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Les cultes privés chez les Romains (iiie s. avant – iiis. après J.-C.)

Romans’ Private cults (3rd BC -3rd century AD)
Marie-Odile Charles-Laforge
p. 171-197

Résumés

Parler de cultes domestiques semble plus approprié que de parler de cultes privés puisque l’essentiel des actes religieux non publics s’effectuent autour du foyer domestique, sous la direction du pater familias. Cependant, le terme de cultes domestiques est trop restrictif dans la mesure où le citoyen peut participer à des actes cultuels non publics en dehors de chez lui. En effet, n’oublions pas que les individus étaient toujours insérés dans un ensemble de relations sociales. Par conséquent, les cultes privés englobent les cultes domestiques ainsi que les cultes des associations, des quartiers comme le culte des Lares compitales transformés par Auguste en Lares Augusti dans le cadre du “culte impérial”. Tout au long de notre période, les cultes privés ne semblent guère évoluer : ce qui change essentiellement, c’est l’élargissement du panthéon familial à de nouvelles divinités et l’introduction du “culte impérial” au niveau de la domus et du compitum.

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Texte intégral

  • 1 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 2, 65, 1. Traduction V. Fromentin et J. Schnäbele, La Rou (...)

« Ces historiens distinguent deux formes dans les cultes : l’une, publique et ouverte à tous les citoyens, l’autre, privée et réservée aux familles. » 1

  • 2 Le premier à se pencher sur les cultes privés fut A. De Marchi.
  • 3 Paul Diacre, p. 285 L.

1Comment décrire les comportements religieux des Romains alors que ceux-ci sont considérés comme très croyants, superstitieux ou indifférents selon les auteurs anciens ? Quel crédit devons-nous accorder à ces affirmations et quelle place la religion occupe-t-elle dans la vie privée de ces hommes et femmes ? Dès lors que nous nous intéressons à la religion, nous constatons que les historiens contemporains se sont avant tout penchés sur les cultes publics, lesquels ont fait l’objet de très nombreuses recherches2. En effet, la sphère du privé est plus difficile à appréhender que la sphère du public. Selon Paul Diacre3,

« On nommait sacrifices publics ceux qui se faisaient pour le peuple, et sacrifices privés ceux qui se faisaient pour les individus et pour les familles. »

  • 4 Rey, 2015, p. 322.

2La religion privée se caractérisait par une grande liberté, chaque pater familias étant prêtre en sa demeure. Par conséquent, il existait de grandes différences dans l’organisation du culte domestique d’une famille à l’autre, d’un groupe social à l’autre. De plus, avant le iie siècle av. J.-C., nous n’avons que peu de renseignements chez les auteurs anciens qui s’intéressaient essentiellement aux cultes publics. C’est surtout le théâtre de Plaute qui nous permet d’approcher les pratiques religieuses privées, omniprésentes au quotidien, évoquant aussi bien le Lare, le Génie que les Pénates4. L’époque impériale est mieux documentée, notamment sous Auguste, grâce, entre autres, aux poètes, mais les sources restent limitées dans ce domaine. Quant aux grammairiens comme Varron, Verrius Flaccus ou Censorinus, ils s’interrogent souvent sur la signification de certains cultes et pratiques religieuses devenus incompréhensibles à leur époque et leurs reconstructions « artificielles » ne nous aident guère à reconstituer le passé. Il nous faut donc nous appuyer également sur les études archéologiques qui se sont multipliées ces dernières décennies. Les reliefs et peintures viennent compléter notre documentation.

  • 5 Bakker, 1994, p. 4.
  • 6 Scheid, 2013, p. 24.

3Parler de cultes domestiques semble plus approprié que de parler de cultes privés puisque l’essentiel des actes religieux non publics s’effectue autour du foyer domestique, sous la direction du pater familias. Cette religion s’exprime à l’intérieur de la maison comme à l’extérieur sur les façades. Cependant, le terme de cultes domestiques est trop restrictif dans la mesure où le citoyen peut participer à des actes cultuels non publics en dehors de chez lui. Nous reprendrons les définitions de J. Th. Bakker qui distingue d’une part la religion publique comme étant la religion de l’ensemble de la communauté, d’autre part la religion privée comme étant celle d’un particulier ou d’un groupe de personnes5. En effet, n’oublions pas que les individus étaient toujours insérés dans un ensemble de relations sociales. Par conséquent, les cultes privés englobent les cultes domestiques ainsi que les cultes des associations, des quartiers car, comme le note J. Scheid6, « sous privé il ne faut pas non plus entendre individuel, intime. L’individu appartient certes en grande partie au domaine privé, et ses conduites tombent sous cette catégorie juridique, mais avant d’être un individu, il est membre d’une famille, d’un quartier, ou d’une association. »

1. Le culte domestique

1.1. Le pouvoir du pater familias

4Dans le culte public, les sacerdoces sont presque tous exercés par des hommes. Les cultes privés ne font que reproduire, dans le cadre de la domus, la situation au niveau de la cité.

5Le sacrifice était au cœur des actes cultuels et il était célébré, dans le cadre du culte public, devant le temple, auprès de l’autel situé à l’extérieur. Selon les circonstances, le sacrifice était offert par les détenteurs de l’autorité, magistrats, prêtres ou pater familias dans le cadre domestique. Ceux-ci revêtaient la toge, tenue officielle du citoyen romain, drapée de façon à permettre au célébrant de s’en couvrir la tête. Nous ignorons si le pater familias revêtait systématiquement la toge mais les peintures de laraire montrent toujours son Genius semblable au prêtre, portant la toge et tenant la patère. Seule la corne d’abondance le différencie d’un simple mortel (fig. 1).

Fig. 1. Peinture de laraire (détail), Pompéi.

Fig. 1. Peinture de laraire (détail), Pompéi.

Musée National de Naples inv. 8905 (photo de l’auteur avec l’autorisation du Musée).

6Il n’est pas toujours facile de distinguer offrande et sacrifice dans les sources anciennes : le sacrifice peut être considéré comme une offrande mais toute offrande n’est pas forcément un sacrifice. Pour qu’il y ait sacrifice, il faut que l’aliment ou l’animal soit détruit. Le sacrifice non sanglant concerne les offrandes végétales brûlées, le sacrifice sanglant concerne l’animal mis à mort.

7Dans le culte domestique, c’est le pater familias qui s’acquittait, pour toute la maisonnée, des devoirs religieux. À Rome, le pater familias exerçait un pouvoir légal et absolu sur les personnes comme sur les biens. Les enfants et petits-enfants étaient soumis à sa potestas, quelle que soit la forme du mariage pourvu qu’il soit légal, et son épouse, de même que celle du filius familias, mariées cum manu, étaient soumises à sa manus. Seul le pater familias était sui iuris, c’est-à-dire ne dépendant que de lui-même : il était responsable du culte familial, du patrimoine, des mœurs et des traditions.

  • 7 Caton, Agr. 143 : Scito dominum pro tota familia rem diuinam facere.
  • 8 Caton, Agr. 2.

8Dans ce domaine, c’était, par conséquent, le pater familias qui présidait au sacrifice quotidien qui consistait la plupart du temps en une libation de vin et en quelques grains d’encens brûlés sur le foyer ou un autel. Comme le rappelaient les auteurs anciens, comme Caton ou Columelle, le maître de maison était le prêtre unique du culte domestique ; c‘était lui qui officiait au nom et dans l’intérêt de la domus7. La première préoccupation du pater familias, en arrivant à la ferme, était de saluer le Lar familiaris avant de faire le tour de la propriété le jour même, s’il le peut8.

9Lorsqu’il ne résidait pas sur place, c’est lui qui donnait les directives à l’intendant du domaine, le uilicus, concernant les offrandes et sacrifices liés aux différents travaux agricoles. Ainsi, Caton en décrivant le déroulement de la daps (repas sacré) pour l’offrande aux bœufs, confié au uilicus, citait l’offrande d’une coupe de vin en présence de la familia, mais précisait que l’intendant devait procéder lui-même au sacrifice et que personne ne devait toucher cette offrande :

  • 9 Caton Agr. 132. Traduction Raoul Goujard, CUF 1975.

« Le sacrifice doit se faire de cette façon : faites à Jupiter Dapalis l’offrande d’une coupe de vin de la grandeur que vous voulez ; ce jour est férié pour les bœufs, les bouviers, et ceux qui feront le sacrifice. Quand il faudra présenter l’offrande, vous procéderez ainsi : « Jupiter Dapalis, eu égard à ce que doit t’être offerte dans ma maison, en présence de mes esclaves, une coupe de vin pour le sacrifice, eu égard à cette obligation, sois honoré par l’oblation de mon sacrifice que voilà ». Entre-temps, lavez-vous les mains ; après cela, prenez le vin : “Jupiter Dapalis, sois honoré par l’oblation du sacrifice qui t’est fait, sois honoré par le vin inférial…” » 9

10Seul le pater familias pouvait déléguer ses fonctions religieuses aux membres de la familia. Au quotidien, dans la domus, il officiait en présence de son épouse et de ses enfants.

1.2 Le rôle des membres de la familia dans le culte quotidien

1.2.1. La mater familias

  • 10 Rey, 2015, p. 318. Sur le rôle des femmes dans les sacrifices, voir Huet, 2008.

11Au niveau religieux, public comme privé, le rôle des femmes apparaît tout au plus comme secondaire. Dans les comédies de Plaute, comme le remarque S. Rey, « l’initiative de sacrifier revient plus souvent aux hommes qu’aux femmes, dont l’incapacité en la matière souffre des exceptions »10. Ainsi, elles sont nombreuses à rendre hommage au Lar familiaris.

  • 11 Nonius Marcellus, De compendiosa doctrina 531, 8 L. (Varron, De vita populi Romani fr. 304). Voir W (...)

12Varron11 nous relate un vieux rite dont la signification n’était sans doute plus très claire à son époque. Lors de son mariage, la jeune mariée emportait trois asses : à son arrivée dans sa nouvelle demeure, elle offrait à son époux celui qu’elle tenait dans la main, le second, qu’elle avait mis dans sa chaussure, aux Lares familiares et le troisième as, qu’elle avait mis dans une bourse, au carrefour le plus proche pour les Lares compitales ou vicinales. Le lendemain, elle offrait un sacrifice dans sa nouvelle maison, peut-être aux Pénates, consacrant son installation comme domina, maîtresse de maison. Les Lares étaient donc concernés par le mariage qui signifiait l’intégration de l’épouse dans la domus et le quartier. Ainsi dans l’Aulularia, Euclion confie :

  • 12 Plaute, Aul. 385-387. Traduction Alfred Ernout, CUF 1989.

« Je viens d’acheter une pincée d’encens et ces couronnes de fleurs : on les mettra sur le foyer en l’honneur de notre dieu Lare, pour qu’il rende ma fille heureuse en ménage. »12

  • 13 La femme ne devenait mater familias que lorsque son mari acquérait lui-même le titre de pater famil (...)
  • 14 Scheid, 1991, p. 435.
  • 15 Caton, Agr. 143, 1.
  • 16 Columelle, Rust. 12, praef. 1, 10 : « Depuis que les anciennes habitudes des mères de famille sabin (...)
  • 17 Denys d’Halicarnasse, Antiquités Romaines. 2, 25, 5.

