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Dossier

À Perpignan, le jardin de la Villa des Tilleuls, œuvre d’Adolphe Raveau

The garden of the Villa des Tilleuls (the Lime Tree Villa), in Perpignan, Adolphe Raveau’s work
Michelle Vallière

Résumés

L’identification de l’architecte paysagiste Adolphe Raveau (1857-?) d’origine berrichonne et ayant travaillé étroitement avec l’architecte Viggo Dorph-Petersen à Perpignan à la Villa des Tilleuls pour le négociant Joseph Puig, relance la connaissance sur l’histoire des jardins en Roussillon. Cette étude permet d’entrevoir l’introduction du goût « français » et de la diffusion des modèles nationaux et en particulier ceux d’Edouard André dans cette région frontalière aux traditions jardinières particulières. L’état de conservation actuel du jardin très proche de celui conçu en 1905 confère à ce petit jardin de la Belle Époque un caractère remarquable. Cet espace à l’origine privatif est devenu un jardin public de la ville.

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Texte intégral

La villa du bourgeois aisé n’aurait pas de raison d’être si elle n’était entourée d’un jardin1.

  • 2 - Voir en particulier les études d’Esteban Castaňer Muňoz et Jean-Michel Rosenstein : CASTAŇER MUŇO (...)

1Perpignan dans les dernières années du XIXe siècle et au début du XXe siècle est en pleine expansion en raison du développement économique de la ville grâce en particulier à l’industrie papetière des Bardou-Job. L’ancienne place forte militaire est déclassée en 1901 ; la démolition des remparts débute en 1904. C’est la Belle Époque de l’urbanisme, de l’aménagement des boulevards, de la Promenade des Platanes où se déroulent les grandes manifestations, de l’édification des hôtels particuliers des notables de la ville en quête de paraître. Si l’histoire architecturale de la ville s’élabore peu à peu grâce aux travaux sur l’architecture du XIXe et du XXe siècle qui ont permis de comprendre le processus de création dans le département des Pyrénées-Orientales, l’on ne sait encore pratiquement rien sur leur environnement immédiat de parcs et de jardins2. Les architectes qui ont œuvré localement sortent peu à peu de l’oubli : Viggo Dorph-Petersen, la dynastie des Trenet, Léon Baille, Léopold Carlier, Henri Sicart, Eugène Montes, … Mais aucun architecte paysagiste n’a laissé de nom dans les annuaires de la ville ou du département, ou de traces dans les revues d’architecture ou de jardins de l’époque. Et pourtant, des parcs, des jardins accompagnent les grandes propriétés de la famille Bardou-Job à Aubiry, Valmy, Parc Ducup de Saint-Paul, les villas des frères Violet à Thuir (créateurs du Byrrh), les établissements thermaux du Boulou, de Moligt-les-Bains, Thuès, …

2À Perpignan, il existe toujours un charmant jardin, celui de la Villa des Tilleuls, avenue de Grande-Bretagne, actuels bibliothèque municipale et musée des monnaies. Ce havre de paix, clos de murs, de dimensions restreintes, présente une grande allée circulaire, entourant une pelouse animée et coupée par une « rivière » et un bassin. Un petit pont en rocaille l’enjambe. Des vases en fonte sur des piédestaux, de hauts palmiers, une végétation dans les dégradés de vert créent une atmosphère reposante et fraîche lors des chaudes journées d’été. (fig.1)

Fig. 1

Fig. 1

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue générale actuelle du jardin

© S. Vallière

  • 3 - AD Pyrénées-Orientales : 9NUM2E4524.

3C’est la maison d’un notable, Joseph Puig, ayant fait fortune dans le négoce de la mercerie. Issu d’une modeste famille de Perpignan, né en 1859, il s’est marié à une riche héritière originaire de Saint-Laurent-de-la-Salanque, Marie Joséphine Baselice Tiné. Passionné de numismatique, et devenu l’un des meilleurs spécialistes d’alors, il constitue une collection, exceptionnelle encore aujourd’hui. Il est attaché à sa ville natale, bien que vivant essentiellement à Paris lorsqu’il n’est pas en déplacement dans le sud de la France, en Espagne ou Italie. Le 17 décembre 1895, alors qu’il allait devenir père pour la première fois (son fils Paul naît le 12 août 1896 à leur domicile du 10, rue Petite Monnaie à Perpignan3), il fait l’acquisition d’un terrain en face de la pépinière, dans le quartier en plein développement de la gare où de nombreux négociants s’installent, non loin de la nouvelle usine à gaz (fig.2). Il en fait borner le terrain en juin 1896 et s’adresse tout d’abord à l’architecte Claudius Trenet pour clôturer la parcelle et au maçon Oliva. Deux figuiers sont abattus en fond de parcelle vers le chemin du gaz par le fleuriste Cabanes (fig.3).

