1La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) s’est engagée en 2022 dans un projet d’Observatoire photographique régional du paysage (OPRP) face au dérèglement climatique en souhaitant mobiliser les corpus des observatoires photographiques de la région. L’Observatoire photographique des territoires du Massif central (OPTMC), aidé par les agences Vous Êtes D’Ici et Freelance Géomatique, a été retenu pour l’accompagner dans cette démarche. L’OPTMC a proposé une méthodologie qui combine différentes approches de médiation (Chambelland et al., 2022) visant à croiser regards experts et sensibles. Le dispositif participatif avait pour objectif d’identifier, de caractériser et de sélectionner des séries de photographies de paysages du quotidien (Enjelvin et al., 2019) rendant compte visuellement des effets du dérèglement climatique.
2Cet article expose la méthodologie mise en œuvre, basée notamment sur des ateliers participatifs, pour effectuer une sélection d’images issues des observatoires photographiques du paysage (OPP) de la région AURA et organiser le corpus photographique du futur OPRP. Sont également mis en avant des postures d’observation et des arguments des parties prenantes de la démarche pour justifier leurs points de vue sur les paysages à valoriser dans cet OPP régional.
3Face au dérèglement climatique, un défi majeur consiste à informer et à guider la planification, l’adaptation et les actions individuelles et collectives à long terme dans un contexte d’incertitude profonde, tout en visant un changement transformateur (Van Valkengoed et al., 2022). Nous constatons que les approches normatives des études rétrospectives, qui utilisent fréquemment des outils cartographiques et surtout chiffrés (inventaire des catastrophes naturelles, relevés des températures ou concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère), doivent encore être éprouvées à l’échelle du regard humain.
4L’apport de la communication visuelle pour faciliter l’apprentissage social et motiver l’adoption des changements politiques, techniques et des modes d’habiter est maintenant bien reconnu (Sheppard, 2005). La cartographie et la modélisation réaliste de paysages peuvent offrir des avantages significatifs en sensibilisant de manière convaincante sur certaines conséquences possibles du dérèglement climatique. Cependant, les applications qui mobilisent la photographie diachronique sont quasi inexistantes, notamment dans les méthodes d’observation des territoires face au changement climatique. L’efficacité des photographies d’observatoires de paysage pour rendre compte du dérèglement climatique n’a pas encore été clairement établie. Ce rôle peut d’autant plus être discuté que les préoccupations éthiques sont soulevées quant à l’adoption d’une approche objective qui engage délibérément les émotions à travers le cadrage initial choisi par un photographe.
5Aborder la question climatique par le prisme du paysage peut aider à appréhender au niveau local des phénomènes globaux1. Ainsi, nous posons l’hypothèse que l’utilisation des images de paysages ordinaires issues des observatoires photographiques des paysages, dont certaines sont reconduites depuis plus de 40 ans, pourrait compléter les approches méthodologiques retenues par les observatoires des territoires. En effet, l’analyse par les images d’un même paysage suivies dans le temps offre une lecture objective des facteurs des « trajectoires » passées, présentes et futures des dynamiques à l’œuvre (Guittet et Le Dû-Blayo, 2013). Cette expérience participative menée avec la DREAL AURA vise à mettre en évidence le rôle de l’image du paysage comme une relation visuelle à un territoire. L’observation par divers regards des dynamiques à l’œuvre permet de faire émerger des appréciations sociales d’un espace géographique (Raymond, 2004). Notre intérêt est, en effet, de mobiliser les acteurs des observatoires photographiques des paysages locaux pour mieux appréhender les dynamiques du changement climatique, qu’elles soient rétrospectives ou prospectives. En effet, l’OPP devient un outil utile pour rendre concrètes des situations paysagères ordinaires (Bigando, 2008) en complément d’indicateurs statistiques ou cartographiques (Terristory2) par exemple, illustrant par des données chiffrées ou par des scenarii et prospectives les effets du dérèglement climatique (trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires3). Même si tout paysage est soumis et devient support de lecture du dérèglement, l’enjeu de l’OPRP est de parvenir à réunir un échantillon partagé d’images rendant compte des divers états du paysage et d’une vision des phénomènes climatiques, faisant lien à la fois avec les politiques de l’État et celles des collectivités territoriales, portant et animant les OPP locaux.