13Le mariage consacrait l’association de la nouvelle épouse aux cultes domestiques de son mari. La mater familias13 était l’auxiliaire de son époux dans ses fonctions cultuelles étant donné que c’est à ce dernier que revenait la charge de sacrifier au nom de la communauté familiale, la femme étant dans l’incapacité de représenter autrui14. Néanmoins, lorsque Caton recommandait à la uilica de ne pas faire de sacrifice sans ordre du maître ou de la maîtresse15, il sous-entendait que l’épouse partageait avec son mari l’autorité religieuse au sein de la maison16 dans la mesure où, d’après Denys d’Halicarnasse, « dès lors qu’une femme se montrait vertueuse et obéissante en toute chose à son époux, elle était la maîtresse de la maison au même titre que lui17. »

  • 18 Cazanove, 1987.
  • 19 Sur le dossier de l’interdit du vin, voir Pailler, 2000.
  • 20 Caton, Agr. 83 (il s’agit du uotum pro bubus) : « qu’aucune femme ne soit présente à ce sacrifice n (...)
  • 21 Festus p. 72 L : « Exesto pour extra esto. Dans certaines cérémonies saintes, le licteur criait à p (...)
  • 22 Aulu-Gelle, Noct. Att. 10, 23, 1-2. Traduction René Marache, CUF 1978.

14À Rome, les femmes étaient exclues du sacrifice en lui-même18 car l’usage du vin pur, réservé aux libations, leur était interdit19 : si elles assistaient au culte, elles ne faisaient pas elles-mêmes les libations20. Festus, concernant l’impératif exesto21, nous informe que l’interdit frappait toutes les femmes, mariées ou non, mais sans préciser de quels sacrifices elles étaient exclues. Selon la tradition, cette interdiction remonterait à Numa. Aulu Gelle22 nous donne quelques précisions à ce sujet :

« Ceux qui ont écrit sur la vie et la civilisation du peuple romain disent que les femmes à Rome et dans le Latium passaient leur vie abstèmes, c’est-à-dire qu’elles s’abstenaient en toute circonstance de vin qui s’appelait dans la langue ancienne temetum (…). On dit que leurs boissons habituelles étaient le vin de marc, de raisins séchés, la murina et autres produits d’un goût analogue, doux à boire. »

  • 23 Gras, 1983, p. 1071-1072.
  • 24 Plutarque, Questions Romaines, 85. Traduction et commentaire de M. Nouilhan, J.-M. Pailler et P. Pa (...)

15Tous les vins n’étaient donc pas interdits aux femmes. Le vin réservé aux sacrifices était un vin local n’ayant subi qu’un minimum de manipulations, obtenu selon les usages traditionnels. Ce vin était appelé temetum. Le vin pur était le seul vin apte aux sacrifices et les femmes ne pouvaient l’utiliser. Elles n’avaient donc la jouissance que du vin dénaturé qui s’avérait ainsi impropre au sacrifice. L’accès au vin pur leur étant interdit, elles ne pouvaient effectuer de libations. Les hommes étaient les seuls à pouvoir normalement établir des relations contractuelles avec les dieux23. Nous pouvons associer cet interdit à autre évoqué par Plutarque, remontant, selon lui, à Romulus24 :

« Pour quelle raison dans l’ancien temps ne permettaient-ils aux femmes ni de moudre, ni de cuisiner de la viande ? – Était-ce en mémoire des conventions passées avec les Sabins ? Quand ils eurent enlevé leurs filles, et qu’après la guerre ils se réconcilièrent, entre autres accords, il fut prescrit notamment qu’une Sabine ne moudrait pas, ni n’accommoderait de viande pour un Romain. »

  • 25 Pailler, 2001, p. 2.
  • 26 Macrobe, Sat. 1, 16, 30.
  • 27 Ibid. 1, 15, 19.

16Comme le note J.-M. Pailler, cette interdiction de moudre la farine et de préparer la viande, comme celle de consommer du vin pur est à rapprocher d’un « seul et même interdit qui frappe les femmes : celui du sacrifice »25. Toutefois, ce sont les Vestales qui se chargeaient de moudre et de préparer la mola salsa (farine salée) pour les sacrifices. Il existait quelques exceptions : la flaminica dialis, épouse du flamen dialis, sacrifiait un bélier à Jupiter aux nundinae dans la Regia26, résidence du rex sacrorum, de même la regina sacrorum sacrifiait aux calendes une truie ou une brebis à Junon, également dans la Regia27. Mais toutes deux remplissaient leurs fonctions et sacrifiaient en tant qu’élément d’un couple sacerdotal. En revanche, les Vestales agissaient en tant que prêtresses appartenant au collège pontifical : elles sacrifiaient un animal au nom du peuple romain à l’occasion de la fête annuelle de Bona Dea et le 1er jour des Parentalia. Les autres femmes pouvaient participer à des cultes publics annuels liés à leur statut de matrones, consistant souvent en sacrifices d’offrandes non sanglantes (gâteaux…).

  • 28 Scheid, 1991, p. 435.
  • 29 Cazanove, 1987, p. 167.
  • 30 Ovide, Fast. 6, 629-630.

17La femme ne pouvait pratiquer qu’à titre individuel et pour elle-même28, ce qui explique que son rôle fut secondaire et souvent passif29. Néanmoins, de par sa présence permanente dans la maison, sa disponibilité, son rôle au quotidien devait être plus important que ce que nous disent les textes : c’était elle qui devait veiller à l’entretien du foyer, au remplissage des lampes placées près de l’autel ou du laraire, au renouvellement des guirlandes de fleurs offertes aux divinités domestiques, qu’elle s’en charge elle-même ou qu’elle en confie le soin aux esclaves30.

  • 31 Boëls-Janssen, 1993, p. 257.
  • 32 Plaute, Trin. 39-41 : « J’entends qu’on fasse à notre Lare l’hommage d’une couronne ; ma femme, fai (...)
  • 33 Plaute, Rud. 1206-1208 : « Prépare ce qu’il faut pour que j’offre, en rentrant, un sacrifice aux di (...)
  • 34 Plaute, Aul. 23-25 : « Il a une fille unique. Elle, au contraire, tous les jours m’apporte en offra (...)
  • 35 Boëls-Janssen, 1993, p. 256.

18Par conséquent, c’était l’épouse qui assurait au quotidien la continuité des cultes domestiques31. Plaute nous en donne des exemples : Calliclès, lors de son installation dans sa nouvelle demeure, offrit une couronne au Lare tandis que sa femme se voyait confier le soin de le prier32. Quant à la femme de Démonès, elle fut chargée de préparer tout ce qui est nécessaire pour l’offrande d’un sacrifice aux Lares qu’effectua son époux33. Dans l’Aulularia, le Lar familiaris évoque le culte quotidien que lui rend la fille d’Euclion, culte consistant en offrandes de fleurs, vin, encens et autres dons34. Mais il oppose sa piété à la négligence de son père Euclion et de ses aïeux sans la moindre allusion à leurs épouses respectives : « C’était au pater familias de veiller à ce qu’on lui rendît les honneurs qui lui étaient dus. La piété de la fille d’Euclion ne fait que suppléer à la carence de son père, sans pour autant l’excuser. »35

  • 36 Pompéi I, 13, 2 (Fröhlich L 29, pl. 28,2) ; VII, 15, 7 (Boyce n° 331) ; VIII, 2, 39 (Boyce n° 349, (...)
  • 37 Pompéi VIII, 2, 39 (Boyce n° 349, pl. 19, 2. Fröhlich L 95, pl. 44, 1).
  • 38 Pompéi VII, 15, 7 (Boyce n° 331).
  • 39 Boyce n° 489 ; Fröhlich L 128, pl. 51,1 ; NS 1898, p. 421.

19Sur les peintures de laraires pompéiens, la mater familias est singulièrement absente : nous ne notons sa présence que sur cinq d’entre elles36 bien qu’il subsiste un doute, sur au moins une peinture37, quant à l’identification de la figure féminine avec la Iuno de la maîtresse de maison. Sur deux peintures, la figure féminine est qualifiée de Iuno : sur la première, G. K. Boyce décrit une peinture de laraire de cuisine38 avec, à droite de l’autel, un homme, vêtu d’un long vêtement, tenant l’acerra (boîte à encens) dans la main gauche, la main droite tendue au-dessus de l’autel enflammé, à gauche, une femme, vêtue de façon similaire, tendant également la main droite au-dessus de l’autel. La description est trop évasive pour se prononcer ; notons toutefois qu’aucun des deux personnages ne tient la corne d’abondance, caractéristique du Genius et de la Iuno. Il pourrait par conséquent s’agir du pater et de la mater familias. Dans une Villa de Boscoreale39, G. K. Boyce voit également le Genius et la Iuno, mais l’absence de la corne d’abondance et de la toge prétexte chez l’homme nous amène à considérer qu’il s’agit d’une représentation du pater et de la mater familias.

20Cette dernière peut être habillée de blanc comme le pater familias ou se distinguer par un vêtement différent comme sur la peinture du laraire de Iulius Polybius située à l’entrée de la cuisine. Le laraire est divisé en deux zones : dans la partie supérieure, les deux Lares, surmontés de guirlandes, encadrent un homme et une femme, de même taille, côte à côte, sacrifiant sur l’autel dans un même geste. La femme porte une longue robe bleue et un manteau rouge vif couvrant la tête. L’homme, barbu, les cheveux blancs, vêtu de la toge prétexte, tient une corne d’abondance (fig. 2). Sur cette peinture, ils sont égaux en dignité de même que sur le laraire d’une uilla de Boscoreale cité précédemment. Les époux, tous deux tête couverte, sont vêtus de blanc et se tiennent de chaque côté de l’autel, sur lequel ils sacrifient, accompagnés de deux jeunes desservants debout à leurs côtés (fig. 3).

Fig. 2. Laraire de Iulius Polybius, Pompéi IX, 13, 1-3

Fig. 2. Laraire de Iulius Polybius, Pompéi IX, 13, 1-3

(photo de l’auteur avec l’autorisation de la surintendance de Pompéi).

Fig. 3. Peinture de laraire. Pompéi. Chicago inv. 24 658. Fröhlich L 128, pl. 51,1.

Fig. 3. Peinture de laraire. Pompéi. Chicago inv. 24 658. Fröhlich L 128, pl. 51,1.
  • 40 Scheid, 1985, p. 21.
  • 41 Pailler, 1995, p. 3.

21Les laraires ne nous apportent que peu d’éléments sur le rôle de la mater familias dans le culte domestique, confirmant en quelque sorte les sources littéraires selon lesquelles le pater familias est « le principal acteur cultuel romain, c’est en effet celui qui remplit également tout l’édifice institutionnel, le citoyen mâle et majeur »40. Mais, comme le souligne J.-M. Pailler, même si « aucune femme, à Rome, ne prend la moindre décision en matière religieuse […] sans son intervention, sans sa présence efficace, certaines formes au moins du sacré, nécessaires à la bonne marche de la cité se trouvent dans l’incapacité de prendre corps »41.

