant au plan suggéré par la citation initiale de Hansson et Teigene3, nous en avons suivi le principe organisationnel. Et si nous avons ainsi choisi de traiter son entrée en politique, sa soudaine notoriété et sa nomination comme Premier ministre, c’est parce que toutes ces étapes représentent de décisives avancées dans sa carrière et que les descriptions qu’on en donne sont souvent aussi fascinantes que discutables. Pour notre part, nous avons recouru à plusieurs types de sources (interviews dans la presse, reportages, commentaires) ainsi, outre celle de Hansson et Teigene, qu’à plusieurs biographies4, qui décrivent ses initiatives et qualités lors des trois étapes politiques charnière déjà mentionnées. De surcroît, nous avons utilisé ses deux autobiographies (de 1997, 1998, plus la traduction anglaise de 2005)5 ainsi que les deux biographies que son mari, Arne Olav Brundtland, a consacrées à leur vie de couple6. Bien entendu, nous avons tenu compte du caractère inévitablement tendancieux des mémoires et biographies de ce genre rédigés par des proches. Mais dès lors que cette étude n’est pas seulement une synthèse des grands tournants de la carrière de cette femme, mais aussi une discussion sur les réactions qu’ont suscitées sa personne et sa vie lors de ces moments décisifs, il a paru intéressant de faire connaître celles-ci, notamment en considération de son sexe et de son leadership politique. Ces deux derniers aspects ont fait l’objet de synthèses.

La marche des femmes vers le pouvoir politique : quelques exemples

  • 7 Francine D’Amico, Women in World Politics, Westport, Bergin and Garvey, 1995.

4Se fondant sur une étude comparative portant sur 28 femmes exerçant des responsabilités au plus haut niveau, Francine D’Amico a établi une typologie des femmes en fonction des voies qu’elles ont suivies pour faire carrière et exercer le pouvoir dans un travail de recherche comparatif7. Ce faisant, elle distingue trois modèles :

  1. « l’héritière » qui a hérité son pouvoir de membres de sa famille, qu’ils soient morts ou vivants,

  2. « l’insider » dont l’ascension politique se fait au sein du parti ou d’autres canaux politiques,

  3. « l’outsider » ou « l’activiste » portée par des mouvements populaires ou une politique d’opposition.

  • 8 Torild Skard, op. cit., p. 461.
  • 9 Raylene Ramsay, French Women in Politics. Writing Power, Paternal Legitimation and Maternal Legacie (...)
  • 10 Anne Krogstad, Image i politikken. Visuelle og retoriske virkemidler, Oslo, Pax Forlag, 1999.

5Se référant à cette typologie, Toril Skard a effectué une étude comparative dont les résultats sont les suivants : sur les 73 femmes qui, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 2010, ont exercé des fonctions de présidente ou de Premier ministre, 19 % étaient des héritières, 66 % des insiders et 15 % des outsiders8. À considérer la répartition et le rôle des sexes, il semble, s’agissant des nombreuses héritières, qu’elles viennent de familles politisées où les femmes, tout au moins à l’orée de leur carrière, s’appuient sur un socle de pouvoir construit par un homme de leur famille. Et de même en est-il des insiders féminines auxquelles on accole volontiers le nom d’un promoteur masculin, d’un « mentor »9. Dans ce cas, cela signifie que, lors de leur entrée en politique, les femmes interviennent comme un substitut ou une sorte de prolongement des projets politiques masculins10. Faut-il se référer à l’un ou l’autre de ces modèles pour expliquer la carrière de Gro Harlem Brundtland ou bien a-t-elle été, comme la citation initiale le laisserait à penser, une outsider de la politique norvégienne ? Je reviendrai sur cette question.

  • 11 David Collinson, Keith Grint, Brad Jackson, Mary Uhl-Bien, The Sage Handbook of Leadership, Los Ang (...)
  • 12 Mats Alvesson, Yvonne D. Billing, Understanding Gender and Organizations, 2e éd., Los Angeles, Sage (...)
  • 13 Bjørg Aa. Sørensen, Asbjørn Grimsmo, Varme og kalde konflikter I det nye arbeidslivet, Oslo, Tiden, (...)
  • 14 Mona-Iren Hauge, « Kjøn og politikk », Kilden, 1998, voir article de Skjeie, http://kjonn.maktutred (...)

6Se pose ensuite la question de savoir s’il existe en fonction des sexes une manière spécifique d’exercer le pouvoir politique. Certains chercheurs ont tendance à penser qu’hommes et femmes ont des qualités différentes et que, partant, ces différences ne sont pas sans conséquence sur leur aptitude à diriger11. Néanmoins, au terme d’enquêtes approfondies, plusieurs de leurs collègues en viennent à la conclusion qu’hommes et femmes ne diffèrent pas systématiquement dans l’exercice de l’autorité ou seulement de manière purement marginale12. Une des raisons pour lesquelles il ne semble pas y avoir de grandes disparités de comportement est que, pour arriver au sommet de tels systèmes, les femmes ont su s’adapter13. Néanmoins, la masculinité et la féminité sont aussi des constructions sociales dont les conséquences se font sentir à la fois dans l’action et l’interprétation. Ainsi des politiciennes de haut rang s’entendent-elles souvent demander ce qu’elles apportent à la politique « en tant que femme ». C’est là une question à laquelle les politiciens aussi bien que les chercheurs répondent malaisément tant il est vrai que l’on comprend et définit différemment ce que l’on entend par féminin (et masculin) au gré des époques et des contextes. Quand bien même l’on répondrait que le sexe est de peu d’importance, il apparaît qu’au fil de l’histoire, ce qui sépare l’homme de la femme a fréquemment été évoqué sur le plan des idées ou de la rhétorique politique. Il s’agissait soit de justifier une exclusion politique – il ne sied pas aux femmes de faire de la politique – soit d’argumenter pour faire valoir que le sexe féminin était parfaitement compatible avec la politique et que dès lors les femmes devaient pouvoir y jouer un rôle14. Aussi est-il important d’étudier les idées relatives à l’exercice du pouvoir par les femmes et à la manière dont il est pratiqué.

  • 15 Ronald Inglehart, Pippa Norris, « The Developmental Theory of the Gender Gap. Women’s and Men’s Vot (...)
  • 16 Anne Krogstad, Aagoth Storvik, « Seductive Heroes and Ordinary Human Beings. Charismatic Political (...)
  • 17 Ibid.
  • 18 Anne Krogstad, Aagoth Storvik, « Picturing Politics. Female Political Leaders in France and Norway  (...)

