Navigation – Plan du site

AccueilNuméros20DossierLe pavillon du Roussillon de l’Ex...

Dossier

Le pavillon du Roussillon de l’Exposition internationale de Paris (1937)

The Roussillon Pavilion at the Paris International Exhibition (1937)
Laurent Fonquernie et Régis Péricot

Résumés

Édouard Mas-Chancel et Alfred Joffre, architectes à Perpignan, sont choisis sur un concours d’esquisses en 1935 pour concevoir un pavillon au Centre régional de l’Exposition internationale de Paris 1937. Les péripéties de la planification puis du chantier de l’Exposition vont conduire à la réalisation d’un bâtiment au style très particulier, style que les architectes impliqués avaient su élaborer depuis les années 1920. Entre modernité, respect des racines et invention, le pavillon rassemble des espaces pittoresques et expressifs (cloître, tourelle, patio) chacun dotés de sa fonction. Les arrangements de formes singulières agencées pour séduire le visiteur, ont déjà été éprouvées dans les productions respectives de ces architectes dans les Pyrénées-Orientales. La réalisation est suivie, voire impulsée par un milieu catalan local ou parisien afin d’arriver à finaliser une ambition : voir le Roussillon représenté parmi les provinces françaises. Comme l’ensemble du Centre régional, le pavillon du Roussillon a été détruit sitôt la fermeture de l’Exposition. Oublié, il n’en est pas moins l’apogée du style néo-catalan auquel se rattache nombre de constructions réparties sur tout le territoire des Pyrénées-Orientales.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

Fig. 1

Fig. 1

Paris, Exposition internationale de 1937, vue d’ensemble du pavillon du Roussillon, cliché de Fernand Baldet (1885-1964).

Donation Baldet-Lagarde, ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion RMN-GP

1L’Exposition internationale des Arts et des Techniques de Paris se tient de juillet à novembre 1937 (fig. 1). Présentant plus de 200 pavillons français et étrangers sur une superficie de 100 hectares, elle est admirée par 20 millions de visiteurs. En son sein, un Centre régional des provinces françaises expose avec ses vingt-sept pavillons une vision de la France plurielle, à la fois authentique et moderne, sur un espace situé au sud de l’avenue de Suffren le long de la rive gauche de la Seine, au pied de la tour Eiffel. Le projet a été réalisé en seulement trois ans.

  • 1 La dénomination de « province de Roussillon » désigne sous l’ancien régime le territoire catalan an (...)

2Entrepreneurs et intellectuels des Pyrénées-Orientales se fédèrent, mus par une volonté commune, pour exister au sein de la manifestation. Ce département de culture catalane se reconnaît dans la dénomination de Roussillon1, pour identifier l’ensemble du territoire.

  • 2 AD34, fonds CCI, note du 18 novembre 1935.

3En réponse à la proposition du comité d’organisation du Centre régional dirigé par Émile Maigrot2, se crée un comité régional du Roussillon qui intègre alors la section intitulée « Littoral Occidental de la Méditerranée », section qu’il partage avec le comité narbonnais. Au final un pavillon dédié à la seule province du Roussillon sera conçu par les architectes Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, inauguré après de nombreuses vicissitudes.

4Nous nous sommes attachés à comprendre les différentes étapes qui vont permettre la conception et la fabrication d’un pavillon vitrine dédié au Roussillon. Nous verrons comment ce pavillon a répondu aux aspirations du Centre régional.

5Ayant trouvé nombre de textes d’intentions et de descriptions, il nous a semblé intéressant d’en restituer les passages les plus révélateurs. Les relier permet de comprendre les rouages qui ont permis au département des Pyrénées-Orientales d’être présent avec ce pavillon singulier.

Les protagonistes

Le Comité régional du Roussillon

6Le Comité d’organisation est mal connu. Contrairement à d’autres comités, celui du Roussillon n’a pas émané de sa Chambre de Commerce et d’Industrie. Ses archives, privées, n’ont pour l’instant pas été retrouvées. Se différenciant des autres provinces participant au Centre régional, le département des Pyrénées-Orientales va très vite s’organiser indépendamment des découpages en sections régionales.

  • 3 MANAUT René-Victor, né le 23 septembre 1891 à Paris (10e) et mort le 6 septembre 1992 à Paris (17e) (...)

7Le comité se constitue autour de ses co-Présidents Pierre Camo (1877-1974), poète et avocat général à la cour d’appel de Tananarive, et Jean Vielledent (1888-1973), pédagogue. Joseph Roques, architecte et président de la Chambre syndicale des architectes, en sera le secrétaire. Ils sont entourés du poète Albert Bausil, de l’écrivain Henri Noell, de l’homme politique René Manaut3, de l’administrateur des Colonies Jo Ginestou, de Jean Llech expert-comptable, directeur de l’école commerciale de Perpignan et conseiller des métiers pour les Pyrénées-Orientales, et de la décoratrice Claude Salvy.

  • 4 Elle avait été la décoratrice du Pavillon de l’Inde, assistée entre autres de son mari, Édouard Poi (...)
  • 5 NOELL, p. 169.

8Certains sont des Catalans de Paris, faisant carrière à la capitale. Leur proximité avec les instances dirigeantes peut avoir favorisé les démarches. Claude-Salvy, pseudonyme de Marie-Madeleine Sauvy (1900-1986) connaissait ce genre de manifestations, ayant été active au sein de l’Exposition coloniale de 19314. Ces réseaux ont probablement été les vecteurs de réussite de la participation du Roussillon à cette nouvelle Exposition internationale. Là où d’autres comités sont centrés sur le commerce et le tourisme, le Comité régional du Roussillon intègre dès le départ deux architectes : il a pour secrétaire Joseph Roque et comme Vice-Président Édouard Mas-Chancel5.

Les architectes

  • 6 « Nous devons donc envisager, nous, constructeurs et artistes, un style Roussillonnais ou régional (...)

9Du côté de Perpignan, les architectes de l’entre-deux guerres ont été intéressés par les appels à projets. Unis au sein d’une Chambre syndicale, ils mettent en commun nouveautés en termes de progrès techniques et inspirations contemporaines et locales. Certains partagent l’idéal de voir émerger un courant architectural typiquement catalan. Dans la revue Lo Mestre d’Obres, qui leur sert de tribune, on remarque dans les articles de 1934 à 1941, la volonté de définir une esthétique locale6. Celle-ci serait un heureux mélange des architectures vernaculaires des différents terroirs du département des Pyrénées-Orientales et de détails pris dans les monuments médiévaux, de l’art roman ou de la période majorquine. Dans cette tendance à conceptualiser une architecture « néo-catalane », nous trouvons en bonne place les deux architectes du pavillon du Roussillon.

  • 7 LOCHARD et PAGNIEZ, 2005, p. 9.
  • 8 Gustave Umbdenstock fut l’un des acteurs les plus engagés du débat architectural de l’entre-deux-gu (...)

10Édouard Mas-Chancel (1886-1955) : né à Montpellier d’une famille paternelle issue du village de Marquixanes dans le Conflent, Mas-Chancel s’installe à Perpignan en 19287. Ses réalisations (fig. 2) traduisent sa qualité d’architecte « régionaliste » comme le définit G. Umbdenstock (1866-1940)8. Ce dernier écrit à propos de Mas-Chancel :

  • 9 UMBENSTOCK, in MAS-CHANCEL, 1932.

« On est surpris et charmé par cette variété pittoresque de la production d’un artiste averti, qui sait infuser un sang nouveau, plus vif et plus généreux, pour traduire dans un sens moderniste ce qui fut le caractère prenant des plus belles traditions du passé catalan.
Car les œuvres d’Édouard Mas-Chancel sont modernes dans la juste expression des architectures qui peuvent vieillir, en gardant envers et contre tout, saveur, poésie et verdeur, qui bravent le temps mais sont consacrées par celui-ci9. »

Fig. 2

Fig. 2

Toulouges, Pyrénées-Orientales, entrée du parc de Clairfont, Mas-Chancel architecte, avant 1932, photographie de A. Duran publiée dans l’ouvrage Architecture Catalane Française d’Édouard Mas-Chancel.

© Edari, Strasbourg

11Alfred Joffre (1886,1983) : il naît en Turquie, à Constantinople, de parents roussillonnais d’origine. Il aurait appris le métier chez M. Sans, architecte délégué des Monuments Historiques auquel il succède à son décès en 1921, devenant à son tour architecte ordinaire des Monuments Historiques. Il acquiert l’ancien convent des Capucins de Céret, qui avait appartenu au peintre Frank Burty Haviland, et y apporte son empreinte, alors même qu’il participe dans ces années-là à la restauration du fort Saint-Elme de Collioure, puis en 1940, à l’aménagement du musée de Céret (fig. 3 et 4).

Fig. 3

Fig. 3

Perpignan, Pyrénées-Orientales, villa Maury, Alfred Joffre et Férid Muchir architectes, 1934.

© Régis Péricot

Fig. 4

Fig. 4

Perpignan, Pyrénées-Orientales, villa Maydat, Alfred Joffre architecte, 1936.

© Régis Péricot

Vers la réalisation d’un centre régional

Le régionalisme sera objet d’exposition

12Dès 1934 un appel est lancé pour l’aménagement d’un Centre régional au sein de l’Exposition internationale des Arts et Techniques, prévue pour 1937. Certaines régions organisent des Comités régionaux par l’entremise des préfectures ou des Chambres de Commerce. L’UCAF (Union Corporative de l’Art Français, regroupant créateurs, fédérations des Métiers d’Art, du Bâtiment et des travaux publics soit 254 sociétés et Chambres syndicales) est à l’origine de la création de comités d’Art Régional ; elle avait été missionnée dès avril 1935 afin d’organiser un Congrès de l’Art régional à la demande d’Edmond Labbé, commissaire général de l’Exposition de 1937.

  • 10 Exposition Paris 1937, mai 1936, p. 8.

« Il a été créé un certain nombre de Comités régionaux qui ont pour mission de susciter les adhésions des artistes, artisans, industriels, créateurs de modèles, éditeurs, etc… qui exposeront, soit dans les pavillons de leur classe, soit au Centre régional, où seront plus particulièrement groupées les manifestations caractéristiques de chaque région10. »

  • 11 UTUDJIAN, E., 1er décembre 1936.

« Or il est un fait certain que, lors d’une manifestation de l’ordre de celle de l’Exposition de 1937, l’architecture régionale se doit de paraître en scène avec ses meilleurs arguments. C’est à quoi tendent les efforts des 90 architectes que groupe ce Centre régional, efforts dont la coordination incombe à M. Maigrot et à ses collaborateurs11. »

  • 12 Exposition Paris 1937, 1936, p. 2. La référence au travail vise la résorption du chômage endémique (...)

13Le Comité Organisateur de ce « village des régions de France » entend montrer l’aboutissement d’un renouveau de l’Art provincial (art, architecture, arts décoratifs). Il insiste bien sur le fait que « ce ne sera pas une reconstitution, ni un bazar, ni une foire, mais le spectacle infiniment varié d’une France au travail12 ». L’une des idées générales est alors de démontrer que les provinces, tout en gardant leur caractère propre, ont intégré la modernité. En cela les régionalistes ont étendu leurs idées dans tous les aspects de la vie, pour garder à tous ces territoires leur caractère propre. La volonté est de régénérer les arts traditionnels pour qu’ils s’inspirent de la mode du moment. L’architecture a aussi été perméable à ce phénomène.

14Dans une autre mesure, le comité entend allier à cette modernité des régions, la mise en valeur par le tourisme des espaces périphériques en France.

  • 13 « Pour l’Art régional à l’Exposition de 1937 », 1er juin 1935.

« Le centre régional doit être un moyen de promouvoir dans nos Provinces les touristes qui seront en même temps des acheteurs afin de les mettre dans une lumière plus vive ; les Maisons du centre régional seront disposées dans un ordre géographique qui rappellera celui de la France, les régions maritimes seront au bord de l’eau, la Corse surgira au milieu de la Seine, et de l’autre côté on verra l’Algérie, le Maroc, et les autres colonies s’égrèneront tout le long de l’île des cygnes. Par leur présence à l’Exposition, les diverses Régions françaises conféreront à l’exposition un sens symbolique, et lui apporteront en même temps une valeur pratique. Car chaque Région a son âme qui ne demande qu’à s’exprimer dans de nombreux chefs-d’œuvre et à introduire dans l’Art moderne un peu de souplesse, de variété, de chaleur, ces nuances inimitables qu’on ne peut demander au raisonnement pur ou au simple bon goût13. »

  • 14 VIGATO, J.-C., 1994, p. 227.