22Les femmes participaient également à toutes les cérémonies qui jalonnaient la vie familiale et servaient de modèles aux jeunes enfants de la domus.

1.2.2. Les enfants

  • 42 Perse, Sat. 2, 31-34 : « Voici qu’une aïeule ou une tante maternelle craignant les dieux a pris un (...)
  • 43 Prudence, Symm. 1, 201-211. Traduction Maurice Lavarenne, CUF 1948.

23Les enfants prenaient d’abord exemple sur leur mère, leur nourrice, ou autre femme de la famille42, avant de suivre celui du père pour les garçons. Prudence43 nous en dresse un tableau précis :

« L’enfant but l’erreur avec le premier lait ; il avait goûté, quand il vagissait encore, à la farine des sacrifices ; il avait aperçu les statues enduites de cire, et les Lares tout noirs, humides d’huile parfumée ; lorsqu’il était petit, il avait vu chez lui une pierre sacrée qui représentait la Fortune avec sa corne d’abondance, et sa mère qui priait devant, toute pâle. Bientôt, dans les bras de sa nourrice, il effleura la statue de baisers, lui confia ses prières puériles, sollicita des faveurs de la pierre aveugle, et eut la conviction que c’était à elle qu’il fallait demander ce qu’on désirait. »

  • 44 Tibulle, Eleg. 1, 10, 15-16 : « Mais vous, Lares de mes pères, sauvez-moi, vous qui m’avez nourri, (...)
  • 45 Ibid. 3, 12, 15 : « et une mère attentive prescrit à sa fille des vœux conformes à ses propres dési (...)
  • 46 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 2, 22, 1.
  • 47 Servius, ad Æn. I, 730 : « Chez les Romains également, lorsqu’un repas était donné, une fois enlevé (...)
  • 48 Columelle, Rust. 12, 4, 3. Traduction Jacques André, CUF 1988.

24L’enfant côtoyait les dieux tous les jours dans la demeure familiale44. La mère avait un rôle à jouer par l’exemple et les conseils45. Garçons et filles participaient au culte public en assistant les prêtres46, et au culte domestique en assistant le pater familias dans les rites quotidiens, tels que la prière du matin, le sacrifice au cours du repas47. Seuls les impubères pouvaient toucher les aliments destinés à la préparation des repas48 :

« Celui qui assume ces tâches doit être chaste et continent, parce qu’il est essentiel que les boissons ou les aliments ne soient maniés que par les impubères […]. Il est nécessaire de faire prendre par un jeune garçon ou une jeune fille les provisions requises par l’usage. »

  • 49 Tibulle, Eleg. 1, 10, 20-24 : « Le dieu avait sa statue de bois dans une étroite chapelle. On l’apa (...)

25Sur les documents iconographiques, parmi les objets que présentent ces jeunes garçons, nous avons la patère, parfois une cruche, un plat avec des offrandes, des guirlandes et plus rarement l’acerra. Ces scènes rejoignent les textes littéraires qui évoquent le fils du pater familias apportant les objets du sacrifice ainsi que les offrandes. Mais, alors que les auteurs anciens nous montrent également la fille du pater familias dans ce rôle49, elle n’apparaît pratiquement jamais sur les laraires et reliefs, sans doute du fait de son rôle secondaire : c’est au fils que le père transmet le culte domestique. La mater familias n’étant guère représentée sur les laraires, il n’est pas surprenant qu’il en soit de même pour les filles.

26Dans la domus urbaine, le pater familias présidait aux sacrifices mais nous avons vu qu’il déléguait cette tâche à la campagne. Les serviteurs avaient aussi un rôle à jouer.

1.2.3. Les serviteurs, de simples assistants ?

  • 50 Plaute, Rud. 1208 ; Horace, Od. 3, 23 (porca) ; Od. 4, 11, 6-8 (agneau) ; Sat. 2, 3, 164 ; Tibulle, (...)

27Nous connaissons la participation des serviteurs au culte domestique, d’une part grâce à l’iconographie, d’autre part grâce aux auteurs anciens. Les laraires pompéiens nous montrent les serviteurs essentiellement lors des scènes de sacrifice où interviennent le desservant apportant les offrandes, le tibicen (joueur de double flûte) et le uictimarius ou popa (fig. 4). Lors des sacrifices d’animaux, même s’ils restaient rares50, la présence du popa était requise.

Fig. 4. Peinture de laraire, Pompéi. Musée National de Naples inv. 8905

Fig. 4. Peinture de laraire, Pompéi. Musée National de Naples inv. 8905

(photo de l’auteur avec l’autorisation du Musée).

28Si l’iconographie nous permet de constater ce rôle d’assistant, elle a néanmoins des limites puisque nous ne pouvons pas déterminer si ces serviteurs agissaient séparément du maître dans la mesure où ils ne sont jamais représentés seuls sur les scènes religieuses. Il nous faut avoir recours aux auteurs anciens dans ce domaine.

  • 51 Kolendo, 1994, p. 267.
  • 52 Columelle, Rust. 1, 8, 5 : « Il ne fera pas de sacrifices, à moins que ce ne soit sur l’ordre du ma (...)
  • 53 Caton, Agr. 143, 1.
  • 54 Kolendo, 1994, p. 267.
  • 55 Ibid., p. 272-273. Cf. Scheid,1985.

29Le traité de Caton sur l’agriculture, comme celui de Columelle, évoque les consignes du propriétaire quant à l’organisation de la vie religieuse des esclaves sur le domaine rural : il s’agit avant tout d’interdictions51. À deux reprises, Columelle insiste sur le fait que le uilicus, représentant du dominus, comme la uilica, ne fera pas de sacrifices, à moins que ce ne soit sur l’ordre du maître52 car, comme le rappelle Caton, c’est le maître qui fait les sacrifices pour tous les esclaves53. Son traité contient d’autres indications concernant les offrandes et les sacrifices liés aux différents travaux agricoles54. Les fêtes avaient pour conséquence des jours de repos pour les esclaves et le partage de la viande des animaux sacrifiés entre les personnes présentes. Le sacrifice était suivi d’un banquet auquel participaient les esclaves qui « pouvaient manger de la viande à leur faim »55. Cet aspect festif maintenait la cohésion au sein de la familia.

  • 56 Caton, Agr. 5, 3 : « Qu’il ne fasse pas de sacrifice sinon lors de la fête des carrefours, au carre (...)
  • 57 Kolendo, 1994, p. 269.
  • 58 Columelle, Rust. 11, 1, 19.

30Les seuls sacrifices autorisés pour le uilicus concernaient le Lar familiaris et les Lares Compitales56. Caton met en avant le culte des Lares au sein du domaine « comme une pratique censée intégrer toute la familia »57, culte confié aux soins du uilicus et de la uilica qui se voyaient confier des responsabilités et une certaine autorité religieuse au sein de la familia. Ainsi, le uilicus, selon Columelle58,

« doit aussi accoutumer ses ouvriers à prendre toujours leur repas auprès des Lares du maître et du foyer domestique, et lui-même doit y manger en leur présence ».

  • 59 Ovide, Fast. 2, 633-634 : « Offrez également des mets, en témoignage d’un culte qui leur est agréab (...)
  • 60 Bettini, 2012, p. 182-183.
  • 61 Ibid., p. 184.
  • 62 Ibid., p. 185. Caton, Agr. 141, 2 et 3.

31Il existait donc une certaine convivialité entre hommes libres, esclaves et Lar familiaris mangeant autour du foyer59. Ces repas, pris en sa présence, contribuaient à l’intégration des esclaves dans la vie religieuse du domaine. Le Lar familiaris était donc un dieu proche des esclaves qui ne se souciait pas des différences entre libres et non libres60. À l’intérieur de la familia, il « représente les traits qui unissent, et non ceux qui séparent »61. Caton, dans son traité, met l’accent sur le fait que la familia comprend non seulement les habitants du domaine mais aussi toutes les possessions du pater familias, y compris les animaux62.

  • 63 Plaute, Trin. 39. Scheid, 1991, p. 433 : «… si nous admettons que l’oblation de la couronne apparti (...)
  • 64 Caton, Agr. 143, 2 : « Qu’elle tienne le foyer net en balayant tout autour chaque jour avant d’alle (...)

32La uilica n’était pas oubliée : ses actes religieux intervenaient à l’intérieur de la maison alors que le uilicus jouait un rôle à l’extérieur de celle-ci. Son rôle principal concernait le culte du Lar Familiaris : elle devait entretenir le foyer en le balayant tous les soirs ; aux calendes, aux ides et aux nones, et aux principaux jours de fêtes, elle devait offrir une couronne63, comme dans toutes les maisons, et prier le Lare probablement pour la prospérité du domaine64. Mais les Calendes les plus importantes pour les Lares étaient celles de janvier.

33Dans la domus, les lieux de culte réservés aux Lares, notamment les cuisines, étaient souvent confiés à la garde d’esclaves ou d’affranchis car les Lares protégeaient l’ensemble de la maisonnée, maîtres et esclaves. Le culte des Lares était donc un culte familial : toute la familia y participait conformément à ses moyens et à sa piété.

  • 65 Dubourdieu, 1989, p. 108.
  • 66 Laforge, 2009, p. 108-109.

34Selon l’hommage rendu aux Lares ou aux Pénates, la participation des esclaves différait car les Pénates ne veillaient que sur les maîtres : lors de l’hommage rendu aux Pénates du pater familias, les serviteurs n’étaient que de simples assistants. Ils étaient présents pour l’aider mais ne prenaient pas part de façon active à la cérémonie. Les esclaves n’avaient pas de Pénates, du moins à titre officiel65, et même s’ils avaient leurs propres dieux, c’était le maître qui sacrifiait pour toute la familia66 (fig. 5).

Fig. 5. Peinture de laraire (détail), Pompéi. Musée National de Naples inv. 8905

Fig. 5. Peinture de laraire (détail), Pompéi. Musée National de Naples inv. 8905

(photo de l’auteur avec l’autorisation du Musée).

  • 67 Scheid, 1985, p. 21.

35Les actes cultuels des maîtres et des serviteurs n’étaient pas systématiquement séparés, mais, en règle générale, nous constatons que la présence des esclaves était limitée à un rôle passif et subordonné lorsqu’ils assistaient le pater familias67.

1.3. L’hommage aux divinités du foyer

36À Rome, Les habitants de la domus vénéraient les Lares, divinités plus collectives, le Genius et les Pénates, divinités plus personnelles, héritées et/ou ajoutées par le pater familias. Toutefois, ces divinités sont assez mal connues, les auteurs des ier siècles avant et après J.-C. n’ayant déjà plus une notion claire de leur nature, notamment concernant les Lares dont l’origine et la signification continuent à diviser les historiens. Ces divinités domestiques étaient honorées lors de la prière du matin et lors des repas.