7Gro Harlem Brundtland a opéré à une époque de transition, à un moment où de négatif qu’il était, l’argument de différence entre les sexes prenait une tournure positive, un processus auquel elle n’était pas elle-même étrangère. Et c’est là quelque chose qui fait d’elle un objet d’étude particulièrement intéressant. En la circonstance, le contexte civilisationnel joue un rôle central. Norris et Inglehart soulignent par exemple que la culture est le facteur depuis longtemps admis qui sépare « la progression frappante des femmes dans les parlements scandinaves de celle de leurs voisines dans les parlements du Sud méditerranéen »15. Ainsi Krogstad et Storvik, comparant l’exercice de l’autorité en France et en Norvège, ont-elles montré que, la France, tout en étant le pays d’origine des révolutions bourgeoises, avait été marquée par Versailles, son esthétique, ses conjurations et ses drames16. La politique française est décrite comme un cocktail dont les ingrédients sont le culte du héros, la conquête, la passion et le drame. Les facteurs émotionnels sont ouvertement reconnus comme un élément important de l’activité politique. En revanche, la politique norvégienne apparaît dépourvue de charisme et de passion. Elle est empreinte de raison, de sobriété et de morale. L’idéal de l’autorité en matière politique n’est pas celui du chef fort et héroïque, mais celui du serviteur du peuple antiautoritaire et tourné vers la collectivité. Krogstad et Storvik font valoir que cet idéal du politicien sans éclat, privilégiant la solidarité, est sans doute plus facile à réaliser pour les femmes que l’idéal français teinté d’héroïsme17. Dans une autre étude18, ces auteurs démontrent cependant qu’un certain ancrage dans ce que l’on considère généralement comme des qualités masculines est nécessaire pour contrebalancer la féminité des politiciennes norvégiennes (que celles-ci s’attribuent ou que d’autres leur reconnaissent). On parle alors d’elles comme de « femmes rudes », de « séductrices », de « mères », d’« héroïnes historiques », de « femmes révoltées », de « femmes glamour » ou de « femmes ironiquement féminines ». Et surtout, à seule fin de pouvoir pénétrer le monde politique, des pionnières comme Gro Harlem Brundtland ont dû plus ou moins subtilement se rattacher à des modèles historiques et masculins de politiciens. Ainsi les idéaux de leadership sont-ils à la fois culturels et sexués. Et ils ont souvent leur propre « langage ».

  • 19 Francine D’Amico, op. cit.
  • 20 Torild Skard, op. cit.
  • 21 Torild Skard, op. cit., p. 461.
  • 22 Alice Hendrickson Eagly, Linda Lorene Carli, Through the Labyrinth. The Truth About How Women Becom (...)

8Telles que les décrit D’Amico, les trois manières d’accéder au pouvoir – comme héritière, insider et outsider19 – peuvent paraître réductrices, car elles taisent les obstacles que les femmes rencontrent avant d’atteindre le haut de la hiérarchie. À cet égard, Skard mentionne deux autres métaphores beaucoup plus éclairantes : « le plafond de verre » et « le labyrinthe ». Selon lui, le plafond de verre est une barrière subtile, transparente, mais solide. Et c’est pour cette raison que l’on peut y voir une bonne image des « mécanismes informels empêchant les femmes de pénétrer dans un domaine qui, selon la traditionnelle répartition sexuée des rôles, est réservé aux hommes »20. Le verre n’est cependant pas une barrière absolument infranchissable. On peut la briser. Mais, s’interroge Skard, peut-on le faire d’un seul coup, une bonne fois pour toutes ? Et l’auteur de critiquer la métaphore du plafond de verre qui donne l’impression « que les femmes sont confrontées à un seul obstacle alors qu’elles en rencontrent tout au long de leur parcours, sans compter les difficultés auxquelles elles doivent faire face pour atteindre ce plafond »21. Dès lors, sans doute la métaphore du labyrinthe est-elle plus pertinente. Selon Alice Eagly et Linda Carli22, elle rend mieux compte des barrières que les responsables féminines doivent franchir pour pouvoir avancer. Dans le même temps, le labyrinthe, un système destiné à égarer celui qui s’y trouve, peut renforcer l’impression que seuls la chance et le hasard permettent de s’en sortir. Car est-il possible de développer une stratégie dans un labyrinthe ? Nous allons voir maintenant comment situer Brundtland dans ces différents déroulements de carrières et métaphores qui viennent d’être évoqués.

Politicienne par hasard ?

  • 23 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 125.
  • 24 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op.cit., p. 11.
  • 25 Ibid., p. 16.

9C’est arrivé « comme une bombe », dit Gro Harlem Brundtland23 en évoquant ce 29 août 1974 où le Premier ministre Trygve Bratteli lui proposa de prendre la direction du ministère de l’Environnement dans son gouvernement. Et comme elle demandait un délai de réflexion, elle s’entendit répondre : « Oui, mais aujourd’hui seulement »24. Elle appela alors son père qui lui conseilla de relever le défi. Puis ce fut au tour de son mari, qui lui aurait répondu : « OK, tu acceptes et, moi, je me chargerai du front intérieur. Mais à une condition. Ce sera à ma manière »25.

  • 26 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 126.

10Elle comprit immédiatement la portée de ce propos. Désormais, elle ne serait plus le chef incontesté du foyer26.

  • 27 À ceux qui, quelques années plus tard, la critiquèrent pour ne s’être guère manifestée politiquemen (...)

11La nomination de Gro Harlem Brundtland comme ministre de l’Environnement fut une énorme surprise non seulement pour elle, mais aussi pour le milieu politique. C’était une outsider. Pour autant, était-ce un hasard si le choix s’était porté sur elle ? Âgée de trente-cinq ans, elle préparait alors un doctorat tout en exerçant les fonctions de médecin-chef adjointe du service de santé d’Oslo. Elle n’avait pas manifesté d’intérêt marqué pour la politique et n’était guère connue. Elle avait fait des études de médecine en Norvège et, accompagnée de sa famille, avait ensuite séjourné aux États-Unis d’où elle était revenue docteur de l’université de Harvard en administration de la santé publique. Au cours de cette même période, elle avait donné le jour à quatre enfants, le premier en 1961, le quatrième en 196727.

  • 28 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 12.

12C’est dans les circonstances suivantes que le milieu politique s’était intéressé à elle : assistant à un débat télévisé sur l’avortement, Bjartmar Gjerde, le ministre de l’Enseignement et des Cultes de l’époque, avait été frappé par son engagement et la force de son argumentation. Quelques jours plus tard, il l’avait rencontrée à l’hôtel de ville d’Oslo et eu avec elle une petite conversation. À la suite de quoi il s’était rendu directement chez le Premier ministre, Trygve Bratteli, et lui avait proposé de la prendre dans son gouvernement travailliste. À en croire la biographie de Hansson et Teigene28, il avait fait valoir qu’elle était non seulement jeune, mais aussi jolie.

  • 29 Anders Bjartnes, Hanne Skartveit, op. cit.

