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Dossier
L’eau retenue
L’eau agricole

L’utilisation de la pierre pour la construction et la réfection des canaux d’arrosage de Cerdagne : entre fonctionnalité, politiques publiques et conservation du patrimoine (Pyrénées-Orientales)

The use of stone for the construction and repair of watering canals in Cerdanya: Between functionality, public policies and heritage conservation (Pyrénées-Orientales)
Sylvie Candau et Olivier Deroche

Résumés

Dans la haute plaine de Cerdagne, dans les Pyrénées-Orientales, l’utilisation de la pierre était fréquente dans la construction de canaux d’arrosage, notamment la pierre taillée granitique, autant pour l’édification des ouvrages d’art que pour le linéaire des canaux. Le travail du granit, patrimoine bâti et technique très implanté en Cerdagne, a favorisé l’utilisation de ce matériau dans la construction des canaux d’arrosage, notamment entre 1850 et 1930.
Après avoir replacé dans leur contexte historique et géographique la présence de canaux d’arrosage dans la haute plaine de Cerdagne et l’utilisation de la pierre taillée, l’article s’attachera dans un premier temps à mettre en avant des sections de canaux et des ouvrages d’art reprenant ce matériau. Dans un second temps, il ouvrira une réflexion vis-à-vis du maintien et de la sauvegarde de ces éléments du patrimoine hydraulique bâti régional au regard des politiques publiques de soutien aux infrastructures hydrauliques.

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Index géographique :

Cerdagne, Dorres, Angoustrine
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Texte intégral

Introduction

1Pratique millénaire sur le territoire de la Cerdagne, la construction de canaux dans un but d’irrigation des prairies de fauche et des cultures a vu se superposer les différents matériaux et techniques en vue d’en conserver la fonctionnalité et d’en augmenter l’utilité. L’usage de la pierre, pierre sèche ou pierre de taille, qui a connu une période faste avant la première guerre mondiale sur le territoire a permis de réaliser des ouvrages toujours en fonctionnement mais dont la pérennité est aujourd’hui regardée au vu de la faisabilité technique et financière des travaux de réfection, des politiques publiques en jeu concernant la gestion de l’eau agricole.

La pratique millénaire des canaux d’arrosage en Cerdagne1

Description géographique

2La région naturelle et transfrontalière de Cerdagne se situe à l’extrême-ouest du département des Pyrénées-Orientales, à une centaine de kilomètres de Perpignan et du littoral méditerranéen. Située à l’ouest du col de la Perche, ligne de partage des eaux entre le Sègre et la Têt, la région forme un altiplano d’environ 50 kilomètres de long et 15 kilomètres de large à 1 200 mètres d’altitude de moyenne, entre le col de la Perche et les communes de Martinet et Montellà (province de Lleida), entourée de massifs tutoyant les 3 000 mètres, comme le massif du Carlit (2 921 m) et du Campcardós (2 905 m) au nord, et le massif du Puigmal (2 910 m) et la Serra del Cadí au sud (2 649 m). Le plateau est drainé par le Sègre dont il représente l’amont du bassin versant. Conséquence du Traité des Pyrénées de 1659, la Cerdagne a été coupée et divisée entre les couronnes françaises et espagnoles, la frontière définitive (non naturelle) n’ayant été officiellement fixée que plus de deux siècles plus tard, avec le Traité de Bayonne en 1866. Elle se situe historiquement à un carrefour entre le Languedoc, la Catalogne, l’Andorre et la Méditerranée (fig. 1).

Fig. 1

Fig. 1

Plan de situation de la Cerdagne.

© François Mancebo

  • 2 Lire sur le sujet BECAT Joan, Aiguats et inondations exceptionnelles en Andorre au XXe siècle. L’ai (...)

3Son climat est méditerranéen et montagnard couplé à un ensoleillement important, avec des étés chauds et secs et des périodes de hautes eaux au printemps et à l’automne, hautes eaux pouvant être entraînées par des épisodes méditerranéens violents, dénommés aiguats en catalan, tel celui de 19822.

  • 3 Le projet Institutional and Social Innovations in Irrigation Mediterranean Management (ISIIMM) s’es (...)

4L’appartenance de la Cerdagne à la « montagne méditerranéenne » est mise en évidence par le paysage induit des réseaux de canaux séculaires, et notamment avec la mise en place d’un paysage agricole dichotomique irrigué/non irrigué typique et décrit par les termes catalans de regadiu (périmètre irrigable) et de secà (périmètre non irrigable). Ce paysage est une dominante des bassins de vie situés autour de la Méditerranée et présentant une pratique séculaire de l’hydraulique agricole, mis en évidence par le projet ISIIMM réalisé en 20073.

