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Recensions et notes de lecture

Seth H. Holmes, Fruits frais, corps brisés. Les ouvriers agricoles migrants aux États-Unis

Nicolas Roux
Référence(s) :

Seth H. Holmes, Fruits frais, corps brisés. Les ouvriers agricoles migrants aux États-Unis, Paris, CNRS, 2024, 408 p.

Texte intégral

1C’est à une enquête de grande ampleur que nous invite cet ouvrage. Il raconte l’immersion (« l’ethnographie embarquée » pour reprendre les mots de l’auteur) de Seth M. Holmes aux côtés des travailleurs et travailleuses venues de l’État d’Oaxaca au Mexique allant réaliser les saisons agricoles en Californie ou dans l’État de Washington. L’anthropologue et docteur en médecine les suit depuis la traversée périlleuse de la frontière américano-mexicaine jusqu’aux exploitations agricoles états-uniennes où les conditions de travail et de logement sont pour le moins dégradées et dégradantes. Le récit de ce parcours itinérant, semé de dangers, permet également de prendre connaissance d’autres expériences douloureuses, humiliantes et angoissantes, notamment l’emprisonnement pour traversée irrégulière de la frontière et la confrontation au corps médical tendant à ignorer les contraintes structurelles qui abîment les corps des ouvrières et ouvriers agricoles migrants, parfois de manière irrémédiable. À cet égard, l’ouvrage illustre à quel point leur condition (et la nôtre en tant que consommateurs et consommatrices) repose sur un système économique mondial et un système d’emploi local tous deux prédateurs, ainsi que sur un système de santé états-unien incapable de prendre en charge les problèmes rencontrés par cette population précaire et exploitée. Tel que le résume un médecin interviewé, convergeant avec les données statistiques présentées par l’auteur sur l’importance numérique (nettement supérieure à celle que nous connaissons en France) des ouvrières et ouvriers migrants dans le travail agricole aux États-Unis (p. 79-85) : « Si nous pouvons acheter au supermarché des fruits frais à un prix abordable, c’est certainement grâce à eux et à eux seuls. »

2Mais le titre du livre, accolant « Fruits frais » et « corps brisés », ne renvoie pas seulement aux pénibilités, accidents du travail et maladies professionnelles (et au racisme systémique ayant cours au travail mais aussi aux guichets des administrations et services médico-sociaux) qui touchent en priorité les salarié·es subalternes, migrant·es tout particulièrement, de l’agriculture. C’est en réalité bien plus que la sphère productive qui est ici en cause. Faire les saisons agricoles aux États-Unis implique de s’éloigner un temps de la famille ou d’embarquer ses membres puis, si et seulement si la migration aboutit, de vivre dans les logements insalubres sur les exploitations. Entretemps, c’est aussi mettre sa vie en danger lors de la traversée (risques d’assassinats, de morsures mortelles de serpents, de chaleurs extrêmes dans le désert, etc.) ou à tout le moins vivre des expériences traumatisantes (violences physiques, rapts, viols…), sans parler d’autres conditions de déplacement (bus bondés, non-climatisés et sans toilettes, longs trajets comportant peu de temps de pause pour se restaurer, se laver et assouvir ses besoins physiologiques, cela sans mesures d’hygiène particulières et sans intimité). C’est également risquer de donner de l’argent à perte à des intermédiaires dont il est difficile de s’assurer de leurs intentions, d’être placé·e en détention (comme l’auteur en a aussi fait l’expérience), de devoir payer une somme importante et être renvoyé·e dans son pays d’origine ; et donc devoir recommencer à zéro.

  • 1 Accord de libre-échange nord-américain instituant une zone dite de libre-échange entre le Mexique, (...)

3À ce titre, l’approche ethnographique et parfois « narrative » du récit donne à voir les pratiques de survie – comme acheter des pots de mayonnaise pour dissimuler l’argent ou frotter de l’ail sur les chaussures pour faire fuir les serpents (p. 43) – qui sont autant d’illustrations du coût de la migration. L’auteur bat ainsi en brèche une représentation dominante de l’individu connaisseur·e et stratège qui, sur la base d’un calcul coût-intérêt, ferait le « choix » de la migration. Cette représentation est à l’origine de la distinction faussée entre migration subie (réfugié·es) et migration choisie (migrant·es). Or l’ouvrage dans son intégralité montre tout simplement que ces personnes n’ont d’autre « choix » que de risquer la traversée pour gagner leur vie ; et qu’il est en définitive « moins risqué de migrer » que de demeurer chez elles et eux dans la pauvreté (p. 41-42). Il serait trop long ici de faire la liste des stratégies et des épreuves endurées qui suffisent à indiquer à quel point la migration est vitale pour ces personnes qui pâtissent des accords économiques internationaux néolibéraux (comme l’ALENA1) défavorables à des pays dépendants des États-Unis comme l’est le Mexique.