6La DREAL AURA a pour projet la mise en œuvre d’un suivi de l’évolution des paysages face au dérèglement climatique sur l’ensemble du territoire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, en corrélation avec le référentiel régional qui identifie 8 grands paysages et 115 ensembles de paysage4 issus, notamment, des divers atlas de paysages départementaux et de la carte régionale des paysages AURA. Ce suivi doit également prendre en compte l’analyse des diverses typologies de paysages (agricoles, forestiers, industriels, etc.) présentes sur la région. L’aboutissement de cette étude porte sur une extraction, à la fois objective et sensible, depuis les OPP locaux, de séries photographiques associées à ces deux dimensions.
7L’itinéraire méthodologique retenu se compose de 3 phases basées essentiellement sur des démarches participatives.
8Pour nous aider à appréhender notre sujet d’étude et, par la suite, à accompagner les porteurs d’OPP locaux à sélectionner les séries photographiques constituant le fonds du futur OPRP, nous avons demandé à une dizaine de membres du réseau régional du paysage Auvergne-Rhône-Alpes5 et de l’Observatoire régional climat, air et énergie (ORCAE6) de nous adresser des photographies de paysages qui portaient en elles des réponses à des questions que nous leur posions : lien avec le dérèglement climatique (thèmes généraux, sujets particuliers, indicateurs) ; conséquences possibles de celui-ci sur le paysage soumis et, plus particulièrement, sur quelles composantes paysagères ; etc.
9Nous avons ainsi recueilli leur définition et lecture des sujets désignés, des références bibliographiques, la relation d’expériences et d’indicateurs en lien avec les phénomènes climatiques à l’œuvre. Selon l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC7) :
« Un indicateur est une information associée à un phénomène, permettant d’en indiquer l’évolution dans le temps de façon objective et pouvant rendre compte des raisons de cette évolution. »
En d’autres termes, il s’agit de données concrètes ou de faits permettant de constater l’existence d’un phénomène. Un indicateur paysager conceptualise l’information pour mettre en lumière des phénomènes paysagers parfois complexes, en combinant plusieurs composantes paysagères. Il est important de noter qu’un indicateur possède une certaine représentativité d’une réalité, mais ne peut pas être interprété comme l’intégralité de cette réalité. La nécessité d’identifier des indicateurs du suivi des transformations des paysages face au changement climatique implique de mobiliser de multiples compétences qui sont à rechercher dans les milieux scientifiques et techniques, mais aussi, comme c’est l’objet de notre démarche, parmi les acteurs du terrain. Ces derniers vivent au quotidien les situations nouvelles qui leur sont imposées par le dérèglement climatique et commencent à s’en faire le relai et/ou s’y adapter et, par là même, anticipent la transformation de la physionomie des paysages et/ou y contribuent.
10Lors du comité de pilotage du 22 novembre 2022, composé d’agents de la DREAL (référente paysage, chargés de mission, paysagiste conseil de l’État), de porteurs d’OPP et d’observatoires territoriaux, nous avons conçu un outil-guide dont l’objectif est de présélectionner des séries photographiques dans chaque OPP de la région. Ce guide est rattaché à un formulaire qui viendra nourrir une base de données et un système d’information géographique (SIG). Il est composé de différents items thématiques (figure 1), en lien avec la biodiversité, les ressources agricoles et forestières, les glaciers et l’eau, ou encore les établissements humains associés à la typologie des paysages (géographiques et fonctionnels) ainsi qu’aux paysages régionaux (grands paysages et ensembles de paysage).
Figure 1. Outil-guide envoyé aux OPP locaux pour les aider à référencer la présélection de leurs séries diachroniques
Source : OPTMC, VEDI, DREAL, 2023.
Figure 2. Localisation des séries d’images présélectionnées
Source : DREAL, OPTMC, VEDI, Freelance Géomatique, 2024.
1110 ateliers organisés avec les porteurs de 23 OPP locaux ont été organisés entre février et décembre 2023 pour finaliser la présélection du corpus d’images pouvant être intégré dans le futur OPRP, qui comprendra 246 points de vue (figure 2), répartis sur les 8 grands paysages d’Auvergne-Rhône-Alpes. Pour autant, 49 ensembles paysagers sur 115 ne disposent pas, à ce jour, d’images pouvant les représenter, en partie parce qu’ils ne sont pas couverts par un des OPP identifiés. Ces ateliers étaient organisés pour partager les images de 2 ou 3 OPP simultanément et ainsi croiser les regards et les compétences techniques, scientifiques, mais aussi politiques. La richesse du croisement des regards est également liée à l’hétérogénéité des institutions et des échelles de territoires auxquelles appartiennent les porteurs d’OPP : 4 parcs naturels régionaux, 1 parc national, 2 grands sites, 1 site classé, 3 conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), 1 direction départementale des Territoires et 1 association en soutien aux 4 OPP de la DREAL, 1 communauté d’agglomération, 1 communauté de communes, 1 espace naturel sensible.