15Le Centre régional représente donc un effort pour l’invention ou la réinvention des régions en tant qu’entités cohérentes, concrètes à la fois dans l’architecture des pavillons, les expositions qu’ils abritent et les manifestations qui les animent. Chaque bâtiment exprime des particularités liées à l’histoire, aux matériaux et à des considérations de géographie et de climat, voulu comme l’écrin qui permettra de présenter l’Art, les Arts décoratifs, les industries et le tourisme des régions. Le folklore à travers costumes, musiques et danses ainsi que la gastronomie achèveront d’insuffler vie et « réalité » à cet ensemble. On comprend ainsi la volonté des Catalans d’apparaître avec leur propre pavillon. Les projets affluent (ou pas) de la part d’architectes provinciaux14, sélectionnés par un jury à Paris.

  • 15 Procès-verbaux du Congrès de l’Art régional, 4-6 avril 1935, AN, F12 12300.

16En 1935, le Congrès de l’Art régional15 démontre à quel point le régionalisme est devenu une force politique d’unité de la France. Il défend plus que jamais une vision sociale, dans une période où l’on cherche à sortir d’un chômage endémique. La presse en diffuse les conclusions :

  • 16 « En vue de l’Exposition Internationale de 1937, le congrès de l’Art régional », L’Ouest-Éclair, av (...)

« Vous êtes par milliers à avoir compris que la guerre a mis un terme à notre société libérale et individualiste, que le remaniement s’opère partout, dans un sens collectif pour tenter de vous mettre au rythme de l’époque, en vous libérant des liens qui nous rendent incapables de mener notre vie vers des destins plus larges16. »

  • 17 PEER, S., 1999, n° 186, p. 48.

17Le désir d’un Centre régional est d’abord expression de la droite conservatrice, inspirée du Pueblo Español ajouté par Primo de Rivera à l’Exposition de Barcelone en 1929. En 1936, le gouvernement du Front populaire va renforcer les caractéristiques provinciales de la future Exposition, ajoutant au sein du Centre régional des manifestations en costumes folkloriques, et en approuvant la création d’un Musée National des Arts et Traditions Populaires, dont l’ouverture va coïncider avec l’Exposition17. Pour tous, cet ensemble organisé de pavillons « sera un puzzle français à l’ombre de la Tour-Eiffel » vanté aussi bien par Le Figaro que L’Humanité.

Mise en place des différents comités

18Des « divisions artistiques » de la France seront proposées, soit issues des provinces historiques, soit regroupant des aires ayant une unité en regard du bâti. La carte de France est donc divisée une première fois. Quatre sections couvrent l’actuelle Occitanie : Pyrénées (du Béarn à la Cerdagne), Vallée moyenne de la Garonne, Massif central, Littoral occidental de la Méditerranée (fig. 5).

Fig. 5

Fig. 5

Le plan du Centre régional au printemps 1935, avec les parcelles attribuées à chaque province et le découpage des régions sur la carte de France, document transmis par le comité d’organisation aux comités régionaux, et publié dans la revue La Construction Moderne, le 23 juin 1935. Les rehauts de couleurs ont été apportés par les auteurs afin d’identifier la parcelle maritime et continentale de la région « littoral occidental de la Méditerranée ».

© Régis Péricot, d’après un document de la BNF

19À ces sections correspondent des parcelles dans le grand terrain du Centre régional. Elles sont organisées le long d’un cheminement en cercle qui favorise la visite. Les pavillons dits continentaux sont ainsi organisés en venelles autour d’une place, occasionnant autant de percées, placettes et recoins que les tenants du pittoresque peuvent mettre à profit, la Savoie étant placée au plus haut de la topographie. Certaines parcelles, présentées comme « maritimes » s’alignent le long de la Seine : littoral méditerranéen, de la Provence Marseillaise, la Région Niçoise, le Littoral Atlantique, la Bretagne et puis la Normandie.

20Selon le même principe, le pavillon de la Corse est placé en face sur l’île aux cygnes. Sur la rive droite, se logent les colonies et la France d’Outremer.

21C’est, en bord de Seine, dans la section Littoral Occidental de la Méditerranée qu’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel vont proposer leur projet, intitulé « Ruscino », qui sera décrit plus loin. L’architecte de Carcassonne Enderlin, prix de Rome, projette une « station uvale » pour la même région mais sur la parcelle dite continentale, placée entre Pyrénées et Vallée moyenne de la Garonne.

22Les projets de pavillons présentés à ce premier concours ne verront pas le jour (fig. 6). En effet, à cette date le groupement d’organisation pour un pavillon languedocien n’est encore qu’en gestation, il n’a pas été informé de ce concours. Finalement constitué autour de la CCI de Montpellier, ce comité organise sa propre compétition évinçant le projet d’Enderlin.

Fig. 6

Fig. 6

Dessins proposés au concours de la section Languedoc-Méditerranéen, Floutier, Ricôme et Nègre architectes, dans L’Architecture d’Aujourd’hui, avril 1936, archives départementales de l’Hérault.

© L’Architecture d’Aujourd’hui

23Ainsi, une nouvelle division de la France est proposée. Narbonne puis Carcassonne rejoignent le « Languedoc Méditerranéen » (avec l’Aveyron, l’Hérault, le Gard et la Lozère) tandis qu’un autre pavillon va présenter le « Languedoc Pyrénéen ». L’implication du Comité et des auteurs du projet « Ruscino » auprès des instances d’organisation du Centre régional va permettre l’existence du pavillon catalan, sous le nom de Pavillon du Roussillon. Le Roussillon se présente seul, bien décidé à briller de ses particularités. On verra plus avant à quel point la logique du territoire et la motivation des participants a permis d’aboutir à une proposition forte.

Le congrès d’Art régional de 1935 : l’artisan, allié incontestable de l’architecte

  • 18 « L’Exposition de 1937, le Congrès de l’Art Régional », 7 avril 1935.

24Dès 1935, la direction de l’Exposition organise un congrès d’Art régional où est demandé aux artistes (dans lesquels sont inclus les architectes) d’être des « psychologues et de laisser impitoyablement de côté le faux régionalisme, cette copie si peu spirituelle de l’ancien. Le modernisme ne devra être une source d’inspiration que pour les méthodes et les techniques, tout comme l’appropriation de la construction à son objet. Mais il faudra avant tout faire du nouveau et un nouveau varié, simple et de bon ton, exécuté avec beaucoup d’esprit au moyen de l’emploi judicieux de matériaux qui se trouvent sur place18. »

  • 19 La Revue hebdomadaire, 1935, p. 631.

25Le message est adressé à ceux qui pratiquaient le pastiche. La délégation qui se rend à Paris comprend Mas-Chancel, Joffre, Montès, Roque et Trenet. Ils sont déjà dans la mouvance de ce renouveau de l’architecture régionale, imbriquant habilement les matériaux locaux avec les techniques les plus modernes (fig. 7). Ces architectes se reconnaissent parmi ceux qui, comme le dit Julien Galloti, « conçoivent cette rénovation non pas comme une résurrection du passé, mais comme une éclosion nouvelle. Il s’agit bien dans leur esprit d’un Art régional moderne. Puisse 1937 nous faire ce don précieux, nous l’attendons avec une espérance passionnée19. »

Fig. 7

Fig. 7

Perpignan (Pyrénées-Orientales), panneaux encadrant la porte d’entrée de l’École Supérieure de garçons, (Esplanade actuellement Collège Jean Moulin, place Jean Moulin), un artisan et un maître d’œuvre symbolisent l’éducation technique dans le bas-relief de Gustave Violet (1901).

© Régis Péricot

26Le Congrès de l’Art régional va mettre en avant, en sus des architectures typées que chacun des pavillons va déployer, l’artisanat d’art qu’ils vont accueillir. Ainsi sont engagés dans cet effort l’artisanat et l’industrie provinciale ainsi que l’économie du tourisme. Le projet recherche un aspect plus populaire, ancré dans l’évocation de la réalité. En clôturant le congrès, M. Labbé, le commissaire général, énonce :

  • 20 « Chronique de l’exposition de 1937 », Mobilier et Décoration, 1935.

« L’Art régional n’est pas tout le régionalisme. Il doit être essentiellement l’expression de la vie, de l’activité provinciale sous toutes ses formes. À cet égard, vous avez envisagé, avec un loyalisme dont je vous sais gré, la collaboration des artistes et industriels. Ainsi se différenciera nettement la contribution du régionalisme à l’Exposition de 1937 de sa participation à l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925, où il était strictement confiné dans le domaine de l’art pur. En affirmant ces tendances, vous servez Messieurs, l’unité nationale20. »

27Le message de l’Exposition est aussi un message de paix, face à une situation politique et sociale de plus en plus compliquée en Europe. Le congrès achevé, le chroniqueur J. Meryem s’enthousiasme de l’implication de chacun dans la réussite attendue de ce projet d’envergure.

  • 21 MERYEM, J., 4 mars 1935, p. 280.

« Et maintenant il faut mettre en pratique ce qui a été décidé [au Congrès de l’art régional]. Ce sont les travailleurs manuels et ceux de la pensée qui vont réaliser l’Exposition de 1937. Que les manœuvres qui dans les chantiers sifflent une scie à la mode en jetant bas les monuments qui ont cessé de plaire, et ceux qui vont être remplacés par de nouveaux ; que les artistes devant leurs toiles ou leur glaise, les musiciens, les architectes, les artisans devant leurs établis, les ingénieurs, les savants, que tous les corps de métiers de cette formidable armée pacifique de chez nous, et de toutes les autres nations qui vont participer à cet effort, se rendent bien compte que ce n’est pas uniquement pour eux qu’ils travaillent. Leur tâche est plus haute : ils assument la réalisation d’une grande manifestation de labeur et de paix, qui aux heures troublées que nous vivons prend une force symbolique21. »

28Souvent énoncé dans les principes du régionalisme, le renouveau des arts traditionnels provinciaux dépendait de l’implication des artistes. Le Centre régional entend aussi proposer aux artistes de participer à cet élan de renaissance et les faire collaborer avec les artisans maîtrisant les arts de la poterie, de la ferronnerie, du verre :

  • 22 COUZOT, H., DUCHARTRE, P.L., « le Centre régional », L’Exposition de 1937, L’Illustration.

« Aux artistes sensibles au caractère de telle ou telle province, de collaborer avec les ateliers ou les artisans du cru. Entre le servile plagiat de l’ancien et le démarquage des œuvres de nos décorateurs contemporains de talent, n’y a-t-il pas place pour une renaissance du meuble à la fois régionale et actuelle ? Telle est l’expérience tentée au Centre régional. A-t-elle réussi ? Ce n’est pas à nous de le dire. Mais des résultats extrêmement heureux peuvent être constatés dans les pavillons de Bretagne, de Poitou, de Picardie, du Dauphiné, des Pays basques de la Côte d’Azur, de Normandie, d’Alsace, d’Auvergne22. »

29Parallèlement, ce même appel aux artistes se retrouve dans un bref texte de présentation de l’architecture du Roussillon dans la revue culinaire « La France à Table » en octobre 1935. É. Mas-Chancel y fait bonne figure ou y est présenté par des photographies de quelques-unes de ses réalisations; l’architecte y signe même textes et petits dessins, comme ce cul-de-lampe représentant la fontaine de galet sur laquelle on reviendra (fig. 8).

Fig. 8

Fig. 8

Catllar (Pyrénées-Orientales), élévation schématique de la fontaine de galets du jardin de la propriété familiale d’Édouard Mas-Chancel. Cette réalisation a été déplacée au pavillon à venir. Dessin publié dans La France à table, 1935.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La France à table

  • 23 PALMARO, Loys de, « Grandeur ou décadence du commerce français par l’exposition de 1937 ».
  • 24 COLLET, I., 1987, p. 118-122.

30Comme évoqué dès le Congrès de l’Art régional d’avril 1935, Edmond Labbé son commissaire général croit à l’attractivité du Centre régional. Il y est même prévu à l’intérieur « un Musée régional, créé à Paris et survivant à l’exposition, fournissant aux Français et aux étrangers dans les années qui suivront, la possibilité de connaître les richesses insoupçonnées du Génie national dans ses expressions diverses et toutes si attachantes23. » Ce sera fait en 1937 avec l’ouverture du Musée National des Arts et Traditions Populaires dans le nouveau bâtiment édifié sur la colline de Chaillot pour l’Exposition24.

