1Le vendredi 8 septembre 2023 en fin de matinée, au signal donné par un bipeur, une pince de démolition commençait à grignoter le bâtiment dit du « centre de formation », imposante construction jouxtant la gare de Béziers. Un aréopage de personnalités assistait au coup d’envoi de ce chantier préludant à l’aménagement du pôle d’échanges multimodal de Béziers. C’est ainsi qu’allait disparaître, dans la plus totale indifférence, un témoignage des fonctions de commandement longtemps exercées par la gare de Béziers. Jusqu’à la réforme des structures internes de la SNCF intervenue en 1972-1973, Béziers était en effet le siège de trois arrondissements ferroviaires correspondant aux trois grands services se partageant alors le chemin de fer : Exploitation, Matériel et Traction, Voie. Hérités de la Cie du Midi, ils contrôlaient une fraction du réseau s’étendant sur six départements. Béziers jouait à cet égard le même rôle que Tarbes, Toulouse (Midi) et Nîmes (PLM) sur le territoire de l’actuelle région Occitanie. Ces services administratifs ajoutaient un fleuron au centre ferroviaire de Béziers qui comptait également un dépôt de locomotives, un grand atelier du matériel1 et un triage.
- 2 Cet article est illustré notamment avec les clichés pris dans le cadre de l’opération d’urgence men (...)
2L’immeuble rasé en 2023, composé de deux corps de bâtiments accolés, s’élevait sur un espace compris entre les voies au sud, l’ancien hôtel de la Cie du Midi (transformé en HLM) à l’est et le boulevard de Verdun au nord. En exploitant notamment les archives repérées à ce jour, nous nous proposons de reconstituer son histoire complexe. En effet, cet ensemble immobilier s’était développé par étapes s’échelonnant sur près d’un siècle comme le révélait son architecture composite2. L’étude de ce patrimoine perdu, lié à un aspect méconnu de l’histoire ferroviaire locale, présente de surcroît l’intérêt d’éclairer un pan généralement négligé du patrimoine du chemin de fer, celui des bâtiments administratifs. Elle permettra aussi d’aborder la question des structures internes du réseau ferré, autre question peu traitée.
3La situation de la gare de Béziers, à la jonction de l’artère Bordeaux – Sète (inaugurée en 1857) et de la pénétrante Béziers – Millau (amorce de la radiale Béziers – Neussargues achevée en 1888), l’importance de son trafic et l’existence d’un dépôt conduisirent la Cie du Midi à fixer dans la cité biterroise le siège des trois arrondissements (Exploitation, Matériel et Traction, Voie) chargés de la partie orientale du réseau. La ville préfecture de Montpellier offrait à cet égard moins d’atouts car située à l’extrémité d’une antenne secondaire venue de Bédarieux par Faugères et Paulhan. Au surplus, cette cité se trouvait en territoire PLM (ligne Tarascon – Sète) ! Le logement des services administratifs posa très vite la question de la construction de locaux dédiés. Les premiers besoins se manifestèrent pour l’Exploitation.
- 3 Remaniements de la distribution intérieure du BV approuvés par décision ministérielle du 29 décembr (...)
- 4 Rapport de l’ingénieur en chef de la Voie du 29 juin 1876. Cette construction s’insérait dans un pr (...)
4Les bureaux de l’inspecteur principal de l’Exploitation nommé à Béziers en 1865 avaient été installés dans les travées 4 et 5 de l’aile ouest (côté Bordeaux) du bâtiment des voyageurs (BV) où ils occupaient cinq pièces au rez-de-chaussée et à l’étage3. En 1873, ces locaux étant devenus insuffisants par suite de l’augmentation du personnel du service, la création d’un plancher au-dessus des salles d’attente de 1re et 2e classes, dans les travées 6 et 7, avait permis d’aménager une salle de 67,86 m² communiquant avec la première partie par une porte percée dans le mur de refend. Mais en 1876, la nécessité d’agrandir les installations du service des voyageurs pour répondre au développement du trafic (la fréquentation de la gare de Béziers tripla entre 1862 et 1875) obligea à rechercher un nouvel emplacement pour l’inspection. Toutefois, le type du BV de Béziers ne permettait pas « de faire sur les ailes deux étages qui seraient nécessaires pour recevoir les bureaux, parce que ces ailes seraient plus hautes que le corps principal4 ». Il fut donc décidé de construire un bâtiment spécial à l’ouest du BV, sur le terrain situé entre la remise des voitures et la route nationale 112 (actuel boulevard de Verdun). Malgré sa forme trapézoïdale, celui-ci pouvait en effet « recevoir un bâtiment suffisant pour contenir les bureaux et des services divers » selon le rapport précité (fig. 1).
Fig. 1
Gare de Béziers (Hérault), plan évolutif du bâtiment dit du « centre de formation. » (1857-1967).
Véronique Marill © Inventaire général Région Occitanie
- 5 « Relevé des prix de construction des divers bâtiments de la gare de Béziers » (s.d.), document SNC (...)
5Accolé à la remise des voitures sur laquelle il s’appuyait, le bâtiment dit « de l’inspection » ou « de l’Exploitation » mesurait 28,60 m x 10,00 m (fig. 2 et 3). Il comportait deux étages sur rez-de-chaussée, chaque niveau étant séparé par une plinthe. L’ensemble était surmonté d’une corniche et couvert par une toiture en tuile à 4 pentes. Les façades principales se divisaient en 7 travées percées d’ouvertures en arc surbaissé. La plateforme de la gare se trouvant en contrebas de la route nationale 112, l’accès depuis celle-ci s’effectuait au niveau du premier étage par un escalier extérieur qui reliait la route au bâtiment implanté en retrait (fig. 4). La construction de ce dernier revint à 65 185,16 F selon décompte dressé par l’entreprise Bory en décembre 18805.
Fig. 2
Gare de Béziers (Hérault), plans du bâtiment de l’inspection de l’Exploitation dressés le 29 juin 1876 par Harlé, ingénieur en chef de la Voie à Bordeaux.
© SNCF
Fig. 3
Gare de Béziers (Hérault), plan en élévation et coupe du bâtiment de l’inspection de l’Exploitation dressé le 29 juin 1876 par Harlé, ingénieur en chef de la Voie à Bordeaux.
© SNCF
Fig. 4
Gare de Béziers (Hérault), escalier extérieur du bâtiment de l’inspection de l’Exploitation (24 février 2023). Noter la maçonnerie ouvragée et la ferronnerie de la rampe.
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
6L’affectation de chaque niveau était à l’origine la suivante (de l’ouest vers l’est) (fig. 2) :
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- 6 Avant l’édification de cet appentis couvert en ardoise, la lampisterie et l’outillage de la Voie ét (...)
rez-de-chaussée : cuisine et atelier de la télégraphie, dortoir des agents des trains, vestibule et cage d’escalier, visiteurs, magasin de la Voie, magasin du chef de train principal, lampisterie et chaufferetterie. Notons que l’outillage de la Voie, la lampisterie et la chaufferetterie étaient auparavant abrités dans un appentis en brique de 20,20 m x 5,10 m construit en 1865 contre la remise des voitures6 et démoli pour construire le nouveau bâtiment.
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premier étage : pièce réservée, lieux d’aisance, pièce réservée, vestibule, conducteur de la Voie (à gauche du couloir central) ; cabinet du « Docteur » encadré par deux pièces respectivement pour les « Hommes » et les « Dames », cage d’escalier, garçons de bureau (à droite du couloir) ; grande salle à usage de « Bureaux » occupant toute la largeur du bâtiment au droit des deux dernières travées.
