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Partie IV. Bilan interprétatif

Chapitre 27. Le site du Landry dans le contexte chronologique et culturel du Solutréen récent de la façade Atlantique. Diversité techno-économique et complémentarité fonctionnelle des sites de plein air

The site of Landry in the chronological and cultural context of the Late Solutrean in the Atlantic coastal region: techno-economic diversity and functional complementarity of open-air sites
Caroline Renard and Julie Bachellerie
p. 514-535

Abstracts

Since the fieldwork conducted between 2011 and 2012, studies of the Landry site have provided an exceptionally rich record attesting to a wide range of activities undertaken both outside and within the site. Despite localized, small-scale post-depositional movements, the rapid burial of the archaeological level enabled optimal preservation of the archaeological level, providing a snapshot of a Solutrean occupation at the time of its abandonment. Thus, The Landry site is prominent in the corpus of Late Solutrean deposits on the Atlantic seaboard and complements the data recently acquired at open-air Solutrean occupations.

This summary aims to discuss the nature of consumption and production activities at Landry and the function of the occupation, as well as to compare these data with those from other Late Solutrean open-air deposits. While the quantity of tools and abundance of knapping by-products are particularly relevant to the management and organization of the lithic production, the activities carried out at Landry also include other realms—technical, dietary, and symbolic—which help to characterize the mobility patterns of Late Solutrean groups in this geographic area.

In France, open-air deposits are less numerous than those discovered in karstic environments and thus provide an unevenly precise record. In this context, we consider the information provided by Landry on a broad geographic scale, taking into consideration the data available from several Late Solutrean regional and extra-regional open-air sites, such as Cantalouette 2 at Creysse, Les Maîtreaux at Bossay-sur-Claise, and to a lesser extent Les Rivelles at Creysse and Le Rail at St-Germain-du Seudre. These deposits show a variety of lithic production processes, essentially centered on the production of Laurel Leaf tools and/or laminar blanks for the manufacture of shouldered points. In most cases, the latter reflects a spatio-temporal segmentation of production. While the available documentation remains incomplete in some cases, it highlights the techno-economic diversity of lithic production and the functional complementarity of open-air occupations. In the future, data from karst sites should be integrated into these preliminary considerations.

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Full text

Nous tenons à remercier M. Brenet pour la confiance dont il a fait preuve en nous permettant de travailler sur le site du Landry et d’accéder librement au matériel lithique du site dans le cadre de la thèse de l’une d’entre nous (J.B.). Nous tenons également à remercier chaleureusement L.-A. Lelouvier de nous avoir permis de mobiliser nos observations personnelles réalisées sur la collection lithique des Rivelles. Enfin, un grand merci à P. Bertran pour sa relecture de la partie de cette synthèse traitant du cadre chronologique du Landry.

1Depuis les opérations de fouilles préventives menées au Landry entre 2011 et 2012, les travaux d’analyse des différents registres se sont échelonnés sur près de dix années, révélant un gisement d’une qualité et d’une richesse documentaire exceptionnelles. Les diverses études menées à bien ont permis d’obtenir différents degrés de lecture du mobilier archéologique tout en précisant le contexte au sein duquel il s’insère. Au terme de ce travail monographique, force reste toutefois de constater l’état d’achèvement variable des études engagées. La quantité colossale de vestiges issus de cette fouille préventive n’a pas toujours autorisé, en effet, de mener les études de manière exhaustive dans le temps imparti. Le lecteur l’aura compris, cette synthèse qui tente d’appréhender les comportements techniques et socio-économiques des occupants du Landry, ne peut prétendre à l’exhaustivité ; elle doit plus être perçue comme un premier jalon que des compléments d’étude, via de nouveaux travaux sur différents gisements solutréens, viendront nécessairement enrichir à l’avenir.

2Les travaux réalisés ont permis de documenter un large spectre d’activités avec une résolution rarement atteinte pour des gisements attribués à ce technocomplexe, lui conférant une place prépondérante dans le corpus des gisements du Solutréen récent de la façade atlantique. La découverte du site du Landry vient ainsi compléter les données récemment acquises sur les occupations solutréennes de plein air, déjà nettement enrichies ces dernières années par les découvertes faites à la Doline de Cantalouette 2 (Creysse, Dordogne, Bourguignon et al. 2012 ; Ortega-Cordellat 2018), aux Rivelles (Creysse, Dordogne, Lelouvier 2015 ; Lelouvier et al. en cours), et plus au nord, aux Maîtreaux (Bossay-sur-Claise, Indre-et-Loire ; par ex. Aubry et al. 1998 ; Almeida 2005 ; Almeida et al. 2013) ou encore aux Bossats à Ormesson (Seine-et-Marne ; Bodu et al. 2014 ; Bodu, Baillet et al. 2019 ; Bodu, Bouché et al. 2019 ; fig. 397).

Figure 397. Carte de répartition des principaux gisements français ayant livré des niveaux solutréens récents. Point foncé : site de plein air ; point clair : grotte ou abri.
Distribution map of the main French sites that have yielded Late Solutrean levels. Dark dots: open-air sites; light dots: sites in karstic contexts (cave or rock shelter).

Figure 397. Carte de répartition des principaux gisements français ayant livré des niveaux solutréens récents. Point foncé : site de plein air ; point clair : grotte ou abri. Distribution map of the main French sites that have yielded Late Solutrean levels. Dark dots: open-air sites; light dots: sites in karstic contexts (cave or rock shelter).

3À partir des données recueillies ces dix dernières années, nous présenterons les éléments qui alimentent une réflexion portant sur la composition et les activités menées par les occupants du Landry, mais également sur ce qu’il nous est dit des comportements socio-économiques des groupes du Solutréen récent. La masse de données collectées sur les activités de production et de consommation permet en effet d’entamer une discussion autour du fonctionnement des groupes à l’échelle du site, mais également à l’échelle du territoire nord aquitain, de la façade atlantique aux contreforts du Massif central.

1 | Contexte taphonomique et données chronologiques du Landry

4L’un des atouts essentiels de ce gisement réside dans la finesse des analyses que son exceptionnel niveau de conservation autorise, et ce malgré certaines perturbations post-dépositionnelles. L’étude taphonomique a révélé certaines transformations liées à des processus naturels périglaciaires ayant entraîné un déplacement des vestiges vers l’aval. Les raccords de cassure et de débitage permettent en particulier d’attester l’existence d’un niveau unique qui se serait « dédoublé » au sein du secteur 2 sous l’action d’un phénomène de solifluxion, ce qu’appuient également les mesures de fabrique obtenues sur quarante pièces des amas 4 et 2 (cf. chapitre 3). L’ampleur des modifications ayant affecté le niveau archéologique demeure cependant modérée. Le recouvrement rapide par des limons éoliens en particulier a permis une préservation exceptionnelle du matériel et de l’organisation spatiale des vestiges. La distribution granulométrique traduit également l’absence de tri induit par un phénomène de ruissellement. Si l’on considère à la fois la similarité des schémas opératoires et des productions lithiques, la distribution des remontages ainsi que la rapidité des processus d’enfouissement, il apparaît également vraisemblable que l’assemblage du Landry corresponde à une occupation unique. Ce gisement fournit ainsi un instantané d’une occupation solutréenne au moment de son abandon.

5L’absence de matière organique a empêché la réalisation de datations radiocarbone du niveau archéologique. Seules des datations par luminescence ont pu être réalisées par N. Debenham (datations par thermoluminescence, TL ; Debenham, ce volume) et M. Hernandez et N. Mercier (datations par luminescence stimulée optiquement, OSL ; Hernandez, Mercier, ce volume). Les données de l’OSL suggèrent que les limons éoliens se seraient déposés entre 22 et 16 ka. Les trois dates obtenues par luminescence sur silex brûlés situent quant à elles le niveau archéologique aux alentours de 21,45 +/- 1,25 ka. Cet intervalle de temps est trop récent si l’on considère le cadre chronologique classiquement admis pour le Solutréen récent français (circa 24–23,5 / 23 cal ka BP ; fig. 398, tabl. 85). Il correspond davantage à la période qui s’étend du Badegoulien ancien (circa 23,5 / 23–22.5 ka cal BP, Ducasse et al. 2020) jusqu’au début du Magdalénien (Ducasse et al. 2011). C’est finalement la composition de l’assemblage (et son homogénéité au sein d’un niveau d’occupation unique) et, en particulier, l’association de feuilles de laurier et de pointes à cran, qui justifient l’attribution de ce niveau archéologique au Solutréen supérieur. Les datations par thermoluminescence semblent globalement rajeunir l’occupation du Landry, si l’on considère les mesures du radiocarbone fournies par d’autres gisements du Solutréen récent ayant livré un assemblage composé de pointes à cran et de feuilles de laurier (par ex. au Cuzoul de Vers, Ducasse et al. 2014 ; au Petit Cloup Barrat, Ducasse et al. 2011 ; cf. fig. 398, tabl. 85). L’occupation du Landry serait davantage contemporaine des dernières traditions solutréennes qui prendraient place autour de 24–23,5/23 cal ka BP (Ducasse, Renard (dir.) 2013, 2014, 2015 ; Ducasse et al. 2014, 2019). Si les données chronologiques suggèrent une contemporanéité avec l’interstadiaire GI–2 correspondant à une période de redoux climatique et d’augmentation de la biomasse végétale (Rasmussen et al. 2014 ; Banks et al. 2019), l’enregistrement géologique n’a laissé que peu d’indices du contexte paléoenvironnemental contemporain de l’occupation (Bertran, ce volume).

Figure 398. Compilation des datations par la méthode du radiocarbone du Solutréen récent français issues de la littérature. Seules les dates réalisées par SMA ont été retenues. Le détail des données brutes et calibrées est présenté dans le tabl. 85. L’ensemble des calibrations a été réalisé à l’aide du logiciel Oxcal (v4.4 : Bronk Ramsey 2021) et de la courbe de calibration IntCal20 (Reimer et al. 2020).
Compilation of radiocarbon dates from the literature on French Solutrean sites. Only AMS dates have been taken into account. Details of raw and calibrated data are presented in tabl. 85. All calibrations were made using Oxcal software (v4.4: Bronk Ramsey 2021) and the IntCal20 calibration curve (Reimer et al., 2020).

Figure 398. Compilation des datations par la méthode du radiocarbone du Solutréen récent français issues de la littérature. Seules les dates réalisées par SMA ont été retenues. Le détail des données brutes et calibrées est présenté dans le tabl. 85. L’ensemble des calibrations a été réalisé à l’aide du logiciel Oxcal (v4.4 : Bronk Ramsey 2021) et de la courbe de calibration IntCal20 (Reimer et al. 2020). Compilation of radiocarbon dates from the literature on French Solutrean sites. Only AMS dates have been taken into account. Details of raw and calibrated data are presented in tabl. 85. All calibrations were made using Oxcal software (v4.4: Bronk Ramsey 2021) and the IntCal20 calibration curve (Reimer et al., 2020).

Tableau 85. Bilan des datations par la méthode du radiocarbone (SMA) des gisements français ayant livré des niveaux attribués au Solutréen récent. L’ensemble des calibrations a été réalisé avec le logiciel Oxcal (v4.4 : Bronk Ramsey 2021) et la courbe de calibration IntCal20 (Reimer et al. 2020).
Accelerator mass spectrometry (AMS) dating results for French deposits with Late Solutrean levels. All calibrations were made using Oxcal software (v4.4: Bronk Ramsey 2021) and the IntCal20 calibration curve (Reimer et al. 2020).

Tableau 85. Bilan des datations par la méthode du radiocarbone (SMA) des gisements français ayant livré des niveaux attribués au Solutréen récent. L’ensemble des calibrations a été réalisé avec le logiciel Oxcal (v4.4 : Bronk Ramsey 2021) et la courbe de calibration IntCal20 (Reimer et al. 2020). Accelerator mass spectrometry (AMS) dating results for French deposits with Late Solutrean levels. All calibrations were made using Oxcal software (v4.4: Bronk Ramsey 2021) and the IntCal20 calibration curve (Reimer et al. 2020).

Afin de limiter la prise en compte de datations aberrantes, seules les dates par la méthode du radiocarbone réalisées par SMA sont présentées ici. Les dates obtenues par 14C conventionnel peuvent s’avérer problématiques, en particulier lorsqu’elles sont effectuées à partir de « lots » d’échantillons. La première génération de dates SMA réalisées dans les années 1980–1990 doit toutefois être considérée avec précaution dans la mesure où les traitements de purification et de décontamination se sont largement généralisés et perfectionnés ultérieurement (Bird et al. 1999 ; Verpoorte et al. 2019). La nature des échantillons datés est précisée ici : charbon, os et os brûlé. Dans ce cadre, la datation des déchets techniques d’industrie osseuse, de restes alimentaires ou de charbons prélevés en foyer s’avère plus fiable dans la mesure où les résultats sont marqueurs d’une activité anthropique.
Au total 32 dates obtenues par la méthode du radiocarbone sont présentées ici pour le Solutréen récent français. Ces dernières sont issues de huit gisements du sud-ouest aquitain : l’abri Casserole (Lenoble, Cosgrove 2016), le Cuzoul de Vers (Oberlin, Valladas 2012 ; Ducasse et al. 2014), Laugerie-Haute ouest (Roque et al. 2001, Verpoorte et al. 2019), le Placard (Clottes 2014) et le Petit-Cloup-Barrat (Ducasse et al. 2011) ; et, pour les limites septentrionale et orientale du Solutréen : Ormesson (Bodu, Baillet et al. 2019a, Bodu, Bouché et al. 2019b), Rochefort (Salomon 2020) et Solutré (Combier, Montet-Whithe 2002). Aucune datation SMA n’est disponible pour le Sud-Est français où les données sont globalement plus anciennes et le Solutréen récent mal documenté (Combier 1967 ; Guégan 2013). En raison de l’ancienneté de certains prélèvements, de problèmes de localisation stratigraphique ou plus largement du degré de préservation de certains niveaux archéologiques, seule une date SMA du Cro-du-Charnier à Solutré a été prise en compte. Les mesures obtenues aux Peyrugues sur les niveaux sus-jacents à la couche 12a (Solutréen ancien) n’ont pas été retenues ici en raison des perturbations sédimentaires empêchant l’attribution sans équivoque des échantillons datés à une phase chrono-typologique (Allard 2016). Au Cuzoul de Vers, la datation GifA–10 1440 d’un os brûlé de la couche 31, bien plus ancienne que celles des couches 29–31, a également été écartée (cf. Ducasse et al. 2014). Les douze datations SMA effectuées au sein de la couche IV de Combe-Saunière dans les années 80 suggèrent quant à elles de très probables mélanges avec des industries magdalénienne et badegoulienne (Ducasse et al. 2017). Pour finir, nous avons choisi de ne pas inclure les dates SMA réalisées à Laugerie-Haute ouest par Roque et al. 2001 dont les indications fournies (prélèvements dans couches 1 à 7 pour les dates GifA–100,630, GifA–100,634, Lyon–1173 (OxA) ; couches 8 à 11 pour la date Lyon–1174 (OxA), ne nous permettent pas d’identifier la localisation exacte des prélèvements et d’écarter tout risque de mélange.

To limit the number of outliers, only radiocarbon dates obtained by AMS are presented here. Dates obtained by conventional 14C can be problematic, particularly when carried out on “batches” of samples. The first generation of AMS dates produced in the 1980s–1990s should be considered with caution, due to the risk of contamination, for which the corresponding treatments only became available more recently (Bird et al. 1999; Verpoorte et al. 2019). The type of sample analyzed is specified (charcoal, burned bone, bone samples), the waste from the production of osseous artifacts, faunal remains, or charcoal taken from hearths proving to be more reliable contexts.
Twenty-six radiocarbon dates are presented here for the Late Solutrean in France. These are derived from seven sites, namely the Abri Casserole (Lenoble and Cosgrove 2016), Cuzoul de Vers (Oberlin and Valladas 2012; Ducasse et al. 2014), Laugerie-Haute Ouest (Verpoorte et al. 2019), Le Placard (Delage 2018) and Le Petit Cloup Barrat (Ducasse et al. 2014) for the Atlantic facies; and Ormesson (Bodu Baillet et al. 2019) and Rochefort (Salomon 2020) for the northern limits of the Solutrean. No AMS dating is available for southeastern France, where the data are generally older and the Late Solutrean is poorly documented (Combier 1967; Guégan 2013). Due to the age of some samples, problems of stratigraphic position, or, more broadly, the degree of preservation of some archeological levels, only an AMS date from the Cro-du-Charnier at Solutré was taken into account; as were dates obtained at Les Peyrugues from levels overlying layer 12a (Early Solutrean) due to sedimentary disturbances preventing the unequivocal attribution of dated samples to a chrono-typological phase (Allard 2016). At Cuzoul de Vers, the GifA–10 1440 dating of a burned bone from layer 31, much older than the other dates from layers 29–31, was also discarded (cf. Ducasse et al. 2014). The twelve AMS dates from Layer IV at Combe-Saunière obtained in the 1980s suggest highly probable mixing with Magdalenian and Badegoulian industries (cf. Ducasse et al. 2017). Finally, we have chosen not to include the AMS dates from Laugerie-Haute Ouest published by Roque et al. 2001 (samples from layers 1 to 7 for dates GifA–100,630, GifA–100,634, Lyon–1173 (OxA); layers 8 to 11 for date Lyon–1174 (OxA)), as the exact location of the samples is not provided, making it impossible to rule out mixing.

