Travail approprié, œuvre inappropriée
Résumés
Cet article étudie des œuvres dans lesquelles les artistes pratiquent des métiers particuliers, travaillant dans des domaines marginalisés par la société bourgeoise. L’un des exemples les plus connus inclut les actions associées à l’art de la maintenance de Mierle Laderman Ukeles. À partir de ce cas, l’article examine le travail de l’art en ce qu’il puise dans d’autres formes de travail, et la valeur de ce travail en ce qu’il s’intègre dans l’œuvre d’art. Les débats récents affirment que l’art dépend socialement de la démarchandisation du travail créatif, et que la valeur du travail créatif est attribuée au talent de l’artiste (donc ne peut pas être lié à la valeur du travail). La valeur de l’œuvre dépend de qualités considérées comme ayant un lien avec le caractère unique d’un artiste, dont les œuvres sont diffusées comme « significatives », ce qui confère une autorité aux institutions et aux pouvoirs culturels qui les défendent ou les acquièrent. Qu’arrive-t-il lorsque ces régimes de valeur se recoupent – se superposent ? Comment comprendre la politique du travail en art quand d’autres formes de travail deviennent la matière de l’œuvre elle-même ?
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- 1 Jessica Stockholder, « Art and Labor », introduction à une table ronde à la Yale University School (...)
1« L’artiste occupe une place à part dans la structure de classe, affirme Jessica Stockholder. Parce que nous travaillons de nos mains, nous sommes des ouvriers. Mais parce que nous consacrons beaucoup de temps et de matériaux à créer des objets jugés inutiles, nous sommes des gaspilleurs, des dilettantes, des amateurs. L’artiste agit à la fois comme un ouvrier déclassé et comme un dieu déchu1. » Que devient cette dichotomie entre ouvrier et dieu, travailleur et artiste, dès lors que l’œuvre a pour sujet le travail ? Dès lors qu’elle est le travail ? « Mon travail sera l’œuvre », déclare ainsi Mierle Laderman Ukeles dans son Maintenance Art Manifesto! (1969), faisant du travail à la fois le sujet et le médium de son art. Son art de la maintenance (maintenance art) apparaît d’ailleurs comme un point d’origine à partir duquel une œuvre va servir des revendications portant non seulement sur le travail artistique, mais aussi sur le travail en tant que tel – un critère auquel l’œuvre en elle-même ne pourrait répondre.
- 2 Andrea Fraser, « In Conversation », The Brooklyn Rail, oct. 2004 [URL : https://brooklynrail.org/20 (...)
2Les limites de cet article imposent malheureusement de laisser de côté de nombreuses œuvres qui utilisent le travail comme médium. Maria Eichhorn, pour son exposition « 5 Weeks, 25 days, 175 Hours » (2016), ou A. L. Steiner, « 30 Days of Mo:)rning » (2016), ont demandé aux galeries soit de prévoir des jours de fermeture, soit de réduire les heures de travail des employés sans baisser leurs salaires. Dans sa vidéo Untitled (2003), reproduite en DVD cinq exemplaires, Andrea Fraser a un rapport sexuel avec un collectionneur anonyme qui a précommandé le premier exemplaire du tirage. « Ce n’est pas vraiment sur la prostitution, [mais c’est sur] ce que signifie être artiste et vendre son œuvre2. » On peut également mentionner Role Exchange de Marina Abramović (1975), dont le principe a été repris plus récemment par Li Binyuan dans Standing Guard (2016), performance dans laquelle l’artiste échange son rôle avec celui d’un gardien du Rizal Monument à Manille. Citons aussi A Mercantile Novel (2014), d’Oscar Murillo, installation dans laquelle l’artiste procède au déplacement d’une usine à sucre (y compris les ouvriers) de son village natal de La Paila, en Colombie, à la David Zwirner Gallery, à New York, ou encore son exposition « We Don’t Work Sundays » (2014) à la Marian Goodman Gallery, à Paris, qui présentait des objets « créés par des ouvriers colombiens en prévision de leurs loisirs ».
3Cet article se donne pour objectif d’étudier la critique d’art dans son rapport aux œuvres prenant la forme d’un travail non artistique, en partant de l’art de la maintenance de Mierle Laderman Ukeles, choisi en raison de son rôle pionnier et des nombreux commentaires qu’il a suscités. Des questions cruciales – comme les points communs ou les différences entre activité artistique et travail, l’autonomie ou la dépendance de l’art vis-à-vis de la société et de l’économie, son caractère politiquement subversif ou son instrumentalisation par le pouvoir – sont au cœur de la critique depuis les années 1970. L’art de la maintenance d’Ukeles et, plus généralement, l’œuvre des artistes qui font du travail non artistique leur médium artistique conduisent les critiques à formuler clairement une réponse à ces questions.
L’art de la maintenance de Mierle Laderman Ukeles
- 3 Queens Museum, communiqué de presse pour « Mierle Laderman Ukeles: Maintenance Art », 18 sept. 2016 (...)
- 4 Ibid.
4C’est en partie pour réconcilier les deux personnes qu’elle avait l’impression d’être devenue – « l’artiste libre » et la maintenance worker3 – que Mierle Laderman Ukeles a écrit Maintenance Art Manifesto! (1969). Devenue mère un an plus tôt, elle était écrasée par les tâches domestiques. « Jackson [Pollock], Marcel [Duchamp] et Mark [Rothko] ne changeaient pas les couches ; je n’entrais plus dans leur système… Si c’est moi qui dirige ma liberté sans borne, je choisis alors d’appeler “art” la maintenance4 », écrit-elle dans ce manifeste.
