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2025
Circulations culturelles et réseaux intellectuels : regards croisés entre l’Europe et l’Amérique latine (XIXᵉ siècle)

Républicanisme et libéralisme en Uruguay la réception des modèles français dans le projet éducatif de José Pedro Varela (1865-1877)

Republicanismo y liberalismo en Uruguay: la recepción de los modelos franceses en el proyecto educativo de José Pedro Varela (1865-1877)
Republicanism and Liberalism in Uruguay: the reception of French models in José Pedro Varela's educational project (1865–1877)
Jessica Torres Quiroga

Résumés

La trajectoire intellectuelle de José Pedro Varela s’inscrit dans un Uruguay marqué par des guerres civiles, des inégalités et une fragilité institutionnelle. Des écrits de 1865 au voyage en Europe, ses lectures libérales nourrissent une réflexion sur liberté, économie et citoyenneté, l’amenant à concevoir l’éducation comme instrument d’émancipation et base de la modernisation démocratique.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Argone, Carlos, La ley de Educación Común de 1877: Análisis y juicio crítico, Montevideo, Administr (...)
  • 2 Bralich, Jorge, «José Pedro Varela y la gestación de la escuela uruguaya», Revista Historia de la E (...)
  • 3 Varela, José Pedro, La educación del pueblo, Tomos I y II. Montevideo, Tipografía de La Democracia, (...)
  • 4 Ardao, Arturo. Racionalismo y liberalismo en el Uruguay. Colección Historia y cultura, vol. 1. Mont (...)

1José Pedro Varela (Montevideo, 1845-1879) occupe une place centrale dans l’histoire intellectuelle et politique de l’Uruguay du XIXe siècle, en tant qu’artisan de la réforme scolaire d’aout 18771 qui a mis en place l’enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque2. Éducateur, journaliste et homme politique, Varela a conçu l’instruction publique comme un instrument décisif de la modernisation de la république et de la formation de citoyens libres et égaux3. Ses écrits, en particulier La educación del pueblo (1874) et La legislación escolar (1876), ont établi non seulement les fondements idéologiques de la Loi d’Éducation Commune de 1877, mais ont également conçu un modèle éducatif de base scientifique et rationnelle, en opposition à la tradition scolastique héritée de la période coloniale4.

2La question centrale est de savoir comment Varela reformule les traditions libérales et républicaines françaises dans un projet éducatif adapté aux réalités politiques et sociales de la jeune république uruguayenne. Cette analyse vise à examiner comment, à partir d’influences transatlantiques, il développe une pensée pédagogique et politique qui place l’éducation au centre de la construction démocratique. Dans le contexte d’un Uruguay traversé par des tensions internes et en quête d’un modèle de modernisation, les références venues d’Europe et en particulier de France, apparaissent comme des ressources intellectuelles réappropriées, discutées et parfois réorientées. Soulever la question des influences transatlantiques permet de déplacer le regard, non vers la simple origine des idées, mais vers les processus par lesquels elles acquièrent une nouvelle portée, se traduisent dans d’autres langages politiques et sociaux, et participent à la reconfiguration des projets intellectuels locaux.

3Dans une perspective de médiation des connaissances, attentive à la circulation des idées et aux processus de traduction culturelle entre la France et l'Uruguay au XIXe siècle, l'étude met en évidence l'évolution de ses conceptions et les modalités d'appropriation des modèles français dans le contexte uruguayen, en soulignant les choix et les reformulations qui marquent sa position de lecteur actif, révélant non pas un imitateur, mais un interprète critique des interactions intellectuelles entre l'Europe et l'Uruguay. Les études consacrées à Varela et à la réforme scolaire uruguayenne ont surtout privilégié l’analyse de ses lois et de ses textes pédagogiques. Ce travail part au contraire de ses lectures et de ses expériences européennes, en particulier françaises, pour comprendre comment se déplacent, dans son projet éducatif, les articulations entre libéralisme, républicanisme et laïcité.

Premiers horizons intellectuels

  • 5 En 1863, le caudillo colorado Venancio Flores lança la « Croisade libératrice » contre le gouvernem (...)
  • 6 Gómez, Assia, «Los universitarios frente a la crisis. La polémica entre José Pedro Varela y Carlos (...)

4La trajectoire intellectuelle de José Pedro Varela commence au milieu des tensions politiques et culturelles que traverse l’Uruguay dans les années 1860. À cette époque, le pays était plongé dans la Guerre de la Triple Alliance (1864–1870) et marqué par une succession d’affrontements entre les caudillos des deux principaux partis politiques, le Parti Blanco et le Parti Colorado5. Cette instabilité politique, présente depuis l’indépendance de 1830, avait créé une forte tension entre les chefs des partis et les intellectuels uruguayens, révélant une profonde crise politique qui traversa les différents gouvernements, accusés d’être responsables du retard politique et social de la république6.

  • 7 Ferté, Louise, « L’institution scolaire au cœur de la République Orientale de l’Uruguay. L’influenc (...)

