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Les étrangers dans le royaume d’Arraphe

Foreigners in the Kingdom of Arraphe
Brigitte Lion
p. 135-153

Résumés

Les tablettes découvertes sur les sites de Nuzi, Arraphe et Tell al-Fahhar témoignent de la présence d’étrangers dans le royaume d’Arraphe, aux xve et xive s. av. J.-C. Les ubārūtu, agents diplomatiques, sont connus surtout par des listes de rations diverses, car l’État se doit de les entretenir. D’autres catégories d’étrangers, plus diversifiées, sont définies par la mention de leur pays d’origine : il peut s’agir de personnes en déplacement officiel, mais aussi de migrants ou d’esclaves, attestés dans ce cas par les archives familiales.

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Texte intégral

1Aux xve et xive s. av. J.-C., le royaume d’Arraphe avait pour capitale la ville du même nom, située à l’emplacement de l’actuelle Kirkouk, en Irak du nord. Quelques dizaines de documents, trouvés fortuitement au début du xxe siècle, en proviennent, mais l’essentiel des informations est issu des 5000 à 6000 tablettes découvertes à une quinzaine de km de là, sur le site de l’antique ville de Nuzi, qui a fait l’objet de fouilles régulières entre 1925 et 1931. S’y ajoutent quelques centaines de tablettes exhumées sur un troisième site, Tell al-Fahhar. L’ensemble de cette documentation est souvent désigné par le terme générique de tablettes « de Nuzi ». Le royaume d’Arraphe était soumis au Mittani, construction impériale qui s’étendait sur la Mésopotamie du nord et la Syrie et que les tablettes de Nuzi désignent sous le nom de Hanigalbat.

  • 1 Wilhelm, 1970.
  • 2 Voir les index de noms propres établis par Gelb et al., 1943 ; Cassin, Glassner, 1977, ainsi que le (...)

2La langue dans ces documents est un akkadien fortement marqué par l’influence hourrite1. L’arrivée des populations hourrites a en effet touché cette région depuis le début du IIe millénaire. Mais si l’on considère l’onomastique, la composition de la population du royaume d’Arraphe semble avoir été diversifiée : à côté d’une majorité de noms propres hourrites existent des noms akkadiens, voire d’autres origines2. Dans cette population qui résulte de brassages divers, comment les étrangers étaient-ils définis ?

  • 3 À moins qu’il ne soit attesté parmi les noms de métiers hourrites dont le sens n’est pas assuré : M (...)

3On trouve deux façons principales de les désigner. D’une part, le terme ubāru, en général traduit par « étranger », est assez souvent employé mais ne s’applique qu’à une catégorie particulière, celle des étrangers en mission officielle dans le royaume. D’autre part, l’origine de certaines personnes est indiquée par la mention « du pays de », ou par un ethnique. Ces deux catégories seront successivement examinées. On remarque d’emblée qu’elles insistent sur une altérité politique, et non culturelle. Le problème linguistique n’apparaît pas dans la documentation et parmi les noms de métiers, pourtant nombreux, celui d’interprète n’est pas attesté3.

  • 4 Seuls les étrangers venant des pays les plus fréquemment mentionnés sont retenus ; ainsi les Sutéen (...)

4Plusieurs études existent déjà sur certains de ces aspects ou sur certains groupes d’étrangers. L’article qui suit tentera de donner une présentation synthétique de la situation, sans envisager l’ensemble des relations avec les pays étrangers mais en se limitant aux personnes étrangères présentes dans le royaume d’Arraphe4.

1. Les étrangers désignés par le terme ubārū

  • 5 Il est possible qu’un pluriel ubārū existe également, mais dans le doute une lecture ubāru au singu (...)

5Le terme ubāru (pluriel ubārūtu5) apparaît à de nombreuses reprises dans la documentation de Nuzi. Il est parfois précédé de l’idéogramme LÚ.(MEŠ), « homme(s) ».

  • 6 AHw, p. 1399b ; CAD U and W, p. 10b-11a.
  • 7 Cassin, 1958, p. 27-28 ; Cassin, 1959, p. 163.

6Les dictionnaires rassemblent plusieurs occurrences de ce terme6. E. Cassin en a également recensé un bon nombre et leur a consacré de brèves remarques7. La liste est trop longue pour qu'on puisse reprendre en détail chacune de ces mentions, mais le type et l’origine des tablettes qui mentionnent les ubārūtu doivent être soulignés : il s’agit presque toujours de textes administratifs, issus soit du palais, soit des pièces D3 et D6 d’un grand bâtiment, fouillé en partie seulement, situé dans le secteur le plus septentrional du tell, qui abritait des tablettes très comparables à celles du palais. On y rencontre donc les « étrangers » dont se soucient les autorités locales, en général dans le cadre de distribution de divers produits. Le pays dont ils sont originaires est parfois précisé, mais pas systématiquement. Les textes sont ici regroupés de façon thématique, sans que l’on puisse toujours les désigner comme « dossiers » car, en dépit de leurs ressemblances, ils ont pu relever de procédures administratives ou de responsables différents. Ces textes sont parfois datés par un mois, mais jamais par une année, ce qui rend impossible un classement chronologique.

1.1. Distributions de céréales

7Des étrangers sont enregistrés comme bénéficiaires de rations de céréales dans des tablettes provenant des pièces D3, D6 et D21. HSS 16 199 précise que ces étrangers sont des Hanigalbatéens ; dans les autres documents, l’origine des étrangers n’est pas indiquée ou perdue dans une cassure (HSS 16 177). Il est difficile de calculer le montant des rations, car elles concernent différentes céréales (blé et orge de diverses qualités) et le nombre d’étrangers n’est pas indiqué. Même quand il s’agit de comptes mensuels, il n’est pas certain que les rations attribuées aux étrangers aient couvert tout le mois : s’ils étaient en déplacement, les rations pouvaient ne concerner que quelques jours.

  • HSS 14 178 (D3) : « 5 BÁN 2 SILA3 d’orge pour les ubārūtu » (l. 11-12). La même liste enregistre une distribution « pour les hommes du pays de […] » (l. 9-10), donc des étrangers, mais qui ne sont pas désignés comme ubāru.

  • HSS 14 186 (D6), compte mensuel pour le mois sabūtu (vii) : « 2 BÁN de blé pour les ubārūtu » (l. 10-11).

  • HSS 15 278 (D3), compte mensuel pour le mois hinzuru (iii) : « [x]+1 ANŠE d’orge pour les ubārūtu » (l. 28).

  • HSS 16 177 (D6), compte mensuel pour le mois hinzuru (iii) : « [x SILA3 d’orge] pour l’ubāru du pays de […] » (l. 6). Parmi les autres bénéficiaires figurent le sukkallu Akiya, ainsi que les princes Hatip-urašše et Tatip-Teššub.

  • HSS 16 189 (D21) : « [x] ANŠE d’orge [… a/ont] été donné(s) à […] pour les ubārū[tu]) » (l. 13-16) et « [2] ANŠE [x] d’orge de deuxième qualité [ont été donnés] à Kenn[i] pour les ubārū[tu] » (l. 18-20).

  • HSS 16 192 (D21) : « 1 (PI) d’orge pour les ubārūtu » (l. 4).

    • 8 Zaccagnini, 1979, p. 15 n. 64.

    HSS 16 1998 (provenance inconnue) : « [une quantité de céréales] de [NP] a été do[nnée] à Herku [pour les] ubārūtu [du pays de] Hanigalbat, [au moi]s šehlu (viii) » (l. 1-5).

1.2. Distributions de pains

8Parmi les distributions de pain (NINDA) aux personnes de l’entourage royal, deux mentionnent un étranger :

  • HSS 14 99 (provenance inconnue) : « 1 pain pour l’ubāru » (R. l. 8).

  • HSS 14 102 (palais, R48) : « 2 pains pour l’ubāru » (l. 8). Les autres bénéficiaires sont en partie les mêmes que dans HSS 14 99.

1.3. Distributions de rations de nourriture

9Des distributions de « tables » (GIŠ.BANŠUR) et de pains-isququ concernent souvent les mêmes personnes que celles déjà rencontrées dans les distributions de céréales et de pains. Par « tables », il faut entendre des sortes de « plateaux-repas », des rations de nourriture peut-être standardisées. Le début des tablettes indique en général la présence du roi et on trouve des membres de la famille royale parmi les bénéficiaires : enfants (du palais), fils du roi… Dans certains de ces documents apparaissent les ubārūtu, dont la position varie au sein de la liste.