2 | Nature de l’assemblage du Landry : une prépondérance des activités de taille ?

6Les vestiges mis au jour au Landry se répartissent en grande majorité au sein de cinq secteurs de forte concentration d’objets lithiques (silex et autres roches). En l’absence de restes fauniques, déchets alimentaires et industrie osseuse, les travaux se sont concentrés en grande partie sur les industries en silex (voir ce volume : études pétroarchéologiques, V. Delvigne ; études typo-techno-économiques, M. Brenet, J. Bachellerie, S. Guégan, C. Fat Cheung ; études fonctionnelles, M. Mesa-Saborido et É. Claud) et en roches tenaces (études de provenance et études techno-économiques, Q. Villeneuve et M. Brenet ; études fonctionnelles, É. Claud, M. Brenet, M. Mesa-Saborido-Saborido, Q. Villeneuve, A. Souron, coll. A. Queffelec, coll. A. Lefebvre), particulièrement riches et diversifiées au sein de ce gisement. L’étude des colorants (L. Dayet), des productions graphiques (V. Feruglio) et des graviers lustrés (L. Geis) a également été prise en compte et intégrée à une analyse de l’organisation spatiale de l’occupation (M. Brenet, J. Bachellerie, É. Claud, C. Fat Cheung, M. Mesa-Saborido, Q. Villeneuve, V. Pasquet).

7La quantité d’outils et l’abondance des déchets de taille ont permis de discuter de la nature de la production lithique en silex, mais également des modalités de gestion et d’organisation de cette production. Les activités de taille menées in situ sont majoritairement liées à deux chaînes opératoires aux objectifs distincts : le façonnage bifacial de feuilles de laurier d’une part et le débitage laminaire destiné à la production d’outils de transformation et de pointes à cran d’autre part. Aucune de ces deux chaînes opératoires ne semble nettement dominer d’un point de vue quantitatif, mais si le façonnage bifacial apparaît uniquement destiné à la confection de pointes foliacées, la production laminaire n’apparaît quant à elle que partiellement destinée à la production de supports de pointes à cran, l’outillage de transformation présent en quantité importante étant essentiellement réalisé sur supports laminaires.

8L’outillage retouché est ainsi composé en proportions égales d’outils de transformation (essentiellement réalisés sur supports laminaires) et d’outils typiquement solutréens (feuilles de laurier et dans une moindre mesure pointes à cran). L’outillage de transformation est, à l’exception de certains grattoirs, presque exclusivement réalisé sur des matières premières locales, à partir de supports laminaires d’entretien ou d’aménagement, et ne présente qu’une retouche sommaire. Par opposition, la confection de pointes lithiques telles que les feuilles de laurier ou les pointes à cran témoigne de spécificités techniques et économiques se traduisant en partie par une sélection particulière des matières premières, par un recours plus systématique à la retouche par pression et le recours occasionnel au traitement thermique.

9L’utilisation de matières premières locales est très largement majoritaire, au sein des différentes chaînes opératoires de production. Un déficit en produits laminaires entiers ainsi qu’en feuilles de laurier achevées suggère qu’une partie de cet équipement confectionné in situ a été emporté à l’extérieur du gisement. À l’inverse, le groupe solutréen du Landry semble s’être installé avec plusieurs outils en silex allochtone (cf. chapitres 5, 6 et 10). L’observation des outils et des déchets de façonnage bifacial indique notamment que certains exemplaires en silex allochtone d’origine plus ou moins lointaine ont été importés à l’état fini ou semi-fini, faisant uniquement l’objet d’un raffûtage sur place, puis abandonnés sur place ou de nouveau emportés en dehors du gisement. Ces matières premières de provenance voisine ou régionale sont destinées à la confection de pointes lithiques (feuilles de laurier, mais également pointes à cran), mais aussi, pour une part non négligeable, d’outils de transformation (essentiellement des grattoirs et lames retouchées). Des matériaux d’origine plus lointaine ( > 100 km) sont également présents en plus faible quantité (silex Grain de mil de Haute Saintonge, silex turonien de Touraine « Grand-Pressigny », silex turonien de la vallée du Nahon et silex turonien du Sancerrois ; cf. chapitre 4) et liés, à l’exception d’un fragment de lame retouchée, à la confection de pointes lithiques.

3 | Fonction de l’occupation du Landry

10L’installation du Landry à quelques centaines de mètres de la rivière l’Isle en contrebas d’une butte calcaire bénéficie d’une bonne situation géographique offrant un accès à l’eau, différentes protections naturelles ainsi qu’un panel de blocs et nodules de matières premières lithiques. Si la mise en œuvre d’une production lithique est quantitativement bien représentée, les activités menées sur place témoignent d’une bien plus grande diversité.

11Les analyses fonctionnelles menées sur la totalité des vestiges en silex et une sélection d’objets en roches tenaces documentent ainsi la mise en œuvre, plus ou moins marquée, d’activités variées : activités de consommation à l’image de retour de chasse (pointes de projectile impactées, voir Claud et Mesa-Saborido, ce volume) et d’exploitation et de traitement des carcasses à des fins alimentaires et techniques : découpe de viande ou de peau, raclage de peau, perçage de matières tendres abrasives, percussion indirecte sur matière dure organique. D’autres actions sont également documentées à l’image du perçage, raclage et rainurage de matières dures minérales, raclage de matières plus souples possiblement végétales (Claud, Mesa-Saborido, ce volume). Outre l’aménagement de l’espace par l’importation de blocs de grandes dimensions ayant notamment servi à structurer l’occupation (foyers, calages, autres ?), les roches tenaces autres que le silex ont également été utilisées pour produire un outillage varié et polyvalent complémentaire de l’outillage en silex (Villeneuve, Claud et al. ce volume). Le macro-outillage, composé de percuteurs, broyeurs, enclumes/billots, est par ailleurs associé à un micro-outillage tranchant (raclage, découpe) sur éclat (Villeneuve, ce volume). Malgré la lecture complexe des traces sur ces matériaux grenus, l’utilisation de certains artefacts dans des activités de découpe, de raclage et de percussion a été identifiée (Claud et al., ce volume). Cet outillage, principalement lié au travail des matières dures, organiques (concassage d’os, exploitation de bois de cervidé par exemple) et minérales (préparation ou entretien d’abraseur par exemple), viendrait ainsi compléter l’équipement en silex. Certains blocs en roches non siliceuses ont également livré des incisions pouvant être d’une part associées à des activités domestiques (supports dormants ou actifs), et d’autre part à des productions d’ordre symboliques (Feruglio, ce volume). À ce titre, la découverte la plus exceptionnelle correspond à celle d’un art mobilier figuratif sur plaquette de schiste. Mis à part aux Maîtreaux, le Landry constitue l’un des rares sites de plein air du Solutréen récent ayant révélé des plaquettes et des blocs gravés.

12La multiplicité et l’importance des activités documentées conjuguées aux éléments d’organisation spatiale appuient l’idée selon laquelle ce gisement ne correspond pas simplement à un lieu centré spécifiquement sur les activités de production lithique, les activités cynégétiques ou sur tout type d’activité technique ou symbolique. Au contraire des gisements où l’occupation semble davantage tournée vers un type d’activités plus spécifique (cf. infra), le site du Landry paraît plutôt présenter un profil techno-économique diversifié. Les différentes études présentées dans cet ouvrage offrent l’image d’un site d’habitat de plus ou moins courte durée correspondant tant à un lieu de production que de consommation liée à différentes matières d’œuvres. Cette hypothèse semble appuyée par l’observation de différents niveaux d’habileté au sein des productions lithiques, évoquant un groupe composé d’une ou plusieurs unités familiales.

13Du point de vue de l’organisation du groupe au sein du territoire nord aquitain, l’absence de vestiges organiques conservés conduit à mobiliser plus particulièrement les données de l’industrie lithique. Plusieurs indications nous sont fournies par le croisement des études pétrologiques (Delvigne, ce volume) et techno-économiques (Brenet et al. ce volume) menées sur l’outillage retouché. En complément des activités de taille menées sur place à partir de silex locaux, le groupe du Landry semble s’être installé avec un équipement composé de pointes lithiques et de quelques outils en silex allochtone d’origine régionale ou plus lointaine. Ces matières premières de provenance lointaine circulent sous la forme d’outils ou de supports d’outils bien spécifiques (feuilles de laurier, pointes à cran, et certains outils de transformation à l’image des grattoirs sur lame). Une gestion différenciée de l’équipement en silex se dessine alors entre des outils essentiellement liés à la sphère domestique, conçus pour être utilisés et rejetés sur place, et un outillage composé essentiellement de pointes lithiques, mais également de quelques outils de transformation à l’image des grattoirs, faisant l’objet d’un soin particulier et voués à circuler en dehors de leur lieu de production. Ainsi l’outillage en silex allochtone mis au jour est généralement de meilleure facture et témoigne d’un fractionnement spatio-temporel de la production et de l’utilisation des pointes lithiques.

14La situation est identique s’agissant des feuilles de laurier traitées thermiquement (N = 2). La présence d’un seul éclat de façonnage présentant un double lustre suggère que la chauffe et le façonnage de ces deux outils auraient été menés à l’extérieur du gisement (cf. § 2, chapitre 10). Les indices de chauffe sont peu nombreux au Landry, mais suggèrent néanmoins l’introduction au sein du gisement d’ébauches foliacées déjà chauffées. Ces objets circulent donc au même titre qu’une partie des pointes solutréennes. L’importation d’ébauches de feuilles de laurier traitées thermiquement en silex tertiaires de provenance allochtone vient appuyer l’idée d’une production d’outils ou de supports destinés à l’emport et donc à la constitution d’une réserve d’outils lithiques de bonne facture. Ces données viennent également accentuer la distinction techno-économique entre outillage domestique (outils de transformation) et cynégétique (pointes lithiques solutréennes), déjà soulignée par plusieurs travaux (Renard, Geneste 2006 ; Renard, Ducasse 2015 ; Ducasse et al. 2019a).

15La mise en stockage de supports lithiques autres que le silex peut également être évoquée dans le cas des accumulations de galets non travaillés présents en périphérie des zones de forte densité lithique. Collectés localement dans les alluvions de l’Isle, ces galets ont pu constituer une réserve à proximité du camp solutréen pour un usage différé. L’abandon de ces galets sur place suggère néanmoins un stockage à court terme, correspondant à la durée de l’installation (Villeneuve, Brenet, ce volume). La question se pose également concernant les graviers lustrés, localisés au sein du secteur 3 (Geis, ce volume) dont la collecte, et la répartition au sein du gisement est intentionnelle, bien que les raisons de ces choix nous échappent encore.

16Si la question de la mise en réserve peut également être évoquée dans ces deux cas de figure, les modalités de sélection et d’exploitation de ces matières premières semblent nettement distinctes de l’industrie en silex, dont le fractionnement spatio-temporel d’une partie de sa production a nécessairement contribué à l’établissement d’un système de mobilité spécifique.

4 | De la fonction des occupations à la gestion du territoire

4.1 | Représentativité et répartition géographique des sites de plein air (fig. 397)

  • 1 Les hypothèses concernant l’implantation originelle de cette occupation demeurent confuses. Mascara (...)

17En France et en l’état des données, les gisements de plein air attribués au Solutréen récent (i.e. phases moyenne à « feuille de laurier » et supérieur « à feuille de laurier et pointe à cran » associées) restent quantitativement bien moins représentés que leurs homologues localisés en grotte ou sous abri (fig. 397). En dehors de quelques « grands » gisements découverts précocement à l’image, par exemple, du gisement éponyme de Solutré à Solutré-Pouilly (Saône-et-Loire, Combier, Montet-White 2002 ; Combier 2013), l’exceptionnelle « cache » de Volgu à Rigny-sur-Arroux (Saône-et-Loire, Aubry et al. 2003, 2007a ; Pelegrin 2007 ; Peyrouse et al. 2013 ; pour une synthèse voir : Thevenot (dir.) 2019) ou encore Montaut - Les Carièrres d’Arcet1 (Landes, Lenoir, Merlet 2013), les premières recherches, facilitées par la reconnaissance précoce des fossiles directeurs singuliers du Solutréen récent (i. e. feuille de laurier et pointe à cran) se sont focalisées, dans l’aire nord aquitaine, sur le domaine karstique, mettant au jour de très nombreuses séquences multi stratifiées dont certaines font encore office de référence. De manière générale, il semble raisonnable de considérer que la carte de répartition des sites en milieu karstique versus de plein air soit dépendante de leur visibilité dans le paysage.

18Au total, si à l’échelle du territoire français on dénombre un peu moins d’une vingtaine de gisements de plein air attribués au Solutréen récent, de la façade atlantique aux contreforts du Massif central, le nord de l’Aquitaine recense désormais moins d’une dizaine de gisements de plein air (fig. 397 : N = 8) présentant des industries à feuilles de laurier et pointes à cran en association ou à feuilles de laurier uniquement. Si des biais de conservation liés à des processus post-dépositionnels, de nature et d’ampleur variables, peuvent constituer un autre facteur tangible pour expliquer ces disparités (cas des sites de fond de vallée et de l’érosion par exemple), les travaux de l’archéologie préventive ont largement contribué ces dernières décennies à enrichir le corpus des sites de plein air du Paléolithique récent (voir par ex. « La Croix Bagneux » à Mareuil-sur-Cher, Kildéa et al. 2019 ; Piechegut à Bellegarde, Bovagne et al. 2017).

19D’autres facteurs pourraient être à l’origine de ces différences quantitatives entre les occupations en milieu karstique et celles identifiées en plein air : des lacunes de prospection dans certains milieux physiques ou aires géographiques, des biais d’identification en l’absence de fossiles directeurs solutréens, etc. En l’état des données force est de constater un « déficit » de sites de plein air solutréens qui pourrait recouper in fine une réalité archéologique résultant, au moins pour partie, du système de mobilité qui caractérise ces groupes et des modes d’occupation et de gestion de l’espace au Solutréen récent (Renard, Ducasse 2015). C’est un aphorisme, mais s’agissant de groupes de chasseurs-cueilleurs nomades, il semble légitime de considérer que le milieu externe, les propriétés physiques du paysage et ses contraintes tout comme la disponibilité des ressources alimentaires et techniques nécessaires devaient, en partie au moins, conditionner les lieux d’implantation et leurs modalités d’occupation.

Les sites de plein air du Solutréen récent, un socle documentaire inégal

  • 2 Le rapport final d’opération étant en cours d’élaboration, les données mobilisées dans le cadre de (...)

20À l’instar du site du Landry, l’apport de l’archéologie préventive dans la découverte de gisements de plein air exceptionnels retrouvés en contexte stratigraphique et attribués au Solutréen récent est considérable. Situés dans un rayon proche, à environ 70 km au sud-sud-ouest du Landry sur la commune de Creysse (Dordogne), les sites de La Doline de Cantalouette 2 (fouilles Inrap 2003–2004, Bourguignon et al. 2012 ; Bourguignon (dir.) 2022) et des Rivelles (fouilles Inrap, Prodéo 2012 ; Lelouvier 2019 ; Lelouvier et al., en préparation) ont bénéficié, en plus d’une bonne voire très bonne conservation, d’analyses variées et pluridisciplinaires occasionnant un niveau de documentation rarement atteint pour ce type d’occupation. Du fait de la nature même du gisement et de la complexité de l’activité karstique, le niveau attribué au Solutréen de Cantalouette 2, qui recèle une quantité considérable d’artefacts (un peu moins de 21 000 objets coordonnés) quasi exclusivement issus du façonnage n’a pas partout bénéficié d’une conservation optimale. Naturellement, les secteurs les mieux préservés et dépourvus d’autres contextes chronologiques encadrants (autrement dit, en dehors du secteur central ouest en contact avec l’Aurignacien et le secteur sud-ouest en contact avec le Néolithique, Bourguignon et al. 2022 p. 46) ont été privilégiés dans le cadre des analyses (Bidart, Vigier, Bourguignon coord. : Bourguignon et al. 2022). Le matériel qui a fait l’objet d’une fouille manuelle méthodique se compose exclusivement d’artefacts lithiques qui apparaissent sous forme d’amas bien délimités, plus ou moins denses et allant jusqu’à une vingtaine de centimètres d’épaisseur. L’organisation des artefacts au sein des concentrations de vestiges semble indiquer un impact modéré des processus naturels post-dépositionnels (processus de solifluxion). Aux Rivelles2, site voisin de Cantalouette 2, trois horizons d’âge distinct ont été identifiés. Les deux principaux, spatialement disjoints, sont attribués au Néolithique et au Solutréen supérieur (Prodéo 2012) voire, au Solutréen final (Lelouvier 2019). Ce niveau solutréen d’une dizaine de centimètres d’épaisseur a dans un premier temps été reconnu sur 8 m2 au sein d’une tranchée (Prodéo 2012). Les premières observations effectuées à l’occasion de ces opérations de sondages diagnostics qui se sont déroulées entre 2009 et 2011, indiquent un bon degré de conservation et l’existence d’un unique poste de taille (Prodéo 2012 p. 48). Les fouilles extensives menées en 2015 ont montré que ce niveau se développe en réalité sur une surface totale d’environ 800 m2 et sont venues également confirmer la faible ampleur des perturbations sédimentaire et taphonomique, permettant de considérer l’occupation comme étant « en place » (Lelouvier 2019). Lors des premières opérations de terrain, l’ensemble des vestiges de la concentration furent collectés par 1/4 de m2 et le sédiment prélevé afin d’être tamisé. Les quelque 6000 artefacts en silex recueillis au terme des opérations de terrain témoignent d’une production principalement orientée vers l’obtention de supports laminaires dédiés à la confection de pointes à cran et d’un outillage de transformation impliqué dans des activités variées, aux dépens de matières minérales et organiques (Lelouvier 2019 ; Claud, ce volume).