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deuxième étage : bureaux occupant toute la largeur du bâtiment au droit des deux premières travées ; contrôleur, garçons de bureau, inspecteur, inspecteur principal (à gauche du couloir central) ; chef de train principal, cage d’escalier, personnel, salle d’attente (à droite du couloir) ; sous inspecteur (au fond du couloir).
- 7 « Relevé des prix de construction des divers bâtiments de la gare de Béziers » (s.d.), document SNC (...)
7Des « lieux » réservés au personnel des bureaux étaient accolés à la remise des voitures à l’aplomb du pignon ouest. L’édicule couvert par une toiture à deux pentes mesurait 4,80 m x 4,40 m. Il revint à 4 969,55 F d’après le décompte de l’entreprise Bory7.
8Diverses améliorations ou modifications furent apportées ultérieurement au bâtiment de l’Exploitation et à ses abords, par exemple :
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- 8 Travaux exécutés en 1911 et régularisés par avis de travaux complémentaires d’établissement (ci-apr (...)
à la suite de la centralisation à Bordeaux du service commercial, regroupement du personnel du service central de l’arrondissement, jusqu’alors disséminé dans divers petits locaux (ce qui rendait le travail et la surveillance très difficile), dans deux grandes salles, l’une au premier étage (ancien bureau commercial) pour le service technique, l’autre au deuxième étage pour le service administratif8 (fig. 5).
Fig. 5
Gare de Béziers (Hérault), plan de la modification de la distribution intérieure des bureaux de l’Exploitation, avis de travaux complémentaires du 25 juin 1914.
© AD Hérault, 5 S 1078
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- 9 ATC du 22 décembre 1913, AD Hérault, 5 S 1077.
le trottoir en terre longeant la route nationale étant impraticable à la moindre pluie, prolongement de l’aire en ciment du trottoir établi devant le nouvel hôtel terminus jusqu’à l’entrée des bureaux du service de la Voie9.
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- 10 ATC du 15 juin 1914, AD Hérault, 5 S 1078. Outre le déplacement d’étagères et la suppression de clo (...)
à la faveur du transfert du service médical dans un local spécial accolé à l’hôtel terminus, aménagement au premier étage (partie ouest) d’une grande salle pour le service des imprimés trop à l’étroit (distribution et service des plis au départ), report du service de l’inspecteur des Réclamations dans l’ancien cabinet médical (deux pièces) et attribution à l’inspecteur de l’Exploitation en résidence à Béziers de l’ancien local des imprimés10 (fig. 6).
Fig. 6
Gare de Béziers (Hérault), plan de la modification de la distribution intérieure des bureaux de l’Exploitation, avis de travaux complémentaires du 15 juin 1914.
© AD Hérault, 5 S 1078
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- 11 ATC du 5 août 1914, AD Hérault, 5 S 1078.
installation d’un poste secondaire lors de la création d’une communication téléphonique urbaine entre la gare de Béziers et le bureau de ville11.
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- 12 ATC du 19 décembre 1921, AD Hérault, 5 S 1081.
fixation devant la porte d’accès sur le boulevard de Verdun (no 14 bis) d’une lampe électrique, l’absence d’éclairage de l’escalier présentant « des difficultés lors de la sortie des agents, d’autant plus que le boulevard de Verdun est très obscur à cet endroit12 ».
9À la fin du XIXe siècle, les bureaux du service de la Voie étaient mal installés dans un immeuble distant d’environ un kilomètre de la gare de Béziers et loué pour 2 200 F par an. Le personnel était réparti dans huit pièces, d’où de lourdes dépenses de chauffage et d’éclairage. Dans les bureaux situés au deuxième étage sous la toiture, le travail était très pénible en été, la chaleur atteignant jusqu’à 36° ! De même pour l’atelier de photographie où la différence de niveau entre le sol de la pièce et la plateforme créée sur le toit obligeait à hisser les châssis. Enfin, dernier inconvénient et non des moindres, les relations avec les services de l’Exploitation et de la Traction, à la gare, exigeaient de procéder par correspondance, ce qui retardait et entravait la bonne marche du service. Les loyers étant très élevés dans le quartier de la gare, la compagnie proposa donc en 1898, à défaut de meilleur emplacement, de transférer les bureaux de la Voie dans un bâtiment à construire au-dessus de la remise des voitures. Cette solution, qui ne demandait aucun achat de terrain, offrait en outre les commodités d’un local spécialement aménagé. Mais avant de décrire les dispositions adoptées, il convient de présenter la remise des voitures.
- 13 En 2024, un bâtiment identique, reconverti depuis longtemps, est toujours visible dans les gares d’ (...)
- 14 « Relevé des prix de construction des divers bâtiments de la gare de Béziers » (s.d.), document SNC (...)
- 15 Cette traversée, inutilisée après 1918, fut supprimée en 1923 pour allonger le trottoir à voyageurs (...)
10Il s’agissait d’une construction en maçonnerie d’un seul niveau de 52 m x 16 m couverte par une toiture en ardoise à deux pentes reposant sur une charpente mixte. Elle abritait trois voies en cul de sac vers l’est (no 2 ter à 4 ter) pénétrant par trois grandes baies en plein cintre de 3,61 m de largeur ménagées dans les pignons. Les longues façades latérales se divisaient en treize travées séparées par des chaînes en pierre et percées chacune d’une fenêtre en demi-lune13. Ce bâtiment revint à 48 280 F selon le décompte de l’entreprise Claverie du 28 juillet 185914. À l’ouest, les voies 2 ter et 3 ter étaient raccordées à la voie 1 Bordeaux – Sète par aiguille. À l’extrémité opposée, les voies 2 ter à 4 ter étaient reliées au faisceau de la gare par un chariot roulant type GV (Grande vitesse) installé en 1898 et desservant aussi la voie 1 ter posée entre la principale 1 et la remise (traversée n° 1)15 (fig. 7). En 1900, la voie 4 ter fut prolongée de 66 mètres vers l’ouest et soudée aux voies 1 ter-3 ter. Cette extension fut concédée comme embranchement particulier aux négociants en vins Desfours et Gély qui possédaient leurs chais de l’autre côté de la route nationale. Les permissionnaires construisirent aussi un quai de chargement accessible par une porte roulante ménagée dans la clôture de la gare. Par la suite, les successeurs de Desfours et Gély, « Les Fils de Louis Huc », dont les cuves étaient reliées au chemin de fer par des canalisations souterraines passant sous la route, prirent en location la partie à ciel ouvert de la voie 1 ter (ex-3 ter) et la totalité de la voie 2 ter (ex-4 ter), y compris la partie couverte, pour garer les wagons-réservoirs (fig. 8).
Fig. 7
Gare de Béziers (Hérault), extrait du plan d’ensemble (1898). À gauche du BV, la remise des voitures et le chariot sans fosse substitué en 1898 à un chariot avec fosse et une batterie de plaques tournantes.
© AD Hérault, 5 S 935
Fig. 8
Gare de Béziers (Hérault), wagons-foudres stationnant sur l’embranchement particulier du négoce en vins « Les Fils de Louis Huc » (carte postale années 1930). À l’extrême droite, l’avant-toit des bureaux de la Voie construits au-dessus de la remise des voitures. À l’arrière-plan, la façade des chais de l’autre côté du Bd de Verdun.
