1L’élaboration d’un projet professionnel continue d’être perçue chez de trop nombreux.ses lycéen.ne.s comme une contrainte nécessaire et anxiogène. Le projet est difficilement déconnecté des études et donc des résultats scolaires par la.le jeune, ses parents et le personnel enseignant. Cet ancrage scolaire ne favorise pas chez la.le lycéen.ne l’élaboration d’une réflexion décloisonnée et intégrée à son quotidien, et restreint son « univers des possibles ». Or, l’environnement extrascolaire est producteur de connaissances et participe de ce que Brougère nomme les « apprentissages informels », c’est-à-dire « des apprentissages fortuits sans volonté d’apprendre, où l’apprentissage est le résultat d’une rencontre, d’une situation qui n’a pas été programmée » (Brougère, 2016, p. 51).
2En effet, choisir un métier aujourd’hui encore, c’est se projeter dans des métiers connus, issus de notre environnement familial et social. On connaît le métier exercé par ses parents, sa famille, ses ami.e.s et le cercle proche. Les résultats scolaires permettent ensuite de dessiner et de préciser une trajectoire possible vers tel ou tel domaine avec plus ou moins d’aisance. Pourtant, on estime aujourd’hui à 60 % les collégien.ne.s qui exerceront un métier qui n’existe pas encore, ces métiers restant à imaginer en favorisant la créativité et l’adaptabilité. Comment alors continuer à se projeter en se basant uniquement sur les métiers d’aujourd’hui ?
3Enfin, c’est tout le paysage social qui est en train de muter, d’être « disrupté » par les innovations technologiques et les innovations d’usage (Baïdouri & Bensebaa, 2013). L’utilisation généralisée des smartphones permet d’avoir accès à tout type d’informations, à toute heure et en quasiment tout type de lieu. Les habitudes et les normes sont remises en cause par de nouveaux acteurs, en particulier ceux de la génération « Z » ultraconnectée, mais également très exigeante, les digital natives (Bennett, Maton, & Kervin, 2008). Cette génération de jeunes adultes commence d’ores et déjà à bousculer les rapports à l’entreprise et la notion de carrière (Jauréguiberry, 2014 ; Jauréguiberry & Proulx, 2011 ; Meyronin, 2014). Plus encore que les générations précédentes, elles.ils vont connaître un parcours professionnel aux facettes multiples, tour à tour en tant que salarié.e.s, indépendant.e.s, entrepreneur.euse.s, chômeur.euse.s, etc. (Enlart Bellier, & Charbonnier, 2014 ; Enlart & Charbonnier, 2013). L’activité professionnelle est ainsi amenée à devenir un outil d’émancipation qu’il sera nécessaire de maîtriser pour ne pas subir un travail qui deviendrait frustrant et précaire.
4Afin d’éviter le décrochage scolaire (Galand & Hospel, 2015) et de favoriser l’autonomie et le pragmatisme de chacun.e, il devient de fait important de former à la connaissance de soi et à la capacité à rebondir en dehors de la vision de débouchés trop dépendante de résultats scolaires et de crises économiques. D’ailleurs, de récentes études montrent que les compétences indispensables au xxie siècle évoluent. Ainsi, la pensée critique, la communication, la collaboration, la créativité, l’innovation et la capacité d’apprendre à apprendre seront particulièrement recherchées par les entreprises. Mais comment enseigner ces compétences indispensables demain de façon pragmatique et appliquée dès aujourd’hui ?
5Les usages en matière d’orientation, voire de réorientation, se trouvent de fait transformés à l’image de la société tout entière. L’empowerment (Bacqué & Biewener, 2015) ou le fait de devenir entrepreneur.euse de sa vie (Fayolle & Filion, 2006 ; Jeoffrion & Trappler, 2010) sont des axes pédagogiques à intégrer à la thématique plus large de l’orientation. Une quinzaine de start-up se concentrent aujourd’hui sur le secteur de l’orientation scolaire et professionnelle à travers des propositions diverses souvent liées au numérique. Mais la tendance actuelle est de segmenter une offre individuelle par rapport à une tranche d’âge ou à une catégorie sociale.