4En cela, le grand intérêt de l’ouvrage est double. L’auteur parvient tout d’abord, au risque de sa vie (comme l’avaient prévenu les migrant·es et des avocat·es en amont), à rendre palpable et à donner de l’émotion à des expériences qui sont souvent résumées dans l’espace public, politique et médiatique au travers de chiffres abstraits sur les flux de migrations ou de l’effroi causé par la mort d’hommes, de femmes et d’enfants. Si ces derniers récits sont bien sûr scandaleux et méritent toute notre attention, ils ne doivent pas occulter le long processus qui les précède, processus ordinaire et commun à cette population. Au moyen d’un dispositif méthodologique qualitatif (consistant à suivre 23 personnes de la communauté Triquie de 2003 à 2004), Seth M. Holmes nous embarque et nous fait envisager la souffrance des migrant·es en les personnalisant, afin de les faire percevoir comme des êtres « de chair et de sang » et ainsi susciter « compassion et solidarité » ; de les voir comme des « semblables », en somme (p. 60-61). Il restitue pour ce faire avec profondeur et finesse une partie de leur vie, de leur travail et de leur rapport à l’avenir qui se trouvent alors soumis à la réussite de la migration, à la capacité à tenir au travail et à ressortir de la saison en (assez) bonne santé pour revenir la suivante. L’auteur restitue d’ailleurs la difficulté à se faire accepter parmi les Triqui·es, qui ont appris à se méfier de l’extérieur et des personnes « étrangères » à la communauté. Ils et elles le percevaient au départ comme un potentiel trafiquant de drogue, membre de la police de la frontière ou agent de la CIA (Central Intelligence Agency, le service de renseignement principal des États-Unis). En tant que « blanc », il était contre-intuitif, eu égard aux hiérarchisations socioethniques en vigueur sur les exploitations, qu’il soit ouvrier agricole – sous une autre forme, Nicolas Jounin (2009) par exemple a connu des difficultés similaires à se faire embaucher comme manœuvre. Il a donc dû donner de sa personne, « payer sa part », pour gagner leur confiance, jusqu’à nouer des relations d’amitié avec certain·es. Comme le résume aux autres Triqui·es et aux intermédiaires l’un des interlocuteurs privilégiés de l’auteur : « Il veut savoir par lui-même comment les pauvres souffrent » (p. 153). C’est là sans doute l’originalité et l’apport majeurs de l’ouvrage que de donner à voir cette souffrance. Son autre intérêt tient ensuite à la façon de monter en généralité à partir de cette ethnographie embarquée. L’ouvrage fait s’agréger un ensemble de dimensions (économiques, familiales, politiques, professionnelles, raciales, sanitaires, sociales) permettant de comprendre les logiques structurelles à l’origine de la perpétuation de leur condition et de l’invisiblisation de la souffrance qui la constitue.

5Après le chapitre 1 (sorte de longue introduction) et le chapitre 2 (présentant plus avant l’approche méthodologique et théorique de l’ouvrage), le chapitre 3, intitulé « La ségrégation à la ferme », analyse l’« oppression conjuguée » de classe et de race forgée par Philippe Bourgois (p. 96). Cela aboutit à une différenciation et à une hiérarchisation fine entre différentes strates, synthétisées par un schéma fort utile (p. 97) : tout en haut, les dirigeants de ferme (des hommes), secondés par des assistantes de direction (des femmes) ; tout en bas, les travailleurs et travailleuses des champs payés au poids (principalement des mexicain·es migrant·es), tandis que celles et ceux payés à l’heure (des personnes latino-américaines ou locales blanches) sont un peu plus « avantagés ». Car les intermédiaires (d’abord les contrôleur·es puis les superviseur·es et enfin les responsables des récoltes) abusent de leur pouvoir d’encadrement et de surveillance pour revoir à la baisse les quantités de légumes et fruits réellement récoltés par les ouvriers et ouvrières migrantes rémunérées au poids. Les hiérarchies au travail recoupent alors les hiérarchies ethniques (fondées sur le supposé degré différencié de civilisation des populations) et justifient des pratiques et jugements racistes de la part des catégories intermédiaires.