© Collection Ph. Marassé
- 16 Jugeant « défectueux » l’aspect des deux façades appelées à se projeter côte à côte (cordons non al (...)
- 17 Projet d’un montant de 44 040 F soumis le 8 octobre 1898 et approuvé par le ministre des Travaux pu (...)
11Le projet de la Cie du Midi consistait à édifier au-dessus des six premières travées ouest de la remise un bâtiment de 24 m x 16 m (fig. 9 et 10). Le pignon est de la nouvelle construction était donc placé dans le prolongement du pignon ouest du bâtiment de l’Exploitation16. Comme pour ce dernier, l’entrée s’ouvrait sur la route nationale (futur 12 bis boulevard de Verdun). Un escalier extérieur donnait sur une petite cour où se trouvaient l’entrée intérieure et les lieux d’aisance. La différence de niveau de 3,80 m entre le trottoir et les bureaux était rachetée par les quatre marches extérieures et un escalier de 17 marches. Celui-ci était enfermé dans un pavillon accolé aux lieux (WC) de l’Exploitation. Le local des garçons de bureau se trouvait au-dessus de ces derniers, au débouché de l’escalier. Les bureaux étaient installés dans une vaste salle de 15,58 m de largeur et de 15,20 m/16,70 m de longueur largement éclairée sur trois faces par de grandes fenêtres en arc surbaissé de 2,20 m x 1,98 m (façades nord et sud) et 2,20 m x 1,35 m (pignon est). Étaient en outre prévus pour les ingénieurs et sous-ingénieurs trois cabinets de travail dotés de fenêtres ordinaires percées dans le pignon ouest et la façade sud. Une échelle de meunier conduisait aux combles abritant l’atelier de photographie (4 m x 7,30 m) et le local des archives (3,90 m x 8,30 m). Les planchers devaient être en bois et à sol noyé avec revêtement en carreaux de Saint-Henri. Pour réduire à 0,40 m la hauteur des poutres, leur largeur était portée à 0,28 m au-dessous des combles. Ces poutres de grande portée (15,58 m) s’appuyaient sur une double rangée de poteaux en chêne de 0,21 m x 0,21 m qui en réduisaient l’amplitude maximum à 5,29 m. À ces piliers correspondaient des poteaux de 0,24 m x 0,24 m posés dans la remise sur dés et massifs de béton de 0,60 m x 0,70 m x 0,70 m fondés à 1,10 m en contrebas du sol. Rien ne se perdant au Midi, il était envisagé de réemployer la charpente et la toiture de la remise en bon état17.
Fig. 9
Gare de Béziers (Hérault), pignon ouest des anciens bureaux de la Voie aménagés au-dessus de la remise des voitures (24 février 2023). La partie construite en 1899 correspondait au deuxième niveau du pignon. Le troisième niveau et le comble dataient de 1948. Au rez-de-chaussée, les grandes baies en plein cintre livraient autrefois passage aux voies de remisage.
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
Fig. 10
Gare de Béziers (Hérault), vue par le sud-ouest des anciens bureaux de la Voie aménagés au-dessus de la remise des voitures (24 février 2023). La partie construite en 1899 correspondait aux travées 1 à 6 de la façade latérale.
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
- 18 À cette date, les chefs d’études, du secrétariat, de l’architecture, etc., venaient d’être supprimé (...)
- 19 Rapport du conducteur du contrôle Saury du 31 octobre 1913, AD Hérault, 5 S 1121.
- 20 Projet d’un montant de 34 130 F présenté le 11 septembre 1913, AD Hérault, 5 S 1121.
- 21 Le projet prévoyait de démolir la partie du pignon est correspondant à la voie 4 ter, la suppressio (...)
12Le personnel administratif et technique de la Voie se trouva dès lors réuni dans la salle de 250 m² où travaillaient cadres et employés du secrétariat, de la comptabilité, des études techniques et de l’architecture. Le service se trouva toutefois très vite à l’étroit. En 1901, outre l’ingénieur principal chef de service et ses deux adjoints, le siège de l’arrondissement occupait en effet 55 agents alors que la grande salle ne pouvait en contenir que 46 avec leurs casiers18. La situation devint critique à l’orée des années 1910 : faute de place, sept agents œuvraient dans le local des archives sous les combles ! De plus, « on en [était] réduit à entasser les dossiers les uns sur les autres, ce qui rend[ait] très ardue la recherche des documents et pourrait finalement compromettre la stabilité des planchers19 ». Pour remédier à cette situation, la Cie du Midi envisagea en 1913 une nouvelle surélévation de la remise20. L’extension, prévue au-dessus des voies 2 ter et 3 ter21, devait mesurer 27,60 m x 10,46 m, soit 288 m². Elle comprenait deux parties à la suite l’une de l’autre : la première (157 m² environ), contiguë aux bureaux de la Voie, pour loger les sept agents relégués dans les combles ainsi qu’une partie des archives du service ; la seconde (131 m²) pour abriter les archives de l’Exploitation que celle-ci ne pouvait conserver dans ses locaux. L’accès à la partie affectée à la Voie devait s’effectuer par les bureaux existants. Quant au dépôt des archives, il aurait été relié au bâtiment de l’Exploitation par une passerelle couverte formant galerie vitrée.
- 22 ATC du 6 août 1919, AD Hérault, 5 S 1080.
- 23 ATC du 1er juillet 1915, AD Hérault, 5 S 1079.
- 24 ATC du 2 août 1915, AD Hérault, 5 S 1079.
13Bien qu’approuvé par décision ministérielle du 11 décembre 1913, ce projet resta dans les cartons, vraisemblablement en raison du déclenchement de la première guerre mondiale. Il fallut toutefois recourir à un pis-aller au sortir de celle-ci (l’instauration de la journée de huit heures dans les chemins de fer par la loi du 23 avril 1919 provoqua l’inflation des effectifs). Les 23 employés administratifs ne disposant que de 60 m², un bureau spécial fut aménagé sous les combles et contre le pignon ouest – dans lequel furent percées deux fenêtres – pour les agents chargés des affaires militaires et du personnel22. Auparavant, en 1915, les locaux de la Voie avaient été munis de ventilateurs électriques23. Autre amélioration en 1915 encore, la pose de carreaux vernissés dans les lieux utilisés également par les agents des bureaux de l’Exploitation ainsi que par les agents de trains depuis qu’il était interdit à ces derniers d’user des WC des voyageurs24. D’autres perfectionnements furent apportés après le conflit, tels que :
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- 25 ATC du 20 décembre 1921, AD Hérault, 5 S 1082. Projet motivé par les nombreux travaux alors en cour (...)
en 1921, installation d’une communication téléphonique entre l’arrondissement de la Voie et le bureau du conducteur principal de la subdivision de Béziers de façon à éviter « d’avoir à déplacer un agent à travers les voies de la gare, sur un trajet de 400 mètres environ, constamment encombré par des trains en manœuvre25 ».
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- 26 ATC du 4 mai 1922, AD Hérault, 5 S 1082. Le projet prévoyait l’installation de 7 lampes de 300 boug (...)
en 1922, renforcement de l’éclairage du bureau des études « pour permettre de dessiner et surtout de calquer dès que la lumière du jour fait défaut26 ».
