Bibliographie
Bradley F. Abrams, The Struggle for the Soul of the Nation. Czech Culture and the Rise of Communism, Lanham, Rowman & Littlefield, 2004.
Adalbertus Ranconis de Ericino, « Sermones post mortem Karoli IV imperatoris », Fontes Rerum, Bohemicarum, t. III, édité par Josef Emler et Ferdinand Tadra, Prague, Nákladem nadáni Františka Palackého, 1882, p. 437.
Éloïse Adde-Vomáčka, « Le “Renouveau National tchèque”, un second souffle pour les sources médiévales de Bohême ? », La naissance de la médiévistique. Les historiens et leurs sources en Europe (xixe-début XXe siècles), Isabelle Guyot-Bachy, Jean-Marie Moeglin (dir.), « Hautes études médiévales et modernes » 107, Genève, Droz, 2015, p. 95-113.
Karel Bosko, L’humanisme endurant : Tchécoslovaquie : 1968-1989, Genève, Labor et Fides, 2010
Charles de Luxembourg, Vita Karoli Quarti, Pierre Monnet et Jean-Claude Schmitt (éd. et trad.), Paris, Les Belles Lettres, « Classiques de l’histoire au Moyen Âge » 49, 2010.
Culture et identité en Europe centrale. Canons littéraires et visions de l’histoire, Michel Masłowski, Didier Francfort, Paul Grandvohl (dir.), Paris-Brno, Institut d’Études Slaves-Masarykova Univerzita, 2011.
Enjeux de l’histoire en Europe centrale, Marie-Élizabeth Ducreux, Antoine Marès (dir.), Paris, L’Harmattan, 2002.
Ernest Denis, La Bohême depuis la Montagne Blanche, Paris, Ernest Leroux, 1903.
Ernest Denis, Hus et la guerre des Hussites, Paris, Ernest Leroux, 1878.
Beat Frey, Pater Bohemiae – Vitricus Imperii. Böhmens Vater, Stiefvater des Reiches. Kaiser Karl IV. in der Geschichtschreibung, Berne, Peter Lang, 1978.
Emma Gallitre, Alfons Mucha (1860-1939), peintre du sentiment national tchèque, mémoire de master préparé sous la direction de monsieur le professeur Patrick Cabanel, soutenu en juin 2015 à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, 310 pages.
Constantin Höfler, Die Zeit der luxemburgischen Kaiser, Vienne, Prandel & Ewald, 1867.
Ladislav Holý, The Little Czech and the Great Czech Nation. National Identity and the post-communist Social Transformation, Cambridge, Cambridge University Press, 1996
Identité(s) de l’Europe centrale, Michel Masłowski (dir.), « Cultures et sociétés de l’Est » 21, Paris, Institut d’Études Slaves, 1995
Kaiser Karl IV. 1316-2016, Erste Bayerisch-Tschechische Landesausstellung. Ausstellungskatalog, Jiří Fajt et Markus Hörsch (dir.), Prague, Národní Galerie v Praze, 2016
Kaiser Karl IV. Staatsmann und Mäzen, Ferdinand Seibt (dir.), Munich, Prestel-Verlag, 1978
Antoine Marès, « L’iconographie philatélique comme lieu de mémoire tchécoslovaque », Lieux de mémoire en Europe centrale, Antoine Marès (dir.), Paris, Institut d’Études Slaves, 2009, p. 183-194
Antoine Marès, « Nationalismes tchèque et slovaque. Fonctions et contenus, 1850-1920 », Matériaux pour l’histoire de notre temps 43, 1996, p. 21-25
Antoine Marès, « Périodisation de l’histoire et identité nationale chez les Tchèques », Revue des Études Slaves 66-1, 1994, p. 191-199
Antoine Marès, « République Tchèque et Slovaquie : l’Histoire, produit de consommation », Europe centrale. La mélancolie du réel, Patrick Michel (dir.), Paris, Autrement, 2004, p. 53-80
Antoine Marès, « Ruptures et continuités de la mémoire tchèque », Vingtième siècle : Revue d’histoire 36, 1992, p. 71-80.
