Le Museu da Imigração à São Paulo est situé dans le bâtiment de l’Hospedaria de Imigrantes, qui était historiquement un centre d’accueil des immigrants.
© A. Delaplace
1Si la mission traditionnelle des musées reste fondamentalement centrée sur la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel pour les générations futures, ces institutions sont, cependant, de plus en plus confrontées à des enjeux politiques, sociaux, économiques et culturels. Lors des discussions sur la nouvelle définition des musées au sein de l’Icom, nous avons vu l’émergence d’un débat sur le rôle des musées comme lieu d’un dialogue critique sur le monde et de justice sociale. En outre, si les musées d’histoire proposaient jusqu’ici un récit narratif unique, généralement basé sur une vision officielle (appuyée par les élites et les autres institutions gouvernementales), aujourd’hui, la multivocalité, prônée par la muséologie sociale dès les années 1970-1980, est au centre des nouvelles expositions des musées d’histoire et de société. Cette tendance s’observe également dans les musées d’art.
2Dans le cadre de cet article, nous mettrons en lumière comment les musées deviennent des espaces communs du vivre-ensemble dans nos sociétés contemporaines fortement polarisées. Cependant, ce concept reste un défi pour que les musées intègrent les récits considérés comme ceux des « autres » (peuples autochtones, populations immigrées, autrement dit les minorités ethniques, raciales et culturelles) au grand récit national.
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- 2 Par exemple, en juin 2024, s’est officiellement constitué le Réseau des musées engagés, qui compte (...)
3Dans le contexte de la pensée postcoloniale, et suite aux différents mouvements de « décolonisation », les musées prennent conscience de la diversité des récits historiques ainsi que des différentes perspectives narratives qui peuvent cohabiter au sein de leur discours muséographique. Par ailleurs, les musées doivent composer avec des collections qui tiennent compte de la diversité culturelle. Il s’agit d’un des grands défis du monde muséal aujourd’hui. L’objectif serait donc de montrer comment les musées abordent la question de la représentation de « l’autre » 1, dans nos sociétés contemporaines, pour lutter contre toutes formes de discriminations et de racisme 2. Cet « autre » peut être l’immigré (thème de ma recherche doctorale) ou l’Autochtone, qui a été historiquement relégué à une catégorie d’altérité (notamment le mythe du bon sauvage) dès la « période des découvertes » au XVe siècle et renforcée par les processus coloniaux, créant donc un système d’exclusion, d’oppression et d’exploitation des différentes communautés autochtones sur tout le continent américain.
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4Les processus d’exclusion se développent dans nos sociétés contemporaines polarisées, divisées, fracturées par les « cultural wars » 3, à une vitesse effarante. L’exclusion est présente dès qu’il y a divergence des modes de vie ou des visions politiques distinctes. Les questions liées à l’immigration, aux minorités de genre ou à la reconnaissance du racisme systémique sont devenues des points de mésentente et de désaccords politiques et idéologiques.
5Cette situation devient plus difficile dans le contexte de fragilité économique que l’on observe depuis la pandémie de Covid-19 avec la hausse du coût de vie dans le monde causée par l’inflation et la précarisation du marché du travail. La question du logement est également devenue cruciale dans plusieurs grandes villes du monde (Montréal, New York City, Paris, Londres, São Paulo, entre autres).
6C’est dans ces perspectives que les musées d’histoire et de société peuvent jouer un rôle conciliateur et bienveillant en privilégiant une réconciliation dans nos sociétés fracturées. La muséologie de la réconciliation (Galla, 1995 ; Guzin-Lukic, 2001) présente des musées qui intègrent l’idée de réconcilier les différentes communautés multiculturelles et multiethniques.
7La muséologie sociale met l’accent sur la participation des différentes communautés et populations issues de territoires (Brulon Soares, 2015). Si on considère ce point de vue muséologique influent au Québec, nous pourrons passer à une analyse plus approfondie du sujet de notre recherche sur le concept du vivre ensemble dans les musées d’histoire et de société.