5Dans ce contexte, Varela, autodidacte de formation, s’est nourri de différents courants politiques et philosophiques, et la pensée française a joué un rôle important dans le développement de sa réflexion : la lecture d’auteurs tels que Frédéric Bastiat, Victor Cousin, Alphonse de Lamartine, Benjamin Constant et Victor Hugo lui a permis de concevoir un projet qui associait républicanisme, libéralisme et éducation7. Ses premiers écrits, publiés dans La Revista Literaria (1865), ont été des compositions poétiques, des chroniques et des articles littéraires où il a exposé ses préoccupations concernant la liberté de pensée ainsi que la modernisation politique et sociale du pays.

  • 8 L’instabilité économique profonde qui toucha l’Uruguay à partir de 1868 se traduisit par la faillit (...)
  • 9 Prosper Paillotet et Roger de Fontenay, « Avertissement », dans Frédéric Bastiat, Harmonies économi (...)
  • 10 Bastiat, Frédéric, Harmonies économiques, Paris, Guillaumin, 1850, Rééd. Paris, Adamant Media Corpo (...)

6Durant ces années, l’Uruguay faisait face à une crise financière issue des dettes accumulées par l’État au cours des différentes guerres du XIXe siècle, aggravée par l’usure et la fraude8. On décèle ainsi, dans ses écrits, l’influence du libéralisme économique français, en particulier celle de Frédéric Bastiat, économiste et figure centrale du libéralisme du XIXe siècle9. Celui-ci soutenait que la société ne pouvait atteindre son équilibre que dans un cadre de liberté intégrale, politique, économique et religieuse, ces dimensions étant indissociables, car si l’une était restreinte, toutes se trouvaient menacées10.

  • 11 Varela José Pedro, « La libertad de industria », La Revista Literaria, Montevideo, no 7, 18 junio 1 (...)
  • 12 Varela, José Pedro, La Revista Literaria, Montevideo, 1865; cf. Ardao, Espiritualismo y positivismo (...)

7Dans cette perspective, Varela affirmait, dans son article « De la libertad económica » paru dans La Revista Literaria (juin 1865), qu’en Uruguay « la liberté d’industrie [d’entreprendre] fait que la richesse vient prêter vie à tous les membres du corps social, [..] il est impossible d’assurer la liberté politique ou économique »11. Cette formulation articule deux niveaux de réflexion. La liberté économique est conçue comme le moteur de l'harmonie sociale, mais elle reste incomplète si elle n'est pas accompagnée d'un contexte institutionnel permettant de garantir les libertés politiques. Varela adapte ici les principes de Bastiat à la réalité uruguayenne, en insistant sur la corrélation entre les libertés et la nécessité de leur cohérence pour faire émerger un ordre républicain légitime12.

  • 13 Ferté, op. cit., p. 12.
  • 14 Varela, José Pedro, Obras pedagógicas: La educación del pueblo, Pról. Arturo Ardao. Montevideo, Bib (...)

8Pour atteindre cet objectif, il fallait développer l’instruction générale de la population, car elle représentait le moyen le plus sûr de former des citoyens et de renforcer une république encore fragile.13 On constate qu’il manifeste un intérêt pour les questions sociales, se montrant préoccupé par la détérioration causée par les crimes et les vices qui rongeaient la société et affectaient la population en général : l’ignorance et le manque d’instruction14.

9Varela a pris profondément en considération ces facteurs, convaincu que l’instruction publique était indissociable du destin des classes populaires. Il considérait que la liberté d’industrie permettait à la richesse de circuler et de profiter à tous, plutôt que de rester concentrée entre les mains de quelques privilégiés. Pour lui, le progrès matériel constituait la condition du développement moral et intellectuel, car sans éducation ni bien-être, l’ouvrier et l’homme de la campagne demeuraient soumis et exclus de la vie citoyenne.

  • 15 Varela, José Pedro, « La poesía », La Revista Literaria, Montevideo, no 16, 20 agosto 1865, p. 257.

10Cette articulation entre progrès matériel, instruction et émancipation civique trouvait un prolongement dans le domaine culturel. Varela pensait que la décadence morale et les dérèglements de la société se reflétaient dans l’art et voyait dans la poésie un instrument de dénonciation politique et sociale des tyrannies, à condition qu’elle restât fidèle à la vérité historique. Dans son article « La poesía », il affirmait que celle-ci ne se limitait pas à une fonction esthétique, mais qu’elle devait accompagner la philosophie et la science pour ouvrir des horizons de justice15.

  • 16 Ibid.

11La poésie pouvait ainsi agir comme critique sociale et comme stimulant moral en faveur de la liberté et de la fraternité. Suivant Lamartine, il associait les formes poétiques aux âges de l’humanité : lyrique dans l’enfance, épique dans l’adolescence et dramatique dans la maturité. La véritable poésie devait donc être dramatique, car elle incarnait la civilisation et constituait « l’image fidèle de la civilisation »16. Elle reflétait les réalités de son époque et contribuait à l’élévation de la conscience collective.

  • 17 Ibid.