Fig. 2

Fig. 2

Atlas de Perpignan, 1883. Projet de développement du quartier. AC Perpignan

© M. Vallière

Fig. 3

Fig. 3

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; projet d’implantation de la villa par Claudius Trenet. Archives du musée des monnaies

© M. Vallière

  • 4 - Archives du musée Puig.

4Trenet dresse un premier projet de construction s’implantant dans l’axe de la parcelle, la façade en retrait de la rue. Un chai était prévu le long de la clôture est. On ne sait rien de ce qui est envisagé pour le jardin4.

  • 5 - AC Perpignan : 1Fi/198.

5Toutefois la collaboration avec Trenet n’aboutit pas : charge de travail trop importante pour Trenet, ou choix d’un architecte qui achève les châteaux pour la famille Bardou-Job (Aubiry de 1893 à 1904, Valmy de 1888 à 1904) ? en effet, c’est Viggo Dorph-Petersen qui réalise finalement la construction : un devis estimatif est dressé le 24 novembre 1903 par Dorph-Petersen ; ce devis mentionne une véranda. Un dessin non signé ni daté présente une implantation de la villa dans l’angle nord-est laissant une plus large place au jardin ; une véranda y est prévue5 (verrendah, fig.4).

Fig. 4

Fig. 4

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; dessin non daté non signé de la villa et de son jardin. AC Perpignan

© M. Vallière

  • 6 - AC Perpignan : 1Fi/197.

6Un autre dessin signé et daté - Fait et dressé par l’architecte paysagiste sous signé Perpignan le 8 juillet 1905 A. Raveau - montre pratiquement l’état actuel du jardin et de la villa6 (fig.5).

Fig. 5

Fig. 5

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; dessin signé daté d’Adolphe Raveau. AC Perpignan

© M. Vallière

7En raison de la destruction des archives de Dorph-Petersen, c’est actuellement la seule mention attestant d’une réalisation de Dorph-Petersen en collaboration avec un architecte paysagiste.

  • 7 - AD Cher : 3E3221
  • 8 - AD Cher : 3E4595.

8Nous avons pu esquisser la biographie d’Adolphe Raveau (et non Laveau comme longtemps lu). Il est né le 24 janvier 1857 à Lignières (Cher), fils de Joseph Raveau, maréchal, et de Marie Euphrasie Barraud7. Son frère Antoine Antonin Raveau est né le 9 septembre 1853. Son père décède alors qu’il n’a que 6 mois, le 19 juillet 18578.

  • 9 - AD Cher : 6M 0018.
  • 10 - AD Cher : 6M 0078.
  • 11 - AD Cher : 3E 4715.

9À Lignières, sa mère, couturière, élève seule ses 4 fils en 18619 ; en 1872, alors qu’elle a 46 ans, et est recensée comme journalière, elle n’a plus à sa charge que son dernier fils Adolphe âgé de 15 ans, ses autres fils (Louis, Jules, Antonin) ont déjà quitté le foyer10. Elle décède le 15 février 1881 à Lignières. Son fils Adolphe, 24 ans, n’habite plus avec elle : ce sont ses voisins qui déclarent le décès11.

  • 12 - AD Pyrénées-Orientales : 9NUM2E3571.

10Nous perdons sa trace entre ses 15 ans dans le Berry et ses 28 ans dans les Pyrénées-Orientales où il se marie le 23 juin 1885 à Saint-Paul-de-Fenouillet avec Anne Justine Marie Sales, fille de chapelier12. Dans l’acte de mariage, il est mentionné comme architecte paysagiste et domicilié à Perpignan. Son frère Antonin, âgé de 30 ans est appareilleur de gaz (ce qui correspond au métier de plombier aujourd’hui) et domicilié aussi à Perpignan. Le frère de la mariée et témoin est Gaspard Sales âgé de 28 ans, négociant à Marseille. La signature est bien la même sur cet acte de mariage et sur le dessin de la propriété de la Villa des Tilleuls (fig.6 et 7).

