Bibliographie
Œuvres médiévales
Aliscans, éd. Claude Régnier, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1990, 2 tomes, t. 2, 208-368 p.
Augustin, Œuvres de saint Augustin. 2. Problèmes moraux, première série, texte de l’édition bénédictine, traduction, introduction et notes de Gustave Combès, Paris, Desclée de Brouwer, « Bibliothèque augustinienne », 1937, 568 p.
Augustin, Œuvres de saint Augustin. La Trinité, livres 8-15, texte de l’édition bénédictine, traduction de Paul Agaësse, notes en collaboration avec Joseph Moingt, Paris, Desclée de Brouwer, « Bibliothèque augustinienne », 199, 1955, 706 p.
Béroul, Le Roman de Tristan, dans Tristan et Yseut. Les premières versions européennes, éd. Christiane Marchello-Nizia, avec la collaboration de Régis Boyer, Danielle Buschinger, André Crépin, Mireille Demaules, René Pérennec, Daniel Poirion, Jacqueline Risset, In Short, Wolfgang Spiewok et Hana Voisine-Jechova, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade » 422, 1995, 1728 p.
Celle qui se fist foutre sur la fosse de son Mari, Nouveau recueil complet des fabliaux (NRCF), publié par Willem Noomen et Nico van den Boogaard, Assen et Maastricht, Van Gorcum, 10 tomes, t. 3, 1986, 506 p.
La Chanson d’Aspremont, éd. Louis Brandin, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1970, 2 tomes, t. 1, 204 p.
Le Charroi de Nîmes. Chanson de geste du Cycle de Guillaume d’Orange, éd. bilingue présentée et commentée par Claude Lachet, Paris, Gallimard, « Folio classique », 1999, 242 p.
Constant du Hamel, Nouveau recueil complet des fabliaux, publié par Willem Noomen et Nico van den Boogaard, en collaboration avec L. Geschiere et H. B. Sol, Assen, Van Gorcum, 10 tomes, t. 1, 1983, 406 p.
Le Couronnement de Louis, publication, traduction, présentation et notes par Claude Lachet, Paris, Honoré Champion, 2020, 354 p.
Guillaume le Normand, Le Prestre et Alison, Nouveau recueil complet des Fabliaux (NRCF), publié par Willem Noomen, Assen, Van Gorcum, 10 tomes, t. 8, 1994, 438 p.
Huon de Bordeaux. Chanson de geste du xiiie siècle, publiée d’après le manuscrit de Paris BNF fr. 22555 (P), éd. bilingue établie, traduite, présentée et annotée par William W. Kibler et François Suard, Paris, Honoré Champion, « Champion classique, série Moyen Âge » 7, 2003, 638 p.
Le Roman de Renart, Branches II-VI, édité d’après le manuscrit Cangé par Mario Roques, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1951, 128 p.
Le Roman de Renart, édité d’après le manuscrit O (f. fr. 12583) par Aurélie Barre, Berlin, de Gruyter, 2010, 760 p.
Le Roman de Renart, éd. publ. sous la direction d’Armand Strubel, avec la collaboration de Roger Bellon, Dominique Boutet et Sylvie Lefèvre, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade » 445, 1998, 1516 p.
Le Sacristain, Nouveau recueil complet des fabliaux (NRCF), publié par Willem Noomen, Assen, Van Gorcum, 10 tomes, t. 7, 1993, 454 p.
La Somme le Roi par frère Laurent, publiée par Édith Brayer et Anne-Françoise Leurquin-Labi, Paris, « Société des anciens textes français », Abbeville, F. Paillart, 2008, 592 p.
Travaux contemporains
Raphaël Baroni, La tension narrative. Suspense, curiosité et surprise, Paris, Seuil, 2007, 438 p.
Dominique Boutet, Poétiques médiévales de l’entre-deux, ou Le Désir d’ambiguïté, Paris, Honoré Champion, 2017, 486 p.
