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Dossier

Une aventure humaine et technique pour ranimer une locomotive à vapeur : la 241 P 9

A human and technical adventure to revive a steam locomotive: the 241 P 9
Bruno Vachin

Résumés

L’aventure a commencé en 2008 lorsqu’une équipe de bénévoles s’est mobilisée pour la renaissance d’une extraordinaire locomotive à vapeur : la 241 P 9. Elle avait été utilisée par la SNCF de 1949 à 1969, effectuant 1,6 million de kilomètres. Elle a ensuite été garée dans le musée de Guitres. En 2008, après un reconditionnement des roulements, elle est transférée par rail à Toulouse et hébergée au dépôt de Périole. À l’atelier se sont succédé les tâches de démontage, d’inventaire, d’expertise des différents organes de la locomotive. Puis, pas à pas ont été rénovées les pièces, certaines reconstruites, d’autres remontées, ce qui permet de faire revivre les métiers de cheminots à l’atelier, appliquant les technologies de l’époque, suivant au mieux la documentation technique et les plans de la SNCF. Rien n’est mieux pour comprendre les subtilités technologiques que de refaire vivre le compresseur d’air à vapeur, l’alimentation automatique du charbon, de manipuler le servomoteur de changement de marche, de se plonger dans la note de calcul des bielles en mouvement, ou de recréer à l’ordinateur les plans d’origine dessinés à la main pour obtenir un modèle « 3D » et faire reconstruire les pièces. Ce sont aussi les recherches dans les archives, plans, notices techniques ensommeillés dans les différentes bibliothèques. Enfin ce sont l’échange des savoir-faire entre compagnons à l’atelier, avec d’autres animateurs d’associations intervenant sur des machines à vapeur, puis la présentation au public.

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Texte intégral

Introduction

1Le patrimoine ferroviaire d’Occitanie s’est enrichi en 2008 d’une locomotive à vapeur hors du commun, la 241 P 91 (fig. 1).

Fig. 1

Fig. 1

Bordeaux (Gironde) 241 P 9 prête au départ décembre 2008.

© Alain Cassagneau

  • 2 Association loi de 1901 reconnue d’intérêt général.

2En fondant l’Association des Anciens et Amis de la Vapeur Midi-Pyrénées (AAATV-MP)2, une équipe d’amateurs de belles mécaniques s’est mobilisée pour lui redonner vie.

  • 3 Fondés par Adolphe et Eugène Schneider en 1836 : Broise (de la) et TORRES, 1996, collection de l’au (...)
  • 4 Soit 2 900 KW : le cheval-vapeur représente : 735,5 [N] × 1 [m] / 1 [s] = 735,5 W.

3Construite après-guerre au Creusot (Saône-et-Loire) par les établissements Schneider3, elle fit partie d’une série de 35 machines pour trains rapides et lourds, dérivée de la 241 C 1 PLM (1930), première locomotive française équipée de 4 essieux moteurs dotés de roues motrices de 2 m de diamètre. Elle tracta à partir de 1949, le célèbre Mistral (fig. 2) entre Paris et Marseille (Bouches-du-Rhône) : puissance 4 000 chevaux4, vitesse 120 km/heure… Elle peut maintenant être considérée comme le TGV de l’époque.

Fig. 2

Fig. 2

Lyon (Rhône) Gare Perrache auteur inconnu.

© Collection de l’auteur

4L’achèvement de l’électrification de la ligne « impériale » en 1962 la conduisit à terminer sa carrière au Mans (Sarthe) en tractant les trains de voyageurs jusqu’en Bretagne. Ce qui lui permit de totaliser 1,6 millions de kilomètres au compteur.

5Puis elle fut remplacée en 1969 par des locomotives plus modernes diesel électriques, et remisée au musée de Guîtres, en Gironde, entre 1973 et 2008.

6C’est alors que notre groupe d’occitans passionnés s’est porté volontaire pour la remettre en ordre de marche : toute une aventure illustrée de quelques exemples.