Fig. 6

Fig. 6

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; détail du dessin signé daté d’Adolphe Raveau

© M. Vallière

Fig. 7

Fig. 7

Signatures apposées au bas de l’acte de mariage d’Adolphe Raveau (9NUM2E3571)

© AD Pyrénées-Orientales

11Il signe d’une manière assurée son acte de mariage ainsi que son frère : cela témoigne d’une pratique sûre de l’écriture et de la lecture, ce qui n’était pas le cas de son épouse à la signature plus timide. A-t-il eu un soutien particulier lorsqu’il était enfant et adolescent à Lignières de la famille de Bourbon qui y possédait un château ?

  • 13 - ROSENSTEIN. Op.cit. n. 2, p. 11.
  • 14 - AD Pyrénées-Orientales : 9NUM2E4524.

12Son activité est à mettre en parallèle avec celle de Viggo Dorph-Petersen. Ils débutent l’un et l’autre dans les Pyrénées-Orientales à des dates proches : Dorph-Petersen travaille vraisemblablement à partir de 1883 et est mentionné dans les registres de patentes en 1886, au 1, rue Traverse Vauban13 ; Raveau est domicilié à Perpignan en 1885 et exerce la profession d’architecte paysagiste lorsqu’il se marie. Sa fille naît en 1886 à leur domicile du 12, rue Blosch à Perpignan14. La coïncidence de la grande proximité de ces deux lieux de résidence et de travail peut nous permettre d’émettre l’hypothèse que ces deux hommes travaillaient en étroite collaboration.

  • 15 - Ils sont séparés de biens selon un jugement du tribunal civil du 13 mars 1888.
  • 16 - Dans le registre des patentes de 1905 (AMP : 1G2/193) c’est « la dame Adolphe Raveau, 40 rue des (...)
  • 17 - AC Perpignan : 1/O/« 2 » et DCM du 28/02/189.

13Adolphe Raveau possède un local au 37, rue des Augustins où il exerce avec sa femme le « commerce de fleurs, plantes, tracés de parcs et jardins » dès 188815 ; l’almanach de l’Indépendant des Pyrénées-Orientales de 1900 le mentionne encore à la rubrique fleuriste en 1900, au 34, rue des Augustins16. Il est certainement un professionnel réputé à l’échelle locale car la ville de Perpignan le missionne en 1890 pour aménager le grand emplacement dans le bosquet en bout de la Promenade des Platanes là où avait eu lieu l’exposition maraîchère de 189017.

14C’est donc un homme dans la force de l’âge (il a 48 ans), comme professionnel accompli qui dessine le jardin de la Villa des Tilleuls.

  • 18 - Cf. p. 458.
  • 19 - Archives musée Puig.
  • 20 - Idem.

15La conception esthétique de ce jardin est à rapprocher de celle d’Édouard André et en particulier du modèle publié dans son Traité Général de la Composition des Parcs et Jardins18: (fig.8). On y retrouve le tracé d’une grande allée, en 8 chez Édouard André, se transformant en ying-yang chez Raveau (fig.5). Les pourtours du jardin sont chez l’un comme chez l’autre plantés d’arbustes ou d’arbres, masquant ainsi les limites du jardin et donnant l’illusion d’un espace sans fin. Raveau place ainsi derrière ces écrans de verdure, la cour du poulailler (la volière pour les poules est réalisée en 190619), le potager, la fosse à fumier (fig.5). Entre le premier projet où la villa était coincée dans un angle de la parcelle et le second où celle-ci se développe plus amplement le long de la route de Prades, Dorph-Petersen supprime la véranda et la remplace par une terrasse qui accueille en dessous le local des outils (fig.4 et 5). De celle-ci, où donne la salle à manger, une vue en diagonale sur le jardin avec la pelouse traversée par la « rivière » et le « lac » mène au rond-point des bambous (fig.9). encore aujourd’hui des hauts piédestaux portent des vases en bronze (ils sont posés et scellés en juillet 190520) : ils sont mentionnés dans le dessin de Raveau. De nos jours, le potager est remplacé par une aire ensablée, le mur recevant des arbres fruitiers en espalier (fig.10). Cet espace avait été initialement conçu dans le premier projet pour accueillir un jeu de boules et de croquet : ce jeu de croquet étant alors fort à la mode et ayant même fait l’objet d’épreuves olympiques en 1900 !

