Résumés
L’évolution de l’agriculture depuis l’après-guerre a conduit à une spécialisation des exploitations et une simplification des assolements aujourd’hui remises en cause pour les externalités négatives qui leur sont associées. Diverses initiatives sur l’ensemble du territoire français encouragent la construction d’un tissu agricole diversifié plus adapté aux enjeux sociétaux et environnementaux contemporains. C’est le cas de Belle-Île-en-Mer, territoire insulaire sur lequel plusieurs initiatives locales ont été engagées depuis le début des années 2000 dans le but de maintenir et développer le tissu agricole, améliorer l’autonomie alimentaire et conserver les caractéristiques paysagères (paysage ouvert) faisant la renommée de l’île. Les tentatives de diversification de la production agricole et d’augmentation de l’autonomie des exploitations se heurtent cependant à la déprédation exercée sur les cultures par différentes espèces animales pouvant être regroupées sous le terme générique de « petite faune sauvage ».
Cet article présente les résultats de travaux conduits en 2021 visant à mieux comprendre la problématique rencontrée par les agriculteurs et identifier des pistes de solutions. Ils ont permis d’identifier les espèces déprédatrices et les dégâts occasionnés, de mettre en évidence des pertes sur céréales de plein champ à hauteur de 30 % des semis cette année-là ainsi qu’un effet favorable de la présence de zones enfrichées à proximité des cultures sur la déprédation. L’analyse des entretiens menés avec l’ensemble des parties prenantes impliquées dans cette situation a permis d’analyser les dispositifs règlementaires et les jeux d’acteurs entourant la problématique.
The evolution of agriculture since the post-war period has led to a specialization of farms and a simplification of crop rotations, which are now questioned for their negative externalities. Various initiatives throughout France promote the reconstruction of diversified agricultural activities, more suited to contemporary societal and environmental issues. As example, Belle-Île-en-Mer, an island territory engaged since 2018 in a territorial approach around the issues of preserving a living agricultural fabric, reducing the island’s food dependence and maintaining a characteristic open landscape. Attempts to diversify agricultural production and increase the autonomy of farms, however, come up against the predation exerted on crops by different animal species that can be grouped under the generic term of “small wildlife”.
This article presents the results of experimentations carried out in 2021 in order to precisely identify predatory species and assess the damage caused. They highlight losses on open-field crops amounting to 30% of sowings that year, as well as a favourable effect of the presence of fallow land near the crops on predation. The analysis of the interviews conducted with all the stakeholders involved in this situation also shows that only concerted action will lead to the implementation of satisfactory measures for all.
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Notes de la rédaction
Article reçu le 18 avril 2023 ; définitivement accepté le 4 juin 2024. Suivi éditorial : Laure Cormier
Extrait du texte

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Plan
Introduction
Une démarche méthodologique qui combine évaluation quantitative et qualitative de la déprédation
Recueil du point de vue des agriculteurs
Estimation quantitative des dégâts
Conception d’un protocole basé sur la méthode des exclos
Cultures choisies pour la mise en œuvre du protocole
Recueil des données
Analyse des données
Caractériser les dynamiques d’acteurs autour de la problématique de déprédation des cultures à Belle-Île-en-Mer
Un impact avéré de la petite faune sauvage sur les activités agricoles belliloises, malgré de multiples mesures de protection des cultures
Les espèces concernées
Les dégâts observés
Évaluation qualitative
Première évaluation quantitative des dégâts sur les cultures de céréales et effet de l’enfrichement environnant
Les mesures d’évitement et de protection mises en place par les agriculteurs
Comment les différents acteurs concernés par la mise en œuvre de mesures de gestion appréhendent-ils la problématique ?
Les propositions d’actions à l’échelle des exploitations agricoles
Actions agronomiques
Actions d’effarouchement
Les propositions d’adaptation des règles de gestion des populations d’espèces à la situation locale
Espèces cynégétiques
Autres espèces
Les propositions d’actions sur les conditions de milieu à l’échelle de l’île
Conclusion
Aperçu du texte
Introduction
Belle-Île-en-Mer est un territoire de 85 km² situé au large du Morbihan. Documentées depuis le Moyen Âge, les activités agricoles traditionnelles y ont longtemps été destinées essentiellement à la production de ressources locales (alimentation, énergie, textile, notamment). À l’image de nombreuses autres îles de la façade atlantique française, les activités agricoles belliloises ont été largement marginalisées depuis le début du xxe siècle au profit d’activités tertiaires en lien avec l’essor du tourisme et de la villégiature (Dupé et al., 2021). Lors de la modernisation agricole à partir des années 1970, la majeure partie des cultures diversifiées ont été abandonnées au profit d’une spécialisation dans les élevages d’herbivores, principalement ovins et bovins, s’accompagnant de l’import d’aliments protéiques pour le bétail. Le nombre d’exploitations a décru et malgré l’agrandissement des fermes restantes, le territoire s’est significativement enfriché (aujourd’hui, 15 %...
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Pour citer cet article
Référence papier
Aliénor Miscopein, Victor Giguet-Chevalier, Mary-Anne Bassoleil, Claire Ruault et Anne Atlan, « Déprédation des cultures par la faune sauvage : comment articuler préservation de la biodiversité et évolution de l’agriculture ? », Norois, 272 | 2024, 63-83.
Référence électronique
Aliénor Miscopein, Victor Giguet-Chevalier, Mary-Anne Bassoleil, Claire Ruault et Anne Atlan, « Déprédation des cultures par la faune sauvage : comment articuler préservation de la biodiversité et évolution de l’agriculture ? », Norois [En ligne], 272 | 2024, mis en ligne le 05 janvier 2027, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/norois/14874 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12tdh
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Auteurs
Agronomie, CPIE de Belle-Île-en-Mer, Les Glacis, 56360 Le Palais
Géographie, CPIE de Belle-Île-en-Mer, Les Glacis, 56360 Le Palais
Agronomie, Réseau Agricole des Îles Atlantiques, 7 impasse du Bouet, 85350 Île d’Yeu
Sociologie, Groupe d’étude et de recherche pour le développement et l’action locale (GERDAL), La Houdinais, 35160 Le Verger
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Socio-écologie, UMR ESO – Espaces et Sociétés, CNRS – Université de Rennes 2, Bâtiment N, Campus de Villejean, 35043 Rennes cedex
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Droits d’auteur

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