6L’objectif de cet article est de présenter un dispositif novateur d’aide à la construction du projet scolaire et professionnel, le projet « PAZAP » 2, fondé sur le numérique, la démarche participative (Jeoffrion, Hamard, Barré, & Boudoukha, 2014) et expérientielle (Karolewicz, 1998), et le renforcement de l’empowerment.
7Le concept PAZAP est né suite à l’expérience personnelle de Céline Chauvet, fondatrice du dispositif, qui, très jeune, a expérimenté le décloisonnement entre les métiers. Pendant des années, elle a eu l’occasion de rencontrer des professionnel.le.s de milieux variés et de faire des stages chez elles.eux. Elle a eu le plaisir de passer des heures ou des jours avec elles.eux, qu’elle.il.s soient artisan.e.s d’art, commerçant.e.s ou exploitant.e.s agricoles. Ces rencontres ont été de véritables découvertes, parfois des révélations, parfois aussi des déconvenues. Chacune a permis de poser des questions concrètes, de confronter des idéaux à la réalité, de ressentir des émotions et surtout d’avancer progressivement dans une réflexion scolaire et professionnelle. Cette pratique a été parfois maladroitement associée à de l’indécision alors qu’elle a été pour Céline source d’épanouissement personnel, d’apprentissage et de capacité de reconversion. Forte de ce constat, elle a souhaité partager et diffuser cet état d’esprit et le proposer aux autres.
- 3 . Le produit minimum viable (anglais : minimum viable product, MVP) est une stratégie de développem (...)
8À la suite de ce constat purement personnel, l’idée a été testée auprès d’un échantillon d’inconnu.e.s selon la méthode utilisée dans le monde des start-up : création d’un MVP (minimum valuable product) 3 : comment valider que la solution au problème rencontré solutionne le problème d’autres personnes.
9Les personnes contactées (n = 20) ont testé les quatre étapes du parcours qui sera présenté ci-dessous. Leurs réactions, leur intérêt et leur satisfaction ont permis de valider l’intérêt de la démarche et de passer à l’étape suivante visant à proposer ce service plus massivement.
10De nombreux services proposent aujourd’hui de l’information sur les formations et / ou des rencontres avec des professionnel.le.s. Les start-up existantes abordent cependant l’orientation de manière parcellaire en segmentant leurs cibles suivant des tranches d’âge ou des catégories sociales (jeunes de 16 à 25 ans, population en décrochage, etc.). Certaines d’entre elles proposent des applications innovantes centrées sur la personnalité et faites de tests et d’outils de découverte de soi, d’autres proposent un réseau social de professionnel.le.s sur lequel se rendre avec une idée préalable. Par exemple, JobIRL (Job in Real Life) est un réseau social d’orientation professionnelle visant à mettre en lien une catégorie socioprofessionnelle, les collégien.ne.s, lycéen.ne.s et étudiant.e.s de 14 à 25 ans, et les professionnel.le.s. Le.la jeune arrive avec une idée précise et un métier en tête pour contacter et échanger via une plate-forme collaborative avec la.le professionnel.le visé.e, voire la.le rencontrer. La proposition privilégie le parcours scolaire à envisager, à condition que la.le jeune ait déjà une idée du métier envisagé. Le logiciel Pass Avenir de la fondation JAE permet aux professionnel.le.s de l’orientation d’accompagner un.e usager.ère en face à face individuel ou groupal à élaborer son projet professionnel. Le.la formateur.rice adapte l’outil en fonction de son public et de ses objectifs. De fait, l’usager.ère n’est pas autonome et est souvent face a beaucoup d’informations théoriques sans pouvoir expérimenter par lui.elle-même ou avoir des rencontres directes avec les professionnel.le.s des métiers visés. La plupart des dispositifs existants sont aussi fondés sur une recherche « par élimination progressive » en entonnoir qui vise à réduire le choix des possibles au fur et à mesure. Dans un autre genre, le service Path Motion permet de mettre en relation collaborateur.rice.s et chercheur.euse.s d’emploi. Les candidat.e.s peuvent entrer en contact avec des salarié.e.s de l’entreprise qu’ils.elles souhaitent intégrer. Ce service ne s’adresse donc pas au jeune diplômé cherchant à s’orienter, mais à le.la chercheur.euse d’emploi qui souhaite s’assurer que l’organisation visée correspond bien à ses aspirations.