Rappel historique de la présence de canaux d’arrosage en Cerdagne

5La présence de canaux d’arrosage en Cerdagne remonte très certainement au Haut Moyen Âge, avec une implantation connue dans le Conflent voisin dès le IXe siècle. La première trace écrite d’une concession d’eau pour l’arrosage est datée de 1023 d’après le Cartulaire Roussillonnais de Bernard ALART, publié en 1880, avec la concession d’une dérivation de la rivière Sègre (Sicaris) par le Comte de Cerdagne Guifre à son frère l’abbé Oliba, pour l’arrosage des prés de fauche de l’actuel hameau d’Age (villam Ageri), sur la commune de Puigcerdà.

6Cette concession est représentative de la première période de constructions d’ouvrages hydrauliques pour des usages industriels (scieries, moulins etc.) et/ou agricoles entre les Xe et XIVe siècles. Le schéma traditionnel laissait l’utilisation des torrents à régime nival aux usages domestiques et vivriers, avec une implantation villageoise sur les hauteurs, tandis que les rivières de plus grande importance, en fond de vallées, étaient consacrées à l’arrosage de prairies et, surtout, au fonctionnement hydraulique des moulins, scieries ou encore draperies.

7La deuxième période faste de construction de canaux, avec une priorité agricole marquée, est comprise entre le XIXe siècle et la première guerre mondiale, profitant de la volonté “progressiste” de l’époque et qui a donné lieu à des ouvrages plus hauts en altitude et arrosant des surfaces plus importantes pouvant dépasser les 100 hectares. Cette deuxième vague a été doublée par la création de nombreuses Associations Syndicales Autorisées (ASA) ou Libres (ASL) grâce à la loi du 21 juin 1865, certaines étant encore en activité de nos jours. Cette deuxième période est particulièrement intéressante dans le cadre de cet article car, se couplant à la professionnalisation du travail de la pierre en Cerdagne, elle a donné lieu à la fabrication de multiples ouvrages en pierre de taille et en pierre sèche.

Utilisation historique de la pierre en Cerdagne

  • 4 RENDU, 2003.
  • 5 Seul, Michel MARTZLUFF (Maître de conférences à l’Université de Perpignan en 2005) a mené des étude (...)

8Si l’utilisation de la pierre est attestée dès le Néolithique en Cerdagne par la présence de dolmens, d’abris sous roche ou de vestiges de cabanes de bergers4, les sources archéologiques et écrites concernant le travail de la pierre sur le territoire sont quasiment inexistantes. C’est une mémoire sans texte, car les picapedrers (tailleurs de pierres) n’étant pas constitués en corporation, il n’y a pas d’archives. C’est aussi une mémoire sans geste car, dans les siècles passés, les érudits locaux n’ont pas porté d’intérêt ou mené de collecte d’informations autour de ce savoir-faire5. Pour les périodes historiquement documentées, seul un dépouillement systématique des actes notariaux, des registres d’état civil et des relevés de recensement permettrait (peut-être) d’en retrouver la trace écrite.

9Pour comprendre et appréhender le travail de la pierre, il faut donc s’appuyer sur l’observation des paysages, des ouvrages civils, religieux ou militaires encore existants qui manifestent, dès le Moyen Âge, un travail de la roche.

  • 6 LLAC, 1991-1, pp. 7-20.

10En revanche, la diversité et la densité géologique de la Cerdagne6 ont largement favorisé l’usage de la pierre, tant du granite que du schiste, matériaux les plus utilisés dans la construction traditionnelle cerdane ; très schématiquement, le territoire peut se découper en trois grandes zones :

    • 7 MARTZLUFF, 1998, pp. 229-294.

    Au nord, le périmètre Campcardos/Carlit avec un axe granitique (Mont-Louis/Andorre), présent sous forme de chaos (Enveitg, Dorres, Angoustrine, Targasonne), « entassements de grosses boules, de pierriers issus d’une très vieille altération du pluton magmatique depuis le Tertiaire et de blocs erratiques abandonnés par les glaciers quaternaires (Angoustrine et Enveitg) 7». Cette aire granitique est encadrée de deux zones schisteuses : au nord la bande Puymorens/Carlit/Péric, au sud, les contreforts de Meranges et Llivia.