13Certes, on peut dire que c’était par hasard que le ministre de l’Éducation et des Cultes avait vu l’émission sur l’avortement et qu’il était tombé sur elle quelques jours plus tard. Mais à qui voudrait y voir le seul fruit du hasard, on pourra objecter les trois circonstances suivantes : tout d’abord, un poste de ministre était vacant. De surcroît, le jour même où Bjartmar Gjerde avait rencontré la jeune femme à l’hôtel de ville, un journaliste s’était étonné auprès de lui que le gouvernement n’eût encore trouvé personne pour remplacer la ministre des Affaires sociales qui, tombée malade quelques mois auparavant, venait de mourir. Nombreux étaient ceux qui espéraient une femme pour lui succéder. Par ailleurs, lors du référendum sur le marché commun qui s’était tenu deux ans auparavant, le parti travailliste avait perdu de nombreux jeunes électeurs et ressentait alors le besoin de trouver quelqu’un susceptible de les faire revenir vers lui. De plus en plus souvent revenaient des expressions comme « le pouvoir des vieux » ou « le parti grisonnant »29. En troisième lieu, le parti avait besoin de quelqu’un pour défendre le projet de loi sur l’IVG qui, suscitant de vives protestations, était présenté pour la première fois en Norvège. Plusieurs centaines de milliers de signatures avaient été rassemblées par le Mouvement populaire contre l’IVG, tandis que les partisans de la mesure se regroupaient dans un comité d’information en faveur de l’IVG, dont Gro Harlem Brundtland était précisément l’une des figures marquantes. C’était pour cette raison qu’elle avait participé au débat télévisé sur la question. Il apparaît ainsi que c’était un profil comme le sien que requéraient les circonstances : une femme jeune et spécialement motivée pour promouvoir l’IVG.

  • 30 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit.
  • 31 Osvold Benneche, in Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 17.

14Pour autant, on est aussi en droit de se demander ce qui avait pu faire une telle impression sur Gjerde lors de cette émission de télévision. Sans doute peut-on avancer plusieurs raisons. Tout d’abord, Gro Harlem Brundtland parlait d’expérience. Elle avait elle-même fait partie de ces commissions d’avortement qui étaient vigoureusement contestées. En sa qualité de médecin, elle avait vu des femmes qui, de désespoir, s’étaient fait avorter illégalement30. Dans une interview, elle avait déclaré que c’était à la suite de cette expérience qu’elle s’était intéressée à la cause des femmes. Alors qu’elle-même avait grandi dans un foyer protégé, qu’elle avait pu étudier dans de bonnes conditions, avait un métier bien rémunéré et un mari qui mettait la main à la pâte, elle avait été horrifiée de constater que « tant de femmes étaient à ce point financièrement dépendantes de leur mari que, si elles voulaient se procurer des moyens anticonceptionnels, il leur fallait rogner sur le sucre et le lait pour que le budget qui leur était assigné leur permît d’éviter de futures naissances »31. Usant d’une argumentation limpide et de beaucoup d’autorité, elle expliqua que c’était aux femmes elles-mêmes et non aux commissions de l’époque qu’il revenait de prendre la difficile décision d’avorter. Et à cette occasion, elle fustigea l’arrogance et la volonté de domination de certains de ses collègues médecins qui siégeaient dans ce genre de commission. C’est le récit de ce puissant engagement que Gjerde fit au Premier ministre. Ils avaient cherché quelqu’un qui pût plaider la cause de l’IVG, quelqu’un qui fût prêt à subir l’épreuve du feu sur cette question extrêmement sensible. C’était le cas de Gro Harlem Brundtland.

  • 32 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 13.
  • 33 Francine D’Amico, op. cit.

15Mais il y a encore lieu de mentionner un dernier point qui justifiait ce choix : les relations familiales. À cette époque, comme le soulignent Hansson et Teigene32, on n’évoquait pas ouvertement les dynasties politiques. Cependant, ces auteurs mentionnent la nomination de Gro Harlem Brundtland à un poste ministériel comme étant en Norvège l’un des premiers exemples du rôle qu’une famille peut jouer en politique. Certes, elle avait épousé un homme qui se réclamait des conservateurs, le parti concurrent. Et bien qu’elle-même ne fût nullement gênée d’avoir un mari qui pensait différemment, cette relation n’était pas sans susciter un certain scepticisme, scepticisme cependant compensé par les anciens du parti travailliste qui connaissaient les parents de la jeune femme. Son père, Gudmund Harlem, avait précédemment été ministre des Affaires sociales (1955-1961), puis ministre de la Défense (1961-1965), tandis que, depuis les années 1950, sa mère, Inga Harlem, était secrétaire du bureau du parti travailliste au Parlement. Si l’on se réfère aux principales catégories de politiciennes telles que les a définies D’Amico33, il est clair que Gro Harlem Brundtland n’était pas seulement une outsider, mais qu’elle appartenait également à la catégorie des héritières. Et il n’est pas inintéressant de constater qu’en la circonstance, elle n’était pas uniquement le prolongement politique de son père, mais aussi de sa mère.

  • 34 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 132.

16En ayant toujours la typologie de D’Amico à l’esprit, on peut considérer que Gro Harlem Brundtland était non seulement outsider et héritière, mais aussi, depuis l’enfance, une sorte d’insider. Ainsi a-t-on pu affirmer qu’elle était pratiquement « née au sein du parti travailliste ». Des politiciens de haut rang fréquentaient la maison familiale. Et comme membre de Fram, l’organisation des enfants du parti travailliste, la jeune Gro était très proche de la femme de l’omniprésent père de la nation norvégienne au lendemain de la guerre, le Premier ministre de l’époque, Einar Gerhardsen. À quoi s’ajoute que, pendant une brève période, elle avait été l’amie d’un des fils du couple. Pour autant, elle n’avait pas exercé de responsabilité politique et, ce faisant, restait une outsider. C’est à presque trente ans qu’elle prit pour la première fois la parole dans une assemblée34. Elle ne devait cependant pas tarder à exceller. De même, comme elle n’avait encore pris aucune initiative, les membres du parti n’avaient aucune raison de se méfier d’elle. Elle assistait en spectatrice au combat que se livraient les hommes. Mais cela aussi allait changer.

Célèbre grâce à un accident ?

  • 35 Ibid., p. 170.
  • 36 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 170.

