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Partie II. Étude Archéologique
Les autres registres d’activité au Landry

Chapitre 19. Bilan techno-économique

Techno-economic overview
Michel Brenet, Julie Bachellerie, Émilie Claud and Quentin Villeneuve
p. 424-426

Abstracts

The Landry industry revealed a multifaceted economy of procurement and exploitation of lithic raw materials related to the diversity of raw material sources solicited and their properties, as well as the plurality of production and use patterns for domestic and hunting tools.

Senonian flints, from local or neighboring sources, were the most abundantly exploited to produce domestic tools on blades, bladelets, or flakes and for hunting tools on bifacial pieces. Scrapers, perforators, and burins, among others, were produced and consumed locally, while some of the blades and foliate pieces made in situ were exported for later consumption.

Other siliceous stones (in very small numbers) came from more distant sources and were imported as matrixes to shape points and other foliate pieces or blade tools for use on-site. Some of these distantly sourced flint artifacts appear to have transited through the site after their use and/or refurbishment.

The hard stones, often metamorphic, were selected and exploited in various ways that differed from those of flint. Large blocks were brought in to construct the camp or were used as passive macro-tools that were sometimes modified. Less voluminous quartzite or metadolerite modules were knapped or shaped. Numerous quartzite cobbles were selected and used as percussion tools or for heating purposes. A schist slab and a dolerite cobble were skillfully engraved with figurative and geometric images. Finally, the presence of lustrous quartz gravels raises the question of the transformation and/or use of these small elements for activities other than subsistence-related ones.

The chronology, content, and hierarchy of the provenance, circulation, and use of these materials and artifacts are difficult to determine, as is true for the import or passage of extra-regional flint pieces. It would appear that the Solutreans of Landry perfectly mastered the lithic resources available in their immediate environment and showed great foresight regarding the materials they acquired during their travels and/or exchanges with other human groups.

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Full text

1Au sein de l’assemblage lithique du Landry, les composantes numériques et pondérales différenciées des artefacts en silex et en autres roches sont significatives de sources, de modes d’acquisition et de projets respectifs, spécifiques ou complémentaires. Les silex sont les plus nombreux, ils ont été apportés sous formes de nodules ou de supports de petites dimensions (moins de 19 cm de longueur et moins de 1,4 kg) ; ils forment 82,5 % (N = 10 455) des effectifs de l’industrie (N = 12 679) et 15,6 % (167,5 kg) de son poids total (1073,5 kg). Les roches tenaces, minoritaires en effectifs, ont été introduites sous formes de galets et de blocs de volumes très variés (de 3,5 à 46 cm de longueur, pour des poids dépassant parfois 20 kg) ; elles forment 17,5 % (N = 2224) des effectifs et 84,4 % (906 kg) du poids de l’ensemble.

2De fait, la composition quantitative et qualitative de l’industrie du Landry a révélé une économie multiforme d’acquisition et d’exploitation des matières premières lithiques tant par la diversité des sources de matériaux sollicités et leurs propriétés – silex et autres roches – que par la pluralité des schémas opératoires de facture – débitages et façonnage – et d’utilisation – découpe, raclage, perçage, percussion, broyage, projection, impact – des outils domestiques et cynégétiques (fig. 345 et 346).

Figure 345. Schéma synthétisant les modalités de gestion de l’industrie en silex en fonction des différentes chaînes opératoires (façonnage, débitage lamino-lamellaire, débitage d’éclats). Ces activités de production sont mises en relation avec le fonctionnement/consommation des supports et outils produits. DAO J. Bachellerie.
Diagram summarizing the organisation of the Landry lithic assemblage in terms of the various production sequences (shaping, blade and bladelet debitage, flake debitage). These production activities are linked to the use and life-cycles of the blanks and tools produced. CAD J. Bachellerie.

Figure 345. Schéma synthétisant les modalités de gestion de l’industrie en silex en fonction des différentes chaînes opératoires (façonnage, débitage lamino-lamellaire, débitage d’éclats). Ces activités de production sont mises en relation avec le fonctionnement/consommation des supports et outils produits. DAO J. Bachellerie. Diagram summarizing the organisation of the Landry lithic assemblage in terms of the various production sequences (shaping, blade and bladelet debitage, flake debitage). These production activities are linked to the use and life-cycles of the blanks and tools produced. CAD J. Bachellerie.

Figure 346. Schéma synthétisant les activités de production et de consommation en roches tenaces autres que le silex. DAO J. Bachellerie.
Diagram summarizing the production and use of non-flint raw materials. CAD J. Bachellerie.

Figure 346. Schéma synthétisant les activités de production et de consommation en roches tenaces autres que le silex. DAO J. Bachellerie. Diagram summarizing the production and use of non-flint raw materials. CAD J. Bachellerie.