Fig. 8

Fig. 8

Exemple de jardin dessiné par Édouard André, intitulé « Eaux dans un jardin de ville, avec chutes », fig. 235, p. 458, de l’ouvrage Traité général de la composition des parcs et jardins

© M. Vallière

Fig. 9

Fig. 9

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue générale depuis la terrasse

© S. Vallière

Fig. 10

Fig. 10

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue depuis le potager vers l’ancien potager

© S. Vallière

  • 21 - Visible sur la vue aérienne de 1924.

16Le fond du jardin, clos d’un haut mur, s’ouvre par une porte de service sur une petite rue (rue Lulli aujourd’hui) ancien sentier du gaz. La plaine du Roussillon est parcourue de multiples canaux d’alimentation en eau : l’un d’eux coule le long du chemin du gaz21. Il est aujourd’hui recouvert. Une prise d’eau dans l’angle sud-ouest existe dans le jardin : il permet l’arrosage par infiltration et immersion du jardin comme cela est traditionnellement l’usage dans cette région méditerranéenne. Le système d’arrosage est encore en grande partie visible avec ses canaux et glissières pour les pelles. La rivière et le lac artificiels étaient ainsi facilement alimentés en eau (fig.11, 12)…

Fig. 11

Fig. 11

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; système des vannes

© S. Vallière

Fig. 12

Fig. 12

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; la rivière aujourd’hui

© S. Vallière

  • 22 - Archives musée Puig.

17Un petit pont en rocaillage enjambe le lac (fig.13). Le mémoire de travaux de 1905 le mentionne : rivière, béton de chaux, béton de ciment (…) pont et garde corps en ciment armé artistique. Des rocailles pour le canal de chutes sont aussi mentionnées mais non encore exécutées22 (fig.14). Ce charmant petit pont, de bonne réalisation est tout à fait caractéristique des aménagements prisés autours de 1900 (fig.15). À Perpignan, il en subsiste à la Promenade des Platanes mais on en trouve aussi à Ille-sur-Têt ou encore à Collioure.

Fig. 13

Fig. 13

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; le pont

© S. Vallière

Fig. 14

Fig. 14

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; détail du pont

© S. Vallière

Fig. 15

Fig. 15

Extrait du mémoire de 1905. Archives du musée des monnaies

© M. Vallière

  • 23 - AC Perpignan : 1/O/« 4 ».
  • 24 - AC Perpignan : fonds Becquart. L’ancien évêché, au 8, rue de l’Académie, est devenu le centre d’e (...)

18Le plan de 1905 (fig.5) indique deux éléments de végétation : des bambous formant rond-point dans l’extrémité sud-ouest et des mimosas en rond-point bordant la pelouse. Le mimosa introduit d’Australie en Europe au tout début du XIXe siècle devient fort à la mode sous le Second Empire : il est l’un des symboles de la Côte d’Azur. Des mimosas étaient plantés place Arago à Perpignan vers 1900. Les bambous sont aussi des plantes alors très prisées, donnant l’illusion d’un certain exotisme oriental. Des bambous sont plantés au square des Platanes en 189623. Aujourd’hui, les mimosas ont disparu peut-être en raison de leur nature trop envahissante. Des bambous subsistent encore le long de la clôture ouest. Des bordures de buis ourlent désormais la plupart des allées (fig.16). Il est possible qu’il n’y ait eu de bordures que le long des massifs d’arbustes et non autour de la pelouse selon le projet de 1905. Était-ce du buis ou des plantes de type Ophiopogon comme on peut le voir sur les photographies datées de 1905-1906 montrant le jardin de l’ancienne académie militaire24, alors demeure privée ? Aujourd’hui encore de beaux spécimens de tilleuls parfument et ombrent le jardin : la villa tire son nom probablement de ceux-ci.

Fig. 16

Fig. 16

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue vers la terrasse

© S. Vallière

19La construction de la Villa des Tilleuls est achevée en 1909 : Joseph Puig la loue en partie à Gustave Reynès, négociant en vins, à partir de juin 1909. Le jardin est achevé.

  • 25 - AC Perpignan : 56W105.
  • 26 - AC Perpignan : 102W229.

