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La fiction : des savoirs didactiques

Découvrir des Bovary et des bovarysmes contemporains

De quelques expéditions en terres fictionnelles et de leurs enjeux
Discover Bovarys and contemporary Bovarysms. A few expeditions to fictional lands and their challenges.
Gersende Plissonneau

Résumés

Prendre pour objet les Bovary et les bovarysmes contemporains revient à poser la question de la relation qui s’établit entre une « mauvaise lectrice » et les textes qu’elle lit, celle de l’immersion fictionnelle ainsi que celle du sens que peut revêtir aujourd’hui une notion qui tire son origine du personnage d’Emma Bovary mais dont les définitions ont été à la fois plurielles et labiles. Ces questions se trouvent posées dans des ouvrages pouvant être dans différentes mesures fictionnels et/ou spéculatifs. À partir de certains d’entre eux, nous chercherons à analyser les régimes de lecture de la fiction qu’ils représentent ou analysent. Ces propositions contribuent aussi en fait au développement d’une pensée de la fiction que l’on peut envisager à la croisée de la didactique de la littérature et des études littéraires.

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Texte intégral

  • 1 Nous empruntons cette formule à l’appel à contributions de ce numéro de Pratiques intitulé « La fic (...)

1La question des Bovary et des bovarysmes contemporains est l’une de celles qui « permett[e]nt […] d’éclairer théoriquement, épistémologiquement, l’approche didactique des objets de fiction1 » dans la mesure où elle peut nous conduire à celle des relations que les lecteurs entretiennent avec les objets de fiction. Si l’on part des définitions les plus usuelles du bovarysme, celles qui figurent dans les dictionnaires, on découvre que la fiction est d’entrée de jeu nettement présente ; en voici deux exemples :

  • 2 Les crochets font partie de la citation originale, voir l’entrée « Bovarysme ». TLFI. En ligne : ht (...)

BOVARYSME, subst. masc.
[P. réf. au principal personnage du roman de G. Flaubert], « Faculté départie à l’homme de se concevoir autre qu’il n’est en tant que l’homme est impuissant à réaliser cette conception différente qu’il se forme de lui-même » (GAULTIER, Le Bovarysme, 1902, p. 217)2.

(du nom de l’héroïne du roman de Flaubert, Madame Bovary)
Comportement qui consiste à fuir dans le rêve l’insatisfaction éprouvée dans la vie3.

  • 4 Jules de Gaultier avance notamment l’idée selon laquelle le bovarysme tire son origine des lectures (...)

2La prise en compte de la fiction s’explique par la référence au personnage flaubertien pour qui l’on sait le caractère fondateur et délétère des lectures de jeunesse. Elle ressortit également à l’identification d’un processus psychologique consistant en une forme de fictionnalisation des existences ordinaires, un désir permanent d’être autre et de se trouver ailleurs, à l’instar d’Emma Bovary, processus mis en évidence par Jules de Gaultier dès son ouvrage de 1892 Le Bovarysme. La Psychologie dans l’œuvre de Flaubert4. Enfin, c’est l’effet de la fiction sur le lecteur en général, et pas uniquement sur cette célèbre lectrice, autrement dit « l’usage même des fictions » (Jayot, 2006, p. 64) qui figure à l’horizon de certaines de ces définitions.

  • 5 G. Palante (1903) envisage un bovarysme inhérent à la manière dont l’univers est perçu par l’homme  (...)
  • 6 « C’est à partir de 1954, sous l’impulsion du renouveau critique et de la mise en place d’une criti (...)
  • 7 Voir notamment : Bourdieu (1992), Illouz (2012), Augé (2012), Ronell (2009 [2004]), Rosset (2005) e (...)

3La conception du bovarysme a considérablement évolué depuis les premiers travaux de Jules de Gaultier à la fin du xixe siècle. Ce dernier lui-même a ensuite élargi son propos à l’idée d’un principe universel qui se trouve rédimé d’un point de vue philosophique : « Flaubert fait voir que c’est l’erreur qui rend notre vie variée et intéressante […] le réel étant, en fin de compte, une construction par l’esprit » (Buvik, 2012, p. 105-106). Que ce soit en raison de cette évolution ou du dialogue entretenu avec des penseurs du début du xxe siècle comme le philosophe George Palante5, on découvre un bovarysme que l’on ne saurait plus appréhender uniquement comme une pathologie favorisée par la lecture fictionnelle. Or, parallèlement à ceci, Delphine Jayot (2009) a montré dans sa thèse que, s’il existe bien une postérité nosographique du bovarysme dans la première moitié du xxe siècle, on assiste un siècle après la parution du roman, à un net infléchissement de la notion marquée par la double figure désormais positive d’une Emma Bovary désirante et lectrice, figure qui a donné lieu à des développements dans le champ de la critique littéraire6. Mais les réflexions contemporaines sur le bovarysme ne s’arrêtent pas là : sociologues (Pierre Bourdieu et Eva Illouz), anthropologue (Marc Augé) et philosophes (Avital Ronell, Clément Rosset, Jacques Rancière) se sont notamment penchés sur le cas Bovary et/ou sur le bovarysme7.