  • Au centre, la dépression cerdane avec ses larges terrasses alluviales (sables/argiles) irriguées par le Sègre.

  • Enfin au sud du plateau, le périmètre Cambre d’Ase/Puigmal/Serra del Cadi où se retrouvent les gneiss, les micaschistes, marbres et schistes (Puigmal/Valcebollère) et les calcaires (Tossa/Cadi).

  • 8 MARTZLUFF, 1983, p. 4-14.

11La ressource Pierre est donc omniprésente, et son exploitation s’est faite sur des gisements à proximité immédiate des villages : Dorres, Angoustrine, Targasonne, Carol, Les Bouillouses, Mont-Louis et La Llagonne pour le granit8, Valcebollère, Osséja, Estavar et Espousouille pour le schiste (fig. 2).

Fig. 2

Fig. 2

Dorres (Pyrénées-Orientales), ancienne carrière de granite, dite « carrière Gordia ».

© Sylvie Candau

12Après la vague d’édifications d’églises des XIIe et XIIIe siècles, l’usage de la pierre se développe de façon continue, à partir du XVIIe siècle, d’abord dans l’habitat vernaculaire, puis dynamisé par la construction de la place-forte de Mont-Louis (1681). Elle permet l’importation du savoir-faire d’artisans spécialisés extérieurs au territoire, originaires notamment du nord de l’Italie et d’Espagne, et d’apports techniques nouveaux, comme l’usage de la poudre noire pour le débitage, remplaçant les coins en bois puis en métal et permettant de travailler des granits plus durs. Nombre de grosses fermes cerdanes s’ornent alors de linteaux sculptés en granit (fig. 3).

Fig. 3

Fig. 3

Sainte-Léocadie (Pyrénées-Orientales), ferme Cal Mateu – Musée de Cerdagne.

© Sylvie Candau

13Puis au cours du XIXe siècle, des mausolées familiaux sont édifiés dans les cimetières, les maisons cossues s’agrémentent de portails monumentaux, d’escaliers ou de balcons, les espaces agricoles voient apparaître feixes, (murs de soutènement pour les terrasses), piquets, entrées et murs de séparation de champs, travail à ferrer, mais aussi tous les réseaux et ouvrages hydrauliques des canaux agricoles, érigés en granite. Le maçon se spécialise et devient tailleur de pierres, comme une manifestation d’évolution sociale (fig. 4, 5).

Fig. 4

Fig. 4

Dorres (Pyrénées-Orientales), canal de Pont de Canal.

© Sylvie Candau

Fig. 5

Fig. 5

Dorres (Pyrénées-Orientales), borne de la Font Mageta.

© Sylvie Candau

14À la fin du XIXe siècle, les gros chantiers pyrénéens démarrent : routes nationales, électrification, lignes de chemin de fer (Train jaune 1905 et Transpyrénéen 1908), barrages feront l’âge d’or des tailleurs de pierres. Mais, la guerre de 14/18 en freinera très largement la croissance et ne fera pas basculer le travail de la pierre cerdan dans un fonctionnement industriel.

  • 9 CANDAU, 2001-3, pp. 267-270.

15L’activité perdurera ensuite de façon très artisanale et très localisée, jusqu’aux années 1970 pour les ardoisières de Valcebollère et aux années 1980 pour le travail du granite avec Michel Balaguer à Angoustrine et Jean Gordia à Dorres9.

16Dès lors, la ressource n’étant plus exploitée localement et ce savoir-faire n’ayant pas été véritablement transmis, l’utilisation du granite pour la réfection des canaux cerdans ne semble plus, à ce jour, concevable, d’un point de vue économique. Mais, il y aurait peut-être, pour l’avenir, à imaginer une politique de revalorisation locale de cette ressource toujours présente pour conforter un patrimoine bâti ancestral ?

Présentation de canaux d’arrosage en pierre de taille et pierres sèches

17Les canaux d’arrosage de Cerdagne présentent trois grandes catégories de constructions en pierre, majoritairement de taille :

  • le linéaire : le canal est construit en partie ou entièrement en pierre ;

  • les murs de soutènement : le franchissement de passages difficiles, notamment à l’amont des vallées, a pu demander la réalisation de murs de soutènement ;

  • les ouvrages d’art et de répartition des débits : le besoin d’un ouvrage pérenne et le couplage fréquent avec des règles de répartition de débit a demandé la mise en œuvre d’un matériau résistant tel que la pierre.

