Navigation – Plan du site

AccueilNuméros127Miscellanées« Parmi les Argiennes aux beaux p...

Miscellanées

« Parmi les Argiennes aux beaux péplos ». Les femmes d’Argos à l’époque hellénistique dans la documentation épigraphique

“Among the Argive women with beautiful peplos”. The women of Argos in Hellenistic epigraphic testimonies
Clémence Weber-Pallez
p. 265-289

Résumés

Dans le cadre du débat sur la question de la citoyenneté des femmes grecques, cet article s’intéresse à l’intégration des femmes libres d’Argos au sein de la cité en prenant appui sur la documentation épigraphique d’époque hellénistique. En partant de la manière dont elles sont désignées, aussi bien par le patronyme, l’ethnique que le phatronyme, nous nous interrogeons sur leur place au sein des Ἀργείοι et sur la pertinence d’une dichotomie genrée au sein de la communauté argienne.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Plutarque, Vertus des Femmes, 4 : Οὐδενὸς δ´ ἧττον ἔνδοξόν ἐστι τῶν κοινῇ διαπεπραγμένων γυναιξὶν ἔ (...)

« Il n’est rien de plus fameux concernant les actions collectives entreprises par des femmes que le combat contre Cléomène autour d’Argos, que conduisirent les Argiennes menées par l’excitatrice Télésilla la poétesse. »1.

  • 2 Sauf mention contraire, toutes les dates de cet article sont à considérer avant J.-C.
  • 3 Pausanias, II, 20, 8-10 ; Polyen, Stratagèmes, 8, 33 ; Clément d’Alexandrie, Stromates, 4, 19, 120, (...)
  • 4 Le Bas, 1831, p. 107-108 (il reconstitue la dédicace afin que le nom de Télésilla puisse s’y tenir) (...)
  • 5 Kunstblatt, supplément au journal de Stuttgart le Morgenblatt für gebildete Stände, publié le 15 ma (...)
  • 6 Chabot, 2022, pour retrouver l’ensemble des références.
  • 7 Sauzeau, 2005, p. 119-137 et p. 263-335.

1L’histoire, ici résumée par Plutarque, est célèbre à l’époque impériale : alors qu’au début du ve s.2, le roi spartiate Cléomène envahit l’Argeia, exterminant la majorité de l’armée argienne, il doit stopper sa course face à la résistance du reste de la population d’Argos, en particulier des femmes. Tout penaud de devoir combattre la gent féminine décriée, il abandonne le combat et repart à Sparte. Le récit se retrouve chez tout bon lettré de l’époque impériale3 et a captivé des générations de chercheurs et de chercheuses depuis l’époque moderne. L’obnubilation est telle que, quand l’Expédition scientifique de Morée découvre à Argos en 1829 un relief représentant une femme portant une couronne et un enfant, Philippe Le Bas est persuadé qu’il s’agit d’une représentation de Télésilla4. Quelques mois plus tard, Jean-Baptiste Vietty, membre de cette expédition, déclare à un journal allemand avoir trouvé le monument argien de Télésilla décrit par le Périégète5. L’obsession se poursuit jusqu’à aujourd’hui, Télésilla étant le personnage argien le plus étudié par l’historiographie6. Ces femmes guerrières ont fasciné et continuent encore de fasciner, façonnant avec elles l’histoire d’une Argos acculée par les Lacédémoniens, mais forte et indépendante. Si on ajoute à cela les mythes locaux devenus panhelléniques autour d’autres femmes argiennes, Danaïdes ou Protéides, devenues meurtrières ou folles7, on a l’impression que la cité argienne s’honore de ses citoyennes fortes mais qui agissent à la limite du raisonnable.

  • 8 Tatien, Discours aux Grecs, 33.
  • 9 Athénée, XIII, 596e ; Pausanias, V, 8, 11.
  • 10 Tite-Live, XXVII, 31, XXXII, 21 et XXXIV 53 ; Plutarque, Vie d’Aratos, 49-51 et Vie de Paul-Émile, (...)
  • 11 Jamblique, Vie de Pythagore, 194, 6.
  • 12 Damet, 2023, p. 7.

2Toutefois, ôtez le mythe, ôtez le récit tardif qui insiste sur les qualités exceptionnelles de certaines à un moment court et défini : que reste-t-il des femmes argiennes ? Outre Télésilla, quelques très rares Argiennes sont passées à la postérité pour leur place politique ou pour leur œuvre : Talarchis d’Argos était également une poétesse dont Eutykratès, fils de Lysippe, a sculpté la statue. Elle aurait peut-être vécu au début de l’époque hellénistique8. Bilistichè d’Argos était canéphore pour Arsinoé II en 251, hétaïre de Ptolémée II et a gagné des victoires olympiques de chariot9. Gnathainion d’Argos est connue pour avoir été la mère du roi macédonien Persée. Elle était peut-être également l’ancienne femme d’Aratos le Jeune10. Enfin, Babelyca et Boio d’Argos étaient des philosophes pythagoriciennes du iie s. ap. J.-C.11. Toutes ces femmes ont eu « des vies singulières »12.

  • 13 Marchetti, 2010. Connelly, 2010.
  • 14 Dimakis, 2016 ; Aurigny, 2014.

3Que sait-on des autres femmes argiennes, qui formaient environ la moitié de la population d’une des plus grandes cités du Péloponnèse ? La réponse ne surprend guère : hormis un article de p. Marchetti sur la société argienne du Haut-Empire et quelques remarques sur les prêtresses13, aucune recherche ne s’est à ce jour intéressée aux femmes d’Argos. Pourtant, elles sont bien là, dans notre documentation épigraphique et archéologique : leurs tombes et leurs épitaphes nous révèlent leur nom et parfois leur histoire, leurs offrandes nous rendent visibles leurs pratiques cultuelles. Des recherches récentes, sur les nécropoles ou sur certains sanctuaires, nous permettent de les approcher au plus près14.

  • 15 Bielman, 2001, p. 10. Sur la notion d’espace public et son approche par les chercheurs et chercheus (...)
  • 16 Sur l’évergésie, Gauthier, 1987.
  • 17 Van Bremen, 1996.
  • 18 Siekierka, Stebnicka, Wolicki, 2021.

4Dans les dernières décennies, l’intérêt pour les femmes des cités grecques antiques s’est manifesté sous forme de riches et féconds débats, dans des domaines de recherche très différents : histoire du genre, histoire des sexualités, histoire des émotions, etc. Face à ces approches qui pouvaient enfermer les femmes dans une « sphère privée », des chercheuses se sont penchées sur la place de ces actrices de l’histoire dans « l’espace public », c’est-à-dire dans le cadre d’une communauté politique qui échange des idées et des discours. Ce « rôle ‘public’ d’une femme » correspondrait alors à « toute activité accomplie devant témoins, hors du cadre restreint de l’oikos », activité qui pouvait lui permettre « parfois d’accéder à la notoriété »15. Dans ce champ de recherche, l’époque hellénistique, par la riche documentation épigraphique qu’elle offre et par les évolutions sociales notables qu’elle comporte, comme le développement de l’évergésie, fut considérée comme une période d’émancipation des femmes16. Prévalait alors l’idée selon laquelle les femmes de l’époque hellénistique auraient obtenu l’accès à cette sphère publique en devenant donatrices, évergètes ou gestionnaires de biens, l’exemple le plus probant étant celui des reines hellénistiques. Les femmes parvenaient-elles à l’époque hellénistique à obtenir de la visibilité dans le champ du politique ? Leur participation à la vie publique était-elle signe de leur émancipation ? Dès 1996, R. van Bremen remettait en cause cette interprétation des sources, en soulignant qu’il s’agissait avant tout d’un phénomène de publicisation familiale de la part des élites urbaines17 : les femmes étaient mises en avant dans l’espace public afin de mettre en valeur leur famille, dirigée par les hommes. En 2021, Pr. Siekierka, Kr. Stebnicka et A. Wolicki admettaient également ce phénomène de publicisation des femmes lié à une valorisation des hommes et pensaient pouvoir repérer deux grandes évolutions à l’époque hellénistique : la mise en place de royautés macédoniennes qui accentuaient et mettaient en scène le rôle des reines et princesses, et l’expansion de Rome18.

  • 19 Date de la sortie de l’ouvrage fondateur de Davidoff et Hall, 1987.
  • 20 Pour un résumé de l’historiographie des quarante dernières années, Bouche, Doulière et Gillespie, 2 (...)
  • 21 Ibidem, p. 14.
  • 22 Bielman, 2001 ; Bielman, Frei-Stolba et Bianchi, 2003 ; Dirven, Icks et Remlisen, 2023.
  • 23 Bielman, 2001.
  • 24 Bielman, Frei-Stolba et Bianchi, 2003.
  • 25 Dirven, Martlin Icks et Sofie Remlisen, 2023.

5Toutefois, depuis 198719, les recherches, en particulier d’histoire contemporaine, ont dénoncé l’anachronisme que constitue la séparation entre « sphère publique » et « sphère privée » pour des sociétés pré-industrielles. Cette dichotomie est en effet née dans les milieux bourgeois (middle class) capitalistes et conformistes de la Révolution industrielle, qui associaient un genre à chacune de ces sphères : aux hommes, le public, la politique et la prise de décision, aux femmes le privé, le cosy, le foyer, l’économie familiale20. Les conséquences de cette construction mentale contemporaine qu’est l’« idéologie des sphères »21 sont colossales sur l’historiographie des cités grecques antiques : la division entre les deux sphères n’a pas toujours été remise en contexte émique et les recherches, même celles en histoire du genre, ont eu tendance à plutôt vouloir extirper les femmes de leur domaine privé, plutôt que de remettre en question le fondement épistémologique même d’une telle ségrégation22. Dans ce cadre, une grande partie de l’historiographie est restée et reste obnubilée par les femmes « en vue » pour reprendre le premier titre de l’ouvrage fondateur d’A. Bielman23, ou « femmes influentes »24, qu’il s’agisse des femmes des cours macédoniennes ou des femmes des élites des cités grecques. En 2023, les chercheurs et chercheuses réunis autour de L. Dirven, M. Icks et S. Remlisen sur le sujet des vies publiques des femmes de l’Antiquité ne s’intéressaient en réalité qu’à ces femmes extraordinaires, reines, impératrices, etc.25.

  • 26 Blok, 2017, p. 43 : « citizenship consists of membership of a political community, in which an indi (...)
  • 27 Fröhlich, 2016 ; Sebillotte Cuchet, 2017.
  • 28 Fröhlich, 2016, p. 28.
  • 29 Sur un rappel de ces débats, notamment sur la signification du terme ἀρχή dans les Politiques d’Ari (...)

6Les femmes ordinaires, celles qui forment l’essentiel de la communauté de la cité, celles qui se cachent aussi derrière les ethniques comme Ἀργείοι, sont en effet plus complexes à atteindre. Le débat sur la place des femmes dans la « sphère publique », s’il est fondamental, a souvent tendance à cacher leur intégration plus globale dans la cité : se faire voir n’est pas forcément être, ni même agir. Une des manières d’atteindre l’ensemble des femmes d’une communauté politique a dès lors été d’essayer de comprendre leur statut au sein de la cité. Un des derniers grands débats tournait ainsi autour de la question d’une éventuelle citoyenneté des femmes. À la suite de la publication de l’ouvrage de J. Blok en 2017, qui mettait en avant une citoyenneté grecque large et incluante, intégrant aussi bien les hommes que les femmes26, p. Fröhlich et V. Sebillotte Cuchet ont discuté cette question de l’intégration des femmes dans le ou la politique, une controverse avant tout centrée sur la cité athénienne et sur l’interprétation des Politiques d’Aristote27. Une des grandes questions est notamment la signification du féminin πολῖτις, ιδος, mais aussi la portée de l’ethnique Ἀθηναῖοι. Au cours de ces échanges, p. Fröhlich remettait en cause la définition « globale » de la citoyenneté et invitait à plutôt regarder l’échelle locale28. Que le texte d’Aristote soit justement compris ou non29 importera en effet moins si on s’éloigne du cas athénien et de l’athénocentrisme de nos sources littéraires et de nos recherches.

  • 30 Rizakis, Zoumbaki, 2001.
  • 31 Il s’agit du taux habituel de représentation des femmes dans l’épigraphie.
  • 32 Matthews, Fraser, 1997.