  • 8 On peut mentionner entre autres : Odette Pannetier, « Un drame de la vie provinciale », Incarnation (...)
  • 9 Brigitte Louichon utilise cet acronyme pour désigner les objets sémiotiques secondaires.

4De surcroît, le personnage flaubertien a connu au fil du xxe siècle une postérité fictionnelle8 que les publications du début du xxie siècle ne sont pas venues démentir. Ces variations contemporaines sur Madame Bovary ne sont pas uniquement romanesques : c’est aussi la liste des versions cinématographiques du xxe siècle (J. Renoir, V. Minelli, C. Chabrol, M. de Oliveira) qu’est venu augmenter le film de Sophie Barthes en 2014. Le roman graphique de Posy Simmonds, Gemma Bovery, paru pour la première fois en Angleterre en 1999 a, quant à lui, donné lieu à une adaptation filmique par Anne Fontaine en 2014 puis à une adaptation radiophonique sur France Culture réalisée par Jean-Matthieu Zahnd en 2018. Bref, comme l’écrit Brigitte Louichon (2017, p. 29), « certaines œuvres originales brillent de tous leurs OSS9 (par exemple Madame Bovary) ».

  • 10 Vu la perspective adoptée d’entrée de jeu, nous ne proposerons pas d’analyse de données empiriques (...)

5Dès lors, nous avons retenu un corpus constitué de quatre de ces développements contemporains : il est composé d’une part de deux propositions à caractère spéculatif, « Le bovarysme des formes » de Marielle Macé (2012) puis « “La mise à mort” d’Emma Bovary » d’après J. Rancière (2007), et d’autre part, de deux propositions plus littéraires, Mémoire d’un fou d’Emma d’Alain Ferry (2015) et de « Corps de bois » de Pierre Michon (2002). Nous nous demanderons quelles sont les relations qui s’y établissent entre Bovary et bovarysmes et pourquoi le rapport à la fiction s’y trouve à la fois mis en avant et interrogé. Le dernier moment de notre réflexion s’efforcera de dégager les questionnements didactiques qui émergent de ces explorations10.

De deux expéditions spéculatives en terres fictionnelles

Après le bovarysme : façons de lire, manières d’être

6La première et la plus célèbre des réflexions retenues est celle de M. Macé qui s’emploie, dans deux textes chronologiquement proches, à élaborer une définition à nouveaux frais du bovarysme. Il s’agit respectivement de son essai Façons de lire, manières d’être paru pour la première fois en 2011 et du no 9 de Fabula LhT intitulé « Après le bovarysme » en 2012. Ce que cette autrice désigne comme « un bovarysme des formes » (Macé, 2011, p. 186) ne concerne pas spécifiquement le personnage d’Emma Bovary. C’est davantage Roland Barthes se référant à Emma Bovary qui apparaît comme le modèle du lecteur bovarysant nouvelle époque : « “Nous sommes tous des Bovary”, posait Barthes en 1978, des Bovary qui nous laissons mener par des modèles, des phrases et des images comme par des leurres. Emma est le personnage dont la vie “au sens le plus brûlant, le plus dévastateur, est formée, façonnée (téléguidée) par la Phrase” » (Macé, 2012, § 1). À partir de là, M. Macé déploie l’idée de performance de lecture et des « ressources de subjectivation » (ibid.) qui lui sont propres comme un des traits marquants de ce bovarysme repensé :

Sans doute est-ce aujourd’hui une tâche importante que de comprendre les ambivalences de l’imitation, pour faire la part de l’activité (la performativité du soi) et de l’aliénation (la facticité des identités) dans notre acquiescement à des modèles : chacun dispose en effet du pouvoir d’accepter ou de refuser (ibid., 2011, p. 185).

  • 11 Françoise Lavocat (2020, p. 27) conclut d’ailleurs comme suit un article consacré au rapport différ (...)

7Cette conception du bovarysme n’est pas propre à la lecture de fiction. Dans la préface qu’elle a donnée en 2022 à la réédition de son ouvrage Façons de lire, manières d’être, l’autrice revient par exemple sur sa relation personnelle à un poème de Francis Ponge : « Dans le style des hirondelles » (ibid., 2022 [2011], p. 12). Le texte, et plus précisément encore la phrase, devient alors facteur « d’articulation entre les formes de vie et les formes littéraires » (ibid.). En outre, l’idée du bovarysme comme « expérience impliquant un rapport constitutif des sujets à des formes extérieures » (Macé, 2012, § 2) élargit la nature des supports à même de favoriser une pareille expérience en allant jusqu’à questionner, au-delà de leur fictionnalité, leur littérarité11.

