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Dossier

De Ponce à Barcelone. La famille Gallart et le pouvoir à travers les arts et l’architecture éclectique à la française (1851-1898)

De Ponce a Barcelona. La família Gallart i el poder a través de les arts i l’arquitectura a la francesa (1851-1898)
From Ponce to Barcelona. The Gallart family and power through the arts and French eclectic architecture (1851-1898)
Sergio Fuentes Milà
Cet article est une traduction de :
De Ponce a Barcelona. La família Gallart i el poder a través de les arts i l’arquitectura a la francesa (1851-1898) [ca]

Résumés

José Gallart Forgas (1838-1898) est un industriel catalan qui part à l’île de Porto Rico pour s’enrichir avec l’exploitation de la canne à sucre. Cet entrepreneur est un exemple de grand mécène de la fin du XIXe siècle premièrement à Ponce (Porto Rico) mais aussi et surtout à Barcelone. Le cas Gallart est celui de plusieurs catalans qui ont fait fortune en Amérique et qui se sont servis des arts et de l’architecture pour créer une image personnelle de prestige et pouvoir. Quand il fixe sa résidence à Barcelone, il commande la construction de deux palais pour y installer toute sa dynastie : le Palau de les Heures (1894-1895) et le Palau dels dos lleons (1895-1897). À travers des sources documentaires diverses, dont certaines sont inédites, on va démontrer comment ces deux architectures, ainsi que ses autres commandes artistiques, ont été la matérialisation d’une stratégie de représentation sociale du pouvoir industriel, politique et économique de Gallart. Les deux bâtiments sont des exemples d’architecture d’inspiration française de style Second Empire et Renaissance, un éclectisme à la française très habituel dans la Barcelone du XIXe siècle et qui est bien peu étudié.

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Texte intégral

1Cette étude monographique nous offre l’opportunité d’explorer principalement des questions liées à la relation entre l’architecture éclectique française à la suite du style Second Empire et l’architecture barcelonaise de la seconde moitié du XIXe siècle. Le sujet d’étude proposé est celui de José Gallart Forgas (1838-1898), un industriel catalan parti à l’île de Porto Rico pour s’enrichir avec l’exploitation de la canne à sucre. Cet entrepreneur est un exemple de grand mécène de la fin du XIXe siècle premièrement à Ponce (Porto Rico) mais aussi et surtout à Barcelone. À travers ses commandes artistiques il matérialise une stratégie de représentation sociale de son pouvoir industriel, politique et économique. Gallart fait partie de ces catalans qui firent fortune en Amérique devinrent mécènes et se servirent des arts et de l’architecture pour créer une image personnelle de prestige et de pouvoir.

2À Ponce, Gallart participe à la vie culturelle et politique de l’île de Porto Rico et commande la construction du Théâtre La Perla ainsi qu’un retable dédié à saint-Joseph pour l’église de la ville d’Aibonito. Mais après s’être enrichi à Puerto Rico, il fixe sa résidence à Barcelone. Alors il commande à l’architecte August Font Carreras (1846-1924) la construction de deux palais pour y installer toute sa dynastie. Le premier, nommé Palau de les Heures (1894-1895), est conçu comme la résidence familiale d’été et est élevé dans le bois d’Horta, près de Barcelone. L’autre, appelé Palau dels dos lleons (1895-1897), est situé au centre-ville et était sa résidence habituelle. À travers des sources documentaires diverses, dont certaines sont inédites, on va démontrer comment ces deux architectures, ainsi que ses autres commandes artistiques, furent la matérialisation d’une stratégie de représentation sociale du pouvoir industriel, politique et économique de Gallart. L’importance des deux exemples vient de ce que ce sont des bâtiments d’inspiration française de style Second Empire et Renaissance, un éclectisme à la française très habituelle à la Barcelone du XIXe siècle et qui est bien peu étudié.

José Gallart et Porto Rico : la modernisation de l’entreprise de la canne à sucre

  • 1 José Gallart Folch affirme que son père, José Gallart Forgas, naquit le 27 novembre 1838 et qu’il f (...)
  • 2 ROSADO, 1888, p. 285.

3Fils de Miguel Gallart Batllenc et Reparada Forgas Bayó, José Gallart Forgas est né à La Bisbal d’Empordà le 17 novembre 18381. En 1851, après la mort de son père, José Gallart Forgas s’embarque avec sa mère et sa sœur Anita sur le brigantin La Jeune Modeste2. Après un voyage de trois mois, ils débarquent au port de la ville de Ponce (Porto Rico) où Pedro et Juan Forgas, ses oncles, les attendaient.

  • 3 ROSADO, 1888, p. 285.
  • 4 La première située au midi de La Luciana et la deuxième entre les fleuves Jacaguas et Inabón.
  • 5 El Quemado, La Flaca et Salinas dite aussi La Catalana, situées au quartier Cañas de la ville de Po (...)

4Dans la famille, c’est Pedro Forgas qui commence l’aventure de Porto Rico. En 1835, il part aux Antilles, fuyant la misère qui dévastait sa petite ville après la guerre d’indépendance espagnole (1808-1814). Les premières années, Pedro Forgas s’occupe de commerce, en vendant les produits agricoles autochtones. Pour cela, il établit un petit magasin entre les fermes de haricots et la ville de Ponce. L’entreprise progresse rapidement et Pedro Forgas a besoin de l’aide de son frère Juan, qui arrive dans l’île en 1838. L’épargne et le développement d’un commerce intérieur à Porto Rico permettent la prospérité de l’entreprise. Quand José Gallart s’installe dans l’île, les Forgas ont déjà une première sucrerie, appelée La Luciana et située entre les villes de Ponce et de Juana Díaz3. Ce petit commerce dédié aux citoyens de Ponce devint une puissante productrice de sucre. Pendant que José Gallart est le seul responsable, la famille acquiert d’autres domaines : en 1863 les deux grandes sucreries appelées La Cristina et La Fortuna4 et en 1880 les autres domaines qui forment La Reparada5. En réunissant toutes ces sucreries, les Gallart constituent le plus grand centre de production de canne à sucre de toute l’île de Porto Rico.

  • 6 Pour en savoir plus, consulter : GALLART, 1971, p. 39-45.

5Au début des années 1860, La Luciana dispose déjà d’environ 100 hectares. La zone la plus riche pour l’exploitation de la canne à sucre est un rectangle d’environ 800 mètres sur 1 kilomètre, situé dans la zone du sud de la ferme, là où se trouvent les constructions de la propriété. À ce moment-là il y a un moulin central mais, progressivement, de nouvelles installations modernes sont construites à la place : des magasins qui accueillent les nouveaux moulins et la machine à vapeur qui les faisait fonctionner, un nouveau bâtiment pour la distillation du rhum, une écurie, une maison pour les domestiques et un petit quartier pour les travailleurs. Finalement, au centre, une maison en bois est bâtie, laquelle avait une galerie supérieure et, dans la partie inférieure, un magasin destiné à la vente des produits. La modernisation des systèmes d’extraction du sucre développée par José Gallart – introduction des machines et moulins à vapeur –, surtout ceux de La Fortuna, est la clé pour obtenir le sucre blanc et cristallisé, habituel à Cuba, et diminuer la production de sucre roux dénommé mascabado, puisque le premier était meilleur et aussi commercialisé à un prix supérieur à l’autre. Ce processus de modernisation des installations des fermes est achevé en 1896 avec 28 kilomètres de rail Decauville, plus de quatre cents wagonnets et plus de mille bœufs6. En 1885, José Gallart commande une série de « portraits » des sucreries les plus importantes de la famille au peintre portoricain Francisco Oller (1833-1917) qui finit celui de La Fortuna (fig. 1).

Fig. 1

Fig. 1

Brooklyn Museum, New York City (États-Unis), Francisco Oller, La Fortuna, 1885, huile sur toile, 66 x 101,6 cm, don de Lilla Brown en mémoire de son mari, John W. Brown, par échange, 2012.19.

© Brooklyn Museum photograph, 2013

L’homme politique et les premières commandes artistiques

  • 7 Jean Bertoli naît à Bastia (France) et s’installe à Porto Rico en 1845, embauché par le corps d’ing (...)

6Au-delà de son activité industrielle, José Gallart participe activement à la vie sociale de Ponce et fréquente des personnalités de la haute société. Cette ville est dépourvue de distractions culturelles dans les années 1860. En fait, les divertissements les plus habituels étaient les combats de coqs ainsi que les concerts militaires. Par conséquent, les avocats, les banquiers, les industriels comme Gallart et plusieurs familles espagnoles installées dans l’île encouragent des activités comme le théâtre, l’opéra et la zarzuela. En 1860, un groupe d’entrepreneurs finance la construction du Théâtre La Perla, un bâtiment érigé par l’architecte corse Jean Bertoli Calderoni (1820-1885)7. Dans ce groupe on souligne la présence de trois personnalités du monde des affaires : le banquier et avocat portoricain Francisco Parra Duperón (1827-1899), Pedro Garriga Samada (-1897), né à Reus (Espagne) et qui habite à Porto Rico dès 1831, et José Gallart. Francisco Parra, né dans la ville portoricaine de Mayagüez, s’installe à Ponce où il fonde le cabinet d’avocats Parra, del Valle & Limeres et la banque Banco de Crédito y Ahorro Ponceño. Il est primordial de connaître les relations de Gallart pour comprendre son activité de mécène dans cette ville alors si peu culturelle. Le théâtre, nommé La Perla – Ponce était connue aussi comme La Perla del Sur à Porto Rico –, devient donc la première commande artistique à laquelle participe Gallart, une commande qui démontre l’intérêt naissant de mécénat artistique – puis aussi scientifique – de l’entrepreneur catalan.

  • 8 ACOSTA, 2008.

7En 1864 a lieu l’inauguration de ce bâtiment, où différents éléments à l’antique furent distribués, spécialement sur l’extérieur. La façade principale a un portique hexastyle et la combinaison régulière et harmonique des corps, des volumes et des ouvertures apporte un aspect monumental qui s’impose par rapport aux compositions simples et habituelles des autres édifices de Ponce, plusieurs étant de style colonial ou créole. Les chapiteaux en fer fondu supportent un entablement sobre sans ornements remarquables. Au couronnement supérieur une structure échelonnée remplace le fronton triangulaire typique du langage néoclassique. Bien que ce bâtiment ait été détruit en 1918 suite à un tremblement de terre, il est reconstruit à partir des dessins originaux de Bertoli en 1940. Les chapiteaux en fer ont été récupérés et l’acoustique améliorée8. Francisco Parra, Pedro Garriga et José Gallart ont été les propriétaires du Théâtre La Perla les premières années après sa fondation, en diffusant la culture à partir des représentations théâtrales, d’opéra et zarzuela, ces dernières toujours liées à l’identité espagnole. Plusieurs de ces représentations eurent sans doute des visées politiques afin de réaffirmer la présence espagnole à la colonie et le sentiment d’appartenance des familles portoricaines à l’Espagne. Un exemple évident de cette stratégie idéologique fut bien sûr la représentation de La Campana de la Almudaina du dramaturge majorquin Joan Palou Coll (1828-1906) à l’inauguration du théâtre. Cet ouvrage de 1859 raconte la conquête de l’île de Majorque par la Couronne d’Aragon au XIVe siècle par Pierre IV d’Aragon dit le Cérémonieux, qui représente le visage du conquérant espagnol honoré. Le choix de ce drame par les propriétaires – Parra, Garriga et Gallart principalement – pour inaugurer le nouveau théâtre de Ponce a une intention politique. L’analogie de l’île de Majorque conquise avec celle de Porto Rico hispanisée est évidente. De plus, La Campana de la Almudaina était en vogue à cette époque-là dans le théâtre espagnol de la péninsule ibérique. Voici le lien politique et culturel entre la vie sociale de Porto Rico et celle de l’Espagne péninsulaire. En ce sens, on ne peut pas oublier que cette île était une province espagnole d’outre-mer à ce moment-là et jusqu’à 1898. En conséquence, la dimension politique du Théâtre La Perla était toujours forte durant les premières décades et ce bâtiment a accueilli aussi divers débats et discours politiques, et est devenu un des centres de la vie publique et sociale de la ville de Ponce.

  • 9 Parti Inconditionnel Espagnol [Traduit de l’espagnol par l’auteur : T.E.].
  • 10 MARTÍN, 1999.
  • 11 Boletín Mercantil, 10 juillet 1891. Après CUBANO, 2001 [T.E.].
  • 12 BALBÁS, 1887, p. 4 [T.E.].
  • 13 Sur ce sujet, consultez : Boletín Mercantil, 12 mars 1882 ; BONNIN, 1987-1988, p. 148 ; et CUBANO, (...)
  • 14 Une brève note sur la vie politique et militaire de José Gallart apparaît dans ROSADO, 1888, p. 285 (...)

8En plus de l’imprégnation politique dans les événements culturels auxquels José Gallart participe, l’entrepreneur est aussi un des clients habituels du Café Barnés de Ponce – situé au carrefour entre la rue Luna et la rue Marina –, un café où les habitants plus importants de la ville se réunissent pour débattre de la politique coloniale développée dans l’île. L’idéologie des réunions informelles est celle du Partido Incondicionalmente Español9, un parti de droite fondé par l’entrepreneur conservateur basque Pablo Ubarri Capetillo comte de San José de Santurce (1824-1894)10 qui défend l’amour et la fidélité envers l’Espagne et l’intégrité nationale à Porto Rico. La devise du parti est : « nous ne sommes ni conservateurs ni libéraux, nous sommes patriotes inconditionnels »11. En fait, les membres du parti sont nommés « enfants loyaux de la patrie ibère et des vainqueurs décidés à la défense de la noble cause espagnole en Amérique »12. Gallart appartient au Partido Incondicionalmente Español durant toute sa vie et il est président du comité du district sénatorial de Ponce13. Comme les autres « inconditionnels », José Gallart croit en un système politique autoritaire et rigoureux avec une administration inflexible14.