  • 3 P. Bidart, en charge de l’étude des vestiges lithiques du Solutréen de Cantalouette 2, signale par (...)
  • 4 Les auteurs évoquent l’homogénéité des états de surface, des schémas de production laminaire et lam (...)

21Néanmoins, on ne peut ignorer le caractère exceptionnel de ces découvertes. Si d’autres « stations » de plein air sont à signaler dans un environnement plus ou moins proche, celles-ci n’ont pas bénéficié d’une telle conservation ni de méthode de collecte aussi fine, impactant la nature et le degré d’information pouvant résulter de leur analyse3. Localisées à quelques kilomètres seulement, les « stations » de Monestier-Sud (Boyer, Fitte 1985) et de Grateloup (Maurand-Monteil et al. 1997) ont fait l’objet de ramassages de surface à la suite de travaux agricoles ne permettant pas d’atteindre un tel degré d’analyse. Si dans le cas de la station de Grateloup, les auteurs n’excluent pas l’omniprésence d’éléments paléolithiques non diagnostiqués, l’ensemble des objets lithiques récoltés témoigne d’une relative homogénéité « culturelle »4. Si aucun témoin d’une chaîne opératoire de façonnage n’a été identifié, l’importance quantitative des chaînes opératoires laminaire et, dans une moindre mesure lamellaire se traduit par la présence conjointe d’un outillage de transformation et de pointes à cran essentiellement (voire exclusivement) aménagées aux dépens de produits laminaires et la présence de quelques lamelles retouchées ou à dos (non diagnostiques). Le produit des ramassages, effectués sur une surface restreinte à Monestier-Sud a été, selon les mots des auteurs, arbitrairement divisé selon des critères typologiques et des états de surface en lots correspondant à divers âges paléo- et néolithiques (Aurignacien, Solutréen récent et Néolithique indéterminé ; Boyer, Fitte 1985). Les processus qui président à la formation de cet assemblage étant particulièrement approximatifs, il semble raisonnable de ne retenir que la présence discrète de pointes à cran (N = 2) et de quelques fragments de feuilles de laurier (N = 6) à Monestier-Sud.

22Si l’on se tourne vers l’ouest et en particulier vers l’aire girondine, plusieurs témoins d’occupation de « plein air », d’importance quantitative variable, sont à signaler. C’est à la pugnacité de Michel Lenoir que l’on doit la mise en lumière de ces témoins de surface sous les traits, souvent à l’unité, de pointes à cran ou de feuilles de laurier frequemment retrouvées à l’état fragmentaire. Si les indices restent ténus, ils tendent néanmoins à montrer que cette zone n’a pas été totalement délaissée par les détenteurs de cette tradition technique (voir notamment Grand-Moulin à Lugasson, Lenoir 1983, 1990) et participent à nuancer l’idée d’une concentration des implantations au sein des bassins sédimentaires qui bordent les massifs anciens à l’image du Massif central (Aubry 2013). Plus au nord, en Charente-Maritime (à 200 km environ à l’ouest du Landry) et relativement à l’écart de la zone de concentration des sites nord aquitains, le gisement de plein air du Rail à Saint-Germain-du-Seudre (Airvaux et al. 2000 ; Almeida 2005 ; Almeida et al. 2007, poster, inédit) offre une documentation de productions lithiques, essentiellement tournées vers la confection in situ de feuilles de laurier de différents modules. Un sondage de 9 m2 a révélé l’existence d’un niveau archéologique en contexte stratifié vraisemblablement affecté par des processus post-dépositionnels comme en attestent la dispersion verticale des objets, un déficit quantitatif de la micro-fraction et la fréquence d’une double patine (Almeida et al. 2007, poster, inédit). La réalisation de raccords de débitage et de remontages d’éclats de façonnage ainsi que la concentration des artefacts pondèrent l’impact de ces processus post-dépositionnels. En dehors des feuilles de laurier, le matériel issu du sondage se compose de témoins d’un débitage laminaire, et d’un outillage de transformation faiblement représenté ainsi que de plus rares débitages d’éclat.

  • 5 Dans le Lot, à l’image de ce qui a été observé en Gironde, de rares indices de pointes lithiques di (...)

23À l’est du Landry, à la rareté des gisements de plein air s’ajoutent des problèmes de conservation et/ou de mise en place des dépôts qui limitent très fortement la qualité des données exploitables5. Le Piage à Fajolles (Champagne, Espitalier 1981) et Moulin-à-Vent (Barrière 1961, 1965) présentent des ensembles lithiques mêlant des industries d’âge distinct, phénomène pouvant vraisemblablement trouver des explications d’ordre taphonomique (conditions de mise en place des dépôts et/ou bouleversements post-dépositionnels). Découvert au milieu des années 1950, le site de Moulin-à-Vent à Saint-Laurent-la-Vallée (Dordogne) est localisé au sein d’un chaos de blocs. Dès les premiers sondages, des mélanges d’industries dus au moins en partie à l’action de fouisseurs sont largement suspectés. Aux éléments caractéristiques du Solutréen récent (i. e. ici des très nombreuses pointes à cran) se mêlent sans ordre d’importance un hachereau, des microlithes (pointe de Sauveterre, triangles scalènes), une hache polie, de la céramique, etc. Depuis 2017, la fouille des déblais entrepris par l’abbé J. Malassagne (Malassagne 2020) est venue confirmer la présence a minima d’industries du Paléolithique moyen, du Solutréen supérieur, du Mésolithique et du Néolithique venant mettre à mal les scénarios (minimalistes au regard des fossiles directeurs qu’il avait pourtant identifiés) à l’origine de la constitution de cet assemblage formulés par C. Barrière (Barrière 1965 p. 219 : « un atelier en fosse néo-chalcolithique dépourvu de mélange » versus « apport d’éléments néo-chalcolithiques de tradition tardenoisienne dans un atelier en fosse Solutréen supérieur »). Dès 1958, les premières opérations de terrain conduites sur le gisement du Piage (Fajoles, Lot) sous la direction de F. Champagne et R. Espitalié ont livré un ensemble « solutréo-badegoulien » unique, présent sur la totalité de la surface fouillée (Champagne, Espitalié 1981). Baptisée provisoirement C-E, cette couche livre un matériel abondant au sein d’un ensemble sédimentaire quasi uniforme qui est rapidement interprété comme la résultante d’un mélange d’industries d’âge distinct caractéristiques du Solutréen et du Badegoulien (i.e. présence conjointe de pointes lithiques solutréennes et de raclettes badegouliennes). La reprise des travaux de terrain par J.-G. Bordes et F. Le Brun-Ricalens en 2004 permet de rouvrir le dossier solutréo-badegoulien du Piage et ce à la faveur de la découverte d’un témoin laissé par les inventeurs du site. Entre 2006 et 2008, la fouille de lambeaux de la couche C-E contenus au sommet du « Témoin Nord » vient finalement confirmer le caractère mélangé des industries solutréenne et badegoulienne, déjà observé par F. Champagne et R. Espitalié. Néanmoins, la poursuite des travaux de terrain dans d’autres secteurs conduit à la multiplication d’indices solutréo-badegouliens menant ainsi à la constitution d’assemblages divers, déconnectés « physiquement » les uns des autres (Renard, Ducasse 2010). En dépit de ce contexte taphonomique peu favorable, la quantité et la diversité du matériel caractéristique du Solutréen récent permettent de documenter quelques aspects spécifiques des registres techniques lithiques et osseux à l’image du traitement thermique mis en œuvre dans la chaîne opératoire de façonnage (Bachellerie et al. 2019), mais aussi la diversité des matières premières siliceuses mises en jeu dans la confection des très nombreuses feuilles de laurier (N = 102) et pointes à cran (N = 73, Renard, Ducasse 2010). Enfin, la présence de nombreuses pointes osseuses et de déchets techniques de fabrication dans les différents secteurs où une composante solutréo-badegoulienne a été identifiée a donné l’occasion de mener une campagne de datation directe révélant l’association de morpho-types et de procédés techniques à un large spectre chronologique dépassant largement les bornes chronologiques solutréo-badegouliennes (la présence d’autres traditions techniques au sein de la couche C-E était au demeurant déjà suspectée au travers de certains marqueurs lithiques de l’Aurignacien récent et du Magdalénien inférieur). Enfin, en l’état des données, le Piage demeure l’unique gisement à avoir livré des restes humains dont la mesure radio-carbone réalisée sur l’un d’entre eux (os wormien) est compatible avec le cadre chronologique du Solutréen récent.

  • 6 La confection de ces deux types d’armatures à dos (lamelle scalène et petites pointes à dos rectili (...)

24Dans la région Centre Ouest, le site des Maîtreaux, fouillé entre 1994 et 2004, est situé à proximité immédiate d’affleurements de silex d’excellente qualité du Turonien supérieur sous la forme de nodules et de dalles allant de 40 cm à 1 mètre de longueur. Au terme des opérations de terrain, 60 000 objets lithiques coordonnés ont été recueillis dans l’ensemble 2 fouillé sur une surface de 150 m². Surmontées par une industrie lithique attribuée au Badegoulien, les 5 unités pédosédimentaires superposées identifiées dans cet ensemble 2 ont été interprétées comme une succession d’unités chrono-spatiales disjointes correspondant à des occupations successives. Ces dernières apparaissent sous la forme d’amas au sein desquels des activités de débitage et de façonnage, homogènes d’une unité à l’autre, ont été mises en œuvre. Les remontages systématiques montrent une excellente préservation post-dépositionnelle de l’organisation spatiale des vestiges vraisemblablement favorisée par un processus de dépôt dominé par des apports éoliens. Si une reprise par ruissellement diffus peut être à l’origine d’une remobilisation des vestiges, celle-ci reste localisée et de faible ampleur (Aubry et al. 2004 ; Almeida 2005). Sur les premiers contreforts du Massif central, l’industrie lithique de la couche 2 du site de plein air de Fressignes (Vialou, Vilhena-Vialou 1990, 1994, 2012) associe sur une quarantaine de centimètres d’épaisseur (et au sein de laquelle se succèdent, de bas en haut, plusieurs « séries » attestant de variations typologiques) une industrie incontestablement rattachée au Solutréen supérieur (pointes à cran et feuilles de saule, absence de feuille de laurier et de déchets de façonnage) présentant de fortes analogies avec celle des Maîtreaux et des armatures microlithiques absentes des autres industries solutréennes du Massif central, dont celle des Maîtreaux. Classiquement documentée dans des ensembles du Magdalénien moyen, la présence de ces armatures (i. e. nombreuses lamelles scalènes et petites pointes à dos rectiligne, Sécher 2017) résulterait d’une adaptation sous les traits d’un « micro-débitage pratiqué dans des conditions d’économie maximales d’exploitation des matières premières hors des lieux d’habitat et des zones de ravitaillement en matières premières »6 (Vialou, Vilhena-Vialou 2012 p. 219). Cette mixité des types d’armatures caractéristiques du Solutréen supérieur et du Magdalénien moyen a également amené d’autres auteurs à envisager l’hypothèse d’un assemblage lithique présent au sein de la couche 2, mêlant des industries chronologiquement distinctes (Aubry et al. 2007b p. 707).

25Dans le sud aquitain, les sites de plein air du piémont nord pyrénéen sont marqués par des particularismes régionaux et/ou une documentation souvent ancienne et des données contextuelles lacunaires. C’est le cas de Saussaye-Tercis localisé dans la partie occidentale et qui, découvert en 1872, ont fait l’objet d’un ramassage de surface associant un matériel lithique vraisemblablement hétéroclite composé de pièces bifaciales allant des plus fines à de véritables « bifaces massifs ». Si de véritables feuilles de laurier peuvent participer à cet assemblage, ce vaste « atelier de taille » recèle également des industries du Paléolithique ancien, moyen et récent (dont de l’Aurignacien et du Gravettien) ainsi que du Néolithique (Simonet 2020). Le site de Montaut (ou « Les carrières d’Arcet » à Montaut) a bénéficié de conditions de récolte plus ou moins similaires (voir note de bas de page 1). Il livre en revanche des pièces foliacées tout à fait originales (pointes de Montaut) qui se retrouvent souvent faiblement représentées dans différents gisements solutréens du piémont (Brassempouy, Renard, Bon 2014 fig. 1, n° 2 ; Les Harpons, Ducasse et al. 2017 fig. 7, n° 4) ainsi que dans de rares gisements du nord de l’Aquitaine. Au centre du piémont, le gisement de Coustaret appartient au complexe des ateliers de taille d’Hibarette. Le produit des ramassages de surface laisse penser qu’il s’agit d’atelier(s) de fabrication de feuilles de laurier, repéré(s) sous la forme de plusieurs concentrations d’artefacts répartis sur 1 hectare environ. Les pointes lithiques sont assez bien représentées et de morphotypes variés (i. e. feuilles de laurier et feuilles de saule, pointes de Montaut, un possible fragment de pointe à base concave, Foucher et al. 2002). Enfin, à l’extrémité orientale des Pyrénées, le gisement de plein air des Espassoles (Vingrau, Pyrénées orientales) livre une industrie originale (issue de ramassages de surface s’étalant sur plus ou moins 25 ans) attribuée au Solutréen final et peu comparable à ce qui est connu du côté occidental (Martzluff 2014).

26Enfin au nord, sur l’aire maximale d’expansion du Solutréen en France, les marges septentrionales et orientales sont marquées d’une part par une raréfaction des occupations du Solutréen récent (en domaine karstique et de plein air) et d’autre part par la présence d’industries lithiques où seuls des ensembles à feuilles de laurier sont documentés.

27Fouillé depuis 2009, le gisement d’Ormesson « Les Bossats » (Seine-et-Marne) est un site de plein air multistratifié livrant 7 niveaux d’occupation du Paléolithique moyen au Badegoulien. Il a fait l’objet de nombreux sondages permettant la reconnaissance de 7 niveaux d’occupation distincts sur une surface de 4000 m2. Découvert en 2012, le niveau solutréen y a été identifié dans le sondage 29 situé en contrebas de l’occupation gravettienne. Le niveau, contenu dans un dépôt loessique, bénéficie d’un bon niveau de conservation post-dépositionnel. C’est ce dont témoignent la répartition des vestiges au sein d’un espace structuré autour de 10 aires d’activités variées et la conservation de matières organiques au sein de l’occupation, charbons de bois, os et bois de cervidé, qui demeure un fait exceptionnel dans des contextes de plein air à l’échelle du Solutréen. Attribuée à la phase moyenne du Solutréen, la production lithique est orientée vers la production de feuilles de laurier. Un peu plus de 2100 objets lithiques coordonnés de dimensions supérieures à 1 cm ont été mis au jour parmi lesquels la composante liée au façonnage de feuilles de laurier in situ est particulièrement bien représentée (Bodu et al. 2014, 2019a, 2019 b, 2023). À une soixantaine de kilomètres au nord-ouest des Bossats se situe le gisement de plein air de Saint-Sulpice-de-Favières (Essonne), sondé en 1983 puis fouillé de 1984 à 1985 par B. Schmider avec le concours de C. Sacchi et F. Chantret. Localisé dans les sables stampiens, un seul niveau archéologique constitué d’une industrie lithique a été observé sur le versant sud-ouest de la Montagne de Segrèze. En l’absence de matière organique conservée, aucune datation radiocarbone fiable du niveau archéologique n’a pu être réalisée, mais la quantité importante de feuilles de laurier retrouvées (N = 167, Sacchi et al. 1996) a conduit les fouilleurs à attribuer cet ensemble au Solutréen moyen à feuilles de laurier. Les quatre sondages réalisés dans les années 1980 (et le sondage 4 en particulier), ont livré plus de 13 000 restes lithiques sur environ 75 m2, parmi lesquels plus de 500 outils (feuilles de laurier, préformes bifaciales et outils de transformation très variés). Le reste de l’industrie décrit par Sacchi et collaborateurs se caractérise essentiellement par la présence d’un débitage d’éclats (cf. infra) et laminaire. Les mouvements sédimentaires, liés entre autres au pendage de l’alios, ainsi que les perturbations d’origine anthropique ne permettent pas d’écarter l’hypothèse de mélanges d’industries (Sacchi et al. 1996).

