Éditorial
Texte intégral
1C’est à la fin d’un été 2022 particulièrement alarmant que paraît ce numéro 26 de la revue Projets de paysage. Les canicules, sécheresses et incendies qui s’y sont succédé auront sans doute provoqué une prise de conscience. Pourtant, tout indique que les réponses apportées tant par les pouvoirs publics que par les décideurs privés sont loin d’être à la hauteur des enjeux. Élaborées dans l’urgence, ces réponses restent courtermistes, cantonnées à la seule question d’approvisionnements énergétiques, encore le plus souvent carbonés, ou renvoyées à des comportements individuels culpabilisateurs. Comme si nous ne parvenions plus à nous projeter et à anticiper. De fait, les chantiers à venir devront être collectifs et émancipateurs. Il s’agit sur ces bases de politiser la prise de conscience estivale et de la transformer en projets concrets. La transition écologique devra être démocratique et sociale ou elle ne sera pas. Il faut pour cela redéfinir les rapports entre les scientifiques, les experts, les décideurs et les citoyens.
2Penser et agir ensemble est précisément l’objectif de la médiation paysagère, notion interrogée par ce numéro 26 intitulé « Paysage(s) en partage ». L’appel à articles invitait à effectuer un bilan des travaux conduits depuis maintenant plus de deux décennies dans ce champ de recherche et d’action et de proposer, sur ces bases, des perspectives visant à élargir et à renouveler les approches développées jusqu’alors. Les articles réunis dans ce numéro ne visent pas à l’exhaustivité. Ils sont autant de jalons à une déambulation, intellectuelle et pratique à la fois, qui reste encore largement à compléter et à préciser. On verra, chemin faisant, qu’ils proposent des approches interdisciplinaires et interprofessionnelles visant, pour certaines, à renouveler les fondements théoriques et méthodologiques de la médiation paysagère et, pour d’autres, à proposer des analyses compréhensives sur la base de cas concrets et d’expérimentations. Ils amènent à présenter des perspectives fondées sur l’idée que la médiation paysagère est un moyen pour agir dans un monde complexe et incertain, en permettant à des sociétés dans leur environnement d’énoncer des projets de territoire à l’échelle locale. Camille Noûs a assuré la cocoordination du numéro afin de revendiquer le rôle constitutif du collectif dans la construction des connaissances, ainsi que son caractère collaboratif et ouvert. Cette construction s’inscrit dans une organisation collégiale, dans l’héritage et la critique de travaux antérieurs, légitimés par l’évaluation entre pairs, et en prise avec la société dans le mouvement même de son élaboration.
3La rubrique « Chercheurs en devenir » publie, quant à elle, une deuxième série de quatre contributions produites à l’issue des 8es Journées doctorales en paysage qui se sont tenues à Angers au mois de février 2021. À partir d’approches disciplinaires variées, les jeunes chercheurs mettent l’accent sur l’innovation dans les méthodes de recherche en paysage. Dans un contexte doublement préoccupant, de crise écoclimatique et d’effritement de l’État social, il revient à la revue encore plus qu’auparavant d’accompagner ces « jeunes » chercheurs qui, bien trop souvent, connaissent des situations de grande vulnérabilité, enchaînant, faute d’ouverture de postes de titulaires, contrats courts et vacations d’enseignement dont la rémunération se situe désormais en dessous du Smic horaire.
Pour citer cet article
Référence électronique
Nathalie Carcaud, Benjamin Chambelland, Bernard Davasse, Élise Geisler et Camille Noûs, « Éditorial », Projets de paysage [En ligne], 26 | 2022, mis en ligne le 28 septembre 2022, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/paysage/29113 ; DOI : https://doi.org/10.4000/paysage.29113
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