5La maintenance, selon la description qu’elle en donne dès la première page, c’est « ôter la poussière de la pure création individuelle, préserver le neuf, soutenir le changement, protéger le progrès, défendre et prolonger l’avancée, renouveler l’enthousiasme, répéter l’envolée ». Si elle demande « Qui collectera les ordures le lundi matin après la révolution ? », elle reconnaît aussi que « la maintenance est une vraie plaie, ça occupe toute la sainte journée ».
6Le manifeste d’Ukeles va de pair avec un projet d’exposition, « Care », qui n’a pas abouti, mais qui marque toute son œuvre ultérieure : dans Washing/Tracks/Maintenance: Outside (1973), l’artiste nettoie ainsi l’escalier du Wadsworth Atheneum ; dans I Make Maintenance Art One Hour Every Day (1976), elle photographie les agents du Whitney Museum à qui elle demande de classer leur activité comme travail ou comme art et suggère à des agents d’entretien new-yorkais d’envisager une heure de leur journée de labeur comme de l’art.
- 5 Tithi Bhattacharya (dir.), Social Reproduction Theory: Remapping Class, Recentering Oppression, Lon (...)
7Le manifeste d’Ukeles a contribué aux débats féministes des années 1970. Des féministes marxistes comme Silvia Federici et Mariarosa Dalla Costa, qui ont contribué à l’élaboration de la théorie de la reproduction sociale, ont souligné dans leurs écrits que les différentes formes de maintenance et de care – des formes de travail non salariées et présentées comme étant féminines – sont essentielles à la reproduction du capital, donc exploitées par la société capitaliste5. Exclure ce travail du capital est, de fait, nécessaire à l’exploitation des femmes.
8Mais dans ses performances, Ukeles a aussi établi une analogie entre les tâches domestiques assurées par les femmes et le travail invisible des agents d’entretien, s’éloignant jusqu’à un certain point de l’activité explicitement féminisée mentionnée dans son manifeste pour se tourner vers les formes industrielles et institutionnelles de maintenance.
- 6 New York City Department of Sanitation.
- 7 Queens Museum, cité n. 3.
- 8 Mierle Laderman Ukeles, « Touch Sanitation. A NYC Citywide Performance », Women Eco Artists Dialog, (...)
- 9 Jeffrey Hogrefe, « Homage to Garbage: New York Artist Starts new Ashean School », The Washington Po (...)
9Du même coup, son art de la maintenance ne s’est pas nourri exclusivement de son travail, puisqu’elle a inclus à son projet d’autres personnes : « J’ai fait de l’art de la maintenance seule et avec un ou deux agents, puis avec trois cents agents en 1976, et un jour le DSNY6 m’a appelée : “Ça vous dirait de faire de l’art avec dix mille agents new-yorkais ?”7 » En plus de financements publics, elle bénéficie du soutien de Norman Steisel, alors commissaire du DSNY. Steisel, raconte Ukeles dans un entretien, « a transmis une note à son comité exécutif pour exprimer son soutien franc et massif en demandant qu’on m’aide par tous les moyens et qu’on me donne accès à toutes les installations du DSNY. Le comité a accepté de fournir une voiture avec chauffeur chaque jour de la performance. J’étais parvenue dans les hautes sphères du monde de la maintenance. J’étais au paradis8. » Elle a même qualifié Steisel de « Médicis moderne », avant d’ajouter : « Qu’il ait voulu faire de moi un matériau brut est une chose merveilleuse9. »
- 10 « Touch Sanitation », communiqué de presse de la Ronald Feldman Gallery, 22 août 1984.
10Le fruit de cette collaboration, Touch Sanitation (1979-1980) (fig. 1), est une performance dans laquelle Ukeles a tenté de rencontrer tous les agents du DSNY pour les observer dans leur activité, parler avec eux et les féliciter : « Merci de maintenir New York en vie ! » Touch Sanitation s’inscrit dans une série de projets qu’elle a réalisés avec le DSNY. Dès 1977, Ukeles se proclame « artiste en résidence au DSNY », ce que Steisel confirme en 1982 en la présentant comme l’« artiste en résidence officielle (non salariée) du DSNY10 ». Elle reçoit aussi les titres de commissaire-adjointe honoraire du DSNY et de membre honoraire (teamster) de l’United Sanitationmen’s Association (« Local 831 »).
1. Mierle Laderman Ukeles, Touch Sanitation Performance: Sweep 10, Manhattan 11, le 14 mai 1980, performance à l‘échelle de la ville avec 8 500 agents d‘assainissement répartis dans les 59 districts de la ville de New York.
©Mierle Laderman Ukeles. Courtesy the artist and Ronald Feldman Gallery, New York/photo © Deborah Freedman
Comment résister à la marchandisation de l’art ?
- 11 À défaut de pouvoir donner une liste exhaustive de ces allusions, signalons qu’on peut les trouver (...)
11Autour de Touch Sanitation s’est créé un mythe selon lequel il s’agissait d’une résidence « non rémunérée » ou « non salariée11 ».