31Les Chambres de commerce présentes lors du congrès travaillent activement pour que le Centre régional soit aussi « commercial », nécessité dont dépend le succès financier de l’exposition et dont découle, si l’organisation en est brillante et ordonnée, la fin de la crise et la réduction, formelle cette fois, du chômage. « Le Centre ne doit pas être un musée sans commerce ! ».

Vers la définition du style néo-catalan

32Un véritable programme est proposé aux Comités départementaux. Il est décrit dans une note du Commissariat Général :

  • 25 Note sur les Comités Régionaux (Leur composition - leur programme) édité par le Commissariat Généra (...)

« Le Commissariat Général entend, dans le Centre régional, faire la part du passé. C’est la première idée qui se présente et il faut bien reconnaître qu’une reconstitution a toujours l’agrément du public. Dans cet ordre d’idées, les Comités Départementaux devront rechercher dans le passé, dans la tradition tous les éléments qui sont de nature à donner à ce mode de présentation à la fois de la sincérité et de l’éclat (...)
S’agit-il de l’architecture ? Il y aura lieu de tenir compte des progrès techniques qui ont été obtenus, tout en empruntant aux architectures d’autrefois les lignes fondamentales, celles qui ont été jugées par l’expérience comme les mieux adaptées aux exigences du climat et à la couleur du terroir.
S’agit-il des arts régionaux ? Ceux-ci ne devront pas être des copies et des pastiches du passé mais une résurrection de son esprit, sous des formes appropriées aux temps actuels…25 »

  • 26 Le style basque a aussi du succès en Catalogne française.

33L’argument géographique du rattachement à un terroir spécifique est souvent ambigu. La diversité de ce dernier y est souvent simplifiée, comme le style normand se limitant à la seule maison cauchoise ou encore le style basque prenant sa source d’inspiration dans le modèle des métairies du Labourd, l’une des provinces du Pays basque. Toutefois le succès de ces nouvelles références devient un modèle « régionaliste » qui se duplique y compris au-delà de la région d’origine26.

  • 27 SALVY, 1936

34L’émulation que suscite la présence des régions au sein de l’exposition de 1937 donne lieu à nombre d’écrits définissant ce nouvel art des terroirs. La décoratrice Claude Salvy fait imprimer son Essai d’un Art Architectural et Décoratif Néo-Catalan27 (fig. 9).

Fig. 9

Fig. 9

La première page de l’Essai d’un Art Architectural et Décoratif Néo-Catalan de Claude Salvy dans le recueil de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, 1936.

© SASL des Pyrénées-Orientales

  • 28 Né en 1883 à Vinça dans les Pyrénées-Orientales, docteur en droit, historien et écrivain.

35Elle y énonce de nombreuses pistes pour comprendre cette envie d’une architecture marquée par l’identité du territoire et redéfinit l’importance d’y adjoindre un art décoratif propre. Dans la préface de cet essai, Henry Noell28 insiste sur « La richesse artistique jaillie de l’idée régionaliste, elle s’est manifestée par de la musique, des costumes, des danses. Mais elle s’affirme beaucoup mieux encore, de façon plus sûre et plus directe, dans ces formes d’art étroitement liées à la vie quotidienne et aux mœurs de chaque province : l’architecture, le mobilier, l’art décoratif. »

36Henri Noell vante la place primordiale du maître d’œuvre coordinateur des arts domestiques. Il reconnaît en Édouard Mas-Chancel celui qui exprime le mieux ce style.

« Seul jusqu’ici, le Roussillon n’avait jamais témoigné de son originalité, pourtant si marquée, par un art architectural caractéristique. En ces dernières années, un artiste catalan, puisant dans sa connaissance du sol, du climat, des mœurs, l’inspiration nécessaire, a voulu édifier les éléments d’une architecture spécifiquement propre à la Catalogne française. Écœuré des terrasses marocaines en carton-pâte et des villas en séries qui sévissaient en Roussillon, Édouard Mas-Chancel a voulu donner une âme à la pierre catalane et il semble bien y être arrivé. »

37Au-delà de son essai, il s’agit pour Claude Salvy de préciser, dans la conception de l’ameublement du pavillon, les apports de la tradition locale dans le concept de maison néo-catalane, et plus généralement, de montrer une véritable renaissance de l’art catalan français. On y retrouve un patriotisme local, avec l’amour vibrant de la « petite patrie », plus que jamais porté aux nues. Salvy montre avant tout l’architecture romane comme continuation de l’époque romaine. D’autre part elle indique :

« l’importance majeure du climat dans l’organisation et la fonction même de la maison catalane, le modèle le plus pur est la maison paysanne, juchée à flanc de coteau, orientée vers le soleil, en position presque de défense, petite et massive, aux murs épais protégeant du froid hivernal. La toiture est généralement plate à pente douce, afin de mieux lutter contre le vent. Les murs possèdent des ouvertures étroites et basses elles aussi pour la protection thermique. De ce prototype de base, elle va faire le catalogue succinct de modèles récurrents apparus au fil des siècles, de l’art du royaume de Majorque aux maisons fortes des XVI et XVIIe siècles parsemant le territoire. »

  • 29 SALVY, 1er janvier 1936.

38Elle retrouve ici les deux caractères principaux des Catalans : « rudesse et sévérité29 ».

La première esquisse : le projet « Ruscino »

39La section pour laquelle est proposé le projet « Ruscino » d’EMC et AJ est le littoral Occidental Méditerranéen. À ce stade d’organisation il n’est pas mentionné Catalogne ni Roussillon, le terme occidental semble même s’opposer à Pyrénées-Orientales. La carte montre qu’une portion du département, du Canigou à la Cerdagne, est attribuée à la section des Pyrénées.

40Le plan d’organisation fait état d’une parcelle en bord de Seine avec les sections maritimes, une autre avec les sections continentales. En 1935 donc, pour le concours, le carcassonnais Enderlin est primé pour la partie continentale.

  • 30 Lo Mestre d’Obres, mai 1935.

41Quatre projets avaient été envoyés par des architectes de Perpignan : Savoyen, Roque et Lloansi, Mas-Chancel et Joffre, ainsi que Castan. Une certaine inorganisation fit que le projet de Savoyen fut admis pour représenter l’Ariège et les Pyrénées. Le projet retenu est « Ruscino » de Mas-Chancel et Joffre (fig. 10-15). Il s’agit d’un « village perché au bord de la mer avec ses auvents, ses rues couvertes, et sa place à sardanes. Un ensemble qui chanterait sous le soleil du Midi et à qui nous souhaitons du beau temps à Paris, pour être mis en valeur30. »

  • 31 Archives départementales de l’Hérault, archives CCI courriers, 14 ETP 123 expo 37.

42De son côté, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Montpellier parvient à fédérer une grande région et organise indépendamment son concours : Joseph Roque y participe aussi, mais ce sont les deux premiers finalistes, Ricome et Floutier qui sont choisis pour élaborer à un projet commun31.

Fig. 10

Fig. 10

Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Plan dit rez-de-chaussée : niveau port avec la rue des pêcheurs et salle voûtée accessible par le quai, dédiée aux eaux thermales.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne

Fig. 11

Fig. 11

Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Plan dit niveau rue à gradins avec sa succession d’échoppes, de salons, menant à la placette aux sardanes.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne

Fig. 12

Fig. 12

Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Plan niveau premier étage, avec autour de la placette des espaces d’exposition et sur la rue à gradins des logements et bureaux.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne

Fig. 13

Fig. 13

Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Coupe sur la salle voûtée du thermalisme sous la placette aux sardanes avec la fontaine de galets et le clocher. Coupe sur les pièces d’exposition à gauche et les échoppes logements et bureaux de représentation à droite.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne

Fig. 14

Fig. 14

Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Façade sur la Seine avec le port (plage et enrochements) et le clocher.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne

Fig. 15

Fig. 15

Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Façade sur l’avenue dans le prolongement du pont, extérieure au Centre régional (aujourd’hui rue Jean Rey).

Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne

  • 32 La Construction Moderne, 23 juin 1935, p. 826 et 833.

43Une salle voûtée y est prévue pour présenter les eaux minérales. La revue La Construction Moderne publie dans son numéro du 23 juin 1935 l’esquisse du projet retenu pour le Roussillon et dénommée « Ruscino ». Ce projet retenu ne fut pas réalisé tel quel. Nous possédons l’esquisse générale de cette bâtisse qui devait jouxter la Seine, d’où son aspect de port méditerranéen où transparaît l’évocation du clocher de l’église de Collioure32.

44« Ruscino » est établi sur une parcelle relativement réduite et très contrainte, les architectes utilisent la topographie en présentant bien sûr un port ouvrant sur la Seine en contrebas, avec une « rue des pêcheurs » qui constitue un premier accès par le pavillon de Provence voisin. Une entrée proposée au débouché du Pont Bir-Hakeïm au niveau du quai inférieur conduit dans un espace voûté aux piliers inclinés (à la manière de Gaudi : colonnes de la crypte de l’église de la Colonia Güell ou certaines des circulations du Park Güell). L’agrément d’un aquarium est prévu dans cet espace dédié au thermalisme.

45De là on rejoint les enrochements et le quai du port. Une autre porte mène à une « rue à gradins » qui serpente jusqu’à arriver sur une « placette aux sardanes », dont le centre est marqué par une fontaine caractéristique, que l’on retrouvera dans le pavillon réalisé en 1937. Des escaliers relient le niveau du port au quai supérieur (circulations du Centre régional). Les bâtiments le long de cette voie apparaissent comme des maisonnettes sur deux niveaux, des échoppes en rez-de-chaussée, puis des salons et des espaces de résidence à l’étage. L’ensemble aboutit à une tour basse, dont le couronnement rappelle le clocher de Collioure. Les coupes et façades du projet déploient toute une variété de volumes, chacun couvert de sa toiture distincte. Ils comportent de nombreux reliefs rentrants ou saillants comme des loggias, balcons et oriels, jusqu’à une échauguette et des pigeonniers (fig. 16). Les parements sont variés, on voit des briques, des appareillages de pierre, des surfaces enduites. Les percements sont différenciés : depuis des fenêtres étroites, de grandes baies arquées, des meurtrières, des arcatures géminées... Générosité ou débauche, le projet est truculent. Il ne restera qu’à l’état d’esquisse.

Fig. 16

Fig. 16

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Hôtel Alboize, 4 quai Bourdan, Édouard Mas-Chancel architecte, 1928, détail de la façade, exemple de référence et de composition que l’on retrouve dans l’esquisse des façades du projet « Ruscino ».

© Régis Péricot

La construction du pavillon du Roussillon

46Une fois organisés les différents comités régionaux et leurs délégations départementales, un nouveau découpage des provinces est établi : Le Roussillon, aura son pavillon, à la fois province et département.

47La parcelle finalement attribuée au Roussillon ne donne pas sur la Seine contrairement à la Côte d’Azur ou la Provence et Marseille. Elle est en limite sud du Centre régional le long d’une voie (aujourd’hui rue Jean Rey) et prévoit un passage comme il apparaît sur des plans de 1936 (fig. 17 et 18).

Fig. 17

Fig. 17

Le plan presque définitif du Centre régional de l’Exposition internationale de Paris publié en mars 1937. Il montre les parcelles attribuées aux pavillons, leurs emprises et les circulations. Plan dessiné sous la direction d’Émile Maigrot architecte en chef du Centre régional de l’Exposition internationale de Paris en 1937.

© Cité Architecture et Patrimoine, Centre d’archives d’architecture contemporaine

Fig. 18

Fig. 18

Plan de la parcelle 9 (Languedoc-Méditerranéen) du Centre régional de l’Exposition internationale de Paris en 1937, avec la mention de la porte de l’exposition traversant la parcelle 9bis (Roussillon). Document technique envoyé au Comité régional du Languedoc Méditerranéen pour les architectes du projet en cours (Floutier et Ricôme).

© A. D. Hérault, archives CCI courriers – 14 ETP 123 expo 37

48En deuxième ligne face à la porte de l’exposition, on trouve le pavillon Languedoc Méditerranéen. Ses concepteurs, Ricome et Floutier en profitent pour organiser l’entrée de leur projet sur cette perspective. La parcelle allongée du pavillon est divisée par ce passage. Deux arcs en plein cintre monumentaux et couverts de tuiles y percent l’enceinte. Ils sont reliés par une pergola. En plus d’être conçu comme une entrée du Centre régional, ce passage dessert les deux ailes du pavillon.