T. G. Masaryk. Un intellectuel européen en politique, Marie-Élizabeth Ducreux, Antoine Marès (dir.), Paris, Institut d’Études Slaves, 2007.
Tomáš G. Masaryk, La Nouvelle Europe, Paris, L’Harmattan, 2002.
Bernard Michel, Nations et nationalismes en Europe centrale, Paris, Aubier, 1995.
Thomas Nipperdey, Réflexions sur l’histoire allemande, Paris, Gallimard 1992.
František Palacký, Geschichte von Böhmen, t. II, Prague, Kronberger und Řiwnač, 1842.
Franz Martin Pelzel, Geschichte der Böhmen von die ältesten bis auf die neuesten Zeiten, t. I, Prague-Vienne, Johann Ferdinand Eblen von Schönfeld, 1782.
Religion et identité en Europe centrale, Michel Masłowski (dir.), Paris, Belin, 2012.
Derek Sayer, The Coasts of Bohemia. A Czech History, Princeton, Princeton University Press, 1998.
Ludwig Schlesinger, Geschichte Böhmens, Prague-Leipzig, Calve-Brockhaus, 1869.
František Šmahel, « “Old Czechs Were Hefty Heroes” : the Construction and Reconstruction of Czech National History in its Relationship to the "Great" Medieval Past », The Uses of the Middle Ages in Modern European States. History, Nationhood and the Search for the Origins, Robert Evans et Guy P. Marchal (dir.), Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2011, p. 245-258.
La Tchécoslovaquie, sismographe de l’Europe au xxe siècle, Antoine Marès (dir.), Paris, Institut d’Études Slaves, 2009.
Anne Marie Thiesse, La Création des identités nationales. Europe xviiie-xxe siècles, Paris, Seuil, 1999.
Václav Žůrek, « Les langues du roi. Le rôle de la langue dans la communication de propagande dynastique à l’époque de Charles IV », Revue de l'IFHA [En ligne] 6, 2014, http://journals.openedition.org/ifha/8045.
Haut de page
Notes
Petr Horák, Petr Kyloušek, « Le canon tchèque à la lumière d’une enquête récente », Culture et identité en Europe centrale. Canons littéraires et visions de l’histoire, Michel Masłowski, Didier Francfort, Paul Grandvohl (dir.), Paris-Brno, Institut d’Études Slaves-Masarykova Univerzita, 2011, p. 267-275.
D’autres figures médiévales sont largement utilisées dans la construction du récit national tchèque, tout comme les « fondateurs » de la République. Ainsi, à la question « quelle est la période la plus glorieuse de l’histoire tchèque », les sondés optent en 1946 pour les guerres hussites (18%) devant le règne de Charles IV (17%) ; en 1969, c’est la Première République qui est plébiscitée (39%). En 1946, Tomáš G. Masaryk (74%) et Edvard Beneš (62%) sont les personnalités évaluées le plus positivement par les Tchèques, le premier obtenant un succès plus grand encore en 1969 (81%), Antoine Marès, « Ruptures et continuités de la mémoire tchèque », Vingtième siècle : Revue d’histoire 36, 1992, p. 75. Un sondage de 2006 confirme les résultats de l’enquête de 2005 : le règne de Charles IV (40%) devient la « période la plus glorieuse de l’histoire tchèque », František Šmahel, « "Old Czechs Were Hefty Heroes" : the Construction and Reconstruction of Czech National History in its Relationship to the "Great" Medieval Past », The Uses of the Middle Ages in Modern European States. History, Nationhood and the Search for the Origins, Robert Evans, Guy P. Marchal (dir.), Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2011, p. 255.
Beat Frey, Pater Bohemiae – Vitricus Imperii. Böhmens Vater, Stiefvater des Reiches. Kaiser Karl IV. in der Geschichtschreibung, Berne, Peter Lang, 1978 ; Kaiser Karl IV. Staatsmann und Mäzen, Ferdinand Seibt (dir.), Munich, Prestel-Verlag, 1978, p. 399-417.