8Même si l’on reste dans le périmètre d’une expérience dont la bibliothèque pourrait être un des espaces privilégiés, alors : « On ne quitte pas la vie en lisant, mais tout ce qui se passe dans la lecture a un avenir dans la vie » (Macé, 2022 [2011], p. 12). Le commerce entretenu avec le texte poétique représentatif de ce bovarysme contemporain aurait donc des vertus initiatiques, il aurait de ce fait d’une certaine manière partie liée avec l’expérience de la fiction selon Jean-Marie Schaeffer (Prstojevic, 2002) : « La fiction est ce domaine qui n’est ni la réalité ni la pure affabulation. Elle est ce avec quoi on peut jouer sans s’y abîmer. […] [D]e cette façon-là, l’être humain peut vivre mentalement des situations soit attrayantes soit traumatisantes sans avoir à en payer le prix mais tout en pouvant en retirer certains profits en tant que situation qu’il aura plutôt intérêt à éviter dans l’avenir ou à reconnaître ».

« Emma Bovary […] héroïne de la pensée littéraire de Jacques Rancière » (Macé, 2011, p. 188)

9Au fil des écrits de J. Rancière, se posent la question originelle du partage du sensible et la question de la prise en considération de ceux qui sont habituellement des laissés-pour-compte dans « une énonciation collective » (Guénoun, 2007, p. 10). Plus précisément, dans l’ouvrage Politique de la littérature en 2007, le philosophe nous livre son interprétation philosophique du personnage d’Emma Bovary. Avec elle comme avec d’autres figures romanesques du xixe siècle, il insiste sur la représentation fictionnelle d’une tentative de textualisation de l’existence par des personnages d’« hommes et de femmes quelconques » (Rancière, 2016) : le philosophe note par ailleurs : « Peut-être y a-t-il un lien entre Emma Bovary qui cherche à savoir ce que veulent dire les mots qu’elle a lus dans les livres comme félicité, extase et ivresse, et puis ces prolétaires qui veulent aussi donner réalité à des mots comme liberté, égalité » (Rancière, 2009, p. 631).

  • 12 « Telle est l’erreur d’Emma, sa faute contre l’art. Nous pouvons lui donner un nom : esthétisation (...)

10Emma Bovary est donc bien alors, ainsi que le souligne Marielle Macé (2011, p. 188-189), « moins aliénée qu’inconvenante, révoltée », elle « va là où elle ne devrait pas aller, [elle] écoute les mots qui ne lui sont pas adressés », « incarne l’audace des subjectivations démocratiques ». La notion de bovarysme n’est pas identifiée en tant que telle, mais l’on trouve une critique assez classique de ses ravages sur Emma dans un chapitre intitulé « La mise à mort d’Emma Bovary. Littérature, démocratie et médecine » : « Son suicide […] apparaît comme le terme logique d’une suite de désillusions qui découle d’une illusion originelle : par excès d’imagination elle avait confondu la littérature avec la vie réelle » (Rancière, 2007, p. 59). Les pouvoirs thérapeutiques de la littérature sont également mis en exergue et partant les pouvoirs de la fiction littéraire, lesquels seraient en l’espèce plus cathartiques, qu’esthétiques, émotionnels ou cognitifs. « La littérature est la vraie vie qui nous guérit des malentendus de la fiction amoureuse comme de la fiction politique. Le malentendu qu’elle entretient serait ainsi le prix à payer pour nous guérir d’autres malentendus. » (ibid., p. 54) L’on peut estimer qu’il y aurait là implicitement une conception alternative du bovarysme, paradoxale et davantage heuristique que celle que l’on peut formuler en relation avec le processus d’esthétisation de l’existence voué à une forme de kitschéisation qui est celui d’Emma Bovary12.

11Mais, le bovarysme est aussi, sous la plume de J. Rancière, un « bovarysme des formes » à la manière de celui que Marielle Macé met au jour, à ceci près néanmoins que ce nouveau bovarysme n’est pas seulement le moteur d’un processus de subjectivation inhérent à la lecture et sans cesse recommencé. Ce qui s’invente dans le commerce avec la littérature est un style de vie doublé d’un style philosophique, une façon d’écrire comme on le découvre dans cet extrait d’entretien :

Cela, c’est la marque profonde de la littérature sur ce que j’ai écrit. […] Et, bien souvent, le poids réel des influences est tout à fait différent du poids littéraire des écrivains : un roman mineur, une chanson idiote, un livre de bibliothèque rose, une prière d’enfance font souvent le canevas sur lequel nous inscrivons et nous approprions les grands textes. Les textes de nos vies se tissent, opèrent dans la mesure même où ils sont oubliés, déplacés, transfigurés. (ibid., 2009, p. 441)

  • 13 « J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enl (...)