Généralités : la locomotive à vapeur

7La technologie associée à la locomotive à vapeur a trouvé son développement dans les transports par transfert depuis les machines fixes utilisées dans l’industrie. Elles avaient permis de développer et fiabiliser l’énergie des moulins à vent ou des moulins à eau qui étaient soumis aux aléas climatiques.

  • 5 Heronis Alexandri Spiritalia 120 avant J.-C. cité par Arago comme le premier exemple de l’emploi de (...)
  • 6 À lire : Escudié, B. et Gréa, J. Thermodynamique et locomotives à vapeur, Ed. CNRS, 1989.

8Si les propriétés expansives de la vapeur ont été observées dès l’Antiquité5 (fig. 3), ce n’est qu’au début du XVIIIe siècle que les premières chaudières et moteurs à vapeur sont apparus. C’est la formalisation de leurs paramètres qui a constitué les fondements de la thermodynamique (1824-1864)6. L’histoire de la locomotive à vapeur est complexe, tant sur le plan de la conception, de la recherche d’efficacité (déjà !), d’économie de construction et d’utilisation, de performance, de sécurité et de durabilité.

Fig. 3

Fig. 3

Héron présentant son éolipyle, collection particulière.

© Bruno Vachin

  • 7 Marc Seguin » ainé » 1786-1875.
  • 8 Anatole Mallet 1833-1919.
  • 9 André Kœchlin 1789-1875, industriel et homme politique.
  • 10 André Chapelon, 1892-1978, ingénieur centralien au PLM puis au PO et à la SNCF, président d’honneur (...)
  • 11 Série 3700 issue de la reconstruction en 1931-1932 aux ateliers de Tours de machines 3500 : Vilain, (...)
  • 12 Georges Westinghouse, 1846-1914, ingénieur américain.
  • 13 Eugène Flaman, 1842-1935, ingénieur à la compagnie de l’Est.

9Ces progrès sont jalonnés de noms d’ingénieurs désormais célèbres comme Marc Seguin7 inventeur de la chaudière tubulaire, Anatole Mallet8 adaptant le compoudage aux locomotives, André Kœchlin9 fondant ce qui fut la Société Alsacienne de Construction Mécanique à Mulhouse avant de devenir l’actuelle ALSTHOM, André Chapelon10 menant une réflexion théorique appliquée au moteur à vapeur, doublant la puissance des locomotives Pacific du Paris Orléans11 (fig. 4) tout en réduisant la consommation d’eau et de charbon ou encore Georges Westinghouse12 mettant au point un frein automatique éponyme, Eugène Flaman13 inventant l’indicateur enregistreur de vitesse surnommé le « mouchard ».

Fig. 4

Fig. 4

Locomotive 3566.

© BNF Gallica

  • 14 À l’origine les locomotives consommaient du coke combustible à haut pouvoir calorifique : Lacoin, 1 (...)

10Le service des locomotives à vapeur a mobilisé des milliers d’agents : si les plus visibles sont le mécanicien et le chauffeur sur la plateforme de leur machine, que l’on aperçoit depuis le quai à l’arrêt, qui graissant le mécanisme, qui faisant le plein d’eau. Les interventions les plus importantes se font au dépôt de locomotives, de manière quotidienne, où l’on retrouvait des agents de veille maintenant les feux, des apprentis faisant les basses besognes comme le lavage de chaudière (fig. 5), ou le ramonage des tubes, la vidange du cendrier, et le plein de charbon14 effectués par ceux que l’on appelait les « Coketiers ».

Fig. 5

Fig. 5

Nettoyage de la boite à fumée.

Bruno Vachin © Correspondances Ferroviaires, collection de l’auteur.

  • 15 Compagnie de l’Est, du Nord, Ouest État, Paris-Orléans, Midi, PLM, Alsace Lorraine.