12Cette réflexion s’accompagnait d’une critique à l’égard de ceux qui, selon lui « falsifiaient l’histoire ». Varela prenait l’exemple d’Adolphe Thiers, qu’il considérait en France comme l’incarnation du despotisme éclairé : derrière l’appel aux libertés se dissimulait, selon lui, une tyrannie déguisée en civilisation, éloignée de la véritable justice, de la morale et de la liberté. Cette méfiance à l’égard des faux semblants se retrouvait également dans sa conception de la poésie. Il demandait : « À quoi servent ces compositions où tout n’est qu’art, qui ne pénètrent jamais dans l’âme du peuple, […] ? »17. Pour lui, les œuvres dépourvues de valeur sociale s’écartaient de la vérité et du progrès collectif. L’art devait au contraire être un témoignage et un soutien de la dimension morale de la société.

  • 18 Varela, José Pedro, « De la libertad de banco y de la vijilancia individual », La Revista Literaria(...)
  • 19 Varela, José Pedro, Obras pedagógicas, 1964.

13Varela ne se bornait pas à défendre la liberté économique comme principe doctrinal, il la concevait comme inséparable de la justice et de la vigilance citoyenne, ainsi que de la nécessité de lois capables de corriger les abus institutionnels. Dans cette perspective, dans son article « De la libertad de banco y de la vijilancia [vigilancia] individual », rédigé à une époque où le pays connaissait plusieurs faillites bancaires, Varela dénonçait les privilèges et les monopoles, « les protectionnistes, les défenseurs du monopole et du privilège [qui agissaient] contre la liberté du travail ».18 C’est ainsi que, dès ses débuts comme journaliste, le jeune intellectuel a commencé à concevoir l’éducation non comme un simple instrument d’éducation individuelle, mais comme un projet d’émancipation collective19.

14Ce moment de formation intellectuelle, nourri de lectures et d’idéaux venus d’Europe, fut mise à l’épreuve de la réalité par le voyage : confronté aux inégalités sociales et politiques de la France du Second Empire, Varela mit à distance ses références initiales et commença à reconfigurer son horizon intellectuel.

Le voyage en France et son influence

15En 1867, Varela se rendit en Europe, passant par la France où il cherchait à comprendre et à réélaborer ses lectures antérieures des penseurs français. Ce voyage, loin de faire de lui un simple récepteur passif d'idées, permet de le considérer comme un médiateur critique, engagé dans un travail de révision et d'ajustement des courants libéraux et républicains, qui s'efforce de s'adapter aux défis de la jeune république uruguayenne.

  • 20 Hugo, Víctor, « En el Cementerio de Saint-Jean. Discurso pronunciado el 23 de abril de 1853 », Trad (...)

16À Paris, sous le règne de Louis-Napoléon III, il prit conscience du fondement des critiques d’intellectuels comme Victor Hugo, alors en exil, qui proclamait l’espoir de voir un jour s’accomplir « le triomphe de l’idée démocratique [et] la fin de toutes les oppressions et de toutes les servitudes »20.

  • 21 Varela, José Pedro, Impresiones de viaje en Europa y América. Correspondencia literaria y crítica ( (...)
  • 22 Ibid.

17Dans son ouvrage Impresiones de viaje en Europa y América (1867–1868), Varela apprécie le dynamisme intellectuel français, mais observe également les limites d’un système politique marqué par les tensions entre l’autoritarisme impérial et une démocratie censée s’incarner dans le suffrage universel et le corps législatif, ainsi que par la persistance des inégalités sociales21. Il offre un regard critique sur le Paris de 1867, où la modernisation urbaine, tant admirée par les étrangers, lui apparaît dépourvue de mémoire et de substance politique : « en vain que vous cherchiez la ville des souvenirs historiques : tout a été détruit par le pic des démolisseurs […] ; c’est la ville des plaisirs éphémères et des joies passagères »22.

  • 23 Cette critique de l’effacement du passé à travers les grands travaux haussmanniens est un thème réc (...)

18La capitale du Second Empire, modernisée par Haussmann, symbolisait la splendeur matérielle, mais Varela la voyait marquée par la superficialité et l’oubli historique23. À cette critique esthétique s’ajoute une forte préoccupation politique, Varela observant comment le luxe des boulevards cohabitait avec la misère des prolétaires qui survivaient sous l’éclat et la richesse.

  • 24 Wright, Vincent, « La Loi de sûreté générale de 1858 », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1 (...)
  • 25 Varela, José Pedro, Impresiones de viaje, 2010, p. 78.

19À cette dimension sociale s’ajoute une inquiétude politique : la répression politique qui se traduisait, à Paris, par le contrôle de la presse et du droit de réunion instaurée par Napoléon III. Elle résultait de la persistance de pratiques répressives issues de la loi de Sûreté générale de 1858, maintenues même après son abrogation, avec l’arrestation et la déportation d’opposants politiques24. Varela évoquait ainsi la situation d’une presse qui aurait dû être le guide des libertés du peuple, mais qui demeurait constamment persécutée, avec des journaux fermés, des journalistes condamnés et des étudiants emprisonnés pour s’être réunis ou pour avoir protesté25.

20En observant la France du Second Empire, Varela reconnaît dans la répression napoléonienne les mêmes mécanismes d’autorité et de contrôle de l’opinion qu’il condamne dans son propre pays, où ces pratiques apparaissent comme les symptômes communs d’un pouvoir qui redoute la participation civique. Son regard sur Paris devient ainsi un miroir critique des caudillos et de la fragilité démocratique de sa propre république.