8Grâce à l’apport de la nouvelle muséologie, apparue dans les milieux spécialisés dans les années 1980, s’est constitué « un mouvement de contestation et de rénovation » dans le milieu muséal qui veut valoriser l’apport des sciences humaines et sociales ainsi que renouveler les modes de rapport traditionnels des établissements muséaux au public. L’objectif principal étant de mettre en place un renouveau des institutions muséales comme un instrument de développement participatif au service de la société.
- 4 La journée d’étude « Les musées comme espaces du vivre ensemble », organisée en avril 2024 au MEM – (...)
9La création d’un dialogue entre les différentes communautés qui composent nos sociétés contemporaines est, par exemple, au centre de nombreuses expositions dans les musées montréalais et québécois. Comme le souligne le Musée McCord Stewart sur son site Internet, l’exposition permanente serait « portée par l’espoir d’amorcer un dialogue pour une meilleure compréhension mutuelle », proposant ainsi « une véritable rencontre ». Ou le Musée de la civilisation, qui met en avant, sur son site Internet, la phrase « Vivre le monde… ensemble. » Ou encore le MEM – Centre des mémoires montréalaises : « Vous êtes l’histoire de Montréal, ensemble parlons de vous ! » (propos consultés en novembre 2023) 4.
- 5 L’art contemporain apparaît de plus en plus dans les musées ou expositions dédiées à la thématique (...)
10Les communautés concernées par ces expositions sont ainsi souvent placées au cœur même de la mission de ces institutions, en développant de nouvelles pratiques de création d’expositions centrées sur un processus participatif et polyphonique. L’objet muséal devient un support des récits et mémoires communautaires : objets ethnographiques, création contemporaine ou encore patrimoine culturel immatériel (danses traditionnelles, gastronomie, chansons, entre autres) se mélangent pour offrir au visiteur une vision plus intégrale du sujet traité. Leur caractère interdisciplinaire laisse apparaître très clairement l’aspect pluriel de nos sociétés contemporaines et le besoin d’analyser ce phénomène sous un regard multidisciplinaire mêlant ainsi histoire, anthropologie et art contemporain 5.
11La catégorie des musées d’histoire et de société qui traitent de la thématique de l’immigration date d’une quarantaine d’années. Leurs projets apparaissent à la fin des années 1970-1980 et constituent donc une catégorie récente de musées qui doit être analysée en raison de sa pertinence dans le contexte actuel.
12En tant qu’institutions mémorielles, les musées jouent un grand rôle dans la construction identitaire. Les représentations du passé et du patrimoine culturel local sont essentielles pour le développement de l’identité nationale ou régionale, qui peut passer par la transformation d’anciennes installations qui accueillaient les immigrés, par exemple Ellis Island à New York, en sites mémoriels qui mettent en scène leurs histoires. Avec cette patrimonialisation des mémoires d’immigrés, un nouveau discours sur l’immigration et l’identité se met en place : les mémoires souvent oubliées – un oubli volontaire parfois – trouvent leur place dans les musées et permettent de créer un récit narratif sur l’immigration à partir de récits personnels.
13Ce sont donc à la fois la nature des questions posées par ces musées dans leurs expositions permanentes et l’enchaînement des différents niveaux d’analyse interdisciplinaires qui guident la démarche de représentation de « l’autre immigré ».
La reconnaissance de l’apport des différents flux migratoires, de leur diversité et de la richesse des cultures d’origine ainsi que le droit à une « double appartenance » (culturelle et nationale, par exemple), est une des missions communes des musées de l’immigration.
14Pourtant, la mise en patrimoine de l’histoire de l’immigration reste un défi dans le paysage muséal international. Ainsi, plusieurs questions se posent : Qu’est-ce que le patrimoine de l’immigration ? Comment exposer l’immigration ? Les tentatives de représentation des immigrés reflètent-elles un paradigme national ?
15La reconnaissance de l’apport des différents flux migratoires, de leur diversité et de la richesse des cultures d’origine ainsi que le droit à une « double appartenance » (culturelle et nationale, par exemple), est une des missions communes de ces musées. Cette première étape de reconnaissance historique (et de la pluralité identitaire) permettrait donc de favoriser le sentiment d’appartenance au « nous » national et, ainsi, d’inclure et d’intégrer ces individus issus d’autres cultures dans l’identité nationale ou régionale.