Claude Buridant, Grammaire nouvelle de l’ancien français, Paris, SEDES, 2001, 800 p.
Corinne Denoyelle, La poétique du dialogue médiéval, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, 372 p.
Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du ixe au xve siècle, dir. Frédérique Godefroy, Paris, Librairie des sciences et des arts, 10 vol. , 1938.
Dictionnaire du français médiéval, Takeshi Matsumura, sous la dir. de Michel Zink, Paris, les Belles lettres, 2015, X-3500 p.
Dominique Lagorgette, « Les syntagmes nominaux d’insulte et de blasphème : analyse diachronique du discours marginalisé », Thélème, Revista Complutense de Estudios Franceses, Número Extraordinario, 2003, p. 171-188.
Jacques Le Goff, « Préface », Carla Casagrande et Silvana Vecchio, Les péchés de la langue : discipline et éthique dans la culture médiévale, Paris, Cerf, 1991, 350 p.
Jennifer Mather Saul, Lying, misleading, and what is said: an exploration in philosophy of language and in ethics, Oxford, Oxford University Press, 2015, XI-146 p.
Irène Rosier-Catach, « Les développements médiévaux de la théorie augustinienne du mensonge », Hermès 15, 1995.
Laurence Rosier, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris, Duculot, « Champs linguistiques. Recherches », 1999, 326 p.
Irène Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil, 2004, 766 p.
Mireille Vincent-Cassy, « Recherches sur le mensonge au Moyen Âge », dans Actes du 102e congrès national des sociétés savantes, section histoire et philologie (Limoges, 1977), 1979, 2 tomes, t. II, p. 165-173.
Gaston Zink, « Le vocabulaire de la ruse et de la tromperie dans les branches X et XI du Roman de Renart (édition de Mario Roques, Paris, Honoré Champion, CFMA 85) », L’Information Grammaticale n° 43, 1989. p. 15-19.
Paul Zumthor, La lettre et la voix : de la “littérature” médiévale, Paris, Seuil, « Poétique », 1987, 346 p.
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Notes
Le Roman de Renart, Armand Strubel (dir.), avec la collaboration de Roger Bellon, Dominique Boutet et Sylvie Lefèvre, Paris, Gallimard, » Bibliothèque de la Pléiade » 445, 1998.
Jacques Le Goff, « Préface », Carla Casagrande et Silvana Vecchio, Les péchés de la langue : discipline et éthique dans la culture médiévale, Paris, Cerf, 1991, p. 13.
Ce relevé manuel n’est probablement pas exhaustif mais permet de donner une tendance. La majorité des occurrences prennent la forme d’une énonciation vérifiant une inadéquation entre le dit et le fait avec l’intention de tromper. On relève malgré tout quelques exceptions notables, où le « vrai » est dit avec l’intention de tromper. Voir par exemple Chantecler, Mésange et Tibert, v. 747-751 ; Renart et Primaut, v. 678-682 et v. 726-728 ; Renart, Tibert et l’andouille, v. 970-979 et v. 981-984 etc. Nous n’avons retenu comme approche que le caractère essentiellement verbal du mensonge...
Pour identifier le mensonge dans le Roman de Renart, nous avons choisi de nous référer aux critères utilisés par les médiévaux eux-mêmes. C’est pourquoi nous conserverons cette définition large du mensonge, plus extensive que formelle d’ailleurs. Celle-ci nous permet de considérer également l’énonciation de certaines flatteries et de certains faux serments assertoires. On pourrait toutefois affiner les critères de classement et d’analyse à partir des récents travaux de Jennifer Mather Saul, qui distinguent les notions de « mentir » et d’« induire en erreur ». À cette fin, Jennifer Mather Saul retient une définition étroite du mensonge : « If the speaker is not the victim of linguistic error/malapropism or using metaphor, hyperbole, or irony, then they lie iff (A) or (B) holds : (A) (1) They say that P ; (2) They believe P to be false ; (3) They take themself to be in a warranting context. (B) (1) They say something indeterminate across a range of acceptable complete propositions, CP1 ... CPn) ; (2) for each complete proposition in the range CP1 ... CPn, they believe that proposition to be false ; (3) They take themself to be in a warranting context. » (p. 65). Voir Jennifer Mather Saul, Lying, misleading, and what is said : an exploration in philosophy of language and in ethics, Oxford, Oxford University Press, 2015.