  • 26 Ibid.

21Au Sénat parisien, Varela assiste à l’intervention de Jules Favre, qu’il considérait comme l’une des rares figures qui s’élevait en défense de la liberté. Il écrivait : « Voilà Jules Favre élevant sa voix au milieu des tempêtes du Sénat contre ces attentats à la liberté »26. Cet épisode eut pour lui une valeur argumentative importante, car la figure de Favre apparaissait comme un contrepoint moral et politique qui confirmait et légitimait son interprétation de la répression et de l’absence de liberté réelle en France. En reprenant ces dénonciations, Varela s’inscrivait dans un registre critique largement partagé par les opposants français au Second Empire, pour qui l’Empire masquait une autorité répressive sous les apparences du progrès.

  • 27 Favre, Jules, Discours sur la seconde expédition de Rome, prononcé au Corps législatif le 2 décembr (...)

22L’intervention de Favre du 2 décembre 1867, publiée ensuite sous le titre Discours sur la seconde expédition de Rome, démontait, à l’aide d’exemples historiques, le pouvoir temporel des papes27. Il recourait à l’histoire de la papauté pour montrer que la sainteté des pontifes avait été la caractéristique des premiers siècles du christianisme. Avec le temps, les pontificats s’étaient associés à des épisodes de violence et de corruption comparables à ceux des monarchies les plus sanglantes. Ce discours ne constitue pas seulement, pour Varela, un épisode marquant de la vie parlementaire française ; il renforce sa conviction que la critique du pouvoir temporel de l’Église est une condition préalable à la construction d’un espace scolaire laïque dans sa propre république.

23Cela mettait en évidence la contradiction entre une mission spirituelle et l’exercice du pouvoir séculier, un argument qui a été particulièrement décisif pour Varela, compte tenu de sa position critique face au dogme. Son ouvrage Impresiones de viaje en Europa y América témoignait d’un problème social où il n’était pas seulement question de misère matérielle, mais aussi du manque de liberté, qui corsetait la société et l’empêchait de progresser. Ils confirmaient ses critiques à l’égard du pouvoir exercé par la religion catholique sur la société du XIXe siècle.

  • 28 Varela, José Pedro, « Nuestros propósitos », La Revista Literaria. Montevideo, no 1, 7 de mayo de 1 (...)

24Ce jugement apparaissait déjà dans le premier numéro de La Revista Literaria du 7 mai 1865, où étaient précisés ses objectifs : « La Revista a pour religion la croyance en Dieu ; pour morale, la divine morale du Christ ; pour norme de tous ses jugements, la vérité ; pour bannière dans sa propagande, la Liberté et la Justice »28. Il défendait alors une religion sans dogme, fondée sur l’éthique chrétienne (respect, charité et justice), c’est-à-dire des valeurs universelles contribuant au bon fonctionnement de l’ordre républicain.

Du voyage à la réforme scolaire : reconfigurations intellectuelles

  • 29 González Merlano, José Gabriel, « Varela y Vera. Dos visiones sobre la religión en la escuela », An (...)

25Le voyage en Europe a confirmé à Varela qu’en Uruguay, la séparation de l’Église et de l’État devait être effective afin d’assurer la laïcité et la liberté de pensée, conditions indispensables pour que l’instruction forme des citoyens autonomes et que la république soit fondée sur des principes d’égalité et de souveraineté populaire. Il ne niait pas l’importance de la religion dans la vie des citoyens, mais défendait une religiosité rationnelle et générale, non liée à une Église particulière. C’est cette laïcité qui, selon lui, pouvait garantir la pluralité et, pour cela, l’État devait assumer la responsabilité de l’instruction publique, tandis que l’Église ne devait pas intervenir dans le fonctionnement de l’école29.

  • 30 Géruzez, Eugène, Nouveau cours de philosophie, préface de Serge Nicolas, 1ere édition, Paris, L’Har (...)
  • 31 Ardao, Arturo, La Universidad de Montevideo. Ideas filosóficas y doctrinas políticas (1849–1886), M (...)

26Cette pensée s’appuyait sur le spiritualisme éclectique de Victor Cousin, doctrine adoptée comme cadre philosophique officiel par l’Université de Montevideo dès sa fondation en 1849, et largement diffusée par ses manuels et son corps professoral. Cette orientation fut notamment consolidée par l’adoption, dès 1848, du Cours de philosophie de Nicolas Eugène Géruzez30 comme manuel de référence dans l’enseignement secondaire, puis universitaire. Élaboré dans le contexte des réformes éducatives françaises des années 1830, ce manuel structuré autour de la psychologie, de la logique et de la morale proposait une philosophie laïque, fondée sur l’étude du moi et du développement des facultés humaines. À travers ce texte et d’autres ouvrages similaires, le spiritualisme éclectique pénétra durablement la formation philosophique en Uruguay, par l’intermédiaire de professeurs comme Plácido Ellauri, fidèle à cette tradition et seul titulaire de la chaire de philosophie jusqu’aux années 188031.