3Les silex sénoniens, provenant des formations alluviales locales ou voisines, ont été les plus abondamment exploités pour les supports destinés aux outils domestiques produits par débitage lamino-lamellaire, par débitage d’éclats et pour l’équipement cynégétique issu du façonnage bifacial. Grattoirs, perçoirs, burins, entre autres, ont été aménagés plus ou moins soigneusement et consommés sur place alors qu’une partie des lames – transformées ? – et nombre de pièces foliacées réalisées in situ ont vraisemblablement été emportées hors du site pour une consommation différée, en témoigne l’importante quantité de feuilles de laurier fracturées en cours de façonnage.

4D’autres silex exploités – en effectifs très réduits par rapport aux silex sénoniens (moins de 2 % de l’assemblage) – proviennent de sources plus lointaines et ont été apportés sous formes de matrices destinées au façonnage bifacial in situ, de pointes et de pièces foliacées déjà abouties, ou de grattoirs sur lame qui ont été utilisés sur place. Généralement de très bonne qualité, ces matériaux diversifiés proviennent de la région de Bergerac, de Fumel, mais aussi des zones plus éloignées de Haute Saintonge, de la région du Grand-Pressigny, du Sancerrois ou de la vallée du Nahon. Ces matières premières sont parfois présentes sous la forme d’un ou deux exemplaire(s). Les supports laminaires confectionnés aux dépens de ces matières premières et retrouvés au sein du site semblent avoir été importés sous forme de lames brutes ou retouchées (si l’on considère l’absence de nucléus et de déchets de production associés). Certaines des pièces façonnées – feuilles et pointes – en silicite de provenance lointaine semblent n’avoir fait que transiter sur le site à l’état fini ou semi-fini. Si l’on considère en particulier les feuilles de laurier et les éclats de façonnage bifacial, certains exemplaires auraient été simplement réaffûtés sur place ou utilisés avant leur fracturation puis abandonnés.

5De manière générale, l’outillage lié à la sphère domestique semble davantage répondre à des besoins immédiats, ce dont atteste la grande quantité de ces outils ayant livré des traces d’utilisation ; tandis que les pointes lithiques solutréennes associées à la sphère cynégétique évoquent davantage une production et un usage différés dans le temps et l’espace. Ainsi les traces d’utilisation sont nettement plus importantes pour les outils de transformation où, à titre d’exemple, la quasi-totalité des grattoirs mis au jour ont livré des évidences d’utilisation dans les activités de consommation menées sur place. À l’inverse, sur la centaine de feuilles de laurier mise au jour, un très faible nombre d’exemplaires (N = 3) présente des traces d’utilisation, ce qui s’explique par la forte quantité de pointes foliacées fracturées en cours de façonnage. Les exemplaires achevés et fonctionnels n’ont pas été retrouvés, suggérant leur exportation en dehors du gisement. Les schémas opératoires de production de ces outils ne sont pas représentés de manière égale, avec un net déficit des pointes lithiques achevées par opposition aux outils de transformation.

6Aussi, bien que présents en quantité moins importante que l’outillage de transformation, les outils « solutréens » (pointes à cran et feuilles de laurier) semblent faire l’objet d’un plus grand soin dans les techniques de taille employées (retouche par pression plus fréquente, traitement thermique uniquement de certaines feuilles de laurier).

7Par opposition aux outils de transformation, la confection des pointes lithiques solutréennes semble ainsi répondre à des objectifs techno-économiques distincts, ainsi qu’à une fragmentation spatio-temporelle de la production déjà révélés par de précédents travaux (Renard, Geneste 2006 ; Renard 2012 ; Renard, Ducasse 2015 ; Renard 2013 ; Renard, Ducasse 2015 ; Ducasse et al. 2019a).

8Les roches tenaces, souvent d’origine métamorphique, ont par ailleurs fait l’objet de modes de sélection et d’exploitation très variés et différenciés des silex. Ces roches ont été collectées en majorité dans les alluvions locales de l’Isle et stockées aux abords du gisement.

9De très gros blocs ont initialement été apportés pour l’agencement initial du campement ou utilisés comme macro-outils passifs – billots ou enclumes – et parfois aménagés. De nombreux galets de quartzite ont été sélectionnés et utilisés comme outils percutants ou comme éléments pour des activités de chauffe. Des modules moins volumineux de quartzite ou de méta-dolérite ont également été façonnés ou débités pour la production d’éclats tranchants. Les modalités d’obtention de ces outils et supports d’outils sont relativement sommaires mais variées, et témoignent en partie d’une recherche de supports prédéterminés. Cet outillage en roches tenaces atteste de modes de fonctionnement divers en percussion directe (activités de boucherie, entaillage de matières dures animales, concassage d’os, entretien et mise en forme d’abraseurs) et indirecte (travail du bois et de l’os), pouvant parfois impliquer un travail sur enclume (sur blocs de dolérite notamment). L’équipement en roches « tenaces » apparaît complémentaire de l’outillage en silicite avec des modes de fonctionnement parfois communs (par ex. découpe de matières tendres à mi-dures de type carné) mais ne fournissant pas le même degré de précision et de force.