18Cette catégorisation ne se veut pas exhaustive des usages de la pierre dans les constructions des canaux d’irrigation en Cerdagne, elle a cependant le mérite de présenter une représentativité intéressante.

Le linéaire des canaux

19Le linéaire du canal peut parfois suivre l’aplomb d’un mur en pierre sèche suivant les limites du parcellaire (fig. 6). Certaines ouvertures ont été réalisées dans le mur de délimitation afin de laisser passer l’eau d’une parcelle à l’autre (fig. 7). Actuellement, très peu de passages sont encore en fonctionnement.

Fig. 6

Fig. 6

Ur (Pyrénées-Orientales), canal du Plandail, mur en pierre sèche de granit en rive gauche du canal.

© CDC PYRCER

Fig. 7

Fig. 7

Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), passage d’un canal d’arrosage aménagé dans un mur de délimitation.

© CDC PYRCER

20Sur la Soulane granitique, deux canaux « jumeaux », le canal de la Serre et le canal de la Devèze, à Angoustrine, présentent certaines sections de linéaire en ligne de crête entièrement réalisé en granit, les joues comme le radier (fig. 8).

Fig. 8

Fig. 8

Angoustrine (Pyrénées-Orientales), canal de la Serre, joues et radiers du canal en granit.

© CDC PYRCER

Les murs de soutènement

21Les ouvrages situés au plus haut dans les différentes vallées, ouvrages majoritairement originaires du XIXe siècle et historiquement gérés par des Associations Syndicales de Propriétaires. La topographie des vallées traversées et l’obligation de conserver une pente autour de 2/1 000 pour arroser la plus grande surface possible a conduit les maîtres d’œuvre et bâtisseurs à mettre en place des murs de soutènement sur lequel vient reposer le canal d’irrigation (fig. 9, 10).

Fig. 9

Fig. 9

Llo (Pyrénées-Orientales), canal d’Espluga, mur de soutènement en schistes.

© CDC PYRCER

Fig. 10

Fig. 10

Osséja (Pyrénées-Orientales), canal inférieur d’Osséja, mur de soutènement en schistes liés à la terre présentant plusieurs niveaux de restauration.

© CDC PYRCER

Les ouvrages d’art de répartition des débits

22Le caractère transfrontalier et la diversité des usages liés à l’eau superficielle ont conduit à l’élaboration de règles de répartition de l’eau sur les ouvrages situés à l’amont. Certains ouvrages de répartition, ceux construits à l’âge d’or de l’usage de la pierre de taille, peuvent contenir des éléments massifs de pierre toujours fonctionnels (fig. 11, 12, 13).

Fig. 11

Fig. 11

Eyne (Pyrénées-Orientales), canal de Rondole et Rohet, bassin de répartition en pierres de taille de granit.

© CDC PYRCER

Fig. 12

Fig. 12

Err (Pyrénées-Orientales), canal d’Err, bassin de décantation en schistes liés au mortier et couronnement en pierres de taille de granit.

© CDC PYRCER

Fig. 13

Fig. 13

Angoustrine (Pyrénées-Orientales), canal international d’Angoustrine-Llivia, ouvrage de répartition en pierre de taille de granit.

© CDC PYRCER

23Certains habillages plus récents reprennent un schéma traditionnel, prolongeant une tradition du travail de la pierre, même si celle-ci n’est plus l’élément structurant de l’ouvrage (fig. 14).

Fig. 14

Fig. 14

Estavar (Pyrénées-Orientales), ouvrage de répartition sur le canal d’Estavar-Bajande, habillage en schistes liés au ciment et chaînes d’angle en granit.

© CDC PYRCER

La conservation d’un patrimoine hydraulique bâti fonctionnel

24La conservation dans l’état ou la réfection à l’identique des ouvrages hydrauliques, ou des parties d’ouvrage, évoqués plus haut, se heurte aujourd’hui à plusieurs difficultés pouvant mettre en péril différents aspects des canaux d’irrigation de Cerdagne, que ce soit leur utilité, leur finalité première étant de desservir de l’eau brute aux usagers, ou leur maintien en état.

Conserver pour irriguer

  • 10 INSEE, 2007.
  • 11 Chambre d’agriculture Occitanie, 2017.