  • 7 A. Arcelin et de Ferry ont mené une première campagne de 1866 à 1896, puis H. Breuil et F. Arcelin (...)

28En marge orientale du phénomène solutréen, le gisement de Crot-du-Charnier à Solutré (Saône-et-Loire), découvert en 1866 par A. Arcelin et de Ferry, a fait l’objet de trois grandes campagnes de fouilles depuis le XIXe siècle7. Les fouilles anciennes des niveaux solutréens ont fourni une grande quantité de restes lithiques et osseux, mais également des éléments de parure et des figurines gravées. Les feuilles de laurier sont très nombreuses (N = 275 pour les fouilles anciennes ; N = 34 pour les fouilles récentes) et de modules différents, conduisant J. Combier à distinguer un niveau Solutréen moyen à « grandes » feuilles de laurier et un Solutréen supérieur à « petites » feuilles de laurier. Situé au pied d’une falaise calcaire, les niveaux sédimentaires de ce gisement ont subi des déplacements, de l’érosion, et des tassements plus ou moins marqués selon les secteurs. Les datations par la méthode du radiocarbone effectuées au sein de différents secteurs (secteur L13 et à la base et au sommet du secteur L11) s’échelonnent entre 24.5 et 11 ka cal. BP, ce qui avait été initialement interprété comme une perduration d’un « Solutréen final assez tardif » (Montet-White et al. 2002) mais qui pourrait davantage résulter d’une occupation badegoulienne (Ducasse et al. 2017). Seules deux dates (dont une SMA ; cf. fig. 398 ; tabl. 85) dont les échantillons ont été prélevés à la base de la couche 3 du secteur I11 correspondent au cadre classiquement admis du Solutréen récent français.

29Il faut également mentionner le cas particulier de la cache de Volgu (Rigny-sur-Arroux) sur le bord de la vallée de l’Arroux, découverte en 1874 par F. Chabas, où 16 feuilles de laurier aux dimensions « hors normes » ont été mises au jour à environ 1 m sous la surface. Aucune trace d’usure ou d’utilisation n’a pu être décelée sur ces objets dont les silex employés proviennent de plusieurs formations crétacées du sud du Bassin parisien situées à plus de 150 km de la cache. Le degré de maîtrise technique des tailleurs ayant réalisé ces outils est un argument supplémentaire pour souligner le caractère exceptionnel de ces productions, possiblement à valeur d’échange ou d’affichage (Aubry et al. 2003 ; Affolter 2019 ; Plisson 2019). Plus récemment, quelques éléments lithiques, dont une feuille de laurier associée à de rares éclats de façonnage ont été découverts sur le site du Chemin de l’Évangile 3 à Gron (Yonne, Connet et al. 2019).

4.2 | Cadre chronologique des industries du Solutréen récent et la question du statut des industries à feuille de laurier

30Ces dernières années ont connu un renouvellement du cadre radiométrique du Solutréen récent à l’échelle du territoire français et ce, sous l’impulsion de plusieurs programmes collectifs de recherche (PCR SaM : Ducasse, Renard (dir.)) et d’opérations de terrain récentes (p. ex. : Le Petit-Cloup-Barrat, Castel, Chauvière (dir.) ; Rochefort, Hinguant, Colleter (dir.) ; Les Bossats-Ormesson, Bodu (dir.) ; Laugerie-Haute Ouest, Verpoorte et al. 2019). Cette « accélération » s’est accompagnée d’une prise de précautions croissante dans la sélection des échantillons (privilégiant dans la mesure du possible des échantillons datant une action anthropique : objets finis ou déchets techniques d’industrie en os ou bois de cervidé caractéristique sur un plan chrono-culturel ; restes de faune avec stigmates anthropiques/stries de découpe) et dans l’évaluation taphonomique et contextuelle des sites et des niveaux archéologiques de sorte à assurer la fiabilité de l’association de l’échantillon à un niveau archéologique (pour la datation d’ensembles solutréens, voir par ex. Ducasse, Renard 2013 ; Ducasse et al. 2014, 2019 ; Banks et al. 2019 ; Verpoorte et al. 2019 ; Salomon In : Hinguant, Colleter 2020 p. 89–99).

  • 8 Aucune mesure radiocarbone n’est actuellement disponible pour les industries du Solutréen récent du (...)

31Tenant compte, dans la mesure du possible, de ces « préconisations », les 29 dates SMA retenues ici8 (fig. 398) indiquent très clairement un laps de temps durant lequel se développent conjointement les industries « à feuilles de laurier » et celles associant production laminaire et façonnage. En l’état, il semble vain de tenter de distinguer les phases chronologiques moyenne et supérieure du Solutréen sur la base des données obtenues par la méthode du radiocarbone.

32La résolution du cadre radiométrique actuellement disponible ne permettant pas de démêler la question de phases chronologiques successives ni celle d’une juxtaposition chronologique et géographique de faciès (fonctionnels) distincts, quelle signification peut-on accorder aux industries à feuilles de laurier ?

33Si l’hypothèse soutenue par P.E.L. Smith dans les années 1960, selon laquelle les industries du centre ouest, dépourvues de pointes à cran, témoigneraient d’un développement distinct de celles documentées plus au sud (Smith 1966 p. 282) n’aura pas mis longtemps à être discréditée (voir par ex. les travaux de Pradel à Fressignes qui documentent la présence de pointes à cran dès 1963 – Aubry, Almeida 2013 p. 44), « le statut » des industries à feuilles de laurier dépourvues de pointes à cran présentes plus au nord et à l’est, sur les marges septentrionale et orientale de l’aire maximale d’extension de l’occupation solutréenne, prête à discussion. Tandis que des industries du Solutréen supérieur à pointes à cran se développent dans le nord aquitain, la perduration de ces industries à feuilles de laurier a été interprétée en termes de peuplement (i.e. « Isolement des populations nordiques » Smith 1966 p. 298) ou encore comme le produit d’une évolution singulière des industries solutréennes (à Solutré, « Solutréen final assez tardif » Combier, Montet-White 2002 p. 186 ; interprété comme un niveau de Solutréen final par Smith 1966 p. 369). Caractérisée par J. Combier dès l’étude des anciennes séries issues des foyers A et B des fouilles de 1907 (Thoral, Riquet, Combier 1955), l’idée d’une industrie solutréenne à feuilles de laurier ayant évolué localement a vraisemblablement été entretenue par l’obtention d’une date 14C conventionnelle de 17 310 ± 470 BP issue d’un échantillon d’os prélevé au sommet de la couche 3 du sondage I11 (Combier, Montet-White 2002). Au regard du cadre chronologique désormais admis en France pour le Solutréen récent (voir supra) et la transition solutréo-badegoulienne (Ducasse et al. 2014, 2019 a), cette mesure obtenue dans les années 1970 dans un contexte stratigraphique vraisemblablement perturbé doit désormais être écartée (sur la question de la perduration du Solutréen récent au-delà de 23,5–23 ka cal BP et le développement des industries badegouliennes dans le sud-ouest de la France et le nord-ouest de l’Espagne voir Ducasse et al. 2017, 2019 b, 2020).

  • 9 L’on doit à P.E.L. Smith la création de cette ultime phase chronologique mettant un terme au dévelo (...)
  • 10 La couche G des fouilles Peyrony se caractérise par un débitage d’éclats assez épais, d’un débitage (...)
  • 11 Il convient néanmoins de préciser que l’échantillon de de la couche 6 (soit la couche 10 des fouill (...)

34Avec la mise en parallèle des industries septentrionales et orientales dépourvues de fossiles directeurs classiquement assignés au Solutréen supérieur et des séquences multistratifiées du nord aquitain, se dessinerait alors un ordonnancement chronologique des phases moyenne et supérieure du Solutréen. Compte tenu de l’importance accordée au site de Laugerie-Haute dans le phasage chronologique du Solutréen (par ex. Aubry et al. 2007 ; Aubry, Almeida 2013), il importe de s’attarder quelque peu ici. Dans ce cadre, les travaux de P.E.L. Smith ont joué et jouent manifestement encore un rôle central dans la structuration interne du Solutréen. Ce modèle défini à partir des industries lithiques de Laugerie-Haute ouest et est, repose sur l’hypothèse selon laquelle la succession en stratigraphie d’industries distinctes aurait une valeur chronologique. Une fois définies les industries de Laugerie-Haute, son modèle évolutif a été corrélé, par comparaison, aux ensembles solutréens à l’échelle de la France aboutissant à une évolution parallèle des industries lithiques (cf. Smith 1966 fig. 82 p. 393). Sans perdre de vue l’absence d’une analyse critique globale de la séquence de Laugerie-Haute (Aubry, Almeida 2013), le positionnement stratigraphique des industries à feuille de laurier à Laugerie-Haute Ouest (fig. 399) semblerait indiquer une succession chronologique entre ces ensembles attribués au Solutréen moyen et ceux où s’associent des feuilles de laurier et des pointes à cran (quasi absentes dans les couches 4 à 7 des fouilles Smith menées sur une surface d’à peine plus de 2 m2, elles apparaissent plus nombreuses dans le niveau H’’ des fouilles Peyrony – Bachellerie 2022). Si des contaminations entre les différentes couches solutréennes de Laugerie-Haute ouest ne peuvent bien entendu être exclues, les résultats d’une récente campagne de datation (Verpoorte et al. 2019) corrélés aux observations géoarchéologiques accréditent, voire renforcent avant tout l’hypothèse d’un remaniement et d’un mélange des vestiges dans les couches sommitales (autrement dit, les couches 3 à B’ et BB des fouilles Bordes et Smith attribuées au Solutréen final9 et au Magdalénien inférieur), correspondant à un faciès de coulées de solifluxion à front pierreux (Texier et al. 2006 ; Texier 2009 cité par Verpoorte et al. 2019). En revanche, les mesures obtenues pour les couches 15 à 4 (des fouilles Bordes et Smith) où se développent des industries allant du Proto-Solutréen (couche G des fouilles Peyrony10, (Peyrony, Peyrony 1938)) jusqu’au Solutréen supérieur ne montrent aucune aberration et sont chronologiquement bien distinctes des couches sommitales 3 à 0. In fine, les mesures obtenues à partir des échantillons prélevés dans les couches 12 à 4 (soit les ensembles allant du Solutréen inférieur au Solutréen supérieur) n’indiquent pas d’inversion chronologique (fig. 399, tabl. 85). En d’autres termes, bien que ces couches soient marquées par un processus de solifluxion sous pelouse, il ne semble pas pour autant avoir altéré la succession stratigraphique indiquée par les données du radiocarbone (Verpoorte et al. 2019). La superposition des dates projetées de la couche 10 attribuée au Solutréen moyen par Smith 19 606±74 BP11 (23 817–23 345 Wk–35 671) et celles de 19 676±112 (23 901–23 321 Wk–35 666) de 19 388±103 (23 743–23 048, Wk–39 841) obtenues dans l’ensemble sus-jacent composé des couches 4 à 7 et attribuées au Solutréen supérieur semble indiquer que la couche 10 ne peut être distinguée chronologiquement de l’ensemble sus-jacent sur la base des données issues du radiocarbone (fig. 399). La comparaison des résultats obtenus pour l’ensemble supérieur (couches 10 à 4) au cadre chronologique disponible pour le Solutréen amène les auteurs à l’attribuer dans son ensemble à un « Upper (Late or Recent) Solutrean » sans distinction d’une phase moyenne à feuilles de laurier (tel que cela avait été proposé par P.-Y. Demars, qui, à partir d’une analyse centrée sur « l’économie du silex », remet en question le parallélisme des séquences Est et Ouest et propose une simplification du découpage stratigraphique des deux séquences – Demars 1995).

Figure 399. Représentation schématique de la coupe sud-est de Laugerie-Haute ouest et des dates obtenues au cours des différentes campagnes de datations par la méthode du radiocarbone (SMA) (d’après Verpoorte et al. 2019, modifié). Sont également présentés les découpages chronoculturels de la séquence proposés par D. et É. Peyrony (1938) et P.E.L. Smith (1966).
Schematic representation of the southeast section of Laugerie-Haute Ouest and dates obtained during the various AMS radiocarbon dating projects (Verpoorte et al., modified). Also presented are the chronocultural divisions of the sequence proposed by D. and É. Peyrony (1938), then P.E.L. Smith (1966).

Figure 399. Représentation schématique de la coupe sud-est de Laugerie-Haute ouest et des dates obtenues au cours des différentes campagnes de datations par la méthode du radiocarbone (SMA) (d’après Verpoorte et al. 2019, modifié). Sont également présentés les découpages chronoculturels de la séquence proposés par D. et É. Peyrony (1938) et P.E.L. Smith (1966). Schematic representation of the southeast section of Laugerie-Haute Ouest and dates obtained during the various AMS radiocarbon dating projects (Verpoorte et al., modified). Also presented are the chronocultural divisions of the sequence proposed by D. and É. Peyrony (1938), then P.E.L. Smith (1966).

35Il reste que, en l’état des données actuellement disponibles (dont le cadre chronologique dans lequel se placent ces industries, voir supra), un développement synchrone à l’échelle du territoire français, d’industries fonctionnellement distinctes qui se traduirait, au moins pour partie, par la mise en œuvre d’une chaîne opératoire dédiée à l’obtention de feuilles de laurier d’une part (piémont nord pyrénéen, Hibarette ; nord aquitain, Cantalouette 2, Le Rail ; Mayenne, Seine-et-Marne, Ormesson, Saint-Sulpice-des-Favières ; vallée du Rhône, Le Figuier, la Salpêtrière) et des industries mixant des productions laminaires et du façonnage d’autre part ne peuvent être écartées.

36In fine et sans surprise, les gisements de plein air fournissent un socle documentaire inégal et le tableau qui se dresse ne peut être considéré que comme une image ponctuelle vouée à être enrichie par la découverte de nouveaux gisements et l’apport de nouvelles données. Par ailleurs, si l’ambition consiste ici en priorité à documenter l’occupation du Landry au regard des autres occupations du Solutréen récent à l’échelle régionale, des incursions vers le centre ouest se sont avérées intéressantes, voire nécessaires. Pour la diversité et la richesse des informations qu’il fournit, les données du gisement des Maîtreaux (Aubry et al. 1998, 2004, 2008 ; Almeida 2005), seront également mobilisées dans le cadre des comparaisons qui vont suivre. « Les ponts » dont témoigne l’introduction de matières premières du Turonien supérieur et inférieur originaires du centre ouest dans les ensembles nord aquitains semblent par ailleurs légitimer l’intégration de ce gisement à notre corpus « de comparaison ».

4.3 | Fonction de site et système de mobilité des groupes du Solutréen récent

37L’un des avantages des sites de plein air dont il est ici question tient à la relative « complétude » des séquences de débitage et de façonnage mises en œuvre in situ qui offre l’opportunité d’effectuer des comparaisons inter-sites. Ceci est essentiellement avéré s’agissant des chaînes opératoires de débitage (Les Rivelles, Les Maîtreaux, Le Landry). Certaines étapes de la chaîne opératoire de façonnage sont en revanche plus systématiquement absentes sur les gisements de plein air où celui-ci a été mis en œuvre de manière plus intensive (Cantalouette 2, Les Maîtreaux, Le Rail notamment) et pourraient témoigner d’une gestion distincte de ces productions lithiques.

4.3.1 | Pluralité des chaînes opératoires lithiques : implications techno-économiques et fonctionnelles

38La pluralité des chaînes opératoires est un fait établi pour la totalité des ensembles lithiques de ces gisements. Néanmoins leur représentation quantitative respective varie considérablement. Si les chaînes opératoires de débitage laminaire et de façonnage sont représentées dans des proportions sensiblement équivalentes au Landry et aux Maîtreaux (le débitage lamino-lamellaire étant le mieux représenté) et vraisemblablement au Rail (où la production de pièces foliacées est quantitativement un peu supérieure), l’industrie lithique des Rivelles témoigne quant à elle d’une surreprésentation de la production laminaire. Le site voisin de Cantalouette 2 indique une situation inverse où le façonnage de feuilles de laurier s’illustre de manière « écrasante ».

39Il n’en demeure pas moins que dans toutes ces configurations, d’autres catégories techniques sont, certes parfois de manière très discrète, représentées. Le débitage lamellaire en est une illustration assez convaincante. Dans d’autres cas, plus délicats à traiter, ce sont des séquences très brèves de débitage laminaire présentes au sein de milliers d’éclats de façonnage qui posent question. Enfin, quelques très courtes séquences de débitage de produits non normés, non standardisés restent parfois délicates à interpréter dans ces contextes.