12Le 29 mai 2024, la DREAL a réuni 35 personnes représentant l’ensemble des partenaires OPP locaux, ainsi que les paysagistes conseils de l’État et les membres du réseau paysage de la région. L’Office de l’environnement de Bretagne (OEB) est venu présenter la plateforme de valorisation des OPP en Bretagne (POPP-Breizh8 – Le Dû-Blayo et Guittet, 2016), qui pourrait éventuellement servir de modèle à l’outil de partage des données de l’OPR. L’ensemble des images présélectionnées a pu être affiché sur des panneaux (figure 3). Les partenaires ont dû retenir, à l’aide de gommettes et d’une grille d’analyse des enjeux climatiques et paysagers (figure 4), entre 1 à 3 séries par ensemble paysager correspondant.
Figure 3. Atelier régional de sélection des images du futur OPRP 29/05/24
Source : DREAL AURA, OPTMC, VEDI, 2024, photo : Pierre Enjelvin, 2024.
Figure 4. Impacts observés ou induits servant d’indicateurs paysagers pouvant accompagner un thésaurus dans un OPP
Source : DREAL AURA, OPTMC, VEDI, 2024.
13Finalement, 95 points de vue ont été retenus (figure 5) et surtout argumentés en lien avec les regards des participants sur les enjeux climatiques des paysages concernés, révélant ainsi leurs postures pour appréhender ces enjeux.
Figure 5. Carte de localisation des images retenues lors de la réunion du 29 mai 2024
Source : DREAL, OPTMC, VEDI, Freelance Géomatique, 2024.
14Que ce soit dans la phase 2 comme dans la phase 3, il nous a paru important de mieux comprendre les postures émergentes d’observation du paysage du point de vue des acteurs (Droz et al, 2005) qui motivent leurs sélections d’images. En effet, à l’origine, les séries photographiques des OPP locaux n’ont pas été réalisées avec l’intention de documenter la question climatique. Notre démarche vise donc bien à les reconsidérer : quels sens, quelles orientations ou stratégies ces images du passé et du présent révèlent des effets du dérèglement climatique ?
15Pour déterminer ces postures, nous proposons de les corréler aux outils de diagnostic des dynamiques territoriales en lien avec le dérèglement climatique qui est à observer à une échelle locale (outil TACCT développé par l’ADEME, 2019). Cette corrélation est rattachée à quatre dimensions piliers dans la lecture des dynamiques paysagères :
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l’exposition (observée ou future) aux divers aléas météorologiques (élévations des températures, tempêtes, fortes précipitations, gels tardifs, etc.) ;
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la sensibilité des paysages se rapporte aux composantes de ces derniers qui vont particulièrement subir cette exposition (espaces forestiers, agricoles, enneigés, de glaciers, urbains, etc.) ;
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les impacts observés et induits : les premiers correspondent aux évolutions ou dynamiques de ces composantes paysagères face aux aléas subis et qui peuvent être constatés soit par l’expérience, soit directement sur les images ; les seconds aux évolutions ou dynamiques de ces composantes paysagères face aux aléas qui pourraient les affecter ;
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les enjeux d’adaptation consistent à déterminer quelles actions les acteurs peuvent mettre en place pour éviter, maîtriser ou compenser les effets non souhaités du dérèglement climatique sur les paysages. Ainsi, nous avons pu observer quatre postures émergentes dans la sélection participative des images exposées au cours des ateliers (figure 6).
Figure 6. 4 postures guidant la sélection des images, qui documentent les effets du dérèglement climatique
Source : OPTMC, VEDI, 2024.
16Le concept de « posture paysagère », défini par Yvan Droz, Valérie Miéville-Ott, Rachel Spichiger et Jérémie Forney, « décrit le discours et la position observable prise par un individu face à un paysage en lien avec son identité (profession, origine sociale, histoire personnelle, etc.) » (2005, p. 4). C’est également le cas dans l’interrelation avec un paysage que l’individu a pratiqué, qu’il se remémore ou encore s’il y porte des intentions d’action (Planchat, 2011). Dans nos observations, les représentations paysagères liées au changement climatique peuvent être corrélées à deux autres dimensions (Bertoldo et Barbará, 2011) : soit l’implication « induite », qui constitue les liens d’engagement, d’opinion, d’attitude de l’individu face aux causes ou aux impacts globaux du changement climatique, soit l’implication liée à l’effet ressenti (engagement, opinion, attitude de l’individu ayant subi ou vécu les effets du changement climatique). Ainsi, nous souhaitons proposer une lecture croisée de ces implications et représentations sociales du paysage et des dynamiques paysagères, en lien avec les conséquences perçues du dérèglement climatique (Van Valkengoed et al., 2022). Nous avons distingué au cours de nos divers ateliers quatre postures paysagères face au dérèglement climatique :
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- 9 Chargé de mission à l’OPP du parc national de la Vanoise, atelier de sélection final (29 mai 2024).