Après les Écritures, c’est bien saint Augustin qui fixe en effet les cadres de l’analyse sur le mensonge. Comme le signalent Carla Casagrande et Silvana Vecchio, « [t]oute analyse se rapportant à ce thème, à quelque niveau qu’elle se place, ne présuppose pas seulement l’inévitable réflexion augustinienne : elle se développe entièrement à l’intérieur des paramètres définis une fois pour toutes par l’évêque d’Hippone », Carla Casagrande et Silvana Vecchio, Les péchés de la langue, op. cit., p. 190. L’autorité augustinienne est telle qu’elle constitua la référence majeure de toute la littérature pénitentielle, morale et théologique. Sur cette question, voir Mireille Vincent-Cassy, « Recherches sur le mensonge au Moyen Âge », dans Actes du 102e congrès national des sociétés savantes, section histoire et philologie (Limoges, 1977), 1979, t. II, p. 165-173, p. 167.
Carla Casagrande et Silvana Vecchio, Les péchés de la langue, op. cit., p. 190.
Augustin, Œuvres de saint Augustin. II. Problèmes moraux, première série, texte de l’édition bénédictine, traduction, introduction et notes de Gustave Combès, Paris, Desclée de Brouwer, Bibliothèque augustinienne, 1937, 568 p., p. 238-239. [« Ex animi enim sui sententia, non ex rerum ipsarum veritate vel falsitate mentiens aut non mentiens judicandus est »].
Gratien prévient ainsi : « Non enim omnis qui falsum dicit mentitur, sicut nec omnis qui mentitur, falsum dicit », Gratien, Decretum, II, causa 22, q. 2, c. 3, éd. Friedberg I, col. 867 (dictum Gratiani), cité par Irène Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil, 2004, p. 636 et dans Irène Rosier, « Les développements médiévaux de la théorie augustinienne du mensonge », Hermès 15, 1995, p. 101.
Laurence Rosier, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris, Duculot, collection « Champs linguistiques », 1999, p. 29.
Claude Buridant, Grammaire nouvelle de l’ancien français, Paris, SEDES, 2001, p. 673-674.
Voir Renart et Mésange, v. 575, Le Jugement de Renart, v. 832 et Renart et Liétard, v. 1276. Le verbe mentir et le substantif mençonge sont pourtant légion dans les récits. Les occurrences contribuent à construire un discours de véridicité, comme dans Les Vêpres de Tibert (v. 595-596), Renart et Liétard (v. 660) et Renart le Noir (v. 1779). L’énonciateur est ici un personnage mais il arrive que le narrateur use également de marques d’attestation de la vérité quand il commente son récit. C’est le cas dans Renart et Liétard (v. 10), dans La Confession de Renart (v. 72), dans Le Puits (v. 71), dans Renart et les anguilles (v. 493) etc. La négation du verbe mentir, en contexte d’invocation, sert régulièrement à caractériser Dieu au sein d’une relative adjective. Voir notamment Le Duel (v. 1287), Renart le Noir (v. 2725), La Mort de Renart (v. 188), Renart magicien (v. 897). Les locutions « mentir sa foi », « mentir sa fiance » et « mentir de covenance » contribuent par ailleurs à rendre compte de la rupture d’un engagement. Voir Les Vêpres de Tibert (v. 966 ; v. 1094 ; v. 1095), Renart et Tibert (v. 792), Tibert et l’andouille (v. 1062 ; v. 1185), Renart et Liétard (v. 275 ; v. 281 ; v. 334 ; v. 339 ; v. 341), Renart médecin (v. 936), Renart empereur (v. 914), Renart et Liétard (v. 344), Comment Renart parfit le con (v. 205).