40Le second caractère partagé par l’ensemble de ces sites tient à la proximité immédiate de ressources siliceuses. Le site des Maîtreaux est à ce titre « directement » implanté sur un gîte à silex d’excellente aptitude à la taille. Ces affleurements du Turonien supérieur concentrent des silicifications en abondance et d’excellente qualité, présentes sous la forme de dalles dont les dimensions s’étalent de 0,4 à 1 m de longueur et de nodules. Dans un tout autre environnement, installés à proximité immédiate de gîtes exceptionnels de silex dit du « Bergeracois » faciles d’accès, la situation des sites de Cantalouette 2 et des Rivelles est assez similaire. Si divers affleurements de silex sont disponibles (altérites argileuses et « grain de sel »), les occupants de Cantalouette 2 ont, semble-t-il, favorisé une sélection de plaquettes fines de dimensions modestes et de blocs de morphologie allongée ou sphérique de taille variable (allant jusqu’à 50 cm) au sein des altérites, tandis que les occupants des Rivelles ont privilégié un approvisionnement de blocs destinés au débitage laminaire de supports de 10–15 cm de long environ. Les nodules de silex sénonien local noir et blond, de qualité variable, disponibles à proximité dans les alluvions de l’Isle, ont été très majoritairement investis dans l’industrie lithique au Landry où des silex exogènes sont également représentés bien que de manière plus « discrète ». Disponibles à proximité immédiate du gisement, l’approvisionnement en matières premières au Rail témoigne de l’utilisation majoritaire de silex du Crétacé et des faciès calcédonieux de l’Éocène (Almeida et al. 2007) complétée par l’introduction de silex allochtones.

4.3.2 | Représentativité et caractérisation typo-technologique des chaînes opératoires : productions à usage immédiat versus productions à usage différé

Le façonnage

41La sélection des volumes à façonner atteste de comportements très variés, qui peuvent, en partie au moins, être corrélés au lieu d’implantation des occupations et à la proximité des ressources siliceuses. Néanmoins, certains gîtes présentent plusieurs conformations parmi lesquelles certaines semblent avoir été privilégiées au regard d’options techniques « singulières ». La fabrication des feuilles de laurier témoigne de la sorte d’une grande variabilité à la fois morphologique et dimensionnelle des « masses » sélectionnées : des dalles de grandes à très grandes dimensions, des nodules ou des blocs de dimensions variables, des plaquettes fines et longues d’une vingtaine de centimètres, des supports débités (éclats – ou lames – matrices).

  • 12 L’exploitation de support débité est autrement documentée à Cantalouette 2 ; le façonnage sur suppo (...)

42À ce titre, deux pointes foliacées du Rail se singularisent par la présence de faces inférieures résiduelles encore partiellement lisibles indiquant l’utilisation de supports débités (vraisemblablement des éclats ou une lame aux dimensions « exceptionnelles » pour un cas). L’une des deux, entière après raccord, montre une surface quasi entièrement façonnée (plage résiduelle de surface naturelle) opposée à une seconde qui l’est pour moitié et où le façonnage se concentre aux extrémités basale et apicale (Almeida et al. 2007 fig. 13). Au Landry, une pièce pourrait s’y apparenter, néanmoins l’ampleur et l’étendue de la retouche sur les deux faces restent trop limitées pour interpréter typologiquement cette pointe comme une ébauche de feuille de laurier. C’est finalement vers Cantalouette 2 qu’il faut se tourner pour voir augmenter, considérablement, le nombre d’occurrences. La sélection et le débitage de blocs de silex du Bergeracois de taille exceptionnelle ont occasionné la mise en œuvre d’un schéma opératoire jusqu’ici inconnu recourant à une utilisation d’éclat-matrice dans le cadre du façonnage de feuille de laurier (Bidart coord. In : Bourguignon (dir.) 2022). L’exploitation de ces blocs de très grandes dimensions peut fournir des matrices de tailles variées et in fine des feuilles de laurier de différents modules. Les remontages ont montré que le débitage d’un unique bloc permet l’obtention d’une seule feuille de laurier de moyen ou grand module et d’autres de plus petites dimensions12.

43En l’absence de longues séquences de remontage, les phases d’initialisation (de décorticage du volume) demeurent difficiles à identifier dans des contextes où différentes chaînes opératoires sont élaborées aux dépens des mêmes volumes de matière première (voir par ex. Le Landry ; Bachellerie, ce volume, 2022). Avec un peu moins de 20 % d’éclats de façonnage présentant des plages corticales résiduelles et quelques remontages d’éclats de façonnage corticaux, il paraît cependant clair que la chaîne opératoire de façonnage est représentée au Landry dès les premières étapes de réduction du bloc pour les feuilles de laurier confectionnées en silex local (Bachellerie, ce volume). Aux Maîtreaux, un premier test a été effectué à l’extérieur des unités chrono-spatiales successives, potentiellement sur le lieu de collecte des dalles. Cette étape et les suivantes, le décorticage et le dégrossissage des dalles, restent peu documentées sur le site (Aubry et al. 2008). Cette situation est vraisemblablement analogue au Rail où le déficit d’éclats de façonnage au regard du nombre de préformes recueillies pourrait indiquer l’introduction, au moins en partie, de pointes bifaciales déjà préalablement préformées (Almeida et al. 2007). Quelques remontages attestent néanmoins et plus rarement de la présence de la phase initiale.

  • 13 Six pièces présentent une longueur inférieure à 15 cm (Aubry et al. 2007c).

44Aux Maîtreaux, l’analyse de la série et les nombreux remontages (Almeida 2005) complètent les premières descriptions du schéma opératoire de façonnage de feuilles de laurier comprises entre 15 et 40 cm de longueur13 (Aubry 1998 ; Aubry et al. 2007c, 2008). Si deux options, le façonnage symétrique et asymétrique sont documentées, une préférence semble se dégager assez clairement pour la seconde. Ce schéma opératoire qui nécessite de disposer de volumes présentant une surface plate, implique que, durant les premières étapes de façonnage, seule l’une des deux surfaces est exploitée en vue de l’amincissement du volume tandis que la seconde est utilisée comme plan de frappe. Selon cette configuration, l’angulation entre les deux surfaces semble plus favorable au détachement des éclats de façonnage et diminue les contraintes liées au maintien de la symétrie des deux surfaces. Le fait de traiter la surface sous-corticale, de texture fine et homogène, durant la dernière séquence de réduction limite vraisemblablement les risques d’accident qui surviennent fréquemment lors des ultimes étapes du façonnage (Aubry et al. 1998, 2007 c, 2008 ; Almeida 2005). Le façonnage symétrique est nettement préféré au Landry où les deux surfaces de la préforme sont exploitées simultanément. Le degré d’aménagement de chaque face dépend cependant systématiquement du volume sélectionné, dans le cas d’une utilisation d’éclats-supports, la réduction du volume concerne préférentiellement la face supérieure (Bachellerie, ce volume). Les schémas symétrique et dissymétrique ont été mis en œuvre à Cantalouette 2 sans qu’ils soient exclusivement réservés à un type de matrice (Bidart coord. In: Bourguignon dir. 2022).

45Aux Maîtreaux, l’utilisation d’un percuteur dur est généralement attestée dans la mise en œuvre de la phase de dégrossissage et les premiers moments de régularisation tandis que dans les phases qui suivent, l’utilisation d’un percuteur tendre organique permet l’enlèvement d’éclats couvrants (Aubry et al., 2007 c). À Cantalouette 2, si l’utilisation du percuteur minéral ne semble pas faire de doute pour la mise en forme des ébauches et des préformes, l’utilisation du percuteur tendre organique s’observe davantage à partir des éclats de façonnage que sur les feuilles de laurier abandonnées (Bidart coord. In : Bourguignon (dir.) 2022). Dans le cas du façonnage de feuilles de laurier mené au Landry, l’observation des pointes foliacées et des éclats de façonnage indique que, si le percuteur minéral est parfois utilisé, l’emploi du percuteur organique reste majoritaire dès les premières phases opératoires du façonnage. La préparation des bords par abrasion et facettage est courante, mais pas systématique. Le soin porté à la préparation avant détachement semble néanmoins augmenter progressivement (Bachellerie, ce volume ; Bachellerie 2022).

46Aux Maîtreaux, l’ensemble des pièces façonnées (N = 52) sont, sans exception, abandonnées en cours de fabrication (fracturation, séries d’erreurs empêchant la poursuite du façonnage, problèmes dus à l’hétérogénéité de la matière). À Cantalouette 2, les 94 pièces foliacées représentent différents stades d’abandon : un peu plus des deux tiers sont des ébauches fracturées présentant d’importants problèmes de gestion et une fréquence d’accidents rédhibitoires, un peu moins d’un tiers sont des préformes correspondant à une recherche de « symétrie bifaciale », enfin seuls deux fragments attestent d’un stade de finition (correspondant à la régularisation générale de la pièce et à l’affûtage des tranchants).

47Les feuilles de laurier retrouvées au Landry sont essentiellement fracturées à des stades plus ou moins avancés du façonnage. Ces accidents sont souvent liés à des problèmes d’homogénéité de la matière, mais également, dans certains cas, à des problèmes de savoir-faire. Environ un fragment de feuille de laurier sur dix (23 %) a été réutilisé, soit via l’extraction d’un ou plusieurs enlèvements burinants (depuis la surface de fracture), soit dans une tentative de poursuite du façonnage. Là encore, une reprise du façonnage par des mains malhabiles est suspectée dans plusieurs cas (Bachellerie, ce volume). À une exception près, aucun de ces fragments recyclés n’a été employé dans des activités ultérieures. Plus largement, le faible taux de feuilles de laurier ayant livré des traces d’utilisation (N = 2, Claud, Mesa-Saborido, ce volume) ainsi que l’absence de feuilles de laurier entière en silex local suggèrent qu’une partie des outils produits a été emportée à l’extérieur du gisement.

48La situation diffère quelque peu au Rail dans la mesure où les pièces bifaciales ont été introduites sur le site, témoignent d’un stade avancé de la production, voire de la présence du stade de finition pour deux exemplaires retouchés par pression (Almeida et al. 2007).

Le débitage laminaire

49Les modalités de débitage laminaire mené in situ présentent de fortes analogies dans les ensembles lithiques où cette chaîne opératoire est, soit surreprésentée (Les Rivelles), soit coexiste avec des activités de façonnage (Les Maîtreaux, Le Landry, Le Rail).

  • 14 Les différences technologiques tiennent à la morphologie différente des dalles sélectionnées, la mi (...)
  • 15 L’existence de deux chaînes opératoires fournissant des produits laminaires aux dimensions distinct (...)

50Aux Rivelles, cette production est représentée par l’ensemble des produits issus de l’exploitation des 43 nucléus laminaires, tous en silex du Bergeracois. La situation est identique au Landry où 54 nucléus exclusivement en silex sénonien de provenance locale (noir ou blond) ont généré une quantité importante de restes de taille (Brenet, ce volume ; Bachellerie 2022). Enfin, aux Maîtreaux, deux schémas opératoires dédiés à la production de supports laminaires ont initialement été identifiés (Aubry et al. 2004, 2007 c, 2008 ; Almeida, 2005). Le premier, mené aux dépens de nodules ou de dalles, est destiné à l’obtention de très grandes lames à usage immédiat. Si des convergences avec les modalités de la production standardisée destinées à l’obtention de support de pointes à cran et vraisemblablement de lamelles présente dans l’ensemble des unités chrono-spatiales (Aubry et al. 2007 c) et à laquelle nous allons désormais nous référer, des arguments d’ordre « technologique14, économique et spatial » les différencient (Almeida 2005, p. 51). Néanmoins, les grandes lames des Maîtreaux ne trouvent vraisemblablement pas d’équivalent dans ce corpus. Seule la description faite du débitage laminaire documentée à Gratteloup15 pourrait attester de points de convergence (Morand-Monteil et al. 1997).

51Aux Rivelles, la sélection des volumes à débiter (exclusivement des blocs de silex du Bergeracois) a été orientée vers des blocs d’assez, voire de très grandes dimensions si l’on considère celles de certains produits d’aménagement à l’image d’éclats laminaires semi-corticaux de plus de 19 cm de long participant à la mise en forme des flancs et la présence d’une lame à crête d’une longueur supérieure à 20 cm. La recherche de volumes aux dimensions plus ou moins similaires est également attestée aux Maîtreaux où des dalles de silex homogène et au grain fin, de 25 cm de longueur « relativement aplaties, aux bords arrondis » ont été sélectionnées pour le débitage de supports laminaires standardisés (Almeida 2005 p. 45 ; Aubry et al. 2007 c). Ces formats corroborent les dimensions des blocs de silex sénonien sélectionnés au Landry dont les longueurs initiales sont estimées entre 20 à 30 cm (Bachellerie 2022).

52Les phases d’aménagement attestent de modalités variées, plus ou moins « élaborées », et dépendent essentiellement de la morphologie de la « masse » à débiter. L’expression la plus simple consiste en un décorticage partiel du bloc par l’enlèvement d’éclats corticaux (aux Rivelles, Prodéo p. 55 ; au Landry, Brenet, ce volume). Aux Rivelles, ces éclats sont peu épais et débités au percuteur tendre ou « tendre-dur » (sous-entendu au percuteur tendre minéral). Ici, un soin est porté dès cette phase de décorticage de manière à conserver un maximum de matière utile.

53Si l’ouverture de deux plans de frappe opposés est une option très fréquente (voire systématique aux Maîtreaux ; Almeida 2005, Aubry et al. 2008 ; au Rail, Almeida et al. 2007 ; et quasi systématique aux Rivelles, Lelouvier 2019 qui mentionne également des plans de frappe opposés décalés), les nucléus du Landry sont débités à parts quasi égales depuis un plan de frappe unique ou deux plans de frappe opposés dont un jouant un rôle « secondaire » (Brenet, ce volume ; Bachellerie 2022). Les structures volumétriques prismatiques sont de fait plus répandues que les structures pyramidales à un seul plan de frappe.

54La surface de débitage est sans exception installée aux dépens de la surface la plus allongée du volume. Dans la très grande majorité des cas observés sur les quatre gisements, l’aménagement se poursuit avec l’installation d’une crête antéro-médiane et le détachement d’éclats laminaires corticaux (dans l’axe de la surface de débitage ou perpendiculaire à celui-ci) ou de lames latérales (parfois à dos cortical) permettant d’installer les convexités latérales et longitudinales nécessaires à la poursuite du débitage. Si de rares volumes présentent encore en fin d’exploitation de larges surfaces naturelles sur les flancs et le dos, certains nucléus témoignent au contraire d’un investissement plus important dès la phase d’aménagement qui se traduit par la mise en place d’une crête postéro-médiane ou postéro-latérale (Les Rivelles, Les Maîtreaux). Au Landry, ces diverses options sont représentées, mais selon des fréquences inégales. Comme aux Maîtreaux, la recherche de volumes adaptés réduisant les opérations de mise en forme semble assez significative (Almeida 2005 ; Aubry et al. 2008).

55Le débitage depuis les deux plans de frappe opposés, d’angle ouvert, fonctionne selon une alternance sans doute assez rapide (Brenet, ce volume ; Almeida 2005), dès les débuts de l’exploitation laminaire (voir Prodéo 2012 fig. 48 p. 63 : remontage d’une lame à crête sur deux produits laminaires de plein débitage issus des deux plans de frappe opposés).

56Les plans de frappe lisses ou peu facettés sont entretenus par l’enlèvement de tablettes parfois épaisses ou des éclats de réaménagement, ce à quoi correspondent les talons des produits laminaires observés. Aux Rivelles, les talons lisses (J.B. obs.), punctiformes plus rarement facettés, systématiquement abrasés sont les plus fréquents (Prodéo 2012). Les talons lisses dominent l’ensemble des lames de plein débitage au Landry (Bachellerie 2022) et aux Maîtreaux (Almeida 2005). L’abrasion de la corniche et le recul du bord de plan de frappe sont également des constantes.

57Sur l’ensemble des sites, les produits laminaires recherchés se caractérisent par des supports aux bords et nervures réguliers, d’une longueur comprise entre 10 et 12 cm (observation depuis les derniers négatifs réussis ou les supports laminaires « simples » entiers). Les talons sont majoritairement lisses abrasés bien qu’au Rail des talons facettés en « véritables éperons » abrasés soient également documentés (Almeida et al. 2007). L’utilisation alternée de deux plans de frappe qui permet l’exploitation de surfaces de débitage aux convexités longitudinales peu marquées favorise, de fait, l’obtention de supports laminaires au profil rectiligne et dont les bords convergent naturellement en partie distale (Almeida 2005 ; Bachellerie 2022).