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- 27 ATC du 31 juillet 1923, AD Hérault, 5 S 1083. La chaudière existante fut remplacée à cette occasion (...)
en 1923, généralisation du chauffage central afin de supprimer les poêles dans les locaux non pourvus de radiateurs (garçons de bureau, chef de bureau, groupe des bâtiments et atelier de photographie)27. Le plan annexé au dossier nous indique l’affectation des locaux à cette époque :
- au premier étage : garçons de bureau, WC, chef de bureau, sous-ingénieur, ingénieur principal, ingénieur adjoint, chef d’études, téléphone, technique, comptabilité et administratif (ces trois derniers groupes occupaient la grande salle divisée par des menuiseries vitrées).
- dans les combles : bâtiments (local aménagé en 1919 pour les agents chargés du personnel), atelier de photographie donnant sur une petite terrasse, salle des archives et personnel, débarras.
- 28 ATC du 20 mars 1920, AD Hérault, 5 S 1080. De même, la Cie du Midi récupéra les anciennes cantines (...)
- 29 ATC du 22 juillet 1920, AD Hérault, 5 S 1081. La ligne d’éclairage électrique des services centraux (...)
14En 1920, le service de l’Exploitation se trouva à son tour dans l’obligation d’aménager des locaux supplémentaires. Ceux-ci furent logés dans l’ancienne cantine militaire acquise à cet effet auprès du Génie28. Celle-ci, composée d’une cuisine, d’un réfectoire et d’un dortoir, occupait l’emplacement de la voie 2 ter qu’un mur en brique séparait de la partie restante (fig. 11). Le sol était en dallage de ciment et il existait un faux plafond reposant sur des lambourdes. Comme dans de nombreuses gares de correspondances, cette cantine avait été instituée pendant les hostilités pour fournir le gîte et le couvert aux soldats de passage. Le local fut divisé par des cloisons en brique de 0,05 m, les nouveaux bureaux étant équipés d’un poêle et de l’éclairage électrique29. La remise de Béziers ne fut pas la seule à connaître une reconversion totale ou partielle car nous observons ce processus – bien antérieurement même – à Tournemire-Roquefort et Millau par exemple. L’accroissement de l’effectif des voitures condamna en effet le remisage sous abri.
Fig. 11
Gare de Béziers (Hérault), vue intérieure de la cantine militaire sous la remise des voitures (carte postale début XXe siècle). À gauche, le mur séparant le local de la partie conservée par le chemin de fer. À droite, les fenêtres en demi-lune de la façade sud. Au fond, la porte de la cuisine. Le dortoir se trouvait derrière le photographe. Comme ses homologues, cette cantine était gérée par une œuvre de bienfaisance, le comité de secours de la ville de Béziers.
© Collection Ph. Marassé
15Élurent domicile sous la remise :
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- 30 ATC du 16 juin 1920, AD Hérault, 5 S 1081.
- 31 ATC du 11 octobre 1920, AD Hérault, 5 S 1081.
- 32 ATC du 12 novembre 1921, AD Hérault, 5 S 1081.
- 33 ATC du 14 octobre 1920, AD Hérault, 5 S 1081.
- 34 ATC du 29 novembre 1921, AD Hérault, 5 S 1081.
avant juin 1920, le « bureau provisoire » de la comptabilité de l’arrondissement Exploitation (travées latérales 1 à 4). Ce bureau fit très vite l’objet de travaux pour en accroître le confort. Ainsi, la pose d’un ventilateur plafonnier analogue à ceux existant dans les autres bureaux du service de l’Exploitation permit d’améliorer l’aération de la salle constamment exposée aux rayons de soleil30. À l’inverse, pour éviter les courants d’air provoqués par l’ouverture de la porte donnant sous la remise, un tambour vitré de 1,50 m x 1,00 m fut établi au droit de l’entrée31 (fig. 12). Par ailleurs, l’unique poêle implanté au centre étant trop faible pour chauffer ce local de 15,90 m x 5,25 m, un second appareil fut installé à une extrémité de la pièce, le premier étant transféré à l’opposé32. Enfin, la porte d’entrée33 reçut une « lampe à forte intensité lumineuse » tandis qu’une lampe électrique fut placée dans la remise pour éclairer les agents se rendant à la comptabilité ou aux casiers des wagonniers (garde-freins)34. Ces casiers se trouvaient, partie dans le local des agents des trains au rez-de-chaussée du bâtiment de l’Exploitation (92 casiers), partie sous la remise des voitures. Les serre-freins étaient en effet très nombreux avant la généralisation du frein continu sur les trains de marchandises (1er mars 1933 à la Cie du Midi), notamment à Béziers, origine de la redoutable ligne de Neussargues !
Fig. 12
Gare de Béziers (Hérault), plan pour la pose d’un tambour vitré à l’entrée du bureau de la comptabilité installé sous la remise des voitures, avis de travaux complémentaires du 11 octobre 1920.
© AD Hérault, 5 S 1081
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avant novembre 1920, les archives de la gare (travées 5 et 6).
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- 35 ATC du 26 novembre 1920, AD Hérault, 5 S 1081. La fenêtre de la travée 11 fut très vite, sinon immé (...)
après novembre 1920, les contrôleurs et agents des réclamations (travée 9), l’inspecteur des réclamations (travée 10), le personnel de l’inspection divisionnaire de l’Exploitation (travées 11 et 12) et l’inspecteur divisionnaire de l’Exploitation (travée 13). Pour accéder aux nouveaux locaux sans passer par la remise, les voies 1 ter et 2 ter furent déposées sur la longueur voulue pour permettre l’élargissement du trottoir à voyageurs n° 1 et l’exhaussement du dallage intérieur par un parquet en sapin. De plus, les fenêtres en demi-lune furent transformées en portes vitrées en plein cintre (travées 9, 10, 12, 13) ou bien agrandies (travée 11)35 (fig. 13).
Fig. 13
Gare de Béziers (Hérault), plan pour l’aménagement de bureaux sous la remise des voitures, avis de travaux complémentaires du 26 novembre 1920.
© AD Hérault, 5 S 1081
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- 36 ATC du 7 février 1921, AD Hérault, 5 S 1081. Avant ces aménagements, la travée 7 comportait une por (...)
en 1921, le contrôleur adjoint du service électrique (travée 7) et l’inspecteur des réclamations (travée 8). Le premier – qui dépendait du service de la Voie – était jusqu’alors « casé » dans le BV où il occupait un réduit de 3 m x 1,60 m situé dans l’ancien couloir reliant le vestibule à la salle d’attente de 1re classe. Il devait donc laisser son matériel dans des caisses ou dans des fûts déposés dans le vestibule des voyageurs ou sous la remise des voitures, d’où de nombreuses déprédations voire des vols. Quant au second local, il fut affecté à l’inspecteur des réclamations. En contrepartie, celui-ci céda son bureau de la travée 10 au contrôleur adjoint à l’inspecteur divisionnaire de l’Exploitation qui n’en avait pas. Cette solution permit de grouper au mieux le personnel de l’inspection de l’Exploitation. Les nouveaux bureaux, munis d’un parquet en sapin, étaient accessibles par des portes vitrées identiques à celles des travées 9 à 13, le trottoir ayant été prolongé en conséquence36.
16Après 1945, d’ultimes extensions donnèrent au bâtiment des arrondissements leur configuration définitive.
- 37 « Demande d’autorisation préalable au commencement des travaux » déposée le 24 février 1947 par le (...)