  • 15 La Vanguardia, 5 février 1891, p. 5 [T.E.].
  • 16 Certificat de député élu (20 avril 1891). AHS : HIS-0175-01.6.
  • 17 Parti Autonomiste [T.E.].
  • 18 Pour analyser le processus électoral des trois sénateurs par Porto Rico à la XVIIe législature, con (...)
  • 19 Certificat de l’Acte d’élection des sénateurs (29 mars 1893). AHS : HIS-1385-04.2.
  • 20 Sur la XVIIIe législature, consultez : Copie certifiée de l’Acte électorale (29 mars 1893), Reçu du (...)

9L’importance politique de José Gallart fut remarquable à Porto Rico ainsi qu’en Espagne, car quand il s’installe à Barcelone il est élu député en 1891 du district sénatorial central de l’île – district de San Juan. On peut lire cette information à la revue La Vanguardia : « on a reçu le résultat définitif des élections à Porto Rico. Selon ceux-ci, les fidèles Gallart, Casa Miranda et Ramírez sont les vainqueurs [...] »15. Le Certificat de son élection date du 20 avril 189116. En revanche, malgré ses triomphes politiques, José Gallart est aussi considéré comme un « ennemi du pays » par plusieurs des citoyens portoricains, surtout par les indépendantistes du Partido Autonomista17. Gallart est nommé sénateur du Parlement en représentation de Porto Rico à la XVIIe législature (de 1893 à 1894)18. L’industriel est élu en même temps que José de la Torre Villanueva et Teodoro Ladico Font et avec le même score de 61 voix chacun. Ce cas est une démonstration de l’application du caciquisme dans les provinces espagnoles d’outre-mer à cette époque-là et concrètement à Porto Rico19. L’entrepreneur catalan conserve la même charge durant les deux législatures suivantes – celles de 1894 à 1895 et de 1896 à 189820.

  • 21 José Gallart Folch recueille les informations sur Julie Dubocq et sa famille grâce à Mario Mercado (...)
  • 22 Juan Forgas Bayó revient à Porto Rico seulement à l’occasion des baptêmes des deux enfants de José (...)
  • 23 De plus, Juan Forgas laissa aussi une partie de ses biens à Pedro Regincós Mojó (ami de confiance e (...)

10Les relations de Gallart avec les personnalités importantes de l’île et de la ville de Ponce sont de plus en plus étroites et, grâce à sa participation aux débats de la mairie et des questions militaires, il fait la connaissance de Julie Dubocq Roux (1849-1885), sa première épouse. Elle est d’origine française et ses parents, Jules Dubocq Trochon et Modeste Roux Rodrigo, sont nés dans les colonies françaises de Philadelphia et d’Haïti respectivement et se sont installés à Porto Rico après la perte de la moitié de l’île d’Haïti par la France21. José Gallart et Julie Dubocq se marient à l’église de Ponce le 20 janvier 1868, à l’époque où José Gallart s’occupe presque entièrement des affaires de son oncle Juan Forgas puisque ce dernier était très souvent à Barcelone, où finalement il s’installe jusqu’à sa mort le 3 janvier 188522. Le testament de Juan Forgas, rédigé le 17 juillet 1881, confirme la cession de tous ses biens en faveur de son neveu José Gallart Forgas, déclaré « légataire universel »23. C’est le commencement de la consolidation de la fortune du personnage central de cette étude.

  • 24 L’église Saint-Joseph d’Aibonito fut bâtie par l’architecte portoricain Pedro Cobreros qui avait dé (...)
  • 25 Romualdo Palacio fut nommé gouverneur de Porto Rico en janvier 1887. Aibonito devint la capitale mi (...)
  • 26 Non seulement José Gallart a financé le retable de Saint-Joseph d’Aibonito, mais il fit un don pour (...)

11Un exemple des commandes artistiques de Gallart lié à l’idée symbolique de la résistance espagnole, toujours en relation avec le programme politique du Partido Incondicionalmente Español à Porto Rico, est le retable de l’église Saint-Joseph de la ville d’Aibonito (fig. 2). L’œuvre est commandée par Gallart et réalisée en Espagne pour orner un édifice bâti de 1887 à 189724 par les soldats espagnols dirigés par le gouverneur de l’île, le général Romualdo Palacio González (1827-1908)25, lesquels luttèrent contre les rebelles du Partido Autonomista au mois d’août 1887. La pose de la première pierre de l’église (24 juin 1887) est présidée par le gouverneur Palacio, Casiano Balbás et Manuel Quintana – maire et curé d’Aibonito – et José Gallart. En fait, cette église est le dernier monument religieux construit par les Espagnols à Porto Rico26.

Fig. 2

Fig. 2

Aibonito (Porto Rico), église Saint-Joseph, retable saint Joseph.

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12Le retable de Gallart, en l’honneur de la résistance espagnole est réalisé en bois et en plâtre doré à la feuille. En fait, la dimension symbolique du retable est plus complexe car il n’a pas seulement un sens politique, il est aussi un objet de propagande personnelle pour Gallart et sa famille, un élément symbolique de la présence de l’industriel espagnol à Porto Rico, puisque l’industriel catalan défend les provinces portoricaines au Parlement espagnol à Madrid. En réalité, la ville d’Aibonito était à cette époque-là un des lieux préférés des garnisons espagnoles qui arrivaient à l’île depuis l’Espagne pour défendre la province des indépendantistes et développer le programme politique répressif de Palacio. Par sa situation centrale et ses conditions, cette ville fut choisie pour habituer les soldats au climat tropical de l’île. En conséquence, Aibonito fut un des points forts de réunion des membres du Partido Incondicionalmente Español.

13La forme du retable de Saint-Joseph ainsi que son iconographie peuvent être comprises sous cette interprétation de propagande du pouvoir de José Gallart et de son engagement envers Porto Rico et la cause pro-espagnole. La niche centrale expose une statue de saint Joseph avec l’Enfant Jésus au-dessus de l’image du Sacré-Cœur de Jésus sur la porte du tabernacle. Le panneau de droite est une peinture de l’archange saint-Michel terrassant l’Ange déchu, inspirée du grand Saint Michel de Raphaël et celui de gauche une représentation de sainte-Réparate. Le choix des saints est lié à l’histoire familiale de la dynastie des Gallart. En premier lieu, saint Joseph est le patron de la nouvelle église ainsi que l’allusion directe à José Gallart Forgas, le personnage principal et mécène du retable. Ensuite, la présence de Saint Michel et Sainte Réparate est interprétée pour honorer Miguel Gallart et Reparada Forgas, les parents de José Gallart. À leur tour, ces saints évoquent aussi les deux enfants du premier mariage de José Gallart qui sont nés à Porto Rico et qui s’appelaient comme leurs grands-parents, Miguel et Reparada. Ensuite la présence de Notre-Dame de la Merci au niveau du couronnement du retable est une référence à la seconde épouse de Gallart, Mercedes Folch Parellada – au moment de la construction du retable, José Gallart est déjà marié avec elle. En définitive, le retable et toutes les références dynastiques sont destinés à rehausser la relation de José Gallart en tant que mécène et homme politique avec Porto Rico et les noyaux de résistance espagnole de l’île comme le cas de la ville d’Aibonito.

José Gallart et Barcelone : le marché transatlantique et la consolidation du mécénat

  • 27 VALDALISO, 1991, p. 22.
  • 28 RODRIGO, 2015.

14Une partie de la fortune de la famille est le résultat de l’engagement des compagnies maritimes catalanes pour renforcer le marché transatlantique, en particulier avec les provinces espagnoles d’outre-mer. Comme le souligne Jesús M. Valdaliso « la flotte marchande espagnole était l’une des huit premières du monde dans la seconde moitié du XIXe siècle »27. À cette époque-là et au cours d’un processus de vingt-cinq ans, les voiliers marchands sont progressivement remplacés par des navires à vapeur. Sur les origines de la célèbre entreprise dite Casa de Vapores dont José Gallart devint le principal actionnaire, Martín Rodrigo Alharilla a présenté une étude complète et détaillée sur la naissance de cette entreprise, ainsi que sur son évolution jusqu’à sa liquidation en 191128. Nous partons de cette analyse publiée en 2015 pour souligner l’importance de l’industrie maritime dans la construction de la fortune de José Gallart une fois installé à Barcelone et comment cette fortune a été la clé du développement d’un mécénat artistique et scientifique encore plus puissant.

  • 29 AHPB : Gerónimo Cauhé, 1881, cinquième partie, f. 4181-4210, 31 décembre 1881 [T.E.].

15L’origine de l’entreprise gérée par la famille Forgas-Gallart remonte à l’entreprise de navigation Morera Mir y Cía, créée en 1878 après la dissolution de l’entreprise Juan Julià e Hijo et dirigée par Nicolás Mir Julià et Juan Bautista Morera Bargalló. Cet établissement a fonctionné pendant trois ans, après quoi Mir et Morera ont créé leurs propres entreprises : Nicolás Mir y Cía et J. B. Morera y Cía. Le succès de celle de Morera est dû, en partie, au contexte spéculatif qui affectait le secteur de la marine marchande à Barcelone pendant la Febre d’Or, une période qui renforça et enrichit la bourgeoisie catalane, principalement barcelonaise, dans les années 1870 et 1880. Dans ce même contexte, plus précisément en 1881, l’ancienne société A. López y Cía, fondée en 1857, a été consolidée et transformée en Compañía Trasatlántica, tandis que Nicolau Hermanos, créée en 1867, devenait la Compañía Catalana de Vapores Trasatlánticos. Toutes deux sont chargées de promouvoir et de développer le commerce et la production agricole et industrielle espagnole dans la péninsule ibérique et les possessions d’outre-mer au moyen de navires à vapeur. Avec les mêmes objectifs, Morera encourage une opération similaire et fonde la Compañía Barcelonesa de Vapores Trasatlántica, avec un capital social de 5 millions de pesetas divisé en 10.000 actions de 500 pesetas chacune, et dont l’objectif commercial est « exploiter la navigation par bateaux à vapeur avec les Antilles espagnoles et d’autres points du globe, en promouvant les relations commerciales avec eux »29.

  • 30 La société fut constituée par douze associés pour un capital total de 400.000 pts : Juan Forgas Bay (...)

16Après le succès initial de ces entreprises, la crise du secteur entraîne la disparition de Compañía Catalana de Vapores Trasatlánticos des frères Nicolau et de Compañía Barcelonesa de Vapores Trasatlánticos. Cependant, Morera créée une nouvelle société en 1883 avec certains associés de la précédente, auxquels s’ajoutent de nouveaux associés, dont Juan Forgas Bayó, qui devient le principal actionnaire avec un capital de 62.500 pesetas30. Il s’agit du premier lien entre la compagnie maritime et la famille Forgas-Gallart, lien qui est consolidé par José Gallart Forgas à son retour à Barcelone jusqu’à sa mort en 1898. La plupart des nouveaux investisseurs, comme Juan Forgas, ont leur siège social aux Antilles espagnoles. En conséquence les premières lignes de la nouvelle compagnie maritime relient Barcelone à Ponce, Mayágüez et San Juan (Porto Rico) et à La Havane (Cuba), laissant l’extension des lignes vers les États-Unis pour une phase ultérieure. En outre, le profil des nouveaux investisseurs fait qu’ils étaient souvent absents du siège de la compagnie, ce qui permet à Morera de contrôler l’entreprise.

  • 31 Testament de Don Juan Forgas Bayó par le Notaire Miguel Martí Sagristá, le 17 juillet 1881. AHPB : (...)
  • 32 GALLART, 1971, p. 57.
  • 33 Les descendants de Morera donnèrent leur version des faits selon laquelle Gallart aurait conspiré p (...)
  • 34 À partir de ce moment, les navires reçurent un nouveau nom. Ainsi, le Hernán Cortés fut rebaptisé G (...)
  • 35 Ce navire à vapeur garda le nom de José Gallart jusqu’en 1911, date à laquelle il devint le Balmes.

17Après la mort de Juan Forgas Bayó (3 janvier 1885), José Gallart Forgas devient le légataire universel31 et revient définitivement en Espagne et s’installe à Barcelone en octobre. Gallart découvre rapidement que la gestion de l’entreprise par Morera n’était pas aussi positive qu’il le laissait croire aux actionnaires32. En effet, l’entreprise est gravement endettée et au bord de la faillite. Gallart avec le soutien des autres associés forcent Morera à démissionner, nomment Eusebi Pi Torrents à sa place en novembre 1885 et l’entreprise est rebaptisée E. Pi y Cía33. Dans un premier temps, la nouvelle direction réduit les navires à trois vapeurs – le Hernán Cortés, le Cristóbal Colón et le Ponce de León – et, après la mort de Pi et la direction d’autres gérants, la société est mise en liquidation et dissoute à la fin de l’année 1891 afin de permettre la création d’une nouvelle société – F. Prats y Cía (30 janvier 1892) – à laquelle la propriété des trois navires pourrait être transférée34. De cette façon, Gallart renforce son rôle d’actionnaire principal de la nouvelle société avec 48,05 % du capital social, position qu’il obtient de nouveaux partenaires capitalistes qui possèdent comme lui des entreprises aux environs de Ponce et de Juana Díaz (Porto Rico). De plus, il s’impose comme l’inspecteur principal qui peut contrôler la gestion de l’entreprise avec un pouvoir presque absolu. Gallart réalise une expansion très importante de la compagnie maritime : il multiplie les bénéfices, augmente le capital de la compagnie, renforce les lignes transatlantiques – celle vers les Antilles espagnoles et celle vers l’Amérique du Sud – et supervise l’acquisition de nouveaux navires, dont certains portent des noms directement liés à sa famille, comme le Miguel Gallart et le Juan Forgas. De la même manière, après la mort de Gallart en 1898, la compagnie acquiert le Montclair, un vapeur moderne construit la même année en Écosse, qui est rebaptisé José Gallart35.