  • HSS 14 94 (provenance inconnue) : « 13 (rat[ions), x pains-(isququ) pour les ubārū]tu » (l. 8).

  • HSS 14 95 (D6) : « [x] (pain(s)-isququ) pour l’ubāru du pays de Han[igalbat] » (R. l. 7).

  • HSS 14 97 (provenance inconnue) : « 1 (ration) pour l’ubāru » (l. 4).

1.4. Distributions d’ovins

  • 9 Dans le cas d’EN 9/3 284 = HSS 16 326, la tablette a été publiée sous deux numéros d’inventaire dif (...)

10Deux documents évoquent des distributions d’ovins à des étrangers, qui dans un cas sont des Assyriens. Les provenances indiquées pour ces tablettes correspondent cette fois à des maisons d’habitation, situées dans des quartiers différents9.

  • HSS 16 315 : (P466) « 22 moutons ont été donnés pour les ubārūtu » (l. 1-2).

    • 10 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 25-26, n° 4.

    EN 9/3 284 = HSS 16 32610 (F24 ?) : « 2 brebis pour les ubārūtu du pays d’Aššur » (l. 1-4).

1.5. Distributions d’orge pour les chevaux

  • 11 Cette idée a été développée par P. Abrahami dans une conférence inédite et je le remercie d’avoir a (...)

11Le petit billet HSS 14 62 (D3) enregistre « 16 ANŠE d’orge [pour] les chevaux des ubārūtu [du pays de H]anigalbat » (l. 1-4). Ce type de compte ponctuel pouvait être éventuellement recopié dans des tablettes plus longues. Il existe en effet des récapitulatifs qui semblent former un groupe cohérent. Ils proviennent tous des pièces D3 et D6 et enregistrent des distributions d’orge aux chevaux du roi, ainsi qu’à diverses personnes dont certaines sont proches du roi, comme la reine, les princes, le ministre-sukkallu. Dans certaines de ces tablettes figurent des étrangers dont le pays d’origine est parfois indiqué. D’après le total général de certaines tablettes, comme HSS 14 49, le grain n’est pas destiné aux personnes, mais à leurs chevaux11. Dans les autres, il est plus difficile de savoir si tout est destiné aux chevaux ou si la liste mêle attributions aux personnes et aux animaux.

    • 12 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 21-24, n° 2.

    HSS 14 4812 (D3) : « 2? A[NŠE?] 5? (BÁN) d’orge, pour 5 jours, pour les [u]bārūtu du pays d’Aššur » (l. 12-13). Mois hiyaru (ii).

  • HSS 14 49 (D3) : « 1 (PI) 3 (BÁN) d’orge pour les ubā[rūtu] » (l. 29). Le jour d’Ištar de Ninive.

    • 13 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 24-25, n° 3.

    HSS 14 5013 (D3) : « 1 ANŠE d’orge pour les ubārūtu du pays d’[Ašš]ur » (l. 11-12).

  • HSS 14 56 (D6) : « [quantité d’orge pour les] ubārūtu » (R. l. 3). Lorsque le roi était à Karana.

  • HSS 14 57 (D3) : « 2 (BÁN) [x] SILA3 d’orge pour les ubārūtu » (l. 15).

  • HSS 14 60 (D6) : « 3 (BÁN) d’orge pour l’ubāru du pays de Hanigalbat » (l. 16-17). Mois a[ttanašwe (?)] (vii).

1.6. Distribution de vêtements

12HSS 13 112 (palais, R76) mentionne quelques vêtements « donnés aux ubārūtu (relevant) d’Akip-Teššub du pays de Hanigalbat » (l. 7-11), au mois de hiyaru (ii).

  • 14 Ce dossier, d’abord publié par Pfeiffer, Speiser, 1936, p. 13-20 et 59-75, a été complété et étudié (...)

13La tablette AASOR 16 7 montre incidemment comment ces vêtements pouvaient être collectés. Elle fait partie d’un dossier trouvé dans le palais (L2 ou M2), qui enregistre des plaintes contre le maire corrompu de la ville, Kušši-harbe, et parfois contre d’autres personnes comme Hašip-apu, qui a également été maire14. On y trouve la déposition suivante : « Tehip-Tilla (a dit) ceci : “Hašip-apu a fait donner des vêtements pour les ubārū[tu]. Aux autres, il a rendu les vêtements, mais en ce qui me concerne, il a gardé mes vêtements” » (l. 48-53). En cas de besoin, les autorités pouvaient donc demander à la population de verser une contribution qui lui était rendue par la suite, probablement sous forme de vêtements fournis par le palais qui employait de nombreux tisserands.

1.7. Livraisons de chars et d’attelages

  • 15 Tout ce dossier a été rassemblé et les tablettes translittérées par Zaccagnini, 1979, p. 15-16 et n (...)

14Toute une série de petits billets du palais (N120) enregistre des livraisons de chars à des étrangers du pays de Hanigalbat15. Il s’agit des tablettes AASOR 16 83, HSS 15 85, 86, 88, 89, 90 et du récapitulatif HSS 15 91, l. 12-16. Ils varient dans le détail, mais contiennent tous à peu près les mêmes informations : un char est livré par un fonctionnaire pour être remis à un ou des étrangers du pays de Hanigalbat. Il est parfois précisé que cette opération est effectuée au titre de l’iškaru, une livraison obligatoire (AASOR 16 83, HSS 15 90). Dans HSS 15 85 et 90, le terme ubāru n’apparaît pas, il est remplacé par le nom du bénéficiaire, respectivement Biriazzana et Akip-[Teššub] « du pays de Hanigalbat » (ce dernier est déjà connu par HSS 13 112, ci-dessus § 1.6). La tablette est parfois scellée par le fonctionnaire responsable du transfert. Toutes datent du même mois kinūnu (ix) ; il donc est possible qu’il s’agisse d’une livraison annelle, obligatoire, effectuée à date fixe, peut-être au moment d’une fête comme cela est précisé dans AASOR 16 83 et HSS 15 90.

  • 16 Translittération et traduction : Zaccagnini 1974, p. 32, n. 41.
  • 17 Shibata, 2011.

15Le formulaire d’un autre billet, HSS 15 8416 (palais, N120), ressemble beaucoup aux précédents, mais les destinataires sont différents : « 2 attelages de [char]s, livraison-iškaru de la ville de Nuzi, ont été reçus d’Akip-apu et ils ont été donnés aux ubārūtu du pays de Māri. Lorsque Ša[…] est allé chez ses femmes. Sceau de Hašip-Tilla ». Selon D. Shibata, le pays de Māri, à cette époque, ne se situe plus dans la région du Moyen Euphrate où se trouvait la ville de Mari (Tell Hariri) au début du deuxième millénaire, mais plutôt dans la région du Moyen Habur, autour de la ville de Ṭābetu, correspondant à Tell Taban ; une mission archéologique japonaise y a trouvé des textes de l’époque médio-assyrienne, dans lesquels les souverains locaux se disent « rois de Māri »17. Cet État devait, comme Arraphe et Aššur, être soumis au Hanigalbat.

1.8. Autres références

16Parmi les documents du palais (L27), de longues listes comptent des textiles, de la vaisselle et des meubles. Parmi ces derniers figurent des tables (GIŠ.BANŠUR) qui, ici, désignent bien des objets puisque le type de bois dans lequel elles sont fabriquées est souvent précisé. Dans HSS 14 247 apparaissent « 4 tables des ubārū[tu] » (l. 90) et dans HSS 15 130 « 2[+x] tables de buis des ubārūtu » (l. 20). On pourrait penser à des tables offertes par des étrangers et intégrées au mobilier du palais, mais dans le second texte les tables en question figurent entre « 2 tables du roi » et « 2[+x] tables de buis des enfants ». Certaines tables seraient-elles réservées à l’usage de personnes particulières ?

  • 18 Zaccagnini, 1979, p. 18-19.

17HSS 14 136 = 589 (palais, M79) donne une liste de 30 coupes en or et en argent que Alwišuh et Elhip-Tilla, le gouverneur du palais, ont retirées et transportées de Nuzi à Al-ilāni, autre nom de la capitale Arraphe. Cette opération est intervenue « lorsque l’ubāru d’Akkad est parti avec Hut-Teššub le fils du roi » (l. 21-23). L’Akkadien et le fils du roi sont peut-être partis vers la capitale, en même temps que les coupes qui, selon C. Zaccagnini, constitueraient un présent diplomatique du roi d’Akkad18.