17Déjà envisagée en 1913 mais restée sans suite, l’extension des bureaux de l’arrondissement de la Voie (désormais VB) aboutit enfin en 1948. Leur insuffisance avait en effet suscité des réclamations de la part du personnel. De plus, l’opération permettait de grouper sur le même site divers services de l’arrondissement jusqu’alors disséminés dans la gare. Les travaux étaient évalués à 4 800 000 F (valeur au 1er octobre 1946)37.
- 38 Contrairement à la charpente de l’avant-corps abritant l’escalier et les WC qui était en bois.
18Les dispositions retenues différaient de celles projetées en 1913. Elles consistaient en effet à exhausser d’un étage avec combles le bâtiment construit en 1899 sur la remise des voitures (fig. 14 et 15a et b). Les nouveaux locaux en maçonnerie de brique étaient largement éclairés sur les quatre faces par de grandes fenêtres rectangulaires. Il existait en outre une terrasse dans l’angle sud-ouest du comble. Quatre plinthes en béton ceinturaient la construction, deux sous les fenêtres, deux au-dessus. La couverture à deux pentes sur charpente métallique38 était en tuile partiellement de réemploi.
Fig. 14
Gare de Béziers (Hérault), plan de l’élévation nord dressé le 11 janvier 1947 par le bureau « études bâtiments » du 7e arrondissement VB de Béziers en vue de l’exhaussement des bureaux VB.
© AD Hérault, 400 W 73
Fig. 15a et b
Gare de Béziers (Hérault), plan des pignons ouest (15a) et est (15b) dressé le 11 janvier 1947 par le bureau « études bâtiments » du 7e arrondissement VB de Béziers en vue de l’exhaussement des bureaux VB.
© AD Hérault, 400 W 73
19D’après le plan joint à la demande de permis de construire, l’affectation des locaux était la suivante :
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premier étage : garçons de bureau, salle d’attente, ingénieur, chef d’arrondissement, ingénieur adjoint, chef de bureau, personnel, comptabilité, service général.
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deuxième étage (à construire) : WC hommes/dames, inspecteur SES, chef de section intérimaire et chef moniteur, inspecteur entretien, chef d’études bâtiments, chef d’études voie et ouvrages d’art, voie et ouvrages d’art - bâtiments, entretien, SES, sous-inspecteur SES.
- 39 Lettre du directeur de la région SNCF de la Méditerranée au directeur du service technique de la di (...)
20Vers 1950, le siège de l’arrondissement du Matériel et Traction (MT), jusqu’alors établi au dépôt, avenue Wilson, migra à son tour boulevard de Verdun. Le regroupement dans le bâtiment de l’Exploitation des arrondissements Exploitation (EX) et MT permit l’utilisation en commun du personnel. Il fut ainsi possible de réduire notamment le nombre des garçons de bureau et des dactylos. Aux économies ainsi obtenues s’ajouta celle procurée depuis 1948 par la centralisation au sein d’un bureau unique de la solde du personnel et des facilités de circulation pour les trois services39. Dans le même esprit, un atelier de tirages héliographiques travaillant également pour EX et MT sera installé dans le bâtiment de l’arrondissement VB.
21Mais les services étant à l’étroit, des bureaux supplémentaires durent être aménagés à partir de 1960 au-dessus de l’ancienne remise des voitures (fig. 16) et du bâtiment de l’Exploitation :
Fig. 16
Gare de Béziers (Hérault), travaux préparatoires pour la construction de bureaux au-dessus de l’ancienne remise des voitures : après enlèvement de la couverture et démolition du pignon est, dépose de la charpente. Noter la façade sud du bâtiment de l’Exploitation appuyée sur le mur nord de la remise et les fenêtres en demi-lune héritées de celle-ci.
© DR, collection Ph. Marassé
-
en 1960, construction d’un étage (12 m x 16 m) au-dessus des travées 11 à 13 de l’ancienne remise pour loger le bureau commun du personnel, le bureau du trafic et le bureau de la circulation.
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en 1964, adjonction d’un troisième étage au bâtiment de l’Exploitation. Les fenêtres surmontées d’une plinthe étaient à linteau droit – ce qui tranchait avec les arcs surbaissés du XIXe siècle – et la toiture en béton avec muretin de ceinture en béton (fig. 17).
Fig. 17
Gare de Béziers (Hérault), façade nord du bâtiment de l’Exploitation après surélévation d’un étage (24 février 2023).
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
-
entre 1964 et 1967, édification d’un étage (16 m x 6 m) au-dessus des travées 7 à 10 et adjonction d’un deuxième étage au-dessus des travées 11 à 13 de l’ancienne remise (fig. 18 et 19). L’éclairage de l’ensemble était assuré par de grandes fenêtres rectangulaires. Les ouvertures de la façade côté voies n’étaient pas alignées sur celles du bâtiment de 1899 car, le rez-de-chaussée ne servant plus à remiser du matériel roulant, le plancher du premier étage fut établi à un niveau inférieur. Une plinthe courait au-dessus des fenêtres tandis que quatre contreforts verticaux renforçaient la façade est jusqu’aux fondations (fig. 20). La couverture ceinturée par un muretin était en béton.
Fig. 18
Gare de Béziers (Hérault), façade sud de l’ancienne remise des voitures après exhaussement des travées 7 à 13 (24 février 2023). Au rez-de-chaussée, les portes créées au début des années 1920.
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
Fig. 19
Gare de Béziers (Hérault), vue par le sud-est de l’ancienne remise des voitures après exhaussement des travées 7 à 13 (24 février 2023).
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
Fig. 20
Gare de Béziers (Hérault), façade est de l’ancienne remise des voitures après exhaussement des travées 7 à 13 (24 février 2023).
Amélie Boyer © Inventaire général Région Occitanie
- 40 Celui-ci utilisera la partie résiduelle à ciel ouvert des voies 1 ter et 2 ter, à l’ouest du bâtime (...)
22Des bureaux furent également aménagés au rez-de-chaussée après dépose des voies 1 ter et 2 ter, cette dernière louée, rappelons-le, à un négociant en vins40. Enfin, la suppression de la toiture de l’ancienne remise sur la partie non exhaussée permit de créer une cour intérieure.
23Il nous reste à présenter les arrondissements ferroviaires de Béziers dont la mémoire était étroitement liée aux bâtiments dont nous venons de retracer l’histoire.
24L’organisation de la Cie du Midi s’articulait autour des trois grandes divisions structurant le chemin de fer jusqu’en 1972 : Exploitation, Matériel et Traction, Voie et lignes nouvelles. Chacune comprenait un échelon central coiffé par un ingénieur en chef installé au siège social à Paris, 54 boulevard Haussmann, et un échelon territorial (arrondissements). Substituée le 1er janvier 1938 aux grands réseaux, la SNCF était découpée à l’origine en cinq régions dont le siège était à Paris et correspondant aux anciennes exploitations : Est (ex-Cie de l’Est/Alsace-Lorraine), Nord, Ouest (ex-État), Sud-Ouest (ex-PO-Midi) et Sud-Est (ex-PLM). Une sixième région apparut le 1er janvier 1947, la région de la Méditerranée avec siège à Marseille. Elle regroupait les arrondissements Sud-Est de Marseille, Valence, Nîmes, et – à partir du 1er juillet 1947 – les arrondissements Sud-Ouest de Béziers. La nouvelle région innovait par l’organisation de sa direction qui, calquée sur les services centraux de la SNCF, différait de celle héritée des anciens réseaux. Elle regroupait en effet certaines fonctions comme la gestion du personnel ou les études d’installations. De même, les questions commerciales, détachées de l’exploitation, étaient confiées à une division autonome tandis que, au contraire, le mouvement des trains et des machines – traditionnellement écartelé entre l’Exploitation et la Traction – relevait d’une seule division dite « Trains et machines » (TM).