6Le chapitre 4 (« « Comment les pauvres souffrent » ») procède d’une analyse par cas illustrant chacun à leur façon les souffrances engendrées par le système de violences dans lequel sont placés ces ouvriers et ouvrières agricoles. On voit ici toute la richesse d’une approche qui tâche d’« articuler une formation en médecine et une autre en sciences sociales » (p. 383). On y retrouve à notre sens les passages de l’ouvrage parmi les plus intéressants, en ce qu’ils nous font pénétrer dans les aspects concrets des conditions de vie, de travail et de santé. Ce chapitre dévoile la perception (partielle, faussée, méprisante ou condescendante) et la prise en charge (absente ou insuffisante) des travailleurs et travailleuses par les équipes médicales. Ainsi les douleurs quasi insupportables aux genoux d’Abelino (troubles musculosquelettiques classiques du secteur) sont-elles notamment renvoyées à de mauvaises postures de la part de l’ouvrier. Les « maux de tête débilitants » de Crescensio, dues aux insultes et aux traitements abaissants et humiliants dont il est victime (et entraînant une consommation régulière d’alcool en guise d’automédication et favorisant selon l’auteur des comportements violents contre sa femme et ses enfants), sont quant à eux expliqués entre autres par « le stéréotype du migrant mexicain et misogyne » (p. 167). L’auteur rapporte ces analyses de cas aux statistiques existantes sur le non-recours massif des ouvrières et ouvriers agricoles migrants aux droits et services en matière de santé (p. 168-176).

7Dans la même lignée de cette articulation du regard de l’anthropologue et du regard de docteur en médecine, le chapitre 5 tisse le fil de l’énigme qui se pose au chercheur face aux discours des travailleur·es affirmant que « Les docteurs ne savent rien » – c’est le titre du chapitre. Celui-ci est particulièrement intéressant car construit comme des éléments de réponse à la reproduction des problèmes de santé liés au travail abordés au chapitre précédent. Il étudie en effet les interactions entre patient·es et personnels médicaux pour dégager les raisons de cette incompréhension des maux des migrant·es, car négligeant les contextes et facteurs structurels. Cette négligence est liée notamment à l’historique de la construction du « regard clinique » qui, à l’inverse du « regard prévenant » (p. 195), est fondé sur des outils de mesures, des organes précis séparés les uns des autres et sur des éléments chiffrables et évaluables. Cela aboutit à ce que l’auteur appelle une « vision myope » (p. 193). Cette cécité sociale contribue à la reproduction de raisonnements racistes, biologisants et darwinistes, tel un dentiste déclarant : « C’est génétique. Leur structure osseuse est tout simplement différente de la nôtre. » (p. 229). Tout ceci participe d’une dépolitisation du regard clinique et de la maladie, avec pour conséquence une invisibilisation des causes de la souffrance mais aussi une maltraitance de la part des institutions médicales. La formation des praticien·nes, notamment, est en cause, centrée sur « les déterminants biologiques et comportementaux », sur la « compétence culturelle » plutôt que la « compétence structurelle » (p. 253).

8En combinant les chapitres 4 et 5, on comprend ainsi mieux comment la violence « s’étend de la forme à la clinique et retour » (p. 256). Le chapitre 6, pour finir, intitulé « « Parce qu’ils sont plus près du sol » et qui a fait l’objet d’une publication française (Holmes, 2006), monte en généralité pour synthétiser la violence symbolique à l’origine de la reproduction de l’ordre existant tant du côté des représentations des dominant·es que des dominé·es. Nous retiendrons en particulier la déconstruction d’une multiplicité de préjugés mobilisés pour justifier la condition et le traitement des migrant·es. On connaît bien désormais l’idée courante dans de nombreux pays qu’ils et elles voudraient « profiter du système » sans trop travailler et s’installer sur le territoire national sans faire l’effort de « s’acculturer » (tel que devoir apprendre la langue alors que certain·es font les efforts pour cela, après leur journée de labeur, et rencontrent de nombreuses limites, comme quand la ferme leur refuse la formation). Cela, alors que ces personnes souhaitent en réalité séjourner aux États-Unis seulement le temps d’un séjour et ne perçoivent quasiment jamais de prestations sociales.