Mentir et mençonge sont plus fréquemment utilisés par les personnages pour désigner la parole de leur interlocuteur (Voir par exemple « Por quoi estes vous si menterres ? », Le Jugement de Renart, v. 1296 ; « Dist Ysengrins : “Je cuit tu mens !” », Isengrin et les anguilles, v. 356 ; « Controveüre ne mençoignes, /Ne vaines paroles ne songes ! », Le Viol d’Hersent, v. 455-456). Les accusations, toutefois, restent souvent de l’ordre général, et ne renvoient pas à un acte de discours déterminé. Par ailleurs, la plupart du temps, la parole désignée comme mensongère ne l’est pas. Lors d’une scène de procès, la principale ligne de défense du goupil est d’accuser ses adversaires de mentir (Voir L’Escondit, v. 1070 ; Le Duel judiciaire, v. 234-236 ; Renart le Noir, v. 2932). Il arrive également qu’une parole désignée comme un mensonge et qui ne l’est pas soit le fruit d’une erreur de jugement. Dans La Mort de Renart, le goupil, en accusant Chantecler d’être responsable de sa mise en terre, commet ainsi une faute d’appréciation : « Vous mentez, fet Renars, traïtrez, /Pour vostre mençonge feïstes /Qu’enterré fui, ce vous creant. » (v. 1279-1280). Hermeline, elle, en pensant son époux coupable de lâcheté, en commet une à son tour dans Renart et Liétard : « Renars, fait elle, tu as tort /Que si me mans espertement » (v. 1803-1804). Quant à Isengrin, il s’égare dans Comment Renart parfit le con en accusant Renart de se vanter à tort de sa relation avec Hersent : « Un sairement vos en feroie /Que a Hersent, ma douce amie, /N’eüstes unques compaignie. /Se vos en estes vos vantez, /Mes, par mon chief, vos i mantez /Qu’en ceste terre, Deu marci, /N’a plus loial dame de li » (v. 270-276). N’est donc fiable que la parole du narrateur. Le terme latin utilisé par Augustin, Guillaume Peyraut, Pierre Lombard et Gratien est mendacium. Le terme roman utilisé dans La Somme le Roi est « mençonge ».
Dominique Lagorgette, « Les syntagmes nominaux d’insulte et de blasphème : analyse diachronique du discours marginalisé », Thélème, Revista Complutense de Estudios Franceses, Número Extraordinario, 2003, p. 171-188, p. 178 et 173.
« Porro omne mendacium ideo dicendum est esse peccatum, quia hoc debet loqui homo quod animo gerit, sive illud verum sit, sive putetur et non sit. Verba enim ideo sunt instituta, non ut per ea homines invicem fallant, sed per ea in alterius notitiam suas cogitationes ferant. Verbis ergo uti ad fallaciam, non ad quod sunt instituta, peccatum est », Augustin, Enchiridion, c. 22 (CCL 243, p. 62). Cette position restera majoritairement partagée par les successeurs de l’évêque d’Hippone. Voir notamment Pierre Lombard, Sententiae, III, d. 38, c. 5. 2, p. 216 : 22-27.
Dominique Boutet a démontré la façon dont le Roman de Renart se présente comme un texte chargé d’une ambiguïté « choisie » (p. 224) qui adopte volontiers une « écriture de l’entre-deux ». Au-delà du brouillage continuellement opéré par l’interférence entre l’homme et l’animal, le critique interroge le statut même de cet hapax générique de la littérature médiévale. Voir Dominique Boutet, Poétiques médiévales de l’entre-deux, ou Le désir d’ambiguïté, Paris, Honoré Champion, 2017.