7La cité d’Argos est en ce sens un laboratoire d’analyse pertinent pour entrevoir les degrés d’intégration des femmes à la communauté civique. Je me propose donc ici de reprendre l’ensemble de la documentation épigraphique hellénistique pour observer d’une part la manière dont sont nommées et qualifiées les femmes d’Argos qui y apparaissent, et pour interroger le lien qu’elles entretiennent non pas tant avec l’espace public qu’avec l’ensemble de la communauté civique. L’épigraphie d’Argos est un domaine encore en partie inexploré mais fécond. Plus d’une centaine d’inscriptions mentionnent des femmes, qu’elles soient prêtresses, défuntes, dédicataires, dédicantes, épouses, mères ou autres. Un outil prosopographique, l’Αργολική προσωπογραφία de M. Mitsos, publié en 1952, offre une vision rapide de la part des femmes dans ces inscriptions, ainsi que de l’évolution de leur place dans le paysage épigraphique. On y repère 189 femmes de toutes époques, quelques-unes viennent de la sphère mythique (Cydippe, la mère de Cléobis et Biton ; les femmes de la famille du roi Téménos, etc.), une dizaine d’autres appartiennent à la sphère historique et proviennent de sources littéraires (comme Télésilla), toutes les autres sont connues par des inscriptions. Or, sur plus d’une centaine de cas, seules trois attestations sont d’époque classique, la grande majorité relevant de l’époque hellénistique et un certain nombre de l’époque impériale. Un autre catalogue, le Roman Peloponnese I30, permet d’affiner la recherche pour la période de la domination romaine puisqu’il regroupe les personnes d’Argolide portant des noms romains : sur 279 noms inventoriés pour Argos, on trouve 27 femmes, soit 10% de la population totale de ce paysage épigraphique31. Enfin, plus complexe dans sa pratique, mais indispensable à une telle recherche, le LGPN Peloponnese permet de retrouver l’ensemble de ces femmes, mais aussi de repérer des homonymies ou des liens familiaux32. Il est donc temps de s’appuyer sur ces données inexploitées pour rendre compte de la société argienne et de ses évolutions, en particulier pour l’époque hellénistique, qui est paradoxalement la moins connue pour Argos et la plus riche en inscriptions. Une petite précision s’impose d’emblée : il ne s’agit pas de s’interroger uniquement sur la place des femmes dans le paysage épigraphique de la cité argienne, mais aussi sur les femmes qui se disent d’Argos dans d’autres régions du monde grec. L’enquête est donc bien autour des « femmes d’Argos » et non pas seulement « des femmes à Argos ». Aussi seront convoquées dans cet article des inscriptions provenant aussi bien d’Athènes que de Thessalie ou de Chypre.

1. Les femmes d’Argos dans la documentation épigraphique hellénistique argienne : panorama des sources

  • 33 Pour le Péloponnèse, Shipley, 2019, p. 199-201 ; pour Chypre, Michel, 2020, p. 234-236.

8Afin d’avoir une vision nette de la documentation disponible à Argos, je propose un petit panorama des sources épigraphiques d’époque hellénistique. L’épigraphie argienne suit en général les mêmes tendances que l’on retrouve dans les différentes cités grecques d’époque hellénistique, et plus particulièrement celles de la Grèce continentale33. Dans le dernier tiers du ive s., on constate un triple phénomène : une augmentation conséquente du nombre d’inscriptions, une diversification des publics concernés par la gravure, et enfin une diversification des types d’inscription. La rupture à Argos est nette dès la mise en place de la domination macédonienne :

  • Les décrets de parenté se multiplient, suivant la course d’Alexandre et le choix des nouvelles cités conquises de se déclarer argiennes, c’est-à-dire à la fois de la vieille Grèce et de la patrie des Téménides34.
  • Les premières listes officielles argiennes apparaissent, notamment celles des théarodoques des concours néméens, celle de déserteurs ou encore celle de contributions de différentes cités et peuples35.
  • Les décrets honorifiques pullulent et se dotent d’un formulaire qui perdure quasiment pendant toute l’époque hellénistique, notamment avec le privilège de la théarodoquie d’Héra Argienne et de Zeus à Némée36.
  • Des stèles figurées offertes à certaines divinités, telles les Euménides ou les Épitélides, foisonnent.
  • Les premières statues individualisées avec inscription agonistique apparaissent sur l’agora ou à proximité immédiate37.
  • Rares à Argos, mais qui méritent d’être mentionnées du fait du changement de paradigme politique dont elles témoignent, des statues sont dédiées dans le paysage argien à des puissants extérieurs, comme pour Nicocréon de Salamine (qui dédie sa propre statue mais dont l’image est placée à l’Héraion) ou un des Ptolémées et, plus tard, L. Mummius ou Pompée38.
  • Enfin, il faut souligner pour notre étude l’explosion du nombre de stèles funéraires avec épitaphe et, plus rarement, épigramme39.

9Plus tardivement, au cours des iiie et iie s., d’autres catégories de texte viennent s’ajouter à cet ensemble :

  • Les arbitrages territoriaux de cités ou de juges étrangers au iiie s., puis des proconsuls entre le iie et le ier s.40
  • Les listes d’affranchissement affichées à l’Héraion d’Argos entre le iiie s. et le ier s.

10À cette diversification des types d’inscriptions correspond également un élargissement des commanditaires ou des personnes citées dans les textes : alors que les seuls citoyens mâles avaient une large prédominance dans les inscriptions classiques d’Argos, à quelques exceptions près, les femmes sortent peu à peu de leur anonymat à l’époque hellénistique. Leurs noms apparaissent dans toutes les catégories de texte évoquées, à l’exception de la documentation épigraphique diplomatique (décrets de parenté, décrets honorifiques pour des proxènes et arbitrages territoriaux). Si la part belle est faite aux inscriptions funéraires et aux offrandes, documentation pour laquelle la disproportion entre hommes et femmes disparaît, des Argiennes se retrouvent dans des documents en lien avec le fonctionnement politique et/ou économique de la cité (décrets honorifiques, listes d’affranchissement).

  • 41 Michel, 2020, p. 237.
  • 42 Dans cette théorie, la base de Timanthis, la jeune prêtresse d’Aphrodite en 300, ne serait alors of (...)
  • 43 Par exemple, vers 300, Timanthis est amphipolos d’Aphrodite (SEG 59, 363) ; Philokrateia est proman (...)
  • 44 On trouve fort peu de femmes évergètes à Argos, mais c’est également le cas pour les hommes. Notons (...)
  • 45 Kalléon et son mari sont ainsi remerciés et honorés par le synodos des Phaénistai (Vollgraff, Mnem (...)

11De manière générale, le matériel épigraphique argien montre que les évolutions sociales, religieuses, politiques de la visibilité des femmes sont les mêmes qu’à Athènes ou dans les autres cités déjà étudiées par les chercheurs et chercheuses. La première évolution est technique et quantitative : l’explosion du nombre d’inscriptions est une des raisons de la soudaine forte présence des femmes dans le paysage épigraphique. Une deuxième cause serait à chercher du côté de la diversification de cette même documentation : alors qu’à l’époque classique prédominent les dédicaces, les lois sacrées et les décrets, on voit se multiplier à l’époque hellénistique ces mêmes catégories d’inscriptions, auxquelles il faut ajouter des comptes, des listes diverses et variées et, surtout, de nombreuses épitaphes, ce qui nous offre un panorama beaucoup plus large de la société argienne. Le dernier facteur, intimement lié aux deux premiers, serait une évolution sociale : l’ « ouverture de l’accès à la visibilité publique »41 permet à des populations jusque-là sous-représentées de s’afficher davantage. Au sein de cette dernière évolution, on constate les mêmes « domaines » dans lesquels les femmes d’Argos sont impliquées. Les inscriptions mettent en valeur leur famille dont elles représentent le rang social et les capacités économiques. Elles valorisent en ce sens l’ensemble des membres de cette famille par leur visibilité, ce qui, dans l’historiographie, reviendrait parfois à dire qu’elles continuent à agir sous la coupe masculine d’un père, d’un mari, d’un frère42. Elles interviennent de façon beaucoup plus évidente dans le « domaine » religieux, par les prêtrises qu’elles revêtent ou par les statues et stèles qu’elles offrent aux divinités43. Celles qui font partie de l’élite de la cité peuvent avoir des liens forts avec différentes structures infra-politiques, comme les tribus pour lesquelles elles peuvent agir comme évergètes44, ou encore des associations dont elles peuvent être protectrices45. Toutes les grandes évolutions sociales détectées ailleurs à l’époque hellénistique se repèrent donc sans grande surprise à Argos. Mais ne peut-on aller plus loin, en tournant le regard non pas sur le rôle public de ces femmes mais sur leur intégration à la communauté civique ?

2. Les femmes d’Argos à l’époque hellénistique et l’intégration à la communauté civique

  • 46 BMC Peloponnesus 23, pl. XXVII ; SEG 34, 282, 9 et 15 (inscription honorifique, vers 300) ; IG IV 4 (...)
  • 47 SEG 13, 240, 4 ; 30, 355, 8 ; 357, 4 ; 34, 282, 5 et 17 (inscriptions honorifiques de la fin du ive(...)
  • 48 SEG 13, 243 (décret de proxénie pour deux Messéniens, fin du ive s.) ; Syll.3 653 A = I.Alexandreia (...)
  • 49 SEG 34, 282, 5.

12Le terme de πολῖτις, comme d’ailleurs son pendant masculin, πολίτης, n’est pas attesté dans la documentation épigraphique argienne. On trouve partout sans surprise le pluriel de l’ethnique, Ἀργεῖοι, qu’il soit seul au génitif sur les monnaies et dans les inscriptions46 ou associé au peuple (δᾶμος)47, à la cité (πόλις)48, à la citoyenneté (πολιτεία)49. Que regroupe ce terme collectif ? Les seuls citoyens mâles ? Les femmes également ? Pour répondre à ces questions, il nous faut tout d’abord détricoter le système de caractérisation civique des femmes dans l’épigraphie argienne et exogène.

2.1. Le patronyme à Argos, un usage normatif ?

  • 50 SEG 29, 358 : Νίκεον / Ἀφροδίται.
  • 51 Vollgraff, 1941, p. 345-350 : dans les deux cas, l’inscription est Φρυγία ἀνέθηκε (sur une ou deux (...)
  • 52 IG IV 569, 571, 574-575, 668 ; SEG 29, 374. On peut ajouter SEG 11, 368, par Asclapiada(s), la fin (...)

13Dans les inscriptions argiennes d’époque hellénistique, la plupart des femmes se manifestent par leur seul nom. C’est le cas dans la majorité des dédicaces comme celle de Nikéon qui offre une stèle à Aphrodite au début de l’époque hellénistique50, ou encore celle de Phrygia qui dédie deux stèles avec relief à la triade Déméter, Koré et Dionysos dans la première moitié du iiie s. (elle s’y représente seule ou accompagnée d’autres femmes)51. Les cas le plus emblématiques sont ceux des cultes des Euménides et des Épitélides, qui ont énormément de succès auprès de la gent féminine argienne au début de l’époque hellénistique. Sept stèles ont été inscrites par une ou plusieurs femmes : Kalléon, Eukrateia, Mnasistrata, Mélissa, Kléonis, [- - -]ka, Laïs, Ka[- - -], Agéippa, Darikis, Lysikrateia52. La plupart de ces dédicaces sont accompagnées de reliefs figurant les triades divines face à une ou plusieurs femmes, très rarement avec un homme. Parmi toutes ces femmes, aucune n’a de patronyme et seule l’inscription fragmentaire IG IV 570 comporte un nom masculin au génitif (Dionysios), mais sa restitution est difficile.

  • 53 IG IV 568 : [θε]ῶι Ἀστ̣[υ]όχε[ι]α Τελέστα / ἀνέθηκε.
  • 54 BCH 1903, p. 277-278, n°29 : Λυσίππα Λυσί[ππου] / Ἀπόλλωνι [- - -].
  • 55 BCH 1958, p. 560 : Ἀγαθοκλῆς, Θαῆἱς / ἀνεθέταν.
  • 56 IG IV 694 : Δαμαρέτ̣[α] / Ἀ̣ρ̣γεία Ξένω[νος] / τὸν αὑτᾶς υἱὸν κα̣[ὶ] /Μεγακλέος Δαμάρε[τον] : ἀνέθη (...)

14Plus rarement, la femme peut être accompagnée d’un nom d’homme au génitif lors de dédicaces, comme pour Astyocheia, fille de Téléstas, qui offre à une divinité inconnue un relief de banquet au début de l’époque hellénistique53, ou encore comme Lysippa, fille de Lysippos, qui érige une statue pour Apollon dans le courant du iiie s.54. Dans les dédicaces familiales, la femme ne porte pas plus de patronyme : le couple Agathoklès et Thaeis offre ainsi un bloc de calcaire orné de colonnettes de type égyptien à une divinité inconnue dans la première moitié du iiie s.55. Au cours du iie s., Damareta est présentée dans une dédicace qu’elle fait aux dieux avec le nom de son père, Xénon, son fils Damarétos, fils de Mégaklès56.

  • 57 Mitsos, 1952, s.v. ΑΡΧΙΣ ; Mitsos, Hesp. XVI (1947), p. 85, n. 5 ; Vollgraff, Mnem 47 (1919), n° XV (...)
  • 58 BCH 1903, p. 265, n°14 ; IG IV 630.
  • 59 SEG 47, 308.
  • 60 IG IV 640 : Εὐκρατὶς [Ε]ὐστρά[του] / χαῖρε.

15Pour ce qui est de l’épigraphie funéraire, il en va de même. De manière globale, les femmes sont nommées sans patronyme telles Archis, Epikerpeia, Aristéa et Parthénis, qui, chacune, ont vécu au iiie s. et ont un monument funéraire à leur seul nom57. Des monuments collectifs contemporains existent également, qui rassemblent plusieurs femmes, toujours sans patronyme, comme la stèle funéraire d’Aristodama, d’Erpyllis ou de Kléogara ou encore celle de Kléonis, Nicopolis et Aristoclès plus tard, au iie s.58. À la même époque, Kranaé est mentionnée sans patronyme avec son mari Sporos sur la stèle funéraire de leur fils Ptolémaios59. C’est encore le cas pour Erateia, qui est citée seule au génitif sur une pierre tombale au cours du même siècle, mais il en va différemment pour Eukratis, qui elle apparaît avec son patronyme, au tournant du ier s.60.

