- 1 Nous remercions ici M. Bernabò Brea pour nous avoir permis d’accéder au matériel archéologique.
1Le site de Collecchio (Parme, Italie du Nord) se situe dans la partie sud de la plaine du Pô, au sommet du cône alluvial de la rivière Taro (106 m d’altitude), non loin des contreforts des Apennins (figure 1). Les fouilles, conduites sous la supervision de la Soprintendenza Archeologica d’Emilia Romagna1, ont mis au jour plusieurs structures néolithiques ainsi qu’un niveau mésolithique. Ce dernier a livré plus de 7 500 pièces lithiques, accompagnées de charbons de bois, de coquilles d’escargots terrestres, de péricarpes de noisettes et de fragments osseux carbonisés ainsi que de petits nodules d’argile cuite (Visentin, 2011 ; Visentin et al., sous presse).
2L’assemblage lithique est composé d’une grande variété de matières premières, incluant des roches silicifiées et non silicifiées, dont les propriétés techniques et l’aptitude à la taille sont différentes. Des roches appartenant à différents horizons géologiques du nord des Apennins ont particulièrement été exploitées : radiolarites, silex et calcaires des unités ligurides ophiolithiques (Jurassique‑Crétacé), des silex issus des flyschs ligurides (Paléocène-Eocène), des marnes silicifiées et des siltites des unités Epiligurides (Oligocène-Miocène) ainsi que des silex issus des unités umbro‑toscanes (Triassique-Crétacé). L’approvisionnement en matières premières s’est effectué principalement au sein des dépôts alluviaux et de pente des vallées principales des Apennins du nord (Taro, Baganza, Enza) (Fontana et al., sous presse). Le recours à la fois aux silex et aux radiolarites fines et cristallines et, en parallèle aux silex plus grossières et aux marnes silicifiées et non silicifiées constitue une particularité de Collecchio et des autres sites mésolithiques de la plaine méridionale du Pô, qui n’est pas connue à ce jour en contexte alpin (Fontana et al., 2009a-b).
Figure 1 - Localisation du site sauveterrien de Collecchio
3Les processus de réduction sont strictement en lien avec les différentes matières premières exploitées et deux schémas opératoires distincts ont ainsi été identifiés, le premier concernant les silex au grain fin, les radiolarites, les silex spiculitiques de type wakestone (figure 2) et les calcaires non silicifiés et le second, les siltites grossières. Le premier schéma a pour objectif la production de différents types de supports – lamelles, éclats allongés et éclats – entre 15 et 40 mm de longueur. Bien que le même schéma de réduction ait été appliqué au débitage des différents types de cette classe (silex, radiolarite, calcaire), on observe quelques différences : la production de silex apparaît plus standardisée et caractérisée par une fréquence plus élevée de modules lamellaires ; les nucléus sont plus intensément exploités que ceux obtenus à partir des matériaux de qualité inférieure, généralement abandonnés à un stade antérieur. Au début de la séquence de réduction des éclats de plus grande dimension ont été obtenus, lesquels ont été systématiquement transformés en nucléus (figure 3). Le second schéma opératoire débute à partir de l’exploitation de grands galets de siltite pour la production d’éclats semi-corticaux épais. Les dimensions des produits obtenus, comprises entre 20 et 70 mm en longueur comme en largeur, affichent une variabilité importante. Le schéma de réduction se fonde sur la réorientation récurrente du nucléus en exploitant les surfaces corticales des galets comme plans de frappe.
Figure 2 - Remontage montrant l’exploitation d’un bloc de silex spiculitique par l’adoption d’un schéma de réduction mettant en œuvre une réorientation orthogonale du nucléus
Clichés : D. Visentin
Figure 3 - Schéma de réduction de burin-nucléus. Le support d’origine est un grand éclat de radiolarite
Clichés : D. Visentin
4Quant aux supports retouchés (n =230), on constate que les outils dominent les armatures (tableau 1).
Tableau 1 - Typologie des pièces retoucheés.
|
Outils
|
Total
|
%
|
|
Burins
|
55
|
23,0
|
|
Grattoirs
|
7
|
3,0
|
|
Troncatures
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19
|
8,3
|
|
Éclats à dos retouché
|
16
|
7,0
|
|
Racloirs
|
13
|
5,7
|
|
Lame-racloir
|
3
|
1,3
|
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Denticulés
|
22
|
9,6
|
|
Pièces écaillées
|
2
|
0,9
|
|
Fragments retouchés
|
11
|
4,8
|
|
Armatures
|
|
|
|
Pointes à dos
|
13
|
5,7
|
|
Lamelles à dos
|
3
|
1,3
|
|
Lamelles à dos tronquées
|
8
|
3,5
|
|
Segments
|
11
|
4,8
|
|
Triangles scalènes
|
1
|
0,4
|
|
Fragments à dos
|
46
|
20,0
|
|
Total
|
230
|
100,0
|
5Cet état de fait est plutôt inhabituel au sein des sites sauveterriens italiens, et il est généralement associé à un statut résidentiel (Lanzinger, 1985). Tous les supports retouchés appartiennent au premier schéma opératoire, alors que les éclats de siltite ont probablement été produits uniquement pour l’obtention de bords bruts.
6Les armatures sont représentées par des pointes à dos (n =13), des lamelles à dos (n =3), des segments (n =11), des lamelles à dos tronquées (n =8), ainsi qu’un triangle et quelques fragments à dos (n =45). Parmi les outils, les burins sont particulièrement nombreux (n =55, soit 23,9 % de tous les supports retouchés) par rapport aux grattoirs (n =7) et aux autres outils, aspect qui pourrait renvoyer à la réalisation d’activités spécialisées sur le site.
7Cela étant, l’interprétation de cet aspect est rendue complexe également du fait de la présence d’un nombre élevé de burins-nucléus (figure 3) arborant des caractéristiques très proches de celles des burins. Ces deux catégories ont été discriminées sur la base de certains critères morphologiques spécifiques, mais des études plus poussées impliquant des méthodes tracéologiques et de morphométrie géométrique permettront sans doute de résoudre la question.
8En concordance avec sa datation 14C (9251-8814 cal BC, 2σ, 9643±70 BP, LTL6147A, sur péricarpe de noisette), la typologie de l’assemblage renvoie à une chronologie ancienne, qui correspond jusqu’à présent à la plus ancienne occupation dans les Apennins après le maximum glaciaire (Visentin, 2011).
9Collecchio est un des principaux sites de référence pour aborder les dynamiques de peuplement durant l’Holocène ancien dans la plaine du Pô méridionale (Fontana et al., 2013). Les données disponibles font d’ores et déjà de Collecchio un site dans lequel un large spectre d’activités a été réalisé. Certains aspects mis en évidence par l’analyse techno-économique et typologique, tels que le pourcentage élevé de burins, l’assemblage microlithique particulier caractérisé par la rareté des triangles et l’exploitation d’une grande variété de matières premières aux propriétés différentes, reflètent la diversification importante des faciès du Sauveterrien ancien italien.