58Sans exception, les techniques de détachement mises en jeu pour l’obtention des produits principalement recherchés témoignent de l’utilisation conjointe d’un percuteur tendre minéral appliqué dans une version tangentielle (à part quasi égale au Landry, Brenet, ce volume ; Bachellerie 2022) et de l’utilisation d’un percuteur tendre organique (technique principalement documentée aux Maîtreaux pour le détachement des supports laminaires ; l’utilisation d’un percuteur minéral étant plutôt liée à l’extraction de potentiels supports de plus petit gabarit, des supports lamellaires). La mise en œuvre de ces deux techniques de détachement est également attestée aux Rivelles (Prodéo 2012 ; J.B. obs.).

59La progression se fait selon un recul frontal et l’entretien des convexités latérales peut faire appel à des réaménagements partiels de type néo-crête (partielle) latérale ou encore à l’enlèvement d’éclats perpendiculaires à la surface de débitage. La solution la plus « économique » en termes de « simplification » reste l’enlèvement de lames latérales parfois corticales. L’entretien des convexités longitudinales peut également passer par l’ouverture d’un plan de frappe opposé à partir duquel seront débités des éclats allongés. Cette option permet également d’intervenir sur la surface de débitage en cas d’accident de type rebroussé (Brenet, ce volume ; Bachellerie 2022).

60Les données des ensembles lithiques des Rivelles et du Landry montrent que les surfaces de débitage des nucléus, à l’état d’abandon, témoignent de dimensions allant de 15 à un peu moins de 10 cm. Les convexités longitudinales étaient alors peu marquées ce qui a occasionné un certain nombre d’accidents de type rebroussé. Certains nucléus encore assez volumineux laissent penser que le débitage aurait pu être poursuivi, mais que les dimensions ne semblaient plus correspondre aux objectifs de la production (Brenet, ce volume ; J.B obs.).

Les témoins du débitage lamellaire

  • 16 Aux Maîtreaux cette situation est clairement exposée et reste en suspens en l’attente de remontage (...)
  • 17 Ce module « lame-lamelle » ne semble par ailleurs pas avoir été sélectionné dans le cadre de l’amén (...)

61Faire le constat du débitage lamellaire n’amène à aucun consensus et revient à évoquer des situations au cas par cas tant les modalités de cette production et leurs finalités varient d’un corpus à l’autre. Si cette composante s’exprime bien aux Maîtreaux et dans une moindre mesure aux Rivelles où des lamelles à dos épais sont présentes en plus ou moins grande quantité, leur modalité d’obtention est encore sujette à caution16. En l’absence de nucléus lamellaires évoquant une production autonome, l’hypothèse d’une production en continuité du débitage laminaire pour le détachement de produits étroits en fin d’exploitation ou celle d’une production intercalée en utilisant les nervures des surfaces de débitage des nucléus laminaires en vue d’extraire des supports lamellaires de section triangulaire ont été évoquées (Aubry et al. 2008 ; Almeida 2005). Aux Rivelles, les modalités d’obtention des supports d’armatures lamellaires sont, pour l’heure, assez peu documentées. Deux nucléus pourraient suggérer une production autonome (J.B. obs. ; Lelouvier (dir.), en préparation) ; néanmoins les fragments lamellaires bruts issus des refus de tamis ne corroborent pas les modalités d’exploitation de ces nucléus. Par ailleurs, la présence d’un gabarit de lames-lamelles et d’un nucléus parvenu à exhaustion pourrait suggérer une continuité du débitage lamino-lamellaire par réduction des volumes permettant l’obtention de petites lames investies dans la confection des armatures lamellaires17. Au Landry, aucune armature retouchée ni lamelle retouchée ou utilisée brute telles que celles documentées aux Maîtreaux ou aux Rivelles n’a été identifiée. Les nucléus observés évoquent un débitage peu investi, non productif et parfois non maîtrisé, suggérant une production expédiente, anecdotique d’un point de vue économique pouvant tout au plus s’apparenter à une production d’appoint (Brenet, ce volume ; Bachellerie 2022). À Cantalouette 2 ainsi qu’au Rail, ces productions sont absentes des industries.

Les débitages d’éclats

62Aux chaînes opératoires lamino-lamellaires et de façonnage, rencontrées « classiquement » dans les ensembles lithiques du Solutréen récent, s’ajoutent, plus sporadiquement, des indices d’un débitage d’éclats. L’identification de nucléus présentant des négatifs d’enlèvements pouvant supposer l’extraction d’éclats de morphologie et de dimensions différentes a été particulièrement discutée dans le cadre du Landry (Brenet, ce volume ; Bachellerie 2022). Ces nucléus se caractérisent par des séquences de débitage courtes, des surfaces accidentées, l’emploi d’un percuteur minéral sans préparation préalable, ainsi que par une importante variété morpho-dimensionnelle des supports produits. Des situations similaires sont évoquées au Rail par M. Almeida et collaborateurs, qui décrivent l’exploitation par percussion minérale de petits nodules selon des schémas d’exploitation à tendance centripète ou « plus opportunistes » (Almeida et al. 2007). À Cantalouette 2, à côté des nucléus lamino-lamellaires liés à l’obtention de supports d’outils de transformation, des nucléus à éclats de différents types sont mentionnés. Il s’agit de nucléus à éclats laminaires visant à la production de supports de pointes à face plane, de nucléus à éclats de grandes dimensions servant de matrices pour la production de feuilles de laurier et, dans une moindre mesure, de nucléus à éclats « de type discoïde » (Bidart coord. In : Bourguignon (dir.) 2022 p. 129). Au nombre de deux, ces nucléus se caractérisent à nouveau par des séquences de débitage courtes et peu productives, menées au percuteur de pierre. La possibilité que ces nucléus soient le fait de tailleurs inexpérimentés, voire en réalité des ébauches de feuilles de laurier, est également proposée par les auteurs (Bidart coord. In : Bourguignon (dir.) 2022, Ortega-Cordellat 2018).

  • 18 La question d’une possible chaîne opératoire autonome de production d’éclats a également été évoqué (...)

63De manière générale, l’absence de régularité dans les modalités d’exploitation de ces nucléus, les accidents et maladresses observées ainsi que l’emploi systématique d’un percuteur de pierre questionnent sur le statut de cette « production »18. Au Landry, considérant également que les éclats issus de ces nucléus n’ont a priori fait l’objet d’aucune retouche et n’auraient pas non plus été utilisés bruts selon les résultats des analyses fonctionnelles (Claud, Mesa-Saborido, ce volume), l’idée d’une production autonome d’éclats au sein du gisement a pu être remise en question (Bachellerie 2022). Dans ce cadre, l’hypothèse d’une production par des tailleurs novices ou apprentis sans réel besoin économique a été proposée, de même que la possibilité que certaines pièces soient davantage liées à une intention d’amincissement plutôt qu’à une réelle production de supports (ibid.).

64En l’état des données, il n’est cependant pas possible d’écarter l’idée d’une production expédiente pour des besoins immédiats. Par ailleurs, si les mentions d’un débitage d’éclats autonome au sein de séries du Solutréen récent sont rares, il n’est à ce jour pas possible de savoir si ce constat est lié à un manque d’attention porté à cette composante ou si son absence est effective.

Fractionnement spatio-temporel des productions lithiques

65En synthèse, si les chaînes opératoires laminaires peuvent être intégralement retranscrites à partir des productions menées in situ, la production de feuilles de laurier tend en revanche à montrer plus fréquemment une absence de témoins des étapes initiales et/ou de finition. Si au Landry, la sous-représentation des phases initiales de décorticage et de finition (i. e. application de la retouche par pression) peut s’expliquer par la nature du corpus lithique (Bachellerie 2022 p. 122), la situation aux Maîtreaux et à Cantalouette 2 semble refléter un comportement économique particulier. L’absence de feuilles de laurier entières ou fragmentées attestant des derniers stades de finition, corrélée au déficit d’éclats correspondant aux dernières phases de traitement du façonnage dissymétrique (dernière séquence d’amincissement aux dépens de la surface sous-corticale) attestent en toute vraisemblance de leur emport depuis le site des Maîtreaux en vue d’un usage différé (Almeida 2005 ; Aubry et al. 2007, 2008 ; Almeida et al. 2013). À Cantalouette 2, les remontages très avancés des « coques » montrent, en négatif, la production de feuilles de laurier de très grand module absentes du corpus et qui, là aussi pourraient avoir fait l’objet d’un emport. Un autre argument tient à la présence d’un nombre d’éclats obtenus au percuteur tendre organique qui ne correspond pas aux observations réalisées sur les pièces foliacées abandonnées qui témoignent rarement de la mise en œuvre de cette technique de détachement (Bidart coord. In : Bourguigon (dir.) 2022).

66Ces éléments pourraient traduire une gestion économique distincte de ces productions laminaires versus celles attachées au façonnage, marquée par une fragmentation spatio-temporelle plus importante encore de la production de pièces foliacées dans ces contextes. L’introduction du traitement thermique, principalement impliqué dans la fabrication des pièces foliacées, serait un élément supplémentaire qui accentuerait ce constat (Bachellerie, ce volume, Bachellerie 2022). L’identification au Landry de deux fragments de feuilles de laurier ainsi que d’un unique éclat de façonnage présentant des indices de traitement thermique évoque le passage « en transit » de feuilles de laurier ou de préformes foliacées parvenues à un stade relativement avancé. À l’échelle du nord de l’Aquitaine, si les indices de traitement thermique (fig. 146) sont indéniables, ces derniers ne concernent qu’une très faible quantité de feuilles de laurier. Les préformes et feuilles de laurier traitées thermiquement n’ont été rencontrées que dans peu de gisements et généralement sous la forme d’un ou deux objets. Seules les séquences de Laugerie-Haute ouest et du Piage suggèrent la réalisation d’activités de façonnage post-chauffe au sein du site (fig. 400 et fig. 146). Ces objets semblent donc circuler de manière importante au sein du territoire. La mise en œuvre de ce procédé technique renforce sans conteste l’idée d’une segmentation spatiale et temporelle des productions des feuilles de laurier (Bachellerie et al. 2019 ; Bachellerie 2022). Un autre argument tient à la rareté, sinon plus, des traces d’utilisation observées sur les feuilles de laurier au Landry qui témoignent d’une disproportion entre la quantité d’objets produits et celles utilisées in situ (Claud, Mesa-Saborido, ce volume). Sur les 99 exemplaires de feuilles de laurier identifiées au Landry (dont 89 sont confectionnées en silex sénonien local, noir ou blond) seuls 4 exemplaires (dont une pièce peut-être inachevée confectionnée sur un support débité, lame – ou éclat – matrice ou pointe d’un autre type) portent des stigmates d’utilisation dont deux sont en silex allochtone. Il ne semble pas, par ailleurs, que le taux, très élevé, de fracturation de ces objets constitue un argument en faveur de leur non-utilisation (voir les cas de réutilisation). Enfin, et la question pourrait sembler triviale, mais mérite vraisemblablement d’être posée : sur les 99 exemplaires de feuilles de laurier, seuls deux sont entiers et 19 raccords intègrent 45 fragments : qu’est-il advenu des fragments qui ne complètent pas ces raccords ? Aux Maîtreaux, l’absence de fragments (au sein de certains remontages), notamment des pointes de grand module, pourrait indiquer soit leur déplacement vers un autre « secteur » (ou un autre lieu d’occupation) soit une réutilisation en vue de la fabrication d’une nouvelle pointe foliacée (Almeida 2005).

67In fine, cette segmentation de la chaîne opératoire de façonnage s’observerait, certes dans des proportions et à des étapes de transformation différentes (présence/absence de certaines étapes d’initialisation et/ou de finition, présence de pièces foliacées achevées, utilisation sur place ou usage différé), mais de manière systématique, dans des contextes d’occupation distincts, qu’il s’agisse de lieux essentiellement tournés vers leur production ou de sites où des activités plus variées sont documentées. Les productions laminaires destinées à l’obtention des supports d’armatures (pointes à cran et armatures lamellaires) et des supports de l’outillage de transformation traduiraient des situations plus contrastées, évoquant un large gradient fonctionnel des occupations. La confection des armatures, pointes à cran et lamelles à dos issues vraisemblablement d’un même schéma opératoire aux Maîtreaux, est destinée à la constitution de réserves destinées à un usage différé qui se manifesterait par la présence « écrasante » d’exemplaires fracturés en cours de fabrication et d’une carence des supports sélectionnés pour leur confection (Almeida, 2005 ; Almeida et al. 2013). Inversement, aux Rivelles, une quarantaine de pointes à cran (Prodéo 2012 fig. 51 p. 65) confectionnées à notre connaissance en silex local, sont produites sur place (la totalité des nucléus, N = 35 sont en silex du Bergeracois) et abandonnées à la suite de leur fracturation en cours d’aménagement ou après utilisation comme armature de projectile (Claud, Mesa-Saborido ce volume, Lelouvier 2019 ; Lelouvier (dir.) en préparation). Le Landry pourrait représenter une situation intermédiaire. La très grande quantité de nucléus et de produits laminaires issus du schéma opératoire classiquement assigné à l’obtention de supports de pointes à cran et la faiblesse quantitative de ces armatures confectionnées à partir des ressources siliceuses locales pourraient suggérer un emport soit des « meilleurs » produits laminaires, conformes à l’aménagement de ces pointes lithiques, soit d’armatures achevées et prêtes à l’emploi. Si un emport, d’une partie de la production menée in situ (supports laminaires bruts ou aménagés), orientée principalement voire exclusivement vers la production laminaire ne peut être écarté aux Rivelles, la composition de l’industrie combinée aux analyses fonctionnelles (Claud in Lelouvier dir. en préparation ; Claud et Mesa-Saborido ce volume) montrent une étendue des activités de la production jusqu’à la consommation (importance des activités cynégétiques ?). Au Landry, on pourrait proposer l’hypothèse selon laquelle la production laminaire serait, du point de vue des armatures lithiques, destinée pour partie à un usage immédiat comme en attestent 5 pointes à cran en silex sénonien vraisemblablement fracturées en percussion lancée (Claud et Mesa-Saborido, ce volume), et pour partie à un usage différé.

Figure 400. Illustration du traitement thermique mis en œuvre à Laugerie-Haute ouest |1 à 7| et au Piage |8 à 12|. La présence conjointe de fragments de feuilles de laurier |1–4 ; 8–9| et d’éclats de façonnage |5–7 ; 10–12| présentant des indices macroscopiques de traitement thermique (lustre de chauffe et plage(s) mate(s) associées) retrouvés au sein de ces deux gisements suggère la réalisation d’activités de façonnage post-chauffe in situ. Pour les éclats de façonnage |5 à 7|, les plages mates (antérieures au traitement thermique) sont figurées en brun, tandis que les négatifs d’enlèvement en blanc correspondent aux plages lustrées (postérieures au traitement thermique).
Illustration of heat treatment carried out at Laugerie-Haute Ouest |1 to 7| and Piage (8 to 12). The presence of laurel leaf fragments (1-4; 8-9) and shaping flakes (5–7; 10–12) with macroscopic evidence of heat treatment (heating lustre and associated matte surface(s)) found in these two sites suggests that post- heating shaping was carried out in situ. For shaping flakes |5 to 7|, the matte areas (prior to heat treatment) are shown in brown, while the white scar negatives correspond to the lustred areas (after heat treatment).

Figure 400. Illustration du traitement thermique mis en œuvre à Laugerie-Haute ouest |1 à 7| et au Piage |8 à 12|. La présence conjointe de fragments de feuilles de laurier |1–4 ; 8–9| et d’éclats de façonnage |5–7 ; 10–12| présentant des indices macroscopiques de traitement thermique (lustre de chauffe et plage(s) mate(s) associées) retrouvés au sein de ces deux gisements suggère la réalisation d’activités de façonnage post-chauffe in situ. Pour les éclats de façonnage |5 à 7|, les plages mates (antérieures au traitement thermique) sont figurées en brun, tandis que les négatifs d’enlèvement en blanc correspondent aux plages lustrées (postérieures au traitement thermique). Illustration of heat treatment carried out at Laugerie-Haute Ouest |1 to 7| and Piage (8 to 12). The presence of laurel leaf fragments (1-4; 8-9) and shaping flakes (5–7; 10–12) with macroscopic evidence of heat treatment (heating lustre and associated matte surface(s)) found in these two sites suggests that post- heating shaping was carried out in situ. For shaping flakes |5 to 7|, the matte areas (prior to heat treatment) are shown in brown, while the white scar negatives correspond to the lustred areas (after heat treatment).