Nous avons fait le choix de ne considérer que les termes utilisés par le narrateur. Si l’on tient compte de la parole des personnages, force est de constater la diversité du vocabulaire mobilisé par ces derniers pour dénoter le mensonge : faillir (Le Duel judiciaire, v. 728) ; bordes et fallordes (Renart et Liétard, v. 1292-1293) ; l’association de faus et de chose ou de plait (Renart et Liétard, v. 555 et v. 1394) ; Renart et Primaut, v. 340) ; Savoir a fol messe canter (Le Duel judiciaire, v. 772) ; controver (Le Duel judiciaire, v. 684 et v. 706 ; Le Viol d’Hersent, v. 455) etc.
Renart le Noir, v. 2101-2107 ; v. 2128 ; 2149-2150 etc.
Renart le Noir, v. 2156-2157. Voir également Le Jugement de Renart : « Renars issi de sa taisniere, /Et Tysbers le siut par derriere, /Qui n’i entent barat ne guille. », v. 814-816. Le terme de « barat » est ici situé en aval d’une série de paroles mensongères prononcées par Renart.
Renart le Noir, v. 2078 ; v. 2083 ; v. 2101-2107 ; v. 2128 ; v. 2149-2150.
« Qui dont oïst Tysbert le cat /Renart maldire et son barat ! », Le Jugement de Renart, v. 900-901. Le narrateur embrasse ici le point de vue de Tibert ; « Molt se plaint de vostre barat. /Par vos fu il au laz penduz », Renart magicien, v. 502-503 ; « Biaus fils, Renars qui m’a mordri, /Qui par son barat m’a trahi », Le Puits, v. 531-532 ; « Lui meïsmes devant Noël, /Qunt on met les bacons en sel, /Fis je peschier en un estan /Par mon barat et par mon san », Renart et Liétard, v. 516-519.
Le FEW reconnaît d’ailleurs le sens de « fraude, mensonge ». Voir https://lecteur-few.atilf.fr/lire/90/330 ?DMF, consulté le 09/12/2021.
« La guille que Renars a dite », Renart et Liétard, v. 714 ; « Et Tysbers le siut par derriere, /Qui n’i entent barat ne guille. », Le Jugement de Renart, v. 815-816.
« Et Renars, qui molt sot de guille », Les Vêpres de Tibert, v. 1224.
Renart et Liétard, v. 1703-1742.
Une telle distinction est d’ailleurs clairement explicitée dans La Confession de Renart par le milan (v. 572-573) et dans Renart le Noir par le narrateur. En témoigne, dans cette branche, la tournure prépositionnelle « par son barat » qui remplit, d’un manuscrit à l’autre, une fonction de complément circonstanciel de moyen : « Molt est liez quant par son barat /Le va ensi tout decevant » dans le manuscrit H (v. 2156-2157) et « Bien le deçoit par son barat » dans le manuscrit A, éd. Martin, Renart le Noir, v. 1698.
Dans Le Duel judiciaire, alors que Renart prête serment et baise les reliques, le narrateur spécifie qu’en jurant son innocence – alors qu’il était coupable – Renart « fait acroire por voir /La mençoigne por son savoir » (v. 1201-1202). Dans Renart médecin, le narrateur insiste sur la façon dont le locuteur transforme l’état mental de l’allocutaire : « Et tint bien la parole a voire /Que Renars li a fait acroire » (v. 505-506).
« Li a voit fait une treslue », Le Puits, v. 408.
Voir Takeshi Matsumura, Dictionnaire du français médiéval, Michel Zink (dir.), Paris, les Belles Lettres, 2015, p. 3347 et Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du ixe au xve siècle, dir. Frédérique Godefroy, Paris, Librairie des sciences et des arts, 1938, vol. 8, p. 52.