49Jugé trop proche de la porte dite « du Centre régional » sur le quai, le passage sera obturé puis un bâtiment de premiers secours sera construit côté externe.

50Le pavillon du Roussillon conserve cette structure qui ne sera plus que son portique d’entrée. C’est aussi une déconvenue pour les concepteurs du pavillon du Languedoc Méditerranéen qui pensaient avoir une parcelle bien placée, puis ont dû intégrer que la perception de leur bâtiment ne serait plus frontale… Leurs démarches auprès du comité général ne permettent pas de revenir sur ce fait. Devant cette déconvenue, Ricome, installé à Paris, a plaidé auprès des instances d’organisation pour obtenir d’autres avantages et il rapporte à Floutier :

  • 33 AD Hérault, Fonds CCI de Montpellier, lettre de Ricome à Floutier du 11 janvier 1937.

« L’Exposition est une pétaudière où chacun des chefs (il faut bien les appeler ainsi) se défile à tour de rôle. On nous avait promis un axe, nous avons composé avec cet axe ; lors de la mise en chantier l’axe n’existe plus (...)33. »

51Les journalistes notent, dès les premiers pavillons édifiés, la présence de deux architectures très différentes (fig. 19) : « deux conceptions de l’architecture se sont partagé cette ville éphémère, qui, d’une extrémité à l’autre, n’a pas moins de trois kilomètres et demi. À l’ouest, le respect de la tradition, à l’est, la recherche des formes nouvelles. » et de noter que règne « … ici comme là, partout la volonté d’être simple et d’être sobre ».

Fig. 19

Fig. 19

Photo de la maquette du Centre régional publiée dans L’Architecture - Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français du 15 février 1937, p. 59. Au premier plan, les volumes du pavillon du Roussillon se détachent sur l’imposante façade du Pavillon du Languedoc-Méditerranéen à contrejour.

© SCAF

  • 34 Œuvre de Louis de Casabianca et Simon-François Fratacci, ce pavillon imposant et austère, accroché (...)

52Si le Centre régional ou Section des Provinces Françaises est dédié à la tradition et à la modernité dans les régions, sur l’île aux Cygnes entre le pont Bir-Hakeim et le pont de Grenelle, se développe la Section Coloniale ou France d’Outremer. Sur la pointe de l’île aux Cygnes, de l’autre côté du pont et faisant face aux autres pavillons du Centre régional s’implante le superbe pavillon de la Corse.34

53Les styles employés varient de la citation comme le chalet de Savoie, à des édifices urbains Art-Déco comme le pavillon du lyonnais.

  • 35 Les Annales, 25 mai 1937, p. 507.

« Au Centre régional, on a voulu rajeunir ces formules locales anciennes, pour leur assurer une carrière nouvelle. On les a dépouillées de tout ce qui n’était que vieillot sans être vénérable, de tout ce qui n’était qu’enjolivement sans porter de marque profonde du terroir et, pour le reste : matériaux fournis par le sol, grandes formes imposées par les mœurs et par le climat, on l’a, avec assez de bonheur, travaillé, modelé, assoupli, plié aux exigences du goût et des besoins modernes. Ainsi a été conçu cette petite ville charmante qui se mire dans l’eau, à droite de la Tour Eiffel, et, où les pavillons comme celui de la Flandre, de l’Artois, de l’Île-de-France, de la région lyonnaise… marquent un succès évident pour cette difficile expérience : faire évoluer la tradition35. »

54On perçoit la volonté de chacun des architectes de montrer un morceau du pays, de sa « petite patrie », le plus évocateur possible afin d’y attirer le visiteur. Le tourisme devient un enjeu crucial. Parti trop tard et mal organisé, le Centre régional des Provinces a bien du mal à être prêt dans les temps (fig. 20). L’inachèvement du Centre surclasse nettement celui de toutes les autres sections.

Fig. 20

Fig. 20

Paris, le Centre régional en chantier le long de la Seine vu depuis l’emplacement du pavillon de la Corse sur l’île aux Cygnes. Cliché publié dans L’Architecture - Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français du 15 février 1937, p. 59.

© SCAF

Le projet du pavillon du Roussillon

  • 36 Ils font tous deux parties du second lot avec les pavillons du Limousin, de l’Auvergne, du Dauphiné (...)

55Tous les pavillons sont construits selon la technique du décor amélioré, soit une armature et charpente revêtues de panneaux (sinon de toiles) recevant peintures ou enduits. Le Centre régional est divisé en quatre tranches qui seront soumises à adjudication, et c’est l’entreprise Allard qui décroche la construction notamment du pavillon du Roussillon, comme celui du Languedoc Méditerranéen36.

56Les éléments spécifiques à intégrer aux bâtiments tels que les fresques, les bas-reliefs, les enseignes, doivent être fournis par les comités régionaux.

57Ce qui caractérise le pavillon du Roussillon et le distingue de tous les autres, c’est la singularité des matériaux et leur traitement (fig. 21 et 22). Tout le pavillon et ces murs d’enceinte sont parés de moellons rustiques, imités ou authentiques, de granit et marbre rose. Toutes les toitures sont couvertes de tuiles canal, les murs en sont aussi couronnés. Ce pavillon présente donc des surfaces et une silhouette grenue, vibrante, d’expression rustique et solide.

Fig. 21

Fig. 21

Paris, vue de l’entrée du pavillon du Roussillon, World Fairs archive (www.worldfairs.info).

© World Fairs Info

Fig. 22

Fig. 22

Publication officielle du comité d’organisation de l’Exposition internationale de Paris en 1937 « Centre régional Paris 1937 », planche 8 (extrait). Façade sur deux niveaux du bâtiment d’exposition du pavillon Roussillon (cote FRAPN02_l_architecture_exposition_internationale_1937_france_0045).

© Cité de l’Architecture et du Patrimoine

  • 37 Par exemple l’immeuble rue Delcros ou l’hôtel Alboize quai Bourdan à Perpignan.

58On n’a pas trouvé, dans la documentation photographique disponible, de présence d’enseigne, de panneau annonçant sur le bâtiment qu’il s’agissait de celui du Roussillon, comme on le voit en grandes lettres peintes ou en relief sur les volumes lisses de nombre d’autres pavillons, comme si son identité était évidente. On retrouve ces mêmes matériaux mis en œuvre de la même manière dans les productions contemporaines de Joffre ou Mas-Chancel. L’absence de la brique pourtant constitutive de l’architecture vernaculaire catalane est étonnante. Pourtant emblématique des constructions néo-catalanes, de l’entre-deux guerres, Mas-Chancel utilise avec brio la brique (structure, parement et décoration) dans nombre de ses réalisations37. Il a pu la céder au pavillon du Languedoc Pyrénéen, Toulouse et sa grande région, dont les hauts volumes parallélépipédiques apparaissent parés de cet unique matériau.

59Le pavillon du Forez-Vivarais, mitoyen, comporte quelques pans de pierre en contrepoint de grands murs enduits. Les autres pavillons alentours articulent des volumes lisses et clairs, comme la haute tour du Lyonnais, la grande barre du Languedoc Méditerranéen, les différents édifices de Provence et Côte d’Azur…

60Les deux architectes du pavillon du Roussillon feront leur possible pour achever leur seconde proposition dans les temps impartis, soutenus par Joseph Roques, Président du Syndicat des architectes, lui-même secrétaire du Comité régional du Roussillon.

  • 38 Jardin clos (basse-cour) traditionnel des habitations rurales roussillonnaises.
  • 39 RAMBOSSON, Y., Comoedia, 18-11-1936.

« Les architectes Mas-Chancel et Joffre ont étudié avec beaucoup de soin et d’ingéniosité le pavillon du Roussillon qui promet d’être un des plus charmants lieux de l’exposition. La composition générale est coupée en deux par un passage imposé qui sera constitué par deux pleins cintres à caissons, reliés par des poutrelles formant pergola, et treille. D’un côté un patio à portique avec une statue par Aristide Maillol et des œuvres d’autres sculpteurs. Dans de petites loges aménagées sous les portiques, il y aura vente de fruits de saison. De l’autre côté du passage, un rond-point entouré d’arbres de la région servira d’asile aux danses régionales extrêmement curieuses, et aux concerts donnés par les coblas. Là on dégustera des vins, des charcuteries et des pâtisseries du pays. Sur une ruelle d’ombre toute blanche, avec des arceaux de plantes vertes, s’ouvriront des boutiques d’artisans, notamment celles du potier, du sandalier, du taillandier et du bijoutier. Au bout de la ruelle, on trouvera une « parraguère38 » réservée aux eaux minérales et à l’aquarium. Au-dessus une grande salle, ornée d’une carte lumineuse de la région, sera réservée au tourisme et aux Beaux-arts. Ce que ces diverses réalisations architecturales auront de typique, c’est qu’elles seront construites en matériaux d’origine, notamment en moellons de marbre rose du Roussillon, en briques vernissées dites « azulejos », en moellons roulés ou mignonnettes de rivière. Les couvertures seront en tuiles canal maçonnées. Pour les enduits, on donnera l’impression du crépi mortier de chaux blanc pour les extérieurs. On se rend compte que les fêtes, que l’on prévoit nombreuses dans cette section, profiteront d’un cadre d’une rare gaîté39. »

61L’Indépendant du 23 mai se fait écho de l’avancement des travaux :

  • 40 Le Roussillon, 29 mai 1937.

« Notre collaboratrice parisienne Claude Salvy nous informe que le pavillon catalan à l’exposition est extérieurement terminé. Il sera prêt pour l’inauguration40. »

62Le pavillon devient une affaire suivie par tous tant les problèmes s’accumulent, notamment le manque de crédits, ce qui rend la tâche ardue et les délais difficiles à tenir. Toutefois les fonds se débloquent, le chantier est lancé et l’on se félicite de son avancement.

  • 41 ROQUE, J., « Malgré vents et marrées », Lo Mestre d’Obres, juillet 1937.

« Je me souviens de la réunion du comité où les devis présentés firent reculer les plus audacieux. Allons donc ! On ne le verrait jamais, ce pavillon du Roussillon ! Et d’abord l’Exposition n’aurait pas lieu. La révolution, la peste, le vomito-négro ; ouvriers et patrons se mitrailleraient à travers le staff des pavillons et la Tour Eiffel se laisserait choir d’horreur dans la Seine proche... Et pourtant ça y est le pavillon du Roussillon existe. Il est même fini et réussi. Et dussé-je faire jaunir la face des envieux d’une violente poussée de bile, il plaît à tous, il a valu à ses auteurs des félicitations officielles et officieuses, il fait très « Centre Régional », il a l’esprit du milieu, il est à sa place. C’est un peu du Roussillon transporté à Paris, Il n’est pas certes énorme, il est à l’image de notre région, la plus petite de toutes. Mais les différentes parties en sont si bien étudiées et le résultat est si bien celui que l’on pouvait espérer qu’on ne retient que la justesse des proportions et des coloris, et la parfaite distribution des intérieurs et des extérieurs41. »

63Le comité régional du Roussillon a su trouver des moyens et parachever ce qui était devenu une vitrine possible pour un Roussillon plein d’espoir (fig. 23). Ses membres tels que les co-présidents Pierre Camo et Jean Vieilledent, mais aussi Jean Llech, par leurs fonctions politiques, administratives ou leur réseau de connaissances, sauront agir et convaincre autorités et mécènes privés afin de financer l’opération. On citera par exemple l’industriel René de Chefdebien, propriétaire d’une importante tuilerie sur Perpignan qui fera don, à la demande du comité, de 12 000 tuiles du Roussillon expédiées en urgence jusqu’à Paris.

Fig. 23

Fig. 23

Paris, Exposition de 1937, reconstitution du plan du rez-de-chaussée du pavillon du Roussillon avec ses différents espaces d’après les descriptions, photographies, plans et cadastre.

© PAO Régis Péricot

  • 42 HIMELFARB, H. Claude SALVY (notes biographiques), Cahiers saint Simon, 1986, p. 105.

64Le même état d’esprit permet à Claude-Salvy42, installée à Paris, de dessiner les meubles du pavillon et de les faire réaliser à Perpignan. À ce sujet, J. Roque mentionne :

  • 43 ROQUE, J., « Malgré vents et marrées », Lo Mestre d’Obres, juillet 1937.