celle de l’effet ressenti ou observé : l’acteur de terrain partage son vécu des phénomènes visibles dans les images, ou d’aléas vécus à proximité du site photographié (« sur le massif de la Vanoise, la fonte des glaciers est une réalité9 ! ») ;
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celle de l’implication « induite » où l’acteur décrit ses perceptions d’évolution, plutôt à risque, non encore visibles dans les images d’OPP, mais imaginées à travers les composantes des paysages photographiés. Il convoque une certaine expertise disciplinaire décrivant des mutations ou des menaces sur les habitats et les espèces, par exemple celles liées à l’augmentation des sécheresses, au risque de jaunissement de plantations forestières à la suite d’attaques de scolytes ou à la mutation des systèmes de grandes cultures ;
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- 10 Paysagiste-conseil de l’État commentant une image de l’OPP PNR Livradois Forez –lLa place centrale (...)
celle de l’implication « pour une adaptation » par le projet d’aménagement ou de paysage où l’acteur, lié à l’OPP en tant que professionnel de l’aménagement du territoire, va réaliser une interprétation par la structure et la composition paysagère, reliant ses connaissances des phénomènes globaux du changement climatique à sa lecture projectionniste, aménagiste (« on a coupé les arbres pour le tout voiture alors que maintenant on doit réaménager les places en les revégétalisant10 » ;
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celle de l’implication « pour une adaptation » par les politiques publiques, où l’acteur interprète les images sous l’angle des actions appliquées par les collectivités, visant une adaptation au dérèglement climatique. On peut citer, par exemple, les plans climat-air-énergie territoriaux, voire des actions d’adaptation déjà engagées, telles que la refertilisation des sols d’espaces industriels inscrits au plan de prévention des risques d’inondation, pour l’OPP de la vallée de la Chimie.
17Une des originalités de cet OPP régional est d’être rattaché aux ensembles de paysage de la région AURA. L’un des objectifs vise la sélection d’images permettant de documenter la grande diversité des paysages de ce territoire tel un riche échantillon d’une portion du territoire national : des paysages alpins avec glaciers et neiges encore éternelles, des paysages quasi méditerranéens, ceux de moyenne montagne, où depuis de nombreux hivers la neige a quasiment disparu, mais aussi de grandes vallées fluviales…).
18La combinaison des postures citées précédemment appliquée à la lecture diachronique des images d’OPP nous permet d’avoir un éclairage sur les modalités et stratégies d’adaptation face au dérèglement climatique mises en œuvre dans les territoires, et ainsi d’appréhender les diverses « sensibilités du paysage », sachant que le silence des images ne délivre que des constats qui nous amènent à nous interroger.
19La posture majoritairement mise en avant par les participants pour le choix des images qu’ils ont retenues est celle des impacts induits (41 %, figure 7), suivie par celle des impacts observés (36 %). Ce dernier résultat montre l’intérêt d’un OPP à fournir une information sur la sensibilité des paysages face au dérèglement climatique, puisque les participants ont été en mesure d’expliciter ces impacts observés.
Figure 7. Postures guidant la sélection des 95 images documentant les effets du dérèglement climatique
Source : OPTMC, VEDI, 2024.
20Les 95 images retenues pour une préfiguration de l’OPRP, sur les 49 ensembles paysagers disposant de sites d’OPP (figure 5), constituent à ce jour un panel d’images de paysages et de leurs sensibilités, visibles ou prévisibles, face aux enjeux du dérèglement climatique, même si ce corpus nécessite encore quelques ajustements (choix de meilleurs points de vue, resélections d’images dans des ensembles non retenus bien que présentés par les participants…).
21L’ensemble des divers types de paysages (agricoles, forestiers, « naturels », urbanisés…) présents sur la région est, selon les participants aux ateliers, affecté par les enjeux du dérèglement climatique (figure 8). C’est plus particulièrement le cas des paysages représentant des composantes aquatiques (lacs, rivières, marais), pour lesquelles les impacts observés dus à la sécheresse et aux inondations sont les plus évoqués.