  • 32 Reyes Abadie et Williman, La economía del Uruguay en el siglo XIX, op. cit., p. 34-38.
  • 33 Constant, Benjamin, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes. Discours prononcé à l’ (...)

27Elle servait également de cadre d’analyse pour comprendre la crise que traversait la république, marquée par une instabilité institutionnelle chronique, l’endettement de l’État, des affrontements partisans prolongés et une faible cohésion civique, dans un contexte de spéculations financières, de faillites bancaires et de tensions sociales accrues entre élites urbaines et secteurs populaires32. Elle reposait sur la défense d’une morale commune et d’une religiosité rationnelle, offrant des perspectives de conciliation entre foi et raison, tout en fournissant un appui idéologique à un libéralisme en quête de stabilité institutionnelle. À cela s’ajoutaient les idéaux de Benjamin Constant, défenseur de la liberté individuelle et d’un libéralisme représentatif fondé sur la limitation du pouvoir, où les institutions étaient conçues comme des garantes des droits civils et de l’éducation morale des citoyens33.

  • 34 Le principismo fut un courant libéral uruguayen qui se développa à partir des années 1850, proposan (...)
  • 35 Le conflit le plus important de cette époque fut la Révolution des Lances (1870-1872), l’une des gu (...)
  • 36 « Entre dos años », El Siglo, Montevideo, no 02723, 1 enero 1874, consulté le 21 septembre 2025. UR (...)

28Pour les « principistes »34, c’est sur ces fondements que devait reposer la république uruguayenne. Leur objectif était de renforcer les institutions afin de garantir la participation citoyenne face au pouvoir personnel des caudillos. Le principal obstacle, selon eux, était la détérioration de l'ordre public provoquée par les luttes entre clans politiques, perçue comme un problème institutionnel permanent35. Face à cette situation, ils proposaient d'instaurer un ordre républicain fondé sur la liberté de la presse, de réunion et de vote, conçu comme le pilier fondamental de l’aspiration à une république représentative et stable36.

  • 37 Sociedad de Amigos de la Educación Popular, Instalación, estatutos y organización actual. Montevide (...)

29Ces horizons philosophiques ne se sont pas limités aux salles de cours universitaires, mais se sont projetés dans des initiatives concrètes. En 1868, Varela, avec ses amis Carlos María Ramírez et Elbio Fernández, a fondé la Sociedad de Amigos de la Educación Popular, dont l’objectif était de se consacrer à l’instruction publique des enfants, futurs hommes et citoyens, afin qu’ils puissent accomplir leurs devoirs et faire un usage intelligent de leurs droits37.

  • 38 Gómez, Assia, « Los universitarios frente a la crisis », p. 456.

30Cependant, aux yeux de Varela, ces fondements philosophiques européens, qu'il avait lui-même largement intégrés dans sa formation intellectuelle à travers ses lectures, semblaient de plus en plus déconnectés de la réalité politique et sociale uruguayenne. Cet éloignement n'était pas tant dû au contenu doctrinal du spiritualisme éclectique ou du libéralisme français qu’à la manière dont ces idées avaient été appropriées et diffusées par les élites universitaires locales. Il critiquait la manière dont ces idées, enseignées dans les universités, avaient fini par se transformer en doctrines rigides, incapables d'interagir avec les exigences concrètes du pays38.

  • 39 Arturo Ardao, « Prólogo », dans José Pedro Varela, Obras pedagógicas: La educación del pueblo, Mont (...)

31C’est aussi en France qu’il a compris les limites de ces doctrines. Le voyage lui avait permis de mesurer combien leur portée restait limitée face à la concentration du pouvoir, aux inégalités persistantes et à l’exclusion des classes populaires de la vie politique. Ce qu’il avait observé à Paris, c’était une modernité brillante en surface, mais incapable de garantir la participation civique, ce qui venait confirmer, à ses yeux, que le spiritualisme et le libéralisme abstrait ne suffisaient pas à transformer la société. Cette remise en question du modèle français dominant, qu’il jugeait théorique et inefficace, ne relevait pas d’un rejet, mais d’un déplacement critique, motivé par la volonté d’élaborer une réforme plus adaptée aux réalités du pays. Sa position critique, ne renie pas les influences européennes, mais refuse d’en faire des modèles figés39.

  • 40 Varela, José Pedro, La educación del pueblo, Tomo I, Montevideo, Tipografía de La Democracia, 1874, (...)

32Dans son livre La educación del pueblo, lorsqu'il aborde la question des langues, Varela remet en question la prédominance du modèle culturel français dans les structures éducatives nationales. Ce qu'il critique, ce n'est pas la langue en soi, mais l'esprit doctrinaire qu'elle véhicule dans le domaine éducatif : « Le français nous offrirait les livres nécessaires pour l’étude des sciences expérimentales, et même des sciences politiques et morales ; mais les premières, dans leur partie appliquée, et les secondes, dans leur ensemble, souffriraient de l’inconvénient d’être subordonnées à un esprit général qui, jusqu’à présent, s’est révélé totalement stérile dans ses résultats »40.