- 41 Notons que les anciens papiers à lettre perdurèrent après la création de la SNCF, du moins en inter (...)
25Les grands réseaux – puis les régions SNCF – étaient découpés en arrondissements, principal échelon territorial de chacun des trois grands services. Les arrondissements avaient leur siège dans la ville centre de la zone qu’ils contrôlaient. La superficie de ces zones, dont les limites ne coïncidaient pas toujours pour les trois services, était très variable car elle dépendait notamment de la densité du maillage ferroviaire et de l’importance du trafic. Le réseau du Midi était originairement divisé en trois groupes d’arrondissements : Bordeaux (1er), Toulouse (2e) et Béziers (3e), auxquels s’ajoutèrent en 1910 les arrondissements de Tarbes (4e), soit au total douze arrondissements. Ceux-ci furent incorporés au PO-Midi lors de la fusion d’exploitation de l’Orléans et du Midi le 1er janvier 1934 avant de passer au compte de la Région SNCF du Sud-Ouest le 1er janvier 193841. Enfin, les arrondissements de Béziers (ex-9e arrondissements PO-Midi puis 7e arrondissements Sud-Ouest) rejoignirent le 1er juillet 1947 la nouvelle région de la Méditerranée où ils formèrent les 4e arrondissements.
- 42 Ainsi, avant 1914, la limite occidentale sur la transversale Bordeaux – Sète se situa successivemen (...)
- 43 Chemins de fer du Midi, 4e division Voie et lignes nouvelles, annexe n° 2 à l’instruction de détail (...)
26Les arrondissements de Béziers contrôlaient un territoire délimité approximativement par les gares de Cerbère, Latour-de-Carol, Carcassonne, Saint-Pons, Rodez, Neussargues, La Bastide-Saint-Laurent-les-Bains, Le Vigan, Montpellier et Sète (fig. 21). Jusqu’à la création de la région de la Méditerranée qui aligna les circonscriptions des trois services, leurs zones d’action, qui fluctuèrent au fil du temps, ne concordaient d’ailleurs pas rigoureusement42. L’ossature de cet ensemble était formée par les transversales (Bordeaux) – Carcassonne – Sète et (Montauban) Saint-Pons – Bédarieux – Paulhan – Montpellier, la ligne internationale Narbonne – Port-Bou et la radiale Béziers – Neussargues. En 1905, ce périmètre embrassait 1 142 km de lignes ou sections de lignes, l’arrondissement de la Voie de Béziers se classant au troisième rang après Toulouse (1 462 km) et Bordeaux (1 297 km)43.
Fig. 21
En vert, périmètre schématique des arrondissements EX, MT et VB de Béziers à l’époque de la région de la Méditerranée (1947-1971) (fond de carte de la Géographie ferroviaire H. Lartilleux).
© Ph. Marassé
- 44 D’où la boutade suivant laquelle le chef de gare de Bolquère-Eyne occupait le poste le plus élevé d (...)
27Ce territoire, qui englobait l’extrémité orientale des Pyrénées et le sud-ouest du Massif central, comptait plusieurs lignes de montagne au tracé hardi comme Béziers – Neussargues, Tournemire – Le Vigan et Villefranche-Vernet-les-Bains – Latour-de-Carol (ligne à voie métrique de la Cerdagne). L’altitude du rail s’échelonnait de un mètre au bord de la mer à 1 592 m à Bolquère-Eyne, point culminant du réseau ferré national44. Les ouvrages d’art étaient nombreux, le plus imposant étant le viaduc de Garabit qui, avec ceux de la Crueize, de Fontpédrouse ou encore le pont suspendu de la Cassagne, contribua au renom du génie civil français. Pionnière de la traction électrique, c’est entre Perpignan et Villefranche que la Cie du Midi, après une première application sur la Cerdagne, expérimenta le nouveau mode de traction sur voie normale dès 1913. Les lignes ou sections Béziers – Neussargues et (Montauban) Carcassonne – Sète furent à leur tour mises sous tension en 1931-1935 et la première restera la plus longue ligne à voie unique électrifiée de France.
28Bien qu’assez peu industrialisée, la zone contrôlée par Béziers générait un important tonnage, reflet des productions locales : vins de la plaine viticole, primeurs du Roussillon, raisins de table de l’Hérault, houille de Graissessac, bauxites de l’Hérault, minerai de fer du Canigou, ganterie de Millau, bois, bestiaux, etc. Les ports de Sète (jusqu’en 1939), Port-la Nouvelle et Port-Vendres amenaient également un substantiel trafic tandis que fruits, légumes et... fleurs, importés d’Espagne, transitaient par Cerbère. S’agissant des voyageurs, bornons-nous à citer le trafic touristique que la Cie du Midi s’efforça de développer dès avant 1914 dans les Pyrénées et le Massif central. Le « Grand hôtel » de Font-Romeu (1913) et les hôtels terminus de Béziers (1913) (fig. 22) et de Millau (1928), aujourd’hui reconvertis, témoignent de cette politique. Si bien que l’arrondissement Exploitation de Béziers se situait en 1957 près de la moyenne des 40 arrondissements de la SNCF avec 3 millions de tonnes expédiées, 2, 2 millions de voyageurs partis et 10 milliards de francs de recettes.
Fig. 22
Gare de Béziers (Hérault), Hôtel de la Cie du Midi peu après son ouverture en 1913 (carte postale début XXe siècle). Au fond, la façade nord des bâtiments de l’Exploitation et de la Voie.
© collection Ph. Marassé
- 45 T. Godard, qui fut aussi professeur à l’École nationale des Ponts et Chaussées, est l’auteur du tra (...)
29Les arrondissements étaient dirigés par un ingénieur, un ingénieur en chef ou un inspecteur principal de l’Exploitation. Le chef d’arrondissement – titre adopté par la SNCF en 1938 – traitait toutes les questions locales sous l’autorité du chef du service central intéressé. Il était assisté d’un adjoint (parfois deux) qui lui succédait souvent. Certains jeunes diplômés des grandes écoles (Mines, Ponts et Chaussées, etc.) accomplissaient leurs premières armes à la tête d’un arrondissement, du moins au temps des réseaux, avant de poursuivre une brillante carrière. C’est ainsi que André Bachellery et Paul Leboucher, respectivement ingénieur en chef du Matériel et de la Traction et ingénieur en chef des études du Matériel et de la Traction de la Cie du Midi (puis du PO-Midi), avaient géré avant 1914 l’arrondissement de Traction de Béziers, école formatrice s’il en était avec la ligne de Neussargues ! De même, l’ingénieur de la Voie Marcel Garau dirigera après le premier conflit mondial le service de la construction des lignes nouvelles de la Cie du Midi où l’avait précédé Télémaque Godard, lui-même ingénieur de l’Exploitation à Béziers au début du XXe siècle45 ! Quant au polytechnicien Henri Chamayou (fils d’un mécanicien du dépôt de Narbonne) en poste à Béziers lors de la mise en service de la traction électrique, il termina sa carrière comme chef du service de l’énergie électrique de la SNCF à Paris.