  • 61 SEG 1, 71 : Σωτηρίων. Ἐπαφρόδιτον / χαῖρε.
  • 62 IG IV 539, 5.
  • 63 SEG 1, 70.
  • 64 Notons pour le plaisir la présence d’une femme, Euboula, dans la seule defixio argienne que nous po (...)

16Gravée à la même époque, une épitaphe signale la tombe de Soterion et d’Epaphroditon, probablement un couple indiqué sans aucun patronyme61. De même, le seul nom Eupraxis apparaît au nominatif flanqué du verbe ζῇ, puis du nom d’Antéros, également au nominatif sur une stèle funéraire pour un certain Euporos. Le relief figurant trois personnages, dont une femme et deux hommes, permet de comprendre qu’il s’agit là d’un couple et de son fils, seule la mère étant vivante au moment de la mort de ce dernier62. Le monument pour la petite Euamerô, morte à 8 ans, fait quant à lui mention dans une épigramme de ses parents Eros et Moschion, sans aucun patronyme63. On pourrait multiplier les exemples mais la conclusion reste la même : entre la fin du ive s. et le ier s. av. J.-C., dans l’épigraphie cultuelle et funéraire, les femmes ne sont pas la plupart du temps dotées de patronyme, et sont simplement qualifiées par leur nom. Il ne semble pas qu’il y ait de règle immuable, puisque parfois, le nom du père peut surgir quand bien même d’autres inscriptions contemporaines ne le mentionnent pas. Le formulaire qu’utilisent les femmes ou leurs proches pour se qualifier n’est donc pas rigide64.

  • 65 IG IV² 1, 621A, 1 : Ἀπία Ἀριστίππου Ἀριστόμαχος Ἀριστο[μάχου].

17Qu’en est-il toutefois lorsque ces femmes sont évoquées de manière plus officielle, dans un cadre communautaire, par la cité, des subdivisions territoriales ou par des associations ? Dans un décret très fragmentaire du iiie s., probablement honorifique puisque devant être affiché dans le sanctuaire d’Apollon Lykeios sur l’agora, est mentionnée une certaine Philainis : elle suit un nom au génitif, dont elle est séparée par un καί et précède un autre nom dont il ne nous reste plus que trois lettres. Il y a donc tout lieu de penser que son nom était suivi de son patronyme, tout comme la personne avant elle (son mari peut-être ?) était également caractérisée par son patronyme. À Épidaure, un monument érigé par le koinon des Asinéens dans les années 220 honore d’une part Apia, fille d’Aristippos, et Aristomachos, fils d’Aristomachos65. Ces deux personnages ne sont pas des inconnus : ils appartiennent à la famille d’Aristippos, premier tyran argien de l’époque hellénistique. Aristomachos est le petit-fils d’Aristippos et fut lui-même le 4e tyran d’Argos, tandis qu’Apia serait la fille d’Aristippos (II), 3e tyran d’Argos. Ils seraient donc oncle et nièce.

  • 66 Vollgraff, Mnem 47 (1919), n° XXIV, qui ne mentionne pas les trous de scellement.
  • 67 IG IV 612.
  • 68 IG IV 598.
  • 69 IG IV 611.
  • 70 Dossier des affranchissements, voir plus bas dans cet article.

18Au cours du iie s., le synodos des Phaénistai grave sur une base de statue un décret honorifique s’adressant dans un premier temps à un homme dont le nom a disparu, puis à « sa femme Kallé(on) » (ἁ γυνὰ αὐτοῦ Κάλλε[ιον]), pour les remercier à tour de rôle pour leur soutien économique envers l’association. Aucun patronyme n’est utilisé pour Kalléon et on ne peut rien conjecturer pour son mari, tout comme, en l’état de la documentation actuel, on ne peut savoir combien de statues supportait la base66. Quelques temps plus tard, une femme, dont le nom a disparu, mais qui est fille de Kallikratès, fait ériger « pour son mari » (τὸν ἑαυ/τᾶς σύμβιον) une statue « au nom de la cité » (ὑπὲρ τὰν πόλιν)67. À la même époque, Kléaineta, fille d’Hiéronymos, est honorée par la phylè des Pamphyloi pour ses actes d’évergésie68. Au cours du ier s., Pasimacha ou Lysimacha (selon la restitution), fille d’un Pol[---], fait dresser au vu de tous et toutes à Argos la statue de son époux Aristion, athlète dont elle rappelle les exploits aux Héraia et aux Sôtéria69. Enfin, en 92, la promantis Philokrateia, fille de Lysion, fait partie d’un collège cultuel très masculin au service d’Apollon Pythaeus, dans un oracle rendu aux Messéniens. Le patronyme est donc presque toujours un impératif dans les textes officiels. Toutefois, le cas tout juste évoqué de Philokrateia montre qu’il en va de même pour les hommes invoqués dans ces textes. Il n’est donc pas une condition du formulaire propre aux femmes, mais du formulaire propre aux citoyens et citoyennes, utilisé dans un cadre officiel. Inversement, pour les hommes comme pour les femmes, quand l’action est individuelle ou familiale, il n’est qu’une possibilité parmi d’autres. C’est ce dont témoignent aussi les listes d’affranchissements de l’Héraion d’Argos qui, entre le iiie et le ier s., indiquent aussi bien le patronyme des maîtres que celui des maîtresses70.

  • 71 ISE I, 39.
  • 72 SEG 11, 356.

19Des inscriptions émanant d’associations cultuelles se situent parfois dans un entre deux intéressant : à la fin du ive s., une stèle renvoyant peut-être à un groupe statuaire est dédiée à la triade apollonienne par un thiase qui se réunit une fois par mois pour célébrer l’expulsion d’Argos d’un certain Pleistarchos par Apollon71. L’ensemble des membres est qualifié de θία‘οι qui sont « emplis du dieu » (ἔνθεοι). Suit une liste de 31 personnes : 16 hommes et 15 femmes, qui formaient peut-être un chœur. L’ordre semble plutôt aléatoire, plusieurs femmes ou plusieurs hommes pouvant se suivre, mais une femme pouvant succéder à un homme, etc. La tendance est toutefois à associer sur une même ligne un homme ou une femme, probablement un couple. L’appartenance au thiase suffisait à savoir à qui l’on avait affaire : deux Eukrateia apparaissent, accompagnées chacune d’un homme différent. Attention toutefois à ne pas généraliser : deux femmes peuvent se retrouver sur la même ligne également. Aucune de ces personnes ne porte un quelconque patronyme, qui reste alors une modalité administrative utilisée lors des actes officiels qui nécessitent une identification précise de la personne à qui on a affaire, notamment pour éviter l’homonymie. Plus anecdotique mais significatif est le cas d’une petite pyramide en terre cuite, trouvée au théâtre et datée du iiie s. Elle est marquée aux noms de Straton et d’Antandra : il s’agirait d’une tessère de théâtre pour un couple, c’est-à-dire d’un droit d’entrée72. L’absence d’un quelconque patronyme, qui aurait complexifié la gravure, ajoute foi à l’idée d’un usage finalement restreint de ce dernier dans le paysage épigraphique argien aux documents officiels.

2.2. Les conditions de l’usage de l’ethnique : les femmes à Argos

  • 73 Par exemple, IG II/III³ 1, 1019, 30 ; 37 (décret honorifique athénien pour le tyran Aristomachos d’ (...)
  • 74 Par exemple, CID 4, 27 (Eudoxos d’Argos offre des boucliers à Delphes vers 270) ; AD 26 A (1971), p (...)

20Une autre manière de qualifier le citoyen argien est l’emploi de l’ethnique Ἀργεῖος. Le pluriel, nous l’avons vu, est fréquent dans l’épigraphie locale pour officialiser différents actes (décrets honorifiques, listes officielles, dédicaces de la cité etc.). On le retrouve également sans surprise dans l’épigraphie exogène, dans des accords diplomatiques ou dans des dédicaces collectives à plusieurs cités et peuples73. L’ethnique est particulièrement utilisé dans des contextes extérieurs, quand il faut rappeler l’origine d’un évergète, d’un athlète, d’un acteur, d’un militaire74. Qu’en est-il des femmes ? Font-elles partie des Ἀργεῖοι quand ce terme est employé pour désigner l’ensemble de la collectivité civique ?

  • 75 IG IV 612, 2 : Καλλικράτο[υς] Ἀργεία.
  • 76 IG IV 589.
  • 77 SEG 22, 266, 3-4 : Αὔγι [Ἀ]/ριστομήδεος Ἀργείωι ; IG IV 585.

21Les femmes sont très rarement qualifiées d’Ἀργεῖαι dans les sources locales, puisqu’il n’y a pas lieu, comme pour les hommes, de signaler cela en interne. Toutefois, comme pour ces derniers, des exceptions existent. La dédicace de la base de statue offerte par la fille de Kallikratès à son époux au nom de la cité au cours du iie ou du ier s. précise ainsi que cette dernière est argienne75. Remployée dans l’église Agios Konstantinos au sud-est d’Argos, elle devait être affichée à proximité même, peut-être du côté de l’agora. C’est également le cas pour Kallistion, qui offre une statue de son fils, toujours au nom de la cité, à la toute fin du ier s.76. Cet exemple tardif rend compte du besoin de préciser que la femme est Ἀργεία lorsqu’elle agit dans le cadre de la cité, ce qui est le cas de la fille de Kallikratès. C’est également le cas pour les hommes : Augis, à qui la cité d’Argos confère de nombreux honneurs aux alentours de 100, parce qu’il a aidé au financement de certaines fêtes, est dit Argien, tout comme Damosthénès qui est également honoré par la cité77.

  • 78 IG IV 623-624.
  • 79 IG IV² 1, 208. Les sculpteurs sont également argiens.

22Les femmes appartiennent parfois au collectif représenté par l’ethnique. L’épigramme d’Aktè, peut-être une jeune affranchie du ier s., la place « avec les Argiennes » (μετ’ Ἀρ│[γείαισιν)78. Un autre cas intéressant est la dédicace rédigée par le koinon des Asinéens pour Apia et son oncle Aristomachos, tyran d’Argos. Fait suite à leur nom et patronyme la mention d’ Ἀργεῖοι, c’est-à-dire l’addition d’une Ἀργεία et d’un Ἀργεῖος. L’ethnique masculin pluriel peut donc renvoyer aussi bien à des hommes qu’à des femmes. Au tournant du iie s., dans le sanctuaire d’Asclépios à Épidaure, le couple Straton et Thionis fait également une dédicace à Apollon et à Asclépios pour leurs fils, en se présentant tous deux comme Ἀργεῖοι79

  • 80 Sur la question de la désignation du citoyen argien, Piérart, 1983 et Charneux, 1984 ; Kritzas, 200 (...)
  • 81 SEG 28, 393, 15-16.
  • 82 Par exemple, 7-9 : les promanteis Sohibios, fils de Sohibios et Antigénès, fils de Polykratès, tous (...)
  • 83 L’apparition de certains phatronymes au pluriel est habituelle dans l’épigraphie argienne (Piérart, (...)
  • 84 Le cas d’un phatronyme au pluriel pour une femme se retrouve dans le cas de Phaéna évoqué plus bas.

23Dans les inscriptions officielles qui nécessitent des garanties citoyennes, les hommes sont le plus souvent désignés par leur patronyme et leur phatronyme, c’est-à-dire en fonction de leur appartenance à l’une des subdivisions politico-sociales de la cité80. Les femmes n’apparaissant quasiment jamais dans ces conditions, on pourrait penser à juste titre qu’elles ne participent pas à cette répartition politique de la cité, comme c’est le cas par exemple à Athènes. Une femme est toutefois citée dans un tel contexte : il s’agit de la promantis déjà évoquée, Philokrateia, fille de Lysion, dans l’oracle de 92 rendu aux Messéniens81. Elle appartient en effet à une liste de différents personnels du culte d’Apollon Pythaeus, composée d’elle-même et de sept hommes (un secrétaire des synèdres ; un prêtre, 2 promanteis, 2 secrétaires du dieu, un pyrophoros). Chacun de ces hommes porte le patronyme et le phatronyme82. Qu’en est-il pour Philokrateia ? Sa désignation exacte est : Προμάντιος Φιλοκρατείας/ τᾶς Λυσίωνος Αἰθαλέες (15-16). Elle porte donc son patronyme, comme les hommes. Un phatronyme suit. Le premier réflexe serait de se dire qu’il s’agit là de celui de son père. Toutefois, le phatronyme Αἰθαλεύς est au nominatif pluriel, contrairement à ceux de tous les hommes cités, qui sont au génitif singulier ou pluriel, puisqu’ils s’accordent avec les noms des officiels, eux-mêmes au génitif83. Par exemple, Sohibios et Antigénès sont Ναυπλιαδᾶν. Pour des raisons qui nous échappent, le graveur a distingué ces énoncés et la question reste entière : Philokrateia appartient-elle à la phatrie des Aithalees84 ? Les femmes argiennes sont-elles considérées comme faisant partie des subdivisions administratives argiennes ?

