Françoise Crémoux, Jean-Louis Fournel (dirs.), Idées d’empire en Italie et en Espagne, xive – xviie siècle, Mont Saint-Aignan, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2010, 266 p.
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- 1 Patrick Boucheron (dir), Julien Loiseau, Pierre Monnet et Yann Potin (coords.), Histoire du monde a (...)
- 2 Thomas J. Dandelet, La Roma española (1500-1700), Barcelona, Crítica, 2002. Cet ouvrage n’est pas é (...)
- 3 Si les auteurs sont Français, Espagnols et Italiens, aucun auteur latino-américain (ou anglo-saxon) (...)
1Jean-Louis Fournel (professeur au département d’études italiennes de l’Université Paris 8) et Françoise Crémoux (professeur au département d’Espagnol de la même université) ont réuni une série d’auteurs autour des différentes « idées d’empire en Italie et en Espagne » à la charnière entre Moyen Âge et Époque moderne. D’emblée, les coordinateurs de l’ouvrage reconnaissent la pluralité des approches, voire leur éclatement, et rejettent toute « unicité » ou « concept » d’empire. Les contextes, les discours, les usages appellent une « multiplicité des idées d’empire et des pratiques impériales ». Le fil conducteur de l’ouvrage est à chercher dans le cadre temporel et géographique : l’Espagne et l’Italie du xve au xviie siècle. Il est certain que ces délimitations, à première vue faibles, fournissent un cadre de réflexion problématique : entre continuité et changements, ce cœur du « long Moyen Âge » offre une série d’évènements qui questionnèrent les intellectuels, modifièrent durablement leurs représentations ainsi que la réalité du monde1. De plus, l’Italie et l’Espagne (des entités politiques et territoriales qui n’existaient pas à proprement parler) fournissent deux ensembles des plus intéressants et pertinents pour ce sujet. En effet, l’empire de Charles Quint (au cœur du sujet) comprend quasiment toute l’Italie et les rapports de la Monarchie hispanique avec la papauté sont cruciaux2. Par ailleurs, les contributions ne s’interdisent pas des détours (inévitables) par le royaume de France, l’empire germanique, et l’empire ottoman. Enfin, diverses échelles sont envisagées. Pour simplifier on notera : l’échelle « régionale », avec deux contributions sur le royaume d’Aragon ; l’échelle « nationale », sur l’Italie ou l’Espagne ; l’échelle internationale (la plus stimulante) avec des réflexions sur l’empire de Charles Quint, la question de l’empire universel, etc. Si dans le domaine espagnol, la question du Nouveau Monde est abordée à plusieurs reprises, il est regrettable qu’une seule contribution y soit spécialement consacrée3. La World history est évoquée dans les évolutions historiographiques présentées dans l’introduction (p. 9 et 17) mais la majorité des articles reste centrée sur des sujets européens et des visions européennes de l’empire. Saluons néanmoins la volonté de favoriser l’interdisciplinarité : on trouvera des historiens (un tiers des contributeurs) et des historiens de la littérature ou philologues (deux tiers).
2L’ensemble tient par sa cohérence autour d’une histoire politique et une histoire des idées de l’élite européenne autour de l’idée d’empire. En effet, plusieurs études portent sur la vie et l’œuvre d’un auteur en particulier (Mercurio Arborio de Gattinara, Guillaume Postel, Lope de Vega, Giovanni Botero, Campanella, etc.). Elles s’arrêtent chacune à leur façon sur les « quatre logiques différentes et complémentaires » (p. 10) de l’idée d’empire telles que définies dans l’introduction : juridique, religieuse, territoriale et historique. Les contributions sont regroupées dans trois parties, « Racines d’empire », « Pratiques impériales, pratiques royales » et « Empire spirituel, empire temporel ».