1.3.1. Lar familiaris et Lares compitales

  • 68 Varron cité par Arnobe, Adu. Nat. 3, 41 ; Festus p. 109, 112 et 114 L.
  • 69 Wissowa, 1912.
  • 70 Plaute, Mercator 834-837.
  • 71 Ulpien, Digeste 25, 3, 1.
  • 72 Plaute évoque à de multiples reprises le Lar familiaris (Trin. 39 ; Mercator 834 ; Miles glor. 1339 (...)
  • 73 Plaute, Mercator 834.
  • 74 Caton, Agr. 2, 1.
  • 75 Salluste, Cat. 20 ; Horace, Od. 4, 5, 34-36 ; Sat. 1, 5, 65 ; 2, 3, 164 ; Epod. 2, 65-66 et 16, 19  (...)
  • 76 Wissowa, 1912, p. 168 sq.
  • 77 Caton, Agr. 5, 3 et 143, 1.
  • 78 Laforge, 2009, p. 109-112.

37Les Lares sont les divinités les plus fréquemment rencontrées dans les sources anciennes sous la République. Deux théories ont été émises à propos de ces divinités : la première établit un lien entre le culte des Lares et le culte des morts. Le Lare domestique serait l’esprit de l’ancêtre qui avait fondé la famille et qui la protégeait. Sans entrer dans les détails, notons qu’une certaine confusion entre les Lares et les Mânes existait déjà dans l’Antiquité ; mais l’idée selon laquelle les Lares seraient les esprits des ancêtres vient de Varron, idée ensuite largement reprise par les auteurs postérieurs68. Or, rien dans leur apparence ou dans les rites auxquels ils étaient associés n’évoquait ce caractère funèbre. L’autre théorie présente les Lares comme des divinités agraires, protectrices des domaines puis des maisons construites sur ces terres avant d’être admises parmi les divinités du foyer69. Les Lares étaient en fait liés au territoire occupé par les hommes et ils les protégeaient que ce soit dans la maison, les champs, les carrefours ou la ville, présidant à l’existence familiale. Les Lares étaient autant attachés à la maison qu’à la familia puisque le Lar familiaris se déplaçait avec elle70. Ainsi, lorsque quelqu’un possédait plusieurs maisons, son foyer était là où se situaient ses Lares71. Chez Caton et Plaute72, il n’y avait qu’un Lar familiaris dans les maisons : il était le gardien protecteur du foyer, de la familia, le Lar Pater73 qui voyait passer les générations de la famille, connaissait les secrets de la maison, accordait sa bénédiction à qui le vénérait ; c’était lui que le pater familias saluait en premier lorsqu’il entrait dans la maison74. Le Lare était présenté comme le dieu qui veillait sur la prospérité et le salut de la familia regroupée autour du même foyer (fig. 6). L’emploi du singulier se rencontre chez un certain nombre d’auteurs anciens, essentiellement chez ceux de l’époque républicaine, et prenait la plupart du temps le sens de foyer alors que le pluriel, Lares familiares, renvoyait aux dieux domestiques75, protecteurs de l’ensemble de la familia, et en particulier des esclaves qui leur rendaient un culte. Il existait un lien étroit entre les esclaves et les Lares, que ce soit les Lares compitales ou les Lares familiares. Pour Georg Wissowa76, l’admission des esclaves dans ce culte excluait l’idée que le culte des Lares ait pu être celui des ancêtres. La place réservée aux esclaves est l’une des raisons pour lesquelles les Lares étaient les seules divinités à qui les serviteurs pouvaient s’adresser sans une autorisation préalable du maître77. Dans les grandes demeures, il existait au sein de la familia des associations cultuelles, ou collèges, avec des magistri, ayant essentiellement la charge du culte des divinités du foyer78.

Fig. 6. Peinture de laraire, Pompéi I, 13, 2

Fig. 6. Peinture de laraire, Pompéi I, 13, 2

(photo de l’auteur avec l’autorisation de la surintendance de Pompéi).

  • 79 Censorinus, De die natali 3, 1-2 : « Le Génie est le dieu sous la protection de qui chacun de nous (...)

38Ce Lar familiaris qui occupait une place importante dans la religion domestique apparaît, jusqu’à la réforme augustéenne, pratiquement toujours au singulier, et la plupart du temps, sa vénération se faisait conjointement avec celle du Genius, avec lequel il se confondait parfois79. Notons, toutefois, que dans l’iconographie, le Lare porte une tunique ceinturée, vêtement d’intérieur porté par le maître mais aussi par les esclaves, alors que le Genius est vêtu de la toge. Cette différence de vêtement et d’attitude dans l’iconographie revêt une valeur symbolique marquant leur rôle respectif.

1.3.2. Le Genius

  • 80 Dumézil, 1983, p. 87.

39Le Genius faisait partie, avec les Lares et les Pénates, des plus anciennes divinités domestiques du Latium. G. Dumézil résumait ainsi la conception que nous avons du Genius80 : « Genius est soit la personnalité d’un individu telle qu’elle s’est constituée à sa naissance, soit cette personnalité comprise comme un double, physiquement et moralement solidaire de l’individu depuis sa naissance jusqu’à sa mort, soit une sorte de divinité qui lui est spécialement attachée et qui requiert un culte, en particulier aux anniversaires de sa naissance. »

  • 81 Schilling, 1979, p. 417.
  • 82 Pline, Hist. Nat. 2, 16 : « Aussi peut-on se rendre compte que le peuple céleste est encore plus no (...)
  • 83 Tibulle, Eleg. 3, 6, 48 ; 3, 19, 15 ; 4, 6, 1.
  • 84 Sénèque, Epist. 110, 1 : « Ils (nos pères) attribuaient à tout être humain son “Génie” ou sa “Junon (...)

40Le Genius désignait donc « la divinisation de la personnalité telle qu’elle existe, en chaque individu, avec ses qualités innées »81. Il était la personnification de la puissance d’action d’un être, d’une entité ou d’un lieu. Les femmes pouvaient également invoquer leur Genius : celui-ci prenait alors le nom de Iuno. Dans les temps anciens, le Genius semble avoir été commun aux hommes et aux femmes ; le parallélisme établi entre Genius et Iuno n’apparaît, dans nos sources, qu’à une époque tardive82. Tibulle83 est le premier à évoquer la Iuno comme équivalent du Genius84. Il semblerait que seul le Genius du pater familias et, éventuellement, celui de la mater familias aient eu droit à un culte. En effet, si tous les individus possédaient un Génie, celui du pater familias était le seul à recevoir des hommages, car le chef de famille, assisté de son épouse, était le dépositaire du culte domestique dont il assurait l’exercice. Comme le Génie protégeait l’individu et ses biens, il est normal que ce soit celui du père de famille qui soit avant tout honoré. En fait, il faut distinguer le Génie de chaque individu de celui du maître de maison : le premier était fêté lors de l’anniversaire de la naissance, l’autre était honoré tous les jours avec les Lares et les Pénates, toute la familia étant associée au culte.

1.3.3. Les Pénates

41Les Pénates étaient d’origine latine. Le mot Pénates est lié au mot penetrale qui désignait la pièce la plus reculée de la maison romaine où était situé le penus. Pour les Anciens, le mot Pénates venait de penus, qui ne désignait pas, comme on le dit souvent, le garde-manger ou la chambre aux provisions, qui se dit cella penaria : le penus désignait les provisions elles-mêmes.

  • 85 Firmicus Marternus, De errore religionum profanarum 14, 1-2 (ive siècle apr. J.-C.).

« Les païens pour qui « la vie n’est [rien d’autre] que le plaisir de manger et de boire, se sont fabriqués ces dieux en fonction de leurs bas appétits. Sous ce nom (Pénates), ils ont déifié pour la sauvegarde du genre humain les aliments que l’organisme tire des repas quotidiens […]. Car tout ce dont se nourrissent les hommes s’appelle “penus”. D’où les expressions cella penaria (garde-manger) et “dieux Pénates”. »85

  • 86 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 1, 67-68.
  • 87 Dubourdieu, 1989, p. 119.
  • 88 Servius, ad Æn. 2, 514 : « Les Pénates sont tous les dieux qui habitent la maison. »

42Ce sont les dieux, non pas seulement de l’armoire à provisions ou du “garde-manger”, mais aussi de la partie intime de la maison. Peu à peu, la nature sans doute originellement indéterminée des Pénates86 disparut. Selon A. Dubourdieu, c’est entre le ive et le ier siècle av. J.-C. que s’est perdu « le sentiment de l’identité propre des Pénates »87. Désormais, ils étaient les divinités protectrices de la maison88, notion qui recouvrait de nombreuses divinités variant d’une habitation à l’autre, voire d’un laraire à l’autre au sein d’une même habitation et dont les images étaient conservées à l’intérieur de la demeure, car, en dehors des Lares et du Genius, chaque familia possédait ses propres cultes y compris étrangers à la cité. Le pater familias étant prêtre en sa demeure, il n’avait pas besoin de l’autorisation de la cité pour honorer à titre privé telle ou telle divinité étrangère.

43L’autel des Pénates, comme celui du Genius et des Lares, était le foyer, placé à l’origine dans l’atrium, dont le feu servait à la préparation des aliments : c’était dans l’atrium que se faisait la prière et que se prenaient les repas. Les images des Pénates étaient placées sans doute à l’origine dans la cella penaria en dehors des repas et elles pouvaient être posées sur la table à ce moment-là : associés au Lar familiaris, le père de famille leur offrait les prémices du repas. En dehors du fait que Pénates et Lares assistaient ensemble aux repas, il existait un lien étroit entre ces deux catégories de dieux souvent associés, voire confondus.

44Plus tard, la cuisine, la salle à manger, la chambre aux provisions et l’autel des Pénates, réunis à l’origine dans l’atrium, se sont dissociés avec l’agrandissement de la maison. La présence des Pénates était alors attestée dans diverses parties de la maison. Seuls les pauvres et les milieux ruraux conservaient parfois les anciens usages.

  • 89 Servius, ad Æn. I, 730 ; Virgile, En. 8, 283-284 ; Pétrone, Sat. 60.

45Outre la prière du matin, un hommage aux dieux était prévu lors des repas, plus particulièrement le soir. Nous ne connaissons que peu de choses sur le rituel : le repas commençait toujours par une invocation aux dieux et les prémices leur étaient offertes. Durant le repas du soir, après la cena proprement dite, le silence était fait afin de présenter aux Lares une autre offrande sur le foyer, notamment des gâteaux ou de la farine mélangée de sel et une coupe de vin89. Nous n’avons pas de renseignements sur les autres moments du culte quotidien.

  • 90 Perse, Sat. 5, 30-31. Idem chez Properce, Eleg. 4, 1, 132 et Pétrone, Sat. 60 : duo Lares bullatos.
  • 91 Varro, frag. Apud Nonium 863.15 L.