11La force de PAZAP est de développer une approche globale en s’adressant en particulier à celles et ceux qui n’ont pas vraiment d’idées ou qui ne savent pas comment les éclaircir. L’approche de PAZAP repose ainsi sur un modèle en trois dimensions :
12– moi : mieux me connaître (test de personnalité, motivation, intérêts, etc.) ;
13– mon environnement actuel : le comprendre, l’analyser (information, rencontres, enquêtes) ;
14– l’avenir : l’appréhender, l’imaginer (expérimentation, création, innovation).
15Au croisement de ces trois sphères se trouve pour nous le gisement d’opportunités qui constituent les métiers de demain.
16Le principe premier de PAZAP est de donner de l’inspiration aux usager.ère.s. Plutôt que de procéder par élimination, PAZAP propose de faire prendre conscience à celles et ceux qui cherchent leur voie professionnelle que l’avenir est fait d’opportunités à saisir et à provoquer. Si les métiers de demain sont à créer, ils naîtront bien d’une analyse, d’une écoute, d’une observation de la société et de ses besoins. PAZAP encourage cette prise de conscience. La curiosité, la recherche d’informations et la construction d’un réseau sont déterminantes dans la construction d’un parcours professionnel épanouissant et proactif.
17De plus, PAZAP propose une expérience autonome et indépendante de l’institution scolaire et incite ainsi l’usager.ère à s’impliquer dans l’expérimentation en l’accompagnant dans les différentes phases de son questionnement : oser s’inspirer > s’informer > aller expérimenter > savoir rebondir, cela dans une vision pédagogique à long terme.
18En effet, un des points importants de la vision PAZAP est de promouvoir une pédagogie durable permettant d’acquérir des automatismes utiles à chaque nouvelle transition professionnelle, transitions qui s’annoncent nombreuses. L’objectif est aussi de créer du lien entre différents utilisateur.rice.s dont le dénominateur commun n’est plus une catégorie sociale, une tranche d’âge ou un établissement scolaire, mais un intérêt pour un métier, un talent, et de participer ainsi à un système de socialisation plurielle et active (Beaumatin, Baubion-Broye, & Hajjar, 2010). PAZAP permet ainsi de créer une communauté de personnes engagées en dépit de la barrière géographique, générationnelle, organisationnelle : une personne en reconversion professionnelle à Strasbourg de 45 ans peut entrer en contact immédiatement avec une personne de 35 ans, responsable d’un gros festival à La Rochelle. PAZAP se concentre sur ce qui unit les personnes sur la base d’un intérêt commun et non sur ce qui les différencie.
19Le nom PAZAP a été retenu pour son double sens : une façon de suggérer le fait d’avancer pas à pas, d’aller de découverte en découverte à son rythme, étape par étape, mais également de pouvoir « zapper ». PAZAP repose sur le principe simple que découvrir par soi-même, sans engagement et régulièrement, une multitude de métiers, permet d’être à même, au fur et à mesure, d’identifier ses aspirations, ses motivations, ses zones de confort ou d’excellence. Trouver sa place dans le monde du travail et le long de son cursus de formation permet alors de motiver son parcours et de rester épanoui.e et performant.e sur le long terme. L’objectif via ce dispositif est de « décloisonner » la problématique d’orientation et de reconversion en abordant la question avec optimisme, en initiant de nouvelles pratiques en matière de parcours scolaire et professionnel, privilégiant la rencontre, l’expérimentation, l’autonomie et la capacité de reconversion future. PAZAP se situe clairement en complémentarité des autres services, dispositifs et offres en matière d’orientation.