11Dans les ateliers de réparation, les ajusteurs et les monteurs se succédaient sur les machines, les chefs d’atelier assuraient le diagnostic et l’expertise des pièces mécaniques à régler, à réparer ou à changer. Ce savoir-faire, acquis par les anciens et entretenu en interne via la formation d’apprentis (dont les meilleurs pouvaient devenir mécaniciens de locomotive), permettait d’assurer une vraie culture d’entreprise et de constituer un corps social entièrement dévoué au service des compagnies historiques15, puis de la SNCF créée en 1938.

12Cette dernière a formalisé une documentation désormais précieuse : le Cours de locomotive à vapeur région ouest 1947 ou manuel de Maistrance en 7 volumes dont 3 destinés aux principales réparations à effectuer. À cette date la SNCF possédait près de 15 000 locomotives à vapeur dont 9 000 opérationnelles parcourant 26,7 millions de km annuellement et consommant 750 000 T charbon mensuellement.

13Depuis la fin de l’exploitation vapeur à la SNCF en 1974 ces métiers et savoir-faire ont disparu ; ce sont désormais les associations de sauvegarde comme la nôtre qui assurent le maintien de ce patrimoine social et technique.

Chaudière

14La chaudière de la 241 P 9 comporte plusieurs parties spécifiques en acier.

15À l’arrière (fig. 6), le foyer où s’effectue la combustion du charbon, entouré d’une lame d’eau, ouvert sur une grille et un cendrier : les points sensibles sont l’épaisseur de tôles, la qualité des entretoises, la réserve d’eau qui risque de s’entartrer.

Fig. 6

Fig. 6

Élévation arrière chaudière.

Bruno Vachin © Archives SNCF Le Mans.

  • 16 En application de l’arrêté du 20 novembre 2017 relatif au suivi en service des équipements sous pre (...)

16Le diagnostic ayant été fait, les réparations de la chaudière sont effectuées par des techniciens spécialisés, issus d’entreprises agréées suivant un cahier des charges strict visé par un organisme de contrôle16. Le remplacement de tôles après démontage se fait par soudure, avec contrôle visuel intérieur (aujourd’hui les endoscopes sont bien utiles) et contrôles par ultra son ; ceci étant fait, les entretoises sont vissées après perçage, alésage et taraudage, puis matées au marteau pneumatique équipé d’une bouterolle dédiée, ou soudées le cas échéant. Il faut noter que ce travail est complexe du fait que les accès au poste de travail sont difficiles voire acrobatiques.

  • 17 Procédé de montage par déformation radiale du tube dans la plaque tubulaire, mis au point par Richa (...)

17Au centre du corps cylindrique, les tubes à eau mettent en contact les gaz brûlés avec l’eau augmentant la surface qui permet de produire beaucoup de vapeur. Dans notre atelier et étant donné l’âge et l’état résiduel des tubes, notre parti est de retuber avec des tubes neufs. L’opération consiste d’une part à les emboiter et les sertir ou les souder sur la plaque tubulaire côté foyer, d’autre part les sertir puis les dudgeonner17 sur la plaque tubulaire de la boite à fumée.

18À l’avant (fig. 7), la boite à fumée contient notamment l’échappement et une grille pare-escarbille qui sera à refaire entièrement. Elle est obturée par une porte.

Fig. 7

Fig. 7

Coupe avant chaudière, extrait plan Schneider n° L990a.

© Académie François Bourdon

  • 18 Les noms des compagnons ont été modifiés ; ils se reconnaitront sans doute eux-mêmes.
  • 19 Dispositif d’ajutages combinés à une pièce mobile facilitant le mélange vapeur et les gaz de combus (...)
  • 20 Fraisil : particules de charbon imbrulé qui s’accumulent dans la boite à fumée ; appelées aussi esc (...)

19Cette dernière se doit d’être parfaitement étanche. Elle a fait l’objet de diverses interventions : Antoine18 s’est attaché à rapporter de la soudure en partie basse du cadre de la porte pour parfaire le contact entre le battant et le dormant, gage d’une bonne étanchéité : pour cela se sont succédé à plusieurs reprises : soudure, meulage (fig. 8), essai, puis reprise jusqu’à un accostage parfait. Tout ce travail est destiné à empêcher la pénétration d’air frais par la porte et garantir un meilleur tirage des gaz brûlés dans la cheminée par dépression de la vapeur qui sort de l’échappement à travers le « trèfle PLM »19. De plus, le risque d’inflammation du fraisil20 par apport d’oxygène sera écarté. Arnaud a quant à lui refait à neuf la tôle de protection intérieure de la porte.