  • 19 Gadd, 1926, p. 129-130 et 156.
  • 20 Dosch, 1993, p. 21-23 ; von Dassow, 2009, p. 626.

18Enfin un texte de provenance inconnue, BM 1760619, enregistre une livraison de 1 BÁN d’orge au tarkumassu d’un ubāru. Le tarkumassu aurait une fonction d’assistant des possesseurs de chars et conduirait peut-être le véhicule20. Il n’est pas surprenant de trouver un ubāru associé aux chars (voir § 1.7) ; mais il est plus difficile d’établir pourquoi cette distribution semble, d’après les noms propres mentionnés dans la tablette, relever des archives d’un particulier (en l’occurrence, Zike, un petit-fils de Tehip-Tilla) plutôt que de celles de l’administration.

1.9. Résidence

  • 21 Ce mot n’apparaît à Nuzi que dans HSS 19 10 et 11. Il désigne en paléo-babylonien une « poutre ». F (...)
  • 22 Sur les archives de cette famille voir Morrison, 1993, p. 47-65. Les doutes sur l’appartenance de H (...)

19Si le palais assure la nourriture des ubārūtu, leur logement semble relever de personnes privées, sans que l’on sache si les autorités interviennent dans l’attribution de la résidence ni si des frais d’hébergement sont versés et par qui. En effet, les seules mentions de bīt ubārūti, « maison des étrangers », apparaissent dans des archives familiales, par deux fois, à propos d’un même immeuble. La première occurrence figure dans HSS 19 10, testament d’Ar-tura fils de Kuššiya, en faveur de son épouse Šilwa-turi : outre des biens meubles, elle reçoit « le bīt u[bārūt]i avec son étage et avec [son/ses] amrû21 » (l. 8-9). Par la suite, d’après HSS 19 11, Šilwa-turi donne à Uthap-tae fils d’Ar-tura « le bīt ubārūti avec son étage et avec son/ses amrû, faisant partie des maisons d’Ar-tura qu[i (se trouvent) da]ns la citadelle ». Cette dernière précision montre que les étrangers étaient logés au cœur même de la ville, à proximité du palais. HSS 19 10 a été trouvé dans la maison dite « groupe 17 » (S113), dans le quartier est de la citadelle, avec d’autres tablettes relevant de la famille d’Ar-Tura. HSS 19 11 est réputée provenir du palais (N120), mais il peut s’agir d’une erreur d’enregistrement car plusieurs tablettes se rattachant aux archives de cette famille sont supposées venir de divers endroits du site22.

  • 23 Les tablettes de cette pièce ont toutes été translittérées par Dosch, 1976 : HSS 5 72, p. 29-30, n° (...)
  • 24 Wilhelm, 2005.

20Un terme différent apparaît dans les archives familiales de Zike, trouvées dans une maison sur une petite butte au nord du tell principal, pièce A3423. Là encore, il est employé deux fois pour désigner un même local. Zike fils d’Akkuya, dans son testament, cède à son fils cadet Ar-Zizza une structure appelée bītu WAradušhu (HSS 5 72, l. 13). A son tour, Ar-Zizza, lègue à Šelluni, qui est à la fois son frère biologique et son fils adoptif, ce bīt WArad[ušh]i (HSS 19 18, l. 43). G. Wilhelm a proposé de reconnaître sous cette graphie le terme hourrite fīradošḫe qui signifie « maison d’hôte », dérivant de fīradi, « invité étranger »24 et le bīt fīradošḫe serait donc l’exact équivalent du bīt ubārūti. HSS 5 72 fournit quelques indications sur ce local, car Zike déclare : « Le bīt WAradušhu, avec son étage, à l’intérieur de la grande maison, je l’ai donné à Ar-Zizza, et Ar-Zizza aura accès libre à la rue » (l. 13-16). Il ne semble donc pas s’agir d’une structure indépendante, mais d’une partie de la maison, dont il faut préciser l’accès ; la traduction « chambre(s) d’hôte » convient peut-être mieux que « maison d’hôte ».

21Certains bâtiments ou certaines pièces affectés au logement des étrangers appartiennent donc à des personnes privées et se transmettent au sein des familles, tout en gardant leur fonction sur plusieurs générations.

1.10. Bilan

  • 25 Il existe cependant à Nuzi des noms propres akkadiens Ubāru et Ubāriya, qui renvoient peut-être aux (...)
  • 26 Cassin, 1958, p. 27.

22Le terme ubāru désigne donc des étrangers jouissant d’un statut particulier, formant des délégations étrangères de passage dans le royaume d’Arraphe25. Il est logique de ne trouver aucune mention de femme dans ce groupe. E. Cassin note justement que les ubārūtu « ne possèdent pas de champ qu’ils cultivent ou qu’ils font cultiver. Ils n’apparaissent jamais comme étant sous la dépendance d’un citoyen privé »26. On pourrait dire la même chose autrement : ils n’apparaissent quasiment pas dans les contrats issus des archives des particuliers, alors que c’est dans ce type de documents que l’on trouve les transactions sur les terres et les activités qui échappent à la sphère économique du palais. Et il est normal qu’ils ne possèdent ni ne cultivent de terres puisqu’ils ne résident pas en permanence dans le royaume d’Arraphe. En revanche, on peut trouver des étrangers installés à Nuzi, mais ils n’ont pas ce statut de représentants de leur État et ne sont donc pas désignés comme ubāru.

2. Les ressortissants de pays étrangers

  • 27 L’ouvrage de Fincke, 1993, permet de retrouver aisément les références aux pays et aux ressortissan (...)

23Les étrangers présents dans le royaume d’Arraphe ne se limitent pas aux ubārūtu et il en existe d’autres catégories qui y circulent ou y séjournent27. Ils sont identifiables par la mention de leur pays (par exemple ša KUR aššur, « du pays d’Aššur ») ou, plus rarement, par un ethnique (par exemple aššurāiu, « assyrien »).

2.1. Les Hanigalbatéens

  • 28 Zaccagnini, 1979, spécialement p. 11-25. Pour une présentation générale des relations entre le Mitt (...)

24Le Hanigalbat est l’État qui domine politiquement le royaume d’Arraphe. Il n’est donc pas étonnant de trouver des gens originaires de ce pays documentés par les tablettes de Nuzi. C. Zaccagnini en a relevé précisément les occurrences et a distingué quatre catégories : les personnes privées, le personnel du palais, le personnel diplomatique et les militaires28. Il n’est pas question de reprendre ce travail, qui donne un grand nombre de références, mais simplement de souligner quelques points.

  • 29 Translittération et traduction : Cassin, 1938, p. 243-244.
  • 30 Translittération de ces tablettes : Dosch, 1976, p. 10-11, n° 1 et 2.

25Parmi les rares documents impliquant des personnes privées figure HSS 5 63, une adoption immobilière par laquelle un Hanigalbatéen nommé Ar-Nawar acquiert une maison dans la ville de Nuzi, contre 20 sicles d’argent29. On ignore s’il a habité cette maison, mais elle finit par revenir à un habitant de Nuzi, Akkuya, qui la cède par testament à ses enfants (HSS 5 71), dont l’aîné est Zike. C’est dans la maison de Zike (A34) que les tablettes ont été découvertes30 : HSS 5 63, l’acte d’acquisition d’Ar-Nawar, a dû être transmis à Akkuya au moment où il est entré en possession de la maison, puis à son fils qui en a hérité. Les autres témoignages évoquant la résidence durable de Hanigalbatéens à Nuzi concernent plutôt des militaires (voir ci-dessous).

  • 31 Sur ce dossier, voir Lion, 2008 ; Lion, 2012.

26Dans le personnel du palais, C. Zaccagnini distingue deux groupes : les chanteuses et les fonctionnaires. Une dizaine de femmes, désignées comme « chanteuses » ou « musiciennes » du Hanigalbat, figure dans plusieurs listes de femmes du palais, aux côtés de « musiciennes » du pays d’Akkad (voir ci-dessous § 2.3). Certaines de ces listes comptent aussi des esrētu, concubines royales, et des enfants royaux31. Comme dans le palais de Mari plusieurs siècles auparavant, les « musiciennes » sont apparemment des femmes du roi. C. Zaccagnini pense qu’il s’agit de femmes offertes par le roi de Hanigalbat à son vassal dans un geste diplomatique.