20Ils.elles sont invité.e.s à oser « exprimer leurs rêves », et à se confronter à la réalité, en toute autonomie, sans jugement. Ils.elles peuvent envisager toutes sortes de projets, élargir leur champ des possibles, avant d’être peut-être adressé.e.s vers ce qui est possible ou considéré comme « d’avenir ». Ils.elles ont la possibilité d’échanger avec des professionnel.le.s qui ont une vision concrète et pragmatique de leur activité, de leur secteur et de leurs évolutions.
21Ils.elles sont invité.e.s à témoigner de leur activité au travers d’un questionnaire accessible sur le site Internet de manière à leur éviter de se déplacer. Dans un premier temps, ils.elles défendent ainsi leur savoir-faire et donnent un regard sur ses caractéristiques. Dans un second temps, ils.elles ont la liberté d’accepter ou de refuser des rencontres en fonction de leur emploi du temps.
22Le rôle des parents est primordial. La représentation qu’eux-mêmes ont des métiers à exercer ou à ne pas exercer est un véritable enjeu au-delà de la question scolaire. On sait que les parents ont bien souvent le dernier mot en matière de choix d’orientation. Il est donc important de les intégrer au dispositif, et ceci en leur permettant d’intervenir, de valoriser leur propre savoir-faire en tant que professionnel.le.s, en les invitant à prendre conscience que témoigner est déjà un levier simple et efficace pour participer à leur échelle à l’enrichissement de l’outil. Les parents peuvent également fournir à leur enfant une information vers un dispositif qui lui permettra d’être actif.
23Ainsi le rapport adolescent.e / parent / professionnel.le est-il exploité par PAZAP, car la représentation d’un métier est souvent biaisée par l’affect qui lie l’adolescent.e au métier d’un.e proche. Or, la somme des témoignages d’une communauté d’inconnu.e.s volontaires peut paraître plus fiable au jeune que l’aide d’un parent dans la définition d’un parcours.
24Les professionnel.le.s de l’orientation disposent d’un outil leur permettant d’échanger à partir de ressentis concrets, fondés sur des recherches, sur des événements, sur des rencontres et peuvent alors aider leurs interlocuteur.rice.s à construire leur parcours de façon tangible et documentée. Ils.elles retrouvent leur valeur ajoutée d’accompagnateur.rice.s, dans un rôle d’échange et d’analyse.
25Pour être en phase avec les usages de la cible jeune et adulte de plus en plus mobile, exigeante et perçue comme « zappeuse », le numérique s’est imposé au travers d’une web application accessible sur mobile, tablette et ordinateur. De cette façon, aucun usage n’est privilégié, et tous les utilisateur.rice.s, quel que soit leur niveau d’équipement, sont invité.e.s à utiliser le dispositif. En parallèle, un site permet de faire connaître l’application mais également de rester en lien avec les utilisateur.rice.s au travers d’articles, de reportages, de contenus abordant différents aspects et thèmes clés.
26Quatre objectifs sont visés par PAZAP :
27– inspirer : une inspiration collective est suscitée via le blog, des reportages sont proposés sur des métiers méconnus, en disparition, originaux, etc., et une inspiration individualisée et créative via le parcours interactif sur le site ;
28– informer : l’information s’exerce via les témoignages de professionnel.le.s consulté.e.s au cours du parcours interactif ;
29– expérimenter : l’expérimentation se fait à partir de la rencontre d’un.e professionnel.le dans son environnement ;
30– anticiper : il s’agit de favoriser la proactivité en étant à l’écoute des évolutions du monde du travail, de l’entreprise, des métiers, en encourageant l’esprit d’entreprise, le passage à l’action, en pérennisant une méthode agile de recherche active et positive concrète.
31Classiquement, l’utilisateur.rice doit créer un compte afin d’accéder au service. Des informations personnelles basiques sont nécessaires à son inscription (nom, prénom, âge, courriel et code postal).
Figure 1. Création d’un compte
Figure 1. Creation of an account
- 4 . La communication virale est une technique ayant pour objectif d’étendre l’information et / ou l’u (...)