Fig. 8

Fig. 8

Meulage.

© Bruno Vachin

20En préparant la mise en peinture nous avons découvert des restes de soudure sur le cadre de porte correspondant à des supports de feux d’angles illustrés sur le plan d’origine, et supprimés dans les années 1960 ; ces porte-lanternes furent rétablis (fig. 9) sur proposition d’Anatole.

Fig. 9

Fig. 9

Reconstitution du porte-lanterne de feu d’angle.

© Bruno Vachin

21Touche finale : après sablage, ponçage et apprêt, c’est Anatole qui a remis en peinture noire tout l’extérieur, en ménageant pour les pentures supportant les charnières un polissage brillant complété par un vernis brillant lui aussi (fig.10) ! L’esthétique compte aussi !

Fig. 10

Fig. 10

Avant de la 241 P 9 repeint à neuf.

© Bruno Vachin

Châssis

22Le châssis se doit d’être robuste pour porter l’ensemble des organes de la machine, transférer les diverses charges sur les roues par l’intermédiaire de la suspension, les efforts de traction ou de freinage, et garantir la tenue de route. Aussi malgré sa grande taille, sa géométrie doit-elle être parfaite. Nous avons effectué un contrôle géométrique du châssis après l’avoir débarrassé des organes de roulement lors des opérations de levage. Puis il a été entièrement nettoyé et remis en peinture.

  • 21 Le denier réalisé remonte à 1966, aux ateliers SNCF de Sotteville-Quatre Mares près de Rouen cité p (...)
  • 22 Cours de l’ouest, op. cit., tome VI, p. 17 et suivantes.

23En suivant méthodiquement le processus du manuel de Maistrance, nous avons pu vérifier l’horizontalité du châssis, son orthogonalité en s’appuyant sur des repères disposés çà et là sur la machine lors des levages précédents21, et corrélativement réimplanter les boites d’essieux précisément (fig. 11), en respectant une équidistance rigoureuse des axes des essieux. Cette vérification, que l’on nomme équerrage22, a été organisée et menée à bien par Antoine, aidé par André et Adam.

Fig. 11

Fig. 11

Contrôle d’implantation des boites d’essieu.

© Alain Trentin

Cylindres

  • 23 Deux cylindres HP pour « haute pression » et deux BP ou « basse pression », suivant le principe du (...)
  • 24 ACFI pour Auxiliaire des Chemins de Fer et de l’Industrie, pompe associée à un mélangeur qui permet (...)
  • 25 Vis sans fin transférant le charbon du tender dans la chaudière, animée par un moteur bicylindre à (...)
  • 26 Modification adoptée le 10 février 1962 en installant sur les 241 P un servomoteur du type FRANKLIN (...)

24Si les pistons de fort calibre évoluant dans les cylindres moteurs (fig. 12) sont au nombre de quatre23, ce ne sont pas les seuls sur ce modèle de machine : il en existe six dans la pompe ACFI24, quatre dans la pompe à air, deux dans le moteur à vapeur du stocker25 et deux dans le servomoteur du changement de marche26.

Fig. 12

Fig. 12

Cylindre basse pression.

© Alain Trentin

25Pour chacun, la règle de vérification est la même : contrôle des usures, rénovation ou remplacement des chemises, rafraîchissement des segments, remplacement des joints d’étanchéité, remontage et essais.

26Vu l’ampleur de la tâche et le nombre d’éléments à traiter, Anatole, Antoine, Ange, Adam, Armand, Adolphe, Axel ou Auguste se sont réparti le travail, faisant équipe deux par deux. Certains ont eu à investir les entrailles de la machine pour accéder par exemple aux cylindres et distributeurs haute pression situés sous la chaudière entre les longerons du châssis. À l’inverse, d’autres sont plus à l’aise pour intervenir sur des pièces démontées et posées sur l’établi.