« L’artisan qui les a exécutés est Jean Vigué. Il a non seulement réalisé une interprétation exacte de modèles, mais encore un véritable tour de force pour le temps record qu’il a employé à ce gros travail43. »

Le bâtiment tel qu’il a été décrit

65Parmi les nombreuses descriptions des contemporains, créateurs ou visiteurs, rien n’est plus communicatif que les mots de Claude-Salvy qui, dans le quotidien L’Indépendant, relate au public catalan l’avancée du chantier. Elle indique :

  • 44 L’Indépendant, 6 juillet 1937.

« Moellons de marbre rose de Villefranche de Conflent, tuiles romaines, fenêtres en plein cintre, balcons de fer forgé, nos architectes Mas-Chancel et Joffre ont su réaliser l’union du matériau et de la ligne-type du pays tout en faisant œuvre originale et nouvelle. Si nous entrons par la double arche que forment sur la droite les moellons arcaturés, nous sommes séduits, dès l’abord, par un cloître aux fines colonnes, au toit coiffé de tuiles enclosant dans sa fraîcheur fruits et légumes étalés en nos marchés. Et c’est bien le propre de nos maisons catalanes qui semblent à l’extérieur farouches et hostiles aux visiteurs qui, parfois s’adornent d’une tour de défense et de combat que de réserver à l’ami qui franchit le porche, la fraîcheur de ses pièces aveuglées, de ses fontaines et de ses bassins aux eaux ruisselantes. La terre du Roussillon, la terre âpre et brûlée d’un soleil presque africain, va montrer maintenant aux visiteurs de tous les pays la fécondité de son sol, la puissance créatrice de ses artistes44. » (fig. 24)

Fig. 24

Fig. 24

Paris, Exposition de 1937, Le cloître et la statue de Maillol. L’Architecture, Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français, p. 326. Cliché signé Boldo.

Source : Gallica.bnf.fr / BnF : http://catalogue.bnf.fr/​ark :/12148/cb34395671p

  • 45 L’Indépendant, 9 juillet 1937.

66Les ouvriers travaillent jusqu’aux dernières limites imposées par l’horaire de l’inauguration. Pierre Camo, Mas-Chancel, Albert et Louis Bausil « se sont transformés en chefs de chantier. Roques grimpe au faîte de la grande échelle, hisse le grand pavois aux armes sang et or45 ».

67Claude Salvy indique quelques duperies dues aux contraintes de temps et d’éloignement du chantier :

  • 46 L’Indépendant, 8 juillet 1937.

« Mais l’illusion est plus grande encore car si nous maîtres d’œuvre ont admirablement su faire ainsi revivre le style même de notre architecture locale, le staff parisien s’est ingénié à nous restituer l’apparence parfaite du matériau de notre sol et, patine aidant, l’ensemble paraît être édifié en ces blocs lourds et grossièrement appareillés de marbre rouge veiné de blanc ou de granit gris violacé issu de la montagne même, servant chez nous de socle à l’église, la coiffant, au point que l’on ne sait distinguer parfois ou finit le rocher et ou commence le sanctuaire. Briques creuses et briques larges du pays aux ocres calcinés par le soleil accompagner ce moellon, tandis que de robustes fers forgés mettent dans ce rude ensemble la grâce toute espagnole d’une arabesque linéaire46. »

68Juste après l’inauguration, Édouard Mas-Chancel, sollicité pour décrire le pavillon, va ajouter aux descriptions précédentes les aspirations du pavillon.

  • 47 L’Indépendant, 15 juillet 1937.

« … composition faite de quatre éléments, la Maison du Roussillon, la place des danses, le passage public, le verger. … Alors que la tendance générale semble être dans une standardisation irrationnelle des moyens techniques et que les Expositions sont l’occasion de manifestations ultra-modernes de confrères d’avant-garde, nous avons voulu, au risque de paraître rétrogrades, particulariser notre architecture et afficher notre prudence pour l’utilisation de matériaux modernes non consacrés par l’expérience régionale. Car le régionalisme ne consiste pas en reproductions fidèles d’œuvres passées ou en représentations anecdotiques comme celle du Village Espagnol, par ailleurs charmant de l’Exposition de Barcelone. Nous avons voulu montrer :
– que si nous avons couvert notre Maison de tuiles canal, ce n’est pas pour “faire catalan” c’est qu’on ne peut, sans graves déboires, sous notre climat, les remplacer par un autre matériau. La couverture canal sera technique moderne tant qu’on n’aura pas trouvé mieux.
– que si nous n’utilisons le B.A. qu’à l’intérieur ou enrobé, c’est qu’il peut être soumis aux variations hygrométriques de notre plaine, aux contrastes particulièrement rigoureux de notre haute montagne, l’effet désagrégeant de l’air marin.
– que si nos façades sont en pierres nues, c’est que depuis l’abandon des matériaux souples et résistants d’autrefois, aucun enduit, aucun matériau, si ingénieux soit-il, ne peut offrir la magnifique résistance de nos pierres et de nos marbres élaborés par des siècles.
L’expression architecturale qui ressort de cette technique est ainsi créée par la fusion des procédés modernes rationnels employés et des formes traditionnelles normalement obtenues par l’utilisation de matériaux consacrés par le temps.
Il doit se dégager de cette expression architecturale un sentiment de noblesse rurale qui caractérise notre région et que nous voudrions avoir rendu sensible47. »

La vie du pavillon

69Le 1er juillet la date de l’inauguration est divulguée, ce sera le 8 juillet (fig. 25). Le président Pierre Camo et les autres membres du comité organisent une grande réception de 17h à minuit avec des intermèdes musicaux joués par la cobla Maniach de Céret. Dégustation de vins du pays garantie.

  • 48 L’Indépendant, 1er juillet 1937.

« Aussi tout le Paris du monde, de la politique et des arts, des lettres, de la diplomatie, du commerce et de l’industrie viendra fêter le succès du pavillon du Roussillon, qui se classe comme l’un des plus élégants du Centre régional48. »

Fig. 25

Fig. 25

Paris, Exposition de 1937, inauguration du pavillon du Roussillon. On distingue au centre de la baie du premier étage La Catalane assise de Manolo Hugué.

© L’Indépendant, 6 juillet 1937

  • 49 Le recueil La Maison du Roussillon, Exposition 1937 a servi de livre d’or du Pavillon du Roussillon (...)

70Cette inauguration semble avoir été un franc succès. Dans le livre d’or du pavillon49 on relève la présence lors de l’inauguration, sinon la visite ultérieure, d’un certain nombre de personnalités telles que le chanteur Charles Trenet (1913-2001), l’écrivain et journaliste Gaston Bonheur (1913-1980), l’homme de lettre Paul Sentenac, (1884-1958), le chanteur Maurice Chevalier (1888-1972) et la danseuse Mistinguett (1875-1956), le sculpteur allemand, ami de Maillol, Arno Breker (1900-1991), le poète Joseph Delteil (1894-1978), le cardinal Alfred Baudrillart (1859-1942), l’écrivaine Colette (1873-1954), le chanteur Tino Rossi (1907-1983), le dessinateur Albert Dubout (1905-1976). Ces personnalités furent attirées en premier lieu par la forte personnalité d’Albert Bausil.

71Comme le soulignait Henri Noell, c’est « pour l’architecture néo-catalane, l’occasion de s’affirmer et de se faire connaître. Dans le large emplacement réservé, sous le nom de Centre Régional, aux vingt-deux régions, entre lesquelles a été divisé le territoire de la France, chacune d’elles apparaîtra avec son visage réel, avec son visage d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas, en effet, d’une rétrospective, mais d’une grandiose manifestation du régionalisme vivant. »

  • 50 NOELL, Henry, SASL des PO, 1936, p. 170.

72L’objet second, mais non secondaire d’un tel projet, est d’attirer de futurs touristes, de les « inciter à venir admirer et à juger cet art dans son cadre naturel, car ce n’est pas sur les bords de la Seine qu’il pourra pleinement se révéler à son avantage. C’est sur le sol même de notre Roussillon, de ce Roussillon où, dans le miracle quotidien d’une lumière plus limpide et plus transparente, les coloris sont plus chauds et plus ardents, où l’or du soleil est si éclatant qu’il semble certains jours, faire flamber les yeux, après les avoir regardés, on croit entendre tout près de soi le cœur innombrable de la mer...50 » (fig. 26).

Fig. 26

Fig. 26

Paris, Exposition de 1937, pavillon du Roussillon, la fontaine au centre de la Place aux Sardanes et la scène couverte pour les cobles, photo parue dans « Perpignan au temps des Bausil ».

© g.m.d’Auvilliers

73Il est vrai qu’en juillet, on travaille encore à l’achèvement de certains pavillons :

  • 51 Le Figaro, 17 juillet 37.

« La province mélancolique : Le visiteur qui passe le porche rose du centre est naturellement porté à l’optimisme en s’engageant par la belle allée qui mène au pavillon du Roussillon. Il n’accorde qu’une attention toute relative à l’amoncellement de madriers et de brouettes qui s’élèvent de chaque côté de la voie. Mais l’allée annonce une courbe molle et, brusquement, il se heurte à une barrière tendue en travers de la chaussée51. »

74Mas-Chancel et Joffre sont encensés par la profession. Roque admire la volonté et la détermination qu’ils ont dû avoir pour arriver à bout du chantier.

  • 52 ROQUE, J., « Malgré vents et marrées », Lo Mestre d’Obres, juillet 1937.

« Et ce m’est un véritable plaisir de nommer et de louanger mes confrères Mas-Chancel et Joffre qui ont su être d’abord des créateurs, puis des réalisateurs, et je puis dire qu’un chantier de ce genre n’est pas de ceux où un architecte peut se reposer sur un quelconque sous-ordre. Il faut une surveillance continue, et sans s’en rendre compte on devient un véritable chef de chantier. C’est le « Mestre d’Obres » dans toute sa splendeur. Le praticien du moyen-âge, rôle auquel la rapidité d’exécution et la légèreté du staff ajoute comme une pointe de féerie... Quelle griserie de voir si vite se dessiner l’œuvre si longuement conçue ! À l’Exposition, on a construit du rêve, on a réalisé des palais de contes bleus, avec l’appoint de toute la magie moderne. Certes nous sommes déjà loin du béton coffré et de sa lourdeur esthétique. Joffre et Mas ont poursuivi leur œuvre dans les moindres détails. Ils ont exigé chacun à sa manière la perfection des plus petites choses. Joffre plus philosophique, Mas plus tourmenté, mais tous deux avec le même souci d’intégrité de leur projet52. »

75Ce pavillon est une vitrine des atouts touristiques mais aussi des savoir-faire catalans, dont la gastronomie qu’Albert Bausil met à l’honneur. Il publie un opuscule présentant les recettes les plus typiques du Roussillon. En voici l’introduction :

  • 53 Ce texte transcrit (en partie phonétiquement) des termes catalans-roussillonnais : gavatxs : les Fr (...)
  • 54 BAUSIL, A., 1937.

« Dans ce rayonnement de lumière si particulière qu’il apporte toujours avec lui, le drapeau sang et or flotte au fronton de la Maison du Roussillon, à l’Exposition internationale de Paris. Dans cette maison il y a un restaurant catalan. Et dans ce restaurant catalan on servira des plats traditionnels de la cuisine catalane. Les étrangers, les Roussillonnais, les “gavatxs” qui visiteront l’Exposition, pourront s’asseoir dans la salle à manger de notre mas régional et savourer dans le décor évocateur de notre lumière et de nos paysages, pendant que les jotglars de nos coblas joueront quadrilles et sardanes, la “bouillinade”, l’“ouillade”, le “picoulat”, voire la véhémente “cargolade” de nos “rapaxades”53 de plein air. C’est un catalan, notre compatriote Amouroux, directeur de la “Potinière du Bois” qui a la charge de veiller à la confection et à l’élaboration rituelle des menus. Nous avons toute raison de lui faire confiance. Le petit écusson jaune et rouge qu’il accroche pour la circonstance à son haut bonnet blanc de maître-queux, est aussi sacré pour nous, aussi représentatif de l’âme du pays que l’écusson qui brille sur le maillot de nos athlètes ou sur les étiquettes de nos crus […] L’essentiel est de dire qu’il existe une cuisine catalane, comme il existe des vins catalans, comme il existe un rugby catalan, comme il existe une tradition, une foi, une personnalité de race catalane, et de le prouver. C’est fait54 ! »

76Le Commissaire général Edmond Labbé semble conquis.