Figure 8. Typologies de paysages liées aux enjeux climatiques et aux postures des observateurs à partir des 95 images sélectionnées
Source : DREAL, OPTMC, VEDI, 2024.
22Pour les paysages agricoles, qui constituent également un corpus important de la sélection, toutes les postures sont mobilisées. Ils deviennent des indicateurs de forts enjeux face au dérèglement climatique. Les participants ont même indiqué la nécessité de compléter la sélection pour documenter la grande diversité des formes des systèmes agraires dans la région. Selon eux, les pâtures, vignobles et vergers mériteraient d’être mieux pris en compte dans le corpus final des images du futur OPRP.
23Malgré l’intérêt innovant pour la DREAL et les porteurs d’OPP de conduire une telle démarche, quelques manques et limites peuvent être relevés. Comme le montre la carte de la figure 5, de nombreux ensembles paysagers restent à compléter. Un travail de recensement dans les documents iconographiques des atlas de paysages et des sites classés, par exemple, pourrait servir de matériau complémentaire. Pour certaines séries d’OPP disposant seulement d’une image, l’observation des dynamiques et impacts ne peut qu’être induite. Cependant, le changement d’échelle depuis un OPP local au croisement des OPP à l’échelle régionale comble quelque peu ce manque d’exhaustivité.
24Cette démarche participative aura permis à la fois d’accompagner la DREAL AURA vers la constitution d’un OPP régional, mais aussi, plus singulièrement, de mieux comprendre et surtout de partager les arguments aujourd’hui retenus par les professionnels du paysage et les porteurs d’OPP. Cette expérimentation met également en avant la complémentarité des OPP dans l’ensemble des dispositifs actuels d’observation du dérèglement climatique. Comme nous l’avons souligné, certaines images diachroniques peuvent documenter des impacts observables à différents pas de temps : plus de 100 ans dans le cadre de reconductions réalisées à partir de cartes postales du début du xxe siècle, 40 ans pour les OPP labellisés du ministère11, comme celui du parc naturel régional du Pilat).
25Le suivi photographique spécialisé des glaciers (time lapse – Moreau, 2017) joue un rôle déjà fortement reconnu dans son utilité et surtout son efficacité pour visualiser et comprendre des processus, qui dégagent un enseignement fort des impacts liés aux évolutions du climat. Pour les autres paysages du quotidien, les images d’OPP contribuent bien à faire converger des regards, à construire une histoire collective (Mocquet, 2016) et des postures partageables pour identifier les sensibilités plurielles des paysages face à leurs transformations. Certaines séries d’images ont aussi été sélectionnées, car les composantes paysagères, notamment sur certains secteurs montagneux du Massif central, restaient quasiment inchangées au fil des années (sur une période d’observation de 20 ans). S’est alors posée la question de sélectionner ces paysages pour identifier ceux qui auraient une certaine résilience. Il est certain qu’une grande partie des images choisies pour ce futur OPRP documentent davantage les déséquilibres météorologiques que les bouleversements du climat, le paysage étant « une notion relationnelle, un entre-deux qui crée le sens des étendues et des lieux visibles […] et surtout entre la connaissance et l’action » (Donadieu, 2007, p. 9, cité par Mocquet, 2016). Nous pouvons affirmer, grâce à cette démarche, qu’il existe aujourd’hui un récit collectif sur les paysages face au dérèglement climatique, mais aussi des actions à mener sur ces derniers pour s’adapter aux impacts induits.
26Pour une observation plus complète de la région, les phases méthodologiques à suivre consisteront à finaliser la sélection des images, voire à la compléter par de nouvelles prises de vue pour actualiser les corpus de certains OPP locaux ou pallier les manques existant dans certaines parties du territoire régional, non couvertes par un OPP. On peut également imaginer la corrélation de l’OPRP avec d’autres observatoires territoriaux qui ne disposent pas d’images pour traduire des trajectoires chiffrées. Cette mise en lien avec d’autres observatoires régionaux reste à développer.
27À terme, cet OPRP sera porté à la connaissance de différents publics, grâce à un outil inspiré de la plateforme POPP-Breizh, qui permet de visualiser ces images et leurs indicateurs, d’enrichir le vocabulaire et les thésaurus sur le paysage, mais aussi les approches participatives en matière de médiation sur les stratégies paysagères à adopter face au dérèglement climatique.