12Avec cette réflexion qui rappelle un peu l’énumération du troisième paragraphe d’« Alchimie du verbe » de Rimbaud13, le processus d’appropriation littéraire qui précède l’écriture philosophique est pensé dans la surprenante diversité de ses possibles emprunts, laquelle n’est pas étrangère aux territoires de la fiction.

De deux expéditions littéraires en terres fictionnelles

13Après l’évocation de deux expéditions spéculatives en terres fictionnelles, venons-en à deux propositions littéraires publiées au xxie siècle : ces dernières convoquent le personnage d’Emma Bovary tout en ouvrant la voie à une réflexion sur ce que bovaryser peut vouloir dire. Si nous avons choisi ces deux textes, c’est parce qu’ils ne sont pas seulement ou uniquement des fictions ; ils relèvent davantage de ce que Dominique Viart (2004, p. 26) désigne comme des « fictions critiques » dans lesquelles : « au sens étymologique de ce terme : fiction et réflexion travaillent ensemble. »

Mémoire d’un fou d’Emma d’Alain Ferry

  • 14 Avec Richard Saint-Gelais (2011, p. 7), on peut définir la transfictionnalité comme « le phénomène (...)

14Le texte d’Alain Ferry est paru en 2009. Le narrateur quitté par la dénommée Eva cherche une consolation dans le dialogue en absence qu’il instaure avec Emma Bovary. Ce dialogue est aussi pour lui l’occasion de documenter sa traversée de la nébuleuse Bovary (brouillons flaubertiens, grande palette d’interprétations comme celles de Baudelaire ou de Bellemin-Noël, analyse de passages du roman, évocation de certaines versions cinématographiques voire parfois embryons de transfictions14) tout en blasonnant le corps d’Emma. Le choix de certains titres de chapitres est frappant : le chapitre 14 s’intitule « Les épaules d’Emma » et le chapitre 43 « Le pied d’Emma ».

15La prose érudite et humoristique d’Alain Ferry se préoccupe et du bovarysme d’Emma Bovary et de celui du fou d’Emma qu’est le narrateur. Nous lisons par exemple : « Au couvent, puis chez elle, Emma Rouault, épouse Bovary, vit trop à l’air livre, et la terre, le terre à terre solide, se dérobe sous ses pieds » (Ferry, 2009, p. 227). Le narrateur se décrit comme un « bookoholic » (ibid., p. 65) qui va progressivement guérir de sa maladie d’amour à travers son expérience bovarysante : il pratique « un bovarysme des formes de langage, non des destinées ou des personnalités » (Macé, 2011, p. 194). Sa « vie en forme de phrase » (ibid.) passe par exemple par la mention successive d’une idée reçue puis d’une citation de Madame Bovary : « Les grandes pertes inclinent au silence. Ou aux redites. Nous nous ressassons. Séparé d’Eva, nous travaillons des méninges comme le plat Léon qui, en l’absence d’Emma, “l’évoquait de toute la force de son désir et de ses souvenirs.” » (Ferry, 2009, p. 33)

16Pour ce narrateur, le bovarysme est un viatique et un parti-pris : son expérience originale de la fiction est à la fois cognitive, émotionnelle et esthétique. Mais, on aboutit, à partir de la notion de bovarysme, à une réflexion sur la fiction qui n’est pas étrangère à celle que nous avons remarquée chez J. Rancière : toutes deux pointent une fonction cathartique de la relation aux objets de fiction et valident à leur manière la célèbre formule d’inspiration proustienne selon laquelle : « la vraie vie, c’est la littérature ». Le narrateur fou d’Emma énonce en effet le paradoxe fictionnel que voici : « Ainsi sommes-nous sans égal pour donner à Emma ce qui est à Eva, en sorte qu’avec Emma nous ne sommes plus au pays du roman » (Ferry, 2015, p. 218).

17Le statut du texte dont le titre, Mémoire d’un fou d’Emma, évoque davantage un écrit universitaire qu’une autobiographie marquée par l’Histoire est complexe à établir : auteur et éditeur l’envisagent comme un roman et il est publié dans la collection « Fiction & Cie » aux éditions Le Seuil. Cependant, il a remporté en 2010 le prix Médicis essai. De surcroît, Brigitte Louichon (2017, p. 24) explique qu’il a pu être lu comme une « fiction citationnelle », autrement dit comme une « de ces œuvres de fiction (littéraires ou cinématographiques) dans lesquelles une autre œuvre […] participe de l’univers fictionnel et joue un rôle dans l’histoire racontée ». La chercheure conclut plutôt à une « fictionnalisation » : le processus induit par la nominalisation peut inclure l’immersion fictionnelle du narrateur ainsi que la dimension pour partie métatextuelle de sa démarche, et partant de cet objet littéraire difficile à identifier. Cette dimension est au diapason de la pluralité de relations aux objets de fiction qui est celle d’un narrateur en train de se réinventer lui-même au fil de ses multiples lectures du roman de Flaubert et de tout ce qu’il y associe.