  • 55 L’Indépendant, 9 juillet 1937. Discours d’Edmond Labbé, « L’inauguration du pavillon du Roussillon (...)

« Ils [Mas-Cancel et Joffre] sont restés fidèles à l’idée maîtresse de l’Exposition des Arts et techniques dans la vie moderne, tout en appliquant les conceptions que j’ai maintes fois exposées sur le régionalisme. On put dire justement que le Roussillon est un musée d’Art roman en plein air […] aux influences hispano-arabe et mallorquine, il doit des monuments élégants comme l’ancien palais de justice de Perpignan et les fameux patios qui font le charme de vos vieilles demeures. Certes d’innombrables constructions standardisées ont surgi dans votre région ces temps derniers, beaucoup de vos architectes néanmoins, cherchant à obtenir l’harmonieuse fusion des procédés de l’architecture moderne et ceux que nous devons à la tradition et en tenant compte des conditions climatiques, se sont appliqués à respecter les traditions méditerranéennes, s’inspirant parfois avec bonheur des formes de l’art roman et le plus souvent modernisant les méthodes archaïques de la construction par les moyens fournis par les matériaux du pays55. »

77La référence à la Méditerranée est magnifiée, y compris dans les espaces ouverts, par la présence de deux maîtres en la matière. D’abord le peintre Louis Bausil (1876-1945) réalise pour le fond de l’estrade prévue pour accueillir les cobles, un grandiose triptyque, en forme de panorama dédié à la baie de Collioure (fig. 27).

Fig. 27

Fig. 27

Esquisse du triptyque La baie de Collioure qui occupait le fond de la scène destinée aux cobles. Louis Bausil, collection particulière, photo parue dans Perpignan au temps des Bausil.

© g.m.d’Auvilliers

78Ensuite pour exposer le travail du maître Aristide Maillol (1861-1944), on choisit le patio, un espace calme et recueilli pour La Musique, hommage à Claude Debussy (fig. 28).

Fig. 28

Fig. 28

Statue La Musique, hommage à Debussy par Aristide Maillol, 1932. Revue La France à table éditée sous la direction de Curnonsky, numéro hors-série du 1er novembre 1937, p. 25.

© Source : Gallica.BnF.fr

  • 56 DUFRENE, M., 1937.

79Pour les intérieurs, l’ameublement est réalisé à Perpignan par l’entreprise Vigné grâce aux esquisses de Claude-Salvy, dont on retrouve le travail dans le volume II des Ensembles mobiliers à l’Exposition internationale de 193756 (fig. 29)

Fig. 29

Fig. 29

Paris, Exposition de 1937, Pavillon du Roussillon, la Cour aux Sardanes. Chaises en bois et paille de Claude Salvy, Fontaine de galets d’Édouard Mas-Chancel. Photographie parue dans L’Illustration d’août 1937.

© L’Illustration

80Les espaces du premier étage sont dédiés au tourisme avec une bibliothèque composée d’œuvres d’écrivains et d’historiens du Roussillon, une carte lumineuse, l’exposition de costumes traditionnels et de médailles anciennes, des photographies des sites remarquables.

  • 57 Collectif, album, 2018, p. 41.

81Le milieu artistique participe avec en premier lieu les peintres catalans du cru ou les Catalans d’adoption : Lucien Maillol (1896-1972), Pierre Brune (1887-1956), Martin Vivès (1905-1991), Claude Simon (1913-2005), Charles Lafay (1903-1973), Josep Maragail-Noble (1900-1982), Charles Lafay (1903-1973), Paul Izarn, Louis Codet (1876-1914) exposé de manière posthume, Manuel Moros (1898-1975) et Louis Bausil (1876-1945), sans oublier les « gosses » de Ponteilla et de Collioure, avec leurs œuvres issues des ateliers de peinture pour enfants animés par Augustin Hanicotte (1870-1957). Ce dernier expose deux projets de tapisserie pour les Gobelins57 (fig. 30).

Fig. 30

Fig. 30

Tapisserie L’hymne au printemps (1936) et paravent Les Pyrénées (1926) réalisés par la manufacture des Gobelins d’après les cartons d’Augustin Hanicotte, collections du Mobilier national, Paris.

© Mobilier national

  • 58 NOELL, Henry, SASL des PO, 1936, p. 168.

82Deux sculpteurs sont présents à l’étage : Manolo Hugué (1872-1945) avec La Catalane assise ou monument à Déodat de Séverac, positionnée à la fenêtre du premier étage du bâtiment central. Gustave Violet (1873-1952) propose Buste de vieille femme, détail de son œuvre majeure La Tradició Catalana. Cet artiste est souvent associé aux réalisations d’Édouard Mas-Chancel, dont il réalise les ferronneries. « Dans la solide bâtisse de pierres ainsi édifiée, un élément complémentaire s’imposait tout naturellement, le fer, le rude et grave fer forgé aux courbes nettes et fières, aux sombres fleurs dans lesquelles les lignes tendrement infléchies voisinent avec les piquants hérissés58. »

  • 59 L’Indépendant, 9 juillet 1937. Discours d’Edmond Labbé, « L’inauguration du pavillon du Roussillon (...)

83Si Edmond Labbé déplore que la tradition de poterie de Thuir et de Perpignan ait disparu, « la céramique a fait son apparition et la ferronnerie, délaissée pendant longtemps, trouve aujourd’hui en Roussillon une faveur nouvelle59 ». Les céramiques artistiques ou utilitaires sont de Manolo et de Claude Salvy et son mari Pierre Poisson. On doit aussi à ces derniers la cheminée décorée de proverbes catalans. La céramique s’associe au travail du fer pour les blasons de Perpignan en haut des éléments en forme de tour entre le passage pergola et le cloître à l’entrée.

  • 60 FONQUERNIE, 2018, p. 73 à 77.

84L’artisanat traditionnel est représenté par des bijoux en Grenat de Perpignan de la maison Arsaguet citée dans le catalogue de l’exposition. On sait par ailleurs qu’Augustin Colomer (1893-1973), bijoutier à Perpignan, présente deux bijoux imposants, œuvres d’excellence de ce savoir-faire, un Castillet formé de plus de 346 pierres et une corbeille en or tressé avec des fleurs en grenats60 (fig. 31-33).

Fig. 31

Fig. 31

Buvard publicitaire évoquant les bijoux en grenat exposés au pavillon du Roussillon, coll. particulière, Perpignan

© Institut du Grenat

Fig. 32

Fig. 32

Dessin préparatoire à la réalisation du Castillet en Grenat de Perpignan, coll. particulière.

© Institut du Grenat

Fig. 33

Fig. 33

Corbeille de fleurs en Grenat de Perpignan, coll. particulière, aujourd’hui exposée au Palais des rois de Majorque.

© Institut du Grenat

  • 61 Collectif, Isidore & Laurent LLAURENSOU : Dinandiers d’Art du XIXe au XXe siècle. Éditions ACEM, 20 (...)
  • 62 Exposition internationale des arts et des techniques dans la vie moderne. Paris, 1937. Tome II, p.  (...)

85Le pradéen Laurent Llaurensou (1899-1959) est représenté avec six pièces de dinanderie61. Une stèle en marbre des carrières de l’Agly voisine avec des poteries de Marty, potier à Thuir. Le design d’ameublement figure avec ce meuble de bureau dessiné par J. Roque62. Enfin on propose des espadrilles et du linge de table en tissus catalans.

86La fédération des forces vives du département afin d’entrer dans le jeu et de se confronter aux autres productions du régionalisme a été une réussite.

Conclusion : y a-t-il eu un effet pavillon ?

87L’Exposition internationale et son Centre régional ont inspiré un récit satirique en catalan. Publié dans l’Almanach del Rosselló, Horace Chauvet rend compte par un texte cocasse, à la fois du succès de l’Exposition et de son foisonnement. Un couple de bons villageois du Roussillon viennent pour la première fois à Paris et se rend au Pavillon du Roussillon, non sans mal :

  • 63 Graphie originale de l’article de Horace Chauvet « La Treseta i en Miquelo a l’exposició de Paris » (...)

« Per arribar al Rosselló, passes per la Russia, travesses l’Inglaterra, vas a rebotre a les Ameriques ; d’aqui gires car a la Provence i fas el torn de l’Alsace ; deixes la Gasconya a dreta, la Normandia a esquerra i, ara hi sem ! Te trobes devant per devant del mas del Rosselló63. »

88Célébré à son ouverture dans l’ensemble de la presse quotidienne française ainsi que dans les revues professionnelles, le Centre Régional tant attendu n’a pas laissé de grandes traces dans la mémoire collective de l’Exposition de 1937. La postérité a retenu évidemment le Guernica de Picasso dans le pavillon de l’Espagne, ou la confrontation des bâtiments d’Albert Speer pour l’Allemagne et de Boris Iofan pour la Russie. Aujourd’hui subsistent l’esplanade du Trocadéro, le Palais de Chaillot et le musée d’Art Moderne de Paris.

89Localement, L’Indépendant des Pyrénées-Orientales, une fois passée l’inauguration en juillet, ne fera plus aucun écho de la vie du pavillon. Loin de la capitale, l’impact de l’Exposition est amoindri. Les crises politiques occupent alors l’essentiel des communications de presse.

90Une intention première du Centre régional proposait de garder les pavillons qui auraient pu servir d’antenne parisienne aux provinces, de relais, lieu d’exposition et possible bureau voire lieu de résidence à la manière de ce que peuvent être les ambassades ou la Cité Internationale Universitaire de Paris. Rappelons-nous des chambres aux étages sur des échoppes et salons du village côtier du projet « Ruscino ».

91Le pavillon du Roussillon a été démantelé comme les autres dès 1938. Un équipement sportif occupe aujourd’hui le terrain du Centre régional (les gradins circulaires d’un théâtre de verdure occupent curieusement l’emplacement de la cour ronde dédiée aux sardanes, au bord de la rue Jean Rey).

92Une méconnaissance générale du courant néo-catalan fait qu’il a pu apparaître comme une version pittoresque de l’Art déco perpignanais. À cela s’ajoute l’oubli complet de l’existence du pavillon du Roussillon, apogée de ce style. La place du régionalisme dans la production architecturale du XXe siècle reste encore à valoriser.

93En plus du pavillon, d’autres réalisations remarquables aujourd’hui disparues mériteraient d’être évoquées. La villa Granero et la villa Ecoiffier (fig. 34) situées avenue des Palmiers et rue Legrand, sont publiées par Mas-Chancel dans un fascicule montrant ses plus belles réalisations. Elles étaient contemporaines du pavillon et furent démolies sous l’effet de la pression foncière dans les années 1970.

Fig. 34

Fig. 34

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa Ecoiffier, rue Legrand (démolie), É. Mas-Chancel architecte, 1930. Photographie d’A. Duran publiée dans l’ouvrage Architecture Catalane Française d’Édouard Mas-Chancel.

© Edari, Strasbourg

94L’architecture du pavillon nous est rappelée par un certain nombre de réalisations de ses deux architectes, mais aussi de leurs contemporains.

95Si la villa Ecoiffier a disparu, Alfred Joffre édifie une villa, en tous points semblable, pour la famille Bosc-Montana dans la rue du Docteur Rives à Perpignan.

96Le portail du stade Aimé Giral ou celui du domaine de Clairfont à Toulouges partagent les mêmes détails formels que l’arc d’entrée du pavillon.

97Le bâtiment de l’Équipement d’Édouard Mas-Chancel et Joseph Bertier inauguré en 1945, propose deux volumes à angle obtus articulés autour d’une tour dont le dernier étage constitue une loggia couronnée de tuiles (fig. 35). Ce bâtiment cite formellement le pavillon.

Fig. 35

Fig. 35

Perpignan (Pyrénées-Orientales), siège de l’Équipement (DDTM-66) rue Jean Richepin, architectes Édouard Mas-Chancel et Joseph Bertier, 1941-1945.

© Régis Péricot

98On retrouve cette composition dans des bâtiments plus modestes ou privés comme l’hôtel Maydat (Joffre) du quai Nobel ou à l’angle de la rue du docteur Pous.

  • 64 Voir les fiches du Service Régional de l’Inventaire d’Occitanie, par exemple la maison Chevasson à (...)