« “Tyebert, fait il, jou ai emprise /Guerre molt dure et molt amere /Envers Ysengrin mon compere, /S’ai retenu maint saudoyer, /Et vous en voel je molt proyer /Qu’a moi remanés en saudees, /Car ains que soient racordees : /Les trives d’entre moi et lui, /Li cuit jou faire gram anui !” », Renart et Tibert, v. 694-702.
Renart et Tibert, v. 711-712, p. 273.
« Renars qui est de male vie /Ne laissa onques a haïr, /Ains se painne de lui traïr : /En çou a mis toute s’entente. », Renart et Tibert, v. 714-717.
Renart et Tibert, v. 4697, Le Roman de Renart, Branches II-VI, édité d’après le manuscrit de Cangé par Mario Roques, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1951.
Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey (dir.), Paris, Dictionnaires Le Robert, 1993, vol. 2, p. 1204. Voir également le Dictionnaire du Moyen Français, consultable en ligne : https://lecteur-few.atilf.fr/lire/63/280 ?DMF, consulté le 30/11/2021.
Dictionnaire historique de la langue française, op. cit., vol. 2, p. 1204.
Dictionnaire du Moyen Français, http://www.atilf.fr/dmf/definition/amuser, consulté le 30/11/2021.
Renart médecin, v. 496-497 ; Le Partage des proies, v. 592-593 ; Renart magicien, v. 1060.
Voir par exemple dans Renart et Primaut (« Si con cil qui tot le mont bole », v. 254) ou dans Renart et Mésange (« Cius cligne qui molt sot de boule », v. 529).
Voir par exemple « bourdes », « risees », les « faussetez », les « fallaces », les « barats », les « guiles » dans La Somme le Roi par frère Laurent, publiée par Édith Brayer et Anne-Françoise Leurquin-Labi, Paris, Société des anciens textes français, Abbeville, F. Paillart, 2008, p. 163-164.
Gaston Zink, « Le vocabulaire de la ruse et de la tromperie dans les branches X et XI du Roman de Renart. (éd. de Mario Roques, Paris, Honoré Champion, CFMA 85) », L’Information Grammaticale 43, 1989, p. 15-19, p. 17.
Voir Renart et Tiécelin, v. 119-120, v. 101-104, v. 106-107, v. 119-120, v. 106-118 et 127-129.
Voir également Le Puits : « Ysengrins, ki ains n’ot savoir, /Cuide bien k’il li die voir » (v. 417-418, p. 174) ; Renart et Chantecler : « Canteclers cuide que voir die » (v. 337, p. 264) ; Renart et Liétard : « Il cuide estre de la mort loinge » (v. 372, p. 353) ; Renart et Primaut : « Renars cuide qu’il die voir » (v. 239, p. 391) ; Renart médecin : « Cius cuide qu’il li die voir » (v. 1053, p. 460). Ces marqueurs de la croyance et de la crédulité reviennent d’ailleurs régulièrement dans les scènes de procès, lorsque que les victimes du goupil, en portant plainte, racontent leurs malheurs. Dans Le Duel judiciaire, en revenant sur l’épisode des souris, Noble précise que « Tyeberz cuida que voir desist » (v. 289). Un peu plus loin, c’est Isengrin lui-même qui, pour confronter le coupable à son crime, précise que, dans l’épisode du puits, « [Il] cuid[a] que deïsses voir, /Mais je ne fis mie savoir : /Molt m’engignas a icele eure. » (v. 785-787, p. 106).
Renart et les anguilles, v. 288-291.
Ibid., v. 289.
Renart et les anguilles, v. 310.
Renart et Primaut, v. 1349-1351, p. 417. Voir également dans Renart jongleur, en amont du mensonge débité par Renart concernant les reliques pour piéger son rival : « En son cuer pense, se il vit, /Tex en plora qui ore en rit. », v. 2888-2891, p. 78.
Raphaël Baroni, La tension narrative. Suspense, curiosité et surprise, Paris, Seuil, 2007, p. 278.
Armand Strubel, « Notice de Chantecler, Mésange et Tibert », Le Roman de Renart, éd. cit., p. 1094.