20La mort tragique de l’unique fils des Puig, Paul, mort en mission aérienne au-dessus de la Champagne le 2 septembre 1918, fait se retirer à Perpignan Joseph et Marie Puig. Joseph Puig se consacre alors totalement à la numismatique. Par testament du 2 septembre 1926, il fait de la ville de Perpignan sa légataire universelle, la Villa des Tilleuls étant destinée à devenir un musée pour ses collections de numismatique et de l’histoire catalane25. Son épouse et sa belle-sœur ont la jouissance de la villa jusqu’à leur décès : Marie Puig décède en 1942. Selon les volontés testamentaires de Joseph Puig, le jardin doit rester intact, aucune construction pour l’agrandissement du musée ou le logement du conservateur du musée ne doit s’y implanter. C’est la ville de Perpignan qui doit assurer l’entretien du jardin après sa mort. Sur la vue aérienne de 1924 (fig.17), émergent de hauts palmiers. Le rond-point des bambous est perceptible. En 1957 (fig.18), à la veille de l’ouverture du musée au public, une autre vue aérienne révèle que des coupes importantes ont eu lieu dans le jardin : les palmiers vers la terrasse ont été abattus, l’espace de la pelouse centrale est dégagé et s’y perçoivent les vases sur piédestaux. Il n’y a plus de massifs d’arbustes en bordure de clôture modifiant ainsi la conception initiale du jardin. En 1958 des travaux de réparation s’effectuent afin de remettre en état et étanchéifier les bassins et petits ruisseaux du jardin26.

Fig. 17

Fig. 17

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue aérienne, 1924

© Institut Géographique National

Fig. 18

Fig. 18

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue aérienne, 1957

© Institut Géographique National

21Le jardin est régulièrement entretenu par les services des espaces verts de la ville de Perpignan lui conservant son esprit initial et maintenant un agréable espace de repos verdoyant (fig.19 et 20).

Fig. 19

Fig. 19

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; façade arrière de la villa

© S. Vallière

Fig. 20

Fig. 20

Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vase et pont

© S. Vallière

  • 27 - Mes remerciements à Antonin Bourdoncle des AD78 en charge du classement de ce fonds. Cependant, l (...)

22Grâce à un dessin signé et daté, le jardin de la Villa des Tilleuls à Perpignan a permis de révéler un architecte paysagiste, Adolphe Raveau dont l’activité n’était jusqu’à présent pas connue. Issu d’un très modeste milieu berrichon, il ne vient pas d’une famille de « jardiniers » ou d’horticulteurs comme son compatriote berrichon Édouard André ou le tourangeau Barillet-Deschamps. Probablement pris sous la houlette d’un protecteur (les Bourbon de Lignières ?), il témoigne dès ses 28 ans d’une bonne pratique intellectuelle. Il est très lié avec son frère Antonin qui, comme lui, œuvre dans le milieu de la construction en étant appareilleur de gaz à Perpignan. Ont-ils eu l’un et l’autre une formation à Paris ? Ont-ils travaillé auprès de Dorph-Petersen alors que ce dernier était à Paris à partir de 1880 ? Viennent-ils avec lui à Perpignan ? Adolphe Raveau en s’intitulant « architecte paysagiste » se revendique donc de ce corps de spécialistes, créateurs de jardins. Il n’a que 17 ans à la création de l’École d’Horticulture de Versailles en 1874 et aurait pu être un de ses premiers élèves mais les recherches effectuées auprès des archives départementales des Yvelines ne le mentionnent pas dans la liste des premiers élèves connus de cette prestigieuse institution27. Son modèle est-il Édouard André ? L’agence André accueillait de nombreux collaborateurs ; Raveau y a peut-être été formé. Dans le jardin de la Villa des Tilleuls, il s’inspire de ce maître.

23Perpignan et les Pyrénées-Orientales avaient été jusqu’à présent absents de l’histoire des jardins ; avec la redécouverte de ce paysagiste, c’est un nouveau chapitre de la recherche qui s’ouvre.

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Notes

1 - MANGIN Arthur. L’art des jardins, 1867.

2 - Voir en particulier les études d’Esteban Castaňer Muňoz et Jean-Michel Rosenstein : CASTAŇER MUŇOZ, esteban. Perpignan, 1848-1939, la cité des architectes, Lyon, éditions Lieux Dits, 2013. ROSENSTEIN, Jean-Marie. Viggo Dorph-Petersen, un architecte dans les Pyrénées-Orientales, 2013.

3 - AD Pyrénées-Orientales : 9NUM2E4524.

4 - Archives du musée Puig.

5 - AC Perpignan : 1Fi/198.

6 - AC Perpignan : 1Fi/197.

