Sylvain Rode, Écologiser l’urbanisme. Pour un ménagement de nos milieux de vie partagés
Sylvain Rode, 2023. Écologiser l’urbanisme. Pour un ménagement de nos milieux de vie partagés, Bordeaux, Le Bord de l’eau, 216 p.
Texte intégral
1Dans son ouvrage Écologiser l’urbanisme. Pour un ménagement de nos milieux de vie partagés, Sylvain Rode, maitre de conférences HDR en aménagement de l’espace et urbanisme à l’université de Perpignan, dresse un état des lieux des modalités de prise en compte de l’écologie dans l’urbanisme opérationnel contemporain en France. Pour ce faire, paysagistes, écologues, et urbanistes ont été interrogés, par questionnaires et entretiens semi-directifs. L’intérêt de cet ouvrage réside dans les regards croisés de ces différents acteurs de l’aménagement, qui témoignent, exemples à l’appui, de leur perception des atouts et faiblesses de leurs collaborations mutuelles, de la façon dont ils envisagent leurs rôles respectifs dans les processus d’intervention sur la ville, et par extension de leur vision de l’écologie en milieu urbain.
2Comme le montre l’auteur, si les instruments législatifs ont progressivement accru la place de l’environnement dans le champ de l’urbanisme réglementaire et, dans une moindre mesure, opérationnel, c’est bien la pratique des acteurs de l’aménagement qui est analysée, postulant que cette écologisation, ou « intégration des préoccupations environnementales » (Mormont, 2009), repose davantage sur des engagements professionnels individuels que sur ce cadre normatif.
3Les paysagistes interrogés conçoivent leur pratique de l’urbanisme comme intrinsèquement liée à la question des dynamiques du vivant (richesse des milieux, sols fertiles, gestion raisonnée de l’eau…), articulée aux enjeux sociaux. Pourtant, cette approche est insuffisamment exploitée, les paysagistes étant, en France tout du moins, encore trop peu souvent mandataires des projets urbains. Ils considèrent que l’expertise scientifique de l’écologue leur apporte les données complémentaires de compréhension du fonctionnement des milieux.
4La collaboration entre acteurs de l’aménagement peut être le fruit de partenariats volontaires, mais elle découle aussi de « jeux de pouvoirs et de contre-pouvoirs » (Rémy, 2005) dans le cadre des « transactions socio-professionnelles ». Si les écologues investissent progressivement toute la chaine du projet d’aménagement urbain (programmation, conception, travaux, gestion), leur légitimité dépend de la maitrise d’ouvrage, qui fera appel ou non à leurs services. Par ailleurs, pour que ces experts scientifiques puissent intégrer le processus de projet, l’auteur pointe la nécessité d’un « dépassement de fonction » qui les ferait passer à un statut de « quasi-co-concepteur ».
5Les urbanistes interrogés, issus de formations diverses (aménagement-urbanisme et architecture pour les trois quarts mais aussi économie, géographie, droit…), intègreraient également les enjeux environnementaux à leurs pratiques, mais encore essentiellement sous la contrainte de la réglementation et de la commande publique. Ils privilégieraient les collaborations avec les paysagistes plutôt qu’avec les écologues, argumentant de la nécessité d’une pensée systémique des enjeux écologiques et du projet.
6Globalement, les acteurs partagent deux constats principaux : celui de la difficulté d’attribution d’enveloppes financières permettant des projets écologiquement cohérents (tant du côté des promoteurs que des collectivités), et celui de l’instrumentalisation d’une approche qui n’aurait d’environnementale que le nom (le greenwashing et sa monétarisation immobilière).
7Témoignant de ce que pourrait être une approche écologique de l’urbanisme, l’auteur termine l’ouvrage par le sujet de l’inondabilité, et ses deux options possibles : vivre avec l’eau, en intégrant cette donnée au dessin du projet urbain, ou bien déconstruire certains quartiers exposés au risque dans un environnement architectural et paysager qui ne le prévoit pas. Les exemples mentionnés illustrent le caractère nécessairement « symbiotique » de la fabrique de l’urbain, mentionné en propos liminaires. Ainsi, n’occultons pas que cet urbanisme écologique, qui touche à l’équilibre des territoires, des ressources, et de la production, reste une question tout autant économique et sociale.
Pour citer cet article
Référence papier
Fanny Romain, « Sylvain Rode, Écologiser l’urbanisme. Pour un ménagement de nos milieux de vie partagés », Norois, 272 | 2024, 103-104.
Référence électronique
Fanny Romain, « Sylvain Rode, Écologiser l’urbanisme. Pour un ménagement de nos milieux de vie partagés », Norois [En ligne], 272 | 2024, mis en ligne le 01 décembre 2024, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/norois/15024 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12tdj
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