« “ Cantecler, ce li dist Renars, /Ne fuïr pas, n’aiés regart ! /Molt par sui liés quant tu es sains, /Car tu es mes cousins germains ! », Renart et Chantecler, v. 297-300.
« “Membre toi mais de Canteclin, /Ton boin pere qui t’engenra ? /C’onques nus cos si ne canra ! /D’une gram lïue l’oïst on ! /Molt haut cantoit, bien le set on. /Molt par avoit longuete alainne /Et haute et fort et la vois sainne.” », Renart et Chantecler, v. 304-310.
« “Mais chantés et si cligniés de l’uel” », Renart et Chantecler, v. 314.
Renart et Tibert, v. 857-858.
Cette intention est exprimée en amont du mensonge rapporté au style direct (Renart et Liétard, v. 1239-1272).
Pour Les Vêpres de Tibert, voir v. 990-999
Voir par exemple Renart et Primaut : Atant s’est pris a porpenser /Conment il le puist vergonder. /Lors se pense qu’il le menra /A un piege que grant pieca /Savoit en ce plaissie laenz. /Soavet dit entre ses denz /Que, se iloc prendre le pot, /Donc a il ce que li estot, /Que ne demande autre rien nee. /“Primaut’’ dit Renars, “bien m’agree /Que l’acordance sera fete.’’« , éd. Martin, 1007-1017.
Augustin, Œuvres de saint Augustin. 16. La Trinité, livres 8-15, texte de l’édition bénédictine, traduction par Paul Agaësse, notes en collaboration avec Joseph Moingt, Paris, Desclée de Brouwer, « Bibliothèque augustinienne » 199, 1955, 706 p., p. 470-471 : « Proinde verbum quod foris sonat, signum est verbi quod intus lucet, cui magis competit nomen », « Le verbe qui sonne au dehors est donc le signe du verbe qui luit au dedans, et qui, avant tout autre mérite ce nom de verbe ».
« “Tysbers, par vostre male joie / Et par vostre male aventure / Soiés entrés en ma pasture !” », Le Jugement de Renart, v. 775-777 ; « “Si serés vous, s’engiens n’i faut.” », Le Jugement de Renart, v. 778.
« Et puis a respondu en haut : / » “Tysbert, fait Renars, villecome, /Conme se vous veniés de Roume […]” », Le Jugement de Renart, v. 780 et suiv.
Pour Le Jugement de Renart, voir v. 773-786 ; v. 797-799 ; v. 806-808 ; v. 811-812 ; v. 819-835). Pour d’autres exemples, voir Les Vêpres de Tibert (v. 149-156 ; v. 780-785), Renart et Primaut (v. 14-19) ; Renart jongleur (v. 2862-2865) etc.
« La présomption [d’oralité] devrait, en principe, jouer en faveur de la quasi-totalité des textes de langue romane dont la composition fut antérieure au xiiie siècle », Paul Zumthor, La lettre et la voix : de la “littérature” médiévale, Paris, Seuil, collection « Poétique », 1987, p. 46.
Voir Renart jongleur, où Renart « Si dist sovent tot belement : /“Poincés, tu en seras dolans’’« (v. 2806-2807) avant d’interpeler ensuite Poincet au moyen d’un appellatif flatteur : « Biau signor,… » (v. 2821).
Corinne Denoyelle, La Poétique du dialogue médiéval, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 158.
Voir notamment, Le Charroi de Nîmes. Chanson de geste du Cycle de Guillaume d’Orange, éd. bilingue présentée et commentée par Claude Lachet, Paris, Gallimard, coll. folio classique, 1999, 242 p., v. 604-606 et v. 1344-135 et Huon de Bordeaux. Chanson de geste du xiiie siècle, publiée d’après le manuscrit de Paris BNF fr. 22555 (P), éd. bilingue établie, traduite, présentée et annotée par William W. Kibler et François Suard, Paris, Honoré Champion, « Champion classique, série Moyen Âge » 7, 2003, 638 p., v. 4469. On notera que, dans ces œuvres, le locuteur est toujours désigné comme un « traïtre ».