17À son entrée en fonction en 1974, Gro Harlem Brundtland était le cinquième ministre de l’Environnement en seulement deux ans. Son ministère ne jouissait pas d’un très grand prestige, et elle eut pour premier souci d’en redorer l’image. Désormais, elle mettrait la défense de l’environnement à l’ordre du jour et veillerait à ce que les électeurs intéressés par cette question n’aient pas à voter pour d’autres partis35. C’est ainsi qu’elle aborda de front une série de questions controversées : la régulation des cours d’eau, la pollution automobile, les pluies acides, les pesticides, l’insuffisance des contrôles sanitaires. Elle s’attacha également à protéger les retenues d’eau et à préserver la nature. Les points de vue qu’elle adopta sur toutes ces questions ne furent pas sans aller à l’encontre du « socialisme de l’électricité » traditionnellement défendu par le parti. Avec Gro Harlem Brundtland comme ministre de l’Environnement – un poste que, volontairement, elle conserva cinq années durant –, c’est tout l’équilibre défini par le parti, entre croissance et préservation, entre exigences du marché et protection du milieu qui changea. La défense de l’environnement devint plus que jamais à l’ordre du jour, ce qui, selon les propres termes de la ministre, fut « plus que gênant pour certains »36. Et comme, en 1975, elle avait aussi été élue vice-présidente du parti, il était difficile de ne pas tenir compte de ses avis sur les questions relevant de son domaine.

  • 37 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 41.
  • 38 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 47.
  • 39 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 185.

18Il est une affaire qui, plus que toute autre, contribua à la faire connaître en Norvège aussi bien qu’à l’étranger. En 1977 se produisit l’éruption du puits 14 de la plate-forme Bravo, située sur le gisement d’Ekofisk en mer du Nord. C’est la société Philips qui en avait acquis les droits d’exploitation et en était responsable. L’éruption entraîna l’évacuation de 112 hommes. Afin de réduire le risque d’incendie, un bateau-pompe se rapprocha de la plate-forme pour l’arroser en permanence. La jeune nation pétrolière fut stupéfaite de cet accident, car force lui fut de constater qu’elle n’avait ni la technologie ni les connaissances nécessaires pour venir à bout de la catastrophe. Hansson et Teigene37 affirment que la célébrité vint à Gro Harlem Brundtland de cet accident. Comme, hiérarchiquement, elle était responsable de la sécurité sur les champs pétroliers, cet épisode aurait pu tout aussi bien mettre un terme à sa carrière en révélant l’état d’impréparation où se trouvait le pays. Et ce d’autant plus que le gouvernement avait donné au Parlement toutes les assurances nécessaires38. La ministre réussit cependant à tourner à son avantage ce qui aurait pu entraîner sa chute. Car aussitôt, elle prit les choses en main et imprima son rythme à la conduite des opérations. Comme elle l’écrit elle-même à propos du rôle qu’elle joua dans cette affaire : « À présent, pour prendre la tête des opérations, nous pouvions disposer d’un “chef de la pollution” jeune et efficace »39. Sans doute l’énergie qu’elle déploya à cette occasion lui évita-t-elle, ainsi qu’au gouvernement, d’avoir à démissionner.

19Peu à peu, Gro Harlem Brundtland se rendit compte de la nécessité de mettre l’affaire en perspective. Elle avait compris qu’il s’agissait non seulement de vaincre les forces de la nature, mais aussi d’emporter l’adhésion de l’opinion publique. Huit folles journées durant, dormant très peu et se nourrissant à peine, on la vit apparaître sur tous les fronts, multipliant les interviews à l’intention de la presse et des télévisions norvégiennes aussi bien qu’étrangères. Elle devint la coqueluche des médias et du grand public. Lui consacrant un long article, le journal VG la décrivit ainsi :

  • 40 Michael Grundt Spang, cité in Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 48.

Rendez-vous compte : c’est en courant, au sens littéral du terme, qu’elle gagne chaque fois le studio au sortir de l’hélicoptère qui l’a conduite dans cet enfer rugissant de la mer du Nord, au milieu des bourrasques et des turbulences, par-dessus les vagues écumantes et les menaçantes colonnes de pétrole […] Et ne la voilà pas que, parfaitement calme et détendue, d’une beauté diamantine, pleinement maîtresse de ses nerfs et de ses neurones, elle s’installe devant la caméra pour faire part de ses commentaires concis et robustes. Grave, mais refusant toute forme de sentimentalisme, elle fait preuve d’un solide optimisme que nombre de ses collègues masculins pourraient lui envier, eux qui dans un mélange d’hystérie et d’opportuniste malignité auraient fait feu de tout bois40.

  • 41 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 42.

20Plusieurs récits biographiques concordent pour dire qu’elle gagna la faveur de l’opinion publique non seulement par son efficacité et son énergie, mais aussi par la sobriété de son style. Dans un journal, on peut lire qu’elle « avait l’allure d’une reine de beauté, mais s’était signalée comme le membre le plus intrépide du gouvernement »41. On notera avec intérêt qu’on la décrit comme féminine d’aspect (« d’une beauté diamantine », « reine de beauté »), mais que ses caractéristiques profondes, intrépidité et refus du sentimentalisme, l’apparentent plutôt au monde masculin. En revanche, le mot « hystérique » appliqué à ses collègues masculins est classiquement féminin. Commentant elle-même la citation de VG dans son autobiographie, Gro Harlem Brundtland fait sienne la description de son comportement :

  • 42 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 196.

J’étais grave, je m’efforçais de rester maître de moi, je refusais de faire vibrer la corde sensible et restais d’un optimisme hardi. Depuis toujours, y compris dans le domaine politique, j’ai su intuitivement qu’il me fallait exclure toute forme de sensiblerie et de sentimentalisme. C’était un registre dans lequel je refusais consciemment d’entrer […] Et dès lors que l’on a réussi à ne pas céder à ce genre de travers, on a gagné42.

21Sans évoquer son sexe, elle ancre son autoprésentation dans les qualités les plus appropriées au domaine où elle s’était manifestée, des qualités qui s’apparentaient plus au monde masculin que féminin. Son refus de faire la part belle aux sentiments ou, plus exactement, son refus de jouer sur les sentiments, elle le qualifie de carte gagnante. Et, estimait-elle, c’est de cette manière qu’elle pouvait gagner l’opinion à sa cause. Elle n’ignorait nullement que beaucoup auraient pu s’offusquer de voir une femme ne pas s’en tenir au rôle traditionnel que la société assignait à son sexe. En s’ancrant dans quelque chose de connu, elle pouvait, faisant partie des rares femmes à œuvrer sur un territoire masculin, asseoir plus facilement sa légitimité.

Premier ministre par malentendu ?

  • 43 Ibid., p. 227.
  • 44 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 63.