  • 36 La Vanguardia, 8 juillet 1893, p. 3 [T.E.].
  • 37 La Vanguardia, 12 août 1893, p. 3.

18À Barcelone, Gallart est le mécène de concours littéraires dédiés à La Bisbal, sa ville natale. Divers prix attribués sont financés par quelques familles puissantes de Barcelone ainsi que de La Bisbal. Les Gallart contribuent toujours aux prix dont les sommes sont les plus élevées. La moyenne des prix de ces concours est de 150 pesetas, mais la somme attribuée par Gallart est toujours supérieure. Le cas le plus remarquable fut le concours de 1893 avec un prix de Gallart de 500 pesetas destinées à « l’auteur du meilleur guide, le plus complet et le plus détaillé de cette ville [La Bisbal] écrit en catalan ou en espagnol »36. Finalement le Gallart décide, dans ce cas précis, d’attribuer lui-même un prix ex-aequo à deux travaux de 500 pesetas à chacun37.

  • 38 Les femmes membres de cette équipe de direction fondatrice de l’Hospital del Niño-Dios para Niños d (...)

19Mis à part le mécénat artistique et littéraire, la famille Gallart participe à plusieurs événements de bienfaisance, une activité très commune dans la bourgeoisie barcelonaise. Un exemple est l’inauguration de l’Hospital del Niño-Dios para Niños de Obreros Pobres le 30 mars 1892, un nouvel hôpital situé dans le passage Mercader de Barcelone après l’acquisition par parties d’un bâtiment par plusieurs familles riches de la ville. L’équipe de direction de l’hôpital est présidée par la Comtesse de la Vall de Merlès ainsi que Mercedes Folch, l’épouse de José Gallart, qui en est la vice-présidente38.

El Palau de les Heures39 : un palais d’été « à la française » pour les Gallart

  • 39 Le Palais des Lierres [Traduit du catalan par l’auteur : T.C.].
  • 40 Pour en savoir plus sur cet architecte, consultez : URBANO, 2011.
  • 41 Le Palais des Beaux-Arts de l’Exposition Universelle de Barcelone 1888 a été étudié en détail à : F (...)
  • 42 Normalement la famille Gallart passa les étés à Sant Hilari (GALLART, 1971, p. 264), un lieu habitu (...)

20La fortune de la famille est donc consolidée à Barcelone grâce aux affaires transatlantiques, l’exploitation, l’extraction massive et la commercialisation du sucre provenant des domaines portoricains ainsi que par l’héritage de l’oncle Juan Forgas. En conséquence de l’importance de ses entreprises, des liens sociaux avec la bourgeoisie barcelonaise et de sa carrière politique à Porto Rico et au Parlement espagnol, José Gallart décide de commander deux résidences représentatives de son pouvoir social. Il contacte August Font Carreras (1845-1924)40, l’un des plus importants architectes barcelonais de l’époque. Cet architecte a terminé ses études à l’École d’Architecture de Madrid en 1869 et est devenu très célèbre à Barcelone pour avoir construit des bâtiments privés destinés aux familles bourgeoises ainsi que par ses édifices publics comme le Palais des Beaux-Arts qui a été réalisé à l’occasion de l’Exposition Universelle de 188841. La présence de l’esthétique, les formules, modèles et références tirées directement de l’architecture éclectique française ainsi que la fonctionnalité en tant que base qui génère l’espace et la disposition autant intérieure qu’extérieure, sont quelques caractéristiques particulières habituelles dans l’œuvre de cet architecte. Gallart, qui est un admirateur de la grandeur et du luxe de l’architecture française de la seconde moitié du XIXe et surtout celle du Second Empire, commande à August Font ses nouvelles résidences barcelonaises non seulement pour y vivre mais encore pour créer de nouveaux espaces afin de magnifier la présence de la famille, ses influences et son pouvoir dans la ville. Choisir August Font en tant qu’architecte personnel signifie donc mettre en évidence son prestige social et fait partie de sa stratégie de représentation citoyenne. Il a sûrement rencontré l’architecte pendant ses séjours à Sant Hilari42 ou peut-être pendant l’Exposition Universelle de Barcelone.

  • 43 La part la plus importante des jardins, des fontaines et du labyrinthe du marquis d’Alfarràs fut co (...)
  • 44 En fait, José Gallart a d’abord présenté une proposition d’achat de la propriété de Lluís Martí-Cod (...)
  • 45 Cet espace est situé entre le labyrinthe du marquis d’Alfarràs et les domaines de Martí-Codolar, da (...)

21La première des résidences, palais d’été en forme de château situé dans le bois d’Horta, près de Barcelone, symbolise la puissance des Gallart en étant aussi la matérialisation de l’idée dynastique toujours présente. Il s’appelle le Palau de les Heures car sur le terrain où le bâtiment a été érigé il y avait profusion de lierres – heures en catalan. Gallart a l’idée d’un complexe pour y abriter différents jardins avec fontaines, une orangerie à structure métallique, une écurie, un grand château et une chapelle familiale sur la partie la plus élevée du domaine. L’objectif principal est de rivaliser avec des ensembles comparables, par exemple le labyrinthe d’Horta du marquis d’Alfarràs réalisé à la fin du XVIIIe siècle43 ou les domaines comprenant un zoo privé de la famille Martí-Codolar44. Pour cette raison ainsi que pour celle de l’idéologie et pour l’intérêt porté au concept de dynastie du mécène Gallart, August Font dessine une architecture plus imposante que celles qui existent aux alentours. Pour les mêmes raisons, l’architecte choisit les formes et l’esthétique des châteaux français de la Renaissance, concrètement ceux de la Loire. Avec le projet en tête, José Gallart achète les domaines du Mas Duran45 à Jaume Martí (le 18 octobre 1893) pour le prix final de 105.000 pesetas. Dans un espace de 30 hectares, il démolit l’édifice existant et indique à son architecte qu’il ne lésinera pas sur les moyens et le luxe pour la nouvelle construction (fig. 3).

Fig. 3

Fig. 3

Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), vue d’ensemble extérieure, auteur inconnu, 1950-1955. Arxiu Municipal Districte d’Horta-Guinardó : AMDHG : numéro 0391. Fons Jaume Caminal Serret.

© AMDHG

  • 46 La Vanguardia, 1er juillet 1894, p. 1 [T.E.].
  • 47 La Vanguardia, 12 mai 1985, p. 24 [T.E.].
  • 48 La Vanguardia, 28 mai 1985, p. 5 [T.E.].
  • 49 DÍEZ, 1986 ; PERMANYER, Lluís. Discurs de inauguració del Estudis de Formació Continuada de la Univ (...)
  • 50 Archives de l’École d’Architecture de la Catalogne, circonscription de Barcelone [T.C.].
  • 51 Actuellement la date d’exécution de ces documents a été modifiée par celle de janvier 1894.

22Chronologiquement, les travaux sont réalisés en deux phases : la première, de février 1894 au premier mars 1895, durant laquelle l’édifice principal et les jardins sont réalisés ; la seconde, durant l’été 1895, pour bâtir la chapelle et sa galerie, ainsi que les écuries et le pavillon d’entrée. Cependant, il y a quelques problèmes de datation apparus dans certaines études au sujet du Palais Gallart à Horta, où nous trouvons diverses opinions. Dans La Vanguardia, le 1er juillet 1894, un rédacteur qui visite les alentours du bois d’Horta affirme que « parmi plusieurs des maisons de plaisance remarquables sur le boulevard périphérique se détachent celles du Labyrinthe, de Martí Codolar, de Marcet et de Gallart, dont la construction est sur le point de finir »46. Malgré cette information on doit remarquer qu’à cette date les travaux de construction du Palais des Lierres étaient encore en train de se réaliser et que jusqu’à sept mois après ils ne se termineraient pas en leur totalité. Pour ce motif, le rédacteur a seulement pu observer quelques murs principaux du palais. D’autres écrits destinés à informer sur la restauration du palais en 1985 informent erronément que celui-ci « a été achevé en 1898 »47. D’un autre côté, les descendants de la famille Gallart valident notre théorie : « l’édifice des Lierres a été commencé en février 1894, en se terminant le 1er mars 1895 […] »48, affirme Inés Gallart, la petite-fille de José Gallart Forgas. Le reste des spécialistes du sujet confirment notre opinion49. Ces divergences ont fait que les plans et les dessins originaux du projet des constructions du domaine des Lierres – conservés dans l’Arxiu del Col·legi d’Arquitectes de Catalunya demarcació Barcelona50 – ont été erronément datés depuis 1898 jusqu’à notre étude51.

  • 52 Les statues des deux terrasses étaient des copies de sculptures classiques. Par exemple l’Apollon d (...)

23Premièrement, il est intéressant de noter l’utilisation intelligente du relief et l’inclinaison du terrain et du bois de la part d’August Font pour générer la forme et la disposition en terrasses des jardins avec escaliers et balustrades monumentaux. Ce système de terrasses et chemins boisés a servi pour créer une communication douce et élégante entre le palais, le bois d’Horta et les espaces inférieurs où Gallart disposa un petit zoo privé d’oiseaux exotiques et divers vergers. Il en résulte un jeu complexe de deux terrasses elliptiques avec divers parterres d’eau et parterres végétaux géométriques, en appliquant toujours le concept baroque français du jardin avec la nature domestiquée. La première terrasse fut nommée « le jardin des rosiers » à cause de la profusion des roses ; tous les parterres d’espèces végétales exotiques se disposent autour d’un grand parterre d’eau central entouré par quatre statues d’iconographie classique : Minerve, Apollon et deux représentations de la Nuit sur les deux côtés. À travers un système de rampes délimitées par des balustres on accède à la deuxième terrasse, « le jardin des fontaines », formée par trois parterres d’eau avec basin de marbre blanc et deux statues en marbre de Carrare dans les extrémités qui symbolisaient Diane et le Commerce52. Actuellement de ce système de jardin mixte – français par l’inclusion des parterres géométriques mais italien par le jeu des deux terrasses elliptiques – ne reste que la structure, mais les statues et bien sûr la végétation originale sont perdues (fig. 4).

Fig. 4

Fig. 4

Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), vue d’ensemble extérieure, auteur inconnu (GALLART, 1971, s/p.).

© Famille Gallart 1971

  • 53 Pour bien comprendre le plan des jardins des Lierres et la composition entre les deux terrasses d’A (...)
  • 54 Le gouverneur civil autorisa l’utilisation du torrent Sant Cebrià pour l’arrosage des domaines des (...)

24Grâce à la création des chemins et des rampes boisées dans le domaine des Lierres, August Font appliqua une stratégie d’intégration des nouveaux espaces du jardin géométrique à la française aux anciens jardins du XVIIIe siècle qui étaient encore à l’entrée des Lierres53. C’est une pratique que Font avait déjà utilisée pour créer le jardin à l’arrière du Palais de Beaux-arts de Barcelone, où se trouvaient les anciens espaces boisés du Jardin du Général. D’autres éléments végétaux, comme par exemple la plantation de palmiers par le jardinier Adrià Piera, servit pour rappeler l’importance des liens entre Gallart et Porto Rico, ainsi que pour démontrer son pouvoir économique. On doit savoir que les palmiers étaient, à cette époque-là, des articles luxueux et très chers. La référence à Porto Rico et à l’entreprise de canne à sucre était toujours présente et, pour cette raison, Gallart imposa à August Font l’obligation de faire un système d’arrosage semblable à celui qu’il avait outremer. À Porto Rico ce système de tuyaux et dénivellations qui exploitait le fleuve Jacaguas pour arroser les domaines de cannes à sucre, s’appliqua au bois d’Horta pour distribuer l’eau du torrent Sant Cebrià aux bassins et à toutes les plantes exotiques54.

  • 55 Plan, Plan et élévation, Plan et élévation de la tour, Perspective extérieur, Plan et élévation de (...)

25La perspective des jardins, unifiée par les balustrades, est couronnée par le grand château, une stratégie destinée à mettre en valeur l’importance de la masse architecturale (fig. 5). Nul doute que l’architecte a pensé à l’architecture française pour dessiner ce bâtiment, en particulier aux châteaux du Val de Loire. La structure du palais est remarquable par la clarté géométrique du plan et l’harmonie des proportions : un grand rectangle avec quatre tours circulaires aux angles couronnées par des coupoles coniques en ardoise. C’est la même structure de composition architecturale que celle des châteaux français comme Chambord qui devint un modèle à la fin du XIXe siècle pour les architectes éclectiques, et qu’August Font utilisa pour d’autres édifices comme celui de la restauration du château de Can Feu de Sabadell en 188155. De la même façon qu’au palais d’hiver de Rambla Catalunya, l’architecte a situé et orienté les espaces principaux vers l’extérieur où il a créé des tribunes et des petites terrasses pour rehausser son importance. Le Grand Salon, la salle du billard, la bibliothèque de la famille ainsi que la chapelle en sont des exemples. August Font utilisa cette organisation des espaces pour ordonner l’ensemble, créer des transitions et des directions internes, ainsi que pour établir une hiérarchie entre les chambres. Au rez-de-chaussée on trouvait les chambres nobles, aux premier et deuxième étages les chambres à coucher de la famille et au troisième niveau les chambres des serviteurs.