3Dans la première partie, Alain Michel (latiniste et philologue, membre de l’Institut) esquisse à grands traits les acceptions du mot « imperium » à différents moments de l’Histoire. Jean-Louis Ferrary (Historien de l’Antiquité, École pratique des hautes études) rappelle les usages et le sens de l’imperium chez les auteurs antiques, principalement à Rome, pendant la République puis le principat. Il montre que le terme sert progressivement l’affirmation d’un empire universel malgré une nette conscience que la réalité est autre (avec la concurrence de l’empire perse et les Parthes). L’idée d’un régime monarchique (le principat) repose sur l’immensité de l’empire et la nécessité d’exercer un contrôle militaire monocéphale : unité et universalité sont liées. Cet édifice idéologique est transmis jusqu’à la Renaissance et particulièrement par les Antiquaires. Diego Quaglioni (Professeur d’histoire de la pensée juridique moderne à l’Université de Trente) étudie les aspects du débat juridique entre Empire et monarchie à partir des auteurs médiévaux. Selon l’auteur, au Moyen-Age, l’empire est davantage une idée qu’une réalité. Néanmoins, les réflexions conduites autour de cette idée fournissent les fondements du pouvoir et participent à l’élaboration de la souveraineté : la doctrine sur l’empire est « un principe ordonnateur universel, c’est-à-dire comme garantie ‘souveraine’ d’un ordre juridique ancré dans l’idée de iurisdictio et d’exercice de la justice ». Les monarchies naissantes puisèrent dans ce principe au xive siècle. Patrick Gilli (professeur d’histoire médiévale à l’Université Montpellier 3) mène l’enquête auprès des juristes italiens du xve siècle sur l’Empire et ses rapports avec l’Italie et Rome. Il constate un phénomène de « nationalisation » de l’empire tant du côté italien que du côté allemand. Les humanistes italiens soulignent qu’un empereur allemand, affublé du titre de roi des Romains est une aberration alors que les juristes allemands formulent une « dé-romanisation » de l’empire devenu germain plus que romain.
- 4 Cette affirmation repose sur les analyses d’Antonio Maravall et de Menéndez Pidal deux auteurs cent (...)
4Dans la deuxième partie, Juan Carlos d’Amico (Maître de conférences en études italiennes à l’Université de Caen) rappelle que l’empire universel est bien présent dans l’horizon d’attente des hommes du xvie siècle. Il s’intéresse plus particulièrement à un homme d’action, le chancelier italien de Charles Quint, Mercurio Arborio de Gattinara, à sa conception et sa pratique politique de l’empire. D’une part, l’idée d’empire est pour Gattinara un outil de propagande, un faire-valoir face au pape et au roi de France. C’est également un outil de légitimation du pouvoir de Charles Quint, indissociable du providentialisme. Ainsi, l’empire universel n’est pas une fin en soi mais bien un symbole fort dans l’« imaginaire collectif chrétien » (p. 101) capable de susciter l’adhésion autour de Charles Quint. Pierre Civil (professeur au département d’Espagnol - Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3) étudie les « enjeux et stratégies de la politique impériale à travers les portraits de Charles Quint ». L’originalité de cet article repose sur le commentaire des doubles portraits de Charles et de son frère Ferdinand qui renforcent l’image dynastique et stable de l’empire. Produits davantage par Ferdinand, ces portraits célèbrent « le gouvernement politique, la mission de défense du catholicisme et l’union entre les familles régnantes » (p. 116). Les deux articles suivants abordent l’autonomie de l’idée d’empire dans le royaume aragonais. Paloma Bravo (Professeur à l’Université de Bourgogne – Centre interlangues) montre comment l’idée impériale est loin d’être exclusive à l’empire romain-germanique. En effet, l’idée impériale hispanique est très forte et fournit deux thèmes majeurs à l’historiographie castillane de la fin du XVIe siècle : le néo-gothicisme et le messianisme ; autrement dit, « la revendication du passé wisigothique et la croyance en un rôle messianique réservé à l’Espagne ». Cette historiographie se déploie dans un contexte intellectuel porté par plusieurs franciscains jaochimistes très présents en Aragon (et en Catalogne). En 1591, une insurrection anti-castillane survient à Saragosse et déclenche la publication de divers pamphlets associant l’idée d’empire au royaume d’Aragon. Ils élaborent un « mythe politique de fondation » qui exclut la Castille et glorifie le passé gothique de l’Aragon. Pablo Fernández Albaladejo (Professeur d’histoire moderne, Universidad autónoma de Madrid) étudie l’œuvre du juriste aragonais Pedro Calixto Ramírez, notamment un ouvrage de 1599 écrit à l’occasion de la venue de Philippe III dans le royaume d’Aragon. Calixto Ramírez propose également « une interprétation impériale du passé du royaume » (p. 154) ainsi qu’une intégration de la lex regia romaine dans les rapports entretenus entre le monarque et son royaume d’Aragon. En usant d’une série d’analogies avec l’empire romain, Calixto Ramírez dessine les liens entre