2.3. Une source exceptionnelle : les listes d’affranchissement de l’Héraion

  • 85 Waldstein, 1902, I, 212, XIV.
  • 86 IG IV 527-530 ; Vollgraff, 1909b, p. 405-407 ; Mitsos, 1952, p. 11 = SEG 42, 279 ; Walter, 1911, n° (...)
  • 87 Pausanias, II, 17, 1. Voir Athénée III, 96 ; Hésychius s.v. Ἐλευθέριον ὕδωρ, sur les liens entre ce (...)

24Pour répondre à la question du statut civique des femmes d’Argos, nous disposons d’une source exceptionnelle et fort peu exploitée jusqu’à aujourd’hui : les listes d’affranchissement retrouvées lors des fouilles de l’Héraion d’Argos85. On peut en compter sept, éventuellement huit, qui s’échelonnent du tout début du iiie s. à la fin du iie s.86. Cette chronologie permet de suivre l’évolution du formulaire argien utilisé pour garantir les affranchissements. Le sanctuaire de Héra était le lieu privilégié de l’affichage de ces actes : l’eau qui coulait à proximité était appelée ὕδωρ Ἐλευθέριον (« eau de la liberté ») selon Pausanias87. Dans toutes ces listes, qui étaient probablement également enregistrées sur des plaques de bronze, il faut d’abord souligner l’égalité numérique presque parfaite entre hommes et femmes, aussi bien pour ce qui concerne les affranchis et affranchies que les femmes ou les hommes libres. Dans tous les cas, comme pour les hommes libres, une femme libre peut être liée à un(e) ou deux affranchi(e)s.

25Procédons chronologiquement. La première liste (IG IV 529) est datée de la première moitié du iiie s. Elle est extrêmement fragmentaire et ne contient que des noms. Chaque personne affranchie est mentionnée par son nom à l’accusatif, suivi immédiatement de celui d’une personne de condition libre, au nominatif.

13Πίσταν Φιλωτὶς Πο[- - -] 
Pista (affranchie par/de) Philotis Po…

26À quoi renvoie le « Po… » situé après le nom de Philotis ? Malgré le caractère fort lacunaire du texte, on perçoit ici et là des phatronymes plus ou moins entiers. Or ces derniers sont accolés aussi bien à un nom d’homme qu’à un nom de femme. Par exemple :

18[- - -]ον Θερσίων Δαϊφο[ντεὺς] 
[- - - ]on (affranchi par/de) Thersiôn Daïphonteus (= de la phatrie des Daïphontees)

  • 88 La restitution est de Vollgraff, 1909a, p. 183, note 2.

19[- - -]ναν Φιλοκράτεια Πα[ιονίς]88 
[- - - ]na (affranchie par/de) Philokrateia Paionis (= de la phatrie des Paionidai)

22[- - -] Σύρα Παιονὶς [- - -]
[- - -] (affranchi(e) par/de) Syra Paionis (= de la phatrie des Paionidai)

27Par déduction, on peut rétablir la phatrie des Pôlathees (Πωλαθέες) après le nom de Philotis. Ainsi, les femmes libres sont partie intégrante de la communauté civique à Argos en ce début d’époque hellénistique, puisqu’elles sont rattachées comme les hommes à une phatrie. Elles apparaissent ici sans patronyme, dans un formulaire exactement semblable à leurs concitoyens mâles. La mention du phatronyme a probablement pour fonction de rattacher l’affranchi(e) à la même structure que son maître ou sa maîtresse.

  • 89 Mitsos, 1952, p. 174-179 ; LGPN Peloponnese, s.v. Ἀντιπάτρα.
  • 90 IG IV 530, 3-4 : (…) ἀνεγράψαντο τοὺς ἐγ]/γυεύσαντας εἰς αὐτοὺς [ἀπελευθέρων τῶνδε]·

28Une autre liste (IG IV 530), datée par M. Mitsos de la fin du iiie s. et par Ch. Kritzas (LGPN) des iie ou ier s.89, est un peu plus explicite que la précédente. Dans son intitulé, elle est certifiée par les hiaromnamons d’Héra alors dirigés par Aristokratès, fils de Timagoros. L’état fragmentaire de la pierre ne laisse qu’entrevoir une formule type pour signifier l’acte d’affranchissement, avec notamment le participe passé du verbe ἐγγυάω (« se porter garant »), suivi de la mention des affranchi(e)s 90. Le formulaire de la liste qui s’étale ensuite est le suivant :

Nom de l’affranchi(e) (nominatif) + formule ΓΑΕ + nom d’un homme ou d’une femme libre (génitif) + phatronyme

29Comme pour l’inscription précédente, aucun patronyme n’est mentionné. Par exemple :

7 [- - -]σίας γαε, Φαήνας Δαμοιτάδ[αι] 
[- - -]sias affranchie de/par Phaéna, de la phatrie des Damoitadai.

  • 91 Vollgraff, 1909b, p. 457.
  • 92 Charneux, 1984, p. 227 et 1992, p. 336, note 4.
  • 93 Baunack, 1910, p. 474 ; Walter, 1911, p. 148-149.
  • 94 Restitution proposée par Vollgraff, 1913, p. 308-309.

30Les trois lettres ΓΑΕ qui séparent les noms et les statuts et que nous avons traduites ici par « affranchie de/par » ont été longuement questionnées. Pour W. Vollgraff91, la formule signifierait « un tel (est) est garant d’un tel » et relierait donc les personnes affranchies à des citoyens ou des citoyennes via cette formule d’affranchissement, hypothèse reprise et validée par p. Charneux dès 198492. Inversement, en 1910 et 1911, J. Baunack et à sa suite O. Walter comprennent plutôt ΓΑΕ comme signifiant γενόμενος ἀπελεύθερος, « ayant été libéré de », les quatre hieramnamons étant pour eux les seuls garants de la transaction avec la déesse93. Les hommes et femmes libres seraient pour eux les anciens maîtres et maîtresses. Le débat autour de cette formule abrégée manque de parallèles pour pouvoir trouver une réponse définitive. Toutefois, le phatronyme est un passage obligé du formulaire de l’affranchissement et, qu’on en fasse un moyen d’intégration pour la nouvelle affranchie ou une référence à l’appartenance civique de la femme libre, dans tous les cas, les femmes sont bien intégrées aux phatries d’Argos. Citons une troisième liste (IG IV 627), trouvée à l’Héraion et probablement contemporaine de la précédente (elle est datée de la fin du iiie s.), qui confirme cette inscription des femmes dans une phatrie (par exemple, l. 16, on trouve -χίππα Παι[ονίς]94, -chippa de la phatrie des Paionidai). Toutefois, l’aspect fragmentaire ne permet pas d’affirmer qu’il s’agit d’une liste d’affranchissement.

  • 95 Vollgraff, 1909b, p. 405-407. Notons que la pierre a été trouvée à proximité de l’église Agios Kons (...)
  • 96 Vollgraff, 1909b, p. 457.
  • 97 Sur la consécration de phiales lors d’un affranchissement à Athènes, voir Meyer, 2009.

31Au iie s., on retrouve la formule ΓΑΕ dans une nouvelle liste, plus complexe, qui inventorie des objets dédiés avec indication de leur poids ou de leur valeur en argent (des phiales d’or si l’on en croit la l. 13) et cite les donateurs et donatrices, ainsi que quelques personnes affranchies et l’homme ou la femme libre qui y était lié(e), sans phatronyme apparent95. Si W. Vollgraff s’interrogeait en 1909 sur l’aspect épars d’une telle énumération, se demandant ce que signifient, « au beau milieu du catalogue des objets votifs, les brèves mentions disant qu’un tel s’est porté garant pour un tel »96, la réponse fut donnée deux ans plus tard par la découverte d’une nouvelle liste (Walter, 1911, n° IV col 143-150), datée de 105, qui précise que l’inscription sur la liste se faisait par les hiaromnamons « en échange d’une phiale » : (…) τοῦ [δ]ιαφόρου [τ]ᾶς φιάλας (l. 5-6). Un autre inventaire d’objets de l’Héraion du iiie s. (IG IV 526) prend dès lors davantage de sens : sur les 9 courtes lignes qui nous restent sont répertoriées au moins quatre phiales97. La plupart des noms des dédicants ou dédicantes ont disparu. On peut encore cependant lire le nom d’Epidota (l. 4).

  • 98 Walter, 1911, n° IV, p. 143-150, fig. 71.
  • 99 IG IV 558, 25.
  • 100 Hurlet et Müller, 2020, p. 81-82.

32La liste d’affranchissement éditée par O. Walter en 1911 est la mieux conservée et la plus explicite98. Découverte lors des fouilles de l’Héraion, elle conserve pratiquement l’ensemble de l’intitulé (triple datation, magistrats, objet de l’inscription) et une grande partie des noms des personnes affranchies ou libres. En effet, elle fut inscrite sous l’agonothésie des Héraia et Néméa du roi Nicomède (de Bithynie), dont on connaît également l’action évergétique envers la délégation à Argos du koinon des technites dionysiaques de l’Isthme et de Némée grâce à un décret honorifique pour un certain Zénon en 11499. C’est d’ailleurs probablement ce même Zénon qui était en 105 à la tête des hiaromnamons de l’Héraion, comme nous le fait savoir l’inscription. Enfin, la troisième formule de datation évoque la « quarante et unième année » (l. 2-3) de ce que les historiens et historiennes ont appelé « l’ère achéenne » (qui commence avec une éventuelle provincialisation en 145 à la suite de la destruction de Corinthe par L. Mummius l’année précédente)100. La formule ΓΑΕ, contenue dans les inscriptions précédentes, a laissé la place à une ligature fort particulière, un alpha contenu dans un pi : elle sépare le nom de l’affranchi ou de l’affranchie au nominatif de celui de la personne libre au génitif, suivi d’un patronyme aussi bien pour les hommes que pour les femmes. O. Walter interprète ce signe comme l’abréviation de la formule ἀπελεύθερος/η. Encore une fois, on retrouve dans toutes les catégories sociales aussi bien des femmes que des hommes. Toutefois, le phatronyme a disparu au profit du patronyme.

  • 101 Mitsos, 1952, p. 11 = SEG 42, 279.
  • 102 Charneux, 1992, p. 336, note 4. L’expression apparaît dans d’autres décrets plus tardifs (SEG 42, 2 (...)

33Enfin, une dernière liste, également datée du iie s. sans plus de précision, apporte quelques variations au formulaire101. Elle fut éditée de manière assez originale, puisqu’elle forme en 1952 dans l’œuvre de prosopographie de M. Mitsos une sorte d’annexe inaugural, sans aucune explication, ni aucun lemme, avec la simple mention « Ἀπελευθερωτικὴ ἐπιγραφὴ ἐξ Ἡραίου Ἄργους » (« inscription d’affranchissement de l’Héraion d’Argos »). On y retrouve la formule ΓΑΕ qui sépare des personnages au nominatif de personnages au génitif. La désignation de ces derniers est particulièrement novatrice car si elle reprend le nom et le patronyme, elle y ajoute un symbole ou une expression, afin de préciser si la personne est citoyenne ou « métèque ». Dans le premier cas, le symbole semble être une ligature d’un alpha et d’un rhô, équivalent donc d’Ἀργεῖος ou d’Ἀργεία. Dans le second cas, il s’agit de la périphrase ἐν Ἄργεί Κ (parfois avec une ligature ΚΑ), qui a été comprise par p. Charneux comme l’abréviation de κατοικῶν ἐν Ἄργει (littéralement, « résidant à Argos »)102. Par exemple :

19[- - - ἐν Ἄργε]ι Κ· Κλέων γαε Θεοδοσίας τᾶς Θ[ε]οδότου ἐν Ἄργε[ι Κ·- - -
« [- - -]résidant à Argos. Kléon libéré par/de Théodosia, fille de Théodotos, résidante à Argos. »

22[- - -ἐν Ἄργε]ι Κ·Ἐπίνικος γαε Σωπάτρας τᾶς Ἀγαλίδα ΑΡ· [- - -] 
« …résidant à Argos ; Epinikos libéré par/de Sôpatra, fille d’Agalidas, Argienne… »

34Les listes de l’affranchissement de l’Héraion d’Argos nous apprennent donc plusieurs éléments sur le statut des femmes à Argos :

35Elles sont libres de posséder et d’affranchir des esclaves (hommes ou femmes).

  • L’affranchissement par une femme ne nécessite jamais l’intervention d’un kyrios : le seul homme parfois mentionné est le père dans le patronyme, mais il est un moyen de désignation en vue de distinguer les homonymes et non une garantie de validité de l’action, puisqu’on le trouve aussi bien pour les hommes que pour les femmes.
  • Les femmes possédant des esclaves, selon les inscriptions, sont soit répertoriées dans les subdivisions civiques (phatries), soit plus généralement au sein de la cité, en tant que citoyennes (avec l’ethnique) ou en tant que résidentes.
  • 103 Si le pluriel du phatronyme est parfois utilisé pour qualifier les femmes, comme dans les cas de Ph (...)

36De manière globale, si ce n’est les noms genrés, rien ne vient distinguer dans ces listes une femme ou un homme, s’ils possèdent la citoyenneté ou le droit de résidence. Le formulaire est identique, comme cela semble également le cas pour la promantis Philokrateia103.