L’État tchécoslovaque a en 1920 proclamé l’université tchèque seule héritière de l’université médiévale, Derek Sayer, The Coasts of Bohemia. A Czech History, Princeton, Princeton University Press, 1998, p. 177.
Ibid., p. 101.
Charles de Luxembourg, Vita Karoli Quarti, édité et traduit par Pierre Monnet et Jean-Claude Schmitt, Paris, Les Belles Lettres, « Classiques de l’histoire au Moyen Âge » n° 49, 2010.
Dans son autobiographie, dans la Bulle d’Or de 1356 (article XXXI) mais aussi plus généralement au sein de la cour, dont le plurilinguisme doit cependant être souligné, voir Václav Žůrek, « Les langues du roi. Le rôle de la langue dans la communication de propagande dynastique à l’époque de Charles IV », Revue de l'IFHA [En ligne] 6, 2014, consulté le 02 décembre 2018, http://journals.openedition.org/ifha/8045.
Adalbertus Ranconis de Ericino, « Sermones post mortem Karoli IV imperatoris », Fontes Rerum, Bohemicarum, t. III, Josef Emler, Ferdinand Tadra (éd.), Prague, Nákladem nadáni Františka Palackého, 1882, p. 437.
Ferdinand II (1617-1637) n’hésite pas à s’appuyer sur l’héritage du « Père de la Patrie » Charles IV, son « ancêtre de glorieuse mémoire », pour soutenir sa politique de re-catholicisation du royaume en 1627, de même que quelques décennies plus tard l’historien tchèque catholique Bohuslav Balbín z Vorličné met en avant son règne de paix et de piété, Derek Sayer, op. cit., p. 47-49.
« Charles IV est le roi le plus populaire qui ait régné sur la Bohême. Jusqu’à aujourd’hui, tout cœur tchèque s’échauffe simplement en entendant son nom », František Palacký, Geschichte von Böhmen, t. II, Prague, Kronberger und Řiwnač, 1842, p. 403. Ce jugement s’inscrit dans une certaine continuité, Franz Martin Pelzel, Geschichte der Böhmen von die ältesten bis auf die neuesten Zeiten, t. I, Prague-Vienne, Johann Ferdinand Eblen von Schönfeld, 1782, p. 273-274.
Sur le sens de « vlast » et son lien avec Charles IV, Jerzy Bartmiński, « Grandes et petites patries européennes », Identité(s) de l’Europe centrale, Michel Masłowski (dir.), « Cultures et sociétés de l’Est » n° 21, Paris, Institut d’Études Slaves, 1995, p. 56. Sur František Palacký et la notion de « národ », Derek Sayer, op. cit., p. 57, p. 76.
Václav Hanka va jusqu’à établir des faux manuscrits, Éloïse Adde-Vomáčka, « Le "Renouveau National tchèque", un second souffle pour les sources médiévales de Bohême ? », La naissance de la médiévistique. Les historiens et leurs sources en Europe (xixe-début xxe siècles), Isabelle Guyot-Bachy, Jean-Marie Moeglin (dir.), « Hautes études médiévales et modernes » n° 107, Genève, Droz, 2015, p. 107.
« La Bulle d’Or de Charles IV avait confirmé et sanctionné l’échec des ambitions germaniques », Ernest Denis, Hus et la guerre des Hussites, Paris, Ernest Leroux, 1878, p. 479.
Bernard Michel, Nations et nationalismes en Europe centrale, Paris, Aubier, 1995, p. 123-124 ; Antoine Marès, « Nationalismes tchèque et slovaque. Fonctions et contenus, 1850-1920 », Matériaux pour l’histoire de notre temps 43, 1996, p. 22.