33Selon lui, une véritable réforme ne pouvait pas découler d’une répétition théorique, mais devait être construite à partir d’une analyse critique de la réalité nationale et d’une adaptation concrète des modelés intellectuels existants. Il ne s'agissait pas d'un rejet, mais plutôt d'une volonté de préserver l'idéal libéral en le sortant de son abstraction académique et en le réinsérant dans une pratique politique adaptée aux nécessités du pays.

  • 41 Varela, José Pedro, op. cit.

34Varela s’est montré particulièrement réceptif à une orientation positiviste, qu’il a principalement expérimentée aux États‑Unis, après son passage en Europe. C’est là qu’en 1868, il a rencontré le réformateur argentin Domingo Faustino Sarmiento, rencontre décisive qui a orienté son projet pédagogique vers la modernité et a confirmé sa conviction que l’instruction devait être conçue comme un instrument de régénération sociale et politique41.

35En 1876, Varela a été nommé directeur de l’Instruction publique et a présenté un projet de loi par lequel l’État devait prendre directement en charge l’enseignement scolaire sur les bases qu’il avait défendues. Cette impulsion décisive n’a pu se matérialiser que sous le gouvernement dictatorial de Lorenzo Latorre (1876-1879), seul capable d’imposer la réforme à l’échelle nationale.

  • 42 Mattos, Tomás de (ed.), Dossier de prensa de El Hombre de Marzo de Carlos María Ramírez [en ligne], (...)
  • 43 Ardao (ed.), Obras pedagógicas, p. XXX.

36La collaboration de Varela avec Latorre a été déterminante mais contradictoire, car il a obtenu le soutien nécessaire pour impulser la réforme tout en étant critiqué pour son association avec un régime militaire42. Il n’a pas accepté l’autoritarisme militaire, mais il a justifié ses fonctions comme un sacrifice personnel, motivé par des considérations patriotiques, entendant ne pas compromettre la dignité du citoyen ni celle de l’homme43.

  • 44 Argone, Carlos, La ley de Educación Común de 1877: Análisis y juicio crítico, 1987.

37La mise en œuvre d’un projet libéral sous un gouvernement autoritaire révèle les tensions propres aux modernisations latino-américaines du XIXe siècle, où les idéaux de liberté et d’émancipation se heurtaient souvent à la nécessité d’un ordre imposé d’en haut. Le principal conflit a opposé Varela, défenseur d’une instruction morale laïque avec un catéchisme facultatif, aux choix adoptés sous le gouvernement de Latorre, qui ont abouti, avec le décret-loi de 1877, à l’imposition d’un enseignement religieux catholique obligatoire. Seuls les élèves d’autres confessions pouvaient en être dispensés, à la demande formelle de leurs parents44.

Considérations finales

38La trajectoire de Varela ne peut pas être comprise uniquement comme celle d’un réformateur scolaire. Elle doit aussi être envisagée à travers les mécanismes qui ont façonné sa pensée et son action : la presse comme premier espace d’expression, le voyage comme second levier, et enfin l’action institutionnelle comme moment décisif de réélaboration de ses idées originales.

39Dans cette perspective, la figure de Varela s’inscrit dans un parcours intellectuel, où le spiritualisme éclectique, le libéralisme et la confrontation avec l’expérience européenne ont contribué à forger un horizon de réflexion singulier. Loin d’être un simple imitateur de modèles étrangers, Varela a réélaboré ces influences en fonction de la réalité uruguayenne et projeté son œuvre éducative comme une voie d’intégration de l’Uruguay dans la modernisation politique et culturelle de la fin du XIXe siècle.

40L’étude de Varela invite à repenser la modernité républicaine latino-américaine comme un processus de création intellectuelle propre, fondé sur la circulation et la médiation des savoirs plutôt que sur la simple imitation des modèles européens. Elle invite également à reconsidérer le rôle de l’éducation publique dans la construction démocratique et le rôle critique de la circulation des idées, ainsi que la capacité des sociétés à transformer des modèles étrangers en instruments propres de vie démocratique et d’inclusion.

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Bibliographie

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Ardao, Arturo, Racionalismo y liberalismo en el Uruguay, Colección Historia y cultura, vol. 1. Montevideo, Universidad de la República, Departamento de Publicaciones, 1962.

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Constant, Benjamin, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes. Discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819 [en ligne], San Francisco : Internet Archive, 2016, consulté le 2 août 2025. URL : https://archive.org/details/ConstantBenjaminLiberteAnciensModernes1819

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Ferté, Louise, « L’institution scolaire au cœur de la République Orientale de l’Uruguay. L’influence française au sein de la pensée de José Pedro Varela », Corpus. Revue de philosophie [en ligne], nº 65, 2013, consulté le 17 août 2025. URL : https://journals.openedition.org/corpus/2479

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Notes

1 Argone, Carlos, La ley de Educación Común de 1877: Análisis y juicio crítico, Montevideo, Administración Nacional de Educación Pública, Consejo de Educación Primaria, 1987.

