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Pratiques remercie les experts qui ont évalué — en aveugle — les contributions du numéro 157-158, « Théories et pratiques du genre en confrontation » dont les noms suivent : Sémir BADIR, Université de Liège ; Christine C. HOLLIER, Université de Reims ; Patrick HAILLET, Université de Cergy-Pontoise ; François LAURENT, Université de Limoges ; Régis MISSIRE, Université de Toulouse Le Mirail ; Stéphane POLIS, Université de Liège ; François PROVENZANO, Université de Liège ; Alain RABATEL, Université de Lyon I ; Dominique LAHANIER-REUTER, Université de Lille 3.

1Cette nouvelle livraison de Pratiques réunit une partie des contributions présentées lors la journée Conscila intitulée « Théories et modèles du genre en confrontation », qui a eu lieu à l’ENS Paris-ULM le 21 octobre 2011. A quoi sont venus s’agréger des articles, essentiellement didactiques, afin de prolonger et d’enrichir les débats de la journée.

  • 1 Nous avons gardé volontairement le mot « genre » pour le titre de ce numéro sans qualificatif préci (...)

2Comme le dit clairement son titre, (« Théories et pratiques des genres en confrontation ») ce numéro revient sur la question du genre1, mais il ne l’épuise pas pour autant, et il serait d’ailleurs vain d’y prétendre. En effet, sans oublier ce que l’on doit, en termes d’héritage conceptuel, à la rhétorique et aux poétiques, constatons que la problématisation de la catégorie « genre » est à l'œuvre dans de nombreuses théories contemporaines relevant des sciences humaines qui la prennent comme objet de connaissance. Le genre intéresse la sociologie et l’anthropologie qui diagnostiquent le degré d’universalité de ce système symbolique et la psychologie cognitive qui analyse son rôle dans la production et la réception des textes. Le genre concerne aussi les sciences de l’information et de la communication qui l’utilisent dans le traitement des questions liées au stockage et à la circulation de l’information, au référencement sur le web, à la fouille de texte ou à l'extraction de connaissances. La catégorie « genre » est discutée aussi de longue date en histoire de l’art et en théorie du cinéma. Au sein même des sciences du langage se sont multipliées, ces dernières années, les théories linguistiques des genres discursifs. Il s’ensuit que la notion de genre est floue et instable, et continue de soulever de nombreuses difficultés théoriques et épistémologiques dans des paradigmes aussi variés que l’analyse du discours, la sémiotique, la sémantique interprétative, la pragmatique conversationnelle, la sociolinguistique et la didactique. Quant aux théories littéraires elles traitent de cette question, loin du formalisme typologique dans lequel le genre a longtemps été cantonné, en cherchant au contraire à explorer ce que la pratique des genres requiert et produit dans l’acte de lecture, ou à cerner les modes poétiques et les enjeux épistémologiques du redéploiement dans la littérature contemporaine des formes génériques, comme en témoigne le concept de « transgénéricité ».

3Avec ce numéro, il ne s’agit pas de remettre en question et en débat les fondements mêmes de la notion mais d’apporter une contribution aux recherches en cours, dans le cadre d’une approche délibérément pluridisciplinaire avec ce que cela suppose de rencontres et de distanciation, d’affinités méthodologiques et de distinctions épistémologiques.

4C’est pourquoi les dix-sept articles de ce numéro ont été regroupés en quatre parties.