46Les Lares semblaient privilégiés lors des grandes occasions. Si les Pénates présidaient aux repas, ils n’étaient pas sollicités lors des fêtes familiales auxquelles ils se contentaient d’assister : la cérémonie de la prise de la toge virile, le dies uirilis togae, commençait le matin, à la maison, par un sacrifice offert au Lar Familiaris, sous la présidence du pater familias. Le jeune homme offrait sa toge prétexte au Lare en même temps que la bulla qu’il avait jusque-là portée au cou et qui était déposée comme offrande dans le laraire90 et il revêtait la toge virile, la toge blanche, vêtement par excellence du citoyen romain. Cette partie privée de la cérémonie était suivie par une autre publique. De même, au moment où elles allaient se marier, les jeunes filles offraient au Lar familiaris leurs poupées, et d’autres objets liés à l’enfance91.

  • 92 Scheid, 2013, p. 31.

47Les cultes privés ne se bornaient pas au culte domestique comme nous l’avons déjà dit : tous les citoyens romains « étaient impliqués dans des communautés publiques et privées du même type : familles, quartiers, associations, dont ils devenaient membres par naissance ou adoption, par affranchissement ou par une contrainte sociale […]. C’était la vie sociale qui conduisait à la participation à une religion donnée92 ».

2. Entre culte privé et culte public : Compitalia et fêtes du voisinage à Rome sous la République

  • 93 Paul Diacre, p. 55, 1 L : « On appelait ainsi certaines fêtes qui se célébraient chaque année à des (...)
  • 94 Macrobe nous apprend que les Saturnales étaient célébrées à partir du 14e jour avant les Calendes d (...)
  • 95 Cicéron, Att. 2, 3 ; 7, 7 (le 4 des Nones de janvier).
  • 96 Festus p. 298, 23 L.

48Une fois par an, les Compitalia réunissaient aux compita (carrefours) les habitants des campagnes et ceux des uici (quartiers) urbains. Elles célébraient les Lares compitales, protecteurs du compitum et étaient une fête mobile93 fixée par le préteur à Rome. Habituellement, cette fête était célébrée entre les Saturnales94 et les Nones de janvier95, le 5, et donnait lieu à des réjouissances populaires. Les Compitalia faisaient partie des “popularia sacra96, de ces cérémonies religieuses auxquelles participaient tous les citoyens. Cet aspect collectif était souligné dans la formule par laquelle le préteur annonçait chaque année son jour de célébration :

  • 97 Aulu Gelle, Noct. Att. 10, 24, 3. Traduction René Marache, CUF 1978. Macrobe, Sat. 1, 4, 27 : « Le (...)

« Voici ces paroles : « le 9e jour, il y aura pour le peuple romain, pour les Quirites, les Compitalia. »97

  • 98 Gradel, 1992, p. 44.
  • 99 Ibid., p. 44.

49Le culte compital n’était cependant ni un culte d’État, ni même un culte public comme le remarque I. Gradel98. Alors que les cultes de l’État étaient célébrés avec les fonds publics par les magistrats et les prêtres au nom de l’ensemble du populus Romanus, le culte compital était célébré et financé par les magistri uici, qui étaient pour la plupart des affranchis, au nom des habitants du uicus, sans aucune conséquence pour l’État99. Néanmoins, il subsiste une certaine ambiguïté dans la mesure où les Compitalia sont annoncées par le préteur et que “l’État” contrôle les magistri uici.

  • 100 Sur Servius Tullius, fils d’une esclave et du Lar familiaris : Pline, Nat. Hist. 36, 204.
  • 101 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 4, 14, 3-4. Les heroes pronopioi sont les « héros dont le (...)

50Les Compitalia faisaient sans doute partie des plus anciennes fêtes du calendrier : après avoir divisé Rome en quartiers et instauré les chapelles des carrefours, Servius Tullius100 aurait institué cette fête dans le but de calmer les conflits entre esclaves, clients et patrons. Elle était destinée à unir, dans un même culte, non seulement chaque quartier mais aussi tous les groupes sociaux, y compris les esclaves, puisque ceux-ci y prenaient part librement. Denys d’Halicarnasse101 souligne l’importance du rôle des esclaves dans le culte des Lares :

« (Servius Tullius) ordonna donc que les habitants du voisinage élèvent des chapelles en l’honneur des heroes pronopioi dans tous les compita, et ordonna par une loi d’offrir chaque année des sacrifices (aux Lares Compitales), chaque maison apportant des gâteaux. Il ordonna en outre que les spectateurs comme les acteurs de ces cérémonies sacrées du voisinage (…) ne soient pas des hommes libres mais des esclaves, considérant que les heroes apprécient le ministère des esclaves. Aujourd’hui encore, les Romains continuent à célébrer cette fête, peu de jours après les Saturnales, de la manière la plus solennelle et la plus fastueuse ; du nom des carrefours, ils la nomment Compitalia ; en effet, ils appellent les carrefours kompitoi. Dans les cérémonies sacrées, ils conservent l’antique usage en cherchant à gagner la faveur des heroes par le biais de leurs esclaves, en leur ôtant ces jours-là, toute marque de servitude, afin que les esclaves, touchés par le sentiment de l’humanité émanant de tout moment grand et solennel, éprouvent plus de gratitude pour leurs maîtres et supportent mieux le poids de leur destin. »

  • 102 Varron, Ling. 6, 25 : « J’ai parlé des jours de fête fixes et déterminés : je passe aux fêtes mobil (...)
  • 103 Caton, Agr. 57.
  • 104 Macrobe, Sat. I, 7, 34-35 : «… et l’on donna le nom de Compitalia aux jeux eux-mêmes, en fonction d (...)

51Varron, quant à lui, indique que la fête était célébrée en l’honneur des Lares uiales102. Les Compitalia étaient une fête pour l’ensemble de la familia, c’est-à-dire maîtres et esclaves, ces derniers jouissant ce jour-là de privilèges comme lors des Saturnales, et recevant une ration supplémentaire de vin103. Cette fête104 assurait la cohésion du quartier et était l’occasion de rassemblements populaires très animés, notamment lors des jeux compitalices (ludi compitalicii) qui avaient lieu dans chaque quartier ou, du moins, dans les compita les plus importants, après le sacrifice aux Lares compitales : faiseurs de tours et acteurs de rue côtoyaient les concours de lutte et de mâts de cocagne.

  • 105 Flambard, 1981.
  • 106 Cicéron, in Pison. 4.
  • 107 Voir Fraschetti, 1994.
  • 108 Suétone, César 42 : « [… César] fit dissoudre toutes les associations, sauf celles qui existaient d (...)
  • 109 Cicéron, in Pison. 4.

52Sous la République, les collegia compitalicia n’avaient pas encore de fonctions officielles105, ce qui explique les désordres au ier siècle av. J.-C.106 : les magistri, chargés du culte des Lares compitales et de l’organisation des fêtes des Compitalia, donnaient des jeux à cette occasion et recrutaient des partisans pour les hommes politiques, tel que Clodius, sous forme de bandes armées qui devinrent bientôt un danger pour l’ordre public. C’est pourquoi ces collegia compitalicia furent supprimés à plusieurs reprises à la fin de la République107 y compris sous la dictature de César108, entraînant la suppression des jeux, momentanément rétablis par Clodius en 58 av. J.-C.109.

  • 110 Suétone, Auguste 31, 4-5 : « (Auguste) rétablit même quelques institutions religieuses d’autrefois, (...)
  • 111 Fraschetti, 1994, p. 216.

53Nous avons peu de renseignements sur les Compitalia entre l’interdiction des jeux sous la République et leur rétablissement par Auguste. Le témoignage de Varron et Denys d’Halicarnasse prouve que les Compitalia continuèrent à être célébrées malgré les troubles du ier siècle av. J.-C. Suétone, en évoquant le rétablissement des ludi compitalicii110 par Auguste, apporte la preuve de la continuité de cette fête puisqu’il ne mentionne que les jeux, et non la fête elle-même. Celle-ci a été régulièrement célébrée, alors que les jeux donnés à cette occasion avaient été abolis. Denys d’Halicarnasse date le prologue de son ouvrage (I, 3, 4) de 7 av. J.-C., année de la réorganisation territoriale de Rome en régions et en uici. Mais lorsqu’il décrit le déroulement contemporain de la fête, il ne fait aucune allusion aux modifications du culte par Auguste ni aux jeux donnés chaque année à cette occasion. Par conséquent, A. Fraschetti en conclut que les jeux des Compitalia étaient toujours interdits au moment où Denys d’Halicarnasse écrivait111.

  • 112 Voir Bulard, 1926, Bruneau, 1970, Hasenohr, 2003.

54Nous n’avons guère de représentations des Compitalia pour l’époque républicaine, même à Pompéi : c’est à Délos qu’il nous faut rechercher les plus anciennes112 (fig. 7). Les Compitalia subsistèrent jusqu’en 394 après J.-C., ce qui montre leur succès auprès du peuple.

Fig. 7. Autel de Délos (M. Bulard. Peintures murales et mosaïques de Délos, Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 14, 1-2, 1908, p. 7-214, pl. I).

Fig. 7. Autel de Délos (M. Bulard. Peintures murales et mosaïques de Délos, Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 14, 1-2, 1908, p. 7-214, pl. I).
  • 113 Ross-Taylor, 1931.

55Par conséquent, c’est avec Auguste qu’apparut une nouvelle composante de la religion romaine : le “culte impérial”. La réorganisation augustéenne se fondait sur le culte des Lares, vénérés dans les compita, sur les autels et dans les chapelles élevées aux carrefours des rues, et qui auraient été étroitement associés au Génie de l’empereur si nous nous fondons sur les travaux de L. Ross-Taylor113, largement repris dans les décennies qui ont suivi la parution de son ouvrage.

3. La réforme augustéenne des Lares et du Genius

3.1. Le Genius Augusti

  • 114 Dion Cassius 51, 19, 7 : «… que dans les banquets aussi bien publics que privés, tous feraient une (...)
  • 115 Horace, Od. 4, 5, 30-35 : « puis, chacun revient, joyeux, à son vin, et t’invite comme un dieu à so (...)
  • 116 Voir Charles-Laforge, 2011.
  • 117 Flower, 2017, p. 301-302.
  • 118 Ovide, Fast. 2, 635-638 : « Et quand la nuit humide vous invitera au paisible sommeil, faites une l (...)
  • 119 Il n’y a aucune trace dans les Actes des Frères Arvales du Genius Augusti avant l’époque de Caligul (...)
  • 120 Gradel, 2002, p. 138.

56Après la victoire d’Actium, des formes variées et spontanées d’allégeance et d’hommages se développèrent à Rome et dans les provinces : à Rome même, le peuple et le Sénat accordèrent à Octavien des privilèges d’ordre religieux. En 30 av. J.-C., un sénatus-consulte décréta qu’un serment serait prêté à Octavien, et qu’une libation serait effectuée pour lui, ou plus vraisemblablement pour son Génie, lors des banquets publics et privés114. Il est donc probable que le Genius Augusti ait été honoré ultérieurement par les particuliers115, néanmoins, nous ignorons si ce sacrifice se faisait obligatoirement devant une représentation du Genius Augusti116, ce qui pourrait expliquer l’absence de celui-ci sur la plupart des peintures de laraires pompéiens. L’idée d’un culte au Genius Augusti est loin de faire l’unanimité. H. Flower la rejette car elle considère que la libation était en l’honneur d’Octavien et non de son Genius et qu’elle fut probablement ponctuelle117. Alors que plusieurs textes évoquent cette libation en privé118, il n’y en a aucune trace en public119. I. Gradel120 conteste également l’idée d’un culte officiel au Genius Augusti car les élites romaines n’auraient pas acceptée ce culte. Il serait resté dans le domaine privé.