25L’utilisation des canaux d’irrigation est avant tout collective. De fait, leur gestion l’est également, gestion institutionnalisée par la création de la loi sur les Associations Syndicales de Propriétaires en 1865. Réglée par les statuts de l’association, la vie de l’association peut donner lieu à l’élaboration d’un règlement de service précisant les devoirs de chaque propriétaire vis-à-vis de l’entretien courant de l’ouvrage. Le nombre de personnes pouvant participer à l’entretien de l’outil de travail quotidien a fortement diminué en parallèle à la déprise agricole et à la diminution de la part de l’emploi agricole10,11, estimée à 23 % dans le dernier quart du XXe siècle.

26Cette déprise a pu mener, dans certains cas, à l’abandon total de canaux d’irrigation (fig. 15). Les ouvrages les plus structurants sont néanmoins en souffrance au vu de la difficulté des ASA (et de certaines communes ayant repris à leur compte la gestion) à subvenir aux investissements obligatoires à leur fonctionnement optimal. Cette souffrance se traduit notamment par la mise en place d’une politique tournée vers le court-terme, au détriment d’une vision globale de maintenance du patrimoine hydraulique.

Fig. 15

Fig. 15

Porté-Puymorens (Pyrénées-Orientales), canal abandonné au Cortal Michette.

© CDC PYRCER

  • 12 Parc Naturel Régional des Pyrénées catalanes, 2007.

27Dans les zones les plus soumises à l’urbanisation, l’utilité même du canal peut être remise en cause, celui-ci pouvant être vu principalement comme un agrément et un loisir. Les réparations menées sur un ouvrage, amenant une refonte totale de la typologie du canal (passage d’un canal aérien en un canal busé et enterré), peuvent alors être questionnées par les utilisateurs « passifs ». Ces questions, légitimes, car les canaux d’irrigation sont considérés comme une des principales sources du paysage bocager de la Haute-Cerdagne12, se poseront en revanche beaucoup moins sur le manque d’entretien et l’implication collective nécessaire à un maintien en bon état sur le long terme de tels ouvrages (fig. 16, 17).

Fig. 16

Fig. 16

Llo (Pyrénées-Orientales), canal d’Espluga, mur de soutènement dégradé.

© CDC PYRCER

Fig. 17

Fig. 17

Angoustrine (Pyrénées-Orientales), canal du Ribéral, canal à l’air libre fuyard en pierre sèche de granit.

© CDC PYRCER

  • 13 LOUBIER, GARIN, 2013, p. 90-95.

28Les difficultés inhérentes à la gestion collective des ouvrages hydrauliques agricoles amènent irrémédiablement à un abandon progressif des structures collectives vers une utilisation individuelle, qu’elle soit apparentée à des canaux de faible linéaire ou de forages, lorsque le sous-sol le permet13. Cette évolution, très marquée sur l’ensemble du territoire français, puisque les surfaces irriguées en systèmes collectifs ont diminué de 50 % entre 2000 et 2010, contre une hausse de 10 % pour les accès individuels à la ressource, est encore peu marquée en Cerdagne où la topographie montagneuse du territoire encourage l’usage gravitaire de l’eau.

La conservation au regard des politiques publiques de soutien aux infrastructures hydrauliques agricoles

  • 14 Secrétariat technique SDAGE Rhône-Méditerranée, Plan de Gestion quantitative de la Ressource en Eau (...)
  • 15 ROY, 2013, p. 4-5.
  • 16 Les données concernant les usages de l’eau en Cerdagne sont à retrouver dans le document de référen (...)

29À la suite de l’adoption de la Loi sur l’eau et des milieux aquatiques de 2006, transcription de la Directive Cadre sur l’Eau de l’Union Européenne (2000) demandant d’atteindre un bon état chimique, biologique et quantificatif des masses d’eau à l’horizon 2015 à travers la mise en œuvre de plans de gestion ou de programmes d’actions, les Schémas Directeurs d’Aménagement et de Gestion des Eaux Rhône-Méditerranée successifs demandaient l’élaboration par bassin versant de Plan de Gestion quantitative de la Ressource en Eau (PGRE) afin de résorber les déséquilibres hydriques mis en lumière par des études dédiées14. Les actions d’économies d’eau ont ainsi été les premières attentes des politiques publiques, notamment sur l’utilisation de l’eau agricole représentant 50 % de la consommation de l’eau au niveau national15 et près de 95 % en Cerdagne16.