22En 1979, Olav Nordli, le Premier ministre, changea la moitié de son gouvernement. Gro Harlem Brundtland fut elle aussi renvoyée. Pourtant, en tête-à-tête, le chef du gouvernement lui avait souvent signifié qu’elle serait appelée à diriger le parti et à devenir Premier ministre43. Elle, que beaucoup considéraient comme le ministre le plus populaire du gouvernement, était ainsi priée, sans raison apparente, de rejoindre « l’école des Premiers ministres » au Parlement. En qualité de vice-présidente du parti, elle aurait dû être informée à l’avance de ces changements. Il n’en avait rien été. À en croire plusieurs déclarations du Premier ministre et de ses alliés politiques les plus proches, il semble bien que, seulement considérée jusqu’alors comme gênante, elle fût passée à cette époque au rang de dangereuse concurrente. Son efficacité et son habileté faisaient peur. « Gro n’est pas née, elle est construite », aurait dit officieusement Nordli44. Une phrase qui n’avait rien d’un compliment.

  • 45 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 94.
  • 46 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 231.

23Pour sa part, Gro Harlem Brundtland s’était sentie exclue lors de ce que l’on a appelé « le massacre du vendredi ». Néanmoins, elle avait courageusement souligné « qu’à ses yeux l’événement n’avait rien d’une dégradation »45. Dans sa biographie, elle expliqua qu’elle avait choisi de garder la tête haute, de rester « calme, sereinement souriante pour ne pas contribuer à renforcer l’image par trop négative de l’étrange mesure qui avait été prise »46. À quoi elle ajoutait que, pour bon nombre des membres du parti, elle était devenue un adversaire trop dangereux. Elle avait un peu trop tendance à leur en remontrer.

  • 47 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 102.
  • 48 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 64-65.
  • 49 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 312.

24En tout cas, elle tira de cet épisode une leçon qui lui profita. C’est en effet à cette époque qu’elle commença véritablement à comprendre l’importance des réseaux et de l’organisation du parti. « Il y a une telle solitude autour d’elle », avait dit un jour Reiulf Steen, le président de cette formation47. Mais l’ancienne outsider qui s’était soudainement trouvée propulsée en politique et qui, par certains côtés, avait continué d’être une outsider au sein même du gouvernement – probablement parce qu’elle ne voulait pas s’impliquer dans des combines politiciennes – apprit quelque chose de cette mise à l’écart. Du Parlement elle fit son « école des Premiers ministres ». Elle choya les piliers du parti, se fit des alliés politiques et, devenant vice-présidente de son groupe parlementaire, se fit de plus en plus remarquer dans son rôle d’insider. Assurée et volontaire, elle se montra exigeante non seulement vis-à-vis d’elle-même, mais aussi de ses collègues et collaborateurs. Au Parlement, elle n’en faisait qu’à sa tête : « Il fallait que les choses soient faites et elle n’admettait pas que les gens rentrent dîner chez eux […] À cette époque, il lui arrivait de tancer ouvertement ses collaborateurs et collègues »48. Mais même les insiders se font des ennemis, surtout s’ils déçoivent les attentes. Ainsi, comme elle le reconnaît elle-même49, elle n’avait pas le moindre respect pour « les vieux sages ». Et le Premier ministre lui-même supportait mal son ton jugé pontifiant. De plus, le fait qu’elle soit relativement jeune et femme n’était pas de nature à faciliter leur collaboration.

  • 50 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 99.
  • 51 Ibid., p. 108.
  • 52 Per Bratland, cité in Kjell Chr. Johanssen, Per Brunvand, op. cit., p. 15.
  • 53 In Dagbladet, 9 février 1981.

25Lorsque, suite à des problèmes de santé, Oddvar Nordli, le Premier ministre, dut se retirer, nombreux étaient les hommes qui, en coulisse, attendaient impatiemment leur tour. Tout le monde pensait que le poste reviendrait à Rolf Hansen, le ministre de l’Environnement qui avait été ministre de la Défense. À la fois modeste et décidé, c’était un solide représentant du parti travailliste. Et, selon ses propres dires, s’étant entendu poser la question, il avait répondu qu’il « contribuerait à trouver une solution »50. Grande fut alors la surprise lorsqu’il apparut que, contrairement à ce que l’on croyait, cette solution ne l’incluait pas. Le choix s’était porté sur Gro Harlem Brundtland. Il avait longtemps été un ami proche de ses parents et la petite fille l’avait considéré comme son oncle. Plusieurs fois, il avait eu lui-même l’occasion de lui dire qu’il la verrait volontiers prendre la tête du parti et devenir Premier ministre, mais c’était resté entre eux. « C’était sa carte secrète et il s’avéra qu’elle avait autrement plus de valeur que tout ce qui fut alors mis en jeu », affirment Hansson et Teigene51. Au moment où l’on avait commencé à spéculer sur le départ de Nordli, l’un des commentateurs les plus en vue du monde politique avait écrit que la nomination de Hansen ne produirait guère d’effet de choc, mais « qu’il en irait différemment si c’était Gro Harlem Brundtland et qu’il faudrait bien en arriver là »52. Selon le journaliste Andreas Hompland, elle était « l’incarnation des électeurs que le parti travailliste n’avait pas réussi à capter » au cours de la précédente décennie53.

  • 54 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 113.

26À cette époque, Gro Harlem Brundtland avait considérablement renforcé son assise politique dans l’ensemble du pays. Lentement mais sûrement, elle avait gagné en influence auprès des différentes sections du parti. Au cours des années précédentes, ne donnant pas moins de 362 conférences dans toute la Norvège, elle avait multiplié les contacts. Les clubs de femmes et de jeunesse lui étaient acquis et, au cours des journées décisives qui suivirent le départ du Premier ministre, la base du parti se mobilisa en envoyant force motions de soutien et télégrammes. Vint alors cette journée du 1er février 1981 où la toute-puissante instance décisionnaire de six hommes se réunit chez Trygve Bratteli, l’ancien Premier ministre, pour désigner le candidat à élire. Rolf Hansen faisant figure de candidat tout désigné, il avait été spécialement invité à la séance : cinq des six membres avaient décidé par avance de voter pour lui. « Seule Gro Harlem Brundtland ne voulait pas de lui. Ce poste de Premier ministre, c’est à elle qu’elle le destinait. Lorsque, quelques minutes plus tard, la décision tomba, elle avait été élue, à l’unanimité. »54 Et outre sa condition de femme, c’était aussi le plus jeune Premier ministre de l’histoire de Norvège.

  • 55 Ibid., p. 115.
  • 56 Ibid., p. 113-114.

27Pour revenir à la citation liminaire qui impute sa nomination à un malentendu, il est clair que d’aucuns s’étaient mépris. Mais pas la jeune femme elle-même. « Nous avons bien dû avoir notre idée en la nommant aux postes qu’elle a occupés », avait dit Hansen lors de la réunion55. Alors qu’elle était vice-présidente du parti, il était irrité et choqué que personne n’eût préalablement abordé avec elle la question de ce poste de leader. « Personne n’osait s’en entretenir avec elle. Ils n’avaient rien dans la culotte », a-t-il dit ensuite56. Pour caractériser cet épisode, Hansson et Teigene parlent « d’hécatombe ».