9La saleté joue aussi un rôle central dans les hiérarchies sociales fondées sur le racisme. On leur oppose leurs caractéristiques corporelles supposément innées (poussière, puanteur, etc.) alors qu’elles sont le fait de leurs conditions de vie et de travail insalubres (p. 271-274). Les analyses du racisme et de la blanchité font à cet égard se croiser corps et « position » au double sens de terme – position sociale et position du corps, plus ou moins élevé, assis au bureau ou debout dans les champs, exposé ou non à la saleté, etc. L’ensemble de ces éléments permet de comprendre le « processus de naturalisation », parfois effarant (l’intolérance aux pesticides serait ainsi due à la « sensibilité » corporelle supérieure de certaines personnes, dont les migrant·es), et le « processus d’intériorisation » à travers lequel l’ordre des choses est accepté voire valorisé par les migrants et migrantes elles-mêmes, qui vont par exemple exprimer leur fierté d’être plus résistantes et plus fortes au travail que les autres. Cela participe au « déni populaire » (Gollac, 2011) des pénibilités et des risques, fondé ici sur une perception sociale et raciale des rapports sociaux. Ce chapitre a sous cet aspect l’intérêt de mettre en exergue le processus sans doute le plus insidieux, car invisible, et donc le plus difficile à contrer. Et s’il donne à voir refus, résistances et grèves des migrant·es, tout cela revêt finalement un faible poids par rapport aux contraintes structurelles exposées dans l’ouvrage.

10Celui-ci termine par une conclusion invitant à ne pas rester sur une lecture fataliste et qui insiste à juste titre sur le fait que la théorie bourdieusienne de la domination permet aussi de penser le changement. L’objectif majeur que l’auteur associe à son ouvrage est de déconstruire les mécanismes de la violence symbolique pour remettre en cause les hiérarchies et inégalités naturalisées, intériorisées et incorporées dans l’optique de contribuer à changer les structures sociales. Il donne pour cela des exemples de solidarité pragmatique et locale et de solidarité mondiale (en direction notamment d’un « statut de travailleur temporaire juste et équitable », p. 321), et appelle à une refonte du système de santé américain pour une « santé publique critique » et d’une « médecine de la libération » (p. 314).

11Au terme de la lecture, d’aucun·es ne seront peut-être pas étonné·es du sort réservé à cette population. Il reste néanmoins qu’il existe peu d’ouvrages rendant compte de manière aussi précise, générale et sensible à la fois des contours et enjeux de leur condition. D’autres ne regarderont probablement plus les ouvrières et ouvriers agricoles migrants de la même façon, tout comme les paysages magnifiques et les « terroirs » prestigieux sur lesquels ils et elles travaillent parfois – à l’instar du vignoble bordelais qui abrite un « couloir de la pauvreté » au sein duquel figurent de nombreux et nombreuses travailleuses agricoles étrangères (Delaporte, 2018).