l’empire de Philippe III et le royaume d’Aragon : le corps politique de ce royaume était clairement affirmé ainsi que le territoire aragonais comme « élément fondateur et inaltérable de la monarchie elle-même ». Françoise Crémoux propose d’analyser « l’idéologie impériale dans les pièces américanistes de Lope de Vega ». Le postulat de départ repose sur l’apparition d’une idée d’empire sui generis dans l’Espagne du xvie siècle avec la conquête des Indes Occidentales4. Françoise Crémoux souhaite évaluer la réception de cette nouvelle idée impériale à travers un médium qui prendrait en compte l’« opinion de la inmensa mayoría » (p. 175) : le théâtre de Lope de Vega. En effet, plusieurs pièces du dramaturge, écrites entre 1596 et 1625, traitent directement de l’Amérique : El Nuevo Mundo descubierto por Cristobal Colon, l’Arauco domado, l’auto-sacramental La Auracana et Brasil restituido. Ces pièces écrites dans des contextes historiques et politiques différents ont en commun de donner une image « post-Conquête » de l’Amérique : cent ans après la Découverte, soixante-dix ans après la Conquête du Mexique et entre vingt et quarante ans après les Ordonnances de pacification et de peuplement de 1573, Lope de Vega tire un bilan et évoque également l’actualité américaine. La notion d’empire est bien présente dans l’œuvre de Lope de Vega : d’une part, dans l’idée qu’il existe une continuité entre Reconquista et Conquista dont on déduit que l’Hispania a un destin particulier dans l’Europe chrétienne ; d’autre part, Colomb en nouveau Moïse et les Rois catholiques en empereurs conquérants montrent le lien « consubstantiel entre empire et conquête spirituelle » chez Lope de Vega. Au fond, l’œuvre de Lope de Vega ne s’écarte pas de l’opinion largement répandue et de la propagande « anti-Légende noire » : « c’est la conquête visant à la conversion qui fonde et légitime l’Empire » (p. 187). Françoise Crémoux relève pourtant un glissement de l’empire vers la monarchie chez Lope de Vega avec une dernière pièce consacrée à l’Amérique : El Brasil restituido (1625). Il semblerait que l’idée de « conservation » de l’empire face aux attaques des autres puissances étrangères cède le pas à la dynamique de Conquête de nouveaux peuples : « c’est bel et bien la monarchie qui de façon très claire incarne désormais la défense de la chrétienté et qui doit guider le navire de l’Eglise… » (p. 188). Cette chronologie de la représentation impériale de Lope de Vega et du rôle dévolu aux Indes occidentale est surprenante : dès Philippe II, le thème de la conservation était présent et encore au milieu du xviie siècle, une idéologie impérialiste existe à Madrid mais aussi chez des auteurs « américains » (par exemple, Solórzano Pereira, Salinas y Córdoba).
- 5 Romain Descendre, L'état du monde : Giovanni Botero entre raison d'état et géopolitique, Genève, Dr (...)
5La troisième partie, la plus courte, « Empire spirituel, empire temporel » étudie les regards que posent trois grands auteurs sur l’empire : le « Français » Guillaume Postel, les « Italiens » Giovanni Botero et Tommaso Campanella. Jean-François Maillard (Directeur de recherche à l’IRHT, Institut de recherche et d’histoire des textes du CNRS) fournit une étude très érudite de l’œuvre de Guillaume Postel, « vouée à l’annonce de la Restitution de toutes choses et de l’empire universel sous la conduite du pape angélique, [offrant] l’image sans doute unique de la symbiose qui s’opère entre l’humanisme érudit et la tradition prophétique antérieure. » (p. 198). L’article de Romain Descendre (Maître de conférences en études italiennes à l’École normale supérieure de Lyon), intitulé « Une monarchie ‘presque universelle’. Géopolitique de l’Empire dans les Relazioni universali de Giovanni Botero », évoque à grands traits ses excellents travaux sur l’œuvre de Giovanni Botero (1544-1617)5. Ce dernier est un personnage de la curie romaine, secrétaire successif de Carlo puis de Federico Borromeo, favorable à la Monarchie catholique et « anti-machiavélien » notoire. Il est surtout connu comme auteur des Relazioni universali et Della ragione di Stato, deux ouvrages qui concilient attente providentielle et pragmatisme dans une Europe régie par l’« équilibre des forces » (p. 218). Botero adopte une analyse lucide (une « realpolitik ») de la situation géopolitique européenne et mondiale tout en voyant « la main de Dieu derrière la constitution du plus grand empire que le monde ait jamais connu ». L’autre point essentiel est que Botero définit les empires d’après des critères objectifs « modernes » et non pas d’après des titres. Ainsi, l’empire romain germanique, éclaté et restreint, n’est pas à proprement parler un empire : « Seule l’effectivité de la puissance, déterminée notamment par l’extension des territoires possédés, pouvait constituer le critère d’une nouvelle hiérarchie internationale ». Botero élabore donc une série de critères définissant la puissance des Etats : géographie (Botero a une vision cartographique de l’espace, p. 224), système politique adopté, moyens mis dans la maîtrise