  • 17 Programme de Développement Rural Languedoc-Roussillon 2014-2020, version 12, Type d’opération 4.3.2 (...)
  • 18 GRANIER, DEUMIER, 2013, p. 30-34.

30Au niveau régional et de son Plan de Développement Rural (PDR), l’appel à projets FEADER « Soutien aux infrastructures hydrauliques : réalisation d’économies d’eau et substitution des prélèvements existants », piloté par la Région Languedoc-Roussillon puis Occitanie, est venu appuyer financièrement les structures gestionnaires d’infrastructures agricoles pour la « modernisation de leurs outils de travail » et le « remplacement des réseaux vétustes par un mode de prélèvement plus efficient17». À travers les critères de sélection de cet Appel à Projets, l’efficience hydraulique est le point central, dans ses aspects « transport » et « distribution18 ».

31Après huit années d’application du PDR en Cerdagne, plus d’une dizaine de canaux d’irrigation ont pu être rénovés et/ou modernisés, en améliorant le rendement de transport ou de distribution et facilitant leur utilisation quotidienne dans un contexte de raréfaction de la main d’œuvre « de gestion » comme vu plus haut. Pour des raisons essentiellement financières, des techniques et matériaux courants ont été mis en œuvre, comme l’installation de buses en Polyéthylène à Haute Densité, l’acier galvanisé ou le béton, au détriment d’une réfection à l’identique qui n’aurait pu être mise en œuvre pour trois raisons principales :

  • le coût financier des travaux, demandant une technicité accrue et des entreprises qualifiées ;

  • les économies d’eau directes inférieures, élément pénalisant au vu de la notation des projets lors de l’instruction de l’Appel à Projets ;

  • l’inadéquation avec le besoin à court-terme des gestionnaires vis-à-vis d’une fonctionnalité accrue, voire d’un sauvetage.

32Des compromis ont été trouvés afin de cadrer avec le patrimoine bâti en place et/ou le paysage, les gestionnaires étant notamment sensibles à la conservation d’une pratique de la pierre, très forte en Cerdagne (fig. 18).

Fig. 18

Fig. 18

Porté-Puymorens (Pyrénées-Orientales), canal du Pla, nouvel ouvrage de répartition en béton armé avec habillage de schistes liés à la terre.

© CDC PYRCER

Conclusion

  • 19 BOUFFIER, WATEAU, 2019.

33La conservation du patrimoine bâti en pierre dans la gestion des canaux d’arrosage est une question d’actualité, comme le montre le projet de « beau livre » du Parc Naturel Régional des Pyrénées catalanes sur la mémoire orale des canaux d’arrosage du territoire et leur intégration dans le paysage. Ailleurs sur le pourtour méditerranéen, cette préoccupation est présente, comme en témoigne le travail mené par la Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme sur le canal Galermi, ouvrage antique, dans le territoire syracusain (Sicile)19. La sécheresse vécue en 2022 vient heurter de plein fouet les aménagements hydrauliques en place avec une pression autour de la gestion efficiente de la ressource en eau, pression traduite dans les demandes de résultats des institutions, et la possibilité de garder intact ou restauré des savoir-faire et des techniques permettant de valoriser le territoire et l’histoire locale.

34La conservation de l’existant vient également se confronter à la mutation des usages et de l’usage des sols, avec des surfaces construites plus importantes et des usages davantage liés à l’usage domestique voire à une simple protection contre les possibles débordements des ouvrages. L’adaptation aux usages et aux changements de société entraînent une modification des ouvrages en place.

35L’aspect utilitaire des canaux d’arrosage semble avoir su mettre en avant les techniques de construction contemporaines, en se chargeant de maintenir intact l’objet premier de ces ouvrages, rappelé dans chacun des statuts syndicaux, à savoir le transport d’eau brute. Dans ce sens, une complémentarité entre une efficience accrue et un patrimoine conservé pourrait-elle se mettre en place à travers un programme adapté à chaque canal en y faisant intervenir autant les acteurs financiers et techniques des deux domaines ? Cette dualité serait-elle durable sur le long terme ou l’une des deux composantes prendraient-elles progressivement le dessus au gré des volontés politiques ? Enfin, l’utilisation de techniques et matériaux plus couramment utilisés ne doit-elle pas également être valorisée comme étant le patrimoine bâti de demain ? En envisageant la pierre comme matériau de construction de base au vu de sa proximité et disponibilité, les constructeurs ont-ils suivi une autre logique que celle, plus actuelle, du travail du ciment, de l’acier et des composés plastiques ?