30Le chef d’arrondissement avait à sa disposition un bureau administratif placé sous la houlette d’un chef de bureau (et parfois d’un sous-chef de bureau). Ce bureau, divisé en groupes (personnel, comptabilité, technique, etc.) dirigés par un chef de groupe, occupait un personnel assez nombreux de garçons de bureau, garçons de recettes, expéditionnaires, employés/employées, employés principaux/employées principales, caissiers, calqueurs/calqueuses, dessinateurs-calqueurs, dessinateurs projeteurs, chefs dessinateurs, etc. (fig. 23). Chaque arrondissement comportait en outre des organes de liaison (circonscriptions, sections, etc.) et des établissements ou cellules élémentaires (gares, districts, etc.). Avant de décrire succinctement les arrondissements de Béziers, précisons que, en 1955, les services qui en dépendaient employaient 6 000 agents dont le quart à Béziers.
Fig. 23
Gare de Béziers (Hérault), agents du bureau du 3e arrondissement de l’Exploitation photographiés au pied du bâtiment de l’inspection le 20 avril 1927. À droite, le dépôt de charbon pour le chauffage des locaux.
© collection Ph. Marassé
- 46 CM et CT étaient désignées par un nombre de 2 (ou 3) chiffres, le premier (ou les 2 premiers) corre (...)
31L’Exploitation gérait la circulation des trains et les questions commerciales intéressant le transport des voyageurs, des bagages et des marchandises. Chaque arrondissement SNCF de l’Exploitation était divisé en deux groupes d’inspections superposés territorialement et responsables respectivement du mouvement et du trafic. Le PO-Midi joua un rôle pionnier en créant dès 1935, pour contrer la concurrence routière croissante, des subdivisions commerciales – Millau, Béziers, Narbonne et Perpignan dans la zone qui nous occupe – selon un modèle décentralisé que systématisera la SNCF. Le chef de la circonscription du mouvement (CM) avait autorité sur les gares – placées elles-mêmes sous les ordres des chefs de gare – pour la marche des trains, la comptabilité, la gestion du personnel, etc. Son homologue de la circonscription du trafic (CT) était chargé des relations avec la clientèle, de la prospection du trafic voyageurs et marchandises, etc., tout en gardant un contact étroit avec son collègue du mouvement. En 1941, l’arrondissement EX de Béziers était divisé en 7 CM : Marvejols (71), Millau (72), Bédarieux (73), Béziers (74), Béziers (75), Perpignan (76) et Prades (77)46. Par la suite, CM et CT furent regroupées pour former des « agences ». Cette formule développée par la SNCF à partir du début des années 1950 visait à accroître le poids de la fonction commerciale – comme le suggérait le terme d’agence – en associant plus étroitement le mouvement et le trafic. Le client n’avait plus qu’un seul interlocuteur : le chef d’agence. Quant aux établissements contrôlés, leur nombre se montait en 1955 à 110 soit 76 gares, 32 stations, une halte et un PAG (point d’arrêt gardé).
32Terminons avec le poste de commandement (PC) installé au siège de l’arrondissement en 1942. Cet organisme, généralisé par la SNCF sur l’ensemble de son réseau, avait pour but de surveiller la régularité de la circulation et de coordonner l’action des gares et des dépôts pour exécuter au mieux les transports sur le territoire de l’arrondissement. Concrètement, le PC, qui réalisait une liaison étroite entre Exploitation et Traction, suivait à chaque minute la circulation des trains, commandait les trains facultatifs et spéciaux de marchandises ou les trains supplémentaires de voyageurs, contrôlait l’utilisation des locomotives et du matériel remorqué et coordonnait l’activité des triages. Dirigé par un binôme composé d’un inspecteur de l’Exploitation – chef du PC – et d’un inspecteur de la Traction, le PC comprenait :
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deux permanences veillant au bon acheminement des transports avec la meilleure utilisation des locomotives : Exploitation et Traction. À la première était rattachée la commande centrale des agents des trains.
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un poste de régulation assurant et contrôlant la régularité de la marche des trains sur certaines lignes à forte circulation, en dernier lieu Lézignan – Sète et Narbonne – Cerbère pour le poste de Béziers. Les régulateurs, qui intervenaient dès qu’un train gênait ou risquait de gêner les autres convois, étaient installés dans des cabines insonorisées. Celles-ci étaient munies des appareils de télécommunication (clefs d’appel, microphone, téléphone fonctionnant en haut-parleur), du graphique théorique de circulation (fig. 24) et du graphique réel tenu par le régulateur (ou un opérateur) d’après les avis reçus des postes de passage.
Fig. 24
Extrait pour la période 16h-24h du graphique théorique de la section Lézignan – Sète (service d’été 1971) régulée par le poste de commandement de Béziers jusqu’en 1973. Noter la densité de la circulation.
© collection Ph. Marassé
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le bureau du PC réunissant le groupe de la circulation (surveillance a posteriori du service) et celui de la répartition du matériel roulant.
- 47 En 1959, la SNCF mit en service en gare de Béziers un autocommutateur type L 43 de la CIT. Il align (...)
33Le téléphone était l’outil fondamental du PC qui, indépendamment des circuits de régulation, était relié au central téléphonique de la gare siège de l’arrondissement Exploitation, au central PTT et aux organismes importants de la gare et du dépôt47.
34Le service du Matériel et Traction se divisait en deux branches : le Matériel avait pour vocation la construction, la réparation et l’entretien du matériel moteur et remorqué (voitures et wagons) ; de la Traction relevaient la conduite des trains et l’entretien courant des locomotives. Les arrondissements supervisaient un certain nombre de dépôts qui géraient les locomotives dont ils étaient titulaires et contrôlaient l’activité de leurs annexes-traction (« réserves » dans la terminologie Midi). Implantées dans les gares de bifurcation ou de section, celles-ci utilisaient des locomotives détachées du dépôt dont elles dépendaient.
- 48 Outre le matériel de la ligne de la Cerdagne, le dépôt de Villefranche gérait le matériel 12 000 V (...)
35En 1927, l’arrondissement de Béziers comptait quatre dépôts : Béziers (à dominante électrique après 1931), Sévérac-le-Château (qui deviendra annexe de Béziers en 1952), Narbonne (l’un des derniers bastions de la vapeur en France) et Villefranche-Vernet-les-Bains48. Ces établissements coiffaient les annexes de Bédarieux, Paulhan, Tournemire-Roquefort, Mende, Perpignan, Cerbère, etc. Il existait aussi à Béziers un grand atelier dont l’activité sera cédée en 1920 aux Éts Fouga avant de devenir le sanctuaire des BB Midi. L’entretien courant du matériel remorqué était exécuté par des postes d’entretien ou de visite à Béziers, Bédarieux, Sévérac, Narbonne, etc. Signalons enfin, dans la partie viticole du territoire, les ateliers privés spécialisés dans la maintenance des wagons-réservoirs. En 1955, l’arrondissement contrôlait six dépôts et annexes, six ateliers, cinq groupes électriques (entretien de la caténaire) et 19 sous-stations. À partir de 1966, une partie de celles-ci sera progressivement télécommandée depuis le « central sous-stations » aménagé au siège de l’arrondissement.
- 49 Dénomination substituée en 1905 à celle de section avec laquelle renouera la SNCF.