16Les musées d’immigration sont non seulement responsables de la mise en place d’un discours qui valorise les apports de l’immigration mais sont aussi héritiers des musées de société par leurs questionnements sur la société elle-même et la mise en place d’une muséologie participative. Un autre point important à mettre en avant est le devoir de mémoire qui ouvre l’opportunité de mettre en discussion la thématique de l’immigration afin de déconstruire les préjugés et idées préconçues.
- 6 Nous avons choisi de présenter le cas de ce musée car il est relativement moins connu que d’autres (...)
17Nous allons nous focaliser sur l’étude de cas du Museu da Imigração de São Paulo 6 pour mettre en lumière les dynamiques et principes muséologiques en lien avec le travail de la mémoire locale et de l’identité régionale. Nous poursuivrons avec la mise en avant des différentes démarches participatives auprès des communautés d’origine immigrée. L’objectif de cet article est de montrer comment ce musée s’est transformé, depuis sa réouverture en 2014, en un centre de réflexion sur les migrations contemporaines et un espace de dialogue social.
- 7 Le mot hospedaria veut dire auberge en portugais, ce qui confirme cette vocation du bâtiment de lie (...)
18Suite à notre travail dans les archives du musée, nous pouvons dégager des pistes et formuler des hypothèses sur les raisons des transformations successives du premier projet de musée, en date de 1993 jusqu’à l’ouverture du Memorial do Imigrante en 1998. Ce dernier présentait un parcours muséographique axé sur l’aspect mémoriel du lieu, sur les récits narratifs des immigrés ayant passé par l’Hospedaria 7 ainsi que sur les différentes activités professionnelles exercées par les immigrés une fois installés en ville ou à la campagne. L’ancienne muséographie présentait même une reproduction en taille réelle d’une rue du centre ville de São Paulo (des années 1930) avec les petits commerces tenus par les immigrés.
19Selon Ana Maria Leitão, ancienne directrice du musée : « Le défi était de fournir une compréhension globale du phénomène des migrations humaines. Comme le dirait Gérard Noiriel, il s’agit de “changer la vision de la société et du pouvoir public sur les immigrés”. Nous avons compris que les musées devraient être des espaces de rencontre et de dialogue entre les associations d’immigrés et la société. L’objet d’étude des musées d’immigration les situe dans le contexte politique de la société organisée et, en tant qu’institutions culturelles, concentre le phénomène migratoire nécessairement dans le cadre de la culture. Cette perspective leur permet une compréhension globale du phénomène, ainsi qu’une plus grande capacité d’action avec les segments organisés de la société. » (da Costa Leitão Vieira, 2007 : 118).
- 8 Le bâtiment avait besoin de travaux de restaurations importants ainsi que d’une mise à jour des par (...)
20Le mémorial assumait ainsi un rôle social plus actif auprès des communautés d’origine immigrée à travers une valorisation de la mémoire locale et l’apport des immigrés dans la construction identitaire de la ville et de l’État de São Paulo. Le Memorial do Imigrante ferme officiellement ses portes en 2010. L’Hospedaria est ensuite entièrement rénovée 8 et une nouvelle équipe de professionnels a repris les activités du musée.
- 9 À São Paulo, les institutions muséales publiques sont gérées par des « organisations sociales » (OS (...)
21Entre 2010 et 2011, le Memorial do Imigrante a été pris en charge par l’organisation sociale (OS) 9 qui gère le Musée du Football. Pendant cette courte période, l’équipe de cette OS a organisé l’évacuation de la collection permanente du musée et sa « mise en réserve » spéciale pour le début des travaux du bâtiment historique. En juillet 2011, l’OS actuelle, qui gère aussi le Musée du Café à Santos, a pris en charge le reste de la restauration du bâtiment et la mise en place du nouveau projet muséographique. Parmi ces transformations, le musée laisse de côté le nom Memorial do Imigrante et devient Museu da Imigração do Estado de São Paulo.
Scénographie du Museu da Imigração de São Paulo (juin 2024).
CC-BY-SA 4.0 Joalpe
- 10 La Festa do Imigrante, qui a lieu chaque année à la fin du mois de mai ou début du mois de juin, ré (...)
- 11 Le Memorial do imigrante mettait déjà en avant le concept de cosmopolitisme comme étant un caractèr (...)