des mers, etc. Ainsi, la Monarchie catholique peut prétendre au statut d’empire : elle constitue « un empire mondialisé tout à fait inédit » fruit de la Providence « pour compenser la perte des terres passées à la Réforme ». Reste qu’à la fin du xvie siècle, comme chez Lope de Vega, le temps n’est plus à la Conquête mais à la « conservation ». À ce sujet, Botero loue le « système impérial » ou la « monarchie composée » de l’empire hispanique qui depuis 1581 et l’Union des deux Couronnes inclut les possessions portugaises. Il milite donc pour une thalassocratie dans laquelle îles et archipels constituent des nœuds de communication et des appuis essentiels : les Açores et surtout les Philippines qui sont des points de jonction des espaces impériaux, face à la Chine, au Japon et aux musulmans. Enfin, Jean-Louis Fournel présente « les ambiguïtés d’une logique impériale » dans la pensée politique de Campanella. Si l’idée d’empire est centrale dans la pensée du Calabrais, Jean-Louis Fournel montre que le cas de la péninsule italienne reçoit un traitement particulier. Comme chez Botero, il existe une véritable géopolitique chez Campanella dans laquelle les territoires ont une consistance. L’Italie se trouve cernée entre une légitimité impériale issue de la papauté et de Rome, et un empire mondial de facto mené par le monarque hispanique. Au début du xviie siècle, la Monarchie catholique est selon Campanella l’outil qui permettrait de rassembler de manière universelle le troupeau des chrétiens. Dans les années 1620, les représentations et les choix de Campanella évoluent vers une reconnaissance du roi de France comme seul capable d’incarner l’empire. Jean-Louis Fournel montre que le cas du royaume de Naples oriente la réflexion de Campanella : celui-ci craint que Naples subisse le sort réservé aux Amériques fait de massacres et de spoliations. Par ailleurs, il voit dans le royaume de France une puissance montante qui garantirait l’« indépendance » des territoires italiens et notamment le passage du royaume de Naples à la papauté. Campanella imagine une nouvelle forme d’empire : la Monarchie du Messie centrée sur l’Italie assigne à l’Espagne et à la France des rôles précis, le tout formant un équilibre sous le contrôle universel du pape.
6L’ensemble de ses contributions apportera aux lecteurs la preuve de la variété des discours sur l’empire. Néanmoins, il reconnaîtra des leitmotivs comme la référence à l’empire romain, le providentialisme et les velléités particulières de s’arroger le titre ou son origine en Aragon, en France, à Rome, à Madrid ou à Naples : est-ce un paradoxe que l’impérialisme s’affirme dans le cadre de particularismes ? Il reste que l’empire est un formidable outil de légitimation politique à différentes échelles. Plusieurs contributions montre que l’empire n’est pas une simple question théorique pour les auteurs des xvie et xviie siècles. En effet, un Giovanni Botero (ou un Gattinara) prend acte de l’élargissement du monde et recherche des solutions politiques pratiques, pour dominer la planète, fondées sur l’impérialisme.
Notes
1 Patrick Boucheron (dir), Julien Loiseau, Pierre Monnet et Yann Potin (coords.), Histoire du monde au XVe siècle, Paris, Fayard, 2009.
2 Thomas J. Dandelet, La Roma española (1500-1700), Barcelona, Crítica, 2002. Cet ouvrage n’est pas évoqué dans les contributions.
3 Si les auteurs sont Français, Espagnols et Italiens, aucun auteur latino-américain (ou anglo-saxon) n’est présent.
4 Cette affirmation repose sur les analyses d’Antonio Maravall et de Menéndez Pidal deux auteurs centraux de l’historiographie espagnole du xxe siècle. L’idée de Maravall de la naissance d’un « imperio español nacionalista » est sans doute à reconsidérer… Pour une approche plus récente, voir par exemple : José Álvarez Junco , Mater Dolorosa. La Idea de España en el siglo XIX, Madrid, 2001 ; Serge Gruzinski, « Les mondes mêlés de la Monarchie catholique et autres “connected histories” », in Annales. Histoire, Sciences Sociales, 56e année, N. 1, 2001. p. 85-117. On peut également se référer au débat qui a eu lieu dans cette revue : Jean-MichelSallmann, « Les royaumes américains dans la Monarchie Catholique », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, Debates, 2005, [En línea], Puesto en línea el 08 febrero 2005. URL : http://nuevomundo.revues.org/431. Consultado el 27 enero 2011.
5 Romain Descendre, L'état du monde : Giovanni Botero entre raison d'état et géopolitique, Genève, Droz, 2009, 384 p.
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Référence électronique
Guillaume Gaudin, « Françoise Crémoux, Jean-Louis Fournel (dirs.), Idées d’empire en Italie et en Espagne, xive – xviie siècle, Mont Saint-Aignan, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2010, 266 p. », Nuevo Mundo Mundos Nuevos [En ligne], Comptes rendus et essais historiographiques, mis en ligne le 31 janvier 2011, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/nuevomundo/60828 ; DOI : https://doi.org/10.4000/nuevomundo.60828
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