32Afin de faire grossir la communauté, nous demandons à chaque utilisateur.rice d’inviter un.e ou des professionnel.le.s de son entourage afin de les convier à témoigner sur leurs métiers. Cette étape est déterminante dans la création d’actions de « communication virale » 4.
33À sa première connexion, l’utilisateur.rice suit l’explication des options qui lui sont proposées. Il.elle est guidé.e dès le départ afin de bien comprendre le fonctionnement global de l’application.
34L’accueil. L’utilisateur.rice commence son « parcours découverte » à partir du menu « Accueil ». Pour le moment au nombre de trois (Trier / Explorer / Agiter), d’autres propositions sont en cours d’élaboration.
Figure 2. Menu Accueil
Figure 2. The Home Menu
35Trier. L’utilisateur.rice va pouvoir sélectionner parmi une centaine de photos celles évoquant un univers dans lequel il.elle pourrait se projeter, s’imaginer, se voir évoluer professionnellement. Il.elle peut également éliminer les photos qui ne lui « disent rien ». Il est question ici d’identifier les atmosphères par lesquelles il.elle peut être attiré.e sans qu’il soit question d’un métier en particulier en faisant abstraction des résultats scolaires, des formations ou du cursus.
- 5 . Une quarantaine d’entretiens semi-directifs a été réalisée auprès de lycéen.ne.s et de parents su (...)
36Ce dispositif a été développé en partenariat avec des étudiant.e.s de master de la faculté de psychologie de Nantes dans le cadre d’un travail sur la représentation des métiers 5.
Figure 3. Option « Trier »
Figure 3. Option « To Sort »
37Explorer. Pour ceux.celles qui savent déjà dans quel secteur d’activité se diriger, l’arborescence permet de découvrir les métiers que PAZAP recense d’une façon ciblée. La présentation de ces métiers résulte d’une succession de témoignages recueillis auprès des professionnel.le.s.
Figure 4. Présentation d’un métier
Figure 4. Presentation of a job
38Agiter. Pour laisser la place au jeu et au hasard de la découverte, l’application PAZAP met à profit l’accéléromètre du smartphone afin de recevoir des propositions de métiers tirées aléatoirement : l’utilisateur.rice agite son téléphone et se voit proposer un métier extrait au hasard dans la base. De cette façon, on découvre des métiers dont on ne connaît pas forcément l’existence et qui peuvent être situés en dehors de son contexte social et familial.
39Cette étape est le point de départ qui permet de s’éloigner des codes habituels en proposant de suivre ses aspirations et sa curiosité sans se soucier des résultats scolaires, des préjugés, d’avis parentaux ou autres. C’est une étape de liberté et de diversité.
- 6 . Cette liste n’est pas exhaustive et ne propose que les métiers présents dans la base de données P (...)
40À l’issue de l’étape précédente et des trois options de l’accueil, PAZAP soumet à l’utilisateur.rice une liste de métiers à découvrir, correspondant aux informations sélectionnées 6. Le principe est d’attiser la curiosité et de faciliter l’accès à une information subjective (liée aux témoignages) et actualisée.
Figure 5. Propositions de métiers à découvrir
Figure 5. Proposals of trades to discover
41Les informations. Les témoignages de professionnel.le.s. sont recueillis via un « formulaire témoignage » accessible sur le site Internet. Ils documentent les propositions faites. Pour un même métier, plusieurs professionnel.le.s. peuvent avoir donné leurs visions et mettent en évidence les perceptions qu’ils.elles ont de leurs activités. Un avantage pour l’un.e peut être présenté comme un inconvénient pour l’autre. À l’issue de la lecture, l’utilisateur.rice peut éliminer le métier, passer au suivant ou le sélectionner via le bouton « j’aime » afin d’aller plus loin dans la découverte.