27Outre les ubārūtu, le personnel diplomatique comprend quelques messagers (mār šipri, dans HSS 15 320F) et d’autres individus simplement désignés comme étant du « pays de Hanigalbat ». Lorsque la provenance de ces documents est connue, ils sont issus du palais. Ils consistent en distributions de rations alimentaires et de vêtements et correspondent à ce que l’on a vu à propos des ubārūtu.

  • 32 Maidman, 2010, p. 69-73, interprète en ce sens les textes HSS 15 32, HSS 14 171 et HSS 14 249.
  • 33 Lion, 2010.
  • 34 Translittération et traduction : Paradise, 1972, p. 116-120 ; traduction : Wilhelm, 2004, p. 62-63.
  • 35 Zaccagnini, 1979, p. 11-12. Voir aussi von Dassow 2014, p. 25.

28Enfin la présence de militaires s’explique par la nécessité, pour le Mittani, de soutenir activement le royaume d’Arraphe, et elle est particulièrement visible dans la dernière période documentée par les tablettes32. On peut ajouter, aux références rassemblées par C. Zaccagnini, la tablette AO 15551+15552 (provenance inconnue), une inspection des fortifications de la ville de Nuzi, qui note la participation des hommes du Hanigalbat à leur construction33. L’un des militaires hanigalbatéens bien attesté à Nuzi est Ilaya fils de Hapira, dont le testament, HSS 19 7, a été trouvé dans une maison (groupe 24, F24)34. Ilaya exclut de l’héritage deux de ses fils qui vivent « dans un autre pays » : C. Zaccagnini a supposé que ces deux fils étaient restés au Ḫanigalbat, et que leur père envisageait le cas où ils viendraient à leur tour s’implanter à Nuzi35. L’héritage, réservé à sa veuve et à ses deux autres fils, comprend des champs et des maisons. D’après une autre tablette, EN 9/3 182, trouvée dans le temple de Nuzi où étaient conservés les documents d’Ilaya (sauf son testament), il prend des terres en gage. Ces documents montrent bien que des ressortissants du Hanigalbat pouvaient acquérir des terrains dans le royaume d’Arraphe. Dans HSS 5 18, HSS 9 100, HSS 16 321 et EN 9/2 360, il sert de témoin à des habitants de Nuzi, ce qui témoigne de sa bonne intégration dans la société locale.

2.2. Les ressortissants des États dépendant du Hanigalbat : Aššur et Māri

2.2.1. Les Assyriens

  • 36 Maidman, 2008 ; Maidman, 2010, p. 15-79 ; Lion, 2011 ; Maidman, 2011a ; Maidman, 2011b.

29Le cas de l’Assyrie a fait l’objet de plusieurs études36, car les archives de Nuzi documentent cet État à l’époque de la domination mittanienne alors que les tablettes exhumées à Aššur même sont peu abondantes pour cette période. De plus, l’Assyrie est le voisin occidental immédiat de l’État d’Arraphe. La distance qui sépare Aššur d’Arraphe, à vol d’oiseau, n’est que d’une centaine de km.

  • 37 Fincke, 2014 ; Maidman, 2014.

30M. P. Maidman, dans ses travaux consacrés aux relations entre Aššur et l’État d’Arraphe, a montré que la chute de ce dernier devait être attribuée aux ambitions assyriennes et proposé une reconstruction des opérations militaires. Le roi Aššur-uballiṭ Ier aurait rejeté la domination du Mittani et commencé avec la conquête d’Arraphe le mouvement d’expansion de l’État médio-assyrien, affirmant du même coup sa nouvelle puissance. Une lettre récemment publiée semble témoigner de l’installation du contrôle assyrien, après la victoire, sur l’ancien royaume d’Arraphe37.

  • 38 Translittération : Zaccagnini, 1979, p. 17 ; joint : Klein, 2002, p. 166.

31Si on laisse de côté les documents de la dernière période de Nuzi, dans lesquels les Assyriens apparaissent comme les ennemis qui attaquent, tuent ou enlèvent des personnes et razzient gros et petit bétail, les attestations des Assyriens dans le royaume d’Arraphe montrent que les relations ont d’abord été pacifiques. En plus les mentions d’ubārūtu assyriens relevées ci-dessus (§ 1.4 et 1.5), des distributions à des Assyriens sont enregistrées dans les comptes du palais. Dans HSS 13 123 (L44), un Assyrien reçoit un vêtement et un manteau (l. 13) ; dans HSS 15 321+317C38 (L44), des vêtements et de l’huile sont remis « à l’Assyrien qui réside dans le dimtu de Zirri » (l. 8’-10’ du fragment HSS 15 321) et d’autres présents sont offerts à des messagers. Ces hommes sont donc eux aussi entretenus par le pouvoir local dans le cadre de relations diplomatiques entre les deux États, qui doivent alors être cordiales et supervisées par leur souverain commun, le Mittani.

  • 39 Maidman, 2010, p. 26-30, a translittéré et traduit trois de ces contrats : JEN 446 = n° 6, 458 = n° (...)
  • 40 Les habirū sont des personnes déplacées, des migrants qui ont dû changer de lieu de vie, mais ne so (...)
  • 41 Translittération, traduction : E. Cassin apud Bottéro, 1954, p. 55-56.
  • 42 Negri Scafa, 1997, p. 124-125.

32Des Assyriens apparaissent également dans des archives familiales trouvées sur une butte au nord-ouest du tell principal, dans la maison dite de Tehip-Tilla, un riche propriétaire foncier. Dans quatre contrats, JEN 446 (pièce 16), 458 (pièce 15), 459 (pièce 16), et 613 (pièce 16), des Assyriens se placent eux-mêmes en esclavage au service de Tehip-Tilla39. Dans JEN 458 et 459, ces hommes en situation de détresse économique sont de plus qualifiés de habiru, « personne déplacée »40. Le contrat JEN 613 est recopié dans JEN 45641 (pièce 15), qui ne précise plus le pays d’origine de l’esclave, Attilammu, mais indique qu’il est scribe ; les deux textes prévoient d’ailleurs qu’à la mort de Tehip-Tilla, Attilammu pourra partir s’il fournit au fils de Tehip-Tilla un scribe pour le remplacer. Ainsi, les hommes que la pauvreté contraint à se placer en esclavage peuvent avoir une spécialisation professionnelle – qui manifestement, dans le cas d’Attilammu, ne lui suffit pas pour vivre. P. Negri Scafa a d’ailleurs repéré deux textes rédigés par ce scribe, dont un pour Tehip-Tilla, remplis d’« assyrianismes »42.

  • 43 Translittération et traduction par Maidman, 2010, p. 208-211, n° 90.

33La confrontation de JEN 456 et 613 montre que l’origine ethnique d’une personne n’est pas systématiquement indiquée et qu’il y a peut-être à Nuzi plus d’étrangers que ne le laissent voir les textes, si cette précision est omise. Un nom théophore en Aššur est un bon indice d’une origine assyrienne et on en trouve plusieurs exemples dans les archives de Tehip-Tilla. JEN 611 (pièce 16) doit être ajouté au dossier des Assyriens, ou au moins des gens de père assyrien, qui entrent en esclavage chez Tehip-Tilla, puisque le contractant se nomme Šamaš-qarrad fils d’Aššur-mušalli. Dans JEN 500 (pièce 15), le marchand Palaya, fils d’Aššur-āmiri, reçoit de Tehip-Tilla des biens dont la nature est perdue dans une cassure. Enfin, dans JEN 59943 (provenance incertaine), Tarmi-Tilla, petit-fils de Tehip-Tilla, acquiert un champ dont l’un des voisins se nomme Aššur-a[…], indice qu’un Assyrien pouvait être propriétaire foncier dans le royaume d’Arraphe.

2.2.2. Les gens de Māri

  • 44 Shibata, 2011, p. 101-104, avec la bibliographie antérieure.

34Les ressortissants de Māri sont peu documentés, ce qui est normal s’il faut situer Māri dans la région du Moyen Habur : il y environ 300 km à vol d’oiseau jusqu’à Arraphe, et les deux États ne sont pas frontaliers. D. Shibata a rassemblé les rares attestations de ce pays44 : il en existe trois, en plus de la livraison de deux attelages aux ubārūtu (ci-dessus § 1.7). HSS 14 135 (D3) est une distribution de bière à plusieurs personnes de la cour ainsi qu’aux « jeunes filles du pays de Māri ». HSS 14 101 et HSS 15 330, tous deux de provenance inconnue, enregistrent des distributions de pain à des membres de la famille royale et à des « femmes de Māri ». D. Shibata considère qu’il pourrait s’agir des mêmes personnes dans ces trois textes. D’après la nature des documents et leur contenu, la présence de ces femmes dans l’État d’Arraphe participe des relations diplomatiques. En revanche, aucun ressortissant de ce royaume n’est attesté dans des archives familiales.