« Corps de bois » de Pierre Michon, fragments et photographies

18Paru en 2002 dans le recueil Corps du roi, « Corps de bois » de P. Michon prend place au sein de ce recueil de textes brefs consacrés à des écrivains jugés majeurs comme W. Faulkner ou S. Beckett. Le texte est en quelque sorte une Vie de Flaubert, une forme de légende. Mais, au sein de cette première vie, en surgit une autre, celle d’Emma Bovary dont un fragment nous livre la vision michonienne :

La voiture qui fait le service de Rouen à Yonville, dans Madame Bovary, s’appelle L’Hirondelle. Elle a pour cocher le bonhomme nommé Hivert. L’hirondelle amène l’hiver. Le soleil amène la nuit, les fleuves coulent vers leur source, voir clair c’est devenir aveugle. Nous sommes dans l’Apocalypse, n’est-ce pas, puisqu’il faut bien que le monde crève, puisque c’est dans sa tête. Puisque c’est dans la nôtre.
C’est dans ce coche d’apocalypse que la pauvre Emma arrive sur le lieu du supplice, Yonville-l’Abbaye. La littérature conduit le coche. Il y a dedans une jolie femme qu’on va faire souffrir jusqu’à la mort. Nous sommes tous à la sortie du coche le souffle un peu court. Quand elle descend, on voit sa cheville.
Pour cette Cosette, où est Jean Valjean ? (Michon, 2002, p. 38-39)

19Outre la référence à l’Apocalypse dans Le Nouveau Testament, le passage exprime la condamnation à mort d’Emma Bovary par l’interrogation rhétorique finale qui nous fait basculer d’un tragique eschatologique à un pathétique littéraire et possiblement christique en raison de l’introduction des deux personnages des Misérables. On remarque la présence du narrateur michonien au sein de la communauté villageoise (l’énonciation matérialise, avec l’emploi du pronom personnel « nous », un des aspects du processus de fictionnalisation à l’œuvre) et la présence du bovarysme. La proposition subordonnée de cause « puisque c’est dans sa tête » exprime par le choix du subordonnant et les paroles rapportées en italique le fait que le narrateur n’actualise pas cette forme de bovarysme convenu, même s’il peut éventuellement en souffrir (« puisque c’est dans la nôtre »). En revanche, la vision allégorique de la littérature conduisant le « coche d’apocalypse » rappelle le lien entre lectures et mort d’Emma et exalte ce faisant les ressources esthétiques en présence : celles d’une forme de perfection stylistique de la prose dont P. Michon fait l’éloge, celle d’une minuscule Vie d’Emma Bovary qu’invente à son tour l’écrivain en se débarrassant de la contrainte d’échafauder un monde narratif plus complet (Pachet, 2022 [2007], p. 203). Cherchant des lignes liées aux grandes œuvres flaubertiennes dans la littérature française contemporaine, Tiphaine Samoyault (2017, § 7) s’attache notamment à « la ligne Bovary » dans laquelle elle situe P.  Michon : une semblable ligne « introduit à quelque chose qui est à la fois suspens et silence et qui n’hérite en rien de la capacité flaubertienne à produire du roman, à proposer des mondes complets », elle réunirait « le désir de roman et le recours malgré tout au fragment. » (ibid., § 1).

  • 15 Les photographies sont visibles sur le site de la galerie Anne Barrault. En ligne : http://magdi.ga (...)

20Il s’avère que Corps de bois introduit également un « livre de photographies et de mots » (Méaux, 2009, p. 9) également publié en 2002 dans lequel il dialogue avec des photographies de Magdi Senadji15. Il se tisse alors un réseau complexe de correspondances entre texte et photographies. Le fragment de Corps de bois que nous avons commenté peut être associé à la photographie de trois silhouettes vêtues de noir, portant des cruches et faisant songer à d’antiques divinités du destin, ainsi qu’à des représentations de femmes songeuses ou encore à la photographie de trois pages du manuscrit de Madame Bovary caractéristiques de la révolution littéraire à l’œuvre (Senadji & Michon, 2002). La réécriture michonienne interroge la fiction flaubertienne en la réduisant ; elle l’interprète en lien avec la Vie de Flaubert dans laquelle elle se trouve insérée, tandis le dialogue instauré entre texte et photographies matérialise les échos culturels, les images mentales et la relation esthétique que l’on peut entretenir avec les objets de fiction.

Et la didactique de la littérature dans tout ça ?