5Dans la première partie, intitulée « Genre et analyse du discours », il s’agit de proposer une vue d’ensemble de la dimension intrinsèquement discursive du médium comme genre et comme support. C’est ainsi que Marie-Anne Paveau interroge le réseau de micro-blogging Twitter, et refuse de se restreindre à une conception simplement typologique du genre qui écarte les matérialités du paramètre technologique dans l’analyse linguistique du discours. Les productions discursives attestées sur Twitter, qui engagent également une reconfiguration du rapport avec l’objet discours, limité par des contraintes de taille (140 signes), sont à la frontière entre des genres ritualisés et des genres nouveaux. Cette question des textes qui peuvent jouer sur des appartenances génériques multiples, (genre poli- tique et genre publicitaire, par exemple), fait l’objet de la contribution de Nathalie Garric et Julien Longhi qui introduisent dans l’analyse d’un exemple publicitaire la notion de frontière, dans le sillage des travaux de S. Moirand, car elle permet, de leur point de vue, de concevoir le genre comme un processus dynamique. Dans leur article consacré au genre comme une hétérogénéité, Caroline Mellet, Fanny Rinck et Frédérique Sitri explorent, sur différents types de corpus, la caractérisation linguistique du genre. A partir de cette question centrale, elles mettent en évidence les manifestations linguistiques de l’hétérogénéité du genre comme phénomène relevant de l’interprétation. Suivant jusqu’au bout cette logique, elles soutiennent le même point de vue au sujet de la notion de sphère d’activité. Dans le cadre d’une approche comparatiste des genres de trois « communautés ethnolinguistiques » différentes (France, Allemagne, États-Unis), Patricia Von Münchow se penche sur les liens entre marqueurs de discours rapporté et genres discursifs. L’analyse des exemples puisés dans différents discours (journaux télévisés, manuels scolaires, forums de discussion sur Internet, guides parentaux) montre l’impact du genre, comme pratique socio-culturelle, sur les proportions et les modalités d’apparition du discours rapporté.

6La deuxième partie du numéro est consacrée à la « sémiotique du genre », ou pour être plus précis au genre comme une sémiotique. De ce point de vue, Nicolas Couégnas propose de mettre en évidence, sur un corpus des albums d’enfance, l’impact des contraintes génériques en synchronie et leurs effets au niveau des composantes textuelles. C’est dans cette optique qu’il postule que les albums d’enfance sont tous caractérisés par la présence d’un « socle générique », à partir duquel se dessinent les trois modèles de base qui composent tous les albums d’enfance : le modèle du conte, le modèle de la boule de neige et le modèle de la surprise. Il termine sa réflexion en introduisant le concept de gradient de généricité qu’il propose pour mesurer les différentes contraintes génériques pesant sur les textes. Sylvain Loiseau, montre à travers la notion de « tradition discursive », développée dans le cadre de la romanistique allemande, la place et le rôle de la diachronie dans la caractérisation des genres. C’est la seule contribution de ce numéro qui propose des pistes encore peu exploitées pour introduire la diachronie, à travers la description des faits de fréquences, pour interpréter les genres. Sandra Glatigny, à partir des termes « lyrisme », « lyrique », passe en revue de nombreuses ambiguïtés, et montre que ces deux termes sont souvent interchangeables dans la littérature critique, alors qu’ils peuvent porter sur des textes qui présentent des différences aux niveaux énonciatif, stylistique et formelle. Face à une telle hétérogénéité, elle propose, pour définir le lyrisme comme genre, de partir, non de sa logique verticale, mais plutôt horizontale, d’où le principe transgénérique qu’elle met en place pour le circonscrire. Comme le rappelle Karine Abiven dans son article sur le genre de l’anecdote, l’analyse du dispositif sémiotique de ce genre donne un accès empirique aux nombreuses fonctions du récit. Sa contribution porte essentiellement sur la configuration des marqueurs langagiers qui stabilisent l’identité générique de l’anecdote. Elle s’attache également à relier étroitement les marqueurs aux rôles joués par ce genre de récit dans les textes en insistant sur le fait que sa configuration générique ne peut ignorer « le fond textuel » dans lequel elle s’insère. L’article de Magali Husianycia prend appui sur les travaux de J.-M. Adam (séquence) et J.-P. Bronckart (type linguistique) pour caractériser les types de discours en situation de travail. Elle propose, à partir d’un corpus attesté (une quarantaine d’enregistrements de discours en situation de travail), de faire une distinction entre les deux catégories de genre et type pour opposer « genre professionnel » comme une totalité (l’ensemble des discours produits en situation de travail) et « types de discours » comme des cas particuliers (les différents discours chapeautés par le genre professionnel).