10En plus de la production de supports et d’outils en roches tenaces, une plaquette de schiste fragmentée et des dolérites ont fait l’objet de gravures figuratives et géométriques très soignées. Le gabarit de la plaquette de schiste gravée suggère une sélection particulière du volume initial, impliquant une recherche plus marquée que pour les autres roches dites « tenaces ». Les gravures auraient été menées au sein du gisement, l’étude fonctionnelle ayant par ailleurs identifié des activités de rainurage sur matières minérales (5 éclats, lames et lamelle brutes, 1 grattoir-burin). Enfin, la présence de graviers de quartz lustrés pose la question des modalités de transformation et/ou d’utilisation de ces petits éléments lithiques pour des activités ne relevant peut-être pas des nécessités de subsistance.

11La chronologie, la teneur et la hiérarchisation des modalités de provenance, de circulation et d’exploitation de ces matériaux et artefacts sont encore parfois difficiles à préciser, comme pour l’importation de pièces en silex extra-régionaux et les passages de quelques pièces foliacées identifiées par la présence d’éclats de façonnage. Néanmoins il apparaît que les Solutréens du Landry ont fait montre d’une grande capacité de gestion des ressources lithiques disponibles dans leur environnement immédiat ou voisin, mais aussi d’anticipation et de mise en réserve de matériaux singuliers qu’ils ont pu acquérir au cours de leurs déplacements et/ou d’échanges avec d’autres groupes humains (Aubry et al. 2007 ; Renard 2012, 2013 ; Mangado Llach et al. 2013 ; Renard, Ducasse 2015 ; Ducasse et al. 2019a).

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Title Figure 345. Schéma synthétisant les modalités de gestion de l’industrie en silex en fonction des différentes chaînes opératoires (façonnage, débitage lamino-lamellaire, débitage d’éclats). Ces activités de production sont mises en relation avec le fonctionnement/consommation des supports et outils produits. DAO J. Bachellerie. Diagram summarizing the organisation of the Landry lithic assemblage in terms of the various production sequences (shaping, blade and bladelet debitage, flake debitage). These production activities are linked to the use and life-cycles of the blanks and tools produced. CAD J. Bachellerie.
URL http://journals.openedition.org/paleo/docannexe/image/9695/img-1.jpg
File image/jpeg, 624k
Title Figure 346. Schéma synthétisant les activités de production et de consommation en roches tenaces autres que le silex. DAO J. Bachellerie. Diagram summarizing the production and use of non-flint raw materials. CAD J. Bachellerie.
URL http://journals.openedition.org/paleo/docannexe/image/9695/img-2.jpg
File image/jpeg, 388k
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References

Bibliographical reference

Michel Brenet, Julie Bachellerie, Émilie Claud and Quentin Villeneuve, “Chapitre 19. Bilan techno-économique”PALEO, Hors-série | 2025, 424-426.

Electronic reference

Michel Brenet, Julie Bachellerie, Émilie Claud and Quentin Villeneuve, “Chapitre 19. Bilan techno-économique”PALEO [Online], Hors-série | Juin 2025, Online since 30 June 2025, connection on 06 September 2026. URL: http://journals.openedition.org/paleo/9695; DOI: https://doi.org/10.4000/14u04

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Michel Brenet

INRAP, Domaine de Campagne et UMR 5199 PACEA, Université de Bordeaux, bâtiment B2, allée Geoffroy-Saint-Hilaire, Pessac
michel.brenet[at]inrap.fr

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Julie Bachellerie

Uniarq, Université de Lisbonne et membre associée de l'UMR 5608 TRACES, Université Toulouse Jean Jaurès
jbachelle001[at]gmail.com

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Émilie Claud

INRAP ARA, 13 bis rue Pierre Boulanger, Clermont-Ferrand et UMR 5199 PACEA, Université Bordeaux, bâtiment B2, allée Geoffroy-Saint-Hilaire, Pessac
emilie.claud[at]inrap.fr

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Quentin Villeneuve

UMR 5199 PACEA, Université de Bordeaux, bâtiment B2, allée Geoffroy-Saint-Hilaire, Pessac
quentin.villeneuve[at]u-bordeaux.fr

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