21Les explorations qui précèdent nous ont fait entrevoir quelques Bovary contemporaines (Roland Barthes et nous tous et toutes), le narrateur d’Alain Ferry, la jeune femme condamnée du fragment michonien et différents états du bovarysme qui ne sont pas tous ou pas seulement dysphoriques. Pour conclure, nous pourrions adopter – en l’élargissant – l’affirmation formulée par D. Philippot (2006, p. 142), spécialiste de Flaubert, à propos du premier texte consacré au bovarysme écrit par Jules de Gaultier en 1892 :

La grande trouvaille de Jules de Gaultier est peut-être d’avoir su lire les romans de Flaubert comme s’ils contenaient non seulement une mise en œuvre de la fiction, mais une mise en scène ironique de ses pouvoirs, de son bon et de son mauvais usage, et presqu’un art poétique, une pensée de la fiction.

22Pourtant, à ce stade de notre réflexion se font aussi jour un certain nombre de perspectives didactiques. Elles se situent dans le champ de la didactique de la littérature ainsi qu’il s’est développé depuis une vingtaine d’années ou sont liées à des développements qu’il a pu favoriser.

  • 16 Gérard Langlade et Annie Rouxel (2020, p. 105) avancent que : « Le sujet lecteur n’est pas réductib (...)

23En premier lieu, les « ressources de subjectivation qui animent la littérature » (Macé, 2012) et qui correspondent au bovarysme fondé sur des phrases, celui qui semble être au principe de la démarche créative de J. Rancière et qui anime parfois le narrateur de Mémoire d’un fou d’Emma, rappellent « l’appropriation » telle que la définit Bénédicte Shawky-Milcent (2020a, p. 222) : « Il s’agit de se dévêtir de son ego pour accueillir le monde du texte, et accéder ainsi à un moi autre ». L’activité du sujet lecteur peut d’ailleurs être considérée comme pour partie fictionnelle ; elle consiste en une (ré)invention de soi au fil de ses lectures16.

24En deuxième lieu, des textes comme Mémoire d’un fou d’Emma (Ferry, 2015) ou le fragment de « Corps de bois » de P. Michon (2015) associé à un ensemble photographique relèvent à la fois de la fictionnalisation et du commentaire. On peut voir en eux des objets sémiotiques secondaires (désormais OSS) :

Observer et décrire la patrimonialité effective d’une œuvre consiste à observer et décrire les modalités de sa présence, de son actualité, c’est-à-dire l’ensemble des textes, des discours, des objets contemporains qu’elle génère, directement ou indirectement, lesquels constituent les preuves de son actualité et donc de sa patrimonialité. Je désigne l’ensemble de ces textes et discours comme des « objets sémiotiques secondaires » […].

25Deux conséquences de cette définition proposée par Brigitte Louichon (2020, p. 171) importent ici. Un processus interprétatif est en quelque sorte au principe des OSS : « Cette proposition théorique […] permet d’envisager une approche de la lecture scolaire fondée sur une ou des expériences de lecture antérieures dont les œuvres secondes sont les traces ». De plus, dans ce cas, les élèves pourraient aussi être invités à produire de manière liminaire ou corollaire des « textes possibles » au sens où l’entend Marc Escola (2012) : le processus de « recombinaison-interprétation des données fournies par un texte littéraire » (Citton, 2017, p. 563) pourrait se déployer au sein de différentes « écritures de la réception » (Le Goff, 2020) possibles.

26En troisième lieu, on peut se demander quelle place il y aurait pour les élèves qui, comme certains personnages romanesques du xixe siècle, sont « nés du mauvais côté des voies » (Rancière, 2016). Ont-ils droit au bovarysme ? Oui, mais lequel ? « [U]n excès d’identification et d’empathie qui touche les lecteurs de romans, et avant tout les lectrices » (Macé, 2012, § 3) ou un élargissement de la notion avec lequel resubjectivation et émancipation pourraient aller de pair ? Quels sont les réquisits scolaires pour que ceci soit possible ? On pense aux réserves formulées par Bertrand Daunay (2007, p. 49-50) à l’encontre du sujet lecteur auquel il préfère un sujet didactique, autrement dit « un sujet d’apprentissage » :

De ce point de vue, le sujet lecteur n’est qu’une facette de ce sujet didactique, une sorte de spécification de ce dernier dans une approche théorique centrée sur l’activité de lecture : rien ne saurait justifier, d’un point de vue didactique, de le supposer autonome au point de le construire théoriquement en dehors des contraintes liées au système didactique.