12L’« œuvre » elle-même, composée de missions d’entretien accomplies sur plusieurs dizaines d’années, semble au premier abord rester en dehors de l’espace de la marchandisation. En nommant « art » ces actions, Ukeles fait en sorte que l’« œuvre » et le travail artistique ne soient pas – et ne puissent pas être – marchandisés. L’artiste/ouvrière n’apparaît d’ailleurs jamais vendant son travail ou produisant une marchandise (sous la forme d’une œuvre d’art). Les performances appelées « entretien » ou « réparation » ont pour conséquence naturelle qu’aucun objet réel n’est produit ni marchandisé. Le manifeste d’Ukeles est donc d’une simplicité lumineuse en tant que réponse à la question de savoir ce qu’est l’art et comment il fonctionne : « Tout ce que je nomme Art est Art. Tout ce que je fais Art est Art […]. Mon travail [working] sera l’œuvre [work]. »
13En affirmant « Mon travail sera l’œuvre », Ukeles semble résister à la distinction travailleur/travail qui se trouve au cœur de la conception marxiste de l’aliénation. En même temps, elle reste en retrait d’un lieu où son travail artistique peut être marchandisé : elle accomplit des actes d’entretien, de réparation, etc., dans lesquels la capacité incarnée du travailleur devient la marchandise qu’il vend au capitalisme. Mais elle le fait dans le domaine de l’art, sans avoir pour autant l’air de produire une œuvre à vendre, refusant ainsi à double titre la marchandisation du travail. Elle n’entend pas échanger son travail manuel contre un salaire mais refuse également de distinguer son corps et ses capacités du travail en tant que tel.
- 12 Voir Gary Alan Fine, Talking Art: The Culture of Practice and the Practice of Culture in MFA Educat (...)
- 13 Leigh Claire La Berge, Wages against Artwork: Decommodified Labor and the Claims of Socially Engage (...)
- 14 David Joselit, Art’s Properties, Princeton, Princeton University Press, 2023.
14Ces problèmes – la marchandisation et la financiarisation – sont au cœur de l’économie de l’art contemporain. Comment un artiste peut-il garantir l’« autonomie » de l’œuvre quand l’art – et c’est souvent le cas – crée de la valeur pour le capital ? Comme le souligne Leigh Claire La Berge, le travail artistique est régulièrement « démarchandisé » par la croyance selon laquelle il n’a pas de réelle valeur économique. Cela conduit à l’exploitation excessive des travailleurs créatifs et à l’essor d’institutions comme le MFA (Master of Fine Arts12), qui redéfinissent le travail de l’artiste comme une activité éducative tandis que la valeur économique du travail en tant que tel se trouve dévaluée13. David Joselit défend un point de vue légèrement différent : l’œuvre est unique du fait de la valeur que les artistes prêtent aux institutions et aux instances culturelles. Si Joselit suggère qu’une dimension intrinsèque de l’art échappe à cette appropriation14, cela ne remet pas en cause le fait que, tant du point de vue institutionnel que d’une croyance répandue, la valeur de l’art semble venir des qualités de l’œuvre et non du travail de l’artiste. Tant La Berge que Joselit décrivent des formes particulières d’aliénation artistique qui caractérisent la production culturelle contemporaine : si l’artiste est à la fois lié à l’œuvre qui porte son nom et déconnecté d’elle, la valeur de son travail se réduit souvent à peau de chagrin en dehors du cadre institutionnel. L’artiste entretient néanmoins une relation fondamentalement aliénée avec l’œuvre qu’il a produite.
15Lorsque des artistes explorent des pratiques de travail habituellement envisagées comme ne relevant pas de l’art – à l’instar de la maintenance dans le cas d’Ukeles –, ils semblent aspirer à se transporter dans un domaine où la force et la valeur du travail sont mieux perçues et comprises que dans le champ de la création artistique. Le travail d’entretien semble avoir une valeur d’échange plus évidente que le travail de l’artiste, qui fournit un capital cognitif et invente des idées, mais laisse la fabrication physique de l’œuvre à un tiers. De même, les formes du travail de maintenance ou de soin ne correspondent pas à celles qu’explore Ukeles dans les services d’hygiène et d’assainissement, qui constituent une forme évidente de travail industriel. Aussi l’appropriation d’autres formes de travail par Ukeles est-elle pétrie de contradictions.
De l’œuvre d’art à l’occupation du réel, et inversement
- 15 John Roberts, The Intangibilities of Form: Skill and Deskilling in Art after the Readymade, Londres (...)
16Les contradictions apparentes entre art, travail et marchandisation constituent un thème central de l’histoire de l’art que l’on fait généralement remonter à Marcel Duchamp. Dans The Intangibilities of Form, John Roberts montre ainsi comment le readymade a perturbé la notion classique de qualité artistique en remplaçant le savoir-faire artisanal par le travail conceptuel. Selon lui, si le readymade a « déqualifié » l’art, il a aussi introduit de nouvelles formes d’engagement intellectuel et critique, reflétant les changements sociaux opérés dans le domaine du travail à l’ère capitaliste. Roberts situe cette évolution à l’époque moderne et postmoderne, soulignant la tension entre matérialité et concept dans les pratiques artistiques contemporaines15. Pour lui, le travail de Duchamp est transformé en quelque chose qui préfigure le capitalisme cognitif post-fordiste. Selon Julia Bryan-Wilson, des artistes comme Ukeles adoptent une stratégie différente. Il ne s’agit pas seulement de qualifier d’œuvre d’art un objet qui n’a pas été fait par l’artiste lui-même, mais de reconnaître que des activités relevant du quotidien et du monde du travail ont une ressemblance avec l’art :
- 16 Julia Bryan-Wilson, « Occupational Realism », TDR, vol. 56, no 4 : Precarity and Performance: Speci (...)