7 - AD Cher : 3E3221

8 - AD Cher : 3E4595.

9 - AD Cher : 6M 0018.

10 - AD Cher : 6M 0078.

11 - AD Cher : 3E 4715.

12 - AD Pyrénées-Orientales : 9NUM2E3571.

13 - ROSENSTEIN. Op.cit. n. 2, p. 11.

14 - AD Pyrénées-Orientales : 9NUM2E4524.

15 - Ils sont séparés de biens selon un jugement du tribunal civil du 13 mars 1888.

16 - Dans le registre des patentes de 1905 (AMP : 1G2/193) c’est « la dame Adolphe Raveau, 40 rue des Augustins » qui est « grenetier fleuriste en détail ».

17 - AC Perpignan : 1/O/« 2 » et DCM du 28/02/189.

18 - Cf. p. 458.

19 - Archives musée Puig.

20 - Idem.

21 - Visible sur la vue aérienne de 1924.

22 - Archives musée Puig.

23 - AC Perpignan : 1/O/« 4 ».

24 - AC Perpignan : fonds Becquart. L’ancien évêché, au 8, rue de l’Académie, est devenu le centre d’exposition de la Sanch, ouvert au public.

25 - AC Perpignan : 56W105.

26 - AC Perpignan : 102W229.

27 - Mes remerciements à Antonin Bourdoncle des AD78 en charge du classement de ce fonds. Cependant, les archives présentent des lacunes pour les périodes les plus anciennes.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue générale actuelle du jardin
Crédits © S. Vallière
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-1.jpg
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Titre Fig. 2
Légende Atlas de Perpignan, 1883. Projet de développement du quartier. AC Perpignan
Crédits © M. Vallière
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-2.jpg
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Titre Fig. 3
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; projet d’implantation de la villa par Claudius Trenet. Archives du musée des monnaies
Crédits © M. Vallière
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-3.jpg
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Titre Fig. 4
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; dessin non daté non signé de la villa et de son jardin. AC Perpignan
Crédits © M. Vallière
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Titre Fig. 5
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; dessin signé daté d’Adolphe Raveau. AC Perpignan
Crédits © M. Vallière
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Titre Fig. 6
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; détail du dessin signé daté d’Adolphe Raveau
Crédits © M. Vallière
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Titre Fig. 7
Légende Signatures apposées au bas de l’acte de mariage d’Adolphe Raveau (9NUM2E3571)
Crédits © AD Pyrénées-Orientales
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Titre Fig. 8
Légende Exemple de jardin dessiné par Édouard André, intitulé « Eaux dans un jardin de ville, avec chutes », fig. 235, p. 458, de l’ouvrage Traité général de la composition des parcs et jardins
Crédits © M. Vallière
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Titre Fig. 9
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue générale depuis la terrasse
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Titre Fig. 10
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue depuis le potager vers l’ancien potager
Crédits © S. Vallière
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Titre Fig. 11
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; système des vannes
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Titre Fig. 12
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; la rivière aujourd’hui
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Titre Fig. 13
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; le pont
Crédits © S. Vallière
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Titre Fig. 14
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; détail du pont
Crédits © S. Vallière
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Titre Fig. 15
Légende Extrait du mémoire de 1905. Archives du musée des monnaies
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Titre Fig. 16
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue vers la terrasse
Crédits © S. Vallière
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-16.jpg
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Titre Fig. 17
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue aérienne, 1924
Crédits © Institut Géographique National
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 132k
Titre Fig. 18
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vue aérienne, 1957
Crédits © Institut Géographique National
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 172k
Titre Fig. 19
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; façade arrière de la villa
Crédits © S. Vallière
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 452k
Titre Fig. 20
Légende Perpignan (Pyrénées-Orientales), Villa des Tilleuls ; vase et pont
Crédits © S. Vallière
URL http://journals.openedition.org/pds/docannexe/image/387/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 446k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Michelle Vallière, « À Perpignan, le jardin de la Villa des Tilleuls, œuvre d’Adolphe Raveau »Patrimoines du Sud [En ligne], 8 | 2018, mis en ligne le 01 septembre 2018, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pds/387 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pds.387

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Auteur

Michelle Vallière

Doctorante en histoire de l’art, Université de Perpignan Via Domitia, sous la direction d’Esteban Castaňer : De l’horta au jardi, l’art des jardins, en Roussillon du XVIIe au XXe siècle.

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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