36Le service de la Voie et lignes nouvelles (Voie et Bâtiments à la SNCF) était chargé de la surveillance et de l’entretien du chemin de fer (voies, clôtures, ouvrages d’art, bâtiments, signaux, etc.), du gardiennage des passages à niveau, des travaux de superstructure sur les lignes nouvelles, etc. Les arrondissements étaient divisés en cinq ou six inspections49 contrôlées par un inspecteur (chef de section). Ces inspections regroupaient un certain nombre de subdivisions (districts à la SNCF) dirigées par un conducteur de la voie (chef de district) et découpées en cantons (tronçon de ligne de 4 à 8 km). Ces derniers étaient commandés par un chef-cantonnier (chef de canton à la SNCF) qui avait autorité sur la brigade de cantonniers et les gardes-barrières du canton. En 1914, la Cie du Midi créa un service électrique autonome (à ne pas confondre avec celui de la Traction) pour la maintenance des lignes et appareils électriques (block, postes d’enclenchement, télégraphie, etc.).
- 50 La numérotation des sections obéissait aux mêmes principes que celle des circonscriptions de l’Expl (...)
37En 1927, l’arrondissement de Béziers englobait trois inspections : Béziers-Centre (siège à Béziers), Béziers-Sud (Perpignan) et Béziers-Nord (Millau) coiffant respectivement huit, cinq et sept subdivisions. Par la suite, le nombre de sections fut accru, soit six en 1955 : Marvejols (41), Millau (42), Bédarieux (43), Béziers (44), Narbonne (45) et Perpignan (46)50. L’ensemble était divisé en 24 districts auxquels s’ajoutaient les circonscriptions SES (Service Électrique et Signalisation). Enfin, il existait à Bédarieux un parc de la Voie spécialisé dans le matériel type Midi.
38À sa constitution, la SNCF s’était contentée de coiffer par une direction générale les directions régionales représentant les anciens services centraux des grands réseaux. Néanmoins, la région de la Méditerranée avait été créée en 1947 pour expérimenter un fonctionnement plus décentralisé. Intégrant toutes les activités du chemin de fer dans un périmètre moins étendu que les régions classiques, elle permit une meilleure liaison avec les autorités administratives et la clientèle dans un secteur géographique appelé à un développement économique propre et à une activité touristique considérable. Mais la SNCF crut devoir aller plus loin à l’orée des années 1970. L’objectif était triple :
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décentraliser les décisions
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raccourcir la filière commerciale pour combattre plus efficacement une concurrence de plus en plus difficile à l’heure où l’État demandait à la SNCF d’adopter un comportement d’entreprise
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coordonner les différentes branches du chemin de fer à un niveau plus proche de l’exécution pour faciliter notamment les relations avec les pouvoirs publics régionaux.
- 51 Pour ne pas fractionner la ligne Béziers – Neussargues, la région de Montpellier engloba ainsi l’es (...)
- 52 La suppression ou, plus exactement, la fusion des arrondissements de Nîmes et de Béziers avec trans (...)
39D’où la suppression d’un échelon de commandement, en l’occurrence les arrondissements, par la création de 25 régions calquées sur les régions administratives sauf adaptations dictées par les exigences de l’exploitation51. L’ancienne région de la Méditerranée se trouva ainsi divisée en deux nouvelles régions, l’une ayant son siège à Marseille et l’autre à Montpellier. La réforme entra en vigueur le 1er janvier 1972 sur le territoire du Sud-Est et de la Méditerranée et le 1er janvier 1973 sur les autres régions. Nîmes, Béziers et Tarbes – sur l’actuelle Occitanie – perdirent ainsi leurs fonctions de commandement au profit de Montpellier52 et de Toulouse. Cette réforme s’accompagnait d’une autre révolution, la fusion du Mouvement et de la Traction au sein d’une nouvelle fonction, le Transport. Comme « l’opérating » généralisé de longue date aux États-Unis, celui-ci regroupait tous les services concourant directement au mouvement.
- 53 Les anciens chefs d’arrondissement EX et VB de Béziers furent respectivement nommés à la tête des d (...)
40La mise en œuvre de la réforme, qui bouleversait une organisation séculaire, posa d’innombrables problèmes pratiques, notamment du point de vue du personnel. Nombre d’agents virent en effet leurs attributions modifiées. Pour beaucoup, le lieu de travail fut différent et, parfois, la résidence elle-même changea. Cela se vérifia particulièrement sur la région de Montpellier, la seule à s’implanter dans une ville où n’existaient pas d’arrondissements. Il fallut donc procéder à de nombreuses mutations53 et édifier un bâtiment neuf. Pour loger le détachement précurseur envoyé à Montpellier fin 1971, la ville – ravie de l’aubaine – s’empressa d’apporter son aide. En attendant la livraison de l’immeuble définitif au fond de la gare Rondelet, l’installation du personnel venu de divers horizons s’effectua par étapes dans une construction provisoire érigée dans la cour du SERNAM (fig. 25). Le nouveau siège entra en service les 28, 29 et 30 novembre 1972. Les premiers visiteurs furent les représentants de la municipalité le 28 tandis que la presse écrite et audiovisuelle fit l’objet d’une réception spéciale le 30. Quant au personnel de tous niveaux, deux manifestations lui furent réservées les 28 et 29 novembre dans la grande salle du restaurant d’entreprise. Néanmoins, la totalité des services n’avait pas encore migré : le report des régulations des PC de Nîmes et de Béziers sur celui de Montpellier n’intervint ainsi que les 13 et 14 juin 1973.
Fig. 25
Gare de Montpellier (Hérault), baraquements destinés à abriter provisoirement le siège de la région SNCF de Montpellier instituée le 1er janvier 1972.
© Paul Génelot, collection Ph. Marassé
41Après la disparition des arrondissements, les locaux libérés à Béziers furent occupés par divers services tels que circonscription Exploitation, service commercial Fret, Équipement (ex-VB), service médical et, jusqu’en 2017, centre de formation.
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42Pour regrouper les services des arrondissements de l’Exploitation, du Matériel et Traction et de la Voie qui avaient leur siège à Béziers, la Cie du Midi puis la SNCF surent habilement tirer parti de l’espace étriqué situé près du BV, qu’il était impossible d’exhausser, en construisant un immeuble de bureaux puis en surélevant et transformant la remise des voitures contiguë. La reconstitution de l’histoire originale de cet ensemble immobilier détruit en 2023 appelait à évoquer ensuite les arrondissements ferroviaires de Béziers dont la mémoire s’incorporait aux bâtiments étudiés. Cette structure administrative contrôlait plus de 1 000 km de lignes jusqu’à la création de la région SNCF de Montpellier en 1972. Ce rappel d’un pan méconnu de l’histoire ferroviaire locale se justifie d’autant plus à l’heure où la gare connaît d’importantes transformations. Il resterait à comparer les dispositions appliquées à Béziers pour loger les services administratifs avec celles adoptées dans les autres chefs-lieux d’arrondissements. De même, pour éclairer une matière souvent ignorée par l’historiographie, il conviendrait de préciser la structure et les effectifs des bureaux d’arrondissements en s’appuyant notamment sur les archives du personnel. Enfin, quelle fut la trajectoire professionnelle des chefs d’arrondissements et, pour ceux restés longtemps en poste, quelle empreinte laissèrent-ils sur leur circonscription ?