- 12 Des expositions telles que Direitos migrantes : nenhum a menos (2016) ou encore Costurando Dignidad (...)
22Depuis sa réouverture en mai 2014, à l’occasion de la Festa do Imigrante 10, l’exposition permanente du nouveau Museu da Imigração élargit la discussion autour de la thématique de l’immigration contemporaine sans perdre son objectif principal, qui est celui de montrer comment les différents apports culturels des immigrés font partie intégrante de l’identité régionale (paulista) et celle de la ville de São Paulo avec ses 18 millions d’habitants (ville cosmopolite, par excellence, dans le scénario national et, plus largement, de l’Amérique latine). Le cosmopolitisme est un concept qui sera fortement développé dans cette nouvelle muséographie 11 ainsi que dans les expositions temporaires. Ces dernières permettent aussi d’ouvrir la réflexion sur les migrations contemporaines au niveau national et international. Elles traitent, par exemple, de la thématique des réfugiés 12 en écho à la loi qui a été récemment votée sur le statut des réfugiés et immigrés au Brésil.
Dans son projet scientifique, le Museu da Imigração met en avant son rôle social et civique auprès des communautés immigrées mais aussi de celles qui l’entourent.
- 13 Les quartiers Brás et Mooca, où se situe le musée, sont des endroits de la ville qui ont été le thé (...)
23Un autre point important qui est renforcé dans le nouveau projet scientifique du musée est la question du « dialogue » avec les communautés qui entourent le musée : coopératives d’immigrés ainsi qu’associations et habitants du quartier, entre autres. La volonté de proposer un dialogue plus ample avec la « société » est clairement mise en avant : « Pour cela, nous devons considérer le plan plus large du musée, son univers de sens [son imaginaire], pour qui [il a été créé] et avec qui il dialogue.» (Expomus, 2014 : 11) Très clairement, le musée met en avant son rôle social et civique auprès des communautés immigrées mais aussi de celles qui l’entourent 13.
- 14 L’apport de Renata Motta lors de sa gestion en tant que Secretaria da Cultura, de 2011 à 2016, a be (...)
- 15 Marília Bonas, directrice du Museu da Imigração de 2011 à 2017, a aussi eu une influence importante (...)
24Le paysage muséal paulista a été très influencé par la muséologie sociale en cette période de rénovation et réouverture du musée, avec une politique de la Secretaria da Cultura do Estado de São Paulo 14 très marquée par une volonté croissante d’affirmation communautaire au prisme de la diversité socio-culturelle locale ainsi que d’une inclusion sociale des populations moins favorisées. C’est un des facteurs qui a fortement influencé la restructuration du Museu da Imigração et sa volonté de mettre en avant les dynamiques contemporaines liées aux flux migratoires dans la ville 15.
L’inclusion sociale a été une stratégie du musée qui, depuis son processus de création, a compris que l’appui des communautés – soit immigrées, soit des habitants du quartier –, était important pour fortifier le processus de mise en patrimoine des mémoires et des vestiges de l’immigration à São Paulo.
25Le musée partage aussi son espace physique avec l’association Arsenal da Esperança qui accueille des personnes en situation de risque ou d’exclusion sociale ainsi que des réfugiés. Fondée en 1996, cette institution occupe une partie du bâtiment historique qui abrite le Musée de l’immigration et offre refuge à 1 200 personnes en difficulté, en leur donnant un abri, de la nourriture et, surtout, du soutien pour leur insertion sociale. En quinze ans d’activités, elle a accueilli plus de 36 000 personnes. L’importance de l’échange entre ces deux institutions est fortement mise en avant dans le projet scientifique de 2014 : « Le musée et l’Arsenal travaillent ensemble sur une échelle de temps sans précédent. (...) L’Arsenal est très bénéfique pour le musée, de sorte qu’il reste vital et en permanence connecté à la réalité. Le musée représente une grande partie de ce dont un refuge social a besoin pour créer des conditions d’estime de soi et d’appartenance humaines. Il est donc fondamental d’explorer cette dynamique associative entre les deux institutions et de devenir un univers unique et perméable d’échanges sociaux et culturels. » (Expomus, 2014 : 11). Les échanges et projets communs, développés au long des années entre les deux partenaires, sont très riches, créant ainsi un lien étroit entre l’équipe éducative et les agents sociaux de l’Arsenal da Esperança.