2.4. Les femmes d’Argos dans les inscriptions exogènes. L’exemple d’Athènes

  • 104 Charneux, 1953, p. 391.
  • 105 SEG 13, 240, 4.
  • 106 IG II² 8361-8377 (qui s’étalent du ive au ier s.). Sur l’originalité argienne de cette pratique, Di (...)
  • 107 IG II² 8370. Il serait peut-être mentionné chez Xénophon, Hipparque, IX, 2.
  • 108 Métrodôros d’Argos dans une liste de mercenaires de 300 (IG II² 1956, 106-107) ; Philistiôn d’Argos (...)

37Qu’en est-il des femmes d’Argos qui vivaient dans d’autres régions du monde grec ? Se distinguent-elles dans le paysage épigraphique global comme différentes de leurs compagnons ? Sont-elles moins visibles ? Plus silencieuses ? Le cas athénien a ceci d’intéressant qu’il regroupe à la fois des inscriptions funéraires et des listes d’athlètes faisant mention d’Argiens et d’Argiennes. En effet, une petite dizaine d’épitaphes retrouvées au Céramique ou du côté de l’Héphaïstéion nous font connaître une sorte de « colonie argienne à Athènes »104, du moins une communauté d’Argiens et d’Argiennes qui y vivaient à l’époque hellénistique. Dans un décret honorifique argien pour Agathoclès d’Athènes dans le dernier quart du ive s., ces Argiens et Argiennes résidant à Athènes sont qualifiés de « ceux qui sont établis comme étrangers » (τοῖς τε ἐνεπιδαμάανσι)105. Les membres de cette communauté s’y firent enterrer en distinguant leurs tombes selon une coutume qui leur était propre, c’est-à-dire à l’aide de colonnettes (kioniskoi) en marbre du Pentélique ou de l’Hymette106. Le plus célèbre d’entre eux est certainement Ménès, fils de Kallias, dont la stèle funéraire érigée à la fin du ive s. figure un cavalier et est toujours visible dans la cour du musée du Céramique107. Les hommes argiens étaient peut-être des mercenaires engagés dans les armées attiques108.

  • 109 IG II² 8365 : Δαμὼ / Ἀργεία.
  • 110 IG II² 8361a : Γλ[α]ῦκον / Ἀγαθοκλέους / θυγάτηρ / Ἀργήα.
  • 111 IG II² 8371-8372.
  • 112 IG II² 8376 : Ὑμνὶς / Καλλιτέλου / Ἀργεία.
  • 113 IG II² 8374 : Σωσικράτεια / Ἀλεξάνδρου / Ἀργεία / Τιμάμδρου / Ταναγραίου / γυνή.
  • 114 IG II² 8377 : Φιλίστα / Φίλλιδος /Ἀργεία /Ἀνδροκλέους / Πτελεασίου / γυνή.
  • 115 Sur ces mariages entre citoyens athéniens et femmes étrangères, Oliver, 2007, qui fait de Philista (...)

38Sur 16 personnes dont on a retrouvé la stèle funéraire inscrite, dix sont des femmes, quatre des hommes. Enfin, les noms de deux d’entre eux sont trop effacés pour connaître leur genre. Pour les hommes comme pour les femmes, l’ethnique Ἀργεῖος/Ἀργεία est toujours présent sur toute la période hellénistique. À la fin du ive s., alors que Kallicratès et Ménès sont caractérisés par leur patronyme, Damô, elle, n’est mentionnée que par son nom et son ethnique109. Au cours du iiie s., on précise que Glaukon est « fille d’Agathoklès »110. Au iis., le formulaire semble aléatoire pour les hommes (Ményllos apparaît sans patronyme, alors que Mnasippos le porte bel et bien111), tout comme celui des femmes. Parfois, il reste simple (Hymnis, fille de Kallitélès, Argienne112) ; parfois, il se complexifie : Sosikrateia est qualifiée par son patronyme (fille d’Alexandros), son ethnique, mais aussi comme « épouse de Timandros de Tanagra »113. On retrouve le même formulaire pour Philista Phillidos, qui est dite « Argienne, fille d’Androklès, épouse d’Androklès du dème de Ptéléa »114. Lorsqu’une Argienne épouse un Béotien ou un Athénien, pouvant dans ce dernier cas engendrer des metroxenoi, on précise donc le nom de son conjoint115. Ces femmes conservent leur ethnique même une fois mariées et représentent ainsi leur cité à l’étranger, qu’elles en soient conscientes ou non.

  • 116 Polybe, V, 64, 4-6 ; 65, 5 ; Michaelidou-Nicolaou, 1976, Π34.
  • 117 IG II² 2313, 8-9 ; 12-13 ; 15 ; 59-60 ; 61-61. Sur cette famille, Charneux, 1991, p. 311-312.
  • 118 IG II² 2314, 17 pour un homme ; 48, 50 et 54 pour les femmes (et en restitution, 92, 94). En restit (...)
  • 119 Van Bremen, 2007, p. 362-363. Hermionè est listée sans ethnique parmi les athlophoros de Bérénice à (...)
  • 120 Deux bases des statues de Polykratès, de son père Mnasiadas et de ses enfants par la cité de Paphos (...)
  • 121 IG XI, 4, 1177. De manière générale sur la famille, voir Mitford, 1961.
  • 122 Michel, 2021, p. 139, note 104.

39Un autre type de sources attiques nous présente d’autres Argiens et Argiennes, dans un contexte fort différent mais qui renforce cette idée de représentation de leur patrie à l’étranger : celui des listes agonistiques. Deux listes de vainqueurs aux Panathénées, respectivement datées de 194/193 et de 182/181, mentionnent toutes deux différents membres de la famille de Polykratès, un Argien devenu gouverneur de Chypre pour Ptolémée IV, puis pour Ptolémée V116. Dans la première inscription est utilisé l’ethnique traditionnel d’Argos (Ἀργεῖος / Ἀργεία) pour désigner Polykratès ou ses filles Zeuxo, Eukrateia et Hermionè – sa femme Zeuxo étant qualifiée de Cyrénéenne –, dont les écuries ont gagné dans différentes courses de char117. Notons d’emblée qu’elles sont les seules femmes figurant dans cette liste et que le formulaire utilisé ne se différencie pas de celui des hommes. Dans la seconde liste, l’ethnique se complexifie : un Ménandros, fils de Ménippos, apparaît comme « Achéen d’Argos » (Ἀχαιὸς ἀπ’ Ἄργους), tandis que les filles de Polykratès (leurs noms ont parfois disparu) sont des « Argiennes d’Achaïe » (Ἀργεία ἀπ’ Ἀχαιίας)118. Elles sont toujours les seules femmes représentées. Cette famille est considérée comme le parangon des nouvelles élites hellénistiques, avec des racines profondes dans le système des cités grecques, mais des attaches nouvelles et primordiales au système de cour, ici ptolémaïque119. Pourtant, rien ne permet dans ces deux listes de la rattacher à des fonctions à la cour. C’est comme Argiens ou Argiennes que ses membres se revendiquent à Athènes, mais aussi à Chypre ou à Délos. Dans le paysage chypriote, Polykratès, son père et ses fils conservent presque systématiquement leur ethnique argien120. De même, à Délos, la statue du gouverneur érigée par le Délien Amphikleidès au nom d’Apollon conserve l’ethnique argien de Polykratès121. L’attachement à leur origine argienne de tous les membres de la famille de Polykratès d’Argos est remarquable : il constitue un cas rare dans la titulature des stratèges chypriotes, et plus généralement des agents royaux, qui se présentent ordinairement sans la mention de leur ethnique122.

  • 123 Sur les doubles ethniques, Rizakis, 2015.

40Revenons toutefois au double ethnique utilisé pour les femmes de cette famille dans le cadre des Panathénées de 182/181. L’emploi de l’expression « Achéen d’Argos » pour un certain Ménandros dans cette inscription n’a rien de surprenant pour une époque où Argos appartient bel et bien au koinon achéen et où les doubles ethniques sont fréquents (dans la même inscription, on trouve l. 22 un Nikomachos, « Achéen de Messène », Ἀχαιὸς ἀπὸ Μεσσήνης)123. Les femmes de la famille de Polykratès détonnent dans cette liste. Leur ethnique est inversé : avant d’être Achéennes, elles sont Argiennes, l’Achaïe étant présentée comme une région de provenance. Du fait d’une cassure au niveau de cette ligne, on ignore comment Polykratès lui-même était présenté. On pourrait penser a priori que les ethniques différent selon le genre : la citoyenneté achéenne serait un privilège exclusivement masculin, les femmes gardant uniquement l’ethnique de la cité.

  • 124 IG IV², 1, 99, II, 18-19.
  • 125 IG II2, 2315, 18.
  • 126 Tracy et Habicht, 1991, p. 231 : « to advertise their double identity outside the Peloponnese. »
  • 127 Polybe, V, 64, souligne d’ailleurs le respect octroyé à Polykratès par les Chypriotes et les Égypti (...)
  • 128 Polybe, XII, 3 et 7-9.

41Toutefois, cette hypothèse est mise à mal par l’attestation d’un pentathloniste, Philistos, fils de Kallisthénès, qui, autour de la même période, est présenté comme « Argien d’Achaïe » (Ἀργεῖος ἀπ’ Ἀχαΐας). Son nom est inscrit sur une liste épidaurienne qui enregistre les amendes infligées aux athlètes ayant notamment triché aux concours des Asklépieia124. Quelques années plus tard, Nikandros, fils de Timôn, également accusé de tricherie, est présenté sous la seule appellation d’Ἀργεῖος125. Malgré le peu d’attestations, il est donc impossible de penser que le double ethnique commençant par l’attachement à la cité était réservé aux femmes. Pour S. Tracy et C. Habicht, le double ethnique permettait aux athlètes de « faire la publicité de leur double identité à l’extérieur du Péloponnèse »126. Ils ne relèvent toutefois pas la différence de publicisation entre la famille de Polykratès et les autres avec ce détournement du double ethnique. La famille de Polykratès, fort connue dans nos sources pour sa participation au culte de la personnalité des rois lagides ou à l’administration chypriote, n’a toutefois de lien avec Argos que son ethnique : nous ne trouvons pas de traces de son intervention dans la péninsule argolique, ni même dans le Péloponnèse. Cette stratégie de distinction leur offre la possibilité d’être toujours reliés à leur cité ancestrale, extrêmement bien vue de la cour ptolémaïque127, tout en se revendiquant de manière plus lointaine et diffuse de ce koinon achéen, auxquels aucun membre de la famille ne participe vraiment. Le double ethnique « Argien(ne) d’Achaïe » permettrait une certaine distanciation par rapport à la confédération, sans pour autant nier le fait qu’Argos en faisait alors partie. Peut-être cela peut-il s’expliquer par le contexte politique des années 180 : Ptolémée V tenta dès 187 de s’allier avec le koinon achéen, mais le stratège Aristainos avait repoussé cette offre dans le but de maintenir la paix avec Rome128. La famille de Polykratès, proche de la cour lagide, montrait ainsi un certain détachement vis-à-vis des Achéens.

42On peut tirer deux conclusions de l’étude des femmes d’Argos à Athènes :

  • D’une part, ces femmes étrangères sont toujours présentées dans les inscriptions funéraires et agonistiques avec le même formulaire que leurs équivalents masculins.
  • D’autre part, elles jouent un rôle politico-social grâce à l’ethnique qu’elles utilisent ou qu’on utilise pour elles, par les diasporas qu’elles entretiennent et par la manière dont elles expriment leur identité.
  • 129 CID 2, 20, 4.
  • 130 SEG 61, 186 : Φιλίστα / Ἀργεία / Διονύσ(ι)ου Ἐπι/δαυρίου γυ/νή.
  • 131 IG IV 694 : Δαμαρέτ̣[α]/Ἀ̣ρ̣γεία Ξένω[νος] / τὸν αὑτᾶς υἱὸν κα̣[ὶ] / Μεγακλέος Δαμάρε[τον] / ἀνέθηκ (...)
  • 132 SEG 66, 377.
  • 133 Masson, 1969, p. 688-690 ; Stamatopoulou, 2016, p. 464-465, n° 26.

43Hors d’Athènes, on trouve également un certain nombre de femmes d’Argos, aussi bien dans les inscriptions funéraires que dans les offrandes ou dans les donations. Durant les années 330, une Argienne contribue aux recettes encaissées par les naopes de Delphes129. À Kaminia d’Achaïe, une tombe du ive s. indique qu’est enterrée là « Philista, Argienne, épouse de Dionys(i)os d’Épidaure »130. On retrouve ici les mariages entre ressortissants de deux cités différentes dans une troisième cité : la femme conserve bien son identité civique d’origine. C’est également le cas pour Damaréta, « Argienne, fille de Xénon », qui dédie au iie s. des statues cultuelles à Hermionè pour son fils Damaretos, fils de Mégaclès, qui était probablement un citoyen hermionéen131 ou encore à Démétrias de Thessalie pour Dorkas, dont l’épitaphe vers 250 nous apprend qu’elle était « Argienne » et qu’elle est enterrée aux côtés d’un homme qui fut probablement son époux, Abdès de Tyr132. Dans ce dernier cas, les deux personnages auraient des origines sémitiques, en l’occurrence proche-orientales : la famille de Dorkas aurait été « naturalisée à Argos »133. Se mêlent ici d’une part la question du genre, mais aussi celle du statut social. Il existait donc une diaspora de femmes d’Argos, qui vivaient et mourraient ailleurs qu’en Argeia, dans des régions relativement proches (Attique, Thessalie) pour des raisons qu’on ignore le plus souvent.