12La lecture de l’ouvrage aurait toutefois pu être rendue plus facile si l’auteur avait, parfois, moins fait primer le récit narratif sur la cohérence de l’approche classiquement académique. Il justifie en effet l’entrelacement des données ethnographiques, théoriques et d’analyse pour mieux rendre compte de son « positionnement subjectif » (dépendant de sa position sociale) et pour faciliter une « fluidité narrative » invitant la lectrice et le lecteur « à procéder à un inventaire actif et critique du contexte entier » (p. 327). Cela est louable et renvoie à l’ambition d’objectiver les situations d’enquête et les relations entre enquêteur·ices et enquêté·es qui les composent. Il raconte ainsi comment son immersion lui a permis de prendre toute la mesure du travail de survie des migrant·es et de modifier certaines de ses propres perceptions, comme son étonnement face à leur grande prudence en voiture, craignant d’être arrêté·es par la police et renvoyé·es du territoire (p. 74). C’est tout l’intérêt de cette « anthropologie à la fois critique et incarnée » (p. 79), à rebours d’une certaine conception de la « neutralité » de l’enquêteur, qui aurait mérité d’être présentée comme telle dès le début de l’ouvrage. En effet, les lecteurs et lectrices peuvent parfois se perdre au fil des 377 pages (en incluant l’épilogue) et des allers-retours fréquents entre différents registres d’écriture (narration, empirie, théorie, interprétation). Une présentation synthétique du terrain (de la traversée aux exploitations) et de la population d’enquête, par exemple au sein d’encadrés ou d’annexes, en complément du récit composant le corps de l’ouvrage, n’aurait rien enlevé au pouvoir narratif de celui-ci. Il aurait également sans doute été possible de présenter plus tôt, et de manière plus systématique et ramassée, la structure du raisonnement, ainsi que de regrouper les montées en généralité, ici développées au fil de la lecture et des descriptions ethnographiques. Bien que toujours pertinents et cohérents entre eux, plusieurs passages théoriques sont ainsi relativement redondants. Par exemple, la nécessité de considérer les « violences » de façon imbriquées revient aux pages 85-87 (violences structurelle et symbolique), puis de façon différente à la page 155 (violences structurelle et symbolique mais aussi « politique directe » et « quotidienne »), et enfin à travers un chapitre 6 qui y est dédié (principalement à la violence symbolique). De sorte qu’il est difficile de saisir, dès le départ, l’appareillage conceptuel de l’ouvrage, surtout le ou les concepts unificateurs, ce que l’on ne découvre ou n’approfondit réellement que progressivement, par étapes.

13Sous cet angle, et parce que l’ouvrage est particulièrement stimulant et invite à la discussion, on peut se demander si le concept d’ethnocentrisme, mobilisé assez tardivement dans l’ouvrage, n’aurait pas pu occuper une place plus importante. Cette interrogation mérite d’autant plus d’être formulée au vu d’une analyse qui tâche d’articuler approche structuraliste et approche interactionniste. De nombreuses dimensions nous paraissent effectivement se rapporter à l’ethnocentrisme (des employeur·es et de leurs intermédiaires ainsi que des professionnel·les de santé), rendant difficile sinon improbable les possibilités de compréhension (au sens de pouvoir se mettre à la place de l’autre) des migrant·es. À titre d’illustration, pensons à l’injonction à « l’acculturation » qui leur est adressée. Pensons encore à l’effort d’intégration qui est univoque, à l’image des problèmes de communication liés à la langue parlée dont la responsabilité est attribuée unilatéralement aux migrant·es. Pensons enfin à la ségrégation spatiale sur la ferme. On ne les voit pas car leur logement est confiné aux extrémités de celle-ci et à l’abri des regards, si bien que peu de personnes peuvent se rendre compte de leur condition, ce qui favorise précisément la reproduction du regard ethnocentré sur les migrant·es. Cumulé aux catégories de pensée et perception racialisantes et naturalisantes, une discussion croisée et approfondie des notions d’ethnocentrisme (source d’un racisme systémique) et de violence symbolique serait assurément heuristique. C’est une autre qualité de cet ouvrage que de susciter de telles perspectives enthousiasmantes.

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Bibliographie

Delaporte Ixchel (2018), Les raisins de la misère. Une enquête sur la face cachée des châteaux bordelais, Paris, La Découverte.

Gollac Michel (2011), « Quelques raisons de se plaindre », Sociologie du travail, vol. 53, no 1, 29-33.

Holmes Seth M. (2006), « Parce qu’ils sont plus près du sol. L’invisibilisation de la souffrance sociale des cueilleurs de baies », Actes de la recherche en sciences sociales, no 165, 28-51.

Jounin Nicolas (2009), Chantier interdit au public. Enquête parmi les travailleurs du bâtiment, Paris, La Découverte.

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Notes

1 Accord de libre-échange nord-américain instituant une zone dite de libre-échange entre le Mexique, le Canada et les États-Unis.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Roux, « Seth H. Holmes, Fruits frais, corps brisés. Les ouvriers agricoles migrants aux États-Unis »La nouvelle revue du travail [En ligne], 27 | 2025, mis en ligne le 22 octobre 2025, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/nrt/20347 ; DOI : https://doi.org/10.4000/152dw

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Auteur

Nicolas Roux

Université de Reims Champagne-Ardenne (Cérep), Cnam (CEET)

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