42Les rencontres. En cliquant sur « j’aime », l’utilisateur.rice souhaite aller plus loin, à la rencontre d’un.e professionnel.le exerçant l’activité sélectionnée. Il.elle va pouvoir poser des questions, voir son environnement de travail, etc., afin de se confronter à ses attentes et à ses représentations. Aujourd’hui, les rencontres sont individuelles, mais l’objectif est de créer de petits groupes ciblés pour optimiser le temps passé par la.le professionnel.le. La qualité et la diversité des échanges seront également améliorées via ces rencontres où le dénominateur commun est l’intérêt pour un métier et non pas la tranche d’âge, l’établissement scolaire, la zone géographique, etc.
43Les visites. Le site fait l’intermédiaire entre l’utilisateur.rice et la.le professionnel.le. visé.e afin d’organiser une rencontre. Le.la professionnel.le sollicité.e reste libre de refuser ou d’accepter la demande, il.elle est libre d’accueillir de deux à neuf visiteurs. En amont de la rencontre, chaque participant.e reçoit des documents d’aide à la visite (recherches et préparation de questions durant la rencontre) et une convention (rôles et responsabilités, contrat d’assurance, etc.). Les informations de visites programmées ou en attente sont présentes dans l’application pour que l’utilisateur.rice s’en souvienne. Il reçoit également des rappels.
44À la fin de la visite, il y a trois possibilités.
45L’utilisateur.rice se prononce sur les caractéristiques du métier rencontré ; il fait glisser d’un côté ou de l’autre de l’écran chacune des caractéristiques correspondant au métier, en fonction de ce qu’il.elle a aimé ou non. À partir de ces nouvelles informations, de nouvelles propositions lui sont faites. L’utilisateur.rice est ainsi pris.e dans une boucle vertueuse de découvertes personnalisées.
46Il.elle fait le choix d’approfondir et de rencontrer un.e professionnel.le exerçant la même activité dans un autre type d’entreprise.
47Il.elle souhaite connaître les formations, cursus, écoles, etc. correspondant au métier visité pour documenter son projet.
- 7 . Le Community management consiste à gérer, à superviser sa réputation sur Internet et à animer les (...)
48Anne a été la toute première utilisatrice de PAZAP en allant au bout du processus via des rencontres avec plusieurs professionnel.le.s. Elle travaillait dans la « communication » et voulait évoluer dans le marketing sans trop percevoir les spécialisations possibles. Profitant de son congé maternité, elle a donc utilisé les fonctionnalités de découverte et a lu des témoignages de professionnel.le.s. du webmarketing. Elle a rencontré deux professionnel.le.s. différent.e.s : Elsa fait du webmarketing et du community management 7 en indépendante, tandis que Timothée exerce cette même activité au sein d’une grosse start-up nantaise qui est présente sur le Web et qui a une utilisation particulièrement innovante du webmarketing. Anne a ainsi eu la possibilité de percevoir deux façons d’exercer le métier dans des structures radicalement différentes en taille et en enjeu. Ces rencontres lui ont permis de se positionner sur ce qui serait susceptible de lui convenir le mieux en fonction de ses propres appétences et l’ont aussi conduite à s’informer sur des formations et sur la réputation de ces formations du point de vue des entreprises. Anne a pu poursuivre son congé maternité en se projetant vers sa prochaine étape professionnelle.
49Freddy, 34 ans, était au chômage. Il voulait lui aussi travailler « dans le Web », peut-être le webmarketing, et il a découvert l’existence du métier de chef de projet dans une agence de développement Web en allant à la rencontre de Laure, chef de projet. Il s’est aperçu que ce qu’il cherchait correspondait beaucoup mieux à ses intérêts et a ainsi pu réorienter ses recherches d’emploi dans ce sens et se tourner vers un poste qui n’était pas du tout dans son champ de recherche, alors même que ce métier ouvre aujourd’hui de nombreuses perspectives.
50Anaël, 19 ans, est en terminale littéraire. Elle hésitait entre plusieurs métiers différents : « entrepreneuse », « institutrice » et « psychologue clinicienne ». Elle a rencontré Caroline, entrepreneuse, Nathalie, professeure des écoles en primaire et Laetitia, psychologue spécialisée en clinique et pathologie. Suite à ces trois rencontres, elle a définitivement opté pour le métier de professeure des écoles. Il lui a été proposé de rencontrer d’autres professeur.e.s des écoles, mais elle a gagné en autonomie grâce à cette expérience et a décidé de continuer ses explorations sur ce métier-là en autonomie.