Conclusion

44Dans les inscriptions d’époque hellénistique, les femmes d’Argos agissent : elles dédient des statues, des stèles, des objets divers et variés. Elles honorent les membres de leur famille par des épitaphes ou des offrandes. Celles qui proviennent des familles les plus influentes participent de manière plus flagrante à la vie publique de leur cité : elles sont prêtresses, elles sont à l’origine d’actes d’évergésie. Elles sont également actives dans la promotion de leur cité dans le monde méditerranéen, en gagnant des courses de char ou en pénétrant la cour des souverains comme Bilistiché, la canéphore déjà évoquée d’Arsinoé II. Certaines entretiennent bon gré mal gré les relations entre puissances par leur mariage avec un souverain allié, comme Apia, mariée à Nabis de Sparte.

45Si l’on dépasse toutefois les verbes d’action inclus dans les inscriptions et qu’on s’intéresse plutôt aux formulaires permettant de désigner des femmes d’Argos, une réalité plus ancrée dans le quotidien de la cité apparaît, loin de la séparation genrée que l’historiographie a créé entre sphère publique masculine et sphère privée féminine. Femmes et hommes d’Argos sont désigné(e)s ou se désignent de la même manière tout au long de l’époque hellénistique, que ce soit dans les écrits de la cité, dans leurs propres épitaphes ou dans leurs offrandes, aussi bien dans la cité qu’à l’étranger. Citoyennes à Argos, métèques à Athènes, membres de la cour lagide, etc., les femmes d’Argos peuvent cumuler différents statuts civiques, tout comme leurs pères, frères, maris.

  • 134 Azoulay, 2011, p. 67.

46Les femmes d’Argos ont-elles eu accès à l’espace public ? Si l’on choisissait la définition d’Habermas, « un espace public abstrait, caractérisé par une forte dimension critique et animé par une circulation incessante des idées et des discours dans des lieux indépendants des pouvoirs institués »134, force est de constater que les femmes d’Argos rentrent peu dans cette catégorisation : seules celles au destin exceptionnel, connu par la littérature, comme nos pythagoriciennes Babelyca et Boio d’Argos, ont pu participer à un tel espace d’émulation. Le concept n’est donc pas opérant pour comprendre l’insertion quotidienne des femmes dans la société argienne. Qu’en est-il de la notion de « public » elle-même ?

  • 135 SEG 41, 282.
  • 136 SEG 26, 430, 1.
  • 137 SEG 22, 266 (action d’Augis, vers 100) ; IG IV 612 (action de la femme de Kallikratès dont le nom a (...)
  • 138 IG IV 593 (Claudia Olympa construit pour « sa propre patrie » des bains au iie s. ap. J.-C.) et son (...)

47Si des statuts « publics » ou « privés » existent dans l’Argos hellénistique, ils ne recouvrent pas de notion de genre, mais revêtent plutôt des aspects financiers : une inscription du ier s. av. J.-C. nous fait ainsi connaître des espaces « sacrés et publics » (τᾶς ἱερᾶς καὶ δαμοσίας χώρας), devenues des « parcelles privées » (τοὺς μὲν γύας ἰδιωτικοὺς) du fait de leur accaparement illégal par des concitoyens135. Plus tard, à partir de l’Empire, on précise également quand une donation se fait « sur ses fonds privés » (ἐκ τῶν ἰδίων), que l’individu soit un homme ou une femme136. Selon ces différentes mentions, la division se fait entre le politique au sens étymologique du terme (ce qui renvoie à la cité comme acteur) et entre l’action et la possession individuelles, non entre genres. Les deux domaines entrent parfois en collusion : des périphrases, comme « au nom de la cité » (ὑπὲρ τὰν πόλιν) ou « la bienveillance qu’il a envers la cité » (εὐ]/νοίαι ἇι ἔχει εἰς τὰν πόλιν) sont alors utilisées pour qualifier l’action individuelle s’intégrant dans une nécessité publique et ce aussi bien pour les hommes que pour les femmes137. Plus tard, à l’époque impériale, ce lien fort entre action individuelle dans un cadre collectif, c’est-à-dire le phénomène d’évergésie, sera parfois mis en relief par le remplacement du terme de πὀλις par celui de πατρίς, qui relève davantage de l’affect138. La distinction de genre est donc absente dans le vocabulaire administratif argien lorsque celui-ci renvoie à une « sphère publique » et une « sphère privée », qu’il faudrait plutôt qualifier de collective et d’individuelle et qui n’ont en réalité de cesse de s’emboîter.

  • 139 SEG 53, 299.
  • 140 Nieto Izquierdo, 2015, p. 676 : Les anthroponymes féminins en -εον pourraient provenir de la « créa (...)
  • 141 IG IV 623-624.
  • 142 Mitsos, 1952, s.v. ΑΚΤΗ, p. 23 : Ἦτο ἐκ τῆς ἰδίας οἰκογενείας μὲ τὴν Ὑπερβόλην.
  • 143 Cairon, 2009, p. 100.

48Plus importantes que les catégories de genre, les catégories socio-politiques sont celles qui semblent les plus prégnantes à l’époque hellénistique. Nombre des femmes d’Argos possèdent et font travailler des esclaves, qu’elles libèrent parfois. Les anciennes esclaves affranchies acquièrent dès lors le droit d’utiliser l’ethnique Ἀργεία à Argos ou ailleurs, comme cette Dorkas d’origine sémitique morte en Thessalie. Quelques affranchis et affranchies des grandes listes de l’Héraion se retrouvent dans des épitaphes. C’est le cas de Daméon, de Sostrata et d’Hérékleitos, dont les noms apparaissent sur une inscription funéraire collective139. Si on ne les connaissait pas par ailleurs, seule l’onomastique pourrait éventuellement les distinguer des personnes possédant la citoyenneté140. Une épigramme de la fin de l’époque hellénistique brouille d’ailleurs nos perceptions. Deux femmes sont citées sur la stèle. La première, Hyperbolè, est qualifiée d’ « honorable maîtresse » (κυρία χρηστή)141. La seconde, Aktè, n’est convoquée que par son nom : l’épigramme lui est cependant dédiée. Bien que très abîmée, l’inscription précise qu’Aktè faisait partie des « Argiennes aux beaux péplos ». La relation entre Hyperbolè et Aktè reste encore l’objet de questionnements. Si M. Mitsos reste prudent en supposant qu’elles « appartenaient à la même famille »142, É. Cairon pense que le terme κυρία est en lui-même révélateur de la relation entre les deux femmes : Aktè serait l’affranchie de Hyperbolè143.

  • 144 Bielman, 2001, p. 270.

49La tendance actuelle est à remplacer les discréditées sphères d’activités (publique/privée) par des clivages socio-politiques entre élites et peuple d’une part, citoyen(ne)s et esclaves d’autre part. A. Bielman dessine ainsi une « ligne de démarcation entre privilégiés et foule anonyme » en fonction de capacité de chacun et chacune d’agir « ou non pour le bien de la cité »144. La question de l’évergésie est certes centrale dans les cités d’époque hellénistique, mais on ne peut réduire l’adhésion des femmes à la communauté civique à cette pratique sociale. Les femmes d’Argos, par le port de l’ethnique et du phatronyme, ainsi que par leur importance dans les actes d’affranchissement, participent pleinement au fonctionnement socio-politique de la cité.

  • 145 Fachard, Touchais, Ackermann, 2022, p. 856-858.

50Cette « identité épigraphique » est une des manières d’approcher cette insertion qui, si elle n’est pas théorisée dans un texte tel que celui d’Aristote, n’en est pas moins réelle. D’autres sources, encore sous-exploitées à Argos, permettraient d’enrichir notre point de vue. Une publication archéologique récente sur la colline argienne de l’Aspis remet ainsi en cause l’idée selon laquelle la forteresse qui s’y trouvait n’aurait renfermé uniquement qu’une population masculine145. Une étude du matériel en contexte funéraire, en contexte cultuel, des reliefs figurant des femmes offrirait non seulement des outils considérables pour l’histoire de l’art argien, mais permettrait aussi d’interroger les modes de représentation de genre.

Haut de page

Bibliographie

Aurigny, H., 2014, À la recherche du rituel dans l’objet offert à l’Aphrodite d’Argos, Revue de l’histoire des religions, 231, p. 645-662.

Azoulay, V., 2011, L’Espace public et la cité grecque : d’un malentendu structurel à une clarification conceptuelle, dans p. Boucheron et N. Offenstadt (dir.), L’espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, p. 63-76.

Baunack, J., 1910, Die Abkürzung γαε in argivischen Inschriften, Philologus, 69, p. 466-478.

Bielman, A., 2001, Femmes en vue. Les femmes et la vie publique dans le monde hellénistique (ive-ier s av. J.-C.), Paris.

Bielman, A., Frei-Stolba, R. et Bianchi, O., 2003, Les femmes antiques entre sphère privée et sphère publique : actes du diplôme d’études avancées, Universités de Lausanne et Neuchâtel, 2000-2002, Berne.

Blok, J. H., 2017, Citizenship in Classical Athens, Cambridge.

Boehringer, S., Grand-Clément, A., Péré-Noguès, S. et Sebillotte Cuchet, V., 2015, Celles qui avaient un nom. Eurykléia ou comment rendre les femmes visibles, Pallas, p. 11-19.

Bouche, P., Douliere, S. et Gillespie, M., 2021, La place des femmes dans l’espace public : 1800-1939, Besançon.

Bremen, R. van, 1996, The limits of participation: women and civic life in the Greek East in the Hellenistic and Roman periods, Amsterdam.

Bremen, R. van, 2007, The Entire House is Full of Crowns: Hellenistic Agōnes and the Commemoration of Victory, dans S. Hornblower et C. Morgan (éd.), Pindar’s Poetry, Patrons, and Festivals: From Archaic Greece to the Roman Empire, Oxford, p. 345-376.

Cairon, E., 2009, Les épitaphes métriques hellénistiques du Péloponnèse à la Thessalie, Budapest.

Caskey, J. L. et Amandry, P., 1952, Investigations at the Heraion of Argos : 1949, Hesp., 21, p. 165-221.

Chabod, A., 2022, Télésilla d’Argos en maîtresse de vérité, REA, 124-2, p. 401-427.

Charneux, P., 1953, Inscriptions d’Argos, BCH, 77, p. 387-403.

Charneux, P., 1984, Phratries et kômai d’Argos, BCH, 108, p. 207-227.

Charneux, P., 1990, En relisant les décrets argiens, BCH, 114, p. 395-415.

Charneux, P., 1991, En relisant les décrets argiens (II), BCH, 115, p. 297-323.

Charneux, P., 1992, Sur un décret des forgerons d’Argos, BCH, 116, p. 335-343.

Connelly, J. B., 2010, Portrait of a priestess: women and ritual in ancient Greece, Princeton.

Curty, O., 1995, Les parentés légendaires entre cités grecques, Genève.

Damet, A., 2023, Les Grecques: destins de femmes en Grèce antique, Paris.

Davidoff, L. et Hall, C., 1987, Family fortunes: men and women of the English middle class, 1780-1850, Londres.

Defrance, J.-B., 2020, C.r. de Blok (J.), Citizenship in Classical Athens, Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2017, REA, 122, p. 287-295.

Dimakis, N., 2016, Social identity and status in the classical and hellenistic Northern Peloponnese: the evidence from burials, Oxford.

Dirven, L., Icks, M. et Remlisen, S. (éd.), 2023, The Public Lives of Ancient Women (500 BCE-650 CE), Leyde.

Fachard, S., Touchais, G. et Ackermann, G., 2022, Séquence chronologique et nature de l’occupation du ve au iie av. J.-C. : essai de synthèse, dans G. Touchais et S. Fachard, Argos: les fouilles de l’Aspis, Athènes, p. 853-861.

Fröhlich, P., 2016, La citoyenneté grecque entre Aristote et les Modernes, Cahiers du Centre Gustave Glotz, 27, p. 91-136.

Gardner, D. G., Hogarth, J. et Smith, E., 1888 Excavations in Cyprus, 1887-88. Paphos, Leontari, Amargetti, JHS, 9, p. 147-271.

Gauthier, P., 1985, Les cités grecques et leurs bienfaiteurs, Athènes.

Hurlet, F. et Müller, C., 2020, L’Achaïe à l’époque républicaine (146-27 av. J.-C.) : une province introuvable?, Chiron, 50, p. 49-100.

Kritzas, C. B., 2006, Nouvelles inscriptions d’Argos: les archives des comptes du trésor sacré (ive s. av. J.-C.), CRAI, p. 397-434.

Launey, M., 1949, Recherches sur les armées hellénistiques, Paris.

Le Bas, P., 1831, Monuments d’antiquité figurée, copiés à Argos par les membres de la commission et expliqués par M. Le Bas, A. Blouet, A. Ravoisié et p. A. Poirot, dans Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le gouvernement français: architecture, sculptures, inscriptions, et vues du Péloponnèse, des Cyclades et de l’Attique, Paris, p. 107-108.

Marchetti, P., 2010, L’épigraphie argienne et l’oligarchie locale du Haut-Empire, dans A. D. Rizakis et C. Lepenioti (éd.), Roman Peloponnese III: continuity and innovation, Athènes, p. 43-57.