Dans un sens, [une telle assertion] est une stratégie conceptuelle introduite au début du xxe siècle par Marcel Duchamp, dans laquelle quelque chose (un objet, une idée, un geste) est approprié, mis entre guillemets, formulé, nommé, ou envisagé « comme de l’art ». Dans le sillage de cette logique, les contours mêmes de l’art se distordent et se brouillent pour concilier deux de ses contraires les plus évidents : « la vie » et « le travail ». Mais il existe une distinction essentielle entre les stratégies de nomination post-Duchamp et les artistes qui commencent à comprendre que, si leurs activités ont déjà une ressemblance avec l’art, ils peuvent aussi bien les qualifier d’art. En l’occurrence, ils ne « décident » pas de sentir ou de penser à leur vie ou à leur travail comme à de l’art, mais exactement l’inverse : ils commencent à sentir et à penser cela avant de le savoir […]16.
- 17 Ibid.
- 18 Ibid., p. 44.
17Bryan-Wilson introduit le concept de « réalisme occupationnel » pour décrire ce brouillage entre vie, art et travail après Duchamp. Dans une réflexion sur le potentiel du terme « occupation » au lendemain du mouvement Occupy Wall Street, en 2011, elle articule sa théorie du réalisme occupationnel autour de plusieurs définitions du mot « occuper » : avoir un poste ou une fonction ; remplir (le temps ou l’espace) ; prendre possession de et garder le contrôle sur ; solliciter ou attirer l’attention de17. Chacune de ces formulations cherche à définir précisément ce qui, lorsque le travail devient art, lui permet de rester art. Bryan-Wilson se fonde sur des œuvres d’artistes comme Ben Kinmont, dont la performance Sometimes A Nicer Sculpture Is to Be Able to Provide a Living for Your Family (1998) consiste assez littéralement à gérer une librairie. Pour Kinmont, ce qui fait de son activité une œuvre d’art plutôt qu’un simple travail, c’est une certaine forme d’attentivité (attentiveness) qui refuse une « fin » cohérente au travail accompli, une attentivité qui va au-delà du seul fait de qualifier son activité d’« art ». « Un point crucial ici, conclut Bryan-Wilson, c’est le fait que l’attentivité défie la nomination de Duchamp ; ce n’est pas un acte isolé, mais un processus continu de considération qui tient aux conditions pré-existantes18. »
18Bryan-Wilson souligne la capacité de Kinmont à persuader les institutions culturelles de reconnaître son travail comme sculpture ou comme art, alors qu’il se réduit à bien des égards à gérer une librairie. En soi rien n’arrache un artiste à ces chaînes de marchandises et d’échanges, même si c’est bien la distinction entre ces catégories qui est en jeu lorsqu’on cherche à passer du travail à l’art, et inversement.
- 19 Ibid., p. 35.
- 20 « Il [le réalisme] a été illustré par Gustave Courbet et vu comme une réaction politisée à la révol (...)
19Ce qui compte, à mes yeux, c’est que Bryan-Wilson définit le réalisme occupationnel contre le travail d’artistes qui « ont adopté des identités ouvrières temporaires », comme Linda Montano dans Odd Jobs en 197319, ou contre les œuvres centrées sur le travail de tierces personnes, à l’image du réalisme historique dans la veine de Courbet20.
20Le cas de Ben Kinmont l’illustre de manière particulièrement évidente. Bryan-Wilson écrit ainsi :
- 21 Ibid., p. 33.
Sometimes a Nicer Sculpture est censé constituer tout à la fois une vente de livres génératrice de revenu et une performance recevable en tant que telle dans le monde de l’art. Il est important aux yeux de Kinmont que son entreprise fonctionne comme une entreprise : il ne lui suffit pas de faire un geste symbolique vers le monde du commerce, comme il pourrait le faire par exemple en imprimant un papier à en-tête ironique ou en ouvrant une fausse boutique. Ainsi participe-t-il de ce que j’ai appelé le « réalisme occupationnel », dans lequel les domaines du travail rémunéré (entrepris dans un but de soutien économique) et de l’art (recherché pour des raisons qui peuvent a priori inclure le gain financier, mais qui vont aussi au-delà de la financiarisation et qui ont des motivations esthétiques, personnelles ou politiques) s’effondrent, devenant indistincts ou intentionnellement inversés. Il y a des performances où les artistes accomplissent les tâches courantes, obligatoires, du travail sous l’étiquette hautement élastique d’« art ». Ici, le métier devient art et l’art devient métier21.
- 22 Katherine Guinness, « Hard at Play: Zaniness and Labour in Contemporary Art », Australian and New Z (...)
21Pour Bryan-Wilson, les formes néolibérales de précarité conduisent à une déconnexion du travail et du salaire qui met tout le monde – et pas uniquement les artistes – dans la nécessité de jouer plusieurs rôles pour gagner sa vie22, si bien que l’œuvre d’art (artwork) doit être un travail (work) qui procure de l’argent et que l’artiste accomplit dans le but – même si ce n’est pas le seul objectif – de gagner de l’argent :
- 23 Bryan-Wilson, 2012, cité n. 16, p. 33.
Le mot « précarité » est l’un des noms donnés aux conséquences de la situation économique néolibérale survenue à la suite d’un bouleversement financier mondial, d’une récession et d’une réorganisation du travail visant à accueillir les secteurs du service, de l’information et du savoir. Il désigne un terrain d’emploi hautement imprévisible au sein de cette situation – le travail sans sécurité sociale ou autre filet de sauvetage, sous-payé, à temps partiel, non protégé, de courte durée, non viable, à risque23.
- 24 Ibid., p. 34.
- 25 Ibid., p. 39.