  • 121 Id. : « le Genius Augusti n’était honoré que dans les compita. » Contra Flower 2017 et Lott, 2004, (...)
  • 122 Ovide, Fast. 5, 145-146 : « la ville aujourd’hui possède mille Lares, et le Génie du chef qui les a (...)
  • 123 Voir Hano, 1983, p. 2358-2359 ; Lott, 2004, p. 110-113.
  • 124 Lott, 2004, p. 141. S’agit-il du Genius ou d’un prêtre ?

57Reste le problème du Genius Augusti qu’Auguste aurait associé aux Lares dans les chapelles des carrefours121. Sans mettre en doute le témoignage d’Ovide122 qui laisse supposer que le Genius Augusti était associé aux Lares des carrefours, il nous faut souligner que celui-ci n’est guère représenté sur les autels contrairement à ces derniers. Et ceci n’est pas propre à Pompéi puisque d’autres autels, provenant notamment de Rome, “ignorent” le Genius Augusti123. Un seul autel de Rome, parmi ceux que nous avons conservés, représente le Genius (?) et les Lares124.

3.2. Les Lares Augusti

  • 125 Suétone, Auguste 32 : « Il se constituait, sous le titre de collèges nouveaux, une foule d’associat (...)
  • 126 Suétone, Auguste 30 ; Dion Cassius 55, 8.
  • 127 Dion Cassius, 55, 8, 6-7 : « mais les quartiers de Rome eurent des surveillants (ἐπιμεληταί) pris p (...)
  • 128 CIL VI, 452 ; 449 ; 30975.

58À partir de 12 av. J.-C., lorsqu’il fut élu grand pontife, Auguste entreprit certaines réformes religieuses et modifia le culte des Lares compitales. À cette occasion, alors qu’il avait également interdit de nombreux collèges125, il chargea de nouveaux uicomagistri, au nombre de quatre, choisis chaque année parmi l’élite des habitants des uici, d’organiser les jeux et de les présider. Ils étaient assistés de uicoministri de rang servile et par divers assistants, joueur de flûte, sacrificateur, porteur d’offrandes… (fig. 8). Cette réforme aurait accompagné le redécoupage de Rome par Auguste en quatorze régions, subdivisées en uici ou quartiers126 ; néanmoins, Suétone ne relie pas les changements religieux à la réorganisation de l’espace urbain, de même que Dion Cassius : concernant celle-ci, datée de 7 av. J.-C., il dit simplement que les uici ont été réorganisés afin de mieux lutter contre les incendies127. De plus, un certain nombre d’autels ont été installés bien avant la réorganisation en 7 : certains datent de 12, 9 et 8 av. J.-C.128.

Fig. 8. Peinture de carrefour IX, 11 (V. Spinazzola, Pompei alla luce degli scavi nuovi di Via dell’Abbondanza (anni 1910-1923), t. I, Rome, 1953, Tav. XVIII).

Fig. 8. Peinture de carrefour IX, 11 (V. Spinazzola, Pompei alla luce degli scavi nuovi di Via dell’Abbondanza (anni 1910-1923), t. I, Rome, 1953, Tav. XVIII).
  • 129 Suétone, Auguste 31, 6 : « Il décida que les Lares des carrefours seraient ornés de fleurs deux foi (...)
  • 130 Festus p. 304 L.
  • 131 Fraschetti, 1994, p. 216.
  • 132 Suétone, Auguste 31, 4-5.
  • 133 Fraschetti, 1994, p. 264.

59Ce culte des Lares Compitales devint celui des Lares Augusti, et Auguste voulut que les fêtes aient lieu deux fois par an : selon Suétone129, l’offrande de couronnes aux Lares se faisait au printemps et en été : ces fêtes se déroulaient certainement en mai et en août, probablement le 1er jour de chaque mois. À l’époque d’Auguste, les Compitalia duraient 3 jours130. Selon A. Fraschetti, ce n’est que plus tard, autour de 7 av. J.-C., qu’Auguste rétablit les jeux compitalices131. Le témoignage de Suétone132 ne peut guère nous aider à fixer une date précise dans la mesure où il n’observe aucune chronologie interne : le « salutis augurium » fut rétabli dès 29 av. J.-C., les jeux Séculaires furent célébrés en 17 av. J.-C. et le flaminium de Jupiter fut rétabli en 11 av. J.-C.133.

  • 134 Ross-Taylor, 1931, p. 188.
  • 135 Fraschetti, 1994, p. 276.
  • 136 Lott, 2004, p. 110 : « Augustus was a multivalent eponym that helped to bind together a nexus of Au (...)
  • 137 À Pompéi, dans un laraire, un grafitto indique Lares Augustos (NS, 1933, p. 281 ; 1934, p. 271, fig (...)
  • 138 Lott, 2004.
  • 139 Suétone, Auguste 31, 5.
  • 140 Festus p. 284 L : Publica sacra quae publico sumptu pro populo fiunt, quaeque montibus, pagis, curi (...)
  • 141 Gradel, 2002, p. 128-129.

60Se fondant sur l’autel du Belvédère134 (12-2 av. J.-C.) où Auguste est représenté offrant les statuettes de ses Lares au compitum (?), A. Fraschetti relève que c’est Auguste lui-même qui a remis à la ville de Rome ses propres Lares, les Lares Augusti, transmettant d’une « manière emblématique » aux uicomagistri un culte propre à sa famille135, ce que conteste J. B. Lott car, selon lui, le titre augustus/augusta était déjà donné à des divinités, dans le cadre public, sans qu’il s’agisse de divinités se rapportant au culte familial des Iulii. Ce titre aurait permis de relier des cultes publics préexistants à la personne d’Auguste136. C’est là toute l’ambiguïté de augustus/sanctus sur laquelle Auguste a pu s’appuyer : les Lares Augustes137 se sont confondus avec les Lares d’Auguste offerts aux compita. Mais il n’est pas certain qu’il s’agisse de ses propres Lares138. Suétone ne mentionne pas le Genius Augusti associé aux Lares lorsqu’il évoque les réformes d’Auguste139 ; toutefois, I. Gradel accepte l’idée qu’il soit honoré avec les Lares des carrefours car, d’après lui, comme les cultes des compita ne faisaient pas partie de la religion officielle selon Festus140, l’hommage au Genius Augusti fut accepté par le peuple141.

  • 142 Pline, Hist. Nat. 3, 66.
  • 143 « Ce chiffre donné pour l’époque de Vespasien (74 apr. J.-C.) ne devait pas avoir varié, semble-t-i (...)
  • 144 Id.

61Pline l’Ancien recensait 265 chapelles de carrefours à Rome au ier siècle apr. J.-C.142 ce qui devait correspondre au nombre de uici à l’époque augustéenne143. La multiplication des autels dans les dernières années du ier siècle av. J.-C. (essentiellement entre 12 et 2) laisse penser que ceux-ci ont pu jouer un rôle de propagande auprès des couches populaires pour la diffusion des idées religieuses et politiques élaborées par Auguste144. Les autels que nous avons conservés, postérieurs à la réforme d’Auguste, présentent à la fois une grande similitude des thèmes iconographiques et une certaine diversité dans leur mode de représentations, ce qui prouve la liberté dont les artistes ou les artisans dans les uici disposaient pour la décoration des autels.

  • 145 Scheid, 2013, p. 30.

62Ainsi, les cultes privés présentent de multiples facettes, que les Romains agissent comme groupe familial ou au sein d’un quartier ou d’un collège. Même si ces différents groupes ont leurs propres cultes, « on constate que les règles en vigueur dans ces communautés privées ressemblent à s’y méprendre à celles des cultes civiques : vœux, dédicaces, sacrifices […] on trouve partout le même ritualisme, le même polythéisme »145 (fig. 9).

Fig. 9. Autel du temple dit de Vespasien, Pompéi

Fig. 9. Autel du temple dit de Vespasien, Pompéi

(photo de l’auteur avec l’autorisation de la surintendance de Pompéi).

63Tout au long de notre période, ces cultes privés ne semblent guère évoluer : ce qui change essentiellement, c’est l’élargissement du panthéon familial à de nouvelles divinités et l’introduction du “culte impérial” au niveau de la domus et du compitum.

64Malheureusement l’archéologie ne nous permet pas de conclure de façon satisfaisante sur l’introduction systématique du Genius et des Lares Augusti dans les carrefours. Même Pompéi n’apporte pas de certitude quant à l’application immédiate des réformes augustéennes. Néanmoins, l’existence dans l’empire romain de statuettes à l’effigie des membres de la famille impériale permet d’envisager une dévotion sincère, sans cette connotation politique ou idéologique que l’on attribue souvent aux dédicaces dans les lieux publics. Toutefois, il n’est pas aisé d’apprécier la place du Genius Augusti dans la domus. Il est possible que la représentation du Genius du pater familias ait été privilégiée dans les laraires dans la mesure où le Genius Augusti n’était invoqué que lors des banquets au même titre que les Lares et les Pénates. Certains aspects du « culte impérial » restent donc encore difficiles à appréhender d’autant plus que les évolutions au cours des deux premiers siècles y ont été plus marquées que dans d’autres domaines religieux.

  • 146 Code Théodosien 16, 10, 12.

65Nous constatons également que, sous le Principat, les Lares Augusti ont fait l’objet dans certaines provinces de plus nombreux honneurs que le Genius Augusti. Nous retrouvons ici l’attachement aux Lares que leur portaient les Romains de l’époque républicaine. Le culte des Lares, Genius et Pénates se maintient malgré l’instauration du Christianisme au point que Théodose ier fut obligé à la fin du ive siècle d’interdire les pratiques du culte privé146 :

« Que nul ne vénère, sacrilège plus discret, le Lare par le feu, le Génie par du vin pur, les Pénates par du parfum, ni n’allume des lampes, ne dépose de l’encens ou ne suspende de guirlandes. »

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Notes

1 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 2, 65, 1. Traduction V. Fromentin et J. Schnäbele, La Roue à Livres, Paris, 1990.