51La volonté de PAZAP est d’être un outil accessible en toute autonomie pour les utilisateur.rice.s volontaires qui souhaitent construire leur projet professionnel progressivement. C’est aussi une offre complémentaire mise à disposition des professionnel.le.s. de l’orientation, dont les entretiens en face à face sont enrichis et dynamisés par des expériences concrètes rendues possibles par PAZAP. Le positionnement de PAZAP permet également de rassembler les utilisateur.rice.s peu volontaires ou réfractaires aux offres classiques existantes.
52Dans l’immédiat, l’outil ne repose pas sur des bases strictement scientifiques. L’ambition de PAZAP est cependant de se développer dans cette voie tout en gardant une forme ludique et attractive. Les données numériques récoltées pourraient par exemple nous permettre d’établir des liens récurrents entre certains types d’utilisateur.rice.s et de parcours en rapport avec l’âge, la localisation, l’environnement familial, etc.
53Cet outil numérique est évidemment voué à être amélioré et enrichi, à gagner en ergonomie, en esthétisme et en variété. La volonté est de mettre à profit les usages des réseaux sociaux très répandus aujourd’hui et qui constituent un véritable capital social et informationnel au service d’une problématique d’orientation, qu’il s’agisse de jeunes ou de personnes en réorientation.
54L’application est en ligne depuis le début du mois de novembre 2015 et a déjà regroupé 670 inscrit.e.s. Suite aux premières rencontres entre utilisateur.rice.s et professionnel.le.s., nous prenons en compte avis et critiques afin d’améliorer la qualité de l’expérience de ces utilisateur.rice.s.
55En amont de la sortie de l’application, le site Internet a depuis plusieurs mois permis de récolter quelque 140 témoignages de professionnel.le.s. issu.e.s de secteurs et d’activités divers et variés. Dans la mesure où de nombreux métiers naissent et que leurs intitulés varient, nous essayons de nous concentrer sur le contenu en dehors de tout esprit normatif. Pour stimuler la participation des professionnel.le.s., la mobilisation des réseaux et fédérations de professionnel.le.s. joue un rôle aussi important que les recommandations faites par les utilisateur.rice.s lors de leur inscription.
56Nous avons aussi organisé une vingtaine de rencontres concrètes à Nantes, à Strasbourg et à Paris auprès d’un public mixte orientation / reconversion comprenant femmes et hommes entre 15 et 45 ans.
57In fine, PAZAP incite l’adolescent.e et la.le jeune adulte à envisager la découverte des métiers comme un loisir actif, pour ensuite faire le choix d’une carrière qui réponde au mieux à ses attentes. Le fait de passer par une « application » sur smartphone permet d’en faciliter l’accès et de rendre la.le jeune autonome dans l’élaboration de son projet qui est ainsi d’autant mieux intégré dans son quotidien. Le dispositif aide aussi les adultes en reconversion professionnelle à réfléchir sur d’autres débouchés jusque-là peut-être restés « en sourdine ». Trouver une activité qui nous corresponde et nous motive donne du sens à notre vie (Bernaud & Lhotellier, 2015) et participe de notre santé physique et psychique (Linhart, 2008). Dans la mesure où le choix d’un métier et la carrière se réfèrent aujourd’hui à l’incertitude, à l’imprévisibilité, à l’insécurité, à la mobilité accrue, au travail autonome et à temps partiel (Bujold & Gingras, 2000), PAZAP s’inscrit clairement en complémentarité des autres dispositifs existants, favorisant notamment les transitions professionnelles (e.g. Jacquin & Juhel, 2013). On montre enfin et aussi l’intérêt de partenariats établis entre professionnel.le.s. et enseignant.e.s-chercheur.euse.s qui participent de l’élaboration de dispositifs et de recherches-actions « socialement utiles ».