  • 57 Yvonne Billing, Viljan till makt. Om kvinnors identitet i chefsjobb, Lund, Studentslitteratur, 2006
  • 58 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 130.
  • 59 Håvard Nilsen, Dag Østerberg, op. cit.
  • 60 Helga Hernes, « Skandinaviske kvinners medborgerskap i velferdsstaten », in Kjønn og velferdsstat, (...)

28Une fois de plus, c’est Gro Harlem Brundtland qui s’était montrée hardie tandis que son entourage masculin avait fait preuve de faiblesse. Dans l’une de ses études, Billing affirme que les collaborateurs des femmes leaders font pression pour qu’elles exercent le pouvoir avec plus de « douceur »57. S’agissant de Gro Harlem Brundtland, j’ai le sentiment que ce type de démarche produisait sur elle le contraire et que, se faisant plus cassante, sa manière de diriger s’est peu à peu durcie. Dans sa position, peut-être était-ce inévitable. Comme elle le dit elle-même : « Celui qui baisse le ton, qui se comporte avec rondeur, gentillesse et douceur ne représente de danger pour personne et se fait bien voir de tout le monde. Et pour qui aspire au changement, l’effet recherché n’est pas toujours garanti ! »58. Elle appliqua ce précepte à l’envi une fois devenue Premier ministre, et plus spécialement deux mois plus tard, lorsqu’elle cumula les fonctions de Premier ministre et de chef du parti. Certes, on a pu critiquer quelques-unes des réformes qu’elle mit en œuvre durant les trois périodes où elle fut Premier ministre59. Mais pour ce qui est de son action en faveur de l’environnement et de l’intégration des femmes en politique, les compliments n’ont pas manqué. C’est ainsi que, dans son gouvernement de 1986, elle eut l’aplomb de nommer 44 % de ministres femmes, une mesure qui, par la suite, devint la norme. Après quoi elle imposa des quotas dans le plus important parti de Norvège, exigeant qu’à chaque nomination et élection, l’un et l’autre sexes fussent représentés dans une proportion d’au moins 44 %. Dans ce cas aussi les autres partis suivirent. De surcroît, elle imposa des politiques publiques favorables aux femmes connues sous le nom de féminisme d’État60. D’une manière générale, Gro Harlem Brundtland ne ménagea aucun effort pour favoriser les valeurs environnementales et féminines.

Une bonne préparation exclut souvent la malchance

  • 61 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit.
  • 62 Après que Gro Harlem Brundtland eut quitté ses fonctions de Premier ministre, sa sœur cadette entra (...)

29Résumons quelques-uns des points principaux de cet article. Selon Hansson et Teigene61, c’est au hasard que Gro Harlem doit d’être entrée en politique. Cela signifie qu’ils la considèrent avant tout comme une outsider de la politique, une wild card. On ne saurait leur donner tort dans la mesure où c’est comme « activiste » extérieure à la politique qu’elle fut « découverte » et émergea dans le système politique. Auparavant, elle n’avait exercé aucune responsabilité politique au point même de n’avoir jamais pris la parole devant une assemblée de quelque importance. Mais si l’on retient le mot d’outsider pour qualifier Gro Harlem Brundtland, il paraît exclu de parler d’une outsider qui aurait « trébuché » par hasard dans la politique. Et si Gro Harlem Brundtland n’avait guère fait parler d’elle, sa famille était loin d’être inconnue. En nous référant à la typologie du leadership des femmes, on peut tout aussi bien considérer Gro Harlem Brundtland comme une héritière, venant d’une famille politisée qui avait loyalement soutenu le parti travailliste plusieurs décennies durant62.

30La célébrité de Gro Harlem Brundtland s’explique-t-elle par l’éruption incontrôlée en mer du Nord ? Oui, sur ce point, Hansson et Teigene ont raison. L’accident a permis de tester sa résistance et sa force. Il s’agit là de qualités que, quel que soit son sexe, tout politicien de haut niveau se doit d’avoir. Mais, dans le monde où nous vivons, il est plus important pour les femmes de pouvoir en faire la démonstration. Et, en l’espèce, la catastrophe a révélé l’extraordinaire capacité de travail, le sang-froid à toute épreuve et le talent médiatique de Gro Harlem Brundtland. Si d’aucuns avaient cru que cette femme, qualifiée de déesse verte et admirée pour sa « beauté diamantine », se montrerait faible et fragile en situation de crise, ils se trompaient lourdement. En combinant le féminin (l’aspect) et des traits qui ont généralement une connotation masculine tels le sang-froid, la force et le refus de toute sentimentalité, elle devint célèbre non seulement en Norvège, mais aussi à l’étranger. Elle s’appuyait sur sa connaissance des dossiers, privilégiait les faits aux dépens de la sensiblerie et, dans cette affaire, manifesta son autorité en personne qui sait dire les choses comme elles sont.

31Est-ce à la suite d’un malentendu que Brundtland est devenue Premier ministre ? Certes, mais ce malentendu, c’était celui du milieu politique et non le sien. En d’autres circonstances, bon nombre de ceux qui, gravitant autour de Nordli, détenaient le pouvoir auraient réussi à écarter la jeune femme. Cela avait notamment été le cas lors du « massacre du vendredi », quand elle avait dû abandonner ses fonctions ministérielles pour rejoindre le Parlement. Mais cette fois, elle ne se méprit sur rien. Dès qu’il y avait des points obscurs, elle chercha à y voir plus clair. Lorsqu’avait précédemment été évoquée la question du leadership, il lui avait fallu du temps avant de comprendre le jeu politique. Un jeu qu’il n’était pas facile de percer, les rapports entre Nordli, le Premier ministre de l’époque et Reiulf Steen, le président du parti, oscillant constamment entre collaboration et rivalité. De plus, cette lutte pour le pouvoir s’était encore compliquée à la suite d’une version norvégienne du scandale du Watergate, lorsqu’un marchand de meubles de Jessheim avait enregistré, puis laissé ébruiter dans les médias une série de conversations téléphoniques impliquant de hauts responsables politiques et syndicaux. Mais, pour ce qui la concernait, Gro Harlem Brundtland avait fini par comprendre quelque chose d’essentiel : il lui fallait construire un socle pour asseoir son pouvoir, il lui fallait elle-même devenir une insider.