22Le travail d’Ukeles se distingue cependant des définitions du réalisme occupationnel élaborées par Bryan-Wilson. Non seulement les agents d’entretien new-yorkais avec lesquels elle a travaillé occupaient leur emploi alors que le droit du travail aux États-Unis vivait ses dernières heures, avant que la violence du néolibéralisme ne vienne bouleverser leur existence (je reviendrai plus loin sur le fait que la collaboration entre Ukeles et le DSNY remonte à une période marquée par un conflit social majeur), mais elle-même n’était pas en situation de précarité. Son art de la maintenance ne vérifie pas l’argument de Bryan-Wilson selon lequel le réalisme occupationnel « vient au moins partiellement de métiers ou d’emplois occupés par des artistes “parce qu’il le faut bien”24 ». Qualifier d’œuvre d’art le travail d’entretien transforme ainsi les contradictions où s’aventure Ukeles en promotion, en œuvres de tourisme de classe susceptibles d’être subventionnées par les instances de soutien à la création, le risque d’artwashing n’étant jamais loin. Bryan-Wilson dénonce la décision de travailler avec des ouvriers alors qu’on n’y est pas obligé comme un « privilège du ré-emploi […] réservé à la mobilité des élites25 ».
- 26 Mierle Laderman Ukeles, en collaboration avec Maya Harakawa, The Brooklyn Rail, oct. 2016 [URL : ht (...)
- 27 Bryan-Wilson, 2012, cité n. 16, p. 44.
23Dans Village Voice, David Bourdon écrit – non sans ironie – à propos de I Make Maintenance Art One Hour Every Day : « Agents d’entretien du monde entier, unissez-vous ! Désormais vous pouvez qualifier votre travail de performance artistique… Le DSNY devrait peut-être qualifier son propre travail de performance artistique et remplacer une partie de son budget par une subvention de la NEA [National Endowment for the Arts]26. » Car Ukeles a effectivement perçu un financement de la NEA pour Touch Sanitation. « Qui plus est, précise Bryan-Wilson, [un tel] travail bénéficie d’un lustre de valeur supplémentaire ; la composante ajoutée du travail artistique, quelque immatérielle qu’elle soit, implique que le performeur autoréflexif ait sur son travail un niveau de conscience différent de celui du travailleur ordinaire27. »
- 28 Vicki Mayer, Below the Line: Producers and Production Studies in the New Television Economy, Durham (...)
24Si nous devions examiner objectivement l’économie politique des industries culturelles, une bonne part du travail (labor) ne serait jamais considérée comme « créative » ou « artistique » pour une raison ou pour une autre. Dans une analyse du cinéma et de la télévision28, Vicki Mayer soutient que les industries culturelles favorisent et mettent en valeur le travail above the line [au-dessus de la ligne], c’est-à-dire celui qui est manifestement « créatif », qui implique le capital intellectuel dont des auteurs comme Roberts suggèrent qu’il définit l’art après Duchamp. Mais le travail below the line [au-dessous de la ligne] génère pour sa part toutes sortes de produits créatifs. Dans le cinéma et à la télévision, cela concerne toute la chaîne d’approvisionnement, depuis les opérateurs caméra jusqu’aux fabricants de téléviseurs. Dans le monde de l’art au sens large, une évolution en faveur des travailleurs below the line reviendrait à valoriser le travail des fabricants, des préparateurs et de tous les employés de musée, notamment les gardiens et les agents d’entretien. Les contradictions entre l’art et la vie pointées par Bryan-Wilson sont insolubles dans la mesure où, au sein même de l’espace du musée, une frontière sépare les métiers perçus comme créatifs de ceux qui ne sont pas envisagés comme tels.
- 29 Rhea Nayyar, « A Day With the NY Sanitation Department’s Resident Artist », Hyperallergic, 19 fév. (...)
25En 2015, inspiré par la résidence d’Ukeles, le New York City Department of Cultural Affairs a mis officiellement en place son Public Artist in Residency Program [Programme d’artiste en résidence], rémunéré. Le premier résident, sTo Len, a déclaré que son objectif était d’« éveiller la curiosité du public sur les pratiques d’assainissement » grâce à un travail interdisciplinaire plutôt qu’en nettoyant des escaliers ou en débarrassant des ordures, comme Ukeles l’a fait plus d’une fois29.
26Même en admettant – or il est clair à ce stade que cette interprétation est trop simpliste – que l’œuvre d’Ukeles a une forme « autonome », à la fois dans le sens d’un kantisme prolongé par Adorno (la finalité sans fin qui ne sollicite pas le public) et dans le sens d’œuvre non aliénée, existant avec l’artiste en soi et par soi, ce n’est pas le cas des résidences rémunérées, qui relèvent d’une forme de « compromission » dans la mesure où l’artiste vend sa force de travail, créant ainsi une œuvre ayant d’emblée un public et qui assure un geste de « promotion » – par exemple , dans le cas du DSNY. Tel est le piège de l’alliance du travail créatif et du capital créatif : si l’œuvre a une valeur au point de vue du capitalisme, l’artiste n’est plus un travailleur autonome, qui ne vise pas une finalité, mais un travailleur relevant du réalisme occupationnel. Cela concerne en particulier les œuvres investies d’une valeur financière et échangées sur un marché, échange qui se rapproche davantage du réalisme occupationnel de Bryan-Wilson que ce que j’ai évoqué jusque-là.
L’art de la maintenance est-il politique ?