Fig. 5

Fig. 5

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), plan et usages du rez-de-chaussée.

© S. Fuentes

26Par ailleurs, la décoration intérieure se distingue par l’inclusion d’éléments en bois, surtout des plafonds à caissons, différents en chaque salon – caissons carrés, ronds, rectangulaires, ovales, et plus ou moins décorés selon l’importance et l’usage des chambres (fig. 6). En plus de la présence de bois précieux, le luxe est présent partout grâce à la présence de vitraux de couleurs et d’objets en bronze doré (fig. 7). Les murs des salons destinés à la vie sociale comme la salle à manger ou le Grand Salon sont ornés de peintures de paysages, de motifs floraux et d’oiseaux, encadrées par des moulures de feuilles d’acanthe dorées. Les lambris d’appui des salles sont faits en stuc au feu imitant le marbre et ceux de la salle à manger sont en bois. Les pavements sont différents selon les salles : du parquet pour les grands salons – le Grand Salon, le salon de billard, la salle à manger et la salle de confiance –, des marbres blanc et noir en forme de carrés – la salle d’entrée et le couloir – des mosaïques monochromes et des mosaïques à motifs géométriques dans les séjours de l’étage supérieur, principalement dans les chambres à coucher. L’escalier noble en marbre blanc avec un rampe en fer forgé plein de motifs floraux était un des éléments remarquables, mais le Grand Salon fut toujours l’espace le plus important à l’intérieur du palais (fig. 8).

Fig. 6

Fig. 6

Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), plafond à caissons, auteur Emili Reguant, 1954. AMDHG : numéro 415. Fons Felip Capdevila Rovira.

© AMDHG

Fig. 7

Fig. 7

Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), intérieur d’un des salons, auteur inconnu, 1950-1955. AMDHG : numéro 0439. Fons Jaume Caminal Serret.

© AMDHG

Fig. 8

Fig. 8

Escalier noble du Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), auteur Emili Reguant, 1954. AMDHG : numéro 415. Fons Felip Capdevila Rovira.

© AMDHG

  • 56 DÍEZ, 1986, p. 67.

27Le mobilier de cette salle est réalisé par le célèbre ébéniste catalan Francesc Vidal Jevellí (1848-1914) ; deux portraits de famille sont peints par l’artiste Josep Cusachs Cusachs (1851-1908) ; un tableau de Lluïsa Vidal Puig (1876-1918) et une toile de Joan Llimona Bruguera (1860-1926) représentant un ange ascendant au ciel et emportant la petite Anita. Selon Díez ce dernier ouvrage fait partie actuellement des collections du Museu Nacional d’Art de Catalunya56, néanmoins on n’a pas encore trouvé sa référence dans l’inventaire du musée. Les photographies d’époque montrent la richesse de cet espace de réunion familiale et sociale ainsi que certains des tableaux mentionnés.

28Les deux portraits de famille réalisés par Cusachs furent peut-être les tableaux les plus appréciés de la collection Gallart, non seulement parce que ce peintre était un des artistes catalans parmi les plus célèbres de cette époque-là mais encore par la qualité picturale des œuvres. À part cela, s’ajoutent d’autres considérations intéressantes pour notre sujet d’étude, celui de comprendre comment José Gallart a toujours lié son idéologie et le concept de dynastie à son rôle de mécène et à sa collection d’art.

  • 57 Exposición Nacional de Bellas Artes de 1887, p. 57.
  • 58 MORA, 1988.
  • 59 BARADA, 1888.
  • 60 Memòria 140 anys, p. 16-17 ; MIRALLES, 2007, p. 24 et 72 ; et MARAGALL, 1975, p. 42-43.

29Josep Cusachs était un militaire, fils d’une famille de la bourgeoisie catalane. En 1871, il termine sa formation militaire à Ségovie et devient lieutenant d’artillerie. À partir de ce moment-là, il développe une carrière militaire réussie pendant les guerres carlistes en Espagne. Parallèlement, il se forme à ses véritables passions, le dessin et la peinture, et lors de son séjour à Barcelone il accède à l’atelier du peintre Simó Goméz (1845-1880). À partir de ce moment, Cusachs se concentre sur sa formation artistique, laquelle culmine à Paris, où il suit les cours de Jean Baptiste Édouard Detaille (1848-1912) et étudie la peinture militaire française, principalement l’œuvre d’artistes comme Horace Vernet (1789-1863) et surtout Jean-Louis-Ernest Meissonier (1815-1891). Ces références constituent la base de sa peinture, essentiellement de nature militaire et exécutée dans un style précieux, représentant des épisodes de l’histoire militaire espagnole, des batailles napoléoniennes et autres conflits armés liés aux colonies d’outre-mer. Une grande partie de sa production picturale décrit en détail l’état, les armes et les uniformes des troupes espagnoles et leurs différents régiments au cours des deux dernières décades du XIXe siècle. La consolidation de sa réputation artistique dans le marché de l’art de l’époque arrive après son succès à l’Exposition Nationale des Beaux-Arts de 1887 célébré à Madrid. La critique et le public sont unanimes et les deux tableaux présentés – El campo de maniobras et Un vivac57 – sont acquis par Marie Cristine d’Autriche (1858-1929), reine régente d’Espagne de 1886 à 1902.58 À la fin de la même année, Cusachs reçoit une commande très particulière : la production de 264 œuvres entre dessins et peintures pour illustrer le livre La vida militar en España, publié en 1888 à Barcelone.59 Francisco Barada (1853-1922), capitaine d’infanterie et historien, écrit le texte où il dévoile l’état des troupes espagnoles et raconte quelques batailles historiques. Au mois de septembre 1889, une sélection de tableaux et dessins originaux réalisés par Cusachs pour le livre de Barada est exposée à Sala Parés,60 la galerie d’art la plus ancienne d’Espagne – fondée en 1877 – et la seule dans la Barcelone de l’époque. Cette exposition monographique consolide la peinture de Cusachs sur le marché, et la bourgeoise catalane d’idéologie plus conservatrice et pro-espagnole s’érige comme sa principale cliente. Ensuite, des familles de la haute commencent à commander à Cusachs des portraits de famille pour réaffirmer leur statut. José Gallart est un exemple de cette tendance. Les liens avec la vie militaire qu’il avait développés à Porto Rico et son idéologie centraliste durant son séjour dans l’île et à Barcelone pour protéger la tradition et la culture espagnole ainsi que le lien des colonies avec l’Espagne péninsulaire, sont deux éléments clés pour comprendre l’intérêt pour la peinture de Cusachs au-delà de son esthétique et de sa qualité picturale.

  • 61 Le 19 juin 2014, les deux portraits furent mis aux enchères La Suite Subastas (Barcelone) avec un p (...)

30On sait qu’en 1889, au moment de l’exposition nommée La vida militar en España, José Gallart a commandé à Cusachs deux portraits à cheval de ses héritiers Miguel et Reparada Gallart Dubocq à la façon militaire pour le prix de 15.000 pesetas. Ces tableaux, datés de 1890 et de grand format (220 x 150 cm chacun), ont formé une partie de la décoration du Palau de les Heures mais aussi de l’hôtel Gallart barcelonais situé dans la rue Rambla Catalunya et aussi de l’hôtel du passage Méndez Vigo en divers moments. En 2014 et en 2018, les deux œuvres ont été mises aux enchères à Barcelone avec d’autres objets précieux, meubles et tableaux61.

31Si pour dessiner le plan du bâtiment August Font s’inspire de la structure et de la disposition de base du château de Chambord, l’architecte utilise d’autres influences françaises pour concevoir une galerie annexe qui permet l’accès à la chapelle familiale. La référence évidente est alors la galerie sur le Cher du château de Chenonceau, aussi dans le Val de Loire. La galerie est l’élément architectural d’union entre le grand palais et la chapelle, un espace de transition entre usages : de la fonction domestique à celle sacrée (fig. 9). August Font dessine une galerie d’arcades élevée sur un pont formé par deux arcs surbaissés extérieurs (fig. 10). Sa toiture est en voûte surbaissée originellement ornée avec des tuiles céramiques vertes mais actuellement en bois par respect pour la tonalité d’origine. On doit signaler l’importance des éléments ornementaux extérieurs comme par exemple les colonnes à chapiteaux composites que surmontent des pinacles en forme de torche. La torche est présente ici en représentation du savoir absolu, la foi religieuse ainsi que la culture et l’idéologie des Gallart, et pour ce motif-là elle est située dans la galerie qui mène à la chapelle de la famille. Ensuite, la lettre G de Gallart est présente plusieurs fois en formant un petit garde-corps sur les deux côtés de la galerie. En définitive, August Font utilise ici divers dessins dans le but d’orner l’architecture mais aussi d’illustrer la personnalité de José Gallart à la suite du récurrent concept dynastique toujours présent dans ses commandes.

Fig. 9

Fig. 9

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), détail de la galerie d’union entre le grand palais et la chapelle familiale.

© Marcos Freijo

Fig. 10

Fig. 10

Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), arches soutenant la galerie reliant le grand palais et la chapelle familiale, auteur R. Font, 1954. AMDHG : numéro 570. Fons Foment Hortenc.

© AMDHG

Fig. 11

Fig. 11

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), vue actuelle des arches et de la galerie reliant le grand palais et la chapelle familiale.

© Marcos Freijo

32La nef de la chapelle est rectangulaire et soutient une voûte en quatre points et un toit à deux versants en faïence – actuellement en cuivre – à l’extérieur. La chapelle a une abside en cul-de-four couvert à l’extérieur par des petits tuiles bleues en forme d’écailles. Pour signaler la fonction religieuse, sur la toiture de cette construction August Font incorpore un petit clocher-mur qui mélange divers détails décoratifs de style Renaissance (fig. 12). Une tribune privée et destinée seulement au couple Gallart-Folch est située au-dessus de l’intérieur de la chapelle. L’accès à cette tribune était possible uniquement par le premier étage du palais et la galerie. Le rez-de-chaussée de la chapelle était destiné aux servants et aux hôtes qui venaient au domaine des Lierres (fig. 13).

Fig. 12

Fig. 12

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), détail du petit clocher-mur conçu par August Font pour la chapelle familiale.

© Marcos Freijo

Fig. 13

Fig. 13

Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), autel conçu par August Font pour la chapelle familiale, auteur Emili Reguant, 1954. AMDHG : numéro 415. Fons Felip Capdevila Rovira.

© AMDHG

  • 62 Voir la structure intérieure avec l’escalier en colimaçon de la tour centrale à l’Élévation transve (...)

33Non seulement August Font utilise la typologie des châteaux français pour la distribution des pièces selon leur fonction et le dessin du plan du palais et de la chapelle, mais aussi il reprend l’alternance entre les fenêtres circulaires et les mansardes pour couronner les corniches (fig. 14), disposition pareille à celle du château de Cheverny. On se trouve également dans ladite disposition en présence de cheminées très verticales comme à Chambord. De plus on remarque la présence d’une tour centrale qui ordonne les élévations des façades extérieures et qui fait référence aux phares, élément décoratif très utilisé par les architectes catalans éclectiques à cette époque-là. La tour – conservée encore aujourd’hui –, de plan carré mais avec huit côtés, est surmontée par un petit dôme terminé par une girouette en fer62. Ce détail, incorporé dans l’axe central de la composition, fait allusion à l’une des professions de Gallart, celle d’homme d’affaires dans le commerce transatlantique, ainsi qu’à l’importance du colonialisme espagnol d’outre-mer (fig. 15 et 16).

Fig. 14

Fig. 14

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), alternance entre les oculi et les mansardes couronnant le palais.

© Marcos Freijo

Fig. 15

Fig. 15

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), tour centrale.

© Marcos Freijo

Fig. 16

Fig. 16

Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), vue actuelle de la façade principale.

© Marcos Freijo

  • 63 Le prix de la Femme des lierres sur la façade principale fut de 1.500 pesetas et les quatre saisons (...)

34Toutefois, la décoration du palais n’est pas aussi monumentale que celle des châteaux du Val de Loire comme Chambord ou Chenonceau ; l’architecte dessine une décoration plus mesurée qui rappelle les rythmes simples de châteaux comme celui de Pray ou le jeu de chromatismes du château du Manoir du Clos Lucé, les deux situés à Amboise. De la même façon que dans les exemples français de la Renaissance, le jeu polychrome des façades extérieures du Palau de les Heures est fondé sur l’intérêt de combiner les tonalités propres des matériaux qui le composent : la couleur de la brique, les éléments en fer, l’ocre de la pierre et le noir de l’ardoise. Le seul élément ornemental est la niche sur la façade principale où se situe une sculpture allégorique dédiée aux lierres – une femme avec un enfant dans ses bras et entourée de lierres –, œuvre de Josep Campeny Santamaria (1858-1922). La façade arrière est ornée par quatre œuvres en terre cuite sur le thème des quatre saisons qui furent réalisées par le sculpteur Enric Clarasó Daudí (1857-1941)63.

  • 64 Plan des étages et élévation du pavillon d’entrée. ACOACB : Reg.H102C/2/3000 ; photographies du pav (...)