2 Le premier à se pencher sur les cultes privés fut A. De Marchi.

3 Paul Diacre, p. 285 L.

4 Rey, 2015, p. 322.

5 Bakker, 1994, p. 4.

6 Scheid, 2013, p. 24.

7 Caton, Agr. 143 : Scito dominum pro tota familia rem diuinam facere.

8 Caton, Agr. 2.

9 Caton Agr. 132. Traduction Raoul Goujard, CUF 1975.

10 Rey, 2015, p. 318. Sur le rôle des femmes dans les sacrifices, voir Huet, 2008.

11 Nonius Marcellus, De compendiosa doctrina 531, 8 L. (Varron, De vita populi Romani fr. 304). Voir Wissowa, 1912, p. 167-168 : « Je n’ose pas utiliser le passage de Varron d’une part parce que la mention des Lares ne repose que sur des conjectures, et d’autre part parce que ni le lieu ni le motif du don d’argent ne sont clairs » (Id., p. 168 note 2).

12 Plaute, Aul. 385-387. Traduction Alfred Ernout, CUF 1989.

13 La femme ne devenait mater familias que lorsque son mari acquérait lui-même le titre de pater familias, c’est-à-dire quand la mort de son père le rendait sui iuris (Festus p. 112 L).

14 Scheid, 1991, p. 435.

15 Caton, Agr. 143, 1.

16 Columelle, Rust. 12, praef. 1, 10 : « Depuis que les anciennes habitudes des mères de famille sabines et romaines sont entièrement non seulement passées de mode, mais même anéanties, c’est à l’intendante que sont revenus nécessairement les soins qui faisaient partie des devoirs de la femme du propriétaire puisque les intendants aussi ont remplacé les maîtres… ». Traduction Jacques André, CUF 1988.

17 Denys d’Halicarnasse, Antiquités Romaines. 2, 25, 5.

18 Cazanove, 1987.

19 Sur le dossier de l’interdit du vin, voir Pailler, 2000.

20 Caton, Agr. 83 (il s’agit du uotum pro bubus) : « qu’aucune femme ne soit présente à ce sacrifice ni ne voit comment il est fait ». Traduction Raoul Goujard, CUF 1975.

21 Festus p. 72 L : « Exesto pour extra esto. Dans certaines cérémonies saintes, le licteur criait à plusieurs reprises : Hostis, uinctus, mulier, uirgo, exesto. Par cette formule, il leur défendait d’assister à la cérémonie. »

22 Aulu-Gelle, Noct. Att. 10, 23, 1-2. Traduction René Marache, CUF 1978.

23 Gras, 1983, p. 1071-1072.

24 Plutarque, Questions Romaines, 85. Traduction et commentaire de M. Nouilhan, J.-M. Pailler et P. Payen, Hachette, 1999.

25 Pailler, 2001, p. 2.

26 Macrobe, Sat. 1, 16, 30.

27 Ibid. 1, 15, 19.

28 Scheid, 1991, p. 435.

29 Cazanove, 1987, p. 167.

30 Ovide, Fast. 6, 629-630.

31 Boëls-Janssen, 1993, p. 257.

32 Plaute, Trin. 39-41 : « J’entends qu’on fasse à notre Lare l’hommage d’une couronne ; ma femme, fais-lui tes dévotions pour que cette demeure soit pour nous une source de biens, de bonheur, de prospérité, de fortune. » Traduction Alfred Ernout, CUF 1961.

33 Plaute, Rud. 1206-1208 : « Prépare ce qu’il faut pour que j’offre, en rentrant, un sacrifice aux dieux Lares de notre famille, puisqu’ils viennent de l’augmenter. Nous avons chez nous des agneaux et des porcs destinés aux dieux. » Traduction Alfred Ernout, CUF 1972.

34 Plaute, Aul. 23-25 : « Il a une fille unique. Elle, au contraire, tous les jours m’apporte en offrande de l’encens, du vin, quelque chose ; elle me donne des couronnes. » Traduction Alfred Ernout, CUF 1989.

35 Boëls-Janssen, 1993, p. 256.

36 Pompéi I, 13, 2 (Fröhlich L 29, pl. 28,2) ; VII, 15, 7 (Boyce n° 331) ; VIII, 2, 39 (Boyce n° 349, pl. 19,2) ; IX, 13, 1-3 (Fröhlich L 109, pl. 14,2) ; uilla de Boscoreale (Boyce n° 489 ; Fröhlich L 128, pl. 51,1 : Chicago inv. 24 658).

37 Pompéi VIII, 2, 39 (Boyce n° 349, pl. 19, 2. Fröhlich L 95, pl. 44, 1).

38 Pompéi VII, 15, 7 (Boyce n° 331).

39 Boyce n° 489 ; Fröhlich L 128, pl. 51,1 ; NS 1898, p. 421.

40 Scheid, 1985, p. 21.

41 Pailler, 1995, p. 3.

42 Perse, Sat. 2, 31-34 : « Voici qu’une aïeule ou une tante maternelle craignant les dieux a pris un enfant dans son berceau ; avec le doigt mal famé et la salive lustrale, elle purifie d’abord son front et ses lèvres humides, experte qu’elle est à conjurer la brûlure du mauvais œil. » Traduction Augustin Cartault, CUF 1966.

43 Prudence, Symm. 1, 201-211. Traduction Maurice Lavarenne, CUF 1948.

44 Tibulle, Eleg. 1, 10, 15-16 : « Mais vous, Lares de mes pères, sauvez-moi, vous qui m’avez nourri, lorsque, petit enfant, je courais à vos pieds. » Traduction Max Ponchont, CUF 1968.

45 Ibid. 3, 12, 15 : « et une mère attentive prescrit à sa fille des vœux conformes à ses propres désirs. » Traduction Max Ponchont, CUF 1968.

46 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 2, 22, 1.

47 Servius, ad Æn. I, 730 : « Chez les Romains également, lorsqu’un repas était donné, une fois enlevés les premiers plats, on avait coutume de faire silence jusqu’à ce que les parts prélevées du repas aient été portées au foyer et offertes au feu et qu’un enfant ait déclaré que les dieux étaient favorables. » Virgile, En. 8, 283-284 (lors du second service). Pétrone, Sat. 60.

48 Columelle, Rust. 12, 4, 3. Traduction Jacques André, CUF 1988.

49 Tibulle, Eleg. 1, 10, 20-24 : « Le dieu avait sa statue de bois dans une étroite chapelle. On l’apaisait avec une grappe de raisin, ou en ceignant d’une guirlande d’épis sa chevelure sacrée ; et celui dont le vœu était exaucé lui apportait lui-même des gâteaux et, derrière lui, marchait sa fille, toute petite, tenant un pur rayon de miel. » Traduction Max Ponchont, CUF 1968.

50 Plaute, Rud. 1208 ; Horace, Od. 3, 23 (porca) ; Od. 4, 11, 6-8 (agneau) ; Sat. 2, 3, 164 ; Tibulle, Eleg. 1, 10, 25-28 : « Ah ! Dieux Lares […] vous aurez comme victime une truie rustique de mon étable pleine ; je la suivrai avec un vêtement pur et je porterai une corbeille enguirlandée de myrte, ayant aussi des guirlandes de myrte sur la tête. » Traduction Max Ponchont, CUF 1968.

51 Kolendo, 1994, p. 267.

52 Columelle, Rust. 1, 8, 5 : « Il ne fera pas de sacrifices, à moins que ce ne soit sur l’ordre du maître » ; 11, 1, 22 : « Il ne souffrira pas que l’on fasse de sacrifices, à moins que le maître ne les ait ordonnés. »

53 Caton, Agr. 143, 1.

54 Kolendo, 1994, p. 267.

55 Ibid., p. 272-273. Cf. Scheid,1985.

56 Caton, Agr. 5, 3 : « Qu’il ne fasse pas de sacrifice sinon lors de la fête des carrefours, au carrefour ou au foyer. » Traduction Raoul Goujard, CUF 1975.

57 Kolendo, 1994, p. 269.

58 Columelle, Rust. 11, 1, 19.

59 Ovide, Fast. 2, 633-634 : « Offrez également des mets, en témoignage d’un culte qui leur est agréable, aux Lares à la tunique retroussée, afin qu’ils puissent prendre leur nourriture sur la patelle qui leur est présentée. » Traduction Robert Schilling, CUF 1992.

60 Bettini, 2012, p. 182-183.

61 Ibid., p. 184.

62 Ibid., p. 185. Caton, Agr. 141, 2 et 3.

63 Plaute, Trin. 39. Scheid, 1991, p. 433 : «… si nous admettons que l’oblation de la couronne appartient à une liturgie plus complexe, dont l’ouverture consisterait en un sacrifice au Lare domestique, rien ne s’oppose à ce que nous interprétions celle-ci comme un élément du “second service” du banquet de la divinité. Dans ce cas, ce rituel établirait un ordre de préséance supplémentaire entre le fermier et la fermière… ».

64 Caton, Agr. 143, 2 : « Qu’elle tienne le foyer net en balayant tout autour chaque jour avant d’aller se coucher. Aux calendes, aux Ides, aux Nones, les jours de fête, qu’elle mette une couronne au foyer ; et ces mêmes jours, qu’elle fasse, selon ses moyens, une offrande au Lare familial. » Traduction Raoul Goujard, CUF 1975.

65 Dubourdieu, 1989, p. 108.

66 Laforge, 2009, p. 108-109.

67 Scheid, 1985, p. 21.

68 Varron cité par Arnobe, Adu. Nat. 3, 41 ; Festus p. 109, 112 et 114 L.

69 Wissowa, 1912.

70 Plaute, Mercator 834-837.

71 Ulpien, Digeste 25, 3, 1.

72 Plaute évoque à de multiples reprises le Lar familiaris (Trin. 39 ; Mercator 834 ; Miles glor. 1339 ; Rud. 1208) mais dans de rares occasions, le Lare devient les Lares, au pluriel (Rud. 1205).

73 Plaute, Mercator 834.

74 Caton, Agr. 2, 1.

75 Salluste, Cat. 20 ; Horace, Od. 4, 5, 34-36 ; Sat. 1, 5, 65 ; 2, 3, 164 ; Epod. 2, 65-66 et 16, 19 ; Juvénal, Sat. 8, 110-111.

76 Wissowa, 1912, p. 168 sq.

77 Caton, Agr. 5, 3 et 143, 1.

78 Laforge, 2009, p. 109-112.

79 Censorinus, De die natali 3, 1-2 : « Le Génie est le dieu sous la protection de qui chacun de nous vit à partir du jour de sa naissance. Que son nom signifie qu’il veille à notre naissance, qu’il naît en même temps que nous ou encore qu’une fois nés, il nous prend en charge et nous protège, il vient certainement de faire naître (genere). De nombreux auteurs anciens ont écrit que le Génie était identique au Lare, et parmi eux Granius Flaccus, dans le livre qu’il nous a laissé sur les rituels et qu’il a dédié à César. » Traduction Guillaume Roca-Serra, Librairie philosophique 1980 (iiie s. apr. J.-C).

80 Dumézil, 1983, p. 87.

81 Schilling, 1979, p. 417.

82 Pline, Hist. Nat. 2, 16 : « Aussi peut-on se rendre compte que le peuple céleste est encore plus nombreux que le peuple terrestre, puisque les individus aussi créent d’eux-mêmes un nombre égal de dieux en adoptant pour leur propre usage des Junons et des Génies. »

83 Tibulle, Eleg. 3, 6, 48 ; 3, 19, 15 ; 4, 6, 1.

84 Sénèque, Epist. 110, 1 : « Ils (nos pères) attribuaient à tout être humain son “Génie” ou sa “Junon”. »

85 Firmicus Marternus, De errore religionum profanarum 14, 1-2 (ive siècle apr. J.-C.).

86 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 1, 67-68.

87 Dubourdieu, 1989, p. 119.

88 Servius, ad Æn. 2, 514 : « Les Pénates sont tous les dieux qui habitent la maison. »

89 Servius, ad Æn. I, 730 ; Virgile, En. 8, 283-284 ; Pétrone, Sat. 60.

90 Perse, Sat. 5, 30-31. Idem chez Properce, Eleg. 4, 1, 132 et Pétrone, Sat. 60 : duo Lares bullatos.

91 Varro, frag. Apud Nonium 863.15 L.

92 Scheid, 2013, p. 31.

93 Paul Diacre, p. 55, 1 L : « On appelait ainsi certaines fêtes qui se célébraient chaque année à des jours indéterminés, telles que les Sementinae, les Compitaliciae. »

94 Macrobe nous apprend que les Saturnales étaient célébrées à partir du 14e jour avant les Calendes de janvier, avant César, dès le 16e jour après la réforme du calendrier (Sat. 1, 10, 1-9).

95 Cicéron, Att. 2, 3 ; 7, 7 (le 4 des Nones de janvier).

96 Festus p. 298, 23 L.

97 Aulu Gelle, Noct. Att. 10, 24, 3. Traduction René Marache, CUF 1978. Macrobe, Sat. 1, 4, 27 : « Le neuvième jour, le peuple romain des Quirites célébrera les Compitalia. » Traduction Charles Guittard, La Roue à Livres 1997.

98 Gradel, 1992, p. 44.

99 Ibid., p. 44.

100 Sur Servius Tullius, fils d’une esclave et du Lar familiaris : Pline, Nat. Hist. 36, 204.

101 Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines 4, 14, 3-4. Les heroes pronopioi sont les « héros dont les statues se trouvaient devant les maisons ». Denys d’Halicarnasse appelle les Lares heroes (ἥρωες).

102 Varron, Ling. 6, 25 : « J’ai parlé des jours de fête fixes et déterminés : je passe aux fêtes mobiles, dont le renouvellement est annoncé tous les ans. Le jour des Compitalia a été attribué aux Lares des routes ; c’est pourquoi, là où des routes se rencontrent, on fait alors des sacrifices sur les laraires des carrefours. Ce jour est désigné de nouveau tous les ans. » Traduction Pierre Flobert, CUF 1985. Nous retrouvons les Lares uiales chez Plaute, Mercator 864-865.

103 Caton, Agr. 57.

104 Macrobe, Sat. I, 7, 34-35 : «… et l’on donna le nom de Compitalia aux jeux eux-mêmes, en fonction des carrefours où on les célébrait. » Traduction Charles Guittard, La Roue à Livres 1997.

105 Flambard, 1981.

106 Cicéron, in Pison. 4.

107 Voir Fraschetti, 1994.

108 Suétone, César 42 : « [… César] fit dissoudre toutes les associations, sauf celles qui existaient de toute antiquité. » Traduction Henri Ailloud, CUF 1931.

109 Cicéron, in Pison. 4.

110 Suétone, Auguste 31, 4-5 : « (Auguste) rétablit même quelques institutions religieuses d’autrefois, peu à peu tombées en désuétude comme le salutis augurium, le flaminat de Jupiter, les Lupercales, les jeux séculaires et ceux des Compitales. » Traduction Henri Ailloud, CUF 1931.

111 Fraschetti, 1994, p. 216.

112 Voir Bulard, 1926, Bruneau, 1970, Hasenohr, 2003.

113 Ross-Taylor, 1931.

114 Dion Cassius 51, 19, 7 : «… que dans les banquets aussi bien publics que privés, tous feraient une libation (à Octavien). » Traduction M.-L. Freyburger et J.-M. Roddaz, CUF 1991.

115 Horace, Od. 4, 5, 30-35 : « puis, chacun revient, joyeux, à son vin, et t’invite comme un dieu à son repas : On t’offre de nombreuses prières et les libations des coupes ; on mêle ta divinité aux dieux Lares (et Laribus tuum miscet numen). » Genius et numem sont parfois confondus chez les poètes (cf. Horace, Epist. 2, 1, 15-16). Pour Gradel, 2002, p. 209, ce poème n’est pas convaincant car il daterait de 14-13, donc avant la réorganisation augustéenne.

116 Voir Charles-Laforge, 2011.

117 Flower, 2017, p. 301-302.

118 Ovide, Fast. 2, 635-638 : « Et quand la nuit humide vous invitera au paisible sommeil, faites une large libation de vin au moment de faire la prière et dites “À votre santé, à ta santé père de la patrie, excellent César !”. Prononcez ces belles paroles en répandant le vin. » Traduction Robert Schilling, CUF 1992 ; Pétrone, Sat. 60 : « ayant fait les libations suivant le rite, tous debout nous crions “Heureuse vie à Auguste, père de la patrie” ». Traduction Alfred Ernout, CUF 1967 ; Horace, Od. 4, 5, 30-35.

119 Il n’y a aucune trace dans les Actes des Frères Arvales du Genius Augusti avant l’époque de Caligula puis Néron.

120 Gradel, 2002, p. 138.

121 Id. : « le Genius Augusti n’était honoré que dans les compita. » Contra Flower 2017 et Lott, 2004, p. 111 sq.

122 Ovide, Fast. 5, 145-146 : « la ville aujourd’hui possède mille Lares, et le Génie du chef qui les a transmis, et les uici vénèrent trois divinités. »

123 Voir Hano, 1983, p. 2358-2359 ; Lott, 2004, p. 110-113.

124 Lott, 2004, p. 141. S’agit-il du Genius ou d’un prêtre ?

125 Suétone, Auguste 32 : « Il se constituait, sous le titre de collèges nouveaux, une foule d’associations ayant en vue toutes sortes de mauvais coups (…. il) fit dissoudre tous les collèges qui n’étaient pas anciens et légalement constitués. » Traduction Henri Ailloud, CUF 1931.

126 Suétone, Auguste 30 ; Dion Cassius 55, 8.

127 Dion Cassius, 55, 8, 6-7 : « mais les quartiers de Rome eurent des surveillants (ἐπιμεληταί) pris parmi le peuple, magistrats que nous appelons surveillants des rues (στενώπαρχοι) et à qui on accorda de porter, certains jours, la prétexte et d’être précédés de deux licteurs dans les lieux où ils exerçaient leur charge ; de plus, le corps d’esclaves attaché aux édiles pour éteindre les incendies fut mis sous leurs ordres, bien que les édiles, les tribuns du peuple et les préteurs eussent dans leurs attributions celle des quatorze régions de la ville que le sort leur attribuait, chose qui s’observe encore aujourd’hui. »

128 CIL VI, 452 ; 449 ; 30975.

129 Suétone, Auguste 31, 6 : « Il décida que les Lares des carrefours seraient ornés de fleurs deux fois par an, au printemps et en été. » Traduction Henri Ailloud, CUF 1931. Cf. Ovide, Fast. 5, 129 (1er mai : il évoque ici les Lares Praestites) et Fast. 5, 147 (1er août).

130 Festus p. 304 L.

131 Fraschetti, 1994, p. 216.

132 Suétone, Auguste 31, 4-5.

133 Fraschetti, 1994, p. 264.

134 Ross-Taylor, 1931, p. 188.

135 Fraschetti, 1994, p. 276.

136 Lott, 2004, p. 110 : « Augustus was a multivalent eponym that helped to bind together a nexus of Augustan ideology, governance, and dynasty. Never a general reference to the private family practices of the Julian clan, it created and definend the concept of ruling dynasty within the public sphere of the Empire. The decision to tittle the compital Lares with the epithet Augusti pullled the neigborhoods, their religion, and their inhabitants into the new system of the Principate and declared the active support the city’s lower class to be one of the ideals of the new regime. »

137 À Pompéi, dans un laraire, un grafitto indique Lares Augustos (NS, 1933, p. 281 ; 1934, p. 271, fig. 5).

138 Lott, 2004.

139 Suétone, Auguste 31, 5.

140 Festus p. 284 L : Publica sacra quae publico sumptu pro populo fiunt, quaeque montibus, pagis, curis sacellis : at private, quae pro singulis hominibus, families gentibus fiunt.

141 Gradel, 2002, p. 128-129.

142 Pline, Hist. Nat. 3, 66.

143 « Ce chiffre donné pour l’époque de Vespasien (74 apr. J.-C.) ne devait pas avoir varié, semble-t-il, depuis l’époque d’Auguste. » (Hano, 1983, p. 2334 note 2).

144 Id.

145 Scheid, 2013, p. 30.

146 Code Théodosien 16, 10, 12.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Peinture de laraire (détail), Pompéi.
Crédits Musée National de Naples inv. 8905 (photo de l’auteur avec l’autorisation du Musée).
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Titre Fig. 2. Laraire de Iulius Polybius, Pompéi IX, 13, 1-3
Crédits (photo de l’auteur avec l’autorisation de la surintendance de Pompéi).
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Titre Fig. 3. Peinture de laraire. Pompéi. Chicago inv. 24 658. Fröhlich L 128, pl. 51,1.
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Titre Fig. 4. Peinture de laraire, Pompéi. Musée National de Naples inv. 8905
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Titre Fig. 5. Peinture de laraire (détail), Pompéi. Musée National de Naples inv. 8905
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Titre Fig. 6. Peinture de laraire, Pompéi I, 13, 2
Crédits (photo de l’auteur avec l’autorisation de la surintendance de Pompéi).
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Titre Fig. 7. Autel de Délos (M. Bulard. Peintures murales et mosaïques de Délos, Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 14, 1-2, 1908, p. 7-214, pl. I).
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Titre Fig. 8. Peinture de carrefour IX, 11 (V. Spinazzola, Pompei alla luce degli scavi nuovi di Via dell’Abbondanza (anni 1910-1923), t. I, Rome, 1953, Tav. XVIII).
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Titre Fig. 9. Autel du temple dit de Vespasien, Pompéi
Crédits (photo de l’auteur avec l’autorisation de la surintendance de Pompéi).
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Pour citer cet article

Référence papier

Marie-Odile Charles-Laforge, « Les cultes privés chez les Romains (iiie s. avant – iiis. après J.-C.) »Pallas, 111 | 2019, 171-197.

Référence électronique

Marie-Odile Charles-Laforge, « Les cultes privés chez les Romains (iiie s. avant – iiis. après J.-C.) »Pallas [En ligne], 111 | 2019, mis en ligne le 29 février 2020, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pallas/18536 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pallas.18536

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Auteur

Marie-Odile Charles-Laforge

Maître de conférences en Histoire romaine
Université d’Artois
Laboratoire CREHS
modile.laforgecharles[at]univ-artois.fr

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Droits d’auteur

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