Enveloppe

  • 27 Les parties non visibles de la machine, dont notamment la face intérieure de l’enveloppe, n’avaient (...)

27C’est la partie extérieure de la chaudière, la plus visible ; la plus exposée aux intempéries, elle est par voie de conséquence en très mauvais état compte tenu de son âge27. Sa fonction est d’isoler la chaudière (la température de celle-ci peut avoisiner les 200 degrés centigrades) par une lame d’air.

28Nous avons pris la décision de la refaire entièrement à neuf. C’est Armand qui s’est attelé à la tâche. Nous lui avons aménagé un espace dédié, avec établi de chaudronnier, rouleuse et plieuse à tôle. Il s’est formé à la soudure, tel un parfait carrossier. S’il a parfois pu se servir comme patron des tôles d’origine, d’autres fois il a dû réaliser des gabarits, des mannequins avant de découper la matière première. Ont suivi plusieurs montages à blanc (fig. 13) afin d’ajuster les pièces, conformément au plan de répartition de matière d’origine, sur les crinolines. Après cela il a rénové chaque point de fixation.

Fig. 13

Fig. 13

Montage à blanc des tôles d’enveloppe.

© Alain Trentin

29Adam, André ou encore Anthony et Alfred lui ont donné des coups de main pour les différentes manipulations. Un plan de repérage recense les tôles rénovées et numérotées avant de passer à l’atelier de peinture ….

Le tender

30Outre la mise en peinture intérieure et extérieure, les compagnons ont pris à cœur de renouveler les tôles les plus exposées à la corrosion, garantie d’une parfaite étanchéité de la réserve d’eau. La première phase a conduit à dériveter les assemblages, travail ingrat mais nécessairement minutieux afin que les tôles déposées servent de modèle géométrique et de gabarit de perçage pour le nouvel assemblage. Celui-ci a été entièrement effectué par boulons à tête bombée afin de respecter le dessin d’origine. Axel, Armand, Adam, André, Anthony, Arnaud, et Ange ont dénombré plus de 500 perçages et boulonnages lors de leurs interventions (fig. 14).

Fig. 14

Fig. 14

Remontage de la tôle de couverture du tender.

© Alain Trentin

  • 28 Nota : il en subsiste une en gare de Béziers entre les voies 1 et 2.

31Le dispositif d’approvisionnement en eau dans les gares a dû être modifié par substitution des trappes supérieures utilisées autrefois sur les quais de gare grâce à des grues hydrauliques dédiées, désormais disparues28 : c’est Antoine qui a fait toutes les découpes et les soudures pour adapter au tender des raccords « pompiers » de gros diamètre, aidé au montage des manchons par Arnaud.

Peinture

32Le choix de la technique de remise en peinture de l’ensemble des parties exposées à la corrosion (à l’exception de l’intérieur de la chaudière) s’est fait en recherchant les meilleures fournitures disponibles, avec application au pistolet, à savoir un complexe polyuréthane bi-composants.

  • 29 Plan SNCF n° 10-156395 Archives SNCF du Mans.
  • 30 Ce qui fait le charme des associations !

33En principe le plan de mise en peinture est défini dans un document de la SNCF29. Les compagnons, après divers essais et débats30, ont voulu marquer une légère originalité ; le vert appliqué ne sera pas le vert olive d’origine comme pratiqué au PLM, ni le vert unifié sombre des derniers mois de service mais un vert intermédiaire qui rappelle celui de l’ancien réseau de l’État, eu égard à la fin de carrière de la 241 P 9 au dépôt du Mans. De plus pour alléger la silhouette générale, les roues de la machine et du tender ont reçu le même vert, le bandage des roues acier poli.