35August Font bâtit divers bâtiments complémentaires pour le domaine des Lierres. Premièrement, l’architecte dessine un grand pavillon d’entrée pour les jardins des Gallart dans le même style Renaissance que celui du palais. Ce pavillon à deux étages a deux tours cylindriques achevées par des coupoles coniques en ardoise. Une des tours est simplement ornementale et elle sert seulement à trouver un équilibre visuel avec la façade du palais s’élevant au sommet des terrasses à l’italienne. Le pavillon a la distribution intérieure simple de salles destinées à la vie du portier : un vestibule, une salle à manger, une cuisine et une chambre à coucher64.

  • 65 Plan et élévation de l’écurie des Gallart. ACOACB : Reg.H102E/4/3001.

36L’architecte dessine aussi une écurie65 située en arrière du grand palais pour garder les sept chevaux de la famille et pour accueillir les chambres des chauffeurs. Les espaces de ce bâtiment se distribuent autour d’une cour intérieure et les éléments décoratifs des murs extérieurs suivent aussi le style du palais central en répétant le jeu d’alternance entre les fenêtres circulaires et les mansardes pour couronner les corniches de l’ensemble. La présence de bustes de chevaux situés dans les niches circulaires sur la façade d’entrée, et l’horloge centrale de la cour couronnée aussi par un buste de cheval, restent les seuls éléments d’ornementation différents de l’ensemble et justifiés par la fonction spécifique du bâtiment.

  • 66 Plan et élévation de l’orangerie. ACOACB : Reg.102C/5/2998 ; Élévation de la façade principale du p (...)

37Finalement, August Font dessine une orangerie en fer forgé et verre66 pour cultiver les plantes plus exotiques et fragiles. Le bâtiment est de plan rectangulaire à deux étages avec deux petits balcons contigus au second niveau. Les élévations en fer se distinguent par la profusion de décoration florale sur les arcades en fer et leurs écoinçons où des espèces du bois d’Horta comme les lierres envahissaient les surfaces. Tout l’édifice était fermé par du verre et limité par des piliers également en fer terminés par des chapiteaux corinthiens. Le seul espace du bâtiment non réalisé en fer et en verre était le corps d’entrée où l’architecte projeta une façade en brique et pierre artificielle en suivant l’esthétique des formes et chromatismes du palais central. Malheureusement ni le pavillon du portier, ni l’écurie, ni l’orangerie de fer forgé n’ont été préservés.

  • 67 Autour de l’intérêt du goût officiel du Second Empire vers les styles historiques et surtout vers l (...)

38En conclusion, le Palau de les Heures est un très bon exemple de l’application des modèles français à l’architecture éclectique barcelonaise développée en même temps que sont bâties les premières œuvres modernistes. Grâce à l’idéologie conservatrice de Gallart et son concept de dynastie, August Font se sert de ces modèles majestueux, à la mode à l’époque en Europe et s’inspirant du style Second Empire67. Ces références furent utilisées dans le but d’édifier des bâtiments de plaisance ainsi que pour remarquer l’importance sociale des personnages et des familles de la haute société dans les années 70 et 80 du XIXe siècle. Un exemple notable est bien sûr le château Waddesdon Manor (1874-1889) situé dans le comté de Buckinghamshire près de Londres, lequel fut élevé par l’architecte, collectionneur et historien de l’art français Hippolyte Destailleur (1822-1893) pour le baron Ferdinand Rothschild (1839-1898). Dans ce cas précis, Destailleur qui avait supervisé la restauration de nombreux châteaux du Val de Loire utilise le château de Chambord ainsi que ceux de Maintenon, Blois et Anet pour créer une architecture tout à fait éclectique. En fait, le cas du nommé style Rothschild fut compris comme un exemple de réussite sociale par toute une nouvelle classe de riches financiers et industriels à travers toute l’Europe dont faisait partie José Gallart. En ce sens l’architecture et la décoration intérieure furent comprises comme véhicule d’un certain pouvoir social, puisqu’il existait une jonction entre culture et pouvoir qui devint l’image symbolique des Gallart. August Font satisfit le client avec le style choisi, à cause d’une tendance à la hausse en Europe, un des objectifs les plus importants du rôle de l’architecte selon César Daly. Par ce choix, l’ensemble des domaines des Lierres est une démonstration matérielle de la manière d’imposer une famille avec tout son statut social à la façon européenne. Le Palau de les Heures ainsi que son esthétique imposante et seigneuriale, servit pour souligner l’importance du pouvoir de José Gallart en Espagne et surtout à Barcelone ainsi que sa dimension clairement coloniale liée à ses entreprises catalanes et portoricaines.

Le Palais Gallart ou Palau dels dos lleons68 : une résidence d’hiver dans la ligne du style Second Empire

  • 68 Palais des deux lions [T.C.].
  • 69 Dans cette période, Juan Forgas acheta à Barcelone une maison 8 rue d’Aribau (octobre 1881) et autr (...)
  • 70 Actuellement, le 5 passage Méndez Vigo c’est l’Institut Italien de Culture de Barcelone.

39Juan Forgas, l’oncle de José Gallart, met en œuvre différentes stratégies immobilières à Barcelone entre 1881 et 1882 à travers son ami et intermédiaire Pedro Regincós Mojó. Forgas achète plusieurs maisons69, dont celle du 34 Rambla Catalunya – aujourd’hui 10 Rambla Catalunya – en octobre 1881. Bien qu’il hérite de cette propriété en 1885, José Gallart attend dix ans pour y faire des transformations. En fait, de 1885 à 1896 la famille Gallart habite dans l’hôtel du passage Méndez Vigo70 – maison également héritée –, mais ce bâtiment reste petit. Alors, grâce aux bénéfices de la Casa de Vapores et du marché transatlantique, Gallart pense à installer sa dynastie de façon permanente dans une nouvelle résidence d’hiver située au centre-ville. Pour ce projet, il commande encore une fois à l’architecte August Font les modifications de l’ancienne propriété héritée, laquelle est transformée en palais urbain.

  • 71 Francisco de Paula del Villar Lozano fut un architecte né à Murcia et qualifié en 1852 à l’École d’ (...)
  • 72 Arxiu Municipal Contemporani de Barcelona. AMCB : exp.2439 C. Dans ce dossier on trouve un plan de (...)

40Quand Gallart hérite de l’édifice de Rambla Catalunya, il acquiert une construction plurifamiliale qui date de 1872, un bâtiment à trois étages. Projetée par l’architecte Francisco de Paula del Villar Lozano (1828-1901)71 pour le propriétaire Martín Plana, l’entrée était un passage central pour les voitures qui traversait tout l’édifice en communiquant de la rue vers l’intérieur et jusqu’au jardin postérieur. Deux escaliers qui reliaient le rez-de-chaussée avec les demeures principales et les étages supérieurs se situaient sur les côtés droit et gauche du bâtiment. Les documents conservés montrent une distribution des chambres générée à partir de couloirs droits situés dans les extrémités des plans. Par ailleurs, l’ornementation de la façade principale était sobre. Les ouvertures étaient encadrées par d’amples franges simples et plates qui connectaient avec les balcons supérieurs sans consoles. Chaque frange horizontale disposait de quatre ouvertures, en laissant totalement plat l’axe vertical central sommé d’un mirador qui couronnait tout l’ensemble72. Même si, au mois de janvier 1873 on essayait de construire un quatrième étage et de réaliser des modifications dans le jardin, l’édifice resta identique jusqu’à ce que la propriété soit acquise par Juan Forgas en 1881 et héritée par José Gallart en 1885.

  • 73 Lettre de M.Gallart Forgas au Conseil Municipal de Barcelone (11 mars 1895). AMCB : Série : Eix., R (...)
  • 74 Plan de l’encadrement urbain de la propriété, Rez-de-chaussée, Façade principale située à Rambla Ca (...)
  • 75 Commission d’Eixample (23 mars 1895). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.6) [T (...)
  • 76 « Une permission provisoire est accordée à Don José Gallart pour réformer la maison 34 Rambla Catal (...)
  • 77 Reçu de José Gallart pour réformes générales (31.587,76 pesetas), numéro 1334 (27 mars 1895) ; Reçu (...)
  • 78 Un des problèmes principaux pour que le projet soit achevé fut l’arrêt des travaux dû à la construc (...)

41On doit situer les transformations réalisées par August Font un peu plus tard que la construction du Palau de les Heures puisqu’on date le projet de Rambla Catalunya de mars 1895, moment où les œuvres du palais d’été étaient très avancées. Une lettre de José Gallart – 11 mars 1895 – adressée aux pouvoirs municipaux de Barcelone, confirme notre hypothèse, puisque dans ce document le propriétaire sollicite le permis pour commencer les travaux proposés par son architecte. Gallart affirme : « en désirant réformer la maison citée […] et afin de donner une plus grande hauteur aux étages, construire un magasin, des chambres, construire deux cours latérales mitoyennes et ajouter une ouverture centrale dans chaque étage […] avec accord aux plans doublés »73. Dans ces indications les spécifications architectoniques des restaurations sont précisées ainsi que l’inclusion des élévations et des plans des nouvelles distributions dessinées par August Font. Les mêmes plans sont conservés dans le même dossier d’œuvres74, envoyés le 11 mars 1895 au conseil municipal barcelonais et signés par José Gallart comme propriétaire officiel, par August Font comme architecte dessinateur et par Pere Falqués comme architecte municipal. Après l’accord de la Commission d’Eixample alléguant qu’il « n’existe aucun inconvénient75 », la réponse affirmative et provisoire est reçue par une partie du Conseil municipal, signée par le maire José Collazo76, ainsi que divers paiements de la part de Gallart pour tels permis77. Les travaux qui commencent à la fin du mois de mars 1895, durent, à cause de divers problèmes avec le Conseil municipal, jusqu’en octobre 189778. Cependant, les Gallart s’installent dans l’immeuble au début de 1896, un an avant la fin des travaux, parce que Gallart avait déjà convenu la location de la maison du 5 passage Méndez Vigo pour 1896.

  • 79 GALLART, 1971, p. 267.

42La conception des restaurations du bâtiment de Rambla Catalunya est très intéressante puisqu’elles sont réalisées dans le but de créer un palais d’hiver où tous les Gallart pourront vivre ensemble. Cette idée dynastique appliquée par José Gallart dans ses maisons de Porto Rico ainsi qu’au Palau de les Heures est utilisée encore une fois pour sa nouvelle résidence au centre-ville barcelonais. Le concept de dynastie bourgeoise qui y est présent sert à générer la forme et les distributions intérieures des espaces et chambres ainsi que la décoration de la façade principale du bâtiment. Dans ce sens, sur ordre de Gallart la nouveauté de la commande architecturale fut que le palais devait suivre la typologie d’édifices de l’Eixample barcelonais, sans être plus imposant que ceux des alentours. En revanche, la nouveauté par rapport aux autres édifices c’est que le bâtiment a un aspect extérieur de maison plurifamilial mais un usage intérieur de maison unifamilial. Par conséquent ce bâtiment ne pouvait servir qu’à cette famille, particularité qui généra des systèmes de communication verticaux intérieurs complexes entre les divers étages de l’immeuble. La résolution de ces problèmes de circulation démontre que l’édifice était une variation de la typologie plurifamiliale typique de Barcelone mais toujours liée à une lecture unifamiliale. Dans cet univers dynastique, le couple de José Gallart et Mercedes Folch est le noyau important et autour de lui se développe la vie quotidienne. Pour cette raison, le premier et le deuxième étage sont destinés au pater familias, son épouse et ses enfants : le premier pour développer la vie sociale et représentative avec divers salons luxueux et un bureau de travail, et le deuxième pour accueillir les chambres à coucher. Comme le fils de Gallart le spécifie dans ses mémoires, le troisième étage est destiné aux oncles Asunción et José María – les deux frères de Mercedes Folch – et le quatrième aux trois cousines de José Gallart, les Safont Parellada79.

  • 80 ROGENT, 1897, p. 64.
  • 81 Ces cours mitoyennes latérales furent précisément situées au niveau des couloirs qui servaient à di (...)

43Avec l’objectif principal de faire communiquer les différents niveaux entre eux, l’architecte August Font maintient la typologie de l’escalier des voisins auquel on accédait après avoir traversé le hall principal qui unissait l’intérieur à la rue, en suivant les dispositions habituelles des propriétés avec escalier de locataires de l’Eixample barcelonais. August Font ferma le grand passage central qui croisait tout le rez-de-chaussée de l’édifice ancien et situa l’escalier à la moitié. Actuellement on conserve l’escalier intact, réalisé en marbre blanc italien avec treillages de bronze forgé de la maison Hijos de Ignacio Damians80, ainsi que les portes en bois qui formellement, comme nous verrons après avoir parlé de la façade principale, répètent certains détails ornementaux extérieurs. En plus de l’inclusion de l’escalier central qui permet l’accès à tous les étages, l’architecte ajouta deux cours latérales mitoyennes qui servaient à assurer l’aération des divers niveaux81. Toutefois, pour faire communiquer l’étage noble avec le deuxième - les deux occupés par le couple Gallart-Folch et ses enfants - Font dessine un élégant escalier privé en bois de noyer, aujourd’hui disparu. Bien qu’il s’agisse d’une propriété destinée à la même famille à tous les niveaux et espaces, comme le prouvent les circulations ainsi que les plans conservés, l’architecte établit une hiérarchie évidente entre les espaces, en donnant une prééminence aux étages dans lesquelles vit le mécène José Gallart. Pour cela, ces étages avaient une disposition différente des autres et, pour le même motif, ils reçoivent des ornementations plus riches. Par ailleurs, les niveaux supérieurs – troisième et quatrième – sont exactement identiques, et maintiennent la même disposition d’espaces et de séjours, cuisine, toilette, etc. Ensuite, la disposition des espaces intérieurs faite par August Font a pour résultat de situer et orienter les chambres ou salons plus importants et plus intimes – chambres à coucher de José Gallart et de son épouse Mercedes Folch, le salon familial et social ainsi que le bureau de José Gallart – vers l’extérieur, c’est à dire vers Rambla Catalunya. Extérieurement cette disposition se traduit par l’insertion de tribunes, comme au Palau de les Heures, surtout avec la tribune centrale du premier étage correspondant au grand salon familial.