2.3. Les Akkadiens

  • 45 Voir les références rassemblées par Fincke, 1993, p. 4.

35Le pays d’Akkad désigne habituellement la région de Babylone. S’il s’agit dans les tablettes de Nuzi du royaume médio-babylonien, c’est un État indépendant, hors de contrôle du Hanigalbat, au sud de sa zone d’influence. Le nom du pays est rarement écrit avec l’idéogramme URIKI, et bien plus souvent avec une graphie syllabique. Arraphe entretenait des relations commerciales avec Akkad45.

  • 46 Le sens du terme irrazi, un hapax, demeure inconnu.
  • 47 Un groupe de « 22 musiciens d’Akkad » serait mentionné dans la tablette IM 73240, trouvée à Tell al (...)

36Comme pour le Hanigalbat, Aššur et Māri, outre la présence d’un ubāru (ci-dessus § 1.8), les relations officielles sont confirmées par les distributions que fait le palais à certains Akkadiens. Dans HSS 13 123 (L44), un vêtement et un manteau sont livrés à un irrazi d’Akkad (l. 12)46, tandis qu’un Assyrien reçoit un présent identique (§ 2.2.1). La distribution d’orge HSS 14 47 (D3) concerne parfois des individus nommés, parfois des personnes groupées par corps de métiers, comme des musiciens du pays d’Akkad qui reçoivent 2 BÁN47 ; d’autres groupes d’étrangers figurent dans la liste (ci-dessous § 2.4 et 2.5). Enfin dans HSS 14 46 (D6), le « cheval d’un habiru du pays d’Akkad » reçoit de l’orge (l. 19-20).

37La présence de ces étrangers peut se comprendre dans le cadre de relations diplomatiques, d’autant plus que HSS 14 91 (groupe 31, C19) mentionne le voyage à Akkad de Hut-Teššub, le fils du roi. Or dans ces tablettes, le Hanigalbat n’apparaît pas : le royaume d’Arraphe pouvait apparemment avoir des relations directes avec un État indépendant. On pourrait aussi supposer que les Akkadiens allaient vers le cœur du Hanigalbat et passaient par le royaume d’Arraphe, à l’aller ou au retour, mais cela ne représente pas le plus court chemin.

  • 48 Translittération et traduction : Maidman, 2010, p. 50-52, n° 18.
  • 49 Maidman, 2011a, p. 93-98.

38La tablette HSS 13 6348 (palais, R76), souvent citée, mentionne des livraisons d’étoffes liées à des affrontements avec les Assyriens d’une part, les « hommes du pays d’Akkad » de l’autre, mais M. P. Maidman a montré que cette unique mention d’un conflit ne suffit pas à rendre les gens d’Akkad responsables de la chute du royaume d’Arraphe49.

  • 50 Zaccagnini, 1979, p. 12-14 ; voir ci-dessus § 2.1.
  • 51 Lion, 2008 ; Lion, 2012.

39Résidant dans le royaume d’Arraphe et documentées par les tablettes du palais, 12 « musiciennes d’Akkad », épouses du roi d’Arraphe, sont connues, de même que 11 « musiciennes du Hanigalbat ». C. Zaccagnini, à propos des secondes, suggère qu’il s’agit de présents diplomatiques50. Cependant le Hanigalbat et Akkad ne peuvent être mis sur le même plan : pour le roi d’Akkad, le roi d’Arraphe est un voisin, de statut probablement inférieur au sien, mais il n’est pas son vassal. En outre, les noms hourrites de plusieurs femmes « du pays d’Akkad » peuvent jeter des doutes sur leur origine, car on attendrait plutôt des noms babyloniens. Il n’est donc pas exclu que les désignations « musiciennes du Hanigalbat » et « musiciennes d’Akkad » se réfèrent à des pratiques musicales différentes plutôt qu’à l’origine ethnique et géographique des musiciennes51. En effet, les autres « Akkadiens » connus par leur nom, hommes et femmes, ont pour la plupart une onomastique babylonienne.

  • 52 Translittération, traduction : E. Cassin apud Bottéro, 1954, p. 47-48.
  • 53 Translittération, traduction : E. Cassin apud Bottéro, 1954, p. 53-54.

40On les rencontre, comme certains Assyriens, dans les archives de Tehip-Tilla : des Akkadiens habirū entrent en esclavage à son service. Dans JEN 45552 (pièce 16), l’un, Taribātu, se livre lui-même et l’autre, Mār-Ištar, lui donne son fils Ṣill-kenūni(?) ; Taribātu et Mār-Ištar précisent tous deux qu’ils sont arrivés cette même année depuis le pays d’Akkad. Dans JENu 1023 = Lacheman, 1935, pl. I-II53 (pièce 16), ce sont deux femmes, Ištar-ahāt et Ahātiya, qui se placent également comme esclaves chez Tehip-Tilla ; bien qu’elles disent le faire de leur plein gré, un homme portant lui aussi un nom babylonien, Dūr-ilišu, semble avoir des droits sur elles, qu’il abandonne contre 40 sicles d’argent.

  • 54 Cassin, Glassner, 1977, p. 38, enregistrent le nom à Azati, mais également à Ahāti, p. 13 : cela pe (...)

41Parmi les archives de Hašuar fils de Šimika-atal, HSS 19 109 (provenance probable : maison de Šilwa-Teššub, A14) consigne l’achat d’une jeune fille du pays d’Akkad, nommée Azati54, vendue par deux hommes : il s’agit encore d’une acquisition d’esclave, mais par achat.

2.4. Les Kassites

42Le nom de ce pays est en général écrit Kuššuhhe et le nom de ses habitants, Kaššu, est compris comme renvoyant aux Kassites. Ceux-ci, à cette époque, se sont implantés en Babylonie. Mais dans les tablettes de Nuzi, le pays de Kuššuhhe est différent de celui d’Akkad, car les deux sont parfois mentionnés dans les mêmes documents, par exemple dans HSS 14 46 et 47 qui attribuent des rations d’orge à ces ressortissants de ces deux pays. Il est difficile de savoir où se situe exactement ce « pays des Kassites » et s’il correspond à une partie de la Babylonie. Il est frontalier d’Arraphe puisque des gens originaires du royaume d’Arraphe s’en enfuient, probablement pour revenir chez eux (HSS 15 283), ou qu’une Arraphéenne y est rachetée par l’un de ses compatriotes (JEN 179).

43Contrairement aux cas vus précédemment, on ne trouve aucune mention d’ubāru de ce pays, même si l’administration pourvoit à l’entretien de certains Kassites. Dans HSS 14 46 (D6) (voir § 2.3), 1 BÁN d’orge est distribué « à Zuhhe, du pays de Kuššuhhe » (l. 22-23). Un phénomène plus étonnant est la mention répétée, dans les distributions d’orge conservées dans le même bâtiment, de femmes kassites :

  • HSS 14 47 (D3) (voir § 2.3) : « 2 BÁN 4 SILA3 d’orge pour les femmes du pays de Kuššuhhe » (l. 9). Elles figurent entre des musiciens d’Al-ilāni, donc de la capitale, et des musiciens du pays d’Akkad.

  • HSS 14 48 (D3) (voir § 2.5) : « 8 ANŠE d’orge pour 17 femmes du pays de Kuššuhhe et 3 femmes du pays de Nullu, pour 2 mois » (l. 38-41).

  • HSS 15 272 (D3) : « 2 BÁN d’orge pour les femmes du pays de Kuššuhhe » (l. 14-15).

  • HSS 16 163 (D6) : « 6 ANŠE d’orge pour 30 femmes du pays de Kuššuhhe » (l. 14-15), « 5 ANŠE 2 BÁN d’orge pour 21 femmes du pays de Kuššuhhe » (l. 22-23).

  • 55 ša ŠÀ-bá-nu, voir CAD L, p. 163b, sub libbānu.

44HSS 15 42 (D3) est une liste non de rations, mais de personnes : elle enregistre, entre autres, « 5 serviteurs de l’intérieur (?)55, du pays de Kuššuhhe » (l. 13), sans que l’on comprenne ce que signifie cette expression qui revient plusieurs fois dans la liste, ainsi que « 2 femmes musiciennes du pays de Kuš[šuhhe] » (l. 24). Faut-il les rapprocher des femmes mentionnées dans HSS 14 47 entre deux groupes de musiciens d’autres origines ?