Cette concurrence se voit aussi dans la statuaire qui lui est consacrée au xixe siècle, Jan Royt, « Das Nachleben Karls IV. », Kaiser Karl IV. 1316-2016, Erste Bayerisch-Tschechische Landesausstellung. Ausstellungskatalog, Jiří Fajt, Markus Hörsch (dir.), Prague, Národní Galerie v Praze, 2016, p. 259-265. De vifs débats d’historiens opposent notamment Ludwig Schlesinger, Johann Loserth et Josef Kalousek, voir Ludwig Schlesinger, Geschichte Böhmens, Prague-Leipzig, Calve-Brockhaus, 1869, p. 290-293 ; František Šmahel, art. cit., p. 253-255 ; René Küpper, « Größter Tscheche aller Zeiten, deutscher, Große Europäer ? Das Bild Karls IV. In Geschichtsschreibung und Öffentlichkeit », Kaiser Karl IV. 1316-2016 …, op. cit., p. 267-275.
Bernard Michel, op. cit., p. 74-77 ; Anne Marie Thiesse, La création des identités nationales. Europe xviiie-xxe siècles, Paris, Seuil, 1999, p. 141-142.
Charles peut toujours être mobilisé indirectement comme dans l’opéra de Bedřich Smetana Libuše, qui se clôt sur une prophétie de la princesse sur la gloire future de Prague, évoquant bien Přemysl Ottokar II et les grandes figures hussites jusqu’à Jiří z Poděbrad, mais aussi Charles IV à travers sa mère Eliška, « aimée de tous, qui porta non pas un roi mais un père qui donna aux Tchèques le pain de la culture à leur propre table ».
Emma Gallitre, Alfons Mucha (1860-1939), peintre du sentiment national tchèque, mémoire de master dirigé par M. Patrick Cabanel, soutenu en juin 2015 à l’Université Toulouse – Jean Jaurès, p. 88-89, p. 152-153. On peut noter que de nombreuses allégories décorant la Maison municipale se rapportent au mouvement hussite, y compris sous sa forme la plus radicale, comme dans le cas de Jan Rohač z Dubé.
Mucha fait le choix de peindre un triptyque « hussite », de représenter des membres de l’Union des Frères, certains grands personnages médiévaux tchèques (Jan Žižka, Jiří z Poděbrad, Přemysl Ottokar II) ; il représente Ladislas Jagellon après la victoire de Grunwald (en présence de Jan Žižka, marquant la victoire de l’union slave sur l’envahisseur allemand) et le couronnement impérial de Dušan, Jan Žižka est présent dans trois des tableaux de l’Épopée slave, mais de traces de Charles, point. La vision de l’histoire portée par Alfons Mucha doit certes beaucoup à Palacký, mais plus encore à Tomáš G. Masaryk et au courant panslave. Ibid., p. 231-263
Antoine Marès, « Périodisation de l’histoire et identité nationale chez les Tchèques », Revue des Études Slaves 66-1, 1994, p. 191-199 ; Joanna Goszczyńska, « L’idée de mission nationale dans les théories messianistes polonaises et slovaques », Identité(s) de l’Europe centrale, op. cit., p. 88-89 ; Thomas Nipperdey, Réflexions sur l’histoire allemande, Paris, Gallimard, 1992, p. 167-168 ; Michel Masłowski, « Les temps de l’identité », Identité(s) de l’Europe centrale, op. cit., p. 7-31.
« Les Tchèques, si fiers de leurs grands rois et de leurs illustres généraux, n’ont cependant choisi pour le placer au sommet de leur Panthéon ni Charles IV, ni Zizka, ni Georges de Podebrad, mais un simple prédicateur, de naissance obscure […]. C’est que la Bohême a dû à Jean Huss de s’élever au-dessus d’elle-même : son histoire, à cette époque et par lui, s’est confondue avec l’histoire de l’humanité », Ernest Denis, op. cit., p. 64 ; le même Ernest Denis critique d’ailleurs l’absence de sens de l’histoire de certains prêtres patriotes qui « admiraient indistinctement tous ceux qui avaient jadis contribué à la gloire du pays, Hus et Comenius, aussi bien que Charles IV et Saint Venceslas », Ernest Denis, La Bohême depuis la Montagne Blanche, Paris, Ernest Leroux, 1903, p. 41. « Intellectuellement, les Tchèques sont réputés pour leur Réformation, grâce à laquelle ils furent les premiers à résister à la théocratie médiévale soutenue par l’Empire germanique. […] Avec Hus, la nation tout entière entrait dans une nouvelle ère », Tomáš G. Masaryk, La Nouvelle Europe, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 152-153 ; Anna Petitova « Masaryk et le protestantisme », T. G. Masaryk. Un intellectuel européen en politique, Marie-Élizabeth Ducreux, Antoine Marès (dir.), Paris, Institut d’Études Slaves, 2007, p. 71.