68Si l’emport de produits bruts et/ou retouchés peut, selon les contextes, être documenté par des faits tangibles (Cantalouette 2, les Maîtreaux par ex.) ou rester à l’état d’hypothèse (Le Landry, Les Rivelles par ex.), l’introduction de matières siliceuses allochtones permet d’asseoir le constat d’une circulation, parfois sur de très longues distances (plusieurs centaines de kilomètres), de certaines catégories techniques ou typologiques de vestiges. Au Landry, où l’utilisation des matières siliceuses locales reste largement majoritaire, l’analyse pétrologique combinée aux études techno-économiques indiquent que certaines catégories de vestiges ont fait l’objet d’une circulation sur de plus ou moins longues distances, ne faisant parfois que transiter sur le site (infra ; Delvigne, ce volume). Il pourrait en être de même au Rail où la présence de matériaux non locaux est assez discrète et se matérialise sous les traits d’un remontage de plusieurs supports laminaires sous-crête en silex du Turonien de Pons (résultant potentiellement d’un nucléus en transit qui n’a pas été retrouvé sur le site) et d’un grattoir en silex « turonien de la zone de Taillebourg/Écoyeux » (Almeida et al. 2007). Fait rarement documenté dans des contextes solutréens, aucune matière siliceuse allochtone n’est documentée à Cantalouette 2 où seuls les silex zonés du Bergeracois « maastrichien » du Campanien supérieur ont été exploités (Bourguignon (dir.) 2022). Sans être tout à fait assurée et en l’attente d’une caractérisation plus fine, la situation aux Rivelles pourrait être plus ou moins analogue (obs. J.B. : présence d’une lame et d’un fragment de lame en silex sénonien blond ?) ou du moins, montrer une exploitation très intensive ou quasi exclusive des ressources siliceuses disponibles à proximité. L’approvisionnement en matières siliceuses aux Maîtreaux est majoritairement tourné vers les formations situées à proximité immédiate du site. Néanmoins, quelques centaines de vestiges témoignent de l’introduction de silex d’origine géologique différente (silex tertiaires calcédonieux) ou d’étage distinct (Turonien moyen), tous disponibles dans un rayon de quelques kilomètres qui participent à la production de supports de pointes à cran et à celle de lamelles à dos (Aubry et al. 2008). Si une circulation des silex du Turonien supérieur et inférieur originaires du centre ouest est attestée dans plusieurs gisements du Bassin aquitain (voir par ex. Le Piage, Ducasse, Renard In : Bordes, Le Brun-Ricalens (dir.) 2010 ; Cuzoul de Vers, Renard 2012 ; Cabrerets, Ducasse, Renard 2013), il semblerait que la réciprocité, un mouvement inverse, ne soit pas documentée aux Maîtreaux tandis que la présence de silex sénoniens originaires d’Aquitaine est reconnue sous la forme de produits laminaires dans l’industrie lithique du site voisin de Monthaud (Aubry et al. 2008).

Caractérisation fonctionnelle des occupations

  • 19 Une série de six grattoirs et de six grandes lames ébréchées ont fait l’objet d’un test tracéologiq (...)

69En l’absence d’analyses fonctionnelles (exception faite du Landry, Claud, Mesa-Saborido, ce volume ; Les Rivelles, Claud In : Lelouvier (dir.) en préparation ; Les Maîtreaux, Aubry et al. 199819) et en dehors d’un cas exceptionnel où les matières organiques sont conservées (Les Bossats, Bodu (dir.) 2023 ; Bodu et al. 2014, 2019), les données disponibles permettant de documenter la nature et la variabilité des activités intra-site se restreignent, de fait, à la composition des productions lithiques en silex et en roches tenaces intégrant différents registres, technique, alimentaire et symbolique. Par ailleurs, en l’absence des témoins du registre osseux, faune chassée et industrie en matière dure animale (i. e. pointes osseuses ; voir supra), les activités cynégétiques sont exclusivement mises en évidence au travers des pointes lithiques impactées et, ici en l’occurrence, les pointes à cran et les armatures lamellaires. Complémentaires des activités cynégétiques, les activités « quotidiennes », liées à des besoins (plus ou moins) immédiats, sont perceptibles au travers d’un outillage de transformation majoritairement conçu aux dépens de ressources siliceuses locales (silex et autres roches). La diversité du spectre typologique répondrait le plus souvent à la variabilité des activités menées a minima à l’intérieur de l’espace occupé.

70Si, au sein des différentes unités chrono-spatiales, la confection de feuilles de laurier de grandes dimensions, et plus encore de pointes à cran et d’armatures lamellaires (et/ou de leurs supports) en vue de constituer une « réserve » destinée à un usage ultérieur constitue un objectif certain, les témoins d’activités de boucherie et du traitement de peau sèche (cf. note de bas de page [20]) in situ couplés à la présence d’un groupe élargi à des individus maîtrisant à divers degrés les principes de la taille et ne se limitant pas à celle des tailleurs-experts, impliquent vraisemblablement de relativiser la notion stricte d’atelier de taille aux Maîtreaux (Aubry et al. 2004 ; Almeida 2005). D’autres arguments indiquent que le spectre des activités menées sur le site s’étend au-delà de la stricte production lithique à l’image de la transformation de l’ocre (Salomon et al. 2013 ; Salomon 2018) et de la présence de production graphique sur mobilier lithique (Almeida 2005 ; Tymula et al. 2013). Il n’en demeure pas moins que le choix du ou des groupe(s) de s’implanter aux Maîtreaux a vraisemblablement été motivé, en partie au moins, par la qualité et la disponibilité dans un environnement immédiat ou proche de ressources siliceuses de très bonne qualité.

71Ce même argument pourrait également être mobilisé pour justifier de l’installation des groupes ayant occupé les gisements de Cantalouette 2 et des Rivelles. Néanmoins, ces deux occupations traduisent des comportements techno-économiques bien différents, pour ne pas dire, aux antipodes. En l’absence de données tracéologiques et de vestiges organiques conservés, à Cantalouette 2, les témoins d’activités anthropiques, exclusivement liés à la transformation des ressources siliceuses (opérations de façonnage quasi exclusives) et l’absence des produits achevés et fonctionnels prioritairement recherchés pourraient constituer un argument décisif pour qualifier l’occupation solutréenne d’atelier de taille spécialisé dans la confection de feuilles de laurier de grand et moyen modules destinées à un usage différé. La quasi-absence de matériaux non locaux, de pointe cynégétique (aucune fracture liée à un impact en percussion lancée n’est documentée sur les feuilles de laurier de plus petit module) et le très faible corpus d’outils de transformation (rareté des grattoirs et des burins, racloirs dominants, encoches et denticulés) au regard de la quantité exceptionnelle de restes de taille abonderaient dans ce sens. Par ailleurs, la surreprésentation des ébauches, les maladresses dont elles témoignent et l’utilisation d’un percuteur minéral suggèrent ici la présence de tailleurs de niveaux de technicité différents (Ortega-Cordellat 2018 ; Bidart coord. In : Bourguignon (dir.) 2022) ce qui, pour autant, ne constituerait pas un argument en défaveur d’une occupation de type atelier de taille. Si cela n’est pas directement documenté à Cantalouette 2, le passage d’un nucléus laminaire des mains d’un tailleur apprenti à celles d’un tailleur plus expérimenté associé à un changement de technique de percussion (percussion minérale, percussion tendre organique) pour la résolution de problème technique est en revanche attesté aux Maîtreaux témoignant d’une collaboration entre individus dans le processus d’apprentissage (Almeida 2005). En conclusion, et en l’attente de données tracéologiques sur l’outillage de Cantalouette 2, l’hypothèse parcimonieuse voudrait que l’on considère l’occupation solutréenne comme un site de production quasi exclusif où des activités de transformation de faible ampleur auraient pu se dérouler en parallèle, mais dont les témoins restent fugaces. Enfin les données dont nous disposons (cf. note de bas de page [2]) pour caractériser fonctionnellement l’occupation du site des Rivelles exigent une certaine prudence. La composition de l’ensemble lithique témoigne de la mise en œuvre d’une production laminaire (et/ou lamino-lamellaire) sur place attestée par de très nombreuses séquences de remontages, allant des phases initiales du débitage à des nucléus abandonnés à l’état d’exhaustion. L’outillage de transformation composé d’un spectre assez large d’outils est représenté à parts égales avec les armatures de projectile. La présence, par ordre décroissant, de burins et de lames retouchées, de grattoirs et de perçoirs, et d’un éclat retouché semble indiquer une diversité des activités de transformation de divers matériaux (Claud, Mesa-Saborido ce volume). Enfin, un certain nombre de pointes à cran et d’armatures lamellaires sont fracturées en cours d’aménagement tandis que l’analyse fonctionnelle montre qu’une seconde « population » de pointes à cran porte les stigmates d’une fracturation liée à la percussion lancée. En dépit de la « faiblesse » de ces arguments, nous serions tentées, notamment au regard du profil techno-économique et fonctionnel des autres gisements entrevus précédemment, de considérer l’occupation des Rivelles comme un cas intermédiaire. Sous réserve des résultats d’une analyse complète, on pourrait imaginer qu’une part de la production laminaire dont la portion reste à définir (analyse des remontages et des manques) soit destinée à un usage différé (ce dont pourraient témoigner les nombreuses pointes à cran, souvent fragmentaires, retrouvées à l’unité ou en très faible quantité, mais dans de nombreux gisements aquitains, à l’image des sites lotois par exemple), tandis que des activités de production et de consommation seraient menées en parallèle in situ. L’absence de matière première non locale reste ici un trait singulier auquel nous ne saurions apporter d’élément d’explication.

4 | Conclusion

72En conclusion, parmi le panel de campements solutréens récents de la façade atlantique, le gisement du Landry fournit une documentation exceptionnelle sur différents registres technique, alimentaire et symbolique participant à la caractérisation des systèmes de mobilité des groupes du Solutréen récent de cette aire géographique. Se dessine de plus en plus précisément un espace aux alentours de 24–23 ka cal BP où les groupes circulent entre des sites d’acquisition de matières premières, d’exploitation et de consommation alimentaires, et où la gestion des ressources apparaît à la fois orientée vers les ressources locales et l’acquisition de matières premières particulières (déplacement et/ou échanges), le tout nécessitant une anticipation forte des besoins. À ce titre, les études menées au Landry viennent confirmer l’idée d’une circulation importante de biens matériels et de matières premières siliceuses, témoignant de réseaux et de contacts à plus ou moins à longue distance. Le cas particulier des pièces traitées thermiquement, jusqu’alors absentes des campements solutréens de plein air connus en France, participe également à matérialiser ces réseaux en interpellant sur l’existence de lieux de production privilégiés.

  • 20 Le diagnostic macroscopique effectué par l’une d’entre nous, J.B., sur les séries lithiques de Cant (...)
  • 21 Le travail des matières dures animales au Landry est attesté par l’observation de microtraces sur d (...)

73Il ressort ainsi de ce bilan, certes préliminaire, un panel de sites de plein air aux profils techno-économiques et fonctionnels très variés : des occupations quasi strictement dédiées à la production lithique à la fabrication d’un type de pointe spécifique, des feuilles de laurier de moyen et grand modules destinées à un usage différé ; des occupations où la production lithique est également proportionnellement dominante, mais où deux schémas opératoires sont mis en œuvre pour l’obtention de feuilles de laurier de très grand module et d’armatures lithiques (pointes à cran et armatures lamellaires) toujours destinées à un usage différé, mais à côté desquels des activités de consommation et symboliques sont également documentées ; enfin, des occupations à l’image de celles du Landry où les activités menées in situ se caractérisent par la diversité des registres économiques, fonctionnels et symboliques. Dans ce cadre et toujours sous réserve du résultat des analyses en cours, l’occupation solutréenne des Rivelles se situerait à mi-chemin entre celles des Maîtreaux et du Landry. Elle se caractériserait par une production laminaire, dédiée à l’obtention de supports de pointes à cran et peut-être de supports lamellaires en vue de la fabrication de lamelles à dos, dont une partie serait destinée à un usage différé et l’autre consommée sur place (voir infra). Une gamme d’activités variées serait perceptible au travers de l’outillage de transformation. Il convient, pour finir, de mentionner qu’au regard de la faiblesse du signal du traitement thermique dans les productions lithiques du Solutréen récent aquitain (Bachellerie 2022), la mise en œuvre de ce procédé technique au Landry20 renforcerait sa singularité et pourrait traduire une occupation à l’image de celles connues en milieu karstique révélant une multiplicité des registres d’activités techniques et symboliques. Précisons par ailleurs que la faiblesse quantitative des témoins lithiques attestant d’épisodes de chasse pourrait être relativisée par la présence, au Landry, de pointes osseuses soit non conservées, soit emportées au terme de l’occupation21. La diversité des profils techno-économiques et la complémentarité fonctionnelle de ces occupations de plein air renvoie vraisemblablement à un système de mobilité « singulier » des groupes du Solutréen récent (en comparaison de ce qui est documenté au Badegoulien par exemple ; Renard, Ducasse 2015). Néanmoins pour compléter cette image et traduire ces données en termes de mobilité, l’introduction de données issues d’occupations en grotte ou sous abri serait nécessaire. Il manque en effet à ce panel des gisements quasi exclusivement orientés vers l’acquisition de proies carnées (à l’image du Petit-Cloup-Barrat, Cabrerets, Lot ; Castel et al. aide à la publication en cours) ou encore l’occupation solutréenne voisine du Cuzoul de Vers (Renard 2012) où des activités de transformation in situ se développent « à part égale » en parallèle des activités cynégétiques. Occupés vraisemblablement par des groupes plus restreints et sur de plus courtes durées, ces gisements où les ressources siliceuses non locales qui composent les industries sont surreprésentées au regard de la situation des sites de plein air mobilisés dans le cadre de ces lignes pourraient témoigner, au demeurant, d’une circulation bien plus importante de certaines catégories typologiques et en particulier des armatures de projectile ou de leurs supports sur des distances considérables.

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Notes

1 Les hypothèses concernant l’implantation originelle de cette occupation demeurent confuses. Mascaraux, le principal auteur des fouilles, pense qu’il pouvait exister initialement une grotte qui se serait effondrée et dont les témoins auraient été finalement détruits par les travaux entrepris dans la carrière d’Arcet. Il pourrait en fait y avoir eu plusieurs sites notamment sur la partie occidentale du plateau où un reste de dépôt originel n’aurait pas été affecté par ces travaux (Smith 1966 p. 324).

2 Le rapport final d’opération étant en cours d’élaboration, les données mobilisées dans le cadre de ce texte sont issues, outre la bibliographie citée, d’observations personnelles de C.R. s’agissant exclusivement de l’ensemble recueilli entre 2009 et 2011 et des observations de J.B. sur la totalité de la série lithique.

3 P. Bidart, en charge de l’étude des vestiges lithiques du Solutréen de Cantalouette 2, signale par ailleurs d’autres séries (dont certaines déjà mentionnées par P.E.L. Smith 1966), plus « confidentielles », attribuées au Solutréen récent, le plus souvent dépourvues de contexte et issues de ramassages de surface sur la commune de Creysse ou à proximité (P. Bidart In : Bourguignon (dir.) 2022 vol. 2, p. 55).

4 Les auteurs évoquent l’homogénéité des états de surface, des schémas de production laminaire et lamellaire et des techniques employées, les raccords de débitage mettant en jeu des produits laminaires et des nucléus, l’absence de fossiles directeurs autres que ceux classiquement identifiés au Solutréen supérieur.

5 Dans le Lot, à l’image de ce qui a été observé en Gironde, de rares indices de pointes lithiques diagnostiques retrouvées en surface sont signalés sur les berges de la Dordogne à Biars et au Puy d’Issolud à Vayrac (rares exemplaires de pointes à cran notamment, Lemaire, Maynard 1997).

6 La confection de ces deux types d’armatures à dos (lamelle scalène et petites pointes à dos rectiligne) correspondrait en outre à l’acquisition de faunes de milieux distincts, terrestre et aquatique (Vialou, Vilhena-Vialou 2012 p. 219).

7 A. Arcelin et de Ferry ont mené une première campagne de 1866 à 1896, puis H. Breuil et F. Arcelin de 1907 à 1928, et plus récemment J. Combier puis J. Hofman et A. Montet-White ont mené des opérations archéologiques de 1968 à 1998.

8 Aucune mesure radiocarbone n’est actuellement disponible pour les industries du Solutréen récent du piémont pyrénéen français. Seule la caractérisation d’une industrie badegoulienne à raclette dans la couche D des Harpons (Lespugue, Haute-Garonne) attribuée initialement au Solutréen (Saint-Périer 1922 ; Foucher, Foucher-San Juan 2000) couplée à la mise en œuvre de datations 14C permet de mettre un terminus ante quem à ces occupations (Ducasse et al. 2017). Dans le prolongement de cette révision critique de la couche D des Harpons et des travaux effectués dans le cadre du PCR SaM, le projet AITABA (Ducasse (dir.) en cours), axé sur le site d’Aitzbitarte IV (Errenteria, Gipuzkoa) offre une nouvelle opportunité de dater les industries du Solutréen, du Badegoulien du Pays-Basque espagnol typologiquement comparables à celles du piémont pyrénéen (Ducasse et al. 2022).