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Bibliographie

ASA INFO et Chambres d’agriculture, Guide de mise en conformité des Statuts des Associations Syndicales, 2007.

BECAT, Joan, Aiguats et inondations exceptionnelles en Andorre au XXème siècle. L’aiguat de 1982 en Andorre, ICRESS (EA 3681), Université de Perpignan Via Domitia, 2013.

BOUFFIER, Sophie ; WATEAU, Fabienne, Galermi au fil de son eau : un aqueduc syracusain dans la reconfiguration de son territoire, Développement durable & Territoires, n° 10, 2019.

Chambre d’agriculture Occitanie, L’agriculture des Pyrénées-Orientales, en bref, édition 2017.

CANDAU Sylvie, Le Musée du Granit de Dorres ou l’âme retrouvée des tailleurs de pierre…, Ceretania-Quaderns d’estudis cerdans, 2001-3, pp.267-270.

DEROCHE, Olivier, Introduction à l’étude des canaux d’arrosage de la Cerdagne française. Revue Sources. Les cahiers de l’âne rouge, n° 8, p. 151-163, 2022.

GRANIER, Jacques ; DEUMIER, Jean-Marc, Efficience hydraulique et énergétique : les nouveaux critères de performances pour les systèmes d’irrigation du futur, Revue Science Eaux & Territoires, L'irrigation en France, n° 11, 2013, p. 30-34.

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LLAC François, Histoire géologique de la Cerdagne, Ceretania-Quaderns d’estudis cerdans, 1991-1, p. 7-20.

LOUBIER, Sébastien ; GARIN, Patrice, Un avenir incertain pour les associations syndicales autorisées d’irrigation, Revue Science Eaux & Territoires, L'irrigation en France, n° 11, 2013, p. 90-95.

MARTZLUFF Michel, Le paysage bocager de Cerdagne : approche archéologique d’un impact de la société paysanne sur le substrat minéral, Le paysage rural et ses acteurs, PUF Perpignan, 1998, p. 229-294.

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Programme de Développement Rural Languedoc-Roussillon 2014-2020, version 12, Type d’opération 4.3.2 Soutien aux infrastructures hydrauliques : réalisation d’économies d’eau et substitution des prélèvements existants, https://www.europe-en-occitanie.eu/IMG/pdf/432_aap_lr_2022.pdf, consulté le 24/10/2022.

RENDU, Christine, La montagne d’Enveig. Une estive pyrénéenne dans la longue durée, Éditions Trabucaïre, 2003.

ROY, Laurent, Avant-propos – Gestion quantitative de l’eau et irrigation en France, Revue Science Eaux & Territoires, L'irrigation en France, n° 11, 2013, p. 4-5.

Secrétariat technique SDAGE Rhône-Méditerranée, Plan de Gestion quantitative de la Ressource en Eau (PGRE). Principes, gouvernance, suivi et révision, juillet 2019.

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Notes

1 Ce chapitre reprend les éléments développés dans l’article : DEROCHE, Olivier, Introduction à l’étude des canaux d’arrosage de la Cerdagne française. Revue Sources. Les cahiers de l’âne rouge, numéro 8, pp. 151-163, 2022.

2 Lire sur le sujet BECAT Joan, Aiguats et inondations exceptionnelles en Andorre au XXe siècle. L’aiguat de 1982 en Andorre, 2013.

3 Le projet Institutional and Social Innovations in Irrigation Mediterranean Management (ISIIMM) s’est déroulé de 2003 à 2007 sur des périmètres irrigués de France, Italie, Liban, Maroc, Espagne et Egypte donnant lieu à un rapport individuel par pays étudié et à une synthèse générale.

4 RENDU, 2003.

5 Seul, Michel MARTZLUFF (Maître de conférences à l’Université de Perpignan en 2005) a mené des études sur le granite, son extraction et la manière de travailler en Cerdagne, dans les années 1980.

6 LLAC, 1991-1, pp. 7-20.

7 MARTZLUFF, 1998, pp. 229-294.

8 MARTZLUFF, 1983, p. 4-14.

9 CANDAU, 2001-3, pp. 267-270.

10 INSEE, 2007.

11 Chambre d’agriculture Occitanie, 2017.

12 Parc Naturel Régional des Pyrénées catalanes, 2007.

13 LOUBIER, GARIN, 2013, p. 90-95.

14 Secrétariat technique SDAGE Rhône-Méditerranée, Plan de Gestion quantitative de la Ressource en Eau (PGRE). Principes, gouvernance, suivi et révision, juillet 2019.