99L’inventaire du XXe siècle dans les Pyrénées-Orientales initie une vision plus précise de ce courant architectural64. Le groupe scolaire Romain Rolland (1936-1938, Mas-Chancel) est dans l’ensemble urbain du boulevard Anatole France labellisé « Patrimoine du XXe siècle » en 2015.

100Parmi les bâtiments d’enseignement, le collège Moreto de Thuir (1954, Mas-Chancel) n’a rien perdu de la vigueur et du vocabulaire de l’architecture néo-catalane. Sa composition alterne des volumes de pierres, de grandes arcades de briques et des éléments sculptés monumentaux de Marcel Homs.

101Fait d’emprunts et d’inventions singulières, chargé d’un discours ancré et volontaire, le régionalisme néo-catalan apparaît aujourd’hui comme un style à part entière. Notre article sur cette œuvre particulière et éphémère qu’a été le pavillon du Roussillon est la porte d’entrée d’une plus vaste étude à mener dans les Pyrénées-Orientales. En effet, le recensement en cours permet d’entrevoir la richesse de ce style et son extension sur la totalité du territoire.

Haut de page

Bibliographie

Ouvrages, revues et articles

Almanach del Rosselló, 1938, Perpignan.

Bausil, Albert, La cuisine catalane, éd. Le Coq Catalan, Perpignan, 22 mai 1937.

Cahiers Saint-Simon, Paris, 1986.

CASTAÑER-MUNOZ, Esteban. Perpignan, 1848-1939 la Cité et les Architectes, éd. Lieux-Dits, Région Languedoc-Roussillon, Lyon, 2013.

CASTAÑER-MUNOZ, Esteban. Modernité et Identité dans l’urbanisme et dans l’architecture à Perpignan (1848-1939), Perpignan, éd. Trabucaire, Perpignan, 2014.

CLOUZOT, H. et DUCHARTRE, P.-L. “Exposition 37, Le Centre Régional”, Patio du Roussillon, août 1937, L’illustration, n° 4928 bis.

Collectif, album de l’exposition Au fil du siècle, Chefs-d’œuvre de la tapisserie, 1918-2018, Silvana Editoriale, Milan, 2018.

COLLET, I., Le monde rural aux expositions universelles de 1900 et 1939, dans : Muséologie et ethnologie, Paris, RMN, 1987, p. 118-122.

Comoedia, Paris, 18 novembre 1936.

DUFRENE, M., Ensembles mobiliers à L’Exposition internationale de 1937, volume II, édité par Charles Moreau, Paris, 1937.

Exposition Paris 1937, magazine officiel édité par le commissariat général, n° 1, Paris, mai 1936.

FAVIER, Jean, La Construction Moderne, 23 juin 1935, n° 38, p. 826 ill. p. 832-833.

FONQUERNIE, Laurent. Grenat de Perpignan, le bijou sang et or, Perpignan, éd. Trabucaire, 2018.

FORCADA, Éric, COSTA, Marie. Perpignan au temps des Bausil, catalogue d’exposition, Ville de Perpignan, Perpignan, 2006.

L’Architecture d’Aujourd’hui, Paris, avril 1936, pavillon du « Languedoc Méditerranéen » concours d’architectes : résultats. p. 87.

L’Art et les Artistes, Paris, 4 mars 1935.

La Construction Moderne, Paris, 23 juin 1935.

La Technique des Travaux, “Exposition Internationale Paris 1937 - Centre Régional”, Paris, octobre 1937, pavillon du Roussillon p. 531.

La Revue hebdomadaire, Paris, 1935.

Le Figaro, Paris, 17 juillet 1937.

Le Temps, Paris, 7 avril 1935.

Les Annales, Paris, 25 mai 1937.

L’Indépendant, quotidien, Perpignan, année 1937.

Lo Mestre d’obres, revue des architectes catalans, Perpignan, années 1930, périodiques, Archives départementales des Pyrénées-Orientales.

LOCHARD, Thierry. Perpignan, le label Patrimoine du XXe siècle, Montpellier, collection Duo, DRAC Languedoc-Roussillon, 2015.

LOCHARD, Thierry et PAGNIEZ, Lisabelle, « L’architecture privée à Perpignan, 1900-1950 : de l’esthétique « Beaux-Arts » au pittoresque moderne », In Situ [En ligne], 6 | 2005.

MAS-CHANCEL, Édouard. Architecture Catalane Française, Edari, Strasbourg 1932, préface de Gustave Umbenstock.

MAUMENÉ, Albert. “L’Ensemble typique du Roussillon”, La Vie à la Campagne, Paris, 15 décembre 1937, volume 108, p. 28.

MAUMENÉ, Albert. “Pour la rénovation de l’Architecture Régionale”, La Vie à la Campagne, Paris, 15 décembre 1937, volume 108, p. 36-37, 41.

Mobilier et Décoration, Paris, 1935.

NOELL, Henry., préface de l’Essai d’un Art architectural et décoratif néo-catalan, Claude Salvy, Bull. de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, vol. 59, Perpignan, 1936, p. 165-170.

PALMARO, Loys de, « Grandeur ou décadence du commerce français par l’exposition de 1937 », dans Les Nouvelles de l’Exposition, Paris, 1er mai 1936

PEER, S., « Le Centre régional et la réinvention du régionalisme », Le Mouvement Social, éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 1999, n° 186.

Revue municipale : recueil hebdomadaire d’études édilitaires pour la France et l’étranger, Paris, juin 1936.

SALVY, Claude, Essai d’un Art architectural et décoratif néo-catalan. Bull. de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, vol. 59, Perpignan, 1936, p. 171 à 196-402 à 409.

UTUDJIAN, E., “Les grands ensembles de l’exposition de 1937”, Les Nouvelles de l’Exposition, Paris, 1er décembre 1936.

VIGATO, Jean-Claude. L’Architecture Régionaliste France 1890-1950, Paris, Norma Éditions, Paris, 1994.

Fonds d’archives consultés

Archives Municipales de Perpignan, déclarations de voiries et archives d’architectes.

Archives départementales des Pyrénées-Orientales, série M, Fonds de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Perpignan.

Archives départementales de l’Hérault, Fonds de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Montpellier, Comité régional de l’Exposition 1937.

Filmographie

Paris – Forum des Images / fonds Petit (50’47’’), de 13’20’’ à 13’40’’ : le pavillon du Roussillon.

Haut de page

Notes

1 La dénomination de « province de Roussillon » désigne sous l’ancien régime le territoire catalan annexé par la France en 1659. À la Révolution française, ce territoire est devenu le département des Pyrénées-Orientales, qualifié généralement de Roussillon.

2 AD34, fonds CCI, note du 18 novembre 1935.

3 MANAUT René-Victor, né le 23 septembre 1891 à Paris (10e) et mort le 6 septembre 1992 à Paris (17e). Administrateur de sociétés, conseiller général du canton de Sournia (Pyrénées-Orientales) de 1927 à 1937, député des Pyrénées-Orientales (1919-1924), député de la circonscription de Prades (1928-1932), sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et à l’Intérieur, chargé de l’Intérieur (du 3 novembre 1929 au 20 février 1930 et du 2 mars au 12 décembre 1930).

4 Elle avait été la décoratrice du Pavillon de l’Inde, assistée entre autres de son mari, Édouard Poisson (1897-1973) grâce à son amitié avec Jo Ginestou, Catalan d’origine et administrateur de la France d’Outremer.

5 NOELL, p. 169.

6 « Nous devons donc envisager, nous, constructeurs et artistes, un style Roussillonnais ou régional moderne, en coordonnant nos efforts, chaque architecte laissera apparaître son propre tempérament et ses propres qualités de race parmi la discipline consentie » R. Castan, Lo Mestre d’Obres, juillet 1934, p. 2.

7 LOCHARD et PAGNIEZ, 2005, p. 9.

8 Gustave Umbdenstock fut l’un des acteurs les plus engagés du débat architectural de l’entre-deux-guerres, défenseur du régionalisme, doctrine affirmant que l’architecture contemporaine ne réussirait son intégration dans les paysages de la France qu’en imitant les archétypes des bâtisses campagnardes, avec des styles différents selon les régions.

9 UMBENSTOCK, in MAS-CHANCEL, 1932.

10 Exposition Paris 1937, mai 1936, p. 8.

11 UTUDJIAN, E., 1er décembre 1936.

12 Exposition Paris 1937, 1936, p. 2. La référence au travail vise la résorption du chômage endémique depuis la crise de 1929, ce qui est aussi l’un des souhaits de l’organisation de l’exposition.

13 « Pour l’Art régional à l’Exposition de 1937 », 1er juin 1935.

14 VIGATO, J.-C., 1994, p. 227.

15 Procès-verbaux du Congrès de l’Art régional, 4-6 avril 1935, AN, F12 12300.

16 « En vue de l’Exposition Internationale de 1937, le congrès de l’Art régional », L’Ouest-Éclair, avril 1935.

17 PEER, S., 1999, n° 186, p. 48.

18 « L’Exposition de 1937, le Congrès de l’Art Régional », 7 avril 1935.

19 La Revue hebdomadaire, 1935, p. 631.

20 « Chronique de l’exposition de 1937 », Mobilier et Décoration, 1935.

21 MERYEM, J., 4 mars 1935, p. 280.

22 COUZOT, H., DUCHARTRE, P.L., « le Centre régional », L’Exposition de 1937, L’Illustration.

23 PALMARO, Loys de, « Grandeur ou décadence du commerce français par l’exposition de 1937 ».

24 COLLET, I., 1987, p. 118-122.

25 Note sur les Comités Régionaux (Leur composition - leur programme) édité par le Commissariat Général de l’Exposition / Centre régional. 1936.

26 Le style basque a aussi du succès en Catalogne française.

27 SALVY, 1936

28 Né en 1883 à Vinça dans les Pyrénées-Orientales, docteur en droit, historien et écrivain.

29 SALVY, 1er janvier 1936.

30 Lo Mestre d’Obres, mai 1935.

31 Archives départementales de l’Hérault, archives CCI courriers, 14 ETP 123 expo 37.

32 La Construction Moderne, 23 juin 1935, p. 826 et 833.

33 AD Hérault, Fonds CCI de Montpellier, lettre de Ricome à Floutier du 11 janvier 1937.

34 Œuvre de Louis de Casabianca et Simon-François Fratacci, ce pavillon imposant et austère, accroché à un immense faux rocher sombre, a reçu la médaille d’or.

35 Les Annales, 25 mai 1937, p. 507.

36 Ils font tous deux parties du second lot avec les pavillons du Limousin, de l’Auvergne, du Dauphiné-Hautes Alpes, de la Savoie-Haute-Savoie, de la Bourgogne Franche-Comté Ain, et du pavillon de la Lorraine - Revue municipale : recueil hebdomadaire d’études édilitaires pour la France et l’étranger, juin 1936.

37 Par exemple l’immeuble rue Delcros ou l’hôtel Alboize quai Bourdan à Perpignan.

38 Jardin clos (basse-cour) traditionnel des habitations rurales roussillonnaises.

39 RAMBOSSON, Y., Comoedia, 18-11-1936.

40 Le Roussillon, 29 mai 1937.

41 ROQUE, J., « Malgré vents et marrées », Lo Mestre d’Obres, juillet 1937.

42 HIMELFARB, H. Claude SALVY (notes biographiques), Cahiers saint Simon, 1986, p. 105.

43 ROQUE, J., « Malgré vents et marrées », Lo Mestre d’Obres, juillet 1937.

44 L’Indépendant, 6 juillet 1937.

45 L’Indépendant, 9 juillet 1937.

46 L’Indépendant, 8 juillet 1937.

47 L’Indépendant, 15 juillet 1937.

48 L’Indépendant, 1er juillet 1937.

49 Le recueil La Maison du Roussillon, Exposition 1937 a servi de livre d’or du Pavillon du Roussillon. Il est apparu dans le commerce de l’antiquité en mai 2024, étude Ruffat, Perpignan, aujourd’hui en mains privées.

50 NOELL, Henry, SASL des PO, 1936, p. 170.

51 Le Figaro, 17 juillet 37.

52 ROQUE, J., « Malgré vents et marrées », Lo Mestre d’Obres, juillet 1937.

53 Ce texte transcrit (en partie phonétiquement) des termes catalans-roussillonnais : gavatxs : les Français qui ne sont pas roussillonnais ; jotglars : musiciens ; coblas : orchestres catalans ; bouillinade : type de bouillabaisse ; ouillade : pot au feu ; picoulat : boulettes de viande hachée en sauce ; cargolade : repas d’escargots grillés ; rapaxades : agapes.