34La découverte de sous couches brun jaune (fig. 15) sur certaines pièces de la cabine a permis d’affiner le choix retenu pour l’intérieur de l’abri en partie haute, résultat plus lumineux que le noir, réservé aux parties basses les plus salissantes.

Fig. 15

Fig. 15

Brun jaune d’origine en cabine sur le support du Flaman.

© Bruno Vachin

35Le processus est rigoureux et mobilise quantité de main-d’œuvre sous les auspices de nos compagnons peintres aguerris Anatole et Axel qui sont auparavant intervenus sur les machines 140 C, 141 TB ou 141 R : nettoyage haute pression et lavage à la soude pour les pièces les plus grasses, sablage pour mettre le métal à nu, ponçage à ailette, brossage métallique, finition au papier de verre à grain fin puis dégraissage final.

36Suit l’application de l’apprêt en première couche, puis masticage et ponçage des parties vues, notamment cabine et enveloppe, une nouvelle couche d’apprêt, reprise éventuelle au mastic, sinon égrenage précédent la couche finale (fig. 16).

Fig. 16

Fig. 16

Cabine en cours de peinture.

© Philippe Girard

37Comme le diable est dans les détails, la mise en place des filets de couleur demande une couche dédiée rouge (fig. 17), puis masquage avec ruban adhésif, finition d’une dernière couche de vert et démasquage – ouf !

Fig. 17

Fig. 17

Démasquage des filets rouges.

© Alain Trentin

38Tous les compagnons sont intervenus à une ou plusieurs de ces phases de préparation ; autant dire que chacun partage volontiers la beauté du résultat final. C’est aussi le cas d’Andrew étudiant britannique adhérent au musée des chemins de fer à York, et de l’association de sauvegarde de la machine Pacific du LNER n° 60007 Sir Nigel Gresley31 classe A4, venu achever ses études d’ingénieur et parfaire son français à Toulouse.

Conclusion

39À travers les quelques exemples présentés ci-dessus, qui n’illustrent qu’une partie des 43 000 heures de travail que les compagnons et bénévoles ont consacré au chevet de la machine et son tender, on peut en déduire que leurs méthodes d’intervention sont solides, au vu de leur montée en compétence tout au long de ces quinze dernières années, emboitant le pas de générations de cheminots au service du chemin de fer à vapeur. Ils n’ont pas hésité à présenter le résultat de leur travail lors de visite d’atelier à destination d’un large public (fig. 18).

Fig. 18

Fig. 18

Accueil du public lors des Journées européennes du patrimoine 2022.

© Alain Trentin

40Les travaux vont se poursuivre sur le site de Carmaux dans le Tarn en vue de la mise en chauffe de la 241 P 9 avant de recueillir les agréments nécessaires pour circuler sur le Réseau Ferré National.

41L’aventure continue !

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Bibliographie

Manuel de Maistrance Région Ouest en 7 volumes, édition SNCF, 1947.

BROISE Tristan (de la), TORRES Félix : Schneider l’histoire en force, éd. JP de Monza décembre 1996.

CHAVY, Marcel, MAILLET, Maurice, Gibert, André, Les Moutains françaises, Éditions du Cabri, 1992.

CHAN, Georges et Thomachot, Paul, Locomotives 241 P. Revue générale des chemins de fer, février 1949. https://www.retronews.fr/journal/revue-generale-des-chemins-de-fer/01-feb-1949/1827/3580137/19

Chapelon, André, La locomotive moderne, 2e édition, Baillère et fils, 1952.

Collardey, Bernard et RASSERIE, André, Locomotives unifiées, Éditions La vie du Rail, 2001.

DUMOULIN Maurice, Traité pratique de la Machine locomotive, 4 tomes, 1898. https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k34124974 https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k3412535c https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k3412584v https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k3412583f

DUMOULIN, Maurice, Locomotive actuelle : étude générale sur les types récents de locomotives à grande puissance, Paris : Librairie polytechnique Ch. Béranger éditeur, 1906, 333 p. https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k3412736g

FIGUIER, Louis, Merveilles des sciences, Tome 1 édition Furne, Jouvet & Cie, 1867.