32Si l’analogie avec un outsider renforce l’impression que, comme l’affirment Hansson et Teigene, les hasards et la chance expliquent l’entrée de Brundtland en politique, les analogies avec la famille politisée et l’insider tempèrent cette impression. D’après nous, les deux auteurs sous-estiment le rôle qu’a joué la famille pour compenser les possibles moments d’incertitude qu’a connus Gro Harlem Brundtland au début de sa carrière, à savoir qu’elle n’avait exercé aucun mandat politique, qu’elle était femme et mariée à un conservateur. Pour la suite de sa carrière en tant qu’insider du parti, cet arrière-plan familial devait aussi avoir de l’importance dans la mesure où Rolf Hansen, le proche ami de ses parents, était également l’un de ses plus importants soutiens. Et l’accord se fait généralement pour penser que plusieurs personnalités s’étaient préalablement concertées pour lui permettre de devenir Premier ministre. Selon certains biographes, il pourrait s’agir, outre Rolf Hansen, d’Einar Gerhardsen, le « père du pays », longtemps Premier ministre, et du propre père de la jeune femme, Gudmund Harlem. Cependant, il ne faudrait pas non plus oublier la mobilisation de la base. Une base que, lors de ses nombreux déplacements notamment, elle s’était elle-même constituée. En dépit de résistances massives, elle s’était fait de nombreux alliés et avait démontré ses compétences. Une bonne préparation exclut souvent la malchance.

Les voies du pouvoir, le plafond de verre et les labyrinthes

  • 63 Kenneth Harris, Thatcher, Londres, Little, Brown and Company, 1988, p. 48.
  • 64 Torild Skard, op. cit.

33Alors que les trois voies d’accès au pouvoir définies par D’Amico nous proposent une typologie asexuée dont on ne saurait nier l’utilité, la métaphore du plafond de verre renvoie à d’invisibles et inconscientes références sexuées. Des références qui peuvent être difficiles à identifier. On peut cependant affirmer avec certitude que Gro Harlem Brundtland a elle-même été confrontée à des idées, des attentes et des attitudes stéréotypées sur son sexe. Et, en présentant sa carrière comme le résultat de hasards, de chance et de malentendus, la présentation journalistique condensée, mais pas entièrement heureuse de Hansson et Teigene pourrait également aller dans ce sens. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le pendant britannique de Gro Harlem Brundtland, Margaret Thatcher, a été décrit de manière équivalente : son accession au pouvoir a également été présentée comme le résultat de « hasards »63. Pourtant, la carrière politique de Gro Harlem Brundtland ne saurait se réduire à la métaphore du plafond de verre. Certes, elle l’avait bien brisé en étant nommée ministre de l’Environnement. Mais, pour reprendre une objection de Skard64, la métaphore du plafond de verre n’est pas adéquate dans la mesure où l’on ne peut briser le verre en une seule fois, comme Gro Harlem Brundtland en a fait l’expérience. Aussi la métaphore du labyrinthe est-elle sans doute plus appropriée pour rendre compte des défis auxquels les responsables féminines ne cessent d’être confrontées. Elle donne une meilleure idée des détours, impasses et chemins de traverse que les politiciennes doivent souvent emprunter. Bien sûr, il en est de même pour les hommes politiques. Pour les femmes, et tout spécialement pour les pionnières, la politique était cependant un domaine largement inexploré où certains pensaient même qu’elles n’avaient pas leur place. Toutefois, nous émettrons aussi des réserves sur la métaphore du labyrinthe qui suppose des itinéraires à caractère aléatoire. À mes yeux, il s’agit plutôt de labyrinthes avec quelques pistes secondaires et des voies principales telles que je les ai présentées en recourant à la typologie de D’Amico : une piste d’outsider, une piste d’insider et une autre pour ceux dont les parents, connaissant le labyrinthe, ont déjà gravi la voie principale.

  • 65 Eirik Mosveen, Marianne Johansen, « 70 år og like Gro », VG, 11 avril 2009, p. 31.

34Pourtant, le labyrinthe est un mot qui rend bien tout ce qu’il y d’imprévisible et de déconcertant dans un tel parcours, surtout pour une femme qui marche sur les brisées des hommes. C’est là quelque chose dont Gro Harlem Brundtland elle-même prend la mesure sans que ce soit exclusivement négatif à ses yeux. Portant un regard rétrospectif sur sa carrière, elle affirme qu’en sa qualité de femme on lui dégagea la route autant qu’on lui opposa de résistance : « Des personnes engagées avaient opté pour une femme et, dans un sens, elles m’avaient protégée. Il m’est arrivé d’avoir été choisie par d’autres et de me dire : Vais-je y arriver ? Mais, dans des cas de ce genre, je me sens tenue de m’exécuter, car il est inconcevable qu’une fille dise non. » Et lorsque l’interviewer l’arrête pour lui demander : « As-tu le sentiment d’être protégée ? », elle répond : « Un peu, oui. N’empêche qu’il m’a fallu livrer des combats d’une rare violence ! Et je me suis aussi heurtée à bien des résistances du seul fait que j’étais une femme, c’est évident »65.

  • 66 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 232.
  • 67 Dans une phrase très significative de son autobiographie, elle ajoute que cette stratégie « m’aida (...)
  • 68 Ibid., p. 232.

35Les résistances auxquelles Gro Harlem Brundtland fait ici allusion provenaient à la fois de l’extérieur et de l’intérieur. Dans ses biographies, elle raconte plusieurs campagnes et épisodes, en particulier ceux où elle affrontait le parti conservateur, le principal concurrent des travaillistes. De plus, oppositions et critiques se manifestaient également au sein de son parti. De ces critiques, elle disait qu’elle s’efforçait de les ignorer. Mais, à en juger par les citations qui suivent, elle n’en était pas moins très affectée : « J’étais désarmée », « Je me sentais profondément blessée », « Il me fallait m’endurcir », « J’étais refroidie », « Je souriais bravement », « On m’écarta sans raison », « Je fus mise à l’écart », « J’essayais de faire baisser le ton », « Cela n’aurait pas servi à grand-chose d’attaquer sur ce point », « Je me sentais clouée au pilori, désemparée », « Je n’avais plus qu’à garder la tête haute, à sourire »66. Afin de pouvoir continuer à vivre dans un tel climat, elle choisit de se cuirasser autant que faire se pouvait67. À quoi elle ajoute : « Je décidai de faire de mon mieux où que je fusse »68. De cette étude il ressort une conclusion. Gro Harlem Brundtland a transformé les hasards en possibilités, de la malchance elle a fait une chance, elle s’est attachée à comprendre là où d’autres se sont mépris et, contrairement à Mme Thatcher, elle n’a cessé d’entraîner des femmes derrière elle. Madeleine Albright, l’ancienne ministre des Affaires étrangères des États-Unis, aurait dit un jour qu’il existe en enfer une place pour les femmes qui n’aident pas les autres femmes. Si cela est vrai, peut-être le ciel a-t-il réservé une place de choix à Gro Harlem Brundtland.

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Notes

1 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, Makt og mannefall. Historien om Gro Harlem Brundtland, Oslo, Cappelen, 1995, p. 9.

2 Torild Skard, Maktens kvinner, Oslo, Universitetsforlaget, 2012, p. 18.

3 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit.