44Finalement, au niveau de la rue August Font projette une série de magasins, une écurie pour les chevaux de Gallart, une petite salle à manger et une cuisine destinée aux servants. Actuellement ce niveau inférieur est occupé par un magasin d’optique et une caféteria, mais encore aujourd’hui on peut apprécier les voûtes des anciens espaces, surtout ceux de l’écurie.

  • 82 Cette entreprise sévillane de carreaux fut fondée en 1837 par l’anglais Carlos Pickman Jones (1808- (...)

45Encore aujourd’hui, dans le couloir du premier vestibule on trouve deux accès qui communiquent avec l’écurie et une sellerie où étaient rangées les selles, la garniture des cavaleries et les armes. Sur les murs de ce couloir principal du rez-de-chaussée, une série de compositions en carreaux de la fabrique sévillane Pickman et Cia82 représentaient les allégories des quatre saisons ; les figures les plus importantes étaient l’Agriculture et l’Industrie. Ces éléments décoratifs ont aujourd’hui disparu. Du point de vue iconographique de telles allégories étaient en lien direct avec l’autre résidence des Gallart et servaient de pendants aux allégories sculptées réalisées par l’artiste Enric Clarasó pour la façade postérieure du Palau de les Heures, en remarquant la définition de résidence d’hiver de la propriété du centre de Barcelone et d’été du Palais d’Horta. Les allégories de l’Industrie et de l’Agriculture faisaient référence aux occupations professionnelles de José Gallart : l’Industrie via l’entreprise des bateaux à vapeur et l’Agriculture à travers l’exploitation de la canne à sucre à Porto Rico. En définitive, les six compositions en carreaux servaient pour illustrer les intérêts et les sources des richesses de la famille Gallart ainsi que pour démontrer que celle-ci avait plusieurs résidences qui étaient occupées selon le calendrier et la saison de l’année.

  • 83 La présence de la première toile et l’importance du lion fit que le Palais Gallart d’hiver fût nomm (...)

46Au premier étage, la première pièce était une antichambre avec deux fauteuils ottomans et deux tableaux aux murs, qui représentaient Samson, Dalila et le lion, et la reine Jézabel. Les deux tableaux ont été peints par un artiste catalan pensionné à Rome non identifié, mais ils ont disparu83. Après ce vestibule, un nouveau hall sert de distributeur avec l’escalier en bois qui permet de monter jusqu’au deuxième étage où étaient les chambres à coucher des Gallart. Ce hall est luxueux et orné avec des peintures murales a tempera par le scénographe et peintre Francesc Soler Rovirosa (1836-1900) et avec de grands vitraux floraux réalisés par Antoni Rigalt Blanch (1861-1914). Le hall permet aussi l’accès au grand salon social et familial, pièce conservée partiellement. Celle-ci est un espace horizontal décoré par moulures d’armoiries et dessins floraux et dans la hiérarchie des espaces de tout l’édifice il est le plus important et, pour ce motif et comme dans le grand salon de la maison du passage Méndez Vigo et le Grand Salon du Palau de les Heures, est orné avec un mobilier réalisé par Vidal encore une fois. On doit remarquer aussi la présence de la grande cheminée en céramique polychrome de Stafford. Les tonalités brillantes des jaunes et bleus de la cheminée octroient un aspect de modernité et d’exclusivité au salon qui suivait les formes classicistes d’esthétique française. Actuellement la cheminée polychrome sur faïence n’a pas bougé mais elle est le seul élément du mobilier d’époque qui se conserve au salon social des Gallart (fig. 17). À droite du salon familial, il y avait le bureau de José Gallart avec deux portes coulissantes en bois. Encore aujourd’hui on peut apprécier ces portes ainsi que l’espace de l’ancien bureau, actuellement occupé par le bureau du doyen du Collège des Journalistes de Catalogne. Dans le salon ainsi que dans le bureau la présence avancée centrale servait pour remarquer l’importance des espaces ainsi que pour permettre illuminer ces pièces de réunion et de représentation sociale.

Fig. 17

Fig. 17

Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), grande cheminée en céramique polychrome de Stafford du salon social.

© Marcos Freijo

47Le hall principal du premier étage facilitait aussi l’accès au salon de bal style Louis XV ainsi qu’à un grand couloir qui conduisait à la salle à manger principale. Ces espaces n’existent plus ni la galerie qui permettait d’accéder de l’intérieur de la propriété au jardin à l’arrière. Cet espace était très richement orné d’un plafond à caissons octogonaux et par des piliers à chapiteaux floraux comme ceux de la façade extérieure du Palau de les Heures. Actuellement cet espace conserve une partie de sa décoration et il est occupé par la salle de presse du Collège des Journalistes de Catalogne (fig. 18).

Fig. 18

Fig. 18

Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), détails décoratifs conservés de l’ancienne galerie du jardin.

© Marcos Freijo

  • 84 Dans la chambre à coucher d’esthétique « à la Pompadour » les murs étaient tapissés de couleur rose (...)

48En conclusion, des modifications intérieures proposées par August Font on doit remarquer la hiérarchisation des espaces, des étages, ainsi que l’importance de choisir quelques styles historiques spécifiques pour les chambres et salles représentatives. Cette ornementation intérieure démontre la volonté de Gallart d’être toujours à la mode et de réaliser une résidence luxueuse au sein de la société barcelonaise, puisqu’elle devait répondre à son statut social élevé et démontrer que les Gallart appartenaient à la haute société. Les styles Louis XV et Louis XVI étaient présents dans les salons nobles du premier étage comme la salle de bal, le salon central, le vestibule, la galerie, etc., et une esthétique « à la Pompadour » a servi de décoration pour les chambres à coucher du couple84. Donc, à nouveau, les références françaises sont partout dans les palais des Gallart, toujours liées à l’éclectisme barcelonais de la fin du XIXe siècle, au prestige social, et à l’idéologie conservatrice du mécène et pater familias. En opposition aux décorations intérieures d’esthétique moderniste qui à cette époque-là se développaient déjà dans quelques palais urbains de Barcelone, Gallart opte pour maintenir l’esthétique et les formes propres à l’éclectisme conservateur de la ligne française.

  • 85 À partir des règlements municipaux de 1891 les façades des nouveaux bâtiments de l’Eixample barcelo (...)

49D’un autre côté, l’élévation de la façade principale évoque aussi le pouvoir et la richesse de la famille Gallart (fig. 19 et 20). La présence des tribunes reste remarquable dans les rythmes verticaux de la façade et sa situation dans l’ensemble est toujours liée à la hiérarchie des chambres et des salons intérieurs. Par conséquent, l’avancée ou logette du premier étage en fer et en bois est la plus imposante pour correspondre au salon familial, et sur son côté droit au bureau de travail de José Gallart. La structure répond à la forme des retables religieux de la famille comme celui commandé pour l’église Saint-Joseph d’Aibonito – Porto Rico – ainsi que celui de la chapelle familiale du Palau de le Heures, dessiné par August Font. En fait malgré quelques détails iconographiques évidents, la disposition des trois travées de cette tribune ainsi que les petits vases du couronnement et les fausses colonnes des côtés rappellent clairement la physionomie des deux retables. D’un autre côté, les deux fenêtres en surplomb situées au deuxième étage correspondent aux chambres privées du couple Gallart-Folch et elles sont là pour faire remarquer la sveltesse des lignes de façade ainsi que pour servir de contrepoint vertical à la grande avancée centrale85.

Fig. 19

Fig. 19

Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), élévation de la façade principale, Font i Carreras, mars 1895. AMCB : série : Eix., Reg. : 5892, 1895.

© AMCB

Fig. 20

Fig. 20

Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), façade principale (10 Rambla Catalunya) ; à gauche la façade en 1897 (ROGENT, 1897, XXVI) ; à droite la façade en 2011.

© Marcos Freijo

50Grâce à la variété des matériaux l’architecte obtient un jeu riche et attractif pour la façade, en employant le marbre rosé dans les colonnes, les bases et les socles, le marbre blanc pour les chapiteaux et le garde-corps des balcons du premier étage ; la pierre de Vinaixa dans le bossage et la brique pour orner les panneaux des corps latéraux. L’inclusion des balcons dans tous les étages et la résolution en forme d’arc des ouvertures du dernier niveau sont au service d’une façade sévère. Les deux niches avec leurs vases en marbre, l’architrave ornée par des consoles et guirlandes sculptées ainsi que la terrasse de balustres et socles couronnés par des vases, sont des éléments décoratifs qui finissent solennellement l’axe vertical de la façade du bâtiment. En revanche, aujourd’hui, tous ces éléments décoratifs de la façade ont disparu à cause des modifications et de l’ajout postérieur de nouveaux niveaux d’étages.

  • 86 FUENTES, 2010 ; FUENTES, 2012 ; FUENTES, 2013 ; FUENTES, 2022 ; MOLET, 2023, p. 163-170.

51En tout cas, les motifs originaux de la décoration de la façade principale évoquent aussi l’application des concepts et du goût de l’éclectisme français du style Second Empire avec les effets des jeux chromatiques et des différents matériaux – l’usage et l’importance du marbre rosé sur la façade – ainsi que la disposition des corps verticaux et horizontaux et la présence continue des vases dans les niveaux supérieurs. La mise en pratique de cette esthétique à la française vise à montrer solennellement l’importance sociale du mécène dans la ville. Ces références Second Empire furent utilisées constamment par plusieurs architectes éclectiques catalans de l’époque comme par exemple dans la Grande Cascade du Parc (1875-1888) qui fut dessinée par Josep Fontseré (1829-1897) à partir de l’étude et presque la copie du Palais de Longchamp de Marseille (1862-1869), œuvre d’Henri-Jacques Espérandieu (1829-1874). Comme on l’a vu auparavant, August Font est un des principaux importateurs du goût éclectique du style Second Empire à Barcelone. Pour dessiner le Palais des Beaux-arts de Barcelone (1888) il applique des concepts de Charles Garnier et c’est même une citation presque littérale de la façade principale du Nouvel Opéra de Paris qui est présente86.

  • 87 La Vanguardia, 3 juillet 1898, p. 4 [T.E.].
  • 88 Dans le livre des décès de l’Arxiu Municipal Contemporani de Barcelona on trouve les détails sur la (...)
  • 89 La Vanguardia, 2 juillet 1898, p. 3 [T.E.].

52En conclusion, Gallart matérialise son pouvoir économique et politique à travers des commandes artistiques et surtout architecturales. Son idéologie traditionnelle ainsi que ses intérêts à maintenir son importance sur les questions et politiques à l’île de Porto Rico l’ont converti en un personnage symbole de la dernière politique coloniale espagnole jusqu’à sa mort. En fait, quelques jours après la mort de José Gallart, l’Espagne perd ses dernières provinces d’outre-mer : Cuba, Philippines et Porto Rico. En ce sens, dans les notes nécrologiques on a affirmé que « sans doute les tristes événements sur l’avenir colonial de l’Espagne ont contribué à aggraver la maladie qui a conduit José Gallart au sépulcre »87. Le 1er juillet 1898 José Gallart meurt à l’âge de cinquante-neuf ans dans le Palais des deux lions – 10 Rambla Catalunya – à cause d’une méningite88. L’importance sociale qu’il avait acquise au moment de sa mort se ressent dans les commentaires des journaux de l’époque. Par exemple, La Vanguardia écrivit sur lui que « sa perte a été très sentie dans cette capitale » car « il s’est distingué par son caractère entreprenant, par son engagement sans aucune limite au travail et par son amour pour la promotion et le développement des intérêts moraux et matériels du pays »89. La présence imposante de ses architectures familiales d’esthétique française constituait l’instrument matériel de propagande de son pouvoir et son idéologie politique, architectures liées toujours à son idée dynastique de perpétuer ce que son fils appelait « la grande œuvre » des Gallart. Les cas du bâtiment 10 Rambla de Catalunya et du Palau de les Heures sont deux cas évidents de l’utilisation du goût pour les styles historiques en vogue pendant le Second Empire français, en permettant à August Font de développer le rôle d’architecte décorateur d’intérieur et d’extérieur toujours au service de la manifestation de l’importance de la dynastie Gallart et de matérialiser son idéologie impériale, conservatrice et coloniale espagnole. Au-delà d’être des constructions privées permettant d’imposer les Gallart dans un contexte urbain, aujourd’hui ces deux édifices, en partie modifiés, représentent les vestiges artistiques et architecturaux des dernières années de l’aventure coloniale espagnole ainsi que deux exemples de l’influence des styles et critères architecturaux français à la fin du XIXe siècle à Barcelone.

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Notes

1 José Gallart Folch affirme que son père, José Gallart Forgas, naquit le 27 novembre 1838 et qu’il fut baptisé le 28 novembre de la même année (GALLART, 1971, p. 13) ; néanmoins, il naquit le 17 novembre 1838 à onze heures du matin et il fut baptisé sous les prénoms de José Narciso Domingo le 18 novembre de la même année à l’église de Santa Maria à La Bisbal. Certificat daté le 15 octobre 1888 de l’Acte Officiel du Baptême de José Gallart Forgas. Archivo Histórico del Senado : AHS : HIS-0175-01.2.