LACOIN, Maurice, Cours de chemin de fer, École des Ponts & Chaussées, 1923.

Sauvage, Édouard et Chapelon André. La locomotive à Vapeur : 10e édition repro, Ed. Layet 1979.

VILAIN, Lucien Maurice, 60 ans de traction vapeur sur les réseaux, Éditions Dominique Vincent, APRODEF, 1974.

https://www.facebook.com/AaatvMp241p9/

https://www.241p9.fr/

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Notes

1 Inscrite au titre des monuments historiques le 22 septembre 2011. https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM31002463
Numérotation à la SNCF de la 9e locomotive de la série P comportant 2 essieux porteurs à l’avant, 4 essieux moteurs et 1 essieu porteur à l’arrière. Son tender (i.e. réserve d’eau et de charbon) est numéroté 34 P 312 : numéro 312 de la série P contenant 34 m3 d’eau.

2 Association loi de 1901 reconnue d’intérêt général.

3 Fondés par Adolphe et Eugène Schneider en 1836 : Broise (de la) et TORRES, 1996, collection de l’auteur.

4 Soit 2 900 KW : le cheval-vapeur représente : 735,5 [N] × 1 [m] / 1 [s] = 735,5 W.

5 Heronis Alexandri Spiritalia 120 avant J.-C. cité par Arago comme le premier exemple de l’emploi de la vapeur comme force motrice, repris par Louis Figuier, 1867, p. 4, collection de l’auteur.

6 À lire : Escudié, B. et Gréa, J. Thermodynamique et locomotives à vapeur, Ed. CNRS, 1989.

7 Marc Seguin » ainé » 1786-1875.

8 Anatole Mallet 1833-1919.

9 André Kœchlin 1789-1875, industriel et homme politique.

10 André Chapelon, 1892-1978, ingénieur centralien au PLM puis au PO et à la SNCF, président d’honneur de l’AAATV propriétaire de la 241 P 9.

11 Série 3700 issue de la reconstruction en 1931-1932 aux ateliers de Tours de machines 3500 : Vilain, 1983, p. 159, collection de l’auteur.

12 Georges Westinghouse, 1846-1914, ingénieur américain.

13 Eugène Flaman, 1842-1935, ingénieur à la compagnie de l’Est.

14 À l’origine les locomotives consommaient du coke combustible à haut pouvoir calorifique : Lacoin, 1923, p. 10, collection de l’auteur.

15 Compagnie de l’Est, du Nord, Ouest État, Paris-Orléans, Midi, PLM, Alsace Lorraine.

16 En application de l’arrêté du 20 novembre 2017 relatif au suivi en service des équipements sous pression et des récipients à pression simples.

17 Procédé de montage par déformation radiale du tube dans la plaque tubulaire, mis au point par Richard Dudgeon (1819-1895), mécanicien d’origine écossaise.

18 Les noms des compagnons ont été modifiés ; ils se reconnaitront sans doute eux-mêmes.

19 Dispositif d’ajutages combinés à une pièce mobile facilitant le mélange vapeur et les gaz de combustion mis au point pour les machines de l’ancien réseau PLM. Cf. Sauvage et Chapelon 10e édition, p. 103 à 108.

20 Fraisil : particules de charbon imbrulé qui s’accumulent dans la boite à fumée ; appelées aussi escarbilles quand elles sont rejetées à l’air libre.

21 Le denier réalisé remonte à 1966, aux ateliers SNCF de Sotteville-Quatre Mares près de Rouen cité par Collardey et Rasserie, 2001, collection de l’auteur.

22 Cours de l’ouest, op. cit., tome VI, p. 17 et suivantes.

23 Deux cylindres HP pour « haute pression » et deux BP ou « basse pression », suivant le principe du compoudage préconisé par A. Mallet cité supra.

24 ACFI pour Auxiliaire des Chemins de Fer et de l’Industrie, pompe associée à un mélangeur qui permet de réchauffer à 100° C l’eau du tender par une partie de la vapeur d’échappement, avant son introduction dans la chaudière : d’où une économie d’eau et de charbon.