27Si Steisel a sollicité et soutenu Ukeles, les crises qui ont frappé New York de plein fouet dans les années 1970 – la municipalité ayant frôlé la faillite en 1975 – n’y sont sans doute pas pour rien. L’agitation ouvrière, stimulée par l’inflation, la baisse des salaires, le licenciement de milliers d’employés municipaux et le racisme, a débouché sur une grève de plus de 10 000 employés du DSNY en juillet 1975. Mostafa Heddaya resitue brillamment l’œuvre de Ukeles dans ce contexte :
- 30 Mostafa Heddaya, « Labor Relations », Art In America, 12 déc. 2016 [URL : https://www.artnews.com/a (...)
Le processus suivi par Ukeles prend un caractère particulier dans l’ombre portée de la crise des années 1970 et de ses conséquences sur le travail. Ce qui avait opéré jusque-là comme une critique de la division genrée du travail, sous-tendue par une logique d’avant-garde, a été recodé en logique managériale en entrant dans le champ des relations de travail. En d’autres termes, ce processus a valorisé le travail à une époque où la capacité de ce dernier à se valoriser lui-même structurellement était enrayée30.
28Si on ne peut faire l’impasse sur ce contexte, Ukeles a affirmé, dans un entretien avec l’artiste Doug Ashford, qu’elle concevait le musée comme un espace utopique, étranger aux conflits politiques, ce qui invite à remettre en question l’engagement apparent de son art de la maintenance. Le musée, dit-elle, « peut être un espace démocratique [et] il peut être un endroit neutre pour tout le monde ». Ashford ayant critiqué cette conception du musée, la discussion s’est poursuivie en ces termes :
- 31 Doug Ashford, « Democracy is Empty », entretien avec Mierle Laderman-Ukeles, Documents, no 10, auto (...)
MLU : C’est arrogant de dire que je rends ce lieu neutre ?
DA : Oui, parce que dire que le musée est neutre, c’est renforcer l’idéologie et la politique cachées que le musée incarne. On sait quand même que les collections de musée ne font pas que refléter les valeurs de la culture dominante : elles les institutionnalisent.
MLU : Mais ce que cette exposition essayait de dire, c’était que le musée pouvait être autre chose à côté de la somme de tous ses éléments. Qu’il pouvait être un lieu qui se remplit des voix des gens qui viennent le visiter. Un lieu de rencontre, un forum.
DA : Cette conversation m’inquiète31.
29Ce qui inquiète Ashford, comme il s’en est expliqué, c’est que ces œuvres ne lui apparaissent que comme des démonstrations de démocratie, « les artistes créant des spectacles qui se substituent à la participation réelle ». Ashford n’est pas le seul à faire ce type de commentaires sur Ukeles. Robert Storr, chroniquant Touch Sanitation Performance (1985), écrit ainsi que Ukeles « n’a mis dans son projet aucune compréhension sociologique ni aucune conviction politique ». À moins que, comme l’écrit Jillian Steinhauer, elle n’y ait pas mis assez de compréhension de son propre statut de privilégiée au sein du système d’entretien qu’elle avait défini :
- 32 Jillian Steinhauer, « How Mierle Laderman Ukeles Turned Maintenance Work into Art », Hyperallergic, (...)
Ukeles a compris les mécanismes des services d’entretien new-yorkais, mais elle n’a pas cerné le système social global dans lequel ces services et elle-même s’inscrivaient. Les artistes – même quand ce sont des femmes privées de pouvoir (disempowered) – ont bénéficié (et bénéficient encore) du capital social qui leur permet de transformer leur travail d’entretien en art de la maintenance du seul fait qu’ils le qualifient ainsi. Le personnel est politique, mais la politique personnelle ne peut se substituer à l’organisation de masse. Ukeles a pu recourir à l’art pour transformer les conditions de son existence […], mais un tel objectif aurait nécessité un saut beaucoup plus radical pour les agents de maintenance32.
- 33 Le taux de travailleurs syndiqués aux États-Unis est passé d’environ 30 % en 1960 à seulement 19 % (...)
- 34 Il ne faut pas oublier les problèmes politiques liés au travail d’entretien, qui dépassaient les re (...)
30Comme le rappelle Ukeles dans son entretien avec Ashford, son but est de créer « un lieu de rencontre, un forum […] neutre ». Or qu’est-ce qu’un forum sinon le terrain même du politique ? Lorsqu’elle neutralise cet espace – dont Ashford souligne qu’il est intrinsèquement fondé sur le pouvoir institutionnel –, Ukeles tente de jouer sur les deux tableaux, en faisant de son œuvre un terrain de jeu pour le politique tout en refusant l’antagonisme inhérent à la politique. Son œuvre d’art reste « neutre », donc autonome, mais elle est « politique » par son existence même en tant qu’espace de rencontre, au sein du musée comme à l’extérieur. Nier la dimension politique du musée, la dimension politique du travail tout en travaillant avec des ouvriers qui font grève dans les derniers feux du syndicalisme aux États-Unis33 n’est tout simplement pas possible. On ne peut pas à la fois récolter les graines du travail dans son œuvre et présenter cette œuvre comme neutre sans se trahir et trahir du même coup sa situation privilégiée, à l’abri de la politique du travail34. Affirmer qu’une chose n’est pas ne rend pas cette affirmation vraie.
- 35 Nicholas Brown, Autonomy: The Social Ontology of Art Under Capitalism, Durham, Duke University Pres (...)
- 36 Grant Kester, Conversation Pieces: Community and Communication in Modern Art, Berkeley, University (...)