Ivan Šedivý, « Victory Day ou 28 octobre 1918 ? La naissance de la Tchécoslovaquie, le contexte de la Grande Guerre et ses conséquences », T. G. Masaryk. Un intellectuel européen en politique, op. cit., p. 39.
Ainsi des premiers timbres, qui représentent le Hradčany, donc un centre du pouvoir à la fois pour l’ancien royaume de Bohême (pouvant aussi bien faire écho à Charles IV qu’à Rodolphe II), et en même temps pour la nouvelle République Tchécoslovaque désireuse de s’ancrer dans une continuité historique. Antoine Marès, « L’iconographie philatélique comme lieu de mémoire tchécoslovaque », Lieux de mémoire en Europe centrale, Antoine Marès (dir.), Paris, Institut d’Études Slaves, 2009, p. 185.
Une Église tchécoslovaque renaît en 1920 et la célébration de Jan Hus, depuis longtemps voulue par Tomáš G. Masaryk qui organise déjà en 1915 une cérémonie à Genève, n’est pas sans provoquer une crise avec le Vatican et les catholiques du pays, Anna Petitova, art. cit., p. 74-76 ; id., « Les préoccupations identitaires en Tchéco-Slovaquie et l’évolution des critères d’auto-identification », Identité(s) de l’Europe centrale, op. cit., p. 43-51 ; Jerzy Kłoczkowski, « Identités nationales et religieuses en Pologne et en Bohême dans la longue durée historique », Religion et identité en Europe centrale, Michel Masłowski (dir.), Paris, Belin, 2012, p. 27-35.
On peut penser à la fin de la restauration de la chapelle de Bethléem ou à l’inauguration du mémorial de Vitkov.
Karel Bosko, L’humanisme endurant : Tchécoslovaquie : 1968-1989, Genève, Labor et Fides, 2010, p. 74-75.
Ce choix mémoriel permet aussi d’occulter le passé récent dont les grands personnages, pro-occidentaux, déplaisent au régime communiste. De plus, se replacer dans la perspective d’une guerre entre Tchèques et Allemands permet de désigner un ennemi extérieur, peu de temps après l’expulsion des Allemands des Sudètes. Sur la réinterprétation du passé médiéval tchèque par le régime communiste, voir Bradley F. Abrams, The Struggle for the Soul of the Nation. Czech Culture and the Rise of Communism, Lanham, Rowman & Littlefield, 2004, p. 96-103 et p. 238-239.
C’est ainsi Jan Žižka qui est le grand homme de la trilogie hussite adaptée de l’œuvre d’Alois Jirásek, composée de Jan Hus (1954), Jan Žižka (1955) et Proti Všem (1957), véritables superproductions auprès desquels les films qui prirent Charles pour personnage principal font pâle figure (voir Kaiser Karl IV., 1316-2016 …, op. cit., p. 621).
Le couvent d’Emmaüs fait l’objet d’une reconstruction et la volonté de Charles d’installer des moines de langue et de rite slavon est étudiée avec intérêt. 1978 est l’occasion de célébrer l’anniversaire de la mort de Charles IV à travers une importante exposition, en partie pour faire pièce à celles organisées en Allemagne.