Aliscans, éd. Claude Régnier, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1990, 2 tomes, v. 3905-3907 ; Le couronnement de Louis, publication, traduction, présentation et notes par Claude Lachet, Paris, Honoré Champion, 2020, 354 p., v. 906 ; Celle qui se fist foutre sur la fosse de son mari, Nouveau recueil complet des fabliaux, publié par Willem Noomen et Nico van den Boogaard, Assen et Maastricht, Van Gorcum, 10 tomes, t. 3, 1986, 506 p., v. 71-72 ; Constant du Hamel, éd. cit., t. 1, 1983, 406 p., v. 591-599 ; Renart magicien, v. 1722-1724, p. 816 ; La Chanson d’Aspremont, éd. Louis Brandin, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1970, 2 tomes., t. 1, 204 p., v. 3751-3758 ; Le Charroi de Nîmes, op. cit., v. 1306-1309 (on trouve cependant un cas de prière adressée « en haut » par Tristan dans l’œuvre de Béroul : Béroul, Le Roman de Tristan, dans Tristan et Yseut. Les premières versions européennes, éd. Christiane Marchello-Nizia, avec la collaboration de Régis Boyer, Danielle Buschinger, André Crépin, Mireille Demaules, René Pérennec, Daniel Poirion, Jacqueline Risset, In Short, Wolfgang Spiewok et Hana Voisine-Jechova, Paris, Galimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1995, 1728 p., v. 2471-2473) ; Du prestre qui ot mere a force, Nouveau recueil complet des Fabliaux, éd. cit., t. 5, 1990, v. 83-87 ; Le Sacristain, Nouveau recueil complet des fabliaux, éd. cit., t. 5, 1990, v. 187-191 et v. 425-429.
Guillaume le Normand, Le Prestre et Alison, éd. cit., v. 376-377.
Les éditeurs de la Pléiade opèrent les mêmes choix de traduction (« quantité de ») que Mario Roques dans le glossaire de son édition ou que Jean Dufournet.
Voir supra.
Dictionnaire du français médiéval, op. cit., p. 2349.
« “Bien ait l’aume vostre bon pere, /Dan Rohart, qui si sot chanter ! / Maintes fois l’en oï vanter /Qu’il en avoit le pris en France ; /Vous meïsmes en vostre enfance /Vous vos en soliés molt pener ! /Seüstes onques orguener ? /Chantés une rotrüenge !” », Renart et Tiécelin, v. 68-77. Nous soulignons.
Le Roman de Renart, Branches II-VI, édité d’après le manuscrit de Cangé par Mario Roques, Paris, Honoré Champion, « CFMA », 1951, v. 4547-4548 et Le Roman de Renart, édité d’après le manuscrit O (f. fr. 12583) par Aurélie Barre, Berlin, de Gruyter, 2010, v. 528-529, p. 310.
Ibid., v. 511-517, p. 310. Voir également p. 611.
Pour d’autres exemples, voir : Le Jugement de Renart, v. 821-822 ; Renart jongleur, v. 2956-2957 ; Le Puits, v. 311-312 ; Renart et Chantecler, v. 314-315 et v. 447-448 ; Le Duel judicaire, v. 615-616, v. 617-618, v. 729-730 et v. 825-826 ; Renart et Liétard, v. 339-340 ; Renart le Noir, v. 2805-2806 et v. 2929-2930 etc.
Nous reprenons la définition donnée par Jennifer Mather Saul, d’après qui induire en erreur équivaut à dire quelque chose de vrai en transmettant quelque chose de faux : « [He] said was true, even though he deliberately conveyed something false », Jennifer Mather Saul, Lying, misleading, and what is said, op. cit., p. 4.
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