31En s’appropriant des métiers extérieurs à l’art ou en les pratiquant, des artistes comme Ukeles semblent créer des œuvres qui portent des revendications sur la capacité de l’art à participer au débat politique. Les relations entre art et politique, comme on le sait, sont extrêmement complexes. Pour les tenants de l’« autonomie » de l’œuvre, participer au débat politique et solliciter le public risque de transformer l’œuvre en marchandise35. D’autres s’insurgent contre l’art ouvertement politique qui cherche à « corriger » les perceptions de l’observateur, car il met l’artiste en position de pédagogue et le public en position d’élève ayant besoin d’« orthopédie disciplinaire36 ». Quant aux artistes focalisés sur le travail, ils ont souvent une approche expressément marxiste du capitalisme. Cette double critique – sur la marchandisation de l’œuvre et sur la hiérarchie entre artiste et public – met en évidence le risque que les objectifs politiques de l’œuvre soient sapés à la base.
32Je ne pense pas que le « réalisme occupationnel » soit une catégorie qui parle à l’art censé être « politique » du seul fait qu’il porte sur le travail, qu’il le représente ou le dramatise de quelque manière que ce soit. Le réalisme occupationnel constitue au contraire une catégorie sur la précarité et sur la flexibilité du travail créatif aujourd’hui. Supposer que l’art qui porte sur le travail joue un rôle dans la politique du travail présume une erreur de catégorie résultant d’une méconnaissance des relations entre art, travail et politique. Si les œuvres et les artistes évoqués ici ont pu transformer une esthétique du travail, amenant en quelque sorte les ouvriers au musée, il leur est impossible de mettre réellement en œuvre une politique du travail. Ukeles ne semble pas avoir pris conscience de ces contradictions, donnant une interprétation de son œuvre qui insiste sur une radicalité irréalisable. En télescopant la représentation du travail dans l’art et la politique du travail, on finit par distordre ou par gonfler les objectifs, les possibilités et les résultats politiques des œuvres traitant du travail.
33Ukeles fait du travail le médium de son œuvre. Mais, comme l’ont montré de nombreux critiques, il ne faut pas y voir un commentaire sur la politique du travail, l’œuvre d’Ukeles ne se montrant pas à la hauteur d’une telle ambition. Pour reprendre une analyse de Jacques Rancière dans un entretien avec Gabriel Rockhill :
- 37 Jacques Rancière, « Le coup double de l’art politisé. Entretien avec Gabriel Rockhill », Lignes, no(...)
Un artiste peut être engagé, mais qu’est-ce que cela veut dire que son art soit engagé ? L’engagement n’est pas une catégorie de l’art. Cela ne veut pas dire que l’art soit apolitique. Cela veut dire que l’esthétique a sa propre politique – ou sa propre métapolitique. […] Il y a des politiques de l’esthétique – des formes de communauté dessinées par le régime même d’identification sous laquelle nous percevons de l’art (donc l’art pur aussi bien que l’art engagé37).
34Ukeles et son art semblent engagés, dans le sens d’une compréhension de la politique du travail influencée par – ou du moins entrant en résonance avec – certaines ramifications du marxisme féministe des années 1970. Mais le caractère politique de l’œuvre d’Ukeles tient moins à ce commentaire ou à cette intervention sur le travail à New York que dans la réinvention du travail en tant que médium. Le travail entre alors au musée comme il ne l’avait jamais fait auparavant, mais l’œuvre d’Ukeles semble du même coup faire la promotion du DSNY comme s’il s’agissait d’une institution « culturelle », la mettant ainsi en mesure d’accorder et de recevoir des subventions artistiques. Certes, c’est politique, mais dans le sens d’une politique de l’esthétique qui – pour reprendre les mots de Rancière – redéfinit le partage du sensible autour de ce qui est ou n’est pas « art », comme de qui se trouve ou ne se trouve pas au musée en tant qu’« artiste ». Mais cette intervention reste sans conséquence sur la politique du travail en dehors de son esthétisation – donc elle est, au mieux, ambivalente.
Notes
1 Jessica Stockholder, « Art and Labor », introduction à une table ronde à la Yale University School of Art, sept. 2004 [URL : https://jessicastockholder.info/projects/writing/art-and-labor/].
2 Andrea Fraser, « In Conversation », The Brooklyn Rail, oct. 2004 [URL : https://brooklynrail.org/2004/10/art/andrea-fraser].
3 Queens Museum, communiqué de presse pour « Mierle Laderman Ukeles: Maintenance Art », 18 sept. 2016 [URL : https://www.queensmuseum.org/wp-content/uploads/2018/01/Mierle-Laderman-Ukeles-Maintenance-Art-Press-Release.pdf].
4 Ibid.
5 Tithi Bhattacharya (dir.), Social Reproduction Theory: Remapping Class, Recentering Oppression, Londres, Pluto Press, 2017.
6 New York City Department of Sanitation.
7 Queens Museum, cité n. 3.
8 Mierle Laderman Ukeles, « Touch Sanitation. A NYC Citywide Performance », Women Eco Artists Dialog, no 12, oct. 2021 [URL : https://directory.weadartists.org/touch-sanitation].
9 Jeffrey Hogrefe, « Homage to Garbage: New York Artist Starts new Ashean School », The Washington Post, 9 sept. 1984.
10 « Touch Sanitation », communiqué de presse de la Ronald Feldman Gallery, 22 août 1984.
11 À défaut de pouvoir donner une liste exhaustive de ces allusions, signalons qu’on peut les trouver dans différents journaux (The New York Times, The New Yorker, Artnet, Hyperallergic, The Brooklyn Rail) ainsi que dans plusieurs livres. Entre autres : Myrel Chernick et Jennie Klein, « Feminist Art and Motherhood », dans Lynn O’Brien Hallstein, Andrea O’Reilly et Melinda Vandenbeld Giles (dir.), The Routledge Companion to Motherhood, Londres, Routledge, 2019 ; Hilary Robinson et Maria Elena Buszek, A Companion to Feminist Art, New York, Wiley, 2019 ; Natalie Alvarez, Claudette Lauzon et Keren Zaiontz, Sustainable Tools for Precarious Times: Performance Actions in the Americas, Londres, Palgrave Macmillan, 2019.