2 ROSADO, 1888, p. 285.

3 ROSADO, 1888, p. 285.

4 La première située au midi de La Luciana et la deuxième entre les fleuves Jacaguas et Inabón.

5 El Quemado, La Flaca et Salinas dite aussi La Catalana, situées au quartier Cañas de la ville de Ponce, juste à côté de la plage de Las Salinas.

6 Pour en savoir plus, consulter : GALLART, 1971, p. 39-45.

7 Jean Bertoli naît à Bastia (France) et s’installe à Porto Rico en 1845, embauché par le corps d’ingénieurs militaires espagnols pour renforcer quelques bâtiments militaires de l’île ainsi que La Fortaleza – résidence officielle du gouverneur espagnol à Porto Rico. À Ponce, il dessine le Théâtre La Perla ainsi que le bâtiment néoclassique Casa Vives ou la résidence d’Ermelindo Salazar Schuck, excellent exemple résultat du mélange entre l’architecture créole dite « Ponce Creole Style » et quelques éléments typiques du style colonial espagnol.

8 ACOSTA, 2008.

9 Parti Inconditionnel Espagnol [Traduit de l’espagnol par l’auteur : T.E.].

10 MARTÍN, 1999.

11 Boletín Mercantil, 10 juillet 1891. Après CUBANO, 2001 [T.E.].

12 BALBÁS, 1887, p. 4 [T.E.].

13 Sur ce sujet, consultez : Boletín Mercantil, 12 mars 1882 ; BONNIN, 1987-1988, p. 148 ; et CUBANO, 2001, p. 551.

14 Une brève note sur la vie politique et militaire de José Gallart apparaît dans ROSADO, 1888, p. 285-286.

15 La Vanguardia, 5 février 1891, p. 5 [T.E.].

16 Certificat de député élu (20 avril 1891). AHS : HIS-0175-01.6.

17 Parti Autonomiste [T.E.].

18 Pour analyser le processus électoral des trois sénateurs par Porto Rico à la XVIIe législature, consultez : Certificat de l’Acte de la constitution de la table intérimaire (18 mars 1893), Certificat de l’Acte de l’élection de la table définitive (28 mars 1893), Certificat de l’Acte d’élection des sénateurs (29 mars 1893) et Relation des votants pour l’élection des sénateurs (29 mars 1893). AHS : HIS-1385-04.2.

19 Certificat de l’Acte d’élection des sénateurs (29 mars 1893). AHS : HIS-1385-04.2.

20 Sur la XVIIIe législature, consultez : Copie certifiée de l’Acte électorale (29 mars 1893), Reçu du Sénat (5 mai 1893) et Renvoi de l’Acte électorale (29 mars 1893) [AHS : HIS-0175-01.1], Avis de la Commission d’Actes (10 juillet 1893). Réunion du 12 juillet 1893. AHS : HIS-0175-01.4 ; et Certificat de serment (13 avril 1894). AHS : HIS-0175-01.5. Sur la XIXe législature, consultez : Copie certifiée de l’Acte électorale (26 avril 1896), Renvoi de l’Acte électorale (26 avril 1896). AHS : HIS-0175-01.7 ; Certificat de serment (13 juin 1896). AHS : HIS-0175-01.9 ; et Note du sénateur (29 mai 1896). AHS : HIS-0175-01.10.

21 José Gallart Folch recueille les informations sur Julie Dubocq et sa famille grâce à Mario Mercado Riera de Porto Rico, cousin de ses neveux Sentmenat Gallart. GALLART, 1971, p. 34.

22 Juan Forgas Bayó revient à Porto Rico seulement à l’occasion des baptêmes des deux enfants de José Gallart et Julie Dubocq : Reparada (mars 1878) et Miguel (octobre 1881).

23 De plus, Juan Forgas laissa aussi une partie de ses biens à Pedro Regincós Mojó (ami de confiance et administrateur personnel durant son séjour à Barcelone et les dernières années de sa vie), à Francisco Ferrer Llopis et Vitorino Casas (des héritiers suppléants), Catalina Forgas et son époux Feliciano (une pension mensuelle à vie de 30 pesetas), Madame Florentina (15.000 pesetas), l’Hôpital de Begur (30.000 pesetas), et aux gueux de Begur (pain une fois par semaine pendant une année). Testament de Don Juan Forgas Bayó par le Notaire Miguel Martí Sagristá (le 17 juillet 1881). Arxiu Històric de Protocols de Barcelona : AHPB : notaire nº1359, vol. LI, p. 1722 vº [T.E.].

24 L’église Saint-Joseph d’Aibonito fut bâtie par l’architecte portoricain Pedro Cobreros qui avait déjà édifié quatre églises à Porto Rico – Saint-Sébastien, Sainte-Isabelle, Notre-Dame du Mont-Carmel de Cidra et Saint-Mathieu de Santurce. Les églises dessinées par Cobreros ont toujours deux tours qui flanquent la façade principale, composition qu’on trouve aussi à Saint-Joseph d’Aibonito. María Luisa Moreno affirme que « le style de Cobreros est très simple et rationnel. Des éléments rectangulaires prédominent dans la façade. Des moulures plates ressortent quelques centimètres du mur et s’emploient à séparer les corps pour dessiner les tours et encadrer les ouvertures. Seulement dans le dernier niveau des tours et dans le fronton central le luxe de petits arcs, dents de scie ou un zigzag décoratif est permis, surtout à l’église d’Aibonito ». MORENO, 1994, p. 158 [T.E.].

25 Romualdo Palacio fut nommé gouverneur de Porto Rico en janvier 1887. Aibonito devint la capitale militaire de Porto Rico sous Palacio qui réprima fortement les indépendantistes de Ponce et Juana Díaz. Il développa aussi une politique de censure contre la presse et de persécution des intellectuels et journalistes libéraux, dont plusieurs furent emprisonnés et exécutés.

26 Non seulement José Gallart a financé le retable de Saint-Joseph d’Aibonito, mais il fit un don pour la construction du temple. ROSADO, 1888, p. 286.

27 VALDALISO, 1991, p. 22.

28 RODRIGO, 2015.

29 AHPB : Gerónimo Cauhé, 1881, cinquième partie, f. 4181-4210, 31 décembre 1881 [T.E.].

30 La société fut constituée par douze associés pour un capital total de 400.000 pts : Juan Forgas Bayó, 62.500 pts ; Victorino Casas Bley, 50.000 pts ; Jaime Ferro Rabassa, 40.000 pts ; Juan B. Morera Bargalló, 38.750 pts ; Eusebio Pi Torrents, 33.750 pts ; Manuel Roca Fiter, 31.250 pts ; Antonio M. Morera Colom, 28.750 pts ; Jaime Rabassa Barceló, 28.750 pts ; Amalia Julià Cayol, 25.000 pts ; Dolores Huertas Delgado, 25.000 pts ; Francisco Prats Ferriol, 18.750 pts ; Isabel Huertas Delgado, 17.500 pts. AHPB : Manuel de Bofarull, 1883, 2, f. 1790-1799. Comme l’indique Martín Rodrigo Alharilla, un jour plus tard, le capital social fut porté à 1.600.000 pesetas mais les proportions de l’actionnariat furent maintenues. RODRIGO, 2015, p. 165.

31 Testament de Don Juan Forgas Bayó par le Notaire Miguel Martí Sagristá, le 17 juillet 1881. AHPB : notaire nº1359, vol. LI, p. 1722 vº.

32 GALLART, 1971, p. 57.

33 Les descendants de Morera donnèrent leur version des faits selon laquelle Gallart aurait conspiré pour s’occuper lui-même de l’entreprise. Pour en savoir plus sur cette version, consultez : RODRIGO, 2015, p. 166-167.

34 À partir de ce moment, les navires reçurent un nouveau nom. Ainsi, le Hernán Cortés fut rebaptisé Gran Antilla, le Ponce de León fut nommé Puerto Rico et le Cristóbal Colón fut appelé Ciudad de Barcelona.

35 Ce navire à vapeur garda le nom de José Gallart jusqu’en 1911, date à laquelle il devint le Balmes.

36 La Vanguardia, 8 juillet 1893, p. 3 [T.E.].

37 La Vanguardia, 12 août 1893, p. 3.

38 Les femmes membres de cette équipe de direction fondatrice de l’Hospital del Niño-Dios para Niños de Obreros Pobres furent définies comme les « dames barcelonaises qu’à la noblesse de ses blasons unissent la noblesse de leurs sentiments ». La Vanguardia, 1er avril 1892, p. 6 [T.E.].

39 Le Palais des Lierres [Traduit du catalan par l’auteur : T.C.].

40 Pour en savoir plus sur cet architecte, consultez : URBANO, 2011.

41 Le Palais des Beaux-Arts de l’Exposition Universelle de Barcelone 1888 a été étudié en détail à : FUENTES, 2010 ; FUENTES, 2012 ; FUENTES, 2013 ; FUENTES, 2022 ; et MOLET, 2023, p. 163-170.

42 Normalement la famille Gallart passa les étés à Sant Hilari (GALLART, 1971, p. 264), un lieu habituel des familles bourgeoises de Barcelona. À la revue catalane La Vanguardia on trouve une chronique sur une fête célébrée le mois d’août 1893 où assista « le réputé architecte M.August Font » ainsi que José Gallart, Miguel Gallart – son fils – et la famille Folch Parellada – la famille de l’épouse de Gallart – entre d’autres célèbres de la haute société barcelonaise. La Vanguardia, 6 août 1893, p. 3 [T.E.].

43 La part la plus importante des jardins, des fontaines et du labyrinthe du marquis d’Alfarràs fut construite en style néoclassique durant la dernière décade du XVIIIe siècle par Joan Antoni Desvalls d’Ardena (marquis d’Alfarràs et de Llupià) et l’architecte italien Domenico Bagutti. L’importance de ce complexe fut remarquable pendant tout le XIXe siècle. C’est ainsi que plusieurs visites des différents rois d’Espagne furent accueillies, par exemple celle de Charles IV en 1802, celle de Ferdinand VII en 1828 ou celle d’Alphonse XIII en 1908. Le labyrinthe d’Horta accueillit aussi la célébration de représentations théâtrales comme celle l’Iphigénie en Tauride de Goethe traduit en catalan par le poète Joan Maragall et dirigée par Adrià Gual en 1898. Cet espace fut aussi un lieu de référence culturelle et d’inspiration pour les artistes barcelonais et ceux qui visitaient la ville au XIXe siècle.

44 En fait, José Gallart a d’abord présenté une proposition d’achat de la propriété de Lluís Martí-Codolar mais le propriétaire a refusé.

45 Cet espace est situé entre le labyrinthe du marquis d’Alfarràs et les domaines de Martí-Codolar, dans l’espace du sud de la colline appelée Santa Maria, juste à côté du chemin de terre de la chapelle de Sant Cebrià.

46 La Vanguardia, 1er juillet 1894, p. 1 [T.E.].

47 La Vanguardia, 12 mai 1985, p. 24 [T.E.].

48 La Vanguardia, 28 mai 1985, p. 5 [T.E.].

49 DÍEZ, 1986 ; PERMANYER, Lluís. Discurs de inauguració del Estudis de Formació Continuada de la Universitat de Barcelona i Fundació Bosch Gimpera (22 février 1993), Barcelone. Biblioteca Nacional de Catalunya : BNC : Reg.2009-4-C82/7] ; TRIBÓ, 2008.

50 Archives de l’École d’Architecture de la Catalogne, circonscription de Barcelone [T.C.].

51 Actuellement la date d’exécution de ces documents a été modifiée par celle de janvier 1894.

52 Les statues des deux terrasses étaient des copies de sculptures classiques. Par exemple l’Apollon du “jardin des rosiers” était une copie de l’Apollon du Belvédère et la Diane une copie de la Diane de Versailles, dite aussi Diane chasseresse. Le prix de ces sculptures s’élevait à 3.500 pesetas.

53 Pour bien comprendre le plan des jardins des Lierres et la composition entre les deux terrasses d’August Font et son intégration avec les anciens jardins du XVIIIe siècle, voir le plan réalisé par l’architecte Luís Riudor Carol le 25 janvier 1958. Dans ce dossier, on trouve une étude détaillée sur les espèces d’arbres plantées dans tout le jardin ainsi qu’une valorisation historique du domaine. Arxiu del Servei de Patrimoni Arquitectònic Local de la Diputació de Barcelona : ASPALDB : CP/C22/E1/D2.

54 Le gouverneur civil autorisa l’utilisation du torrent Sant Cebrià pour l’arrosage des domaines des Lierres en février 1895. La Vanguardia, 20 février 1895, p. 2 ; et Boletín Oficial, 19 février 1895.

55 Plan, Plan et élévation, Plan et élévation de la tour, Perspective extérieur, Plan et élévation de la chapelle du château de Can Feu, Sabadell. ACOACB : Reg.H101A/80/2984, Reg.H101A/80/2985, Reg.H101A/80/2986, Reg.H101A/80/2987, Reg.H101A/80/2988 respectivement.