45Il est difficile de comprendre ce que font dans le pays d’Arraphe ces quelques dizaines de femmes nourries par l’administration. Contrairement aux musiciennes du Hanigalbat et d’Akkad, elles n’appartiennent pas à la famille royale et sont enregistrées dans des listes concernant surtout des hommes, dont les métiers sont parfois précisés.

  • 56 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 78-79, n° 30.
  • 57 Restitution proposée par Dosch, Deller, 1981, p 105-106, sur la base de recoupements prosopographiq (...)
  • 58 Translittération, traduction : Dosch, 1976, p. 94-95, n° 63 ; rapprochement entre les deux textes H (...)

46La tablette HSS 16 39156 (D3), fragmentaire, mentionne des gens qui se sont enfuis d’Aššur et de deux autres villes, probablement assyriennes. On peut comprendre qu’ils ont été faits prisonniers et ont tenté de revenir dans leur pays. Parmi eux figurent « [l’épouse] arraphéenne (et) [l’autre ?] épouse, kuššuhhéenne, d’Ipša-halu, esclave du palais, de la ville d’Anzukalli » (l. 3-6) ainsi que « l’épouse kuššuhhéenne de Puhi-šenni, de la vi[lle de Šuriniwe]57 » (l. 8-9). Ces femmes ne sont pas nommées, mais leurs époux portent des noms hourrite, pour l’un, Puhi-šenni, et kassite, pour l’autre, Ipša-halu, ce qui ne l’empêche pas de dépendre d’un palais local du royaume d’Arraphe. De plus, Ipša-halu aurait deux épouses, l’une du pays d’Arraphe et l’autre d’origine étrangère. L’origine locale ou étrangère des femmes, mariées à des hommes du royaume d’Arraphe, reste donc un moyen de les identifier. G. Dosch et K. Deller ont rapproché ce document d’un procès trouvé dans une maison privée, HSS 5 5358 (Maison dite de Zike, A34), retraçant une histoire familiale complexe qui concerne Puhi-šenni fils de Tehiya, le même personnage selon eux que dans HSS 16 391, car il assure avoir reçu son épouse Azena du frère de celle-ci, Kinni, et il précise qu’il a « fait sortir Azena du pays kuššuhhéen » (l. 23-24). Au moment du procès, le frère, Kinni, comparaît, et on peut penser que le frère et la sœur ont quitté tous deux le pays kassite, dont ils sont originaires, pour s’installer dans le royaume d’Arraphe. On a donc là quelques aperçus de mariages entre ressortissants de pays différents, des hommes du royaume d’Arraphe épousant des femmes du pays de Kuššuhhe. À la génération suivante, la fille issue de mariage de Puhi-šenni et Azena est confiée à Akaya, fils d’Ellu et petit-fils de Zike, qui doit organiser son mariage (HSS 5 53) ; cette famille est, sinon originaire du royaume d’Arraphe, du moins implantée là depuis plusieurs générations. Il est probable que cette jeune fille issue d’un mariage « mixte » s’est parfaitement fondue dans le milieu local.

  • 59 On peut mentionner aussi EN 9/1 403, où des hommes du pays de Kuššuhhe apparaissent à deux reprises (...)
  • 60 Translittération, traduction : Müller 1998, p. 35-37, n° 1.
  • 61 Traduction : Wilhelm, 2006, p. 105.
  • 62 Wilhelm, 1985, p. 71.

47Dans les archives des particuliers, les Kassites apparaissent surtout comme esclaves59. Leur origine étrangère suffit parfois à les désigner, sans que son leur nom soit mentionné. Dans BM 1760760, Šurki-Tilla achète une esclave du pays de Kuššuhhe à trois vendeurs, pour 30 sicles d’argent ; le texte est de provenance inconnue, mais Šurki-Tilla, dont le patronyme n’est pas indiqué, pourrait être un fils du riche propriétaire foncier Tehip-Tilla. Dans les archives de Šilwa-Teššub, fils du roi, la distribution d’orge HSS 16 73 = AdŠ 99 (provenance inconnue) attribue « 3 (BÁN) d’o[rge au] Kassite » (l. 13), ce qui correspond à la ration d’un homme adulte. G. Wilhelm a rapproché ce texte de la lettre HSS 13 10861 (provenance inconnue), par laquelle Tatip-Tilla, le fils de Šilwa-Teššub, donne l’ordre de vendre un esclave et suggère que l’on peut à cet effet choisir « le Kassite de Šūšib-Šamaš » (l. 6-7), ce dernier étant l’un des administrateurs des biens de Šilwa-Teššub. S’il s’agit du même individu, dont le nom n’est pas donné62, cet esclave étranger doit représenter un cas rare dans le nombreux personnel de la maisonnée du prince.

  • 63 Translittération, traduction : Grosz, 1988, p 179-180 et 121.
  • 64 Translittération : Dosch, 1976, p. 214, n° 140.

48En revanche, lorsque des esclaves du pays de Kuššuhhe sont nommés, leur onomastique n’est pas kassite. BM 12004163 (provenance inconnue, probablement Arraphe), est l’achat d’un esclave qui porte un nom hourrite, Arip-Tilla (l. 8-9). Tout comme Šūšib-Šamaš, une jeune esclave donnée en gage porte un nom akkadien, Ul-amašši (HSS 5 3764, Maison de Zike, A34). La population de ce pays avait donc elle aussi une onomastique diversifiée et, à Nuzi ou Arraphe, leur nom seul ne suffisait pas à les identifier comme kassites.

  • 65 Dosch, Deller, 1981 ; Maidman, 1984.

49Inversement, les personnes portant des noms kassites dans le royaume d’Arraphe ont fait l’objet d’études particulières, notamment la famille de Kizzuk, dont les archives ont permis de reconstruire un arbre généalogique sur sept générations65. Mais ce groupe est parfaitement intégré à l’environnement local et ses membres ne sont jamais désignés comme étrangers.

2.5. Les Lullu ou Nullu

  • 66 Klengel, 1987-1990.

50Le pays de L/Nullu, ou Lullubum, est connu depuis le IIIe millénaire ; il correspond alors aux régions montagneuses de l’ouest de l’Iran66. Même si sa localisation précise au milieu du IIe millénaire n’est pas certaine, il s’étendrait à l’est du royaume d’Arraphe et en serait lui aussi limitrophe, puisque des voleurs tentent d’y passer, probablement pour écouler leur butin (HSS 14 21) ; un décret royal fixe le prix de rachat d’un Arraphéen qui aurait été enlevé et y serait retenu (JEN 195). Des relations commerciales avec ce pays sont entretenues tant par les particuliers que par le palais.

  • 67 Voir sur ce point Maidman, 1987, p. 162-166.
  • 68 AASOR 16 95 et 96, EN 11/2 79, HSS 19 128, HSS 19 141, IM 73456 = TF2 834 = Al-Rawi, 1977, p. 299-3 (...)
  • 69 AASOR 16 63, BM 102353 = Justel, Justel, 2015.
  • 70 JEN 812.
  • 71 HSS 19 110.
  • 72 TF1 K/40 = Al-Rawi, 1977, p. 306-308 et 494.
  • 73 JEN 466.
  • 74 JEN 192.
  • 75 EN 9/1 409, HSS 19 124.

51Avec une soixantaine de mentions enregistrées par J. Fincke, ce pays est peut-être le plus attesté du corpus de Nuzi. Mais contrairement aux cas vus précédemment, presque toutes ces références proviennent des archives familiales et plus de la moitié concerne des esclaves, hommes, femmes et enfants, dont ce pays apparaît comme le principal fournisseur67. Les habitants du royaume d’Arraphe achètent des esclaves de ce pays68, en prêtent69, en échangent70, en vendent71, en donnent comme présent72, en guise de paiement73 ou pour régler une dette74. Le militaire hanigalbatéen Ilaya (§ 2.1), en poste dans le royaume d’Arraphe, profite peut-être de ce marché pour en acheter75.

  • 76 JEN 317, JEN 448.
  • 77 Joint : Wilhelm, 1981, p. 341-343.