Même saint Venceslas est utilisé par certains comme un symbole de rupture avec l’Est orthodoxe, Antoine Marès, « Périodisation de l’histoire et identité nationale chez les Tchèques », art cit., p. 191.
« Je pense qu’un état tchèque revivifié doit avoir sa dimension morale et spirituelle – qu’il doit être fondé d’une nouvelle manière dans notre tradition humaniste, qui peut se trouver sur un plan intellectuel autant que politique. C’est la tradition de foi, de spiritualité, de tolérance, d’éducation. Elle est exprimée, par exemple, par saint Venceslas, Charles IV, Hus, Chelčicky, Komensky, Jiři z Poděbrad, les Hussites et aussi T. G. Masaryk », cité dans Ladislav Holý, The Little Czech and the Great Czech Nation. National Identity and the post-communist Social Transformation, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, p. 119.
Eva Hahn, « La place des Allemands dans la recherche de nouvelles représentations historiques aujourd’hui chez les Tchèques », Enjeux de l’histoire en Europe centrale, Marie-Élizabeth Ducreux, Antoine Marès (dir.), Paris, L’Harmattan, 2002, p. 195-196 ; Antoine Marès, « République Tchèque et Slovaquie : l’Histoire, produit de consommation », Europe centrale. La mélancolie du réel, Patrick Michel (dir.), Paris, Autrement, 2004, p. 63.
Petr Horák, Petr Kyloušek, art. cit., p. 269-271.
Un exemple parmi d’autres : Dějiny (udatneho) Českeho naroda [Histoire de la (vaillante) nation tchèque], série de programmes courts d’animation produits par Česká televize dédiés à l’histoire tchèque, consacre trois épisodes à Charles (37, 38 et 39) et relaye les clichés habituels concernant son règne et celui de son père.
Le château de Karlštejn, qui abritait d’ailleurs une exposition consacrée au « Trésor de Karlštejn », a ainsi connu un bond de 25 % dans sa fréquentation et il ne s’agit pas d’un cas unique ; Radio Prague (branche internationale de la radio publique Český Rozhlas) a même diffusé une rubrique touristique intitulée « Prague sous Charles IV ».
Une exposition grand public en plein air sur la Kampa, une exposition au couvent d’Emmaüs, une autre au Musée national de Prague (« Quand l’empereur meurt »), au Musée de la ville de Prague, aux Archives Nationales (« Les Trésors écrits de Charles IV »), au Musée technique de Prague (« Vita Karoli »), au musée de la Vieille Ville … On peut mentionner aussi une exposition itinérante (« L’empereur aux quatre trônes »).
Elle aurait attiré au total 93000 visiteurs, ce qui en fait la cinquième exposition d’art médiéval la plus fréquentée en 2016, https://www.theartnewspaper.com/news/2016s-most-popular-exhibitions-by-genre-and-city. Son catalogue bénéficie du patronage du ministre-président de Bavière Horst Seehoffer et du Premier ministre tchèque, dont le mot d’introduction, outre ses figures imposées, insiste sur la dimension européenne et pacifique du souverain, Bohuslav Sobotka, « Grußwort des Ministerpräsidenten der Tschechischen Republik », Kaiser Karl IV. 1316-2016 …, op. cit., p. 16.
Antoine Marès, « Périodisation de l’histoire et identité nationale chez les Tchèques », art. cit. p. 199.
En 1923, le président français Alexandre Millerand avait accueilli son homologue tchécoslovaque Tomáš G. Masaryk en rappelant l’amitié ancestrale de leurs deux pays, symbolisée par les Luxembourg, Jarmila Zaricka, « Le voyage de Masaryk à Paris en 1923 », T. G. Masaryk. Un intellectuel européen en politique, op. cit., p. 136 ; cette fois, ce fut à l’ambassadeur de France à Prague de profiter du passage du Premier Ministre tchèque à Paris pour mentionner ces liens.