27En dernier lieu, l’ambivalence désormais principielle du bovarysme posée par Marielle Macé (2011, p. 190) est tout à fait frappante :

Faire taire le bovarysme, ce ne serait pas rendre la lecture à la pureté supposée d’une expérience sérieuse […]. Il faut reconnaître dans le bovarysme une forme simple des impuretés de la subjectivation. Cela ne consiste pas à réhabiliter une vieille notion en exaltant l’aliénation ; mais à cesser de renvoyer dos-à-dos l’empathie et l’interprétation, le pâtir et l’agir, l’expérience affective et la distance herméneutique ; et sur cette base, à prendre acte, dans les rencontres individuelles avec les formes et les destins d’autrui, d’un travail permanent entre plusieurs rapports à soi-même, entre plusieurs façons de rapporter les modèles à sa propre subjectivité.

28Ce bilan est caractéristique du « tournant pragmatique » qui a marqué les études littéraires au tournant du xxie siècle. Selon Éric Benoit (2017, p. 399), ce tournant « nous a rendus sensibles à une énergétique de la lecture » ; il « s’est effectué de façon progressive, par prises de conscience successives et par prolongements d’un théoricien à l’autre » (ibid., 2019, p. 213). Après le recentrement de la théorie littéraire sur la lecture dans les années 1970-1980, cet auteur relève le tournant existentiel et éthique des théories de la lecture qui se serait opéré entre 1980 et 2010 et qui repose sur les travaux de Paul Ricœur (1984 ; 1985 ; 1986) et de Jean-Marie Schaeffer (1999) : « Les réflexions de Ricœur et de Schaeffer vont trouver des prolongements fructueux dans les travaux d’Yves Citton, de Marielle Macé, et d’Hélène Merlin-Kajman. » (Benoit, 2017, p. 227) La mise au jour de ce tournant déplace la dichotomie entre différentes polarités de la lecture littéraire, dichotomie qui pourrait dessiner les linéaments d’une chronologie ou d’une hiérarchie entre des manières de lire. Est-on alors très éloigné des modélisations de la lecture littéraire qui ont cours en didactique de la littérature, que celles-ci reposent sur une « approche alternante », un « va-et-vient dialectique » entre participation et distanciation ou davantage sur « un enroulement spiralaire » (Shawky-Milcent, 2020b, p. 54) ?

29Ce n’est pas certain et cet air de famille à la fois logique (vu la proximité des références théoriques) et un peu méconnu n’aboutit pas à l’idée d’une synthèse à établir dépassant les différences, d’une transposition de modèles scientifiques à l’œuvre (Louichon & Doucey-Perrin, 2020, § 12) ou d’une parfaite convergence. On aurait plutôt affaire à une « épistémè », au sens où l’entend Michel Foucault (1969, p. 250), commune entre tournant pragmatique des études littéraires et didactique de la littérature :

L’épistémè, ce n’est pas une forme de connaissance ou un type de rationalité qui, traversant les sciences les plus diverses, manifesterait l’unité souveraine d’un sujet, d’un esprit ou d’une époque ; c’est l’ensemble des relations qu’on peut découvrir, pour une époque donnée, entre les sciences quand on les analyse au niveau des régularités discursives.

30Voici pour finir deux exemples représentatifs de ces « régularités discursives ». Tout d’abord, Véronique Larrivé qui s’appuie, comme le fait également Marielle Macé, sur les travaux que Jean-Marie Schaeffer a consacrés à la fiction, a soutenu en 2014 une thèse intitulée Du bon usage du bovarysme dans la classe de français. Développer l’empathie fictionnelle des élèves pour les aider à lire les récits littéraires : l’exemple du journal de personnage. On lit dans sa thèse que :

L’empathie fictionnelle est un processus indispensable pour la compréhension des récits, c’est-à-dire qu’elle est inhérente à l’activité de lecture fictionnelle. Si le terme empathie est le mot que les cognitivistes ont choisi pour nommer le bovarysme, on peut dire qu’empathie fictionnelle et bovarysme littéraire renvoient à une même réalité, un processus psychocorporel que le lecteur doit être capable de mettre en jeu dans la lecture. (Larrivé, 2014, p. 237)

31Ensuite, Maxime Decout a fait paraître en 2021 (p. 89) un Éloge du mauvais lecteur, il y évoque certes des mauvais lecteurs du passé comme Emma Bovary mais préfère y mettre l’accent sur un mauvais lecteur contemporain qui pratique une « mauvaise lecture hantée et amoureuse » : celle-ci « peut permettre l’éclosion d’un texte fantôme depuis un genre fantôme qu’elle avait au préalable extirpé d’œuvres réelles » (ibid.) ; R. Barthes déclarant « Nous sommes beaucoup – sinon tous – des Bovary » en serait en quelque sorte le parangon. Or, M. Decout prend aussi l’exemple d’H. de Balzac, mauvais lecteur de La Chartreuse de Parme dont il accentue le caractère historique et politique (ibid., p. 134). Cet exemple figurait, quelques années plus tôt, dans un article de Gérard Langlade (2013, § 1) avançant l’idée que les textes de grands lecteurs peuvent constituer un « espace de médiation entre une œuvre et les expériences de lecture subjective des élèves et des étudiants ».