7La troisième partie du numéro (« Genres et didactique ») regroupe des contributions portant sur le statut des genres en situation scolaire. L’article d’Yves Reuter rend compte notamment du cadre théorique à partir duquel différents travaux en didactique ont été menés, au sein de son centre de recherche en décrivant les problématiques mobilisées et les cas analysés. Autour de ces questions et des diverses situations présentées, l’auteur relève trois problèmes méthodologique auxquels est confrontée toute réflexion sur les genres scolaires : le premier porte sur la collecte des données, le second traite de « l’échelle la plus adaptée à la saisie du genre », et le troisième relève de « la catégorisation et de l’analyse des pratiques associées aux genres ». Nathalie Denizot traite de la dissertation en tant que genre scolaire dans les manuels destinés aux classes des lycées et montre que son apprentissage ne tient compte ni des genres argumentatifs au programme ni des impératifs de l’argumentation. Pour aborder cette situation qu’elle juge paradoxale, elle fait un choix philologique en explorant l’histoire de la dissertation dans les textes officiels et les ouvrages méthodologiques. Rosine Galluzzo-Dafflon questionne, en partant de quelques manuels de Français publiés en 2011, la légitimité de la transposition didactique d’un texte littéraire, Les Misérables, en tant que fiction historique. Son objectif est de partir de l’hybridité de ce texte, pour montrer que l’utilisation que l’on peut en faire en classe, soit en tant que genre littéraire, soit en tant que texte argumentatif, a une grande incidence sur sa visée didactique. Elle termine son étude en montrant que les activités proposées en complément de la lecture ne concordent pas avec l’hybridité générique du texte étudié. Estelle Riquois s’attache à montrer, sur un corpus littéraire, que l’exploitation pédagogique de la catégorie du genre ou de la généricité du roman policier pour l’enseignement-apprentissage du FLE dans le cadre de l’approche communicative est un outil nécessaire à l’apprenant pour qu’il devienne lecteur à part entière. De son côté, et toujours dans une perspective didactique, l’article de Jean-Claude Beacco se donne comme objectif de statuer sur la place des genres de discours dans la transmission des connaissances pour l’enseignement du français comme langue étrangère et du français comme langue de scolarisation. L’auteur propose de considérer l’apprentissage d’une langue étrangère, non seulement comme l’acquisition d’un nouvel idiome, mais aussi comme l’entrée dans une nouvelle sphère de communication, soutenue par des représentations sociales et porteuse d’une mémoire générique. Ekaterina Bulea, pour sa part, après avoir rappelé les principaux problèmes que pose l'élaboration de classements théoriques des textes, passe en revue les principales tendances de leurs adaptations didactiques. Suite à quoi, elle propose un exemple concret de didactisation à partir de la situation en Suisse romande en analysant les propositions formulées, d'une part, dans le docu- ment officiel de cadrage général de l'enseignement en vigueur (Le Plan d'Etudes roman), d'autre part, à partir d'un des manuels en usage dans les cantons romans. Ce qui lui permet, ensuite, de formuler quelques propositions de clarification théoriques, terminologiques et didactiques.

8Ce numéro s’achève par une « controverse » entre Driss Ablali et Jean-Michel Adam portant sur le(s) socle(s) épistémologiques(s) de trois catégories descriptives, type, genre et généricité, telles qu’elles ont été mises en place dans les travaux de ce dernier.

9En « Varia » l’article de Marie-Christine Vinson porte sur un classique de la littérature de jeunesse (Le Géant de Zéralda de Tomi Ungerer) dont elle analyse le processus de socialisation que propose ce récit littéraire d’un rite d’apprentissage.

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Notes

1 Nous avons gardé volontairement le mot « genre » pour le titre de ce numéro sans qualificatif précis. Le lecteur peut se rendre compte lui-même, en lisant les différentes contributions qui suivent, de la diversité de son environnement morphosyntaxique de droite : genre de discours, genres discursifs, genre de textes, genre de récit, genres textuels, genres de la parole…

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Pour citer cet article

Référence papier

Driss Ablali, « Présentation »Pratiques, 157-158 | 2013, 3-6.

Référence électronique

Driss Ablali, « Présentation »Pratiques [En ligne], 157-158 | 2013, mis en ligne le 18 décembre 2017, consulté le 08 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/pratiques/3531 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pratiques.3531

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