54 BAUSIL, A., 1937.

55 L’Indépendant, 9 juillet 1937. Discours d’Edmond Labbé, « L’inauguration du pavillon du Roussillon à l’exposition de Paris. Elle donna lieu à l’exaltation de la petite patrie ».

56 DUFRENE, M., 1937.

57 Collectif, album, 2018, p. 41.

58 NOELL, Henry, SASL des PO, 1936, p. 168.

59 L’Indépendant, 9 juillet 1937. Discours d’Edmond Labbé, « L’inauguration du pavillon du Roussillon à l’exposition de Paris. Elle donne lieu à l’exaltation de la petite patrie. »

60 FONQUERNIE, 2018, p. 73 à 77.

61 Collectif, Isidore & Laurent LLAURENSOU : Dinandiers d’Art du XIXe au XXe siècle. Éditions ACEM, 2006. In-8 broché à l’italienne (16 x 23 cm), 47 pages.

62 Exposition internationale des arts et des techniques dans la vie moderne. Paris, 1937. Tome II, p. 275-276. Le meuble signé Roque fut édité par l’entreprise Vigné de Perpignan.

63 Graphie originale de l’article de Horace Chauvet « La Treseta i en Miquelo a l’exposició de Paris », Almanach del Rosselló, 1938, Perpignan, p 4-13. TdA : « Pour arriver au Roussillon, tu passes par la Russie, tu traverses l’Angleterre, tu butes contre les Amériques d’où tu tournes jusqu’à la Provence, puis tu fais le tour de l’Alsace, tu laisses la Gascogne à droite, la Normandie à gauche, et, maintenant on y est ! Tu te trouves pile devant le mas du Roussillon. »

64 Voir les fiches du Service Régional de l’Inventaire d’Occitanie, par exemple la maison Chevasson à Casteil et le collège Moreto de Thuir.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1
Légende Paris, Exposition internationale de 1937, vue d’ensemble du pavillon du Roussillon, cliché de Fernand Baldet (1885-1964).
Crédits Donation Baldet-Lagarde, ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion RMN-GP
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 448k
Titre Fig. 2
Légende Toulouges, Pyrénées-Orientales, entrée du parc de Clairfont, Mas-Chancel architecte, avant 1932, photographie de A. Duran publiée dans l’ouvrage Architecture Catalane Française d’Édouard Mas-Chancel.
Crédits © Edari, Strasbourg
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 335k
Titre Fig. 3
Légende Perpignan, Pyrénées-Orientales, villa Maury, Alfred Joffre et Férid Muchir architectes, 1934.
Crédits © Régis Péricot
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 887k
Titre Fig. 4
Légende Perpignan, Pyrénées-Orientales, villa Maydat, Alfred Joffre architecte, 1936.
Crédits © Régis Péricot
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1019k
Titre Fig. 5
Légende Le plan du Centre régional au printemps 1935, avec les parcelles attribuées à chaque province et le découpage des régions sur la carte de France, document transmis par le comité d’organisation aux comités régionaux, et publié dans la revue La Construction Moderne, le 23 juin 1935. Les rehauts de couleurs ont été apportés par les auteurs afin d’identifier la parcelle maritime et continentale de la région « littoral occidental de la Méditerranée ».
Crédits © Régis Péricot, d’après un document de la BNF
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 776k
Titre Fig. 6
Légende Dessins proposés au concours de la section Languedoc-Méditerranéen, Floutier, Ricôme et Nègre architectes, dans L’Architecture d’Aujourd’hui, avril 1936, archives départementales de l’Hérault.
Crédits © L’Architecture d’Aujourd’hui
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 488k
Titre Fig. 7
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), panneaux encadrant la porte d’entrée de l’École Supérieure de garçons, (Esplanade actuellement Collège Jean Moulin, place Jean Moulin), un artisan et un maître d’œuvre symbolisent l’éducation technique dans le bas-relief de Gustave Violet (1901).
Crédits © Régis Péricot
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 604k
Titre Fig. 8
Légende Catllar (Pyrénées-Orientales), élévation schématique de la fontaine de galets du jardin de la propriété familiale d’Édouard Mas-Chancel. Cette réalisation a été déplacée au pavillon à venir. Dessin publié dans La France à table, 1935.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La France à table
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 341k
Titre Fig. 9
Légende La première page de l’Essai d’un Art Architectural et Décoratif Néo-Catalan de Claude Salvy dans le recueil de la Société Agricole Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, 1936.
Crédits © SASL des Pyrénées-Orientales
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 556k
Titre Fig. 10
Légende Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Plan dit rez-de-chaussée : niveau port avec la rue des pêcheurs et salle voûtée accessible par le quai, dédiée aux eaux thermales.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 483k
Titre Fig. 11
Légende Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Plan dit niveau rue à gradins avec sa succession d’échoppes, de salons, menant à la placette aux sardanes.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 572k
Titre Fig. 12
Légende Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Plan niveau premier étage, avec autour de la placette des espaces d’exposition et sur la rue à gradins des logements et bureaux.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 502k
Titre Fig. 13
Légende Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Coupe sur la salle voûtée du thermalisme sous la placette aux sardanes avec la fontaine de galets et le clocher. Coupe sur les pièces d’exposition à gauche et les échoppes logements et bureaux de représentation à droite.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 446k
Titre Fig. 14
Légende Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Façade sur la Seine avec le port (plage et enrochements) et le clocher.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 437k
Titre Fig. 15
Légende Projet « Ruscino » d’Alfred Joffre et Édouard Mas-Chancel, concours du Centre régional pour l’Exposition internationale de 1937 à Paris, le long du quai Suffren. Résultats du concours publiés dans La Construction Moderne du 23 juin 1935. Façade sur l’avenue dans le prolongement du pont, extérieure au Centre régional (aujourd’hui rue Jean Rey).
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF © La Construction Moderne
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 519k
Titre Fig. 16
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Hôtel Alboize, 4 quai Bourdan, Édouard Mas-Chancel architecte, 1928, détail de la façade, exemple de référence et de composition que l’on retrouve dans l’esquisse des façades du projet « Ruscino ».
Crédits © Régis Péricot
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 1,0M
Titre Fig. 17
Légende Le plan presque définitif du Centre régional de l’Exposition internationale de Paris publié en mars 1937. Il montre les parcelles attribuées aux pavillons, leurs emprises et les circulations. Plan dessiné sous la direction d’Émile Maigrot architecte en chef du Centre régional de l’Exposition internationale de Paris en 1937.
Crédits © Cité Architecture et Patrimoine, Centre d’archives d’architecture contemporaine
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 842k
Titre Fig. 18
Légende Plan de la parcelle 9 (Languedoc-Méditerranéen) du Centre régional de l’Exposition internationale de Paris en 1937, avec la mention de la porte de l’exposition traversant la parcelle 9bis (Roussillon). Document technique envoyé au Comité régional du Languedoc Méditerranéen pour les architectes du projet en cours (Floutier et Ricôme).
Crédits © A. D. Hérault, archives CCI courriers – 14 ETP 123 expo 37
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 889k
Titre Fig. 19
Légende Photo de la maquette du Centre régional publiée dans L’Architecture - Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français du 15 février 1937, p. 59. Au premier plan, les volumes du pavillon du Roussillon se détachent sur l’imposante façade du Pavillon du Languedoc-Méditerranéen à contrejour.
Crédits © SCAF
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 360k
Titre Fig. 20
Légende Paris, le Centre régional en chantier le long de la Seine vu depuis l’emplacement du pavillon de la Corse sur l’île aux Cygnes. Cliché publié dans L’Architecture - Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français du 15 février 1937, p. 59.
Crédits © SCAF
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 544k
Titre Fig. 21
Légende Paris, vue de l’entrée du pavillon du Roussillon, World Fairs archive (www.worldfairs.info).
Crédits © World Fairs Info
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 861k
Titre Fig. 22
Légende Publication officielle du comité d’organisation de l’Exposition internationale de Paris en 1937 « Centre régional Paris 1937 », planche 8 (extrait). Façade sur deux niveaux du bâtiment d’exposition du pavillon Roussillon (cote FRAPN02_l_architecture_exposition_internationale_1937_france_0045).
Crédits © Cité de l’Architecture et du Patrimoine
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 345k
Titre Fig. 23
Légende Paris, Exposition de 1937, reconstitution du plan du rez-de-chaussée du pavillon du Roussillon avec ses différents espaces d’après les descriptions, photographies, plans et cadastre.
Crédits © PAO Régis Péricot
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 321k
Titre Fig. 24
Légende Paris, Exposition de 1937, Le cloître et la statue de Maillol. L’Architecture, Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français, p. 326. Cliché signé Boldo.
Crédits Source : Gallica.bnf.fr / BnF : http://catalogue.bnf.fr/​ark :/12148/cb34395671p
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 604k
Titre Fig. 25
Légende Paris, Exposition de 1937, inauguration du pavillon du Roussillon. On distingue au centre de la baie du premier étage La Catalane assise de Manolo Hugué.
Crédits © L’Indépendant, 6 juillet 1937
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-25.jpg
Fichier image/jpeg, 734k
Titre Fig. 26
Légende Paris, Exposition de 1937, pavillon du Roussillon, la fontaine au centre de la Place aux Sardanes et la scène couverte pour les cobles, photo parue dans « Perpignan au temps des Bausil ».
Crédits © g.m.d’Auvilliers
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 670k
Titre Fig. 27
Légende Esquisse du triptyque La baie de Collioure qui occupait le fond de la scène destinée aux cobles. Louis Bausil, collection particulière, photo parue dans Perpignan au temps des Bausil.
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-27.jpg
Fichier image/jpeg, 741k
Titre Fig. 28
Légende Statue La Musique, hommage à Debussy par Aristide Maillol, 1932. Revue La France à table éditée sous la direction de Curnonsky, numéro hors-série du 1er novembre 1937, p. 25.
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-28.jpg
Fichier image/jpeg, 611k
Titre Fig. 29
Légende Paris, Exposition de 1937, Pavillon du Roussillon, la Cour aux Sardanes. Chaises en bois et paille de Claude Salvy, Fontaine de galets d’Édouard Mas-Chancel. Photographie parue dans L’Illustration d’août 1937.
Crédits © L’Illustration
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-29.jpg
Fichier image/jpeg, 794k
Titre Fig. 30
Légende Tapisserie L’hymne au printemps (1936) et paravent Les Pyrénées (1926) réalisés par la manufacture des Gobelins d’après les cartons d’Augustin Hanicotte, collections du Mobilier national, Paris.
Crédits © Mobilier national
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-30.jpg
Fichier image/jpeg, 758k
Titre Fig. 31
Légende Buvard publicitaire évoquant les bijoux en grenat exposés au pavillon du Roussillon, coll. particulière, Perpignan
Crédits © Institut du Grenat
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-31.jpg
Fichier image/jpeg, 519k
Titre Fig. 32
Légende Dessin préparatoire à la réalisation du Castillet en Grenat de Perpignan, coll. particulière.
Crédits © Institut du Grenat
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-32.jpg
Fichier image/jpeg, 959k
Titre Fig. 33
Légende Corbeille de fleurs en Grenat de Perpignan, coll. particulière, aujourd’hui exposée au Palais des rois de Majorque.
Crédits © Institut du Grenat
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 263k
Titre Fig. 34
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa Ecoiffier, rue Legrand (démolie), É. Mas-Chancel architecte, 1930. Photographie d’A. Duran publiée dans l’ouvrage Architecture Catalane Française d’Édouard Mas-Chancel.
Crédits © Edari, Strasbourg
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-34.jpg
Fichier image/jpeg, 734k
Titre Fig. 35
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), siège de l’Équipement (DDTM-66) rue Jean Richepin, architectes Édouard Mas-Chancel et Joseph Bertier, 1941-1945.
Crédits © Régis Péricot
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/16700/img-35.jpg
Fichier image/jpeg, 831k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Laurent Fonquernie et Régis Péricot, « Le pavillon du Roussillon de l’Exposition internationale de Paris (1937) », Patrimoines du Sud [En ligne], 20 | 2024, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pds/16700 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12dtt

Haut de page

Auteurs

Laurent Fonquernie

Historien, guide conférencier, chercheur associé du Service Régional de l’Inventaire.

Régis Péricot

Architecte DPLG, titulaire d’un Master d’histoire et théorie de l’architecture, Escola Tècnica Superior d’Arquitectura de Barcelona.

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search