2 Bralich, Jorge, «José Pedro Varela y la gestación de la escuela uruguaya», Revista Historia de la Educación Latinoamericana [en ligne], vol. 13, nº 17, décembre 2011, p. 43-70, consulté le 2 août 2025. URL : https://doi.org/10.19053/01227238.1612

3 Varela, José Pedro, La educación del pueblo, Tomos I y II. Montevideo, Tipografía de La Democracia, 1874.

4 Ardao, Arturo. Racionalismo y liberalismo en el Uruguay. Colección Historia y cultura, vol. 1. Montevideo, Universidad de la República, Departamento de Publicaciones, 1962.

5 En 1863, le caudillo colorado Venancio Flores lança la « Croisade libératrice » contre le gouvernement du président Bernardo Berro, du Parti Blanc. Son objectif immédiat était de restaurer l’hégémonie colorada en Uruguay, tandis que l’Empire du Brésil et le gouvernement de Buenos Aires le soutinrent pour des raisons différentes : le Brésil cherchait à affirmer son influence dans le Río de la Plata et Mitre à renforcer la prédominance portègne face au Paraguay et aux provinces fédérales d’Entre Ríos et de Corrientes, qui appuyaient Berro. De cette conjonction de conflits internes et de rivalités régionales naquit l’intervention qui allait déboucher sur la Guerre de la Triple Alliance (1864-1870). Johansson, María Lucrecia y Sujatovich, Luis, « Papeles de guerra. Causas de la Guerra de la Triple Alianza a través de la prensa argentina y paraguaya (1862–1870) », Universum [en ligne], vol. 27, nº 2, 2012, p. 99-111, consulté le 10 septembre 2025. URL : https://doi.org/10.4067/S0718-23762012000200006

6 Gómez, Assia, «Los universitarios frente a la crisis. La polémica entre José Pedro Varela y Carlos María Ramírez (1876)», in Fell, Ève-Marie ; Guerena, Jean-Louis (éds.), L’Université en Espagne et en Amérique Latine du Moyen Âge à nos jours. II. Enjeux, contenus, images. Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 1998, p. 455, consulté le 2 août 2025. URL : https://doi.org/10.4000/books.pufr.6004

7 Ferté, Louise, « L’institution scolaire au cœur de la République Orientale de l’Uruguay. L’influence française au sein de la pensée de José Pedro Varela », Corpus. Revue de philosophie [en ligne], nº 65, 2013, consulté le 17 août 2025. URL : https://journals.openedition.org/corpus/2479

8 L’instabilité économique profonde qui toucha l’Uruguay à partir de 1868 se traduisit par la faillite de plusieurs banques. Les pratiques des secteurs liés au commerce extérieur (banques, salaisonniers, grands exportateurs), qui imposaient des taux de change défavorables aux petites économies locales, développaient des formes d’usure. La fraude, quant à elle, émanait d’emprunts d’État jamais honorés et de l’enrichissement d’un groupe restreint au détriment des salariés et des populations endettées. Voir Reyes Abadie, Washington et Williman, José Carlos, « Segregación y dependencia: El Estado ‘nacional’ (1868–1886) », in La economía del Uruguay en el siglo XIX, Montevideo, Editorial Nuestra Tierra, décembre 1969, p. 34-39.

9 Prosper Paillotet et Roger de Fontenay, « Avertissement », dans Frédéric Bastiat, Harmonies économiques, Paris, Guillaumin, 1850, p. V–XI.

10 Bastiat, Frédéric, Harmonies économiques, Paris, Guillaumin, 1850, Rééd. Paris, Adamant Media Corporation, 2001.

11 Varela José Pedro, « La libertad de industria », La Revista Literaria, Montevideo, no 7, 18 junio 1865, p. 109.

12 Varela, José Pedro, La Revista Literaria, Montevideo, 1865; cf. Ardao, Espiritualismo y positivismo en el Uruguay. Montevideo, Universidad de la República, 1950.

13 Ferté, op. cit., p. 12.

14 Varela, José Pedro, Obras pedagógicas: La educación del pueblo, Pról. Arturo Ardao. Montevideo, Biblioteca Artigas, Ministerio de Instrucción Pública, 1964, p. 85

15 Varela, José Pedro, « La poesía », La Revista Literaria, Montevideo, no 16, 20 agosto 1865, p. 257.

16 Ibid.

17 Ibid.

18 Varela, José Pedro, « De la libertad de banco y de la vijilancia individual », La Revista Literaria, Montevideo, no 19, 10 de septiembre de 1865, p. 307.

19 Varela, José Pedro, Obras pedagógicas, 1964.

20 Hugo, Víctor, « En el Cementerio de Saint-Jean. Discurso pronunciado el 23 de abril de 1853 », Trad. anónima. La Revista Literaria, Montevideo, no 10, 9 julio 1865, p. 165

21 Varela, José Pedro, Impresiones de viaje en Europa y América. Correspondencia literaria y crítica (1867-1868), San José, Intendencia Municipal de San José, 2010, p. 77.

22 Ibid.

23 Cette critique de l’effacement du passé à travers les grands travaux haussmanniens est un thème récurrent chez plusieurs auteurs français opposés au Second Empire. Voir notamment Victor Fournel, Paris nouveau et Paris futur, Paris, Jacques Lecoffre, 1865, p. 17 ; ou encore Charles Baudelaire, « Le Cygne », dans Les Fleurs du mal, Tableaux parisiens, Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1861, p. 202–205.