25 Vis sans fin transférant le charbon du tender dans la chaudière, animée par un moteur bicylindre à vapeur, développé par la compagnie STEIN à Roubaix.

26 Modification adoptée le 10 février 1962 en installant sur les 241 P un servomoteur du type FRANKLIN récupéré sur les premières 141 R de fabrication américaine en 1945-1948, retirées du service, destinée à soulager le travail du mécanicien lors de la manipulation du changement de marche, p. 107 in Locomotives unifiées, op. cit.

27 Les parties non visibles de la machine, dont notamment la face intérieure de l’enveloppe, n’avaient pas été protégées de la corrosion, sans doute une conséquence de la pénurie de matières premières au sortir de la deuxième guerre mondiale.

28 Nota : il en subsiste une en gare de Béziers entre les voies 1 et 2.

29 Plan SNCF n° 10-156395 Archives SNCF du Mans.

30 Ce qui fait le charme des associations !

31 Sir Nigel Gresley (1876-1941), grand ingénieur vaporiste britannique exerçant au London and North Eastern Railway, anobli par le roi Edouard VIII en 1936.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1
Légende Bordeaux (Gironde) 241 P 9 prête au départ décembre 2008.
Crédits © Alain Cassagneau
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 280k
Titre Fig. 2
Légende Lyon (Rhône) Gare Perrache auteur inconnu.
Crédits © Collection de l’auteur
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 75k
Titre Fig. 3
Légende Héron présentant son éolipyle, collection particulière.
Crédits © Bruno Vachin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 761k
Titre Fig. 4
Légende Locomotive 3566.
Crédits © BNF Gallica
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 33k
Titre Fig. 5
Légende Nettoyage de la boite à fumée.
Crédits Bruno Vachin © Correspondances Ferroviaires, collection de l’auteur.
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 544k
Titre Fig. 6
Légende Élévation arrière chaudière.
Crédits Bruno Vachin © Archives SNCF Le Mans.
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 135k
Titre Fig. 7
Légende Coupe avant chaudière, extrait plan Schneider n° L990a.
Crédits © Académie François Bourdon
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 140k
Titre Fig. 8
Légende Meulage.
Crédits © Bruno Vachin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 326k
Titre Fig. 9
Légende Reconstitution du porte-lanterne de feu d’angle.
Crédits © Bruno Vachin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 189k
Titre Fig. 10
Légende Avant de la 241 P 9 repeint à neuf.
Crédits © Bruno Vachin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 52k
Titre Fig. 11
Légende Contrôle d’implantation des boites d’essieu.
Crédits © Alain Trentin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 519k
Titre Fig. 12
Légende Cylindre basse pression.
Crédits © Alain Trentin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 81k
Titre Fig. 13
Légende Montage à blanc des tôles d’enveloppe.
Crédits © Alain Trentin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 562k
Titre Fig. 14
Légende Remontage de la tôle de couverture du tender.
Crédits © Alain Trentin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 549k
Titre Fig. 15
Légende Brun jaune d’origine en cabine sur le support du Flaman.
Crédits © Bruno Vachin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 543k
Titre Fig. 16
Légende Cabine en cours de peinture.
Crédits © Philippe Girard
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 584k
Titre Fig. 17
Légende Démasquage des filets rouges.
Crédits © Alain Trentin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 11k
Titre Fig. 18
Légende Accueil du public lors des Journées européennes du patrimoine 2022.
Crédits © Alain Trentin
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/17445/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 92k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Bruno Vachin, « Une aventure humaine et technique pour ranimer une locomotive à vapeur : la 241 P 9 »Patrimoines du Sud [En ligne], 21 | 2025, mis en ligne le 01 avril 2025, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pds/17445 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13m0l

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Auteur

Bruno Vachin

Ingénieur divisionnaire en retraite, secrétaire de l’association AAATV-MP propriétaire de la locomotive 241 P 9 et de son tender 34 P 312

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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