15 ROY, 2013, p. 4-5.

16 Les données concernant les usages de l’eau en Cerdagne sont à retrouver dans le document de référence du PGRE Sègre.

17 Programme de Développement Rural Languedoc-Roussillon 2014-2020, version 12, Type d’opération 4.3.2 Soutien aux infrastructures hydrauliques : réalisation d’économies d’eau et substitution des prélèvements existants.

18 GRANIER, DEUMIER, 2013, p. 30-34.

19 BOUFFIER, WATEAU, 2019.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1
Légende Plan de situation de la Cerdagne.
Crédits © François Mancebo
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-1.png
Fichier image/png, 526k
Titre Fig. 2
Légende Dorres (Pyrénées-Orientales), ancienne carrière de granite, dite « carrière Gordia ».
Crédits © Sylvie Candau
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Fig. 3
Légende Sainte-Léocadie (Pyrénées-Orientales), ferme Cal Mateu – Musée de Cerdagne.
Crédits © Sylvie Candau
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 646k
Titre Fig. 4
Légende Dorres (Pyrénées-Orientales), canal de Pont de Canal.
Crédits © Sylvie Candau
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Fig. 5
Légende Dorres (Pyrénées-Orientales), borne de la Font Mageta.
Crédits © Sylvie Candau
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 1,6M
Titre Fig. 6
Légende Ur (Pyrénées-Orientales), canal du Plandail, mur en pierre sèche de granit en rive gauche du canal.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 915k
Titre Fig. 7
Légende Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales), passage d’un canal d’arrosage aménagé dans un mur de délimitation.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 800k
Titre Fig. 8
Légende Angoustrine (Pyrénées-Orientales), canal de la Serre, joues et radiers du canal en granit.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 929k
Titre Fig. 9
Légende Llo (Pyrénées-Orientales), canal d’Espluga, mur de soutènement en schistes.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 846k
Titre Fig. 10
Légende Osséja (Pyrénées-Orientales), canal inférieur d’Osséja, mur de soutènement en schistes liés à la terre présentant plusieurs niveaux de restauration.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 761k
Titre Fig. 11
Légende Eyne (Pyrénées-Orientales), canal de Rondole et Rohet, bassin de répartition en pierres de taille de granit.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 749k
Titre Fig. 12
Légende Err (Pyrénées-Orientales), canal d’Err, bassin de décantation en schistes liés au mortier et couronnement en pierres de taille de granit.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 848k
Titre Fig. 13
Légende Angoustrine (Pyrénées-Orientales), canal international d’Angoustrine-Llivia, ouvrage de répartition en pierre de taille de granit.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 816k
Titre Fig. 14
Légende Estavar (Pyrénées-Orientales), ouvrage de répartition sur le canal d’Estavar-Bajande, habillage en schistes liés au ciment et chaînes d’angle en granit.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 598k
Titre Fig. 15
Légende Porté-Puymorens (Pyrénées-Orientales), canal abandonné au Cortal Michette.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 755k
Titre Fig. 16
Légende Llo (Pyrénées-Orientales), canal d’Espluga, mur de soutènement dégradé.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 955k
Titre Fig. 17
Légende Angoustrine (Pyrénées-Orientales), canal du Ribéral, canal à l’air libre fuyard en pierre sèche de granit.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Fig. 18
Légende Porté-Puymorens (Pyrénées-Orientales), canal du Pla, nouvel ouvrage de répartition en béton armé avec habillage de schistes liés à la terre.
Crédits © CDC PYRCER
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/11230/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 842k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sylvie Candau et Olivier Deroche, « L’utilisation de la pierre pour la construction et la réfection des canaux d’arrosage de Cerdagne : entre fonctionnalité, politiques publiques et conservation du patrimoine (Pyrénées-Orientales) », Patrimoines du Sud [En ligne], 17 | 2023, mis en ligne le 01 mars 2023, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pds/11230 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pds.11230

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Auteurs

Sylvie Candau

Chargée de mission Projet scientifique et culturel du Musée de Cerdagne, Cal Mateu, Sainte-Léocadie
sylvie.candau[at]pyrenees-cerdagne.com

Olivier Deroche

Technicien à la Communauté de communes « Pyrénées-Cerdagne », Saillagouse
olivier.deroche[at]pyrenees-cerdagne.com

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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