52Les esclaves nullu sont fournis comme substituts ou comme prix d’un esclave qui change de statut. Des hommes entrés en servitude doivent fournir des esclaves nullu pour se dégager76. Dans HSS 19 48 (groupe 24, F24), Šurkiya affranchit son esclave pour permettre à Turari de l’adopter, mais Turari fournit, en échange, un esclave nullu (l. 8-9). Dans HSS 19 42+NTF M 25 A77 (groupe 18A, S151), un esclave paye à son maître, pour sa liberté et celle de ses enfants, divers biens, dont un homme esclave et une femme esclave du pays de Nullu. Une situation à peu près semblable se trouve dans HSS 19 45 (groupe 8, P465), bien qu’il ne s’agisse plus cette fois d’un esclave mais d’un homme libre : Ehli-Teššub adopte un garçon, qu’il se charge de marier ; l’adopté, avec son épouse, doit rester dans sa maison jusqu’à sa mort, mais s’il part du vivant d’Ehli-Teššub, il devra lui fournir « un homme nullu pour le remplacer, et une femme nullu pour remplacer son épouse et ses enfants » (l. 14-16).

  • 78 P. ex. JEN 469, JEN 487.
  • 79 AASOR 16 63.
  • 80 AASOR 16 36 et 37, JEN 115, JEN 634.
  • 81 IM 70872 = TF1 246a (Ismaïl, Müller, 1977-1978, p. 15-23).
  • 82 JEN 280, JEN 812.
  • 83 HSS 5 8, TCL 9 46, BM 102354 = Müller 1998, p. 234-236, n° 153, IM 73456 = TF2 834 = Al-Rawi, 1977, (...)
  • 84 AASOR 16 32.
  • 85 AASOR 16 42, HSS 9 119, TCL 9 7.
  • 86 HSS 13 263, IM 70978 = TF1 431 = Fadhil, 1972, p. 63-64, n° 2.

53De plus, dans de nombreux contrats, il est prévu que celui qui romprait l’accord ou le contesterait devrait donner à l’autre partie un ou plusieurs esclaves du pays de Nullu78. Quand une personne fait l’objet du contrat, s’il s’agit du prêt79, de l’acquisition80, de l’affranchissement81 ou de l’échange82 d’hommes esclaves, la pénalité consiste à payer un ou plusieurs hommes nullu. Si le contrat concerne l’achat d’une esclave83, l’entrée en servitude84, l’adoption85 ou le mariage d’une jeune fille86, la pénalité consiste en une ou plusieurs esclaves nullu de sexe féminin. On observe ainsi presque toujours une corrélation entre le sexe de la personne impliquée dans la transaction et celui de l’esclave ou des esclaves qu’il faut donner en dédommagement.

  • 87 Translittération, traduction : Cassin, 1938, p. 285-288 ; translittération : Dosch, 1976, p. 51-52, (...)

54On ignore si ces esclaves avaient quelque particularité autre que leur origine géographique. Dans HSS 19 117 (provenance inconnue), une femme, Akam-menni, donne sa fille en esclavage à Akip-tašenni, « comme (une femme) du pays de Nullu » (l. 6) et comme épouse. Ce document est peut-être à rapprocher de HSS 5 6787 (maison de Zike, A34) : Šuriha-ilu adopte Šennima et lui donne en mariage sa fille Kelim-ninu ; si celle-ci ne met pas d’enfant au monde, « elle prendra comme épouse pour Šennima une femme du pays de Nullu » (l. 20-21). Il n’est pas précisé ici que cette femme doit être une esclave. Cependant la pratique qui consiste à prendre une seconde épouse en cas de stérilité de la première est bien attestée à Nuzi sans que l’on recoure systématiquement ni à des esclaves, ni à des femmes nullu ; ici, cette précision pourrait insister sur le statut inférieur de la seconde épouse.

55Par contraste, les Nullu apparaissent extrêmement peu dans la documentation administrative, sinon dans deux documents qui enregistrent plusieurs catégories d’étrangers : dans HSS 14 47 (D3) (voir § 2.3 et 2.4), des Nullu reçoivent 1 ANŠE 2 BÁN d’orge pour 8 jours (l. 3-4) et dans HSS 14 48 (D3) (voir § 2.5 et 2.4), 3 femmes du pays de Nullu, avec 17 femmes du pays de Kuššuhhe, reçoivent de l’orge pour 2 mois (l. 38-41). Dans un compte de dépenses d’ovins, HSS 16 313, un mouton est donné pour un sacrifice d’un homme du pays de Nullu (l. 12), mais ce texte est réputé provenir d’une maison (groupe 19, S132) et il peut donc s’agir d’archives privées.

56Enfin la tablette HSS 15 58 (= AdŠ 672) concerne des ordres royaux donnés à Apukka, suivis d’une liste de personnes parmi lesquelles figurent 6 hommes et 10 femmes nullu, mais les lacunes ne permettent pas de comprendre le sens exact du document.

57La qualité d’étranger ne recouvre pas à Nuzi une catégorie unitaire, puisqu’elle va des diplomates aux esclaves. Le Hanigalbat, souverain du royaume d’Arraphe, est surtout représenté par ses militaires et ses diplomates, les personnes privées n’apparaissant quasiment pas. Le personnel diplomatique est bien attesté pour les autres États soumis au Mittanni (Aššur et Māri) et pour Akkad. En revanche, il n’est pas question de diplomates Kassites ou Nullu, ce qui reflète peut-être une organisation politique de ces deux pays différente de celles des royaumes de Mésopotamie et des régions proches. Les sujets de ces États apparaissent dans les archives privées surtout lorsque, appauvris, ils deviennent esclaves. Le cas extrême est celui des Nullu, dont la plupart sont attestés comme esclaves. Le pays d’origine semble donc avoir une importance fondamentale et des hiérarchies d’ordre à la fois politique et social existent entre les étrangers.

58Les mariages mixtes se font notamment avec les Kassites. Les enfants issus de ces unions ne sont plus considérés comme étrangers ; du moins ne sont-ils pas désignés par un ethnique ou un pays d’origine et, de ce fait, ils deviennent invisibles pour les historiens.

59Un cas particulier est celui des femmes nourries par l’administration : musiciennes d’Akkad et du Hanigalbat intégrées à la famille royale, mais aussi dames de Māri, quelques dizaines de femmes Kassites (dont certaines sont musiciennes) et même 3 femmes nullu. Les tablettes n’étant pas datées, il est difficile de savoir si leur présence est ponctuelle, liée à un voyage par exemple, ou si elles résident durablement dans le royaume ; il faudrait mener une étude prosopographique sur les autres personnes mentionnées avec elles dans les listes.

60Enfin on peut souligner le déséquilibre entre les archives administratives, qui mentionnent nombre d’étrangers, et les tablettes issues des archives familiales – pourtant plus nombreuses à Nuzi que les tablettes administratives – qui y font beaucoup moins allusion, si l’on met à part le cas des esclaves nullu. Cela pourrait signifier soit que les étrangers, hors du milieu de la cour, demeuraient assez peu nombreux dans le royaume d’Arraphe, soit que les différences entre Arraphéens et étrangers n’étaient pas senties comme suffisamment importantes pour que l’on note l’origine de ces derniers.

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Bibliographie

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Notes

1 Wilhelm, 1970.

2 Voir les index de noms propres établis par Gelb et al., 1943 ; Cassin, Glassner, 1977, ainsi que les études de Müller, 1999 et Müller, 2012 sur la répartition de la population dans le royaume et de Negri Scafa, 2005, sur l’onomastique des scribes.

3 À moins qu’il ne soit attesté parmi les noms de métiers hourrites dont le sens n’est pas assuré : Mayer, 1978, p. 197-206.

4 Seuls les étrangers venant des pays les plus fréquemment mentionnés sont retenus ; ainsi les Sutéens, qui n’apparaissent qu’une seule fois, ne sont pas pris en considération.

5 Il est possible qu’un pluriel ubārū existe également, mais dans le doute une lecture ubāru au singulier a été privilégiée, d’autant plus que l’individu ainsi désigné reçoit un pain (HSS 14 99) ou une ration de nourriture (HSS 14 97) : il est peu probable que plusieurs personnes se partagent ces denrées.

6 AHw, p. 1399b ; CAD U and W, p. 10b-11a.

7 Cassin, 1958, p. 27-28 ; Cassin, 1959, p. 163.

8 Zaccagnini, 1979, p. 15 n. 64.

9 Dans le cas d’EN 9/3 284 = HSS 16 326, la tablette a été publiée sous deux numéros d’inventaire différents : EN 9/3 284 est réputée provenir de C36 et HSS 16 326 de F24. Voir Lion, 2005 et Negri Scafa, 2012, p. 233.