26Un des projets réalisés en partenariat avec l’Arsenal s’appelle Projeto zona de contato (Projet zone de contact) et consiste en des visites hebdomadaires du musée par des personnes en situation de précarité. L’objectif est de créer un dialogue à partir de la visite des expositions et de les inviter à partager leurs expériences personnelles d’exclusion sociale. Ce projet est un exemple clair de la volonté du musée de se positionner en tant que plateforme ouverte au dialogue social et pour l’intégration du public au processus muséologique, dans le respect des savoirs et des expériences de vie.
27Le programme éducatif du musée regroupe aussi des actions destinées à d’autres groupes spécifiques, à savoir : les migrants, les personnes handicapées, les plus de 60 ans, les familles et les scolaires. L’objectif est de permettre l’accès de ces différents publics en créant des stratégies différenciées de médiation des contenus du musée.
- 16 Le cours en ligne A Hospedaria de Imigrantes e os tijolos do racismo estrutural no Brasil: Deslocam (...)
28Les échanges entre communautés et musée sont aussi au cœur des actions éducatives sur les réseaux sociaux en ouvrant le débat sur les thématiques récentes comme la pandémie de Covid-19 mais aussi les questions de déplacements et de migrations de communautés indigènes, par exemple 16. Le musée ouvre ainsi un volet de discussions importantes pour combattre le racisme structurel et les inégalités sociales au Brésil. Ces initiatives constituent un point de forte réussite des missions du musée qui ouvre ses portes à des thématiques d’inclusion sociale (Expomus, 2014).
29Cette dernière a toujours été une stratégie du musée qui, depuis son processus de création, a compris que l’appui des communautés – soit immigrées, soit des habitants du quartier ou de l’Arsenal –, était important pour fortifier le processus de mise en patrimoine des mémoires et des vestiges de l’immigration à São Paulo. L’apport des migrations contemporaines, souvent invisibles dans les représentations sur l’immigration au Brésil, reste alors très marqué dans les nouvelles stratégies de développement des collections du musée avec l’apport de l’histoire orale et les différents projets participatifs développés en continu par ce musée.
30En février 2024, j’ai eu l’occasion d’animer un workshop 17 dédié à la patrimonialisation de l’immigration qui proposait une réflexion autour des enjeux que représentent la collecte, la conservation, le classement, la valorisation et la transmission des archives et objets concernant l’immigration (et les différentes communautés immigrées). Ce workshop m’a permis de d’échanger sur ces questions avec un large public 18 et de voir que les discussions sur l’immigration sont aussi motivées par une volonté de mieux comprendre les mécanismes de construction d’un discours sur l’immigration, pour lutter contre les stéréotypes et préjugés véhiculés par les réseaux sociaux et les médias en général.
31En conclusion, nous pouvons affirmer que ce musée s’est reconfiguré en intégrant les principes et pratiques participatives empruntés au modèle de musée de société pour développer un dialogue participatif sur les questions contemporaines d’intégration sociale dans la ville, qui va beaucoup plus loin que la simple collecte de la mémoire de l’immigration. Le musée devient donc un acteur engagé socialement et un espace de critique des questions contemporaines à São Paulo.
32Cependant, si nous tentons de répondre à notre question initiale, est-ce que les musées sont porteurs d’accueil et d’intégration de populations en situation d’exclusion sociale, le résultat serait mitigé. Les musées peuvent effectivement apporter, grâce à leurs actions éducatives et sociales auprès de populations d’origines immigrées (ou non), un moment d’inclusion dans leurs activités. Cependant cet accueil est incomplet si les personnes ne sont pas aidées de façon continue, notamment avec des soins médicaux appropriés, auxquels le musée ne peut pas se substituer, bien entendu. Les activités muséales peuvent servir de soutien à l’action médico-sociale des autorités locales, mais elles ne pourront jamais remplacer les soins apportés par des professionnels habilités à les donner. En revanche, les musées d’immigration ont tout à fait vocation à venir en aide aux personnes en situation d’exclusion sociale grave.