24 Wright, Vincent, « La Loi de sûreté générale de 1858 », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, 1969, vol. 16, no 3, p. 414-430.

25 Varela, José Pedro, Impresiones de viaje, 2010, p. 78.

26 Ibid.

27 Favre, Jules, Discours sur la seconde expédition de Rome, prononcé au Corps législatif le 2 décembre 1867, Paris, A. Le Chevalier, 1867.

28 Varela, José Pedro, « Nuestros propósitos », La Revista Literaria. Montevideo, no 1, 7 de mayo de 1865, p. 1.

29 González Merlano, José Gabriel, « Varela y Vera. Dos visiones sobre la religión en la escuela », Anuario de Historia de la Educación, Montevideo, 2002, vol. 3, p. 25.

30 Géruzez, Eugène, Nouveau cours de philosophie, préface de Serge Nicolas, 1ere édition, Paris, L’Harmattan, 2007.

31 Ardao, Arturo, La Universidad de Montevideo. Ideas filosóficas y doctrinas políticas (1849–1886), Montevideo, Universidad de la República, 1951, p. 51.

32 Reyes Abadie et Williman, La economía del Uruguay en el siglo XIX, op. cit., p. 34-38.

33 Constant, Benjamin, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes. Discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819 [en ligne]. San Francisco : Internet Archive, 2016, consulté le 2 août 2025. URL : https://archive.org/details/ConstantBenjaminLiberteAnciensModernes1819

34 Le principismo fut un courant libéral uruguayen qui se développa à partir des années 1850, proposant un réajustement de la vie institutionnelle à partir d’une devise catégorique : « l’individu est tout, l’État n’est rien ». Il défendait la primauté de l’individu, la dévotion aux libertés individuelles et le culte de la raison, sur la base d’une morale civique fondée sur l’individualisme de la pensée spiritualiste. Oddone, Juan Antonio, El principismo del setenta: una experiencia liberal en el Uruguay, Montevideo, Universidad de la República, Facultad de Humanidades y Ciencias, Instituto de Investigaciones Históricas, 1956, p. 95-96. (Ensayos, estudios y monografías; VI).

35 Le conflit le plus important de cette époque fut la Révolution des Lances (1870-1872), l’une des guerres civiles les plus graves de l’Uruguay. Menée par le caudillo du Parti Blanc Timoteo Aparicio contre le gouvernement colorado de Lorenzo Batlle, elle éclata en protestation contre la prédominance colorada, qui excluait le Parti Blanc de toute participation au pouvoir. Elle fut ainsi appelée parce qu’il s’agissait du dernier conflit où l’on utilisa des lances, des couteaux et des bolas comme principales armes de combat. Elle mobilisa environ 16 000 hommes et dévasta une grande partie de la campagne. La guerre se conclut par la paix d’avril 1872, instaurant un régime de coparticipation politique entre les deux partis. Lockhart, Washington, Las guerras civiles, in Enciclopedia uruguaya, no 19. Montevideo, Editores Reunidos; Editorial Arca, 4 octobre 1968.

36 « Entre dos años », El Siglo, Montevideo, no 02723, 1 enero 1874, consulté le 21 septembre 2025. URL : https://archive.org/details/ElSiglo_1874-01-01_02723/mode/2up?q=siglos

37 Sociedad de Amigos de la Educación Popular, Instalación, estatutos y organización actual. Montevideo, Imprenta Tipográfica a Vapor de El Siglo, 1868, consulté le 19 septembre 2025. URL : http://www.autoresdeluruguay.uy/biblioteca/Carlos_Maria_Ramirez/lib/exe/fetch.php?media=saep.pdf

38 Gómez, Assia, « Los universitarios frente a la crisis », p. 456.

39 Arturo Ardao, « Prólogo », dans José Pedro Varela, Obras pedagógicas: La educación del pueblo, Montevideo, Biblioteca Artigas, Ministerio de Instrucción Pública, 1964, p. XXX–XXXIV.

40 Varela, José Pedro, La educación del pueblo, Tomo I, Montevideo, Tipografía de La Democracia, 1874, p. 47.

41 Varela, José Pedro, op. cit.

42 Mattos, Tomás de (ed.), Dossier de prensa de El Hombre de Marzo de Carlos María Ramírez [en ligne], Autores del Uruguay, consulté le 15 septembre 2025. URL : http://www.autoresdeluruguay.uy/biblioteca/ Carlos_Maria_Ramirez/lib/exe/fetch.php?media=dossier-prensa-hombre-marzo_1.pdf

43 Ardao (ed.), Obras pedagógicas, p. XXX.

44 Argone, Carlos, La ley de Educación Común de 1877: Análisis y juicio crítico, 1987.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Jessica Torres Quiroga, « Républicanisme et libéralisme en Uruguay la réception des modèles français dans le projet éducatif de José Pedro Varela (1865-1877) »Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En ligne], Colloques, mis en ligne le 10 décembre 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/nuevomundo/104107 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15d0e

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