10 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 25-26, n° 4.

11 Cette idée a été développée par P. Abrahami dans une conférence inédite et je le remercie d’avoir attiré mon attention sur ce point.

12 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 21-24, n° 2.

13 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 24-25, n° 3.

14 Ce dossier, d’abord publié par Pfeiffer, Speiser, 1936, p. 13-20 et 59-75, a été complété et étudié par Maidman, 2010, p. 28-123 ; le texte AASOR 16 7 figure aux p. 113-116, n° 49.

15 Tout ce dossier a été rassemblé et les tablettes translittérées par Zaccagnini, 1979, p. 15-16 et n. 69.

16 Translittération et traduction : Zaccagnini 1974, p. 32, n. 41.

17 Shibata, 2011.

18 Zaccagnini, 1979, p. 18-19.

19 Gadd, 1926, p. 129-130 et 156.

20 Dosch, 1993, p. 21-23 ; von Dassow, 2009, p. 626.

21 Ce mot n’apparaît à Nuzi que dans HSS 19 10 et 11. Il désigne en paléo-babylonien une « poutre ». Faut-il comprendre qu’il s’agit d’un système de couverture particulier, ou d’une structure en bois associée à l’étage?

22 Sur les archives de cette famille voir Morrison, 1993, p. 47-65. Les doutes sur l’appartenance de HSS 19 11 aux archives du palais sont exprimés par Mayer, 1978, p. 41, suivi par Abrahami et Lion, 2012, § 3.2.

23 Les tablettes de cette pièce ont toutes été translittérées par Dosch, 1976 : HSS 5 72, p. 29-30, n° 17 et HSS 19 18, p. 61-62, n° 39.

24 Wilhelm, 2005.

25 Il existe cependant à Nuzi des noms propres akkadiens Ubāru et Ubāriya, qui renvoient peut-être aux étrangers avec un sens moins précis.

26 Cassin, 1958, p. 27.

27 L’ouvrage de Fincke, 1993, permet de retrouver aisément les références aux pays et aux ressortissants étrangers dans la documentation de Nuzi. Müller, 1994, p. 221-222 donne aussi la liste des États voisins du royaume d’Arraphe.

28 Zaccagnini, 1979, spécialement p. 11-25. Pour une présentation générale des relations entre le Mittani et ses vassaux, voir von Dassow, 2014, avec la bibliographie antérieure, qui propose une intéressante discussion sur la notion de « citoyenneté ».

29 Translittération et traduction : Cassin, 1938, p. 243-244.

30 Translittération de ces tablettes : Dosch, 1976, p. 10-11, n° 1 et 2.

31 Sur ce dossier, voir Lion, 2008 ; Lion, 2012.

32 Maidman, 2010, p. 69-73, interprète en ce sens les textes HSS 15 32, HSS 14 171 et HSS 14 249.

33 Lion, 2010.

34 Translittération et traduction : Paradise, 1972, p. 116-120 ; traduction : Wilhelm, 2004, p. 62-63.

35 Zaccagnini, 1979, p. 11-12. Voir aussi von Dassow 2014, p. 25.

36 Maidman, 2008 ; Maidman, 2010, p. 15-79 ; Lion, 2011 ; Maidman, 2011a ; Maidman, 2011b.

37 Fincke, 2014 ; Maidman, 2014.

38 Translittération : Zaccagnini, 1979, p. 17 ; joint : Klein, 2002, p. 166.

39 Maidman, 2010, p. 26-30, a translittéré et traduit trois de ces contrats : JEN 446 = n° 6, 458 = n° 7 et 613 = n° 5. Voir aussi Fadhil, 1983, p. 200-201. E. Cassin apud Bottéro, 1954, a translittéré et traduit JEN 446, p. 59-60, JEN 458 et 459, p. 43-44, et JEN 613, p. 60-61.

40 Les habirū sont des personnes déplacées, des migrants qui ont dû changer de lieu de vie, mais ne sont pas systématiquement des étrangers ; leur cas n’est donc pas traité dans cet article.

41 Translittération, traduction : E. Cassin apud Bottéro, 1954, p. 55-56.

42 Negri Scafa, 1997, p. 124-125.

43 Translittération et traduction par Maidman, 2010, p. 208-211, n° 90.

44 Shibata, 2011, p. 101-104, avec la bibliographie antérieure.

45 Voir les références rassemblées par Fincke, 1993, p. 4.

46 Le sens du terme irrazi, un hapax, demeure inconnu.

47 Un groupe de « 22 musiciens d’Akkad » serait mentionné dans la tablette IM 73240, trouvée à Tell al-Fahhar : la référence est donnée par Fincke, 1993, p. 3.

48 Translittération et traduction : Maidman, 2010, p. 50-52, n° 18.

49 Maidman, 2011a, p. 93-98.

50 Zaccagnini, 1979, p. 12-14 ; voir ci-dessus § 2.1.

51 Lion, 2008 ; Lion, 2012.

52 Translittération, traduction : E. Cassin apud Bottéro, 1954, p. 47-48.

53 Translittération, traduction : E. Cassin apud Bottéro, 1954, p. 53-54.

54 Cassin, Glassner, 1977, p. 38, enregistrent le nom à Azati, mais également à Ahāti, p. 13 : cela permet de trouver un nom babylonien mais suppose une correction a-ha!-ti aux l. 5 et 14.

55 ša ŠÀ-bá-nu, voir CAD L, p. 163b, sub libbānu.

56 Translittération, traduction : Maidman, 2010, p. 78-79, n° 30.

57 Restitution proposée par Dosch, Deller, 1981, p 105-106, sur la base de recoupements prosopographiques.

58 Translittération, traduction : Dosch, 1976, p. 94-95, n° 63 ; rapprochement entre les deux textes HSS 5 53 et HSS 16 391 : Dosch, Deller, 1981, p 105-106.

59 On peut mentionner aussi EN 9/1 403, où des hommes du pays de Kuššuhhe apparaissent à deux reprises dans un procès, mais la tablette est cassée.

60 Translittération, traduction : Müller 1998, p. 35-37, n° 1.

61 Traduction : Wilhelm, 2006, p. 105.

62 Wilhelm, 1985, p. 71.

63 Translittération, traduction : Grosz, 1988, p 179-180 et 121.

64 Translittération : Dosch, 1976, p. 214, n° 140.

65 Dosch, Deller, 1981 ; Maidman, 1984.

66 Klengel, 1987-1990.

67 Voir sur ce point Maidman, 1987, p. 162-166.

68 AASOR 16 95 et 96, EN 11/2 79, HSS 19 128, HSS 19 141, IM 73456 = TF2 834 = Al-Rawi, 1977, p. 299-305 et 490.

69 AASOR 16 63, BM 102353 = Justel, Justel, 2015.

70 JEN 812.

71 HSS 19 110.

72 TF1 K/40 = Al-Rawi, 1977, p. 306-308 et 494.

73 JEN 466.

74 JEN 192.

75 EN 9/1 409, HSS 19 124.

76 JEN 317, JEN 448.

77 Joint : Wilhelm, 1981, p. 341-343.

78 P. ex. JEN 469, JEN 487.

79 AASOR 16 63.

80 AASOR 16 36 et 37, JEN 115, JEN 634.

81 IM 70872 = TF1 246a (Ismaïl, Müller, 1977-1978, p. 15-23).

82 JEN 280, JEN 812.

83 HSS 5 8, TCL 9 46, BM 102354 = Müller 1998, p. 234-236, n° 153, IM 73456 = TF2 834 = Al-Rawi, 1977, p. 299-305 et 490.

84 AASOR 16 32.

85 AASOR 16 42, HSS 9 119, TCL 9 7.

86 HSS 13 263, IM 70978 = TF1 431 = Fadhil, 1972, p. 63-64, n° 2.

87 Translittération, traduction : Cassin, 1938, p. 285-288 ; translittération : Dosch, 1976, p. 51-52, n° 34.

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Pour citer cet article

Référence papier

Brigitte Lion, « Les étrangers dans le royaume d’Arraphe »Pallas, 104 | 2017, 135-153.

Référence électronique

Brigitte Lion, « Les étrangers dans le royaume d’Arraphe »Pallas [En ligne], 104 | 2017, mis en ligne le 17 août 2017, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pallas/7435 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pallas.7435

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Auteur

Brigitte Lion

Professeur à l’Université Lille 3
UMR 8164 HALMA, Proche-Orient ancien
brigitte.lion[at]univ-lille3.fr

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