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Notes

1 Nous empruntons cette formule à l’appel à contributions de ce numéro de Pratiques intitulé « La fiction de l’école à l’université : perspectives didactiques » (Le Goff, Sauvaire, Deilhes, 2024).

2 Les crochets font partie de la citation originale, voir l’entrée « Bovarysme ». TLFI. En ligne : https://www.atilf.fr/ressources/tlfi/.

3 Voir l’entrée « Bovarysme ». Larousse. En ligne : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/bovarysme/10798.

4 Jules de Gaultier avance notamment l’idée selon laquelle le bovarysme tire son origine des lectures d’Emma et consiste en une espèce de polarisation fictionnelle de son existence décrite comme suit : « Tous ses actes commencés dans la vie réelle ont un achèvement dans la fiction » (de Gaultier & Buvik, 2006, p. 41, 44).

5 G. Palante (1903) envisage un bovarysme inhérent à la manière dont l’univers est perçu par l’homme ; il écrit que : « L'univers n'est qu'un état de ma sensibilité ».

6 « C’est à partir de 1954, sous l’impulsion du renouveau critique et de la mise en place d’une critique flaubertienne qu’un changement radical s’opère dans le destin du bovarysme. Un indice permettra d’en apprécier toute la portée : le terme de désir […] lui sera désormais et durablement associé. […] [L]e bovarysme deviendra plus précisément l’apanage d’Emma, et au-delà de toutes les thématiques qu’il va continuer d’englober (l’insatisfaction, le conflit entre l’imaginaire et le réel…), un nouveau sens, celui d’un mal littéraire lié à la lecture, émerge » (Jayot, 2007, p. 104).

7 Voir notamment : Bourdieu (1992), Illouz (2012), Augé (2012), Ronell (2009 [2004]), Rosset (2005) et Rancière (2007).

8 On peut mentionner entre autres : Odette Pannetier, « Un drame de la vie provinciale », Incarnations de Madame Bovary en 1933, Woody Allen, « Madame Bovary, c’est l’autre », Destins tordus (Side Effects, 1980), traduit par Michel Lebrun, 1981, Raymond Jean, Mademoiselle Bovary en 1991 ou encore Jacques Cellard, Emma, oh ! Emma ! en 1992.

9 Brigitte Louichon utilise cet acronyme pour désigner les objets sémiotiques secondaires.

10 Vu la perspective adoptée d’entrée de jeu, nous ne proposerons pas d’analyse de données empiriques et les enjeux didactiques du propos seront abordés dans une démarche d’ordre essayistique.

11 Françoise Lavocat (2020, p. 27) conclut d’ailleurs comme suit un article consacré au rapport différentiel à la fiction induit par les médias en jeu : « L’analyse des effets de la fiction sur les croyances ne peut en tout cas pas faire l’économie de distinctions à partir des […] potentialités spécifiques […] des supports et des médias. »

12 « Telle est l’erreur d’Emma, sa faute contre l’art. Nous pouvons lui donner un nom : esthétisation de la vie quotidienne. […] Madame Bovary est le premier manifeste anti-kitsch » (Rancière, 2007, p. 68-69).

13 « J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs. » (Rimbaud, 1873)

14 Avec Richard Saint-Gelais (2011, p. 7), on peut définir la transfictionnalité comme « le phénomène par lequel au moins deux textes, du même auteur ou non, se rapportent conjointement à une même fiction, que ce soit par reprise de personnages, prolongement d'une intrigue préalable ou partage d'univers fictionnel ».

15 Les photographies sont visibles sur le site de la galerie Anne Barrault. En ligne : http://magdi.galerieannebarrault.com/?photos.

16 Gérard Langlade et Annie Rouxel (2020, p. 105) avancent que : « Le sujet lecteur n’est pas réductible à l’individu lui-même –lecteur réel ou empirique – mais il exprime cet individu tel qu’il se manifeste lorsqu’il est engagé dans une lecture et que s’opèrent dans et par cette lecture des refigurations de lui-même et du monde qui l’entoure. […] Pour une bonne part, il est un sujet fictionnel c’est-à-dire un sujet qui opère une fictionnalisation de soi […] en réponse aux sollicitations et aux propositions fictionnelles d’une œuvre. »

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Pour citer cet article

Référence électronique

Gersende Plissonneau, « Découvrir des Bovary et des bovarysmes contemporains », Pratiques [En ligne], 205-206 | 2025, mis en ligne le 02 juillet 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/pratiques/16694 ; DOI : https://doi.org/10.4000/149a9

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Auteur

Gersende Plissonneau

Inspé de l’Académie de Bordeaux, Plurielles, F-33705 Mérignac, France

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