9 L’on doit à P.E.L. Smith la création de cette ultime phase chronologique mettant un terme au développement du Solutréen. Défini à partir des fouilles qu’il conduit à Laugerie-Haute ouest à la fin des années 1950 (en collaboration avec F. Bordes qui mène en parallèle les opérations de terrain à Laugerie-Haute est), il définit cette phase chrono-culturelle à partir de l’industrie lithique contenue dans les niveaux 3 à 1, fouillés sur une surface extrêmement réduite (carrés B8, B9 et une partie du carré B7, soit environ 2,5 m2) et traversés par une fente de gel initiée depuis les niveaux magdaléniens (« vieux Magdalénien » ou Magdalénien 0 : niveaux B’ et BB ; Magdalénien I ou « Magdalénien ancien » – Demars 1995 a et b). Cette phase se caractérise par une absence ou quasi-absence de lamelles à dos et la disparition des pointes à face plane (Smith 1966). De l’aveu de Smith lui-même et comme en témoigne la présence d’une raclette dite « atypique » dans le niveau 2 attribué au Solutréen final et d’une pointe à cran à la base du niveau B’, il est tout à fait envisageable « qu’il y ait eu des échanges d’outils entre les deux derniers niveaux solutréens [niveaux 2 et 1] et les deux premiers magdaléniens [B’ et BB] par perturbations et par pression » (Smith 1966 p. 104). Il semble ainsi raisonnable de penser que les niveaux sommitaux 1 à 3 présentent un mélange d’industries d’âge distinct et matérialisent finalement « un niveau d’interface » (dépôt remanié) entre les dernières industries du Solutréen supérieur et les premières industries magdaléniennes. C’est également ce que semblent indiquer les 4 mesures radiométriques effectuées à partir d’échantillons de faune issus des niveaux 3 à 1 des fouilles Smith globalement comprises entre 21,1 et 18,9 cal ka BP (Verpoorte et al. 2019 fig. 5 couche 3) contemporaines du Magdalénien inférieur et du Magdalénien moyen ancien.

10 La couche G des fouilles Peyrony se caractérise par un débitage d’éclats assez épais, d’un débitage de lame mince et par la présence conjointe de pointes à face plane (Peyrony D. et É. 1938 fig. 21 nos 5, 6) et de « pointes triangulaires à face plane et à base large » (ibid. fig. 21, nos 1, 2). L’association de pointes à face plane et de pointes de Vale Comprido au sein d’un même ensemble s’observe fréquemment sans que l’on puisse statuer sur sa valeur (mélange d’industries distinctes du Solutréen inférieur et du Protosolutréen ou association archéologique ?). En l’état des données, aucune pointe de Vale Comprido n’a été documentée au sein de la couche G et il est possible que cet assemblage se différencie des ensembles à pointes de Vale Comprido du Protosolutréen tel qu’il a été défini par J. Zilhão (1997). Des pointes de Vale Comprido sont en revanche présentent dans la couche 31 de Laugerie-Haute est attribuée au Solutréen inférieur par Bordes et Smith (Renard 2010).

11 Il convient néanmoins de préciser que l’échantillon de de la couche 6 (soit la couche 10 des fouilles Bordes et Smith attribuée au Solutréen moyen et la couche H’’ « à grandes feuilles de laurier » des fouilles Peyrony) présente un taux de collagène jugé assez faible par les auteurs (0,3 %) : « Five samples with low collagen yields (between 0.2 and 0.4 %) were dated. It was considered important to date these samples because two samples were positioned at the boundary of our layers 2 and 3 (base of Peyrony’s layer I), one sample dated layer 6 (correlated to Peyrony’s layer H''), while two others in the east section were positioned in layer 10 (correlated with Peyrony’s layer D) ». (Verpoorte et al. 2019 p. 578).

12 L’exploitation de support débité est autrement documentée à Cantalouette 2 ; le façonnage sur support débité peut également intervenir sur des éclats corticaux issus de l’exploitation de blocs, eux-mêmes destinés au façonnage, ou de plaquettes (Bidart coord. In : Bourguignon (dir.) 2022).

13 Six pièces présentent une longueur inférieure à 15 cm (Aubry et al. 2007c).

14 Les différences technologiques tiennent à la morphologie différente des dalles sélectionnées, la mise en place d’une crête postérieure plus fréquente et à l’enlèvement de lames corticales pour configurer la surface de débitage qui se substitue à la mise en place d’une crête antéro médiane (Aubry et al. 2007 c).

15 L’existence de deux chaînes opératoires fournissant des produits laminaires aux dimensions distinctes est également documentée depuis les nucléus et les produits laminaires de l’ensemble lithique de Gratteloup (Morand-Monteil et al. 1997).

16 Aux Maîtreaux cette situation est clairement exposée et reste en suspens en l’attente de remontage (Almeida 2005)

17 Ce module « lame-lamelle » ne semble par ailleurs pas avoir été sélectionné dans le cadre de l’aménagement des outils de transformation.

18 La question d’une possible chaîne opératoire autonome de production d’éclats a également été évoquée et discutée concernant la série lithique de Saint-Sulpice-de-Favières où onze « nucléus discoïdes à enlèvements centripètes sur les deux faces » (Sacchi et al. 1996 p. 511) avaient initialement été identifiés. Après réexamen, L. Chehmana avait réinterprété ces objets comme des outils bifaciaux ou pièces esquillées après des actions de percussion violentes (Chehmana 2004).

19 Une série de six grattoirs et de six grandes lames ébréchées ont fait l’objet d’un test tracéologique effectué par H. Plisson, qui documente l’utilisation des grattoirs dans le cadre du traitement de peau sèche et l’implication de supports laminaires de grandes dimensions dans des activités de découpe de matière tendre sur support dur (Aubry et al. 1998, 2004 ; Almeida 2005).

20 Le diagnostic macroscopique effectué par l’une d’entre nous, J.B., sur les séries lithiques de Cantalouette 2 et des Rivelles s’est révélé négatif dans les deux cas (Bachellerie 2022).

21 Le travail des matières dures animales au Landry est attesté par l’observation de microtraces sur des arêtes de burins qui auraient pu intervenir au cours du façonnage par raclage d’un support de pointe osseuse ou d’un outil de transformation. Néanmoins, l’aménagement des compresseurs est le plus souvent circonscrit à la zone active (le support demeurant peu transformé). L’utilisation d’un éclat semi-cortical en roche tenace témoigne par ailleurs de son utilisation probable comme pièce intermédiaire sur une matière dure organique (os ou bois de renne) et correspond à une étape de fracturation par fendage en vue de l’obtention d’un support à transformer. Certes ténus, ces indices sont en accord avec le schéma opératoire pour le débitage de bois de renne (Baumann, Maury 2012) et pourraient témoigner de la transformation de matières osseuses au Landry. Enfin, il semble intéressant de préciser que les dents des burins n’ont pas été utilisées dans le cadre de la transformation des matières dures animales. Seul un cas documente des activités de rainurage sur matière minérale. Sans être déterminantes, ces données du Landry corroborent l’absence du rainurage pour l’obtention de supports osseux, qu’ils soient destinés à la sphère des objets de transformation ou d’acquisition.

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List of illustrations

Title Figure 397. Carte de répartition des principaux gisements français ayant livré des niveaux solutréens récents. Point foncé : site de plein air ; point clair : grotte ou abri. Distribution map of the main French sites that have yielded Late Solutrean levels. Dark dots: open-air sites; light dots: sites in karstic contexts (cave or rock shelter).
URL http://journals.openedition.org/paleo/docannexe/image/9736/img-1.jpg
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Title Figure 398. Compilation des datations par la méthode du radiocarbone du Solutréen récent français issues de la littérature. Seules les dates réalisées par SMA ont été retenues. Le détail des données brutes et calibrées est présenté dans le tabl. 85. L’ensemble des calibrations a été réalisé à l’aide du logiciel Oxcal (v4.4 : Bronk Ramsey 2021) et de la courbe de calibration IntCal20 (Reimer et al. 2020). Compilation of radiocarbon dates from the literature on French Solutrean sites. Only AMS dates have been taken into account. Details of raw and calibrated data are presented in tabl. 85. All calibrations were made using Oxcal software (v4.4: Bronk Ramsey 2021) and the IntCal20 calibration curve (Reimer et al., 2020).
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Title Tableau 85. Bilan des datations par la méthode du radiocarbone (SMA) des gisements français ayant livré des niveaux attribués au Solutréen récent. L’ensemble des calibrations a été réalisé avec le logiciel Oxcal (v4.4 : Bronk Ramsey 2021) et la courbe de calibration IntCal20 (Reimer et al. 2020). Accelerator mass spectrometry (AMS) dating results for French deposits with Late Solutrean levels. All calibrations were made using Oxcal software (v4.4: Bronk Ramsey 2021) and the IntCal20 calibration curve (Reimer et al. 2020).
Caption Afin de limiter la prise en compte de datations aberrantes, seules les dates par la méthode du radiocarbone réalisées par SMA sont présentées ici. Les dates obtenues par 14C conventionnel peuvent s’avérer problématiques, en particulier lorsqu’elles sont effectuées à partir de « lots » d’échantillons. La première génération de dates SMA réalisées dans les années 1980–1990 doit toutefois être considérée avec précaution dans la mesure où les traitements de purification et de décontamination se sont largement généralisés et perfectionnés ultérieurement (Bird et al. 1999 ; Verpoorte et al. 2019). La nature des échantillons datés est précisée ici : charbon, os et os brûlé. Dans ce cadre, la datation des déchets techniques d’industrie osseuse, de restes alimentaires ou de charbons prélevés en foyer s’avère plus fiable dans la mesure où les résultats sont marqueurs d’une activité anthropique. Au total 32 dates obtenues par la méthode du radiocarbone sont présentées ici pour le Solutréen récent français. Ces dernières sont issues de huit gisements du sud-ouest aquitain : l’abri Casserole (Lenoble, Cosgrove 2016), le Cuzoul de Vers (Oberlin, Valladas 2012 ; Ducasse et al. 2014), Laugerie-Haute ouest (Roque et al. 2001, Verpoorte et al. 2019), le Placard (Clottes 2014) et le Petit-Cloup-Barrat (Ducasse et al. 2011) ; et, pour les limites septentrionale et orientale du Solutréen : Ormesson (Bodu, Baillet et al. 2019a, Bodu, Bouché et al. 2019b), Rochefort (Salomon 2020) et Solutré (Combier, Montet-Whithe 2002). Aucune datation SMA n’est disponible pour le Sud-Est français où les données sont globalement plus anciennes et le Solutréen récent mal documenté (Combier 1967 ; Guégan 2013). En raison de l’ancienneté de certains prélèvements, de problèmes de localisation stratigraphique ou plus largement du degré de préservation de certains niveaux archéologiques, seule une date SMA du Cro-du-Charnier à Solutré a été prise en compte. Les mesures obtenues aux Peyrugues sur les niveaux sus-jacents à la couche 12a (Solutréen ancien) n’ont pas été retenues ici en raison des perturbations sédimentaires empêchant l’attribution sans équivoque des échantillons datés à une phase chrono-typologique (Allard 2016). Au Cuzoul de Vers, la datation GifA–10 1440 d’un os brûlé de la couche 31, bien plus ancienne que celles des couches 29–31, a également été écartée (cf. Ducasse et al. 2014). Les douze datations SMA effectuées au sein de la couche IV de Combe-Saunière dans les années 80 suggèrent quant à elles de très probables mélanges avec des industries magdalénienne et badegoulienne (Ducasse et al. 2017). Pour finir, nous avons choisi de ne pas inclure les dates SMA réalisées à Laugerie-Haute ouest par Roque et al. 2001 dont les indications fournies (prélèvements dans couches 1 à 7 pour les dates GifA–100,630, GifA–100,634, Lyon–1173 (OxA) ; couches 8 à 11 pour la date Lyon–1174 (OxA), ne nous permettent pas d’identifier la localisation exacte des prélèvements et d’écarter tout risque de mélange.To limit the number of outliers, only radiocarbon dates obtained by AMS are presented here. Dates obtained by conventional 14C can be problematic, particularly when carried out on “batches” of samples. The first generation of AMS dates produced in the 1980s–1990s should be considered with caution, due to the risk of contamination, for which the corresponding treatments only became available more recently (Bird et al. 1999; Verpoorte et al. 2019). The type of sample analyzed is specified (charcoal, burned bone, bone samples), the waste from the production of osseous artifacts, faunal remains, or charcoal taken from hearths proving to be more reliable contexts. Twenty-six radiocarbon dates are presented here for the Late Solutrean in France. These are derived from seven sites, namely the Abri Casserole (Lenoble and Cosgrove 2016), Cuzoul de Vers (Oberlin and Valladas 2012; Ducasse et al. 2014), Laugerie-Haute Ouest (Verpoorte et al. 2019), Le Placard (Delage 2018) and Le Petit Cloup Barrat (Ducasse et al. 2014) for the Atlantic facies; and Ormesson (Bodu Baillet et al. 2019) and Rochefort (Salomon 2020) for the northern limits of the Solutrean. No AMS dating is available for southeastern France, where the data are generally older and the Late Solutrean is poorly documented (Combier 1967; Guégan 2013). Due to the age of some samples, problems of stratigraphic position, or, more broadly, the degree of preservation of some archeological levels, only an AMS date from the Cro-du-Charnier at Solutré was taken into account; as were dates obtained at Les Peyrugues from levels overlying layer 12a (Early Solutrean) due to sedimentary disturbances preventing the unequivocal attribution of dated samples to a chrono-typological phase (Allard 2016). At Cuzoul de Vers, the GifA–10 1440 dating of a burned bone from layer 31, much older than the other dates from layers 29–31, was also discarded (cf. Ducasse et al. 2014). The twelve AMS dates from Layer IV at Combe-Saunière obtained in the 1980s suggest highly probable mixing with Magdalenian and Badegoulian industries (cf. Ducasse et al. 2017). Finally, we have chosen not to include the AMS dates from Laugerie-Haute Ouest published by Roque et al. 2001 (samples from layers 1 to 7 for dates GifA–100,630, GifA–100,634, Lyon–1173 (OxA); layers 8 to 11 for date Lyon–1174 (OxA)), as the exact location of the samples is not provided, making it impossible to rule out mixing.
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Title Figure 399. Représentation schématique de la coupe sud-est de Laugerie-Haute ouest et des dates obtenues au cours des différentes campagnes de datations par la méthode du radiocarbone (SMA) (d’après Verpoorte et al. 2019, modifié). Sont également présentés les découpages chronoculturels de la séquence proposés par D. et É. Peyrony (1938) et P.E.L. Smith (1966). Schematic representation of the southeast section of Laugerie-Haute Ouest and dates obtained during the various AMS radiocarbon dating projects (Verpoorte et al., modified). Also presented are the chronocultural divisions of the sequence proposed by D. and É. Peyrony (1938), then P.E.L. Smith (1966).
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Title Figure 400. Illustration du traitement thermique mis en œuvre à Laugerie-Haute ouest |1 à 7| et au Piage |8 à 12|. La présence conjointe de fragments de feuilles de laurier |1–4 ; 8–9| et d’éclats de façonnage |5–7 ; 10–12| présentant des indices macroscopiques de traitement thermique (lustre de chauffe et plage(s) mate(s) associées) retrouvés au sein de ces deux gisements suggère la réalisation d’activités de façonnage post-chauffe in situ. Pour les éclats de façonnage |5 à 7|, les plages mates (antérieures au traitement thermique) sont figurées en brun, tandis que les négatifs d’enlèvement en blanc correspondent aux plages lustrées (postérieures au traitement thermique). Illustration of heat treatment carried out at Laugerie-Haute Ouest |1 to 7| and Piage (8 to 12). The presence of laurel leaf fragments (1-4; 8-9) and shaping flakes (5–7; 10–12) with macroscopic evidence of heat treatment (heating lustre and associated matte surface(s)) found in these two sites suggests that post- heating shaping was carried out in situ. For shaping flakes |5 to 7|, the matte areas (prior to heat treatment) are shown in brown, while the white scar negatives correspond to the lustred areas (after heat treatment).
URL http://journals.openedition.org/paleo/docannexe/image/9736/img-5.jpg
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References

Bibliographical reference

Caroline Renard and Julie Bachellerie, “Chapitre 27. Le site du Landry dans le contexte chronologique et culturel du Solutréen récent de la façade Atlantique. Diversité techno-économique et complémentarité fonctionnelle des sites de plein air”PALEO, Hors-série | 2025, 514-535.

Electronic reference

Caroline Renard and Julie Bachellerie, “Chapitre 27. Le site du Landry dans le contexte chronologique et culturel du Solutréen récent de la façade Atlantique. Diversité techno-économique et complémentarité fonctionnelle des sites de plein air”PALEO [Online], Hors-série | Juin 2025, Online since 30 June 2025, connection on 05 September 2026. URL: http://journals.openedition.org/paleo/9736; DOI: https://doi.org/10.4000/14u0c

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About the authors

Caroline Renard

CNRS UMR5608 TRACES, Université Toulouse Jean Jaurès, Maison de la Recherche, 5 allées Antonio Machado, Toulouse
Caroline.Renard[at]univ-tlse2.fr

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Julie Bachellerie

Uniarq, Université de Lisbonne et membre associée de l'UMR 5608 TRACES, Université Toulouse Jean Jaurès
jbachelle001[at]gmail.com

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