12 Voir Gary Alan Fine, Talking Art: The Culture of Practice and the Practice of Culture in MFA Education, Chicago, University of Chicago Press, 2018.
13 Leigh Claire La Berge, Wages against Artwork: Decommodified Labor and the Claims of Socially Engaged Art, Durham, Duke University Press, 2019.
14 David Joselit, Art’s Properties, Princeton, Princeton University Press, 2023.
15 John Roberts, The Intangibilities of Form: Skill and Deskilling in Art after the Readymade, Londres, Verso, 2007.
16 Julia Bryan-Wilson, « Occupational Realism », TDR, vol. 56, no 4 : Precarity and Performance: Special Consortium Issue, 2012, p. 35 [URL : https://www.jstor.org/stable/23362770].
17 Ibid.
18 Ibid., p. 44.
19 Ibid., p. 35.
20 « Il [le réalisme] a été illustré par Gustave Courbet et vu comme une réaction politisée à la révolution de 1848, où les artistes s’étaient sentis chargés de montrer les structures des relations sociales et politiques avec toutes leurs ambiguïtés, dont celle de “conflit de classe et expropriation”. » Ibid., p. 43.
21 Ibid., p. 33.
22 Katherine Guinness, « Hard at Play: Zaniness and Labour in Contemporary Art », Australian and New Zealand Journal of Art, 2018.
23 Bryan-Wilson, 2012, cité n. 16, p. 33.
24 Ibid., p. 34.
25 Ibid., p. 39.
26 Mierle Laderman Ukeles, en collaboration avec Maya Harakawa, The Brooklyn Rail, oct. 2016 [URL : https://brooklynrail.org/2016/10/art/mierle-laderman-ukeles-with-maya-harakawa].
27 Bryan-Wilson, 2012, cité n. 16, p. 44.
28 Vicki Mayer, Below the Line: Producers and Production Studies in the New Television Economy, Durham, Duke University Press, 2011.
29 Rhea Nayyar, « A Day With the NY Sanitation Department’s Resident Artist », Hyperallergic, 19 fév. 2023 [URL : https://hyperallergic.com/800957/a-day-with-the-ny-sanitation-departments-resident-artist-sto-len/].
30 Mostafa Heddaya, « Labor Relations », Art In America, 12 déc. 2016 [URL : https://www.artnews.com/art-in-america/features/labor-relations-63232/]. Je dois une bonne partie de mon article à cette excellente étude, et plusieurs citations, dont celle de David Harvey, viennent de ce texte, qui m’a été très utile pour penser l’œuvre et la politique d’Ukeles.
31 Doug Ashford, « Democracy is Empty », entretien avec Mierle Laderman-Ukeles, Documents, no 10, automne 1997, New York, p. 23-30.
32 Jillian Steinhauer, « How Mierle Laderman Ukeles Turned Maintenance Work into Art », Hyperallergic, 10 fév. 2017 [URL : https://hyperallergic.com/355255/how-mierle-laderman-ukeles-turned-maintenance-work-into-art/
33 Le taux de travailleurs syndiqués aux États-Unis est passé d’environ 30 % en 1960 à seulement 19 % en 1980 (et il tourne aujourd’hui, dans les années 2020, autour de 10 %) [URL : https://www.statista.com/statistics/1357189/labor-unions-density-g7-oecd/].
34 Il ne faut pas oublier les problèmes politiques liés au travail d’entretien, qui dépassaient les revendications des agents eux-mêmes sur leurs salaires et leurs conditions de travail (on pense notamment à la « Garbage Offensive » des Young Lords en 1969). Voir Darrel Enck-Wanzer, « Trashing the System: Social Movement, Intersectional Rhetoric, and Collective Agency in the Young Lords Organization’s Garbage Offensive », Quarterly Journal of Speech, vol. 92, no2, 2006, p. 174-201 [DOI : https://doi.org/10.1080/00335630600816920].
35 Nicholas Brown, Autonomy: The Social Ontology of Art Under Capitalism, Durham, Duke University Press, 2019.
36 Grant Kester, Conversation Pieces: Community and Communication in Modern Art, Berkeley, University of California Press, 2013.
37 Jacques Rancière, « Le coup double de l’art politisé. Entretien avec Gabriel Rockhill », Lignes, no 19, 2006, p. 141-164.
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|---|---|
| Titre | 1. Mierle Laderman Ukeles, Touch Sanitation Performance: Sweep 10, Manhattan 11, le 14 mai 1980, performance à l‘échelle de la ville avec 8 500 agents d‘assainissement répartis dans les 59 districts de la ville de New York. |
| Crédits | ©Mierle Laderman Ukeles. Courtesy the artist and Ronald Feldman Gallery, New York/photo © Deborah Freedman |
| URL | http://journals.openedition.org/perspective/docannexe/image/31312/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 200k |
Pour citer cet article
Référence papier
Katherine Guinness, « Travail approprié, œuvre inappropriée », Perspective, 1 | 2025, 211-222.
Référence électronique
Katherine Guinness, « Travail approprié, œuvre inappropriée », Perspective [En ligne], 1 | 2025, mis en ligne le 19 juin 2025, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/perspective/31312 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14er4
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