Notons que ce prix a été attribué pour la première fois en 1993. Dans un entretien avec Radio Prague, le grand-duc Henri, après avoir évoqué en Jean de Luxembourg le « premier véritable Européen », cherche ainsi à établir des comparaisons avec Charles : « Le premier qui saute à l’esprit est Charlemagne. Je pense aussi à Charles Quint… Ce sont des personnages qui, eux aussi, ont régné sur une très grande partie de l’Europe et qui étaient imprégnés culturellement de diverses tendances et de diverses cultures. C’est cela qui a forgé l’esprit européen que nous essayons d’avoir aujourd’hui », https://www.radio.cz/fr/rubrique/special/grand-duc-henri-comme-charlemagne-ou-charles-quint-charles-iv-a-ete-un-des-premiers-veritables-europeens.
« L’Europe sous Charles IV », de Corinne Kohl-Crouzet, illustré par Iva Mrázková. L’auteur (certes franco-luxembourgeoise) présente ainsi son travail : « Mon idée est donc de présenter comment Charles IV va réussir à gérer l’Europe. Le second argument est que nous sommes alors en pleine guerre de Cent Ans. Charles IV veut essayer de rétablir la paix et il a pour référence Charlemagne. » https://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/sur-les-traces-de-charles-iv-avec-un-nouveau-livre-publie-au-luxembourg.
Karel IV. Pán světa [Charles IV, maître du monde] ; l’interview de l’auteur est assez éclairante quant à son approche : « Séparé de sa mère à l’âge de trois ans et ne voyant son père que sporadiquement, le petit garçon devient, petit à petit, le Maître du monde. Comme Batman qui devient le maître de Gotham City, Charles IV devient le maître de l’Europe... », https://www.radio.cz/fr/rubrique/infos/bd-charles-iv-maitre-du-monde.
Au titre évocateur de Náš Karel IV [Notre Charles IV], composée de dix épisodes de 25 minutes, diffusée par la télévision publique. Notons qu’un long documentaire a également été diffusé par Česká televize la veille de l’anniversaire de Charles avec pour titre Otec vlasti Karel IV.
Hlas pro řimského krále [Une voix pour le roi des Romains], qui aborde lui aussi le personnage de Charles selon une perspective assez intime, portant entre autres sur ses relations avec son père alors qu’il est margrave de Moravie. Le film a aussi été produit par Česká televize.
Une véritable fête d’anniversaire lui a été préparée par exemple dans le cadre du programme de Český Rozhlas, Karel je King, http://www.kareljeking.cz.
Charles, vu comme un roi diplomate ayant œuvré pour la pacification des rapports entre les trois grands royaumes d’Europe centrale, est l’un des acteurs importants du sommet de Visegrad de 1335, ce qui n’est pas neutre dans un contexte de renforcement du groupe de Visegrad, fondé en 1991. Ce thème est présent dans le catalogue d’exposition déjà mentionné, Christian Lübke, « Grußwort des Direktors des GWZO an der Universität Leipzig », Kaiser Karl IV. 1316-2016, op. cit., p. 18.
Le studio tchèque Warhorse Studios a sorti en 2018 Kingdom Come : Deliverance, jeu vidéo dont l’action se situe entre les périodes post-caroline et pré-hussite. Ce positionnement permet d’une certaine manière de joindre les deux héritages, l’idée d’un règne pacifique et prospère de Charles étant beaucoup mise en avant, tout comme la tradition hussite. Il y a fort à parier que cet imaginaire du xixe siècle n’a pas dit son dernier mot. La mémoire de la période médiévale en Europe centrale offre du reste de nombreux parallèles intéressants entre la Pologne, la République Tchèque et la Hongrie : mêmes discontinuités, même interprétation d’un processus de construction étatique depuis le xe siècle (en lien avec la christianisation des premiers ducs ou rois majeurs, Mieszko, saint Venceslas, saint Étienne …), même valorisation d’un Âge d’or perdu … Voir Jerzy Kłoczkowski, « Les racines médiévales de l’identité de l’Europe du Centre-Est », Identité(s) de l’Europe centrale, op. cit., p. 36-37.
Haut de page