56 DÍEZ, 1986, p. 67.

57 Exposición Nacional de Bellas Artes de 1887, p. 57.

58 MORA, 1988.

59 BARADA, 1888.

60 Memòria 140 anys, p. 16-17 ; MIRALLES, 2007, p. 24 et 72 ; et MARAGALL, 1975, p. 42-43.

61 Le 19 juin 2014, les deux portraits furent mis aux enchères La Suite Subastas (Barcelone) avec un prix de départ de 24.000 € chacun, mais non vendues : le portrait de Miguel Gallart Dubocq et le portrait de Reparada Gallart Dubocq. Le 7 juin 2018, les deux portraits furent mises aux enchères par seconde fois sous l’estimation entre 24.000€ et 30.000 €, mais encore non vendues : le portrait de Miguell Gallart Dubocq et le portrait de Reparada Gallart Dubocq. D’autres objets du Palau de Les Heures mis aux enchères en 2014 furent une aquarelle peinte par l’architecte August Font qui montre la façade principale du palais, ainsi qu’un guéridon et une console avec miroir, entre autres. La Vanguardia [En ligne] 2014.

62 Voir la structure intérieure avec l’escalier en colimaçon de la tour centrale à l’Élévation transversale. ACOACB : Reg.H102C/7/3242.

63 Le prix de la Femme des lierres sur la façade principale fut de 1.500 pesetas et les quatre saisons de Clarasó de 2.500 pesetas. La première est conservée encore aujourd’hui sur le site original mais les quatre saisons de la façade postérieure ont disparu.

64 Plan des étages et élévation du pavillon d’entrée. ACOACB : Reg.H102C/2/3000 ; photographies du pavillon d’entrée. Arxiu Municipal Districte Horta-Guinardó. AMDHG : 1954, E.Reguart, Reg.6081, Sign.10145 / Flotats, Reg.20, Sign.40016.

65 Plan et élévation de l’écurie des Gallart. ACOACB : Reg.H102E/4/3001.

66 Plan et élévation de l’orangerie. ACOACB : Reg.102C/5/2998 ; Élévation de la façade principale du palais et l’orangerie des Lierres. ACOACB : Reg.102E/4/2991 ; Élévation, sections et détails de l’orangerie. ACOACB, Reg.102C/5/2999.

67 Autour de l’intérêt du goût officiel du Second Empire vers les styles historiques et surtout vers le style Renaissance : NÈGRE, 2010 ; et BADEA-PAÜN, 2009.

68 Palais des deux lions [T.C.].

69 Dans cette période, Juan Forgas acheta à Barcelone une maison 8 rue d’Aribau (octobre 1881) et autres aux 53 et 55 rue d’Escudillers (mai 1882).

70 Actuellement, le 5 passage Méndez Vigo c’est l’Institut Italien de Culture de Barcelone.

71 Francisco de Paula del Villar Lozano fut un architecte né à Murcia et qualifié en 1852 à l’École d’Architecture de Madrid. Il fut l’Architecte Diocésain de Barcelone entre 1874 et 1892 et restaura l’Église de Santa Maria del Pi de Barcelone, entre d’autres. De plus, il fut un des architectes importants de la fin du XIXe siècle pour dessiner le premier projet du temple de la Sagrada Familia de Barcelone en 1877 dont la crypte néogothique fut le seul élément construit.

72 Arxiu Municipal Contemporani de Barcelona. AMCB : exp.2439 C. Dans ce dossier on trouve un plan de situation de la propriété dans son encadrement urbain, un plan du rez-de-chaussée, un plan avec la distribution des chambres des étages, et aussi une élévation de la façade principale de l’ancien édifice réalisés par Francisco de Paula del Villar Lozano. Ensuite, quelques spécifications sur cette propriété sont reprises dans le XLVe cas de la thèse doctorale de Joan Molet Petit. MOLET, 1995.

73 Lettre de M.Gallart Forgas au Conseil Municipal de Barcelone (11 mars 1895). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.1) [T.E.].

74 Plan de l’encadrement urbain de la propriété, Rez-de-chaussée, Façade principale située à Rambla Catalunya, Plan des étages, mars 1895. Façade principale, détail, élévation et section, mars 1895. ACOACB : H 102E/6/3103).

75 Commission d’Eixample (23 mars 1895). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.6) [T.E.]. L’acceptation définitive par la Commission d’Eixample fut obtenue le 28 mars 1895.

76 « Une permission provisoire est accordée à Don José Gallart pour réformer la maison 34 Rambla Catalunya […] ». Document de Concession de permission provisoire signée par le maire (27 mars 1895). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.1, [T.E.].

77 Reçu de José Gallart pour réformes générales (31.587,76 pesetas), numéro 1334 (27 mars 1895) ; Reçu de José Gallart pour réformes générales (68 pesetas), numéro 1335 (27 mars 1895) ; Reçu de José Gallart pour réformes générales (5 pesetas), numéro 0039575 (30 mars 1895) ; Reçu de José Gallart pour réformes générales (10 pesetas), numéro 0004394 (30 mars 1895). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.3, Doc.4, Doc.7 et Doc.8 respectivement.

78 Un des problèmes principaux pour que le projet soit achevé fut l’arrêt des travaux dû à la construction illégale d’un bateau de trottoir. Au début d’octobre 1896, un rapport interne reprend l’infraction : « [...] il a modifié le rasant du trottoir en face d’une des portes latérales du bâtiment [...] avec la tentative de construire un pas de voitures sur le trottoir, sans que n’existe aucune permission de l’établir [...] ». Rapport pour le maire de Barcelone (le 6 octobre 1896). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.10, [T.E.]. Plus tard, un autre rapport officiel indique que, en plus du bateau de porte illégal, « dans la terrasse du même bâtiment il construit des chambres sans aucune permission de V.E. », en nommant ces actuations comme « illégales ». Rapport pour le maire de Barcelone (25 novembre 1896). AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.20, T.E. La légalisation du bateau de trottoir a été officialisée en août 1897 et José Gallart a dû payer une autorisation de 200 pesetas. AMCB : Série : Eix., Registre : 5892, Année : 1895. Doc.9 et Docs du 11e au 19e).

79 GALLART, 1971, p. 267.

80 ROGENT, 1897, p. 64.

81 Ces cours mitoyennes latérales furent précisément situées au niveau des couloirs qui servaient à distribuer les espaces dans les étages. Les plans conservés montrent les dimensions et la situation exacte des cours ainsi que la nouvelle disposition des chambres proposée par August Font aux étages ainsi que l’inclusion des nouveaux cabinets et un nouvel espace pour la cuisine. AMCB : Plan des étages, mars 1895.

82 Cette entreprise sévillane de carreaux fut fondée en 1837 par l’anglais Carlos Pickman Jones (1808-1883). En 1841 il établit l’usine située dans l’ancien Monastère de la Cartuja de Séville et en 1873 Carlos Pickman obtient le titre de Marquis de Pickman du roi Amadeo I. L’usine Pickman fut une des plus célèbres en Espagne et à l’international, marquant la production de vaisselles, de jeux de café et surtout des fameux carreaux. À cet égard, il faut noter plusieurs commandes officielles comme la participation de l’entreprise à l’Exposition Universelle de Paris de 1878, où elle orna la façade du pavillon espagnol élevé Rue des Nations.

83 La présence de la première toile et l’importance du lion fit que le Palais Gallart d’hiver fût nommé familièrement Palais des deux lions. Le premier lion était celui du tableau du vestibule du premier étage et le second est Pedro Gallart Folch, le premier fils qui naît juste au moment où la famille Gallart s’installe dans cette résidence de la rue Rambla Catalunya, au début de 1896. En fait, Pedro Gallart fut nommé par ses frères « le lion » parce que sa naissance avait coïncidé avec celle des lionceaux du zoo de Barcelone. En ce sens, on doit savoir que José Gallart avait un intérêt spécial pour les animaux exotiques d’autant que le vétérinaire personnel de la famille était le vétérinaire du zoo barcelonais, le docteur Darder, et qu’il maintenait toujours informée la famille Gallart des nouvelles du parc zoologique de la ville. GALLART, 1971, p. 104-105.

84 Dans la chambre à coucher d’esthétique « à la Pompadour » les murs étaient tapissés de couleur rose pâle avec des fleurs peintes à l’huile et des meubles incrustés d’ivoire ornaient la pièce. Sur la voûte de la chambre il y avait deux groupes de putti jetant des fleurs, œuvres du peintre décorateur Aureli Tolosa Alsina (1861-1938). ROGENT, 1897, p. 64.

85 À partir des règlements municipaux de 1891 les façades des nouveaux bâtiments de l’Eixample barcelonais « permettaient de donner aux édifices modernes un aspect plus pittoresque et plus conforme avec un visage éminemment plastique de l’art architectonique ». En fait ces nouvelles normes facilitent « faire voler l’imagination » (ROGENT, 1897, p. 12), ainsi que l’inclusion des tribunes dans les façades des édifices et la profusion d’éléments décoratifs aux couronnements. MOLET, 1995, p. 248.

86 FUENTES, 2010 ; FUENTES, 2012 ; FUENTES, 2013 ; FUENTES, 2022 ; MOLET, 2023, p. 163-170.

87 La Vanguardia, 3 juillet 1898, p. 4 [T.E.].

88 Dans le livre des décès de l’Arxiu Municipal Contemporani de Barcelona on trouve les détails sur la mort de José Gallart Forgas. AMCB : Indice des décès, livre DCLXXI ; du 1er juillet au 31 décembre 1898, nº7404].

89 La Vanguardia, 2 juillet 1898, p. 3 [T.E.].

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Table des illustrations

Titre Fig. 1
Légende Brooklyn Museum, New York City (États-Unis), Francisco Oller, La Fortuna, 1885, huile sur toile, 66 x 101,6 cm, don de Lilla Brown en mémoire de son mari, John W. Brown, par échange, 2012.19.
Crédits © Brooklyn Museum photograph, 2013
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Titre Fig. 2
Légende Aibonito (Porto Rico), église Saint-Joseph, retable saint Joseph.
Crédits https://mapio.net/​pic/​p-39840838/​
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16335/img-2.jpg
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Titre Fig. 3
Légende Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), vue d’ensemble extérieure, auteur inconnu, 1950-1955. Arxiu Municipal Districte d’Horta-Guinardó : AMDHG : numéro 0391. Fons Jaume Caminal Serret.
Crédits © AMDHG
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16335/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 519k
Titre Fig. 4
Légende Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), vue d’ensemble extérieure, auteur inconnu (GALLART, 1971, s/p.).
Crédits © Famille Gallart 1971
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Fichier image/gif, 427k
Titre Fig. 5
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), plan et usages du rez-de-chaussée.
Crédits © S. Fuentes
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Titre Fig. 6
Légende Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), plafond à caissons, auteur Emili Reguant, 1954. AMDHG : numéro 415. Fons Felip Capdevila Rovira.
Crédits © AMDHG
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Fichier image/jpeg, 230k
Titre Fig. 7
Légende Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), intérieur d’un des salons, auteur inconnu, 1950-1955. AMDHG : numéro 0439. Fons Jaume Caminal Serret.
Crédits © AMDHG
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Fichier image/jpeg, 273k
Titre Fig. 8
Légende Escalier noble du Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), auteur Emili Reguant, 1954. AMDHG : numéro 415. Fons Felip Capdevila Rovira.
Crédits © AMDHG
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Titre Fig. 9
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), détail de la galerie d’union entre le grand palais et la chapelle familiale.
Crédits © Marcos Freijo
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Titre Fig. 10
Légende Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), arches soutenant la galerie reliant le grand palais et la chapelle familiale, auteur R. Font, 1954. AMDHG : numéro 570. Fons Foment Hortenc.
Crédits © AMDHG
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Fichier image/jpeg, 498k
Titre Fig. 11
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), vue actuelle des arches et de la galerie reliant le grand palais et la chapelle familiale.
Crédits © Marcos Freijo
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Fichier image/jpeg, 403k
Titre Fig. 12
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), détail du petit clocher-mur conçu par August Font pour la chapelle familiale.
Crédits © Marcos Freijo
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Titre Fig. 13
Légende Palau de les Heures ‘Can Gallart’, Barcelone (Espagne), autel conçu par August Font pour la chapelle familiale, auteur Emili Reguant, 1954. AMDHG : numéro 415. Fons Felip Capdevila Rovira.
Crédits © AMDHG
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Titre Fig. 14
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), alternance entre les oculi et les mansardes couronnant le palais.
Crédits © Marcos Freijo
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Titre Fig. 15
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), tour centrale.
Crédits © Marcos Freijo
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Titre Fig. 16
Légende Palau de les Heures, Barcelone (Espagne), vue actuelle de la façade principale.
Crédits © Marcos Freijo
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Titre Fig. 17
Légende Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), grande cheminée en céramique polychrome de Stafford du salon social.
Crédits © Marcos Freijo
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16335/img-17.jpg
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Titre Fig. 18
Légende Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), détails décoratifs conservés de l’ancienne galerie du jardin.
Crédits © Marcos Freijo
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Fichier image/jpeg, 549k
Titre Fig. 19
Légende Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), élévation de la façade principale, Font i Carreras, mars 1895. AMCB : série : Eix., Reg. : 5892, 1895.
Crédits © AMCB
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Fichier image/jpeg, 963k
Titre Fig. 20
Légende Palau dels dos lleons, Barcelone (Espagne), façade principale (10 Rambla Catalunya) ; à gauche la façade en 1897 (ROGENT, 1897, XXVI) ; à droite la façade en 2011.
Crédits © Marcos Freijo
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sergio Fuentes Milà, « De Ponce à Barcelone. La famille Gallart et le pouvoir à travers les arts et l’architecture éclectique à la française (1851-1898) », Patrimoines du Sud [En ligne], 20 | 2024, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pds/16335 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12dto

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Auteur

Sergio Fuentes Milà

Dr en Histoire de l’Art

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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