4 Anders Bjartnes, Hanne Skartveit, Brussel tur-retur, Oslo, Tiden Norsk Forlag, 1995 ; Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, Statsministeren. Makten og mennesket, Oslo, Tiden Norsk Forlag, 1996 ; Kjell Chr. Johanssen, Per Brunvand, Gro. Norges første kvinnelige statsminister, Oslo, Tiden Norsk Forlag, 1981 ; Håvard Nilsen, Dag Østerberg, Statskvinnen. Gro Harlem Brundtland og nyliberalismen, Oslo, Forum Aschehoug, 1998 ; Torild Skard, op. cit.

5 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, Oslo, Gyldendal Norsk Forlag, 1997 ; Gro Harlem Brundtland, Dramatiske år, Oslo, Gyldendal Norsk Forlag, 1998 ; Gro Harlem Brundtland, Madam Prime Minister. A Life in Power and Politics, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2005.

6 Arne Olav Brundtland, Gift med Gro, Oslo, Chr. Schibsteds Forlag, 1996 ; Arne Olav Brundtland, Fortsatt gift med Gro, Oslo, Gyldendal Norsk Forlag, 2003.

7 Francine D’Amico, Women in World Politics, Westport, Bergin and Garvey, 1995.

8 Torild Skard, op. cit., p. 461.

9 Raylene Ramsay, French Women in Politics. Writing Power, Paternal Legitimation and Maternal Legacies, New York, Berghahn Books, 2003.

10 Anne Krogstad, Image i politikken. Visuelle og retoriske virkemidler, Oslo, Pax Forlag, 1999.

11 David Collinson, Keith Grint, Brad Jackson, Mary Uhl-Bien, The Sage Handbook of Leadership, Los Angeles, Sage, 2011.

12 Mats Alvesson, Yvonne D. Billing, Understanding Gender and Organizations, 2e éd., Los Angeles, Sage, 2009 ; Anne Grethe Solberg interviewée par Ida Irene Bergstrøm, « Kjønnsførskjeller I ledelse er en myte », Kilden, 20 décembre 2012, http://kifinfo.no/nyhet/vis.html?tid=83249 (consulté le 12 juin 2013).

13 Bjørg Aa. Sørensen, Asbjørn Grimsmo, Varme og kalde konflikter I det nye arbeidslivet, Oslo, Tiden, 2001, p. 120.

14 Mona-Iren Hauge, « Kjøn og politikk », Kilden, 1998, voir article de Skjeie, http://kjonn.maktutredningen.no/publikasjoner/462. (consulté le 12 juin 2013).

15 Ronald Inglehart, Pippa Norris, « The Developmental Theory of the Gender Gap. Women’s and Men’s Voting Behavior in Global Perspective », International Political Science Review, vol. XXI, nº 4, oct. 2000, p. 441-463.

16 Anne Krogstad, Aagoth Storvik, « Seductive Heroes and Ordinary Human Beings. Charismatic Political Leadership in France and Norway », Comparative Social Research, vol. XXIII, 2007, p. 211-245.

17 Ibid.

18 Anne Krogstad, Aagoth Storvik, « Picturing Politics. Female Political Leaders in France and Norway », Historical Reflections, 38(3), 2012, p. 129-152.

19 Francine D’Amico, op. cit.

20 Torild Skard, op. cit.

21 Torild Skard, op. cit., p. 461.

22 Alice Hendrickson Eagly, Linda Lorene Carli, Through the Labyrinth. The Truth About How Women Become Leaders, Boston, Harvard Business Press, 2007.

23 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 125.

24 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op.cit., p. 11.

25 Ibid., p. 16.

26 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 126.

27 À ceux qui, quelques années plus tard, la critiquèrent pour ne s’être guère manifestée politiquement au cours des décisives années 1960, elle rétorqua qu’elle avait passé son temps dans les maternités et plus ou moins vécu dans les brumes de l’allaitement. À quoi elle ajouta que les hommes oubliaient souvent cette particularité dans la carrière des femmes.

28 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 12.

29 Anders Bjartnes, Hanne Skartveit, op. cit.

30 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit.

31 Osvold Benneche, in Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 17.

32 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 13.

33 Francine D’Amico, op. cit.

34 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 132.

35 Ibid., p. 170.

36 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 170.

37 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 41.

38 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 47.

39 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 185.

40 Michael Grundt Spang, cité in Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 48.

41 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 42.

42 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 196.

43 Ibid., p. 227.

44 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 63.

45 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 94.

46 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 231.

47 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 102.

48 Per-Arne Bjerke, Jan Ove Ekeberg, op. cit., p. 64-65.

49 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 312.

50 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 99.

51 Ibid., p. 108.

52 Per Bratland, cité in Kjell Chr. Johanssen, Per Brunvand, op. cit., p. 15.

53 In Dagbladet, 9 février 1981.

54 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit., p. 113.

55 Ibid., p. 115.

56 Ibid., p. 113-114.

57 Yvonne Billing, Viljan till makt. Om kvinnors identitet i chefsjobb, Lund, Studentslitteratur, 2006.

58 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 130.

59 Håvard Nilsen, Dag Østerberg, op. cit.

60 Helga Hernes, « Skandinaviske kvinners medborgerskap i velferdsstaten », in Kjønn og velferdsstat, Anne-Hilde Nagel (dir.), Bergen, Alma Mater, 1998.

61 Steinar Hansson, Ingolf Håkon Teigene, op. cit.

62 Après que Gro Harlem Brundtland eut quitté ses fonctions de Premier ministre, sa sœur cadette entra également en politique en devenant ministre de la Justice.

63 Kenneth Harris, Thatcher, Londres, Little, Brown and Company, 1988, p. 48.

64 Torild Skard, op. cit.

65 Eirik Mosveen, Marianne Johansen, « 70 år og like Gro », VG, 11 avril 2009, p. 31.

66 Gro Harlem Brundtland, Mitt liv, op. cit., p. 232.

67 Dans une phrase très significative de son autobiographie, elle ajoute que cette stratégie « m’aida plus que mes enfants ». Ibid., p. 316.

68 Ibid., p. 232.

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Pour citer cet article

Référence papier

Anne Krogstad, « L’ascension politique de Gro Harlem Brundtland. Hasards, chance et malentendus ou manœuvres stratégiques ? »Nordiques, 27 | 2014, 27-44.

Référence électronique

Anne Krogstad, « L’ascension politique de Gro Harlem Brundtland. Hasards, chance et malentendus ou manœuvres stratégiques ? »Nordiques [En ligne], 27 | 2014, mis en ligne le 03 mars 2023, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/nordiques/6425 ; DOI : https://doi.org/10.4000/nordiques.6425

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Auteur

Anne Krogstad

professeur de sociologie, Département de sociologie et de géographie humaine, Université d’Oslo.

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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