Masson, O., 1969, Recherches sur les Phéniciens dans le monde hellénistique, BCH, 93, p. 679-700.

Matthews, E. et Fraser, p. M. (éd.), 1997, A lexicon of Greek personal names. Volume III.A, The Peloponnese, Western Greece, Sicily and Magna Graecia, Oxford.

Meyer, E. A., 2009, Metics and the Athenian Phialai-Inscriptions: A Study in Athenian Epigraphy and Law, Wiesbaden.

Michel, A., 2020, Enquête préliminaire sur la visibilité des femmes dans les inscriptions chypriotes à l’époque hellénistique, Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, p. 233-264.

Michel, A., 2021, Chypre à l’épreuve de la domination lagide: Testimonia épigraphiques sur la société et les institutions chypriotes à l’époque hellénistique, Athènes.

Michaelidou-Nicolaou, I., 1976, Prosopography of Ptolemaic Cyprus, Göteborg.

Mitford, T. B., 1938, Contributions to the Epigraphy of Cyprus. Some Pre-Roman Inscriptions from Kouklia, Mnemosyne, 6, p. 103-120.

Mitford, T. B., 1961, The Hellenistic Inscriptions of Old Paphos, ABSA, 56, p. 1-41.

Mitsós, M. T., 1952, Αργολική προσωπογραφία, Athènes.

Müller, C., 2014, La (dé)construction de la politeia. Citoyenneté et octroi de privilèges aux étrangers dans les démocraties hellénistiques, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 69, p. 753-775.

Nieto Izquierdo, E., 2015, À propos des noms de femme du type Κάλλεον, REG, 128, p. 673-676.

Oliver, G. J., 2007, Citizenship: Inscribed Honours for Individuals in Classical and Hellenistic Athens, dans J.-C. Couvenhes et S. Milanezi (éd.), Individus, Groupes et Politique à Athènes de Solon à Mithridate, Tours, p. 273-292.

Perlman, P., 2000, City and sanctuary in ancient Greece: the Theorodokia in the Peloponnese, Göttingen.

Piérart, M., 1983, Phratries et kômai d’Argos, BCH, 108, p. 269-275.

Piérart, M., 2020, Klyton Argos: histoire, société et institutions d’Argos, Bordeaux.

Rizakis, A. D., 2012, La double citoyenneté dans le cadre des koina grecs : l’exemple du koinon achéen, dans A. Heller et A. V. Pont (éd.), Patrie d’origine et patries électives : les citoyennetés multiples dans le monde grec d’époque romaine, Bordeaux, p. 23-38.

Rizakis, A. D. et Zoumbaki, S. B., 2001, Roman Peloponnese I, Athènes.

Sauzeau, P., 2005, Les partages d’Argos: sur les pas des Danaïdes, Paris.

Sebillotte Cuchet, V., 2017, « Gender Studies » et domination masculine. Les citoyennes de l’Athènes classique, un défi pour l’historien des institutions, Cahiers du Centre Gustave Glotz, 28, p. 7-30.

Shipley, G., 2019, The early Hellenistic Peloponnese: politics, economies, and networks 338-197 BC, Cambridge.

Siekierka, P., Stebnicka, K. et Wolicki, A., 2021, Women and the polis: public honorific inscriptions for women in the Greek cities from the late Classical to the Roman period, Berlin, 2021.

Stamatopoulou, M., 2016, The Banquet Motif on the Funerary Stelai from Demetrias, dans C. M. Draycott, M. Stamatopoulou et A. Slawisch (éd.), Dining and death: interdisciplinary perspectives on the « funerary banquet » in ancient art, burial and belief, Leuven, p. 405-479.

Tracy, S. V. et Habicht, C., 1991, New and Old Panathenaic Victor Lists, Hesperia, 60, p. 187-236.

Vollgraff, G., 1915, Novae Inscriptiones Argivae (Continued), Mnemosyne, 43, p. 365-384.

Vollgraff, W., 1909a, Inscriptions d’Argos, BCH, 33, p. 171-200.

Vollgraff, W., 1909b, Inscriptions d’Argos, BCH, 33, p. 445-466.

Vollgraff, W., 1913, Notes d’épigraphie argienne, BCH, 37, p. 308-309.

Vollgraff, W., 1941, Inhumation en terre sacrée dans l’Antiquité grecque (à propos d’une inscription d’Argos), Athènes.

Waldstein, C., 1902, The Argive Heraeum, Boston.

Walter, O., 1911, Inscriften aus dem Argivischen Heraion, Jahreshefte des Österreichischen Archäologischen Institutes in Wien, p. 139-150.

Zelnick-Abramovitz, R., 2005, Not Wholly Free: The Concept of Manumission and the Status of Manumitted Slaves in the Ancient Greek World, Leyde.

Haut de page

Notes

1 Plutarque, Vertus des Femmes, 4 : Οὐδενὸς δ´ ἧττον ἔνδοξόν ἐστι τῶν κοινῇ διαπεπραγμένων γυναιξὶν ἔργων ὁ πρὸς Κλεομένη περὶ Ἄργους ἀγών, ὃν ἠγωνίσαντο Τελεσίλλης τῆς ποιητρίας προτρεψαμένης. L’expression utilisée pour le titre de cet article se trouve dans l’épigramme IG IV 623-624 (ier s.). Ce travail fait suite à une communication que j’avais présentée dans le cadre du projet « Eurykleia : celles qui avaient un nom », dirigé par S. Boehringer, A. Grand-Clément, S. Péré Noguès et V. Sebillotte Cuchet (Boehringer et al., 2015). Que les responsables en soient vivement remerciées.

2 Sauf mention contraire, toutes les dates de cet article sont à considérer avant J.-C.

3 Pausanias, II, 20, 8-10 ; Polyen, Stratagèmes, 8, 33 ; Clément d’Alexandrie, Stromates, 4, 19, 120, 3.

4 Le Bas, 1831, p. 107-108 (il reconstitue la dédicace afin que le nom de Télésilla puisse s’y tenir).

5 Kunstblatt, supplément au journal de Stuttgart le Morgenblatt für gebildete Stände, publié le 15 mars 1832.

6 Chabot, 2022, pour retrouver l’ensemble des références.

7 Sauzeau, 2005, p. 119-137 et p. 263-335.

8 Tatien, Discours aux Grecs, 33.

9 Athénée, XIII, 596e ; Pausanias, V, 8, 11.

10 Tite-Live, XXVII, 31, XXXII, 21 et XXXIV 53 ; Plutarque, Vie d’Aratos, 49-51 et Vie de Paul-Émile, 8 ; Élien, Histoires diverses, XII, 43.

11 Jamblique, Vie de Pythagore, 194, 6.

12 Damet, 2023, p. 7.

13 Marchetti, 2010. Connelly, 2010.

14 Dimakis, 2016 ; Aurigny, 2014.

15 Bielman, 2001, p. 10. Sur la notion d’espace public et son approche par les chercheurs et chercheuses de l’Antiquité grecque, Azoulay, 2011.

16 Sur l’évergésie, Gauthier, 1987.

17 Van Bremen, 1996.

18 Siekierka, Stebnicka, Wolicki, 2021.

19 Date de la sortie de l’ouvrage fondateur de Davidoff et Hall, 1987.

20 Pour un résumé de l’historiographie des quarante dernières années, Bouche, Doulière et Gillespie, 2021, p. 10-14.

21 Ibidem, p. 14.

22 Bielman, 2001 ; Bielman, Frei-Stolba et Bianchi, 2003 ; Dirven, Icks et Remlisen, 2023.

23 Bielman, 2001.

24 Bielman, Frei-Stolba et Bianchi, 2003.

25 Dirven, Martlin Icks et Sofie Remlisen, 2023.

26 Blok, 2017, p. 43 : « citizenship consists of membership of a political community, in which an individual holds claims to whatever prerogatives and is encumbered with whatever responsibilities are attached to this particular community. »

27 Fröhlich, 2016 ; Sebillotte Cuchet, 2017.

28 Fröhlich, 2016, p. 28.

29 Sur un rappel de ces débats, notamment sur la signification du terme ἀρχή dans les Politiques d’Aristote, voir le compte-rendu de J.-B. Defrance, 2020, p. 288-290.

30 Rizakis, Zoumbaki, 2001.

31 Il s’agit du taux habituel de représentation des femmes dans l’épigraphie.

32 Matthews, Fraser, 1997.

33 Pour le Péloponnèse, Shipley, 2019, p. 199-201 ; pour Chypre, Michel, 2020, p. 234-236.

34 Curty, 1995, p. 7-15, n°3-5.

35 Par exemple, SEG 23, 189 (liste de théarodoques argiens vers 330) ; SEG 38 280 (liste des déserteurs) ; IG IV 617 (liste de contributions de cités de Macédoine, entre 316 et 292).

36 Par exemple, SEG 30, 355 (décret en l’honneur de Pamphilos d’Athènes, 330-300) ; SEG 13, 240 (décret honorifique pour Agathoklès d’Athènes, après 315) ; Vollgraff, 1915, 374-376 (décret honorifique pour Kléandros d’Épidaure) ; SEG 13, 243 (décret de proxénie pour deux Messéniens, fin du ive s.). Sur ces décrets, Charneux, 1990 et 1991 et Perlman, 2000, p. 205-236, A1-A27.

37 SEG 30, 362 (dédicace agonistique pour Pratéas et son fils Aischyllos, troisième quart du ive s.).

38 IG IV 583 (dédicace à l’Héraion de Nicocréon de Salamine, 331-307) ; SEG 30, 364 (dédicace d’une statue du roi Ptolémée par deux athlètes, début de l’époque hellénistique) ; SEG 30, 365 (base pour L. Mummius sur l’agora d’Argos) ; SEG 50, 361 (dédicace pour Pompée).

39 Cairon, 2009 ; Dimakis, 2016.

40 SEG 23, 18; SEG 23, 180 ; SEG 29, 348.

41 Michel, 2020, p. 237.

42 Dans cette théorie, la base de Timanthis, la jeune prêtresse d’Aphrodite en 300, ne serait alors offerte par son père Timanthès que pour mettre en valeur cette famille et Timanthès lui-même (SEG 59, 363). Il en irait de même pour Andromaque, qui offre également une statue pour son fils Prokleidas, au tournant du iie s. : elle n’agirait que pour le bien de la famille (IG IV 635). Ces familles se voient particulièrement dans l’épigraphie funéraire, soit dans le cas de tombeaux communs (par exemple celui de Kléonis, de Nicopolis et d’Aristoclès au iie s., IG IV 630, ou encore celui de Ptolémaios et de ses parents Sporos et Kranaè, au milieu du même siècle, SEG 47, 308), soit dans les épitaphes (pour le côté stéréotypé de ces dernières, pas du tout propres à Argos, voir Cairon, 2009).

43 Par exemple, vers 300, Timanthis est amphipolos d’Aphrodite (SEG 59, 363) ; Philokrateia est promantis d’Apollon en 92 (Syll.3 735 = SEG 28, 393, 15-16) ; on trouve également une archagétis dans une inscription du iie s. (IG IV 642).

44 On trouve fort peu de femmes évergètes à Argos, mais c’est également le cas pour les hommes. Notons toutefois l’évergésie de Kléainéta, fille d’Hiéronymos, pour la phylè des Pamphyloi (IG IV 598, iie/ier s.).

45 Kalléon et son mari sont ainsi remerciés et honorés par le synodos des Phaénistai (Vollgraff, Mnem 47 1919, n° 24, iie s.).

46 BMC Peloponnesus 23, pl. XXVII ; SEG 34, 282, 9 et 15 (inscription honorifique, vers 300) ; IG IV 487/8 (dédicace à Zeus, Némée, vers 300) ; SEG 23, 186 (dédicace du bouclier pris à Pyrrhus, 272) ; SEG 23, 18, 10 (traité entre Argos et Kléonai, après 229).

47 SEG 13, 240, 4 ; 30, 355, 8 ; 357, 4 ; 34, 282, 5 et 17 (inscriptions honorifiques de la fin du ive s.) ; SEG 36, 332 (poids de bronze, époque hellénistique).

48 SEG 13, 243 (décret de proxénie pour deux Messéniens, fin du ive s.) ; Syll.3 653 A = I.Alexandreia Troas 5, 38 (liste de cités honorant Cassandre d’Alexandrie de Troade, vers 165).

49 SEG 34, 282, 5.

50 SEG 29, 358 : Νίκεον / Ἀφροδίται.

51 Vollgraff, 1941, p. 345-350 : dans les deux cas, l’inscription est Φρυγία ἀνέθηκε (sur une ou deux lignes).

52 IG IV 569, 571, 574-575, 668 ; SEG 29, 374. On peut ajouter SEG 11, 368, par Asclapiada(s), la fin de la ligne étant brisée et IG IV 570. Article à venir d’Enrique Izquierdo sur la question, notamment sur l’omniprésence des femmes dans ces cultes.

53 IG IV 568 : [θε]ῶι Ἀστ̣[υ]όχε[ι]α Τελέστα / ἀνέθηκε.

54 BCH 1903, p. 277-278, n°29 : Λυσίππα Λυσί[ππου] / Ἀπόλλωνι [- - -].

55 BCH 1958, p. 560 : Ἀγαθοκλῆς, Θαῆἱς / ἀνεθέταν.

56 IG IV 694 : Δαμαρέτ̣[α] / Ἀ̣ρ̣γεία Ξένω[νος] / τὸν αὑτᾶς υἱὸν κα̣[ὶ] /Μεγακλέος Δαμάρε[τον] : ἀνέθηκε θεοῖς.

57 Mitsos, 1952, s.v. ΑΡΧΙΣ ; Mitsos, Hesp. XVI (1947), p. 85, n. 5 ; Vollgraff, Mnem 47 (1919), n° XVIII et XIX.

58 BCH 1903, p. 265, n°14 ; IG IV 630.

59 SEG 47, 308.

60 IG IV 640 : Εὐκρατὶς [Ε]ὐστρά[του] / χαῖρε.

61 SEG 1, 71 : Σωτηρίων. Ἐπαφρόδιτον / χαῖρε.

62 IG IV 539, 5.

63 SEG 1, 70.

64 Notons pour le plaisir la présence d’une femme, Euboula, dans la seule defixio argienne que nous possédions (seconde moitié du ive s.), qui est évoquée sans aucun patronyme, ce qui, évidemment, n’est pas surprenant dans un tel contexte de gravure (SEG 30, 353). L’imprécateur tente par-là de détourner un certain Ainéas de cette Euboula.

65 IG IV² 1, 621A, 1 : Ἀπία Ἀριστίππου Ἀριστόμαχος Ἀριστο[μάχου].

66 Vollgraff, Mnem 47 (1919), n° XXIV, qui ne mentionne pas les trous de scellement.

67 IG IV 612.

68 IG IV 598.

69 IG IV 611.

70 Dossier des affranchissements, voir plus bas dans cet article.

71 ISE I, 39.

72 SEG 11, 356.

73 Par exemple, IG II/III³ 1, 1019, 30 ; 37 (décret honorifique athénien pour le tyran Aristomachos d’Argos, en 244) ; Corinth 8, 3, 46, 3 (arbitrage du ier s.).

74 Par exemple, CID 4, 27 (Eudoxos d’Argos offre des boucliers à Delphes vers 270) ; AD 26 A (1971), p. 34-40 (un Argien vainqueur des Basileia de Lebadée, entre 80 et 50) ; SEG 33, 290 (plusieurs Argiens dans une liste des technites de l’Isthme et de Némée, vers 90-80) ; Philae 13 (Mnasis d’Argos est phrourarque de Philaé pour les Ptolémées en 145).

75 IG IV 612, 2 : Καλλικράτο[υς] Ἀργεία.

76 IG IV 589.

77 SEG 22, 266, 3-4 : Αὔγι [Ἀ]/ριστομήδεος Ἀργείωι ; IG IV 585.

78 IG IV 623-624.

79 IG IV² 1, 208. Les sculpteurs sont également argiens.

80 Sur la question de la désignation du citoyen argien, Piérart, 1983 et Charneux, 1984 ; Kritzas, 2006. Le nom de la phatrie (φάτρα) se serait substitué au phylétique au ve s.

81 SEG 28, 393, 15-16.

82 Par exemple, 7-9 : les promanteis Sohibios, fils de Sohibios et Antigénès, fils de Polykratès, tous deux des Naupliadai (Προμαντίων δὲ Σωἱβίου τοῦ / Σωἱβίου, Άντιγένεος τοῦ / Πολυκράτεος Ναυπλιαδᾶν).

83 L’apparition de certains phatronymes au pluriel est habituelle dans l’épigraphie argienne (Piérart, 2020, p. 115). Ici, c’est le contraste avec les autres phatronymes qui est intéressant.

84 Le cas d’un phatronyme au pluriel pour une femme se retrouve dans le cas de Phaéna évoqué plus bas.

85 Waldstein, 1902, I, 212, XIV.

86 IG IV 527-530 ; Vollgraff, 1909b, p. 405-407 ; Mitsos, 1952, p. 11 = SEG 42, 279 ; Walter, 1911, n° IV col. 143-150, fig. 71, auxquelles il faut peut-être ajouter Caskey et Amandry, 1952, n° 5, p. 215. Ces actes argiens ont été complètement négligés par les spécialistes de l’histoire de l’esclavage. Ainsi ils n’apparaissent pas dans l’ouvrage de référence de Zelnick-Abramowitz, 2005, quand bien même celle-ci réserve toute une partie de son chapitre 3 aux acteurs et actrices des affranchissements et cite presque toutes les autres régions de la Grèce continentale.

87 Pausanias, II, 17, 1. Voir Athénée III, 96 ; Hésychius s.v. Ἐλευθέριον ὕδωρ, sur les liens entre cette appellation et les affranchissements.

88 La restitution est de Vollgraff, 1909a, p. 183, note 2.

89 Mitsos, 1952, p. 174-179 ; LGPN Peloponnese, s.v. Ἀντιπάτρα.

90 IG IV 530, 3-4 : (…) ἀνεγράψαντο τοὺς ἐγ]/γυεύσαντας εἰς αὐτοὺς [ἀπελευθέρων τῶνδε]·

91 Vollgraff, 1909b, p. 457.

92 Charneux, 1984, p. 227 et 1992, p. 336, note 4.

93 Baunack, 1910, p. 474 ; Walter, 1911, p. 148-149.

94 Restitution proposée par Vollgraff, 1913, p. 308-309.

95 Vollgraff, 1909b, p. 405-407. Notons que la pierre a été trouvée à proximité de l’église Agios Konstantinos. Elle provenait probablement de l’Héraion, Mitsos, 1952, s.v. ΕΡΑΤΩ.

96 Vollgraff, 1909b, p. 457.

97 Sur la consécration de phiales lors d’un affranchissement à Athènes, voir Meyer, 2009.

98 Walter, 1911, n° IV, p. 143-150, fig. 71.

99 IG IV 558, 25.

100 Hurlet et Müller, 2020, p. 81-82.

101 Mitsos, 1952, p. 11 = SEG 42, 279.

102 Charneux, 1992, p. 336, note 4. L’expression apparaît dans d’autres décrets plus tardifs (SEG 42, 273bis, 2 ; IG IV 606, 13).

103 Si le pluriel du phatronyme est parfois utilisé pour qualifier les femmes, comme dans les cas de Phaéna et Philokrateia, rien n’assure qu’il soit lié à des questions de genre, puisqu’on trouve également d’une part des phatronymes employés au singulier pour d’autres femmes et d’autre part des pluriels pour des hommes (comme pour Aischrôn Pôlathees en IG IV 530, 8 = Mitsos, 1952, s.v. ΑΙΣΧΡΩΝIII).

104 Charneux, 1953, p. 391.

105 SEG 13, 240, 4.

106 IG II² 8361-8377 (qui s’étalent du ive au ier s.). Sur l’originalité argienne de cette pratique, Dimakis, 2016, p. 45.

107 IG II² 8370. Il serait peut-être mentionné chez Xénophon, Hipparque, IX, 2.

108 Métrodôros d’Argos dans une liste de mercenaires de 300 (IG II² 1956, 106-107) ; Philistiôn d’Argos dans les paroikoi, des garnisaires de Rhamnonte (I.Rhamnous 38, n°3) ; Ménéklès et Pyraiménès d’Argos dans IG II² 1299 = I.Eleusis 196, en 234 (gardes à Eleusis, Panakton et Phylé). Voir Launey, 1949, p. 109.

109 IG II² 8365 : Δαμὼ / Ἀργεία.

110 IG II² 8361a : Γλ[α]ῦκον / Ἀγαθοκλέους / θυγάτηρ / Ἀργήα.

111 IG II² 8371-8372.

112 IG II² 8376 : Ὑμνὶς / Καλλιτέλου / Ἀργεία.

113 IG II² 8374 : Σωσικράτεια / Ἀλεξάνδρου / Ἀργεία / Τιμάμδρου / Ταναγραίου / γυνή.

114 IG II² 8377 : Φιλίστα / Φίλλιδος /Ἀργεία /Ἀνδροκλέους / Πτελεασίου / γυνή.

115 Sur ces mariages entre citoyens athéniens et femmes étrangères, Oliver, 2007, qui fait de Philista la fille « de Phillis d’Argos (daughter of Phillis of Argos) », alors que l’ethnique s’applique bien à Philista et non à son père.

116 Polybe, V, 64, 4-6 ; 65, 5 ; Michaelidou-Nicolaou, 1976, Π34.

117 IG II² 2313, 8-9 ; 12-13 ; 15 ; 59-60 ; 61-61. Sur cette famille, Charneux, 1991, p. 311-312.

118 IG II² 2314, 17 pour un homme ; 48, 50 et 54 pour les femmes (et en restitution, 92, 94). En restitution a été proposée l’expression Ἀργεῖος ἀπ’ Ἀχαιίας pour désigner Polycratès lui-même (95, 97).

119 Van Bremen, 2007, p. 362-363. Hermionè est listée sans ethnique parmi les athlophoros de Bérénice à Alexandrie pour 170-160 (JEA 40, 1954, p. 52, n° 31).

120 Deux bases des statues de Polykratès, de son père Mnasiadas et de ses enfants par la cité de Paphos (Gardner, et al., 1888, p. 240, n° 54 ; SEG 20, 195 : dans les deux cas l’ethnique est accolé au nom de Mnasiadas) ; base de statue de Polykratès fils dressée par la cité de Lapéthos (Mitford, 1938, p. 118) ; base de statue de Ptolémaios, autre fils de Polykratès, par les habitués du gymnase de Paphos (SEG 20, 198) ; une base de statue pour Ptolémée V par Polykratès (SEG 20, 194). Deux exceptions où Polykratès se trouve sans ethnique : à Paphos sur une base de Zeuxô (Gardner et al., 1888, p. 254, n°118) et sur une base pour la famille (SEG 20, 196).

121 IG XI, 4, 1177. De manière générale sur la famille, voir Mitford, 1961.

122 Michel, 2021, p. 139, note 104.

123 Sur les doubles ethniques, Rizakis, 2015.

124 IG IV², 1, 99, II, 18-19.

125 IG II2, 2315, 18.

126 Tracy et Habicht, 1991, p. 231 : « to advertise their double identity outside the Peloponnese. »

127 Polybe, V, 64, souligne d’ailleurs le respect octroyé à Polykratès par les Chypriotes et les Égyptiens du fait de son origine argienne : « Ils étaient par ailleurs fort considérés, autant pour leurs patries que pour leurs fortunes. Polycratès l’était d’autant plus du fait de l’ancienneté de sa maison (πρὸς δὲ τούτοις ἐπιφανεῖς ὑπάρχοντες ταῖς τε πατρίσι καὶ (6) τοῖς βίοις, Πολυκράτης δὲ καὶ μᾶλλον διά τε τὴν τῆς οἰκίας ἀρχαιότητα). »

128 Polybe, XII, 3 et 7-9.

129 CID 2, 20, 4.

130 SEG 61, 186 : Φιλίστα / Ἀργεία / Διονύσ(ι)ου Ἐπι/δαυρίου γυ/νή.

131 IG IV 694 : Δαμαρέτ̣[α]/Ἀ̣ρ̣γεία Ξένω[νος] / τὸν αὑτᾶς υἱὸν κα̣[ὶ] / Μεγακλέος Δαμάρε[τον] / ἀνέθηκε θεοῖς.

132 SEG 66, 377.

133 Masson, 1969, p. 688-690 ; Stamatopoulou, 2016, p. 464-465, n° 26.

134 Azoulay, 2011, p. 67.

135 SEG 41, 282.

136 SEG 26, 430, 1.

137 SEG 22, 266 (action d’Augis, vers 100) ; IG IV 612 (action de la femme de Kallikratès dont le nom a disparu, ier s.).

138 IG IV 593 (Claudia Olympa construit pour « sa propre patrie » des bains au iie s. ap. J.-C.) et son contemporain IG IV 590 (Titus Statilius Timokratès Memmianus qui a été ambassadeur « au nom de sa patrie », 21 : ὑπέρ τε τᾶς πατρίδος).

139 SEG 53, 299.

140 Nieto Izquierdo, 2015, p. 676 : Les anthroponymes féminins en -εον pourraient provenir de la « création de noms de femmes esclaves dans la partie occidentale de l’Argolide ».

141 IG IV 623-624.

142 Mitsos, 1952, s.v. ΑΚΤΗ, p. 23 : Ἦτο ἐκ τῆς ἰδίας οἰκογενείας μὲ τὴν Ὑπερβόλην.

143 Cairon, 2009, p. 100.

144 Bielman, 2001, p. 270.

145 Fachard, Touchais, Ackermann, 2022, p. 856-858.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Clémence Weber-Pallez, « « Parmi les Argiennes aux beaux péplos ». Les femmes d’Argos à l’époque hellénistique dans la documentation épigraphique »Pallas, 127 | 2025, 265-289.

Référence électronique

Clémence Weber-Pallez, « « Parmi les Argiennes aux beaux péplos ». Les femmes d’Argos à l’époque hellénistique dans la documentation épigraphique »Pallas [En ligne], 127 | 2025, mis en ligne le 02 avril 2026, consulté le 15 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/pallas/31844 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16380

Haut de page

Auteur

Clémence Weber-Pallez

Maîtresse de conférences en Histoire grecque
